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REMPLACÉS AU XIX' SIÈCLE, PAR DES FORTUNES

REAUCOUP PLUS GRANDES

L'histoire de l'argent, sous ses diverses formes et dans ses manifestations variées, conduit à cette conclusion que : par la force des choses, toutes les fortunes mobilières du moyen îige sont détruites, disparues, tombées en poussière. Il n'en subsiste pas une seule. Quant à celles des temps modernes, elles sont tellement atteintes que les riches des xvii' et xviii' siècles ont à peine aujourd'hui une modeste aisance, et que ceux qui jouissaient dès lors de cette aisance modeste ne sauraient plus vivre sans travailler.

Il suffit pour s'en convaincre de mesurer depuis mille ans l'amincissement, on pourrait dire la volatilisation d'un capital déterminé sous la triple action combinée de la valeur marchande, et par conséquent du pouvoir d'achat des métaux précieux, de la dépréciation de la monnaie de compte qui, tout en conservant son nom de « livre », signifie une quantité de plus en plus petite d'or ou d'argent, de la baisse du taux de l'intérêt enfin, puisque c'est avec cet intérêt annuel que l'on vit. Mille livres, à la mort de Cliarlemagne, correspondaient à 3.650.000 francs de nos francs-papier de 1927, produisant 10 pour 100 d'intérêt.

Sautons quatre siècles pour arriver à l'avènement de Saint-Louis : nos mille livres de 1225 n'équivalent plus qu'à

500.000 francs actuels, produisant 50.000 francs de rentes. C'est encore un budget présentable, pour le rentier, d'ailleurs scrupuleux, qui ne prête pas son bien à usure, et qui, tenant à l'estime de ses concitoyens et à l'absolution de son confesseur, se contente du taux modique de 10 pour 100.

En 1300 le taux de l'intérêt et le pouvoir de l'argent n'ayant guère varié, mais la monnaie étant fort dépréciée, les mille livres ne sont plus, en capital, que 320.000 francs; en 1400, elles ne valent plus que 170.000 francs. Notre capitaliste en 1500, est réduit à 140.000; mais, comme le taux de l'intérêt courant n'est plus que 8,33 pour 100, il ne jouit annuellement que de 11.600 francs de revenu.

De 1500 à 1600 tout baisse à la fois et le rentier se trouve, après ce nouveau cycle de cent années, sous le règne de Henri IV à l'aurore des temps modernes avec 2.100 francs actuels à dépenser par an. Il n'est plus ni riche, ni aisé, il n'a plus de quoi vivre. En 1700 son petit pécule a continué à s'évaporer : les 1.000 livres, ou 22.200 francs, ne rapportent plus que 1.100 francs; au moment de la Révolution notre homme ne touche plus que 450 francs. En 1900 il avait pour toute fortune 4.750 francs de capital soit, à 4 pour 100, 190 francs d'intérêt; depuis la guerre, et avec la substitution du papier à l'or il ne possède plus que 38 francs de rente; c'est un bien modeste livret-ouvrier à la caisse d'épargne; ce n'est même pas une journée de travail dans certains métiers très rétribués.

Un revenu de 1 .000 francs, pris pour symbole de la valeur mobilière, a subi depuis le xiii' siècle par les trois causes de moins value indiquées ci- dessus, un dépérissement qui l'a réduit à 0.70 centimes. Ces 0.76 centimes sont tout ce qui reste des 1.000 francs de revenu mobilier de l'an 1200. On peut faire le même calcul pour toutes les autres époques ; on verra que, pour être moins entière, la dépossession du propriétaire mobilier, n'en a pas été moins considérable : sur 1.000 francs de revenu de l'an 1700, c'est-à-dire d'il y a

seulement deux siècles et quart, il ne reste que 33 francs.

Evidemment, ces calculs absolus ne peuvent s'appliquer pratiquement à aucun cas particulier. Il n'a pas existé depuis Philippe-Auguste, ou depuis François I", ou depuis Louis XIV, une seule fortune métallique qui se soit transmise d'un individu à un autre, sans aucune vicissitude autre que l'avilissement progressif auquel nous venons d'assister. Mais quand l'économie politique énonce que le capital n'est que du « travail accumulé » — joint à des hasards favorables pour les élus des grands succès d'argent — et que l'on coudoie tous les jours des riches qui ne travaillent pas et dont les pères n'ont pas travaillé davantage, on se demande si, en tenant cette affirmation pour vraie à l'origine, l'accumulation de travail dont ce capital est le résultat ne remonte pas à des époques bien reculées; si la jouissance des descendants de l'accumulateur primitif, qui possèdent toujours et ne travaillent jamais, ne se prolonge pas depuis assez longtemps pour que les classes déshéritées, qui ne possèdent jamais et qui travaillent toujours, n'aient pas quelque titre à demander la révision de ce qui semble être un privilège éternel, dans une société comme la nôtre, ennemie de tout privilège et très vivement éprise d'égalité.

C'est pour cela qu'il m'a paru important de montrer ici que tous les capitalistes mobiliers, sans exception, sont de date récente et même très récente, et qu'il n'est pas possible, chiffres en mains, qu'il en soit autrement.

La destinée des capitalistes fonciers fut beaucoup plus douce. Les hauts et les bas, inséparables de tout ce qui dure, ont pu atteindre leurs personnes; mais leurs biens n'ont été affectés en définitive par aucune fatalité fâcheuse. Au contraire, la force des choses, les progrès de la civilisation travaillaient pour eux, maintenaient ou augmentaient leur valeur.

Le traitement si opposé, dont les capitalistes mobiliers et fonciers ont été l'objet dans l'histoire, va-t-il prendre fin?

La terre a profité jusqu'ici, pour la vente de ses produits, d'avantages que la facilité des communications dans le monde entier fait presque disparaître; son monopole est menacé et, quelques barrières qu'on imagine pour en perpétuer l'existence, dans un avenir plus ou moins proche il est condamné. Au xvi' siècle, on n'a pas arrêté l'or et l'argent qui ont contribué à spolier le détenteur de métaux précieux en France. Gomment arrêterait- on le blé, ou la laine ou le sucre de l'étranger qui gênent les détenteurs des similaires indigènes?

En tous cas, la terre d'aujourd'hui, sans toutefois maintenir la valeur d'avant-guerre, puisqu'elle n'a pas généralement quintuplé en francs-papier, a tout autrement résisté que les valeurs depuis 1914; et, comme on le verra plus loin, le même sol se prêle et s'adapte historiquement, sous le coup de la nécessité, à des variations de culture presque indéfinies.

Bien que, considérées en elles-mêmes et abstraction faite de leurs possesseurs, depuis 1200 jusqu'à 1927, la fortune mobilière se soit évanouie, tandis que la fortune foncière grandissait — malgré les reculs plus ou moins rudes, les terribles krachs, dont elle a été victime dans les siècles passés, — si l'on fait l'histoire des individus et non pas seulement celle des chiffres, on remarque que toutes les fortunes privées, quelle que soit leur nature, n'ont pas cessé d'être dans un mouvement perpétuel. Le passage de la pauvreté à l'aisance, de l'aisance à la richesse, et le passage opposé de l'opulence à la misère, ont été la règle commune, l'état normal des temps qui nous ont précédés.

