‹ Histoire de la franc-maçonnerie françaiseChapitre 13 sur 67 · NE PROVIENT PAS DE LA GRANDE LOGE D’ËCOSSE · texte numérisé non relu

NE PROVIENT PAS DE LA GRANDE LOGE D’ËCOSSE

Après quelques années d’existence, voulant dissiper le mys 1ère dont ses premiers propagateurs l’avaient enveloppé, l’Ecossisme français, par l’initiative de certaines de ses Puissances, résolut de faire entériner son existence par l’Institution régulière qui depuis des siècles fleurissait en Ecosse. Les Loges de ce pays comptaient parmi les plus anciennes de la maçonnerie opérative; •certaines avaient des archives remontant au xvi e siècle, et leurs matricules portaient parmi les membres honoraires de très puissants seigneurs (1).

Deux loges surtout étaient célèbres, celle d’Edimbourg et de Kilwinning, qui se disputaient la prééminence de l’âge. Quand, en 1736, la Grande Loge d'Ecosse groupe tous les ateliers, Kilwinning n’accepte pas sa suzeraineté parce qu’on ne lui accorde sur la matricule que la deuxième place; elle ne s’y agrégera qu’en 1807, quand son droit de priorité lui aura été reconnu.

Le Chevalier de Ramsay, dans son Discours , avait fait allusion à l’ancienneté et à la splendeur de la Franc-Maçonnerie d’Ecosse, en glorifiant la loge de Kilwinning :

« Jacques, Lord Steward d’Ecosse, était Grand-Maître d’une Loge établie à Kilwin dans l’Ouest d’Ecosse en l’an 1286, peu après la mort d’Alexandre III, roi d’Ecosse, et un an avant que Jean Baliol montât sur le trône... L’Ordre se conserva dans sa splendeur parmi les Ecossais, à qui nos rois (de France) confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leurs Personnes Sacrées ».

(1) « A la loge d’Aberdeen en 1670, plus des trois quarts des membres n’étaient pas des maçons professionnels, et des « Laws and Statuts » précisent que ces spéculatifs étaient dispensés « du tronc, de la marque, du banquet et de la pinte de vin »; ils ne payaient même pas de redevance. A la loge de Dunblan plus de la moitié des membres ne sont pas du métier. » Albert Lantoine : Histoire de la Franc-Maçonnerie française, loc. cit. t p. 9.

LE BITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

De tels passages pouvaient, raisonnablement, faire croire aux frères que l’ancestralité écossaise, ainsi célébrée par celui qu’on décorait du titre de « Grand Orateur de l’Ordre », était non fictive, mais authentique. On trouva donc tout naturel de s’adresser soit à Edimbourg, soit à Kilwinning, pour pouvoir, ainsi que la maçonnerie anglaise, se réclamer d’une naissance claire et légitime. Or, la Grande Loge d’Ecosse et la Mère Loge de Kilwinning opposèrent à toutes les demandes de l’Ecossisme français une fin de non-recevoir. Elles n’avaient nullement collaboré à son éclosion et meme n’v comprenaient rien. Le docteur Manningham, dans la lettre adressée le 12 janvier 1T5T à la Grande Loge de Hollande qui l’avait consulté sur la « maçonnerie dite écossaise » (1), répond :

« Lord Abendour et. tous les maçons écossais ou mieux les gentilshommes écossais appartenant à la maçonnerie, auxquels j’ai parlé de cela, ignorent entièrement les formes et les titres que vous mentionnez ».

La Grande Loge d’Ecosse ne connaissait pas les ordres chevaleresques. Pour bien accentuer sa situation maçonnique vis-àvis de l’Ecossisme français, et se différencier d’un organisme issu de celui-ci qui s’était créé dans son propre pays (dont nous parlerons plus loin), elle promulgua plus tard — le 26 mai 1800 — un décret par lequel elle déclarait n’admettre que trois catégories de membres: les élèves ou apprentis, les compagnons et les maîtres de Saint-Jean, et rejeter comme attentatoires à la pureté primitive de l’Ordre tous les degrés nouveaux qui y avaient été' introduits (2).

Aussi, quand la Mère Loge Ecossaise de Marseille qui pratiquait sept grades — apprenti, compagnon, maître, maître parfait, élu, écossais, chevalier d’Orient — estimant que celui de Rose-Croix ajouterait à son prestige, sollicita une patente de chapitre de la Très Illustre , Très Eminente , Très Respectable Métropole Loge Ecossaise à VOrient d’Edimbourg , Souveraine detoutes les loges répandues sur la surface de la Terre , cette obé-

(1) Publiée pour la première fois dans le Freemason’s Magazine du 15 août 1858 par Findel à qui elle avait été communiquée par M. Ilerszveld.

(2) Findel : Histoire de la Franc-Maçonnerie depuis *son origine jusqu’à nosjours. Traduit de l’allemand par E. Tandel, Paris. 1866, 2 vol. in-8°, 1'. II, p. 44-

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