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dience, insensible à d’aussi Flatteuses appellations, ne daigna meme pas lui répondre.
Un Grand Chapitre Général de France se prétendant émané d’Ecosse Fut également renié par sa mère non adoptive mais adoptée, et même — ce qui est assez amusant — par la Grande Loge Royale de F Ordre d’Heredom de Kihuinning . Voici la protestation que celte dernière adressa au Grand Orient de France qui venait d’absorber ce Grand Chapitre Général (1):
« Nous chevaliers William S.*. G.*. E.\ président des juges et conseil du S-’- N-'. H.*. D.-. N.*, député G.-, maître et gouverneur du sublime et honorable ordre de Hérodom de Killwinning en Ecosse; chevalier William F.*., R.:. E.\ premier grand surveillant; chev.*. Jean B.\, T.*. E.\ second grand surveillant et autres cheval.*, compagnons de POrdre royal de R.*. G.-., assemblés en grande L,*., certifions et affirmons qu’aucune charte, patente ou constitution de quelque espèce qu’elle soit, n’a été accordée par notre grande L.*., à aucune L.*. ou société de Francs-Maçons en France, antérieure à celle donnée par nous au T.*. R.*, chev.*. Jean Matheus, notre grand maître provincial, pour tenir une grande L. *. et grand chap.*. à Rouen, en Normandie, et une autre au T.*. R.*. F.-, chev.*. Ns.*. Chabouillé, pour tenir le chap.*. du Choix, à Paris; et nous déclarons aussi que la patente qu'on dit avoir obtenue de notre grande L. \ en 1720 ou 1721 r et qu'on prétend être actuellement entre les mains de certains Francsmaçons en France, n'est point émanée, ni de notre autorité, ni de celle de nos prédécesseurs, la maçonnerie ayant été alors dormante dans ce royaume et jusqu’en 1736, époque à laquelle la grande L.*. de l’Ordre de S.*. J.*, a repris ses travaux, et ceux de notre royal ordre ne sont entrés en vigueur que plusieurs années après; c'est pourquoi cette prétendue patente nous paraît être une usurpation de notre nom et de notre autorité, pour laquelle il n'y a aucun titre valable. Nous, déclarons en outre que nous ne connaissons point d’autres LL.*, en France qui aient été constituées par notre grande L. *., et que nous ne reconnaîtrons d’autres constitutioris que celles mentionnées ci-dessus accordées par nous à nos TT.*. RR.*. FF.*, chev.*. Jean Matheus et Ns.*. Chabouillé, et celles que nous donnerons à l’avenir aux chap.*. dans le dit royaume, sur la demande spéciale de notre dite grande L.*. à Rouen, en Normandie.
Donné sous nos mains et sceau de l’Ordre à Edimbourg le II décemhren étant le jour de Saint-André, l’an du Seigneur 1786 et de la maçonnerie 5786 ».
Signé à l’original :
Chev.*. WILLIAM S.*.;
Chev.*. WILLIAM F.*.;
Chev.*. JEAN B.\
(1) Abraham. Miroir de la Vérité , Paris,. 1800-1805, 4 vol. iit-8°, Y. III, p. 213 el suivantes.
Nous n’ignorons pas que dans un morceau d’architecture aux parties bien agencées — qui fut envoyé au frère Matheus de Rouen, le 14 octobre précédent et livré à la publicité — cette Grande Loge s’attribuait une origine extrêmement lointaine.
D’ailleurs, pour la clarté de la réfutation, il n’est pas inutile de citer les parties essentielles du morceau:
« La Grande Loge royale de H. D. M. ou de St-André, sise à Edimbourg en Ecosse, y est établie de temps immémorial.
Elle a pris le titre de Loge royale, parce que les rois d’Ecosse l’ont anciennement présidée en personne, et qu’elle a continué de regarder comme son grand-maître, le roi d’Ecosse, maintenant roi de la Grande-Bretagne.
Bien avant 1720 et 1721, des circonstances fâcheuses, ont forcé la Maçonnerie à demeurer dans l’obscurité, et la Grande Loge royale est restée longtemps ensevelie dans un profond sommeil.
En l’année 1736, le F. Saint Clair de Roslin établit à Edimbourg une Grande Loge de l’Ordre de St-Jean, à laquelle il transmit l’autorité qui avait été donnée autrefois à quelques membres de sa famille pour remplir la place de grand maître de l’Ordre de Saint-Jean. Cette grande Loge prit le simple titre de Loge de VOrdre de St-Jean, parce que, n’étant constituée que par un simple maître dont les pouvoirs étaient bornés au 3 e grade, elle ne pouvait s’occuper que de ce qui concernait la Maçonnerie symbolique, et elle a toujours continué de même. Elle a aujourd’hui pour grand maître milord Haddo, dont le substitut est le frère Hay.
