‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 83 sur 134 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

OBICKNES DE ZJL MOITARGHIE AOTWmUBIliltg

Le premier en date et, jusqu'à une époque bien rapprochée de nous, le plus puissant aussi parmi les États actuellement

exislaiiU do l'Europe centrale, est le vaste ensemble de pays qui, a|»rès avoir été connu jusqu'au commencement du XIX* siècle sous la dénoniinaLion assez vague de lorrcs autrichiennes, habsbourgeoises ou impériales, prit alors le litre offîciel d'empire d'Autriche, qu'il a récemment échangé contre celui de monarchie austro-hongroise. A cheval sur les Alpes et les Karpathes, comprenant dans son sein des représentants de toutes les races qui se délimitent d'après ces deux grandes chaînes de montagnes ou qui se sont établies entre eUes, il a de tout temps eu pour centre géographique le cours du moyen Danube, qui est son seul grand fleuve, la granile artère de ses peuples, le bassin vers lequel ils ronvergent; mais son centre d'attraction réel et son vrai principe d'unité sont de nature bien plutôt dynastique que géographique. L'agglomération autrichienne doit son existence politique à la famille souveraine qui successivement en a acquis, sans réussir à les fondre ensemble, les différentes

Là MUNARGUIE AUiaiCHlËNNË.

parties constitutives, et c*e8t par les destinées de cette fomille

s«'ul»'nuMiL, par ses guerres, par ses négociations, j>ar ses mariages, qiK' peut s'ex[tli(]uer la configuration aclnelle et l'clrangt' coinpdsilioii «l'un Elat qui n"a pas de nationalité propre, par cela même qu'il contient presque toutes les natioualilés de l'Europe, et qu'on y reocoutre, juxtaposées ou entremêlées, des populations allemandes, madgyaros, roumaines, italiennes, slaves surtout, en vingt subdivisions distinctes. L*histoire territoriale de la monarchie autrichienne est donc avant tout celle de la maison de Habsbourg, aujourd'hui Habsbourg-Lorraine; elle n'en forme même qu'un des chapitres, car cette famille Illustre entre toutes, (|ui aujour- (1 liui encore, (pioiipie hien déchue de son ancienne splendeur, règne sur une (juaranlaine de millions de sujets, a donné des rois à la moitié de l'Europe et du Nouveau- Monde, et a plus d'une fois aspiré à la monarchie universelle.

La grandeur des Habsbourg date de l'époque oii le chef de la famille, le roi de Germanie Rodolphe P', établit les siens dans les pays autrichiens proprement dits; mais par leur origine ils appartiennent à la vallée supérieure du Rhin, et non au bassin moyen du Danube. Le nom qu^ils n*ont pas cessé de porter, quoique depuis long^lemps ils ne j)ossèdenl [tins un pouce de terrain d»* leur patrimoine primitif, est celui d'un château, dont il ne reste aujourd'hui que des déhris informes sur les bords de l'Aar suisse, un [)eu en amont de iJrugg, mais auquel le temps n a pu enlever sa fière et dominante position au-dessus du pays voisin, qu'nrmsent à la fois l'Aar, la Reuss et la Limmat. Ge donjon féodal de la Habsbourg, dont le nom à jamais célèbre a été traduit tantôt par château de Tau tour (Hâbicht$burg), tantôt par château patrimonial {Burg in der Habe), fut fondé au commencement du xi* siècle (1020? 1026?) par Tévéque de Strasbourg: Werner, le prélat qui a cnnunencé la îe(onslrucli<jn d une des j)lus célèhres jiarmi les cathédrales chrétiennes, et légué par lui à son ueveu Weruer le Tieux, le lils de sou frère Radebolon ou

DÉBUTS DES HADSUOlRIi EN ALSACE ET EN SlISSE. 367

Rodolphe et Taleul du comte Rodolphe lY, qui, élevé au trône d* Allemagne par le choix des électeurs, devint Fauteur de la puissance de sa race.

