‹ Histoire de la fortune françaiseChapitre 23 sur 39 · REVENU DES DIFFÉRENTES NATURES DE SOLS (1200 A · texte numérisé non relu

REVENU DES DIFFÉRENTES NATURES DE SOLS (1200 A

revenue, à peu de chose près, à sou prix de 1790.

Dire que la valeur ou le reveuu d'un hectare de labour, de pré, de vigne ou de bois de la France actuelle fut égal — en francs-papier — à la veille de la guerre, à ce qu'il était au moment de la Révolution cela ne veut pas dire du tout que le revenu agricole de notre patrie, pris en masse, soit demeuré slationnaire d'une date à l'autre. Le prix de ïhectare labourable de 1790 est bien loin de s'appliquer à la surface entière du royaume de Louis XVL Sur les 50 millions d hectares du territoire français, auxquels se rapportait l'enquête administrative de 4908-1912, il existait 8.703. 000 hectares de bois et 7.205 000 hectares de landes et assimilés. Aux premiers était attribuée une valeur moyenne de 2.865 francs actuels (573 francs-or x 5); les seconds étaient évalués à 795 francs seulement (159 francs X 5).

Ces 16 millions d'hectares officiellement appréciés en revenu, les bois à 85 francs, les landes à 20 francs — au lieu des 250 francs l'hectare de labour — , réduisaient la moyenne générale à 205 francs et le total du revenu de la propriété française non bâtie, à 10 milliards 300 millions (2.060 millions X 5) en 1910.

Si le revenu de 3 p. 100, soit, sur 7.640 francs, 229 francs actuels, qui à la veille de la Révolution, pouvait être celui de ïhectare labouré eût été applicable à l'ensemble du territoire, le total se fût élevé à 11 milliards et demi de rente en 1790; chiffre, à mon avis, tout a fait exagéré, bien qu'il se rapproche beaucoup des évaluations de Necker et de Lavoisier (1.200 et 1.140 millions de livres équivalent à 11 milliards 400 raillions de nos francs-papiers). Mais on sait que les statistiques de l'ancien régime étaient assez fantaisistes. Ainsi, Vauban, à la fin du règne de Louis XIV, estimait le revenu net du royaume à 8 milliards 400 millions actuels (600 millions de livres) ce qui correspondrait aux moyennes tirées par nous, de V hectare de labour; mais on ne saurait trop y insister, ces moyennes ne peuvent nullement convenir à la super-

ficie totale de la France, dont Je revenu global, au moment de la Révolution, ne dépassait peut-être pas 8 milliards de francs actuels.

La première enquête faite en 1814 par le baron Louis, pour arriver à une meilleure assiette de la contribution foncière, attribuait à la masse des terrains non bâtis un revenu net de 10.io6 millions actuels (1.354 millions de francs-or de l'époque) somme qui devait être plutôt supérieure à la réalité. Enfin l'enquête de 1851 évaluait à 13 milliards 600 millions de francs actuels (1.824 millions-or de la seconde République) la valeur locative du sol français au milieu du xix' siècle.

Ce dernier chiffre, rapproché des résultats de 1880 — — 13.225 millions-papier, ou 2.645 millions-or — nous montre que la terre qui avait haussé, plus que toute chose, de la Révolution au second Empire, avait augmenté de 1851 à 1880 à l'égal des autres prix; au contraire de 1880 à 1913 on enregistre une baisse certaine, puisque à cette dernière date elle ne rapportait plus, comme on l'a vu tout à l'heure, que 10.300 millions de francs actuels.

Cependant, comparée à ce qu'elle était cent ans auparavant, la propriété rurale n'avait pas encore trop à se plaindre, puisqu'à cette date de 1913, son revenu lui permettait de satisfaire autant de besoins ou de se procurer autant de jouissances, que cent ans auparavant, tandis que le capitaliste mobilier avait perdu la moitié de sa fortune.

Page 1