Par suite les allées et venues des familles, du haut en bas et du bas en haut de l'échelle sociale, ont été constantes et très rapides. L'égalité naturelle qui est au fond de l'humanité, la sélection des intelligences a joui, non pas — cela va de soi — de la plénitude des droits qu'elle possède aujourd'hui où aucune entrave ne l'arrête, mais de droits beaucoup plus étendus qu'on ne se le figure, étant donnée la construc-

lion d'une société qui païquait chacun en apparence dans une case iafranchissabie.

Ce serait un livre bien curieux que le récit de l'existence de cent familles françaises, prises au hasard en l'an 1200 dans ious les rangs de la société depuis les hauts barons jusqu'aux plus humbles serfs et qui les suivrait jusqu'en 1927. On y verrait les plus étonnantes péripéties.

Malheureusement la trace des petites gens n'est pas facile à suivre; ce sont des filets d'eau dans un océan. Ils font si peu de bruit et tiennent si peu de place. Pour ces microbes de l'organisme social, il n'existe pas de microscope à portée de l'historien. On ne les aperçoit que quand ils grossissent. Un individu émerge-t-il à la surface, sort-il de l'ombre, les renseignements abondent. Tant que ses descendants demeurent dans une certaine lumière, on arrive à ne pas les perdre de vue. Mais quand ils plongent, quand ils rentrent dans la foule, l'obscurité se fait de nouveau sur eux; et bien des familles qu'ainsi l'on croit éteintes sont seulement disparues. On ne les avait vu monter qu'à partir d'un certain niveau, on ne les voit également descendre que jusqu'à un certain niveau; c'est comme la ligne de l'horizon à laquelle apparaît •et disparaît le soleil.

D'après les cas nombreux de décadence et d'élévation qui me sont passés sous les yeux, je crois que l'histoire privée des Français, à mesure qu'elle sera mieux connue, confondra fort ceux qui nous vantent si volontiers la stabilité sociale du « bon vieux temps », en même temps que ceux qui rêvent d'une remise à neuf de la société actuelle, ayant pour objet un nivellement obligatoire des fortunes : les opinions « rétro - ^grades » et « avancées ».

Cette stabilité sociale ne pouvait aller sans la stabilité pécuniaire, puisqu'on ne gardait un certain rang qu'avec une certaine bourse: et la bourse de chacun a subi mille fluctuations depuis sept siècles. La richesse (terrienne ou métallique) de notre propriétaire de 1.000 livres-tournois, accrue

iô4 LE CAPITAL ET LA FORTUNE MOBILIÈRE

par les mariages et les successions, morcelée à l'infini par les partages, même dans les maisons nobles, a été dissipée par les prodigues, reconstituée par les thésauriseurs, centuplée par les travailleurs, les habiles et les heureux, dispersée par les indolents, les malchanceux, les déséquilibrés. Les événements politiques y influèrent : la faveur des princes^ les postes avantageux; ou les jacqueries, les guerres, les confiscations, depuis l'abolition du servage au xiii" siècle jusqu'à l'abolition des rentes féodales, d'ailleurs possédées pour la majeure partie par des bourgeois, en 1790.

Quel mystère dans l'ascendance de tant d'inconnus quf ignorent leurs ancêtres! Bien des prolétaires d'aujourd'huf sont les fils des millionnaires de jadis; tel communiste fougueux descend de générations cossues, qui ont exploité les sueurs des populations du moyen âge. Tel réactionnaire endurci, qui défend avec une âpre bonne foi les prérogatives de la naissance, n'est-il pas un noble d'hier, un propriétaire d'avant-hier, longtemps mainmortable et attaché à la glèbe en la personne de ses aïeux?

Car ce reproche, parfois adressé de nos jours aux paysans de vouloir faire de leurs fils des « messieurs » — reproche singulier en somme, puisque cette émulation est l'indice de la prospérité, la source en même temps que le résultat des progrès d'un peuple — ce reproche pourrait s'adresser aux générations qui se succèdent depuis des siècles. Voilà six cents ans, il suffit pour s'en convaincre de pénétrer l'intimité de notre vie nationale, que les « villains » cherchent, autant qu'ils le peuvent, à faire de leurs fils des « seigneurs. » Et beaucoup y ont réussi ; cependant il y a toujours des paysans parce que d'anciens seigneurs ont pris leur place dans les chaumières.

Il est une illusion d'optique qui fait croire, dans les siècles écoulés, à la possession exclusive de la propriété foncière, du moins de la grande propriété rurale par la classe aristocratirjue. L'illusion tient à ce fait qu'autrefois, à mesure

qu'une famille devenait riche elle devenait noble. On ne pouvait pour ainsi dire pas devenir riche sans devenir noble; et pourquoi d'ailleurs se serait-on privé de la noblesse lorsquelle venait d'elle-même à l'argent? De nos jours, où le châtelain en cuirasse est devenu un châtelain en veston, nous voyons nettement la révolution sociale par laquelle, depuis un Baudouin-le-Fourbe ou unGeoffroy-le-Barbu, spéculateurs en batailles du xni^ siècle, jusqu'aux « sires » du xx" siècle, lutteurs d'usines ou de comptoirs, des avènements successifs finirent par transférer les demeures historiques aux illustrations de la Banque, de la Métallurgie, des Produits chimiques ou des Vins mousseux, installés dans la « Tour de la Ligue », la « Chambre du Roi » ou le « Pavillon des Grâces. »

Mais, loin d'être propre à notre temps, ce fait est permanent depuis sept siècles et sans doute éternel. L'extrême richesse des gens que l'ancien régime eût nommés « roturiers » frappe aujourd'hui davantage, parce que le riche du XX' siècle dédaigne, le plus souvent, les vaines apparences de gentilhommerie, qu'il veut régner démocratiquement sous son nom plébéien, tandis qu'il y a deux ou trois cents ans son premier soin eiit été d'en changer, et qu'ainsi, à distance, nous qui le trouverions « seigneur » de quelque chose nous ne verrions pas aussi nettement son entrée dans la caste privilégiée.

Un maître de forges achèterait aujourd'hui de la descendance de Brantôme, éteinte dans la misère, l'immense domaine de Bourdeilles, qu'il ne se parerait pas, comme Jean Bertin, bourgeois de Périgueux, enrichi dans la fabrication du fer, acquéreur de cette seigneurie en 1730, des titres de comte de Bourdeilles, seigneur de Brantôme et premier baron du Périgord. Si ce transfert de propriété est plus visible depuis la Renaissance, c'est que les acheteurs, tous gens de finance, sont d'un autre métier que les vendeurs, gens d'épée, tandis qu'au moyen âge ils étaient presque tous

de profession militaire, la seule qui permit aux laïques d'acquérir et de conserver; on disait alors :

De charron soldat De soldat gentilhomme Et puis marquis Si fortune en dit...

