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CHAPITRE VII

VALEUa DES TERRES LABOURABLES (1600 A 1800) DES PRÉS, VIGNES ET BOIS (1200 A 1800).

Le début du xvii* siècle se signale par une prospérité agricole, analogue à celle du début du siècle précédent, mais plus rapidement conquise. La distance est énorme, entre ce que nous nommerions « la reprise des affaires », de l'affaire en particulier la plus urgente, celle de la production du blé, au sortir des guerres de religion, pendant les années où régnait Henri IV, où Sully administrait, où Olivier de Serres écrivait, et la période stagnante qui suivit la guerre de Cent ans.

Au XV' siècle, la crise avait été si épuisante pour le patient français qu'il resta longtemps exsangue ; au xvi% malgré le terrible gaspillage des vies humaines, la population depuis 1500 avait augmenté. Ce règne si court de Henri IV, demeuré si populaire dans les masses paysannes, cette douzaine d'années paisibles amassa au sein de la nation des économies sur lesquelles elle vécut un tiers de siècle; économies auprès desquelles le trésor delà Bastille, dissipé, lui, en six mois, représentait à peine quelques liards.

La terre cependant augmenta peu. L'hectare labourable, que nous avons laissé à 3.965 francs-papier (1576-1600), nous le retrouvons en 1601-1625 à 4.155 francs. Mais si l'on lient compte de ce fait que, d'une date à l'autre, les déirichements se développèrent, on verra que, dans son ensemble, la pro-

priétê rurale a gagné bien davantage que chaque hectare de terre pris isolément. C'est du reste un phénomène que nous avons déjà constaté aux siècles antérieurs, que celui d'époques où les progrès de l'agriculture se traduisent par une extension des surfaces cultivées plus que par la hausse des prix.

Avec la mort de Henri IV cessa le « bon ménage » du royaume et le progrès, du moins cette partie du progrès dont un gouvernement encore rudimentaire comme celui de 1610 pouvait être l'artisan, s'arrêta. Mais la régence de Marie de Médicis a été peinte sous des couleurs trop noires par les historiens politiques, qui n'ont pas suffisamment pris garde que les intrigues de cour n'empêchent pas le blé de pousser, et que la machine officielle pouvait se détraquer tant soit peu, en ce temps-là, sans que le pays en souffrît outre mesure.

Ce fut le cas de la période 1610 à 1620. La reprise des hostilités religieuses vint altérer cette quiétude, sans que l'on puisse prendre au pied de la lettre les doléances d'Etats provinciaux, tels que ceux de Normandie, qui se plaignent chaque année qu'on les écorche... qu'ils vont mourir..., qu'ils sont morts..., et qui disent en 1626 que « la famine a obligé chacun, ces dernières années, à chercher sa nourriture aux herbes, racines et autres choses jusqu'ici non connues pour le vivre des hommes. »

Le blé n'avait coûté, de 1601 à 1625, que 210 francs l'hectolitre, 16 pour 100 de moins que précédemment, tandis qu'il vaudra 240 francs de 1625 à 1650. L'augmentation prodigieuse des charges publiques, qui signale le ministère, si glorieux mais si lourd, de Richelieu, et qui permit d'assurer la grandeur du pays au dehors, ne contribua pas, on le devine, à sa prospérité matérielle. La valeur des terres diminua — de 4.155 à 3.850 francs actuels — encore maintenue par le prix exagéré de produits peu abondants, au lieu de l'être, comme du temps de Sully ou de Golbert,par l'abon-

daDce des mêmes produits vendus boa marché. C'est même ce qui explique que la propriété foncière ait baissé de 7 1/2 pour 100, tandis que le blé haussait de 15 pour 100.

Si quelque comparaison avec nos voisins pouvait adoucir nos misères, la vue de l'Allemagne qui avait souffert plus et plus longtemps que nous, offrait ce genre de consolations. Il fut enduré pendant quarante ans, dans la moitié du Saint- Empire, d'effroyables maux dont le souvenir dut être malaisé à effacer. Le prix de la vie de 1626 à 1650, fut en Alsace, l'une des contrées pourtant les plus ménagées, aussi élevé au moins que de nos jours et les salaires y étaient moitié moindres.

La période suivante au contraire (1651-1675) fut en France une des plus fécondes pour l'industrie agricole : la terre passa de 3.850 francs à 4.810 francs l'hectare, tandis que les céréales baissaient d'un tiers : de 240 à 160 francs pour l'hectolitre de blé.

