ÉTABLISSEMENT DBS HABSBOURG EN AUTRICHE
m«*Miie coup, (létenniiK' la marche postérieure des événements dans une partie nolalde de ^Kurop(^ Il y fallut du Irmps et de la peine : sans compter le patriarche d'Aquilée, Philippe, dont la mort vint à point annuler les droits sur la Carinthie (4279), les maisons de Bavière et de Tyrol élevaient des prétentions sur tout ou partie des territoires vacants, et d'un autre côté l'idée de les incorporer à l'empire, comme domaines régaliens, souriait assez à la majorité des électeurs. Rodolphe, pendant un séjour non interrompu de cinq ans en Autriche, s'étudia ;i y étahlir fortement son autorité; en même temps il né,i;ociail sé[)arément avec chacun des électeurs, et enfin, le 27 drccnihrc 1282, il put, à la diète d'Augshour^»^, avec Tassent iment du corps électoral, investir solennellement ses deux fils survivants, Albert et Rodolphe, de l'Autriche, do la Si y rie, de la Carinthie, de la Carniole et de Pordenone en Frioul. Â peine expédiées cependant, les lettres d'investiture durent subir plusieurs modifications : pour satisfaire les élats autrichiens, qui protestaient contre le gouvernement commun de deux ducs, de nouvelles lettres du 1*' juin 4283 supprimèrent la coinveslilure des deux frères au profit du seul Albert, sauf indemnité à donner au cadcH: chose plus grave, les réclamations menar;uil<'s du comte Meinhard 11 <îe Tyrol, qui avait eu une grande part à la défaite d'Oltocar, forcèrent le roi à lui rétrocéder le duché de Carinthie, en < on tentant d'une clause qui y substituait les ducs d'Autriche, pour le cas d^extinction de sa postérité roàle (4286). N'importe, le grand pas était fait : les petits comtes de Habsbourg avaient pris rang parmi les souverains territoriaux les plus puissants de l'Allemagne; les pays autrichiens, que leur avaient valu le courage et la prudence du roi Rodolphe, allaient servu* de point de dépari à de nouvelles accjuisilinns et devenir, avec le temps, le centre de gravité d'une monarchie de premier ordre.
Quelque préoccupé qu'il fût des nouveaux domaines de sa famille, Rodolphe P*^ n'avait pas complètement perdu de vue sa politique d'arrondissement dans le cercle de son ancienne
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aclivllr. IN'iulaiil luulc \ii (Im»'»' do son r<'j;ne, il (Miiliiiua à consolider sa [juissance en Suisse, en utilisant à la f(»is son iuÛuence personnelle et l'ascemlanl de la dii^nilé royale; Fannée même do sa mort (121II), il achetait à l'abbé de Murbach ses droits sur la ville et le pays de Lucerne. Go lui prèto mémo des visées plus hautes : il aurait songé à la couroone d*Arélat pour son second fils Ilartmann, et plus tard il aurait voulu relever le duché de Souabe en faveur du troisième, qui |)ortait le même nom que lui. Mais Hartmann se noya dans le Hliin dès l'anni-e 1281, cl Rodolphe mourut à son loue en 12ÎM), sans qu'aucun des deux projets eut reçu même un < (►nimcnccinenl d'exéculion,
La mort prématurée des deux princes, dont le premier u'avail pas été marié et dont l'autre ne laissait qu'un lils au berceau, eut pour résultat de laisser tout Théritage, ancien et nouveau, de la maison de Habsbourg, entre les mains de Tainé do la famille, le duc d'Autriche Albert. Celui-ci avait une partie des qualités du père; mais il lui manquait la plus précieuse de toutes, cette prudence consommée que Rodolphe P' devait à une longue et difficile carrière; le désir de trop liAler l'afiraiuli.ssement déjà si ra[)ide de sa maison lui fui falal, en lui susril.iiil de iiomhn'ux t l puissants t'iiiicmis, tlonl 1 lioslililé s(nnde ou déclarée eiilrava toutes ses entreprises. Déjà du vivant de Kodolpiic, non content d'alVermir la domination élrani^èrc, souabe, en Autriche, où il maîtrisa la noblesse et humilia la ville de Vienne, qui pour la troisibme fois avait reçu le nom de ville impériale Tannée même de la bataille du Marchfeld, il avait songé à s^emparer de la couronne de Hongrie, et en avait en elfet reçu Tinvestiture impériale des mains de son père (1290^; mais les princes allemands ne se soucièrent pas de lui venir m aide, cl il dut renoncer à faire vah)ir un vain litre, lliciitôt après, le mauvais vouloir des électeurs, qu'ellVayait le dévelo|)pement subit de la puissance <lcs llabsbouri;, lui prépara une déception plus amère : ils refusèrent de Tassocier à Rodolphe, et, à la mort du roi (1291), choisirent pour le remplacer le