Depuis cent ans bien des gens se vantent « d'être venus à Paris en sabots », et de ce que leur père était un paysan. Or ce n'est pas toujours vrai, le père souvent était davantage. Autrefois les nouveaux riches se vantaient que leur père fût au moins un petit bourgeois ou un marchand, or ce n'était pas toujours vrai non plus; le père souvent était moins •que cela. L'orgueil démocratique d'aujourd'hui, l'orgueil aristocratique d'autrefois peuvent tous les deux nous induire en erreur et nous faire croire que les parvenus sont actuellement plus nombreux et qu'ils aient été anciennement plus rares.

Toujours est-il que dans notre xx' siècle il ne se rencontrerait sans doute pas beaucoup de domestiques devenus gentilshommes, voire ambassadeurs, comme il s'en vil maints exemples notables sous Henri IV et Louis XIV : Gilles Ruelland, qui mourut baron de Tressan, Seigneur du Rocher- Portail et de Montaurin, laissant une grosse fortune à ses cinq enfants dont une fille devenue duchesse de Brissac avec 12 millions et demi de dol — de notre monnaie — avait débuté vers 1585 comme valet d'un marchand de toiles. Longtemps charretier, il n'avait jamais chaussé que des sabots. La première fois qu'il mit des souliers à ses pieds, racontait-il plus tard, il en était si embarrassé qu'il ne savait comment marcher.

Un autre domestique, comme celui là « né aux finances », fut Massé Bertrand, (ils d'un paysan d'Anjou qui, d'abord laquais chez le président Gayan, puis clerc chez un procureur, -ensuite commis, parvint insensiblement à être trésorier de

l'Epargne (1628), seigneur de la Bazinière et mourut riche de 100 millions de francs actuels. Son fils épousa une demoiselle d'honneur delà Reine et sa fille, mariée à l'intendant de justice en Anjou, méprisait fort cependant la noblesse de robe.

Gourville, Gil Blas de la réalité, dépassait fort celui de Lesage. Après avoir débuté chez un procureur d'Angoulême, il entre comme valet chez l'abbé de La Rochefoucauld (1642), passe au même titre au service du prince de Marsillac, le futur auteur des Maximes, dont il devint un peu secrétaire, tout en portant la livrée — casaque rouge à galons d'argent. Puis de pourboires en pots-de-vin, et de métiers en métiers, après avoir troqué son nom de Jean Héraut contre celui de la terre de Gourville dont il avait acquis la seigneurie, il finit par èire nommé ambassadeur en Espagne, d'où il revint conseiller d'Etat, aussi riche que considéré, marié « secrètement », mais au su de tous avec une des trois sœurs du duc de La Rochefoucauld, et souvent admis à l'honneur envié de faire la partie du Roi.

Tous les parvenus ne publiaient pas, comme Gourville, jôur modeste origine ; le cardinal Dubois fit soigneusement disparaître les traces de son passage, comme valet, chez un principal de collège, avant de devenir précepteur du duc de Chartres. Antoine Crozat, non plus, n'aimait pas se rappeler ju'il avait débuté comme laquais chez Pennautier, lorsque devenu marquis du Ghatel, il portait le cordon bleu des Chevaliers du Saint-Esprit, en vertu de la charge achetée par lui de trésorier de l'ordre et qu'il mariait sa fille au comte d'Evreux, fils du duc de Bouillon.

Aux xvii" et xviii' siècles ce qu'on appelait noblesse n'était — pour les dix-neuf vingtièmes d'après Gherin — que du liers état enrichi, élevé, décoré, possessionné. Lorsque des lettres patentes de Louis Xlll, en faveur des bourgeois de Sens ou de Langres, les confirmaient — ils en jouissaient régulièrement depuis Charles VII — dans le droit de

posséder des terres nobles sans payer aucun impôt, le même '< privilège » avait été concédé aux bourgeois de toute la France, ou à peu près. On le voit lors de ces « dénombrements » officiels des fiefs, faits par l'administration.

Un contrat de 1523 constate que Guy du Fardeau» homme-serf, est propriétaire d'une pièce de terre du nom de La Rochette (près Semur, dans la Côte-d'Or); dix ans plus tard ce du Fardeau, marié à une femme franche, est affranchi lui-même du servage par son seigneur, qui veut ainsi « lut donner moyen d'avancer ses enfants, ce qu'il ne saurait faire, restant serf. » Autour de sa maison cet ancien « homme de corps » groupe un domaine, creuse un étang, plante des vergers ; iljouit des mêmes droits que les « francs-bourgeois et habitants de Dijon. » En 1570, la famille du Fardeau a grandi ; le fils de Guy est qualifié d'écuyer, homme d'armes» seigneur de Sauvigny ; il est riche. Le fils du serf traited'égal à égal avec son suzerain Guy de Rabulin, le grandpère de Mme de Sévigné. Celui-ci s'est seulement réservé le droit de justice. En 1610, le pelit-fils de du Fardeau,qui s'appelle ^w^we^ c?e Montbezon, achète enfin le droit de justice qui lui manquait; ses enfants ont des charges militaires; c'est un gentilhomme.

Remontons plus haut, prenons la liste des hommes d'armes qui paraissent aux « monstres » ou revues, aux diverses dates de notre histoire; consultons les carlulaires des abbayes, mines précieuses de documents en! ce genre, nous verrons disparaître à chaque siècle des quantités de noms, que remplacent, aux siècles suivants, d'autres noms sortis de l'obscurité. Dans le Nord les désastres de Poitiers, d'Azincourt;. dans tout le royaume les dévastations de la guerre de Cent ans révolutionnèrent la fortune privée et l'état social, en détruisant les choses (châteaux, moulins, etc.) et les droits attachés à ces choses, et les gens qui les possédaient.

Une partie de la classe dirigeante d'alors disparut par fer, ruine, émigration. Les vides furent remplis par des familles

nouvelles. Que de déclassements individuels n'ont pas suivi les guerres locales de château à château! Que de dépossessions ont entraînées les guerres de religion! En temps calme, plus près de nous, que de hasards dans les destinées ! Combien de fois, parmi les mendiants arrêtés sous Louis XIV et Louis XV et enfermés dans les hospices, ne se rencontre-t-il pas des membres de familles riches ou nobles, de vieille extraction ! Que de rameaux se détachent, de races dont le tronc est demeuré illustre et tombent dans l'humilité d'un quasinéant ! je ne voudrais désobliger personne en citant des noms, chacun de mes lecteurs n'en a-t-il pas sur les lèvres ?

Ainsi, sous l'action de causes multiples, les anciennes fortunes mobilières se sont vues fatalement rongées par le temps et l'ensemble des fortunes privées, mobilières ou foncières, a bien des fois changé de mains, transférées involontairement par les anciens riches à des riches nouveaux.

Une dernière question se pose : y a-t-il eu autrefois, comparativement d'aussi grandes fortunes qu'aujourd'hui ? Y en en a-t-il eu en plus ou moins grand nombre qu'aujourd'hui proportionnellement à la population ? Et d'abord constatons i'augmenlatioQ globale delà fortune française au xix' siècle : de 1826 à 1910 elle avait plus que quadruplé. D'après les chiffres fournis par l'administration de l'enregistrement, elle ne dépassait pas, en 1826, 224 milliards de nos francs-papier actuels, atteignait 350 milliards en 1850, 680 milliards en 1869 et 1.020 milliards en 1910. Nous traiterons plus loin^ dans un chapitre spécial^ des révolutions sociales de la guerre, et de l'histoire des fortunes dans ces dernières quinze années.