La hausse de la valeur vénale des terres, dans les trois premiers (juarts du xvii* siècle, était un pur gain pour ses possesseurs. Les salaires même, durant cette période, avaient plutôt baissé. C'est là un fait important à retenir, parce que les propriétaires fonciers sont enclins à présenter la hausse des biens- fonds comme la cause, ou le résultat, de la prospérité générale d'une nation, et la dépréciation des immeubles, au contraire, comme le signe d'une misère universelle. Il n'en est rien; on Ta vu précédemment, on le verra encore par la suite. Le prix des denrées ne s'est jamais proportionné au prix des terres; et le taux des salaires n'a suivi, dans ses évolutions de hausse et de baisse, ni le prix des terres, ni le prix des grains.

Celte augmentation presque ininterrompue de la propriété foncière, depuis la fin du xV siècle jusqu'au troisième quart du xvu', allait d'ailleurs avoir un terme. Plus que le grain, plus que les salaires, le capital immobilier allait se ressentir de la crise qui signale le dernier tiers du règne de Louis XIV.

De 4.810 francs l'hectare en 1651-1675, l'hectare de terre labourable baisse à 4.375 en 1676-1700. La chute des prix s'accentua encore de 1701 à 1725; l'hectare ne valut plus alors que 3.645 francs. Il n'avait janaais été aussi bas depuis Henri II; en moins de cinquante ans la propriété foncière avait perdu 30 pour 100 de sa valeur.

On remarque toutefois que les terres, qui étaient descendues beaucoup plus vite que les autres marchandises se relèvent de 1726 à 1750, tandis que le blé et les salaires diminuent. A partir du milieu du xviii' siècle jusqu'à 1790, la hausse s'accélère avec une vivacité qui dépasse beaucoup ce qu'on a vu de nos jours. C'est sans nul doute à cette époque que se produit le plus formidable mouvement ascensionnel dont nos annales économiques aient gardé la trace. La terre labourable, qui avait passé de 3.645 à 5.150 sous le ministère de Fleury, monta à 5 665 de 1751 à 1775 et à 8.020 francs l'hectare de 1776 à 1800. Elle avait donc augmenté de 120 pour 100 en quatre-vingt-dix ans; car les renseignements sur l'époque révolutionnaire, où la plupart des chiUres sont exprimés en assignats font presque entièrement défaut,

11 n'a été jusqu'ici question que du sol labouré ; nous devons examiner aussi les autres natures de fonds, prés, vignes et bois. La moyenne de l'hectare de pré avait été, au xiii* siècle, de 9.940 francs contre 4.300 francs pour la moyenne des labours, dans l'ensemble de la France. Au xv* siècle elle n'est plus que de 3.750 francs contre 1.875 francs pour la terre labourable. Comme on le voit, ces deux genres de sols avaient baissé d'une époque à l'autre, à peu près dans la même proportion, de 60 pour 100, mais la différence dii labour avec la prairie restait beaucoup plus grande que dé nos jours. y^Uiq^ib

En 1914 le labour était estimé — en monnaie actùéïifi^^ 8.000 francs et la prairie 10.000 francs Thectate; le premier égalait donc les quatre cinquièmes de la sficdiide, tandis qu'au moyen âge et dans les temps modernes, jusqu'à

la fin du règne de Louis XV, il en valuj tout au plus la moitié. On ne peut attribuer ce changement qu'à la création des prairies artificielles, depuis le milieu du xvii* siècle jusqu'à nos jours, et ce haut prix relatif des prés, correspondant à un prix également très élevé du foin aux siècles passés, est d'autant plus curieux qu'il existait alors une masse énorme de pacages banaux, et que ces pacages pourraient passer pour avoir fait aux prairies privées une heureuse concurrence. On voit qu*il n'en est rien; puisqu'aujourd'hui où ils sont supprimés, le nombre des têtes de bétail élevé dans notre pays est beaucoup plus grand qu'autrefois, et les prés sont cependant beaucoup moins chers en comparaison des fonds destinés aux céréales.