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comte Adolphe de Nassau (4292). La déconvenue d* Albert ne
fut cependant que passagère; Adolphe à son tour mécontenta l arislocratie princi('re par sos projets sur la Thiiriiitro où, marchant sur les traces de sou pn''(léc('sseur, il aurait d/'siré établir, lui aussi, une domination territoiiale cousidéralde pniii- sa dynastie; un parti puissant offrit le tronc au duc d'Autriche, et la bataille de Gœllheim, près de Worms, où Adolphe fut tué, dit-on, de la main même de son compétiteur, fit d'Albertle second roi habsbourgeois de l'Allemagne (1298); plus ambitieux que son père, qui avait toujours refusé d'aller chercher la couronne impériale en Italie, il ajouta même, en s'humiliant devant Boniface VIII, au titre de roi de Germanie celui d'empereur romain (1303). Il n'était pas néanmoins assez dénué de sens pralii|iio pour user ses forces à la poursuite de la vielHe cliinière du sain'-empire et de la dnmination allemande vu Italie; c'était en Allemarrne qu'il comptait, sans se laisser effrayer par l'exemple d'Adolphe de Nassau, continuer l'œuvre paternelle, et exploiter sa tlignilé souveraine au profit des intérêts dynastiques de sa maison. Hais ses vastes projets n*abou tirent qu*à de minces résultats : Albert, pendant un règne laborieux de dix ans, n*a fait que quelques acquisitions secondaires en Souabe, dont la principale est celle du margraviat de Burgau, situé entre le Danube et le Lech (1301); pai lout ailleurs, un succès passager fut suivi de prompts échecs. L'héritage du comté de Hollande fut emporté, en ilépit de ses elTorls, par le comte de Hainaut, Jean d'Avesnes (121)'J); la bataille de Lucka, près d'Allenbourg, mit lin en 1307 à ses tentatives sur la Thuringe, où il avait eu l'audace de se poser en successeur d'Adolphe de Nassau; la couronne de Bohême n'arriva aux Habsbourg, dans la personne de son fils aîné Rodolphe, que pour leur échapper presque aussitôt par la mort subite du jeune roi, auquel les Bohémiens refusèrent de donner pour successeur «on frère Frédéric le Beau ;i307). Ce fut au moment oû il préparait une expéililion contre la Bohême, pour obtenir de vive force ce qu'on lui refusait de boa gré, qu'Albert trouva
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une triste mort, sur les bords de la Reuss» eu Tue de la Habsbourg, à la place où sa veuve et sa fille bâtirent depuis le couvent de Kœnigsfelden; son neveu Jean le Parricide, fils
de son frëre cadet Rodolphe, l'assassina avec Taide de quel-
ques nobles souabes (I*"" mai TJOS), pour se venger de ce que, malgré ses dix-neuf ans, il n'avait pu obtenir de l'empereur aucune part dans les possessions patrimoniales de la famille.
La fin tragique d'Albert enraya pour longtemps le rapide essor des Habsbourg-Autriche, en les écartant de nouveau de la couronne royale qui, à défaut d*un pouvoir souverain réglé et réel, offrait à ceux qui la portaient de nombreuses
occasions pour augmenter leurs domaines patrimoniaux. L'aîné (les petits-fils survivants Je Rodolphe 1""', Frédéric le Beau, fnl, il est vrai, après le court règne de Henri VII de Luxembourg, appelé au trône par une pai lie des électeurs (1314) ; mais, ballu et pris à Muhldorf sur i'inn par son compétiteur Louis de Bavière, il ne le partagea, après leur réconciliation, que nominalement avec lui, et depuis sa mort^ en 1330, jusqu'à l'avènement d* Albert H, en 1438, aucun des princes de sa maison n*y monta : un siècle durant, Habsbourg- Autriche dut abandonner la couronne impériale à Luxembourg-Bohême. Néanmoins, pour être sensiblement ralenti, le niuiivcment (raceroissemenl de la nouvelle «lynaslie fut loin d'èlre complèlement arrêté, et pendant tout le xiv^ siècle il vint s'ajouter aux possessions habsbourgeoises, tant du Danube que du Hhio, de nouvelles acquisitions, qui arrondirent d'une part la masse territoriale autrichienne, et augmentèrent de l'autre le nombre déjà si considérable de domaines isolés qu avaient réunis les ancêtres de la maison.
En tète doit figurer, par son importance majeure, l'héritage tyrolien qui, entre les années 1335 et 1369, valut aux Habsbourg le duché de Garinthîe et le comté-princier de Tyrol, ac(|uis en compétition avec les maisons de Bohème et de Bavière.