Ce ne fut que quelques années plus après 1736 que la Grande Loge royale sortit du nuage qui la tenait depuis longtemps enveloppée. Ses travaux reprirent alors vigueur, et elle ne s’occupa plus que de ce qui concernait la haute maçonnerie, laissant la connaissance de la maçonnerie symbolique à la Grande Loge de Saint Jean, dont les membres passent ensuite à la Grande Loge royale pour être reçus aux grades supérieurs.
Ainsi la Grande Loge de Saint-Jean reçoit les maçons des trois premiers grades, et la Grande Loge royale, qui ne reçoit aucun membre, s’il n’est maître, les avance dans les hauts grades.
La Grande Loge royale m’a donc commandé de vous informer de tout ceci, et de vous assurer qu’elle n’a jamais donné à aucune Loge de France, ni à aucun maçon français en particulier, aucune patente, de quelque nature que ce soit, et encore moins dans les années 1720 et 1721; longtemps avant et longtemps après, elle ne s’est permise aucune fonction... etc. »
Nous nous méfions non seulement des titres d’antique noblesse de cette obédience (qui ne méritent même pas d’être discutés), mais même de sa naissance écossaise. Nous penchons à croire que les membres de Y Ardente Amitié et surtout le frère Matheus, furent, par l’entreprise de complices habitant Edimbourg, les
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véritables créateurs de cette nouvelle Puissance. Leur Grand Chapitre Provincial , pour pouvoir, sous un prétexte légitime et combien efficace! (une reconnaissance officielle de Kilwinning!) monopoliser les Hauts Grades, avait vraisemblablement trouvé le moyen d’établir en Ecosse une sorte de succursale — succursale élevée, par une astucieuse adresse,au rang et à la suprématie d’une Loge-Mère.
C’était VArdente Amitié de l’Orient de Rouen qui avait pris en France l’initiative de ce Grand Chapitre et Grande Loge reconnus par l’Ordre d’IIeredom de Kilwinning, et le Grand Orient de France, vexé, engagea avec elle une polémique violente, où les deux parties s’excommunièrent avec entrain.
Pourquoi avons-nous dit que ce refus de reconnaissance était amusant? Parce que cette Grande Loge Royale de VOrdre de Heredom de Kilwinning était, selon nous, un produit français.
Ce qui fait que, bien que ne doutant pas de son authenticité, nous ne prenons pas au sérieux son certificat d’existence, c’est le manque de précision en ce qui concerne la date même de cette existence, ou mieux, si nous cédons à sa mégalomanie, la date de sa résurrection. Ce fut « quelques années après 1736 que la Grande Loge Royale sortit du nuage... » Quelques années après 1736Î Combien ce renseignement est vague et comme il nous permet de croire que ces quelques années s’élèvent à un chiffre assez élevé! Surtout si nous le rapprochons de la phrase de la fin « longtemps avant (1721) et longtemps après , elle ne s’est permise aucune fonction ». Seulement, son geste est d’une adresse extrême, car se permettre d’excommunier quand on n’est pas soi-même bien catholique, est encore la meilleure façon de faire croire à son orthodoxie.
Son nom, en outre, justifie notre méfiance. Car que vient faire le mot « Heredom » dans le titre de cette obédience? Il n’y a en Ecosse aucune ville, aucune commune, aucune colline, aucune montagne portant ce nom. Pourtant, nombre de commentateurs n’ont pas hésité à lui donner l’une ou l’autre de ces définitions. Vassal, dans son Essai historique sur Vinstitution du rite écossais (1) parle d’Heredom comme d’une localité distante de
fl) (Vassal) : Essai historique sur Vinstitution du rite écossais et sur ta puis sanxe légale qui doit le régir en France , par un disciple de Zôrobadel, Paris,,
LE LUXE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
60 milles d’Edimbourg où Jacques d’Ecosse aurait, en 1422, transféré l’administration du royaume. Caignart de Maillv s’écrie avec lyrisme:
« Immortel mont d’Herodom... c’est toi qui prêtas une retraite aux valeureux templiers réduits, pour échapper au massacre général, à fuir en Ecosse, sous le déguisement de l’état de maçon (1) ».
Et combien d’autres qui, apparentant les Templiers et les Francs-Maçons par gloriole et par une interprétation erronée d’un passage du Discours (2), ont mêlé TTeredom à leurs divagations — sans même se préoccuper si Heredom existait! L’accord ne se fait même pas sur son orthographe. D’aucuns disent Heredom, d’autres Herodom.