Les prairies, d'après les chiffres que nous avons recueillis, auraient été d'une plus grande valeur avant la guerre de Cent ans qu'elles ne le furent jusqu'à la fin du xvu' siècle : l'hectare de pré du xiii' siècle correspond à 9.940 francs de notre monnaie-papier, celui du xiv' en vaut 7.700, celui du xV 3.750 et celui du xvi' 6.565. Au xvii* siècle la moyenne des départements riverains de Paris fut de 8.500 francs l'hectare; à la même époque les prés de Normandie ne valaient que 4.000 francs et ceux de Berry 2.500. Ces différences tenaient évidemment au développement de la population dans le rayon d'approvisionnement de la capitale, à l'espèce de monopole dont jouissaient les prairies qui y étaient situées. Sous le règne de Louis XVI ce privilège de situation avait en partie cessé. De 4775 à 1800 les progrès de la circulation permirent au bétail de toute la France de venir faire concurrence à celui des départements voisins de Paris. Les cultivateurs du centre, de l'Ouest et du Nord commençaient à se disputer la clientèle de la capitale. Aussi les prés de Berr}' haussaient-ils, durant le xviii' siècle, de 17.^ pour 100; tandis qu€ ceux de Seine-el-Oise, de l'Aisne et de Seine-et-Marne ne montaient,., djiiis le même laps de temps, que de ^3 pour 100,.i'>i.oni ««jh.

Les vignobles avaient valu, au moyen âge, des sommes plus importantes encore que les prés. On sait que, loin d'être plus particulièrement cantonnée, comme de nos jours, dans un certain nombre de provinces, la vigne était alors cultivée à peu près dans toute la France, y compris les districts qui lui paraissent le plus réfractaires, tels que la Normandie, la Picardie ou l'Artois. Gela tenait, non pas à ce qu'il faisait plus chaud, ainsi que quelques personnes Font assez naïvement avancé, mais à ce que les populations du Nord et de l'Ouest se contentaient le plus souvent d'un terrible verjus, qui se présentait sur les tables sous le pseudonyme de vin. Les riches d'ailleurs faisaient venir de Bourgogne ou du Midi une boisson plus potable. La question n'était pas, en ce temps, d'obtenir des produits remarquables, mais bien d'avoir des débouchés; le meilleur vin se vendait mal s'il était loin d'une ville, et le plus médiocre s'enlevait avec rapidité, si les consommateurs étaient à proximité du lieu où il se récoltait.

C'est ainsi que les vignobles parisiens, ceux de la Seine et de Seine-et-Oise, se vendent couramment sous Saint-Louis 18.000 francs actuels l'hectare, pendant que les vignobles champenois ne valent que 14.000 francs et ceux de Touraine 10.000 francs. Une vigne à Ghamprosay, près de Gorbeil, va jusqu'à 32.000 francs l'hectare en 1300 — 25 livres pour trois quarts d'arpent (23 ares) appartenant à l'Hôtel-Dieu de Paris — et, chose incroyable, tandis que le prix le plus bas qu'il nous ait été donné de recueillir est celui d'une vigne de Languedoc, dans le Gard, que l'on achète pour 337 francs l'hectare en 118i, c'est en Normandie, près de Mortain, que nous avons noté le prix le plus élevé : 46.000 francs T hectare en 1227 — 20 ares pour 19 livres tournois.

De pareilles anomalies s'expliquent par ce fait, que du terrain où le raisin mûrissait passablement, en Basse-Normandie, devait être fort recherché et très rémunérateur, tandis que dans le Midi, où le vin était à très bon marché,

une vigne médiocre pouvait aisément tomber à rien. Du XI v^ au XVI' siècle, les mêmes conditions économiques produisent les mêmes effets, si contraires à ceux de nos jours qu'on semble vraiment, en les constatant, énoncer une paradoxale folie ; pius les vignes sont malchanceuses, moins leur vin est généreux et mieux elles se vendent. Au contraire plus le climat est favorable à la culture de la vigne, plus les vignes, étant nombreuses, diminuaient de prix. D'ailleurs les règlements locaux faisaient un devoir aux régnicoles de chaque province de ne laisser pénétrer dans leur cave les produits d'une récolte étrangère qu'après avoir vidé les futailles du crû jusqu'à la dernière goutte. C'est ainsi qu'on entendait alors le protectionnisme.