LES HABSBOURG AU XlV ET AU XV^ SIÈCLE. 383
Aux premiers siècles du royaume de Germanie, la contrée essentiellement alpestre que nous appelons aujourd'hui le Tyrol, était, sauf le Trentin, comprise dans le duché de Bavière, dont elle formait la partie nn'ridionale. Lors de la dislocal ion féodale, il se constitua dans ses vallées, (jui déversent leurs eaux à la fois vers le plateau danubien et vers la plaine lombarde, et quliabilenl des populalious tant tudesques que néo-latines, d'un côté les territoires épiscQpaux de Trente et de Brixen, de l'autre trois grands groupes de domaines laïques, appartenant aux trois dynasties d'Andechs-Héranie, de Tyrol et de Gorico, puis, au milieu du xni' siècle, la famille de Gorice hérita des deux autres, et lit du pays presque entier une domination unique. La maison d'Andeclis, qui s'éteii^nil la première, était, dit-on, un rameau des ducs luitpoldiens de Bavière; elle avait, depuis son point de départ, Andeclis sur rAnimersée, établi peu à peu son autorité sur une bonne partie de la vallée deTInn supérieur; de plus, elle Tavait portée au delà des monts jusqu'en Tstric et en Dalinatie, si bien que lorsque Frédéric P% après la chute de Henri le Lion (1180), éleva en fief les terres du comte Berthold d*Andecbs, il en fit le duché de Méranie, ainsi appelé à cause de sa proximité de la mer (Afeer an), et nullement à cause de la petite ville de Méran, qui appartenait à la famille de Tyrol. Or cette dynastie d'Andecbs-Méranie, à laquelle appartenait la malheureuse AgnJ's, qui prit dans le lit de IMiilip[)e-Augusle la place d'inyeburge de Danemark, finit, en 12i8, avec le comte Otton II, et alors la majeure partie de ses biens alpestres, avec Tavouerie de Tévèché de Brixen et des prétentions sur la Garniole, passa au beau-père d'Otlon, Albert, comte de Tyrol. Les ancêtres de celui-ci, originaires du chftteau de Tyrol, près Méran, dans le Vintschgau, avaient fondé leur domination dans les vallées de TAdige et de TEisack, principalement comme avoués de l'église de Trente, sans cependant jirriver k une bien jurande puissance; Théritage niéranien au contraire iil d'Albert le seigneur prépondérant dans la
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Bavière alpestre, et le nom de Tyrol commeDca dès lors à désigner la région entière, des deux côtés des monts. Mais le hasard voulut que la famille de Tyrol ne survécût que de peu d*années à celle d'Andechs^ Albert lui-même en ayant
été le dernier représentant mâle, et sa mort, arrivée d^s I2")3, fit |>assor les terres tant tyroliiMines que méraniennes à son autre j^einlre, le emnli' de rioi icc Mciuliard 1'% qui y ajouta sou eAté les possessious de sa pr<)|tre maison, tant relies du PuslerLhal, aux sources de la Drave, où elle avait commence à rég-ner, que celles du bassin de Tlsonzo, ofi elle s'était étendue aux dépens du patriarcat d'Aquilée. La famille de Gorice-Tyrol se divisa, il est vrai, presque immédiatement en deux branches, par le partage que firent entre eux les deux fils de Meinhard 1*^; mais le cadet, Albert II, n*ent que les possessions qui avaient formé le patrimoine originaire de son père, c'est-à-dire Oorice et le Pusierllial, où sa lignée se continua jusqu'en rannée loÔO; l'héritage niéranien et tyi'olien, lieancouj) [lins considérable, passa tout «mi lier à son frère aîné Meinhard II. Celui-ci, qui i)oursuivit avec persévérance une habile politique d'arrondissement, en achetant des terres, en se subordonnant les seigneurs de second ordre, <en continuant à usurper sur les évèchés du pays, assit solidement sa souveraineté territoriale sur toute la contrée comprise entre TArlberg et les Alpes de Salzbourg, le lac de Garde et le débouché en plaine de llnn : en lui conférant, en 4286, le rang de prince, Rodolphe I" ne fit que constater un fail acconijdi. Meinhard II, nous l'avons vu plus haut, ohlint mieux rncMue en celte même année 1280; plus (jue per.'îiuine il avait aidé le roi à abaltre la i)uissanc<' d'Oltocar II; pour prix de ses services, il réclamait la Carinthic, et il lit si bien que Rodolphe, qui déjà l'avait inféodée à ses jils, la lui rétro- •céda, en sti[)ulanl seulement qu'après rextinction de sa postérité mâle elle reviendrait à la maison de Habsbourg.
Le cas se présenta un demi-siècle plus tard, lorsque, an 4335, mourut le dernier fils de Meinhard II, Henri, duc de Carinthie et comte-princier de Tyrol, le même qui autre-