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LE CRÉDIT ET LE COMMERCE DE LARGENT

Le seul banquier français important sous Richelieu, Roger Desjardins, ne peut prêter d'argent à l'Etat. Or les Etats de ce temps-là, n'ayant qu'une confiance très limitée dans leur crédit réciproque, ont coutume, quand ils contractent des alliances en vue d'une guerre, de donner chacun un banquier solvable qui répondait de leurs engagements, et s'obligeait à livrer le numéraire aux lieux où l'on en aurait besoin.

L'intervention de ces étrangers, qui mettaient à notre service leurs relations internationales, doit être considérée malgré tout comme ayant été profitable à nos affaires. Les conditions auxquelles ils nous servaient sont meilleures et la •loyauté relative qu'ils paraissent apporter à l'exécution de leurs engagements est plus grande que celle de nos compatriotes, alors fermiers des impôts et banquiers du Trésor. Nos partisans français, qu'ils soient marchands en gros dans la rue Saint-Denis ou maréchaux de France comme d'Estrées, « qui a presque toutes les raaltôtes » sous Mazarin, demeurent jusqu'à Golbert attachés au budget en formation comme à une proie, et le rongent avec l'assistance de leurs parents, ëe leurs amis, de leurs maîtresses, — leurs inclinations, dit Tallemant — qui tous et toutes font, grâce à eux, « quelques petites affaires. »

De là cette ressemblance, constatée par un prélat, entre l«s Séraphins entourant dans l'Ancien Testament l'Arche d'alliance, et les financiers de son temps « qui, comme eux, avaient chacun quatre ailes ; deux dont ils se servaient pour voler et les deux autres pour se couvrir. »

Quant au crédit individuel, ses progrès suivirent en France une marche correspondante à la liberté dont il lui fut permis de jouir : les peines que l'on réservait au failli ou au banqueroutier (car à cette époque banqueroute, faillite ou cession de biens étaient encore une seule et même chose) ces peines, •qu'il s'agisse des galères ou simplement du port d'un bonnet vert obligatoire pour eux, n'avaient pas une action plus efficace que la mise en branle, à la bourse de Hambourg, de la

cloche dite à' infamie^ qui ne sonnait que pour annoncer la déconfiture d'un négociant. Avant l'ordonnance de 1673, le banquier qui déposait son bilan prenait immédiatement la fuite ; l'adoucissement des lois rendit le failli moins insolvable.

Malheureusement les souverains et les tribunaux conservèrent longtemps le droit de rompre les contrats privés, ou du moins d'en suspendre l'effet, par les « lettres d'Etat » ou « arrêts de surséance » qui dispensaient des gens en faveur d'acquitter leurs dettes. Que de fois les prêteurs se plaignent de ces « lettres de répit, la plus belle monnaie, disent-ils, dont on les paie journellement î »

Le crédit public était encore bien mince au commencement du XIX' siècle.

De 1800 à 1850, bien que les emprunts d'Etat portassent sur des sommes que nous jugerions minimes aujourd'hui, la part faite aux banquiers était si large qu'ils réalisaient de copieux bénéfices. Le Trésor français rémunérait très haut les services d'intermédiaires dont il n'osait se passer, après deux échecs de souscriptions publiques, en 1818 sous Corvetto, en 1825 sous Villèle. La conversion du 5 0/0 en 4 1/2 tentée par ce dernier sans intervention des banques, n'avait réussi que pour 30 millions sur 140 millions de rente existante.

Ce fut seulement en 1854 qu'un premier emprunt d'Etat, directement offert au public, ayant réussi, l'on commença d'appeler au guichet les petites bourses, comme on venait d'appeler les petites gens au scrutin. En même temps naquirent les établissements de Crédit dont l'objectif consistait à faire en très grand de très petites affaires, à devenir le banquier do la classe moyenne et populaire. Par eux condensées, puis mobilisées en lingots redoutables, les parcelles d'épargne ont obligé le « Veau d'Or » à descendre de son autel pour aller chercher sa pâture; ces « boîtes à milliards » parla concurrence qu'elles sont forcées de se faire entre elles, ont contribué à démocratiser la puissance de l'argent, en même temps qu'elles en transformaient le commerce.

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