Nous avons eu raison de dire que les écrivains du commencement du xix e siècle ne se montrent pas assez circonspects devant les affirmations de leurs prédécesseurs. Au fond nous sommes naïf. Tenaient-ils tant à être circonspects? Ce paysage romantique — montagne aux bois ombreux où des francs-maçons évoquent l'ombre des Templiers — répondait trop à leur conception d’une société mystique et mystérieuse pour qu’ils prissent souci de son exactitude. Quant aux quelques-uns qui propagèrent de bonne foi cette contre-vérité, ils ont droit à notre indulgence. Comment n’auraient-ils pas cru à ce mont Heredom dont on leur précisait même la situation géographique? Si nous lisons dans
1827, in-8° Cet opuscule qui tend à prouver les droits de propriété du Grand Orient sur le rite écossais a été réfuté sévèrement par Escodeca dans L'existence en France de deux autorités maçonniques prouvée par des documents historiques. par un maçon de tous les rites. Paris, décembre 1837, in-8° — et d’une façon humoristique dans Les Meneurs du G.\ O.', jugés d’après leurs œuvres ou leçons de grammaire, de géographie, de mythologie, d’histoire et même de morale à l’usage de ces messieurs. Celte dernière brochure de 16 pages, où se trouvent relevées d’autres bévues de Vassal qui, entre autres, a pris Isis pour une ville, a été publiée anonymement à Paris par Caille et Begue-Clavel qui, par dérision pour leur adversaire, lui ont donné comme lieu d’édition « 0.\ d’Isis, près d’Heredom, à 60 milles d’Edimbourg ».
(1) Question sur la possibilité de l'union et du rapprochement des maçons professant les divers rites maçonniques en prouvant qu'ils émanent d'une même source, et qu'ils tendent au même but. Paru dans le tome VIII des Annales Maçonniques , Paris, 3807-1810, 8 vol. en in-18 et en in-8°, p. 5 à 59.
(2) Nous ne pouvons revenir ici sur celte origine templière de la Franc-Maçon¬
nerie à laquelle ont cru tant d’historiens (et non des moindres). Nous avons déjà traité ce sujet longuement dans notrei Histoire de la Franc-Maçonnerie française. Contentons-nous aujourd’hui de renvoyer le lecteur à un ouvrage de haut mérite où se trouvent notés — et parfois commentés — tous les ouvrages relatifs cà la question : Bibliographie de l'Ordre des Templiers (imprimés et manuscrits) par M. Pessubré, Paris, Emile Nourry, 1928, in-8° *
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un auteur que telle localité se trouve dans telle région, l’idée ne nous vient pas de consulter une carte de cette région pour vérifier le fait.
Hélas! en matière maçonnique, il faut toujours tenir compte — et un compte extrêmement prudent — de l’apport des illuminés. Leur improbité inconsciente n’hésite pas à donner à leur rêve le masque de la réalité. Ils ont eu besoin d’un port d’attache en Ecosse pour légitimer leur écossisme. Ce point d’attache n’existant pas, le mieux n’était-il pas de l’imaginer P Et si l’on arrive à établir dans le pays même une complicité qui consente à ajouter à un nom vivant un nom supposé, ce nom entre dans l’histoire, comme trop d’anecdotes aussi mensongères, par la porte merveilleuse de la fiction.
Eh oui! ni Vassal, ni Oaignard de Maillv, ni Quantin, dans son Dictionnaire Maçonnique (1), ne sont coupables d’avoir regardé Ileredom comme une œuvre de la nature. C’est le xvm e siècle qui a commencé — avec l’imperturbable assurance d’un camelot brevetant de sa faconde le produit de son ingéniosité.
Qui a écrit le fameux livre, dont le succès nécessita au moins dix éditions (ce qui est à noter) et qui s’appelle Les plus secrets mystères des hauts grades de la Maçonnerie dévoilés... (2)? On l’ignore. L’auteur, heureusement plus discret pour sa gloire que pour ses mystères, ne s’est point dévoilé. Nous ne connaissons que les noms de l’éditeur: Carl-Fried Kœppen et du traducteur: Berage. Or, ces révélations commencent tout de suite par celle-ci :
« Leur Métropole Loge (des Françs-Maçons) est située sur la montagne d’Héredon, où s’est tenue la première Loge en Europe, et qui existe dans toute sa splendeur. Le Conseil général s’y tient toujours, et c’est le siège du Souverain Grand-Maître en exercice. Cette montagne est située entre l’Ouest et le Nord de l’Ecosse, à soixante miles d’Edimbourg ».