En compensant tous les écarts dans les moyennes séculaires, qui permettent d'apprécier la valeur de celte nature de sol, nous remarquons que l'hectare de vigne a valu 11.600 de nos francs-papier de 1200 à 1300, 7.210 francs de 1301 à 1400, 6.800 francs de liOl à 1300 et 7.840 francs de 150l à 1600. Les vignes, comme les prés, coûtaient donc plus cher au moyen-âge que de nos jours, par rapport à la terre labourable, puisqu'en 1880 comme en 1910 l'hectare de vigne ne coûtait que 33 pour 100 de plus que le labour, d'après les enquêtes officielles, tandis que naguère il valait le double.

Le vin était du reste, comparativement au coût général de la vie, beaucoup plus cher qu'à l'heure actuelle : dans la période 1276 à 137-5 son prix moyen ressort à 475 francs l'hectolitre. Les grands crus de Bourgogne, « vins de présent » ou « d'honneur », si renommés parmi les gourmets du xiv* siècle que le désir de ne pas trop s'éloigner de la source d'une si précieuse liqueur, avait, au dire de Pétrarque, beaucoup de part à la répugnance des cardinaux d'Avignon pour le n^lour du pape à Rome, se vendaient sur le pied de 1.700 et 2 600 francs l'hectolitre.

Le vin baissa de prix aux siècles suivants; il descendit à

300 francs sous Louis XI; à 270 francs sous Charles VIII, à 175 francs l'hectolitre sous François P^ La culture de la vigne avait pris alors une grande extension dans le centre et le Nord; on voit à cette époque disparaître des comptes de beaucoup d hospices toute espèce d'achat de vins; tandis que parmi les dépenses de la maison apparaissent des frais de vendange. L'histoire des dîmes ecclésiastiques, dont la substance se modifie à travers les âges, nous apprend aussi que de larges surfaces furent au xvi' siècle, dérobées aux céréales pour être couvertes de ceps. Les pouvoirs publics, de leur côté, commencèrent à défendre l'extension du territoire viticole, de peur de voir se restreindre le sol réservé au blé

SousGolbert, les vignes qui, dans la première moitié du xvij^ siècle avaient valu 7.400 francs l'hectare, s'élevèrent à 8.600. C'est toujours le Languedoc qui occupe le dernier rang, à 6o0 francs Thectare et l'Ile-de-France qui lient la tête, à 13.000 francs. La moyenne de la vigne normande continue à dépasser celle de la vigne bourguignonne. Celleci vaut 7.800 francs l'hectare en 1666, dans 150 communes de la Côle-d'Or el de Saône-et-Loire, où les crûs sont classés, d'après leur valeur vénale, dans un tout autre ordre que celui que nous leur attribuerions aujourd'hui.

Ainsi le vignoble le plus haut coté est celui de Santosse où l'hectare vaut 37.000 francs, Meursault et Pommard viennent ensuite à 18.180, puis Voinay et Musigny de 45.000 à 18.000 francs. Le clos de Vougeot n'est évalué qu'à 9.000 francs l'hectare, celui de Beaune, jadis le plus renommé, qu'à 7.400 et ceux des environs de iNuits qu'à 3.600.

A cette époque, on pouvait vendre jusqu'à 18.000 francs un hectare planté de ceps dans l'arrondissement de Versailles. Et cependant les Bourguignons n'avaient pas à se plaindre; leur propriété vinicole avait beaucoup plus progressé depuis trois siècles que n'avait fait celle des Parisiens.

Au contraire de la surface cultivée en vignes, celle des

forêts gigantesques du moyen âge, de plus en plus rongées par l'agriculture avait été sans cesse en diminuant. Si la plusvalue de cette nature de sol jusqu'à l'an 1600 n'est pas énorme, si elle est moindre par exemple que la diminution des prés, c'est qu'une si grande masse ne pouvait être affectée aussi fortement dans son prix, par la perte de quelques millions d'hectare défrichés, que la quantité relativement minime des prés du temps de Saint-Louis devait l'être par la concurrence des nouveaux prés créés au xvi" siècle.

