‹ Histoire de la fortune françaiseChapitre 21 sur 39 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

REVENU DES DIFFÉRENTES NATURES DE SOLS (1200 à 1900)

Ce qui ^^ent d'être dit sur la valeur des propriétés rurales me dispenserait de parler de leur revenu, si ce revenu avait toujours été dans un rapport immuable avec le capital, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours. On sait qu'au contraire ce rapport, qui était jusque verslafin du xv'siècle de 10 pour 100, n'était évalué au milieu du xvi' siècle qu'à 7 pour 100, et qu'on ne l'estimait plus à la fin du xix' siècle qu'à 3 ou 3,33 pour 100.

Il suit de là qu'un capital foncier de 1.000 francs, qui rapportait 100 francs au xiii" siècle, n'en rapportait plus que 30 en 1910, et que, si ce capital avait décuplé depuis Saint- Louis jusqu'à 1910, s'il s'élevait à cette date à 10 000 francs au lieu de 1.000, son revenu n'aura pourtant que triplé et sera de 300 francs au lieu de 100. Comparées à une commune mesure, qui est l'augmentation de toutes les marchandises, salaires, denrées, etc., la hausse de valeur des terres exploitées depuis le xiii' siècle jusqu'à nos jours est exceptionnelle, en ce qu'elle est très supérieure à la baisse générale du pouvoir d'achat de l'argent.

Lorsque ce pouvoir, aux xiii' et xiV siècles, était quatre fois et trois fois et demi plus grand qu'en 1910, le prix de la terre était huit fois (1210-1300) puis quatorze fois (1301- 1400} plus bas. Âuxv% où l'argent valait cinq et six fois le

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nôtre, la terre valait vingt-deux fois moins. Au xvi* siècle, où l'argent était de cinq à deux fois et demie plus cher que celui du commencement du xx' siècle la terre coûtait dix fois moins.

Ainsi, tandis que le propriétaire mobilier est celui qui a été le plus malmené depuis sept cents ans; tandis que les ouvriers ont été très diversement traités selon les époques, et que, notamment, leur situation matérielle avait fort empiré depuis le milieu du xvi' siècle jusqu'à la Révolution, les propriétaires fonciers se voyaient investis d'un privilège qui sembla impérissable jusqu'à ces dernières années. Et, la tradition aidant, ils s'étaient si bien habitués à voir le capital foncier s'élever avec le prix de la vie qu'ils n'admettent aucun mouvement en arrière.

Comparez le chemin respectivement parcouru, depuis le milieu du moyeu âge, par deux propriétaires de mille livres-tournois, dont l'un fait valoir son argent en prêts mobiliers et dont l'autre le place en fonds de terre. Ce dernier peut acheter 161 hectares en 1200; en 1400, malgré la dépréciation des immeubles, le possesseur d'argent ne peut plus acheter avec ses 1 000 livres que 77 hectares.

En 1600, avec ce même capital nominal, il ne peut plus acheter que 8 hectares et demi; son revenu sera dix fois moindre que celui du terrien et la distance se sera tellement accrue, jusqu'à la fin du xviii* siècle, qu'en 1790 les héritiers du capitaliste ne possèdent plus guère que la valeur d'uN hectare, tandis que les descendants du propriétaire foncier avec leurs 161 hectares, jouissent d'une honnête aisance.

II nous reste à comparer la propriété foncière de 1790 avec celle de 1910 — les années qui se sont écoulées pendant et depuis la guerre étant réservées à un chapitre spécial. — Les prix, au cours du xix' siècle n'ont pas varié partout aux mômes époques, ni dans les mêmes proportions; quelques exemples pris au hasard font toucher du doigt ces diflérenccs : le domaine de Coulanges (Cher), qui valait, en 1780,

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