LES HABSBOURG AU XVII* SIÈCLE
fins de la Transylvanie, et les hostilités languirent pendant plusieurs années par suite de Tépuisement des deux parties. Enfin le coup décisif fut porté par le prince Eugène de Savoie- Garignaii, que les dédains de Louis XIV avaient enjragé, pour le malheur de la France, au service de l'empereur : il arrêta net le retour offensif des Turcs, auxquels la pn'si'nce de leur padiclia Mustapha II avait valu quelques succès momentanés, et leur inllij^a'a une défaite sans appel en massacrant toute l'infanterie ottomane à la journée de Zenta sur la Theiss, en aval de Szegodin (11 septembre 10!)7). La Porte se monlra dès lors disposée à traiter sur le pied do la possession respective, et au mois de janvier 1699 fut signé, sous la médiation anglaise, le glorieux traité de Karlovitz sur le Danube, qui abandonnait k l'empereur toutes les conquêtes de ses généraux, que les alternatives de la guerre ne leur avaient pas fait reperdre : ce n'était rien moins que toute la partie centrale et mériflionale de la llont^rie proprement dite, à l'exception du banal de Temesvar et de la forteresse de Belg^rade; de plus rEsclavuuie entière, la Croatie et la Dalmatie moyennes. La frontière austro-turque se trouvait de la sorte reportée à rUnna, à la Save et à la Maros; le sultan renonçait, en outre, à toute prétention de suzeraineté sur la Transylvanie.
Par la paix de Karlovitz, le royaume de Hongrie, dépouillé par Soliman II de près de la moitié de ses territoires, recouvrait presque entièrement son ancienne étendue, et les Turcs n'en détenaient plus que des lambeaux peu considérables. IN'ous réservons pour Tbistoire territoriale de la monarchie autrichienne au xvni" siècle les modilications subséquentes apportées à la limite respective des deux empires, que la paix de Passarovitz avança au cœur de la Serbie et de la Valachie, et que celle de Belgrade ramena à sa configuration actuelle; mais l'histoire de Tacquisition de la couronne de saint Etienne par les Habsbourg resterait incomplète, si nous ne parlions immédiatement des conditions sous lesquelles se fit définitivement l'accord entre le peuple madgyar et ses rois allemands. La cour de Vienne avait naturellement été tentée de
LA MONARCHIE AUTRIGHIBNNB.
profiter de Tascendant que lui donoail en Uoagrie ia guerre victorieuse contre les Turcs, pour en mater à toujours Fesprii d'insubordination, par la suppression de son antique constitution. Dès le lendemain de la bataille de Mohacs, la diète de Presbourg avait dû proclamer l'hérédité de la couronne madgyare pour tous les mâles de la maison impériale et supprimer dans le serment royal la fameuse clause du droit d'insurrection (iti8~); en même temps on traquait dans la Haute-Hongrie et on livrait au Inhunal de sang d'Épcrios, c'est-à-dire à réchafaud, les ])artisans obstinés de Tekely; la prise de la citadelle de Munkacs, défendue pendant trois ans par rhéroîque femme du proscrit, Hélène Zrinyi, enleva à rinsurrection son dernier point d'appui (1688); et pour empêcher la Transylvanie de redevenir dans d*autres temps un centre de résistance, son prince, le Jeune Michel AbafTy II, au nom duquel l'empereur exerçait la régence depuis la mort de son père (lOÎM)), fut amené, j)ar un accord conclu à Vienne en lG!Mi, à alMlitjuer en faveur de Léttptdd Puis, lorsque la bataille de Zenta lit fuir pour toujours Tekelv du sol hongrois, que la paix de Karlovitz laissa les mains libres du côté de la Turquie, le moment parut venu de soumettre complètement le pays madgyar au régime des États héréditaires; la chose avait réussi en Bohème, quatre-vingts ans auparavant, dans des circonstances analogues; on pouvait espérer qu*elle réussirait en Hongrie également. Hais leur vieille constitution était, pour tous les Hongrois sans exception, un objet de respect et de vénération; l'ingérence des étrangers dans l'administration, dans la justice, dans les finances du pays leur paraissait à tous un attentat à des droits imprescriptibles; les nombreux protestants, exposés aux vexations d'un clergé convertisseur, ajoutaient leurs griefs particuliers au mécontentement universel.
Pour que les sourdes haines éclatassent au grand jour, il ne fallait qu*un chef qui donnât le signal; or ce chef, les précautions des ministres de Léopold Pavaient pour ainsi dire désigné à Pavance : c^était François Rakoczy, le rejeton