Bien entendu, les manuscrits du temps s’agrémentent de cette géographique romancée. M. Gustave Bord (8) nous donne la copie
(1) Ou recueil d’esquisses de toutes les parties de l’édifice connu sous le nom de maçonnerie... Paris, 582,5, in-16, pp. G8 et 09.
(2) Ou le vrai Bose-Croix , traduit de Langlois et suivi du Noachite, traduit de l’allemand. A Jérusalem (Berlin), 1766, in-8°.
(3) La Franc-Maçonnerie en France... loc. cit.., pp. 312 et 313.
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
d’un manuscrit du xviii 1 2 * * * 6 siècle, d’un frère Devaux d’Hugueville, qui fut plus tard le véritable fondateur de la loge L'Aménité h l’orient de Paris, intitulé Instructions générales sur le sublime grade de Ch.', de R.\ C.: . Nous y retrouvons la même indication* de lieu, mais d’un lieu cette fois ennobli par un château.
« Celui qui est revêtu de ce grade se nomme... maçon d’Heredom parce que le premier Chapitre de ce grade s’est tenu sur la montagne de ce nom, située entre l’Orient et le Nord de l’Ecosse et c’est encore l’endroit où est la maîtresse dignité et le siège du Souverain Grand Maître dans un château antique appartenant aux Chevaliers de Rose- Croix... Le Grand Maître réside à Edimbourg, à 60 milles du château, et y tient souvent le siège (1) ».
Au dessert des agapes, le mont Heredom met en branle les bardes de l’Institution, comme le Pinde, aux temps mythologiques, inspirait les chantres d’Apollon et des Muses immortelles. Les compétences en ritualisme l’accaparent avec ivresse. Les légendes s’adornent des mêmes images comme les sociétés initiatiques se repassent leurs symboles. Parce que l’épopée de Jésus a eu pour cadre les collines de la Ville Sainte, il fallait au mythe d’Hiram une montagne sacrée où le Maître plantât sa tente. Et le Rituel du Maître Ecossais consacre la similitude:
« D. En quel endroit avez-vous tenu votre première Loge’ ?
R. Entre trois montagnes inaccessibles aux profanes dans une vallée profonde, où régnent la paix, les vertus et l’union.
D. Comment nommez-vous ces trois montagnes ?
R. Le mont Moria, dans l’enceinte du terrain de Gabaon, le mont Sinaï, et la montagne d’Hérédon.
D. Quelle est cette montagne d’Hérédon ?
R. Une montagne située entre l’Ouest et le Nord de l’Ecosse, â la fin de la carrière du Soleil, où la première Loge de la Maçonnerie s’est tenue, dans cette partie terrestre qui a donné le nom à la Maçonnerie Ecossaise (2) ».
Forcément les Tuileurs du xix e siècle ont respecté et répété
(1) Il y a dans ce manuscrit, à l’article XXXVIII, une affirmation qui pour être selon nous inexacte, n’en est pas moins intéressante. « Ce grade (de Rose-Croix) n’a été communiqué aux Français qu’en reconnaissance des services rendus par les maçons, français aux chevaliers prisonniers pendant la guerre de 1747 (après la bataille de Culloden). »
(2) Recueil précieux de la Maçonnerie Adonhiramite,... T. II. Contenant les trois
points de la Maçonnerie Ecossaise, le Chevalier de l’Orient, et le vrai Rose-Croix,
qui n’ont jamais été imprimés... Par un Chevalier de tous les Ordres Maçonniques
(Guillemai.i de Saiut-Virjor'). \ Philadelphie (Paris), che* Philarèthe, rue de
l’Equerre à l’Aplomb, 1783. in-16, pp. 90 et 91.
Jacques François Edouard JPrince de Cjallés
A .Paru dut*. I Mariette rue S- lacquej aux caltnttus d'Hercults auec Prt . du Psy.
Portrait du Chevalier «le Sahit-Cieorges, improprement appelé Jacques III par l'imprudente politique française.