La hausse était même plus grande en réalité qu'en apparence, puisque depuis le premier quart du xix' siècle la multiplication des valeurs |au porteur, l'usage des dépôts et placements à l'étranger permettait aux « assujettis » de dissimuler plus aisément et dans une proportion plus forte des

biens qui, sous la Restauration et sous Louis-Philippe, consistaient presque exclusivement en maisons et en terres. D'après les successions déclarées, la fortune mobilière française, n'était en 1851 que de 12 milliards et demi de nos francs ; elle était passée à 125 milliards en 1880 el à 368 milliards en 1910. Or elle était efleclivemenl de 550 milliards, d'après des calculs qui approchaient davantage de la réalité, parce qu'un quart échappait pour divers motifs et de façon diverse aux prises de la taxe successorale ; les « fuites », impossibles à prévenir, provenant autant des petites bourses que des gros portefeuilles, où les « papiers » se transmettent sans souci des formalités et des gens de loi.

Quant à la répartition de cette fortune entre les citoyens de notre République, il existait, avant 191^^ 945 personnes ayant, d'après les successions déclarées, un capital supérieur à 25 millions de francs-papier «. Parmi ces 945, il en était 280 qui possédaient plus de 50 raillions et 70 qui en possédaient plus de 250, en moyenne 400 chacun. En lui attribuant un intérêt de 4 0/0 ce dernier chiffre correspondait à 16 millions de rente.

Or nous ne Xioxïwojis personne au moyen âge qui puisse être comparé aux 50 particuliers formant la plus haute catégorie de ces revenus du xx' siècle. Personne, jusqu'au xvi' siècle n'a possédé ni seize ni même dix millions de rente. Seule la dépense de Saint-Louis en 1251, année de croisade, atteint 19 millions de nos francs; mais ce total très exceptionnel ne se retrouve plus les années suivantes. Louis IX n'avait rien d'un prodigue ; la pension de la Reine , sa

1. C'est-à-dire 5 millions d'avant iOU, nmltipiiéP par 5, pour avoir leur équivalence en 1921, comme tous les chiffres qui précèdent, Urés des documents relatifs à l'impôt sur les successions dons les années antérieures à la guerre. Pour éviter toute chance d'exagération, j'ai compté chaque succes- .sion comuie une famille, un ménage, hien qu'un ménage représente souvent deux successions. Par conséquent ers évaluations podI plutôt au-dessous de la réallié pour la « fortune acquise ». Le lecteur pourra comparer ces chiUVes avec ceux du chapitre XI sur <■ les revenus des Français depuis la guerre. •

DESTBUCTION DES ANCIENS CAPITAUX Hî

femme, pour ses dépenses' personnelles était en 1261 de- 200.000 francs. Maintes Parisiennes de nos jours, dans lesménages qui possèdent 5 millions de rente, reçoivent davantage de leur mari.

D'après les comptes de l'Hôtel, en 1316, la dépense de Philippe-le-Long, l'un des derniers Capétiens directs était 13.250.000 francs dont 8.500.000 pour la maison du Roi, 3.900.000 pour celle de la Reine, et 850.000 francs pour les enfants de France. Peu après la fin de la guerre de Cent ans, en 1450, Charles VII, dans la seconde partie de son règne, se contentait d'un budget de 5.310.000 francs. Louis XI, trente ans plus tard, (1438) disposait pour sa maison d'une somme deux fois et demie plus forte : 13.800.000 tandis qu'au XVI' siècle, des princes réputés pour leur faste ne consacrent à leur personne et à leur cour, François I" que 6.400.000 francs (1516) et Henri H que 5.705.000 francs (1558).

D'ailleurs, si je rapporte ici le compte de ces princes c'est à titre d'indication des frais que pouvait exiger alors une existence royale ; ce ne sont guère des budgets comparables à celui d'un particulier de 1927. Le Roi restait maître de confondre l'impôt qu'il tirait de ses sujets comme « souverain » et le produit qu'il tirait de son domaine comme « propriétaire. » Au XIV' siècle, où le budget de la France^ sous Philippe de Valois (1336) atteignait 175 millions de francs, le revenu personnel du monarque s'élevant à 13.250.000 francs, représentait environ 8 pour 100 des recettes de « l'Etat ». Seulement alors, il n'y avait guère d' « Etat. » Trois siècles plus tard, à l'avènement de Louis XIY, le budget du royaume était monté à deux milliards 250 millions et le budget du roi à 105 millions de francs.

Cette « liste civile », inférieure aux 125 millions de francs — actuels — dont jouissait l'empereur Napoléon III, absorbait une part proportionnellement beaucoup plus forte des recettes nationales : 4,50 0/0 en 1640, contre 0,25 0/0 en 1870. A ces 105 millions de dépenses le roi du xvii' siècle

R'aurait pu faire face avec les fruits de son domaine privé . L'ancien revenu féodal du duc de France, immensément ^ccru depuis l'origine de la monarchie, gardait dans la bourse publique sa place à part et sa physionomie propre.

Il provenait des sources les moins faites en apparence pour se trouver réunies — jouissance d'un évêché vacant, droits sur la vente d'un fief, héritage d'un étranger décédé en France — en réalité ces sommes avaient entre elles un lien traditionnel : c'étaient les recettes « seigneuriales », les mêmes que l'on payait à Louis-le-Gros ou à Philippe-le-Bel, dans les mêmes cas, pour les mêmes motifs, comme suzerain de fiefs. Tels qu'ils subsistaient au milieu du xvii' siècle, les biens royaux rapportaient environ oO millions de nos francs par an, dont 20 millions venaient des coupes de bois, 7.500.000 de ce que l'on continuait d'appeler le « domaine de France » et le reste des fermes et droits domaniaux d'autres provinces.

La fortune du souverain eût donc à peine suffi, sous l'ancien régime, à payer la moitié de ses dépenses; or, quoiqu'il ne puisse être fait aucune assimilation pratique entre un roi du XVII* siècle et un financier du xix% nous avons eu en France, en la personne du baron James de Rothschild, mort en 1868 — pour ne citer aucun nom contemporain — un particulier qui possédait au moins ces 100 millions de revenus privés — que Louis XIV n'avait pas — et qui n'avait pas les mêmes frais de représentation que Louis XIV.

L'inventaire de la fortune laissée par M de Rothschild sous le second Empire montait, au dire de personnes bien informées, à 800 millions de francs de l'époque, qui équivaudraient à I milliards d'aujourd'hui. J'ajouterai que le fils aîné du défunt m'a personnellement affirmé — sans fixer lui-même aucun chifire — que l'on devait tenir pour très exagéré celui qui précède, et qui n'a d'ailleurs qu'un intérêt historique puisque, depuis soixante-dix ans, ce gros lingot, coupé ea cinq morceaux à la première génération, s'est fort divisé.