La question du transport, celle des difficultés plus ou moins grandes de l'exploitation, qui joue un rôle capital dans la valeur d'une marchandise aussi encombrante que le bois, devait avoir jadis une importance prépondérante, susceptible de faire monter une futaie à des taux relativement très hauts, ou de la réduire à un prix dérisoire. On n'est nullement surpris de trouver des hectares de bois à 4.000 francs au XIII* siècle, aux environ de Paris, à 1.000 francs en Normandie et à 200 francs aux environs de Cambrai. Au xiv* siècle l'Hôlel-Dieu achète près d'Elampes quatre hectares de bois sur le pied de 8.000 francs l'hectare, il s'en vend aussi dans l'Aisne à 500 francs, et le plus grand nombre ne dépassent pas 1.000 francs. Ce dernier chiffre est le maximum de ceux que j'ai relevés de 1401 à 1500; il provient de Vassy, en Champagne; dans la forêt d'Orléans le prix n'est que de 315 francs, de même en Seine-et-Marne; à Soissons il varie de 125 francs à 200 et dans le Cher, à Aubigny, il est vendu des hectares soi-disant boisés (1491), pour 4 sous, c'est-àdire 30 francs actuels!

Sans doute parmi ces surfaces qualifiées de bois, il y a bien des vides, une bonne part de landes stériles; au xv* siècle la charrue fuyait devant les arbres, elle leur rendait ses conquêies antérieures, et la forêt s'élargissait sans obstacle sur le.s emplacements embroussaillés par l'abandon.

Au \vi' siècle le mouvement s'opéra en sens inverse et si l'on voit encore, sous Henri III, de grandes forêts de

3.000 hectares, comme celle de Grécy-en-Brie, aliénées pour 940 francs l'hectare, de moindres morceaux de futaies se vendent cinq fois et jusqu'à dix fois plus cher; à la fin du règne de François I" les bois étaient montés en moyenne à 1.800 francs.

Vingt-cinq ans plus tard, vers 1570, furent inaugurés les trains de bois — le « bois flotté » — regardé alors comme une découverte importante « qui ferait valoir les héritages plantés en futaie. » Le bois fut ainsi amené à Paris de Bourgogne, du Morvan, puis de la Marne. Pour rendre l'exploitation plus aisée les ordonnances royales permirent aux marchands de faire passer leurs charrettes depuis les forêts jusqu'aux cours d'eau navigables, à travers les terres seigneuriales ou autres sans indemnité; ils purent faire flotter leurs bois sur les rivières et étangs privés, même sur les fossés des châteaux.

Suivant que l'on a devant soi une coupe à faire ou derrière soi une coupe récemment faite, les prix des bois varient aisément du simple au décuple; au xviii' siècle, à peu d'années de distance et souvent pour des localités, peu éloignées les unes des autres nous relevons de pareils écarts : dans la Gorrèze, par exemple, en 1774, il est des bois à 6.830 francs l'hectare près de Gimel, d'autres à 750 francs près de Ventadour. Un hectare de futaie de 150 ans vaudra 42.000 francs aux environs de Glermont (Oise) en 1787 ; dans le Lot, à la même époque il se vend des surfaces boisées depuis '220 francs l'hectare. En Picardie, vers 1765, le taillis est estimé 8.000 francs, à Brétigny (Seine- el-Oise) 2.660 francs, tandis que dans la Charente la forêt de la Boixe, d'une contenance de près de 1.000 hectares, est payée sur le pied de 380 francs.

On pense si, dans de pareilles conditions, il est malaisé de chiffrer des moyennes. Le prix du bois de chauiïage nous permet cependant d'apprécier la hausse des produits forestiers jusqu'à nos jours. En francs actuels, les mille kilos

de bûches, qui coûtaient au moyen âge de 20 à 30 francs dans les campagnes ou les petites villes voisines des forêts, variaient, dans les derniers temps de l'ancien régime de 125 à 175 francs à Orléans, Rouen, Soissons, Mézières, Strasbourg, Toulouse, Marseille et Montpellier.

A Paris, où ces mille kilos avaient valu de 75 à 150 francs, du xiv* au XVI® siècle, et jusqu'à 250 francs sous Louis XIV, ils se vendaient en moyenne 210 francs à la fin du règne de Louis XVI. Sous la Restauration et sous Louis-Philippe, le Parisien payait son bois 285 de nos francs actuels (38 francs de 1840 correspondant à 57 francs-or de 1913). En 1900, quoique ce prix eût peu augmenté, la consommation du bois avait diminué de moitié depuis 1852; elle était tombée à 120 tonnes par 1.000 habitants. Seulement, avec deux millions détonnes de houille, en partie utilisée dans des calorifères, la population d'aujourd'hui possède peut-être trente fois plus de chaleur.

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