Si Rodolphe était resté, comme ses ancêlres, conile de llahslioui-ir cl laiiilgrave ilo ILiule-Alsace, c'cst-à-ilirc un des iniioniluahles seiijnenr.s de la vallée du Rliiii, et (jue sa d<'Sceiidaiice «'ùl disparu depuis des sii-rles comme celle de lant d'aulres familles féodales» la question de sa généuIoigie aurait probablement peu préoccupé la po'^lérilé; mais Télucidalion de Torigine de la maison impériale par excellence devait tenter, et a tenté en effet, le zèle des historiographes, et leurs élucubrations ont ahouti à une foule de systèmes généalogiques, où la fable naïve et la complaisance érudite se sont donné pleine carri^re. Nous n'entrerons pas à cet éj?ard dans de lonl,^s détails; ce n'est que pour la ruriosilé du fait que nous menlioiiiidiis parmi les anciennes généaIou;i<'S celle qu'iiiquimail en i')27, à Ilaunenaii en Alsace, avec l'aiilorisatiou du frère et successeur de Cliarles-Quinl, Ferdinand, riionnt'^le magister Gebweiler, qui avait trouvé moyen de rattacher les Habsbourg directement à Adam, par Tintcrmédiaire de Noé-Janus, de Gham-Zoroastre, d*Osiris-Jupiter, d*Hercule enfin et des rois troyens, sicambres et mérovingiens, et nous passons immédiatement à la théorie la plus accréditée, que 1 illustre diplomatiste alsacien du xvni* siècle, SclKPpnin, a réussi à rendre presque probable. D'après lui, la maison de ilabsbouri: descemlrail du duc d'Alsace du vil* siècle Alliic ou l'^lbicoii, contemporain du roi déric II et célèbre à la fois comme fondateur des monastères de Sainte-Odile et d^Ebersmunsler et comme père ou aïeul d'une foule de saintes princesses, sainte Odile, sainte Atlale, sainte Eugénie, sainte Gunelinde; ce grand seigneur mérovingien aurait été, en effet, par son fils cadet Ëthicon II, Tancèlre des ducs de Lorraine, des comtes de Flandre de la maison d'Alsace, des comtes de Nordgau ou Bassc-Alsaco, des comtes d'Eguisbeim et de Dabo, auxquels d'autres ont encore ajouté ceux de Montbéliard, de liar et de Ferrelte,

LA MONARCHIE AUTRICHIENNE

voire la dynastie de Savoie, taadis que, par son fils aîné Âdalberl, il aurait été Tauteur commun des comtes de Sundgau ou Haute-Alsace et des comtes de Habsbourg d'une part, des ducs de Zaehringen et des margraves de Bade de l'autre. Inutile d*insîster sur ce que cette déduction généalogique offre d'hypothétique pour les siècles mérovingiens et carlovingiens, et sur la pari qu'a av(»ir dans certaines décisions critiques de Sclioepflin le désir, tant de llaller la maison de Bade, dont il était Tliistorioi^raplie, que de confondre en une origine commune les deux familles impériales de Habsbourg et de Habsbourg-Lorraine; mais, d'un autre côté, il faut lui rendre la justice qu'il a diplomatiquement établi l'arbre généalogique de la maison d'Autriche jusqu'au comte alsacien Gontran, qui vivait au x* siècle et fut l'aïeul de Févèque Wemer de Strasbourg et de son frère Radeboton.

Les descendants de ce seigneur, titrés comtes de Sundgau ou Haute-Alsace et comtes de Habsbourg, ne jouèrent pendant longtemps qu'un r(Me assez elTacé parmi les feiidalaires rln'iians de l'empire; k la fin du xii" sircle seulement, ils ac(|uircnl la dignité supérieure de landgraves héréditaires de la ilanle-Alsace, dans la personne du comte Albert, surnommé le Riche. Cette richesse sans doute était relative; cependant les domaines et les droits des Habsbourg étaient dès lors considérables, tant dans leur landgraviat d*Alsace qu'en Suisse, où ils avaient recueilli, en partie du moins, l'héritage des comtes de Lenzbourg; ils exerçaient les prérogatives comtales dans TAargau et dans le Zuricbgau, possé(lai('nt des terres nombreuses sur le Rhin, sur TAar, sur la Ri'uss, sur les bords du lac de Lurerne, et s'étaient fait conférer l'avouerie de plusieurs abbayes de I Helvétie antérieure, comme par exemple celle des riches couvents de Sa^ckingen et de Mûri. Cinquante ans plus tard, un partage fait en 1239 par les deux frères Albert le Sage et Rodolphe l'Ancien divisa l'héritage habsbourgeois entre deux branches ; mais la ligne cadette ou de Habsbourg-Laufenbourg, qui se continua jusqu'en 1408, resta toujours fort au second plan et revendit

Page 1