Quelques personnes ont joui, sous l'ancien régime, d'un budget de 25 millions de rente, mais ce ne furent pas des personnes privées : le frère de Louis XIII par exemple, Gaston, à qui ses duchés d'Orléans et de Chartres, et le comté de Blois rapportaient quelques 6 millions de nos jours, tant en rentes foncières qu'en ventes de charges judiciaires et autres, était gratifié par le roi de 20 millions de pension sur divers fonds; il est vrai que le paiement de ces pensions, même pour les plus hauts personnages, était toujours un peu problématique.

Le cardinal de Richelieu possédait davantage de son vivant : 70 millions de rentes en francs actuels. Mais la plus grande partie de ce budget était éphémère : 35 millions en biens d'église, doyennés, abbayes, bénéfices innombrables, dont le cardinal porta les titres, s'abstint de faire les fonctions, mais ne manqua pas de toucher les fruits. Le gouvernement de Bretagne lui rapportait 7 millions et demi, il touchait autant de ses pensions sur le Trésor, autant de diverses rentes sur l'Etat gagées par des impôts indirects. Son avoir héréditaire, à sa mort, consistait en 4.700 000 francs de rentes en terres dont 400.000 de son duché de Richelieu, 700.000 de Fronsac, 330.000 de la baronnie de Barbezieux, etc.

Richelieu u'était pas thésauriseur comme son successeur Mazarin qui laissa 975 millions de nos francs actuels; le Roi, dont il avait fait son héritier, refusa cette fortune que se partagèrent les huit neveux et nièces de ce grand ministre, si avide quoique si bon Français.

Par les éléments qui les composaient, par leur mode d'acquisition, par l'emploi même qu'en faisaient leurs titulaires, de tels budgets ne sauraient être assimilés à des revenus «privés. » Soldant destroupes ouachetant des alliances avec l'argent qu'ils avaient mis dans leur poche, ils restituaient ainsi partie de ce qu'ils prenaient sans trop de scrupules. Il ne se vit plus de pareilles fortunes, parce qu'il n'y eut plus de pareilles élévations.

Et non seulement il n'y eut plus de semblables apanages jusqu'à la fin du xvm' siècle, tandis que, de nos jours, il y en eut de supérieurs, mais on ne pourrait même citer aucun revenu analogue à ceux qui oscillaient avant la guerre entre 15 et 20 millions de nos francs.

La catégorie suivante, celle des revenus de 5 à lo millions qui se composait il y a quinze ans d'une centaine d'individus, en comptait une dizaine au plus sous l'ancien régime, cinq ou six à peine au moyen âge. Encore devrons-nous tenir pour véridiques les chiflres attribués par leurs contemporains à certains personnages qui payèrent le succès de leur tête. Tel ce Pierre Rémy « général des finances » condamné à être pendu (1328) et qui laissait, dit-on, 260 millions de nos francs-papiers. D'autres financiers, Renier Flamand, Machius de Machis eurent à cette époque le même sort; je ne parle pas d'Enguerrand de xMarigny, à qui son pouvoir absolu et non, comme le veut la légende, sa cupidité valut la haine de Charles de Valois. Compétitions politiques aussi et non jalousies fiscales, furent les causes des assassinats juridiques d'autres surintendants : Jean de Montaigu au xv siècle et au XVI' Jacques de Semblançay. Aucun n'avait acquis une opulence exceptionnelle.

La seule grosse fortune non princière du xv' siècle fut celle de Jacques Cœur. Il possédait une trentaine de chatellenies et paroisses, des mines de plomb et de cuivre dans le Bourbonnais et Lyonnais, une papeterie, deux maisons à Paris, deux à Tours, d'autres à Beaucaire, Béziers, Montpellier et Marseille et surtout son bel hôtel de Bourges. Pécunairement tout cela élail assez peu de chose : une « mine » alors était une excavation grattée par quelque douzaine d'ouvriers; les chatellenies pouvaient rapporter 300.000 francs.

La richesse de Jacques Cœur venait de son commerce maritime. Au point de vue du tonnage et de la capacité de transport, il existe dans nos ports français actuels 500 arma-

leurs plus importants que n'était Jacques Cœur avec ses douze voiliers. N'oublions pas que, deux siècles plus tard, sous Louis XIV, il ne sortait encore de Marseille que 32 navires par an pour la Turquie et que le mouvement total était alors de 50.000 tonnes dans un port où il est aujourd'hui de 7 millions.

Mais pour Jacques Cœur, le bénéfice, comparé au chiffre d'affaires, était notable et il avait su organiser outre-mer des comptoirs d'achat et de vente dirigés par ses « facteurs ». Malgré tout, sa richesse, au moment de son procès, ne s'élevait pas à plus de 90 millions de nos francs. Si l'on veut ajouter à celte somme un prêt de 45 millions, fait par Jacques Cœur, quatre ans avant (1449) au roi Charles VÏI, lorsqu'il répondit à ce prince besoigneux : « Sire, ce que j'ai est vôtre )>, on atteindra tout au plus à 135 millions actuels pour l'apogée de cette proverbiale fortune. Celle du chancelier Duprat, acquise sous François ¥' en puisant dans la caisse royale, aurait été, si l'on en croit les mémoires du temps, de 180 millions de francs.

En dehors de ceux-ci tous les autres richissimes furent au moyen âge, les possesseurs de provinces, départements ou arrondissements actuels, connus sous le nom de rois, ducs ou comtes de ces territoires, parce que la propriété féodale se confondait avec la souveraineté. Ces grands feudalaires étaient, au point de vue de la fortune, bien inférieurs à nos grands industriels et commerçants d'aujourd'hui. On a vu plus haut que les budgets personnels des monarques français variaient, suivant la prospérité de leurs affaires, de 5 à 15 rainions de francs; ce sont les budgets actuels de nos principaux raffineurs de sucre et fabricants de chocolat.

Le duc de Bourgogne, dont les fiefs, moindres en étendue, surpassaient en aisance ceux de son royal cousin, dépensait en UOi dix millions de nos francs par an. C'étaient les bénéfices annuels, avant 1914, du directeur et principal actionnaire de notre journal parisien le plus répandu. Le comte de

Savoie se trouvait avoir au xiii' siècle, 3 millions de rente et plus tard, devenu duc, lorsqu'il eut conquis le Genevois et le Piémont, 4.500.000. Il n'est pas de grande marque de vins de Champagne dont le propriétaire actuel n'ait davantage.

Le Dauphin de Viennois, en vendant ses domaines au roi de France pour 21 millions de nos francs ne faisait pas un mauvais marché; car l'argent rapportait 10 pour cent et il n'avait pas auparavant plus de 2 millions de rente. Le comte d'Anjou, le comte de Périgord, le comte de Roussillon, roi de Majorque, n'en possédaient pas plus. Leduc d'Orléans, père de Louis XII, avait 2.700.000 et l'on peut regarder un revenu de 2.500.000 francs comme rarement dépassé par les suzerains de nos anciennes provinces au moyen âge. Or nous avions avant guerre 350 concitoyens qui jouissaient de plus de 2.300.000 francs actuels de rente.

Et nous en avions 600 ayant de 1 million à 2.500.000; c'est-à-dire plus que le comte de Bar qui en avait 750.000 et autant qu'Alain-le-Grand, sire d'Albrel, père du premier roi de Navarre de cette maison qui en avait 1 million. La famille de Rohan était citée, au xv' siècle, pour sa richesse territoriale qui, d'après un inventaire détaillé, monte à 1.400.000 francs de rente. Nos 7 ou 8 agents de change les plus achalandés se faisaient deux fois autant naguère à la corbeille parisienne.

Une race de la seconde époque à qui la confiance royale valut de grands emplois et des biens grevés de peu de charges, fut celle des La Trémoïlie. Gui, sixième du nom, tirait en L395 de sa seigneurie de La Trémoïlie 45.000 francs de rente, chiffre qui n'augmenta guère de plus de 5.000 francs jusqu'à la Révolution ; mais, à ce domaine originel ses pères et lui avaient adjoint 20 autres terres dont le revenu global, au xiv'^ siècle, était de 1.680.000 francs. Il y joignait 2.025.000 francs de multiples « pensions à vie » ou « à volonté » — temporaires ou révocables — dont les donateurs étaient le roi de France, le duc de Bourgogne, la <

<luchesse deBrabant, le Pape, la reine de Sicile, etc. Il jouissait ainsi de 3.700.000 francs actuels de rente ordinaire; sans compter des dons occasionnels, comme celui de 2.325.000 francs qu'il obtint pour «garde de forteresse », l'année même où il fut tué à la bataille de Nicopolis.

Sous Louis XIV, bien que politiquement diminué au regard de ses ancêtres, le duc de La Trémoïlle avait atteint en 1679 six millions de rente, en francs d'aujourd'hui. Il ne restait pas la moitié de ce chiffre à son héritier au moment de la Révolution. L'autopsie d'une fortune comme celle-là, qui présente l'aspect de la stabilité, montre néanmoins combien les hasards inhérents à la destinée, à la capacité, au caractère propre des individus, ont joué dans les variations de la richesse foncière un rôle plus grand que les fluctuations immobilières, considérées en elles-mêmes, que nous étudierons plus loin : ainsi sur 17 terres et seigneuries possédées par son aïeul en 1395 et disséminées en tout le royaume, le sire de La Trémoïlle, en 1493, n'en détenait plus que 5. Ces 22, qui lui avaient échappé, étaient remplacées par 10 nouveaux domaines. Au siècle suivant (1552) 6 sur 15 ont encore disparu, et 7 acquisitions récentes ne compensent pas les pertes.

Sur 10 terres dont se composait à la veille de la Révolution le patrimoine des La Trémoïlle, une seule, celle dont ils portaient le nom leur avait été transmise depuis 1395; 2 leur appartenaient depuis 1493 — Thouars et Talmont — 3 remontaient seulement à 1679; la propriété des quatre autres n'était pas antérieure au xviii' siècle. Cette fortune qui s'était maintenue cinq cents ans, fut anéantie par la Révolution de 1789.

D'autres disparurent aux temps monarchiques, à la suite d'une disgrâce royale : tel fut le cas de la branche la plus illustre des Montmorency. Le dernier connétable avait doté sa fille Charlotte de 10.500.000 francs de notre monnaie, lorsqu'elle avait épousé le prince de Condé, jusque-là posses-

seur de 350.000 francs de rente de son chef. Mais lorsque Henry de Montmorency périt sur l'échafaud en 1632, ses biens confisqués et donnés à son beau-frère firent de « Monsieur le Prince » l'un des plus riches seigneurs du royaume. Le domaine de Chantilly, qui figurait dans ce patrimoine n'en était qu'un petit fragment ; le duché de Montmorency, que Condé, n'osant porter ce titre, baptisa du nom «d'Enghien», était bien plus vaste.

Aux temps modernes, il n'y a plus chance, pour un heureux capitaine, d'acquérir quelques-uns de ces biens immenses, débris de royaumes, comme à Bouillon et Sedan avait fait Henri de La Tour, le grand-père de Turenne. Les seules voies d'accès à l'extrême richesse sont l'exercice du pouvoir ou le recouvrement des impôts. Il y eut d'ailleurs plus de riches à cette époque mais non plus de bien-être parmi la masse ^ au contraire. Les salaires étaient plus bas et la classe des travailleurs moitié plus pauvre sous Louis XV qu'elle n'avait été sous Charles VIII.

Au moyen âge il ne s'était vu, pour ainsi dire, nul revenu annuel — sauf celui des rois — supérieur à 5 millions de nos francs. N'oublions pas qu'il y en a de nos jours 150; il s'en vit jusqu'à une dizaine à la fois au xviii' siècle : Zamet, le banquier de la Cour qui avouait 170 millions, Bouhier de Beaumarchais, le trésorier de l'Epargne, qui donnait à sa petite-fille 25 millions en mariage, lorsqu'Henriette-Marie de France, épousant le futur roi d'Angleterre Charles I", ne recevait que 18.750.000 francs actuels de dot. La plus grosse fortune foncière appartenait à M"' de Montpensier, dont les trois duchés, les principautés de Dombes et de la Roche-sur- Yon, le Dauphiné d'Auvergne, le comté d'Eu et nombre de fiefs en diverses provinces, rapportaient 10 millions de nos francs sous Louis XIV.

D'autres obtendieiit le môme chilTre par des voies moins assurées ; Concini, venu en France sans un sou vaillant, évaluait, en 1617 son avoir total à 220 millions de francs

d'aujourd'hui, ainsi détailfés.: 31 millions d'offices, non compris celui de gouverneur de Normandie, autant du marquisat d'Ancre et d'autres terres, 75 millions de placements, la plupart à Rome et à Florence, 56 millions que faisait valoir pour lui le fermier des Gabelles, le reste en meubles, pierreries et argent comptant.

Plus heureux que le fils du petit notaire florentin qui ne jouit pas longtemps de ces prises rapidement faites, le cadet de Gascogne Nogaret de La Valette conserva et accrut sous les premiers Bourbons ce qu'il avait acquis sous le dernier Valois et mourut duc d'Epernon avec près de 9 millions de rente. La moitié venait de 23 terres titrées dont il était propriétaire : duchés d'Epernon (600.000), de La Valette (275,000), baronnies de Lesparre (375.000), de Castelnau, comtés de Foix, de Loches, « captalat » de Buch (100.000). Le reste consistait en appointements : Colonel général de l'infanterie (1.600 000 francs) ; gouvernement de Guyenne et autres (1.150 000 francs) ; en pensions, gratification annuelle du fermier des gabelles (250.000). Les biens mobiliers ne consistaient qu'en 675.000 francs de rentes sur l'Hôtel-de- Ville de Paris et sur la recette générale de Rouen.

Mobilières au contraire, plutôt que foncières, étaient les fortunes récemment édifiées, de ces « généraux » des finances et de leurs officiers de tout grade, chargés de lever et de commander cette armée de pistoles, d'écus et de louis d'or, dont ils gardaient une bonne part. Il est alors entrepris par l'Etat sur ses sujets une sorte d'expédition pécuniaire; il fonde le budget, prend aux uns, demande aux autres et parvient à se faire offrir — par la vente des fonctions publiques — ce qu'il ne peut ni prendre ni demander.

Cette création de la fiscalité, au xvii' siècle, permit au partisan Le Camus et à Mathieu Garnier, trésorier des parties casuelles, de gagner chacun 150 millions; au fermier des gabelles Feydeau de laisser 9.500.000 francs de revenu ; au payeur des rentes Le Ragois et au surintendant Bullion de

se faire l'un 13 millions, l'autre 17 millions actuels de rentes. De même la création de la féodalité, six siècles auparavant, avait permis à Bernard-le-Louche de se faire comte d'Armagnac, à Guillaume Taillefer de s'installer comte d'Angoulême, à Thibault-le-Tricheur et à Godefroy-le- Barbu de gagner le comté de Champagne et le duché de Brabant.

A côté de ceux qui se taillaient de grands fiefs d'argent dans l'anarchie financière, de moins hardis, de moins heureux, obtenaient encore des lots sortables : Lambert 65 millions, Puget, une cinquantaine. Un demi-siècle plus tard un certain ordre s'établissait; bien que le grand Golbert, tout en réformant la France, se servît-il lui-même à l'insu du prince et que Louvois, peu avant sa mort, se vit retirer les (c postes étrangères », à la suite d'une scène violente où le roi lui reprocha de s'en approprier une trop large part.

La fièvre passagère du système de Law n'engendra point de conquêtes solides. Samuel Bernard avait-il été saigné par Louis XIV comme le Bourgeois Gentilhomme par le noble Dorante ? Toujours est-il que le célèbre banquier ne laissa pas plus de 100 millions de notre monnaie. Les frères Paris restèrent bien en deçà d'un pareil chiffre. Mme de Pompadour reçut de la cassette royale des sommes que les pamphlets de la Révolution crurent pouvoir totaliser à 350 millions d'aujourd'hui, pour les vingt années que dura son règne. Mais elle était si prodigue qu'elle n'amassa rien et son frère Marigny recueillit seulement de quoi payer ses dettes.

Il n'y eut certainement pas au xviii' siècle d'aussi exceptionnelles richesses qu'au xvii', ni parmi les financiers, ni parmi les grands seigneurs et si le passif du prince de Guéménée atteignit 330 millions de nos francs, cela ne prouve pas que cette branche de la maison de Rohan eût jamais possédé une pareille somme.

Le premier duc de Rohan. qui posséda sous Louis XIII 3.000.000 francs de rente était regardé comme un des plus opulents de son temps ; à juste litre car la catégorie des

revenus de 2 millions et demik 5 millions, qui se composait, avant 1914, de 150 personnes, ne comprenait guère au moyen âge que quelques grands vassaux et, aux deux derniers siècles, qu'une quinzaine d'individus.

Quant aux revenus inférieurs à ceux qui précèdent, mais supérieurs à un million au nombre de 600 [ou 700 dans la France actuelle, il n'y en avait pas le dixième de ce chiffre dans la France monarchique, le vingtième dans la France féodale. La pension annuelle du « Beau Dunois », le bâtard d'Orléans était en 1433 de 135.000de nos francs ; les princes légitimes n'étaient pas mieux rentes : le comte d'Angoulême, grandpère de François I", recevait Ho. 000 francs. La dépense annuelle de la duchesse de Bourgogne, douairière, à Arras, était de 212.000 francs.

On relève, du xui° au xvi* siècle, quelques dots excep^ tionnelles : celle de Jeanne, fille du duc de Bourbon, mariée (1349) au futur roi de France Gharles-le-Sage, qui monte à 21.400.000 francs actuels; celle de 18 millions et demi donnée à sa fille Bonne, par le duc de Berry, oncle de Charles VI; on peut citer encore deux dots de 7 à 8 millions reçues par Blanche de Savoie et par Agnès de Périgord, à l'occasion de leur mariage, la première avec Galéas Visconti, seigneur de Milan (1350), la seconde avec Jean d'Anjou-Sicile.

Un certain nombre de princesses sont gratifiées de dots qui varient de 3 millions à 3.500.000,' lorsque l'alliance à conclure est assez flatteuse ou le fiancé assez exigeant pour que les parents de la future s'imposent quelque sacrifice. Hormis ces cas, les chiff"res sont assez sensiblement inférieurs : au commencement du xiii* siècle une princesse de Lorraine recevait 1.200.000 de nos francs; au xvi« siècle la dot de Thiébault, fils aîné du duc de Lorraine, était de 1.500.000. Jeanne de Périgord, comtesse d'Armagnac, a 730.000 francs et Louise d'Albret, fille d'un des plus riches seigneurs du Midi, en a 900.000 ; une fille du duc de Bourgogne unie (1316)

au comte régnant de Savoie, ne reçoit que 585.000 francs ; une autre, épousant le fils du comte de Valentinois, se contente de 200.000.

Chez les vassaux de moindre envergure, nous ne rencontrons plus de dots qui dépassent 500.000 francs et nous en trouvons souvent de 400.000. Dans la haute chevalerie 300.000 francs (de notre monnaie) étaient un apport très normal : c'est celui de la future femme de Pierre de Bauffremont. Calherine de Haraucourt, mariée à Jean de Ludres (1389) ne recevait que 200.000 francs; mais la fille du vicomte de Montélimar a 3T2.000; la femme du seigneur de Duras 355.000 et M"^ de Gimel, fille d'un chevalier de l'Ordre, mariée (1571) au fils du seigneur de Saint-Ghamans, aussi chevalier de l'Ordre, a 420.000 francs.

La moyenne noblesse ou la bourgeoisie nous ramène à des chiffres tout différents : 125.000 francs sont, dans celte classe, le maximum d'une fille considérée comme un bon parti; la plupart ont de 40 à 50.000 de nos francs, et beaucoup se marient avec moins de 10.000. Aux xiv' et xV siècles 2.500 francs étaient un capital très sortable pour les filles de marchands, « maîtres » de métier et autres petits citadins.

Ces chiffres augmentèrent dans la seconde moitié du xvi* siècle : la classe des patrons, des fonctionnaires, s'est évidemment enrichie, tandis que le prolétariat, le simple peuple, s'appauvrissait par la baisse des salaires. Au temps de la Ligue il se trouve nombre de femmes de maîtres-tanneurs, tisserands et cordonniers avec 5. (KM) et 10.000 francs, des femmes de patrons boulangers et drapiers avec 15 et 25.000 francs de dot, un notaire, un avocat, épousent des filles qui leur apportent de 35 000 à 75.000 francs.

Aux temps modernes les chiffres ont beaucoup haussé. Le « plus gros mariage » de Paris, à la fin du xvi* siècle, avait été celui de la fille du président Jeannin avec 2.100.000 francs de dot; au milieu du xvir la fille du chancelier Séguier en

reçut 7.500.000. L'écarl'eatre ces deux sommes permet de mesurer rascension récente de la noblesse de robe. M"' de Montmorency-Bouleville, sœur du futur maréchal de Luxembourg avait 3.750.000 ; le maréchal de Roquelaure donnait à sa fille, mariée au comte de la Vauguyon 3.200.000 francs et le maréchal de Chatillon 2.500.000 francs à la sienne; la fille du maréchal de Thémines épousant J. de Gonlaut est pourvue de i. 200.000 francs. Telles sont les plus favorisées, les fdles des seigneurs de Cour.

Quoiqu'il soit impossible de prétendre évaluer, dans la France d'autrefois, le nombre des possesseurs d'une richesse moyenne ou d'une large aisance, comme nous pouvons le faire dans la France contemporaine, grâce aux taxes sur les successions ou sur les loyers, il est certain qu il y avait, dans la population de 1913, comparée à celle de 1700 ou de 1500, une proportion beaucoup plus forte de gens qui possédaient 50, 400 ou 200.000 francs-papier de rente. Sur environ 11 millions de ménages ou de feux, 125.800 jouissaient il y a quinze ans, d'un revenu annuel de 37.500 à 75 000 de nos francs actuels; il en existait 61.000 tirant de leur patrimoine de 75.000 à 200.000 francs; 10 900 encaissaient de 200 à 400.000 francs et5.200 dépassaient ce dernier chiffre.

Combien yen avait-il de chaque catégorie parmi les sujets de François 1" ou de Louis XIV? Dans la petite bourgeoisie d'alors on appelait « capital » ce que la même classe appellerait maintenant « misère » ; et, dans la haute bourgeoisie, le même revenu qui, de nos jours, inspirerait le dédain, semblait il y a cent cinquante ans fort convenable. Quant à l'opulence, d'après le mémoire de l'intendant Basville, en 1698, le Languedoc, sur 400.000 feux ne comptait pas 15 familles qui eussent 350.000 francs de rente, et très peu, dit-il, qui en approchassent, sauf quelques grands seigneurs qui sont à Paris.

C'est à Paris qu'étaient en eflet concentrés, il y a deux siècles ainsi que de nos jours, bien que d'autre façon et pour

d'autres causes, le plus grand nombre des riches Français ; mais, il y a quinze ans la contribution personnelle-mobilière du département de la Seine^ équivalait, à elle seule, à plus du quart de cet impôt dans la France entière; tandis qu'en 1703 la capitation de la généralité de Paris — c'est-à-dire de 6 à 7 départements actuels — ne représentait pas le dixième de l'ensemble de la capitation du royaume. Cette dillérence, dans la capitale, lient en grande partie à ce que le nombre des riches était relativement faible parmi la population.

Les différences entre l'ancien régime et le temps présent ne sont pas les mêmes à tous les degrés de l'échelle sociale. Elles sont beaucoup moindres par exemple dans la classe populaire, dont les recettes prises en bloc avaient seulement doublé jusqu'en 1913, que parmi les richissimes dont la fortune avait sextuplé.

Le xix° siècle, où s'est fondée l'égalité dans les codes, avait donc vu croître l'inégalité dans les fortunes. Mais, si le même siècle où s'est fondée l'égalité politique, a vu surgir des inégalités pécuniaires, supérieures à celles des siècles passés, cela ne prouve-t-il pas que les révolutions politiques et les phénomènes sociaux sont indépendants les uns des aulres, qu'il n'y a point entre eux de connexité nécessaire, encore moins un rapport de cause à effet? Il est arrivé que, sur le point même qui lui tient le plus à cœur, notre démocratie, passionnée pour le nivellement, s'est vue con^ trainle, par ses intérêts, d'élever dans son sein des altesses économiques plus éminentes que toutes celles des monarchies abolies.

Deux sortes d'opulences s'étaient succédé durant six cents ans, de 1200 à 1800; au moyen âge, la collectivité dut payer sans compter ce dont elle avait le plus besoin, l'ordre, la sécurité, la paix. A qui donnait... ou promettait ces biens primordiaux, allaient de droit l'argent, avec la puissance et la gloire. L'homme d'argent, c'est l'homme de

force, le guerrier qui a réussi. Il a gagné, il a droit de jouir du butin, de la portion du sol qui lui appartient, propriétaire des gens comme des choses, et tirant du tout le meilleur parti jusqu'à ce qu'un plus fort le dépossède et le remplace. Tels furent les riches du moyen âge.

Lorsqu'ils eurent tous été dépossédés et remplacés par un suzerain unique qui, ne tolérant plus d'autre force que la sienne, rendit l'ordre obligatoire et la sécurité banale, il fallut organiser le « faire-valoir » de cette seigneurie énorme, d'allure et d'espèce nouvelle que l'on nommait 1' « Etat ». Bon gré, mal gré, la collectivité paya pour avoir la guerre extérieure, comme elle avait payé précédemment pour avoir la paix intérieure, et, tondue d'assez près pour la gloire, elle récompensa amplement les intermédiaires indispensables qui savaient comment la tondre et se chargeaient de l'opération : maltôtiers, partisans, collecteurs et trésoriers de haut grade. Ceux-ci acquirent, de Henri IV à Louis XVI, des fortunes de princes féodaux, plus liquides et moins périlleuses à défendre. Tels furent les riches des temps modernes.

Tandis que toutes les opulences notables avaient été balayées par la Révolution, il sembla, dans ce pays nivelé, ordonné, voué par la loi au morcellement des héritages, ne plus rester place pour aucune des ascensions financières, dont on avait gardé le souvenir. Cependant il plut à la collectivité de payer ceux qui organisaient, non ses gendarmes ou ses impôts, mais son bien-être, ses jouissances privées. A qui sut lui fabriquer quelque marchandise nouvelle ou lui vendre à bas prix quelque objet jadis cher, susciter et satisfaire un désir assez durable pour devenir un besoin, augmenter par cette production la richesse publique, le public donna pour récompense une part de cette richesse accrue, part incomparablement plus grande que celle des soldats couronnés du temps chevaleresque, ou des pourvoyeurs de budget du temps monarchique. Tels sont les riches du temps présent.

En résumé on s'enrichissait aux temps féodaux en dépouil-

lant ses voisins, aux temps modernes en volant l'Etat; on s'enrichit aujourdhui en enrichissant ses voisins et l'Etat; l'opératioQ est certainement plus honnête.

A noter en effet, que par une coïncidence fondamentale, c'est à partir du moment où cette élite s'est enrichie — à partir de 1850 — que le taux des salaires de la masse s'est élevé; et, plus les privilégiés s'enrichissaient depuis 1870 plus le prix du travail, sous toutes ses formes, augmentait, tandis que le prix des objets nécessaires à la vie tendait à décroître.

De sorte que cette richesse nouvellement conquise, non point dérobée au peuple, ni obtenue du roi, mais bien créée, tirée du néant par la science; cette conquête individuelle de quelques-uns est accompagnée d'un gain collectif, d'un gain vraiment social. Car on se ferait une idée très fausse de la réalité des choses, si l'on tirait de l'histoire des fortunes privées cette conclusion que l'écart a augmenté entre les conditions humaines. Théoriquement, au point de vue des chiffres, ce serait vrai. Pratiquement, au point de vue des faits, c'est le contraire qui est arrivé : l'étude des dépenses nous l'apprend; le mouvement des prix a permis au travailleur, avec son salaire doublé, d'améliorer sa vie plus que les riches ne pouvaient embellir la leur avec leurs fortunes quadruplées ou sextuplées. Tels sont les faits singuliers qui s'offrent à la méditation des sages^

i. Voyez no\r& Nivellement des jouissances, 1vol. in-18, chez Flammarion.

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