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la petite histoire. Et comme au 7 e grade (Prévôt et Juge), le président est censé représenter Tito, prince des Harodim — nom hébreux des conducteurs de travaux établis par Salomon pour la construction du Temple — Delaulnaye nous apprend que certains commentateurs virent dans Harodim la genèse d’Heredom (1). Seulement ce n’est pas son avis, à lui Delaulnaye, et comme il fait d’Heredom un ornement du 18 e degré, il écrit: « Les maçons les plus instruits pensent qu’il faut écrire Rose- Croix Heredum (des héritiers ), parce que les Ecossais se regardent comme les seuls légitimes héritiers des vrais et anciens maçons. »
Avant de nous aventurer dans une négation trop absolue, nous avons jugé prudent d’en appeler aux lumières de nos confrères d’outre-Manche. M. John T. Thorp, de Leicester, l’auteur d’un livre remarquable sur les loges de prisonniers français en Angleterre (2), nous a répondu: « There is not a village in Scott!and called Heredom, and never was. The name is entirely mythical and fictitious. » (Il n’existe pas en Ecosse de village appelé Heredom; et il n'y en a jamais eu. Ce nom est un nom mythique, purement imaginaire). Par èxcès de scrupule, et désireux d’avoir la confirmation de ce renseignement par un habitant du pays où on plaçait Heredom, nous nous adressâmes au Grand Secrétaire Général du Suprême Conseil d’Ecosse, le Très 111/. frère W.-A.-H. Balfour. Ce frère, à l’amabilité duquel nous tenons à rendre hommage, nous assura avoir fait sur le sujet plusieurs enquêtes que résume cette déclaration: « There is no place Heredom in Scotland. The Scottish Rite seems to hâve been constructed for the most part by partisans of the Stuarts on the continent of Europe to hold their supporters together and as you know did not flourish here till long afterwards. » (Il n’y a aucun lieu en Ecosse du nom d’Heredom. Le Rite Ecossais semble avoir été en grande partie créé sur le continent d’Europe par les partisans des Stuarts pour se soutenir entre eux, et comme vous le savez, il ne fleurit ici que longtemps après.)
Depuis longtemps les auteurs sérieux ne doutaient plus de la supercherie, mais il n’était pas inutile de la dévoiler — et cette
(1) Thuileur des trente-trois degrés de VEcossisme du rite ancien dit accepté... Paris, 1813, in-8°, pp. 47 et 115.
(2) French Prisoners’ Lodges... Leicester, 1900, in-8°.
LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
fois d’une façon définitive. S’il est des morts qu’il faut qu’on tue, c’est bien en matière maçonnique où trop de mystiques n’hésitent pas à sacrifier la vérité au délire de leur imagination.
Bref, il en est d’Heredom comme de l’Ecossisme. Il entre dans l’histoire de la Franc-Maçonnerie sans qu’on sache comment il est venu au monde.
On pourrait nous faire observer que, sans avoir un sens géographique, ce mot était peut-être un terme maçonnique usité sinon en Ecosse, du moins dans la Grande Loge d’Ecosse. Mais tous les historiens de cette Puissance, tels que Will. Alex. Laurie (1) et David Murray Lyon (2) — auteurs dignes d’une absolue considération — ne savent que penser de cet Ordre d’Heredom que la Grande Loge d’Ecosse ignore autant qu’elle ignore l’Ecossisme.
Donc la déduction qui s’impose est qu’Heredom a sa fortune liée à celle de l’Ecossisme. Celui-là est un produit de celui-ci — indiscutablement. Mais ne pourrait-on pas, comme nous l’avons tenté pour l’Ecossisme, trouver l’explication du mot? C’est difficile. Diverses étymologies ont été suggérées. Nous connaissons déjà celle des « maçons les plus instruits », dont, heureusement pour leur mémoire, leur porte-parole Delaulnaye n’a pas légué le nom à la postérité. Caille et Clavel écrivent (3):
« Heredom est une corruption du mot anglais heirdom (du latin hœres domus), héritage. Il est vrai qu’on dit rit d’Heredom, maçonnerie d’Hérédom, mais cela signifie que ceux qui professent cette maçonnerie, prétendent la tenir des temps anciens par succession , ou héritage ».
Abraham dans une note du 4 e volume du Miroir de la Vérité (4) ayant découvert dans l’œuvre du poète latin médiéval Joseph d’Exeter, De bello Trojano , liv. 3, chap. 16. qu’Hérode
(1) The History of free Masonry and the Grand Lodge of Scotland with chapters on the Knights Templars, Knights of Saint-John, mark masonry, and r. a. degree to which is added an app. of valuable papers. Edinburg, 1859, in-8°.
(2) History of the Lodge of Edinburgh (Mary’s Chapel) n° 1. Embrac. an account of the rise and progress of freemasonry in Scotland. Edinburg and London, 1873, in-8°.
(3) Les Meneurs du G 0 ... loc. cit. t p. 8.
(4) P. 18. Ce 4® vol. in-8°, ignoré de la plupart des bibliographes, fut une tentative probable du F.’. Abraham pour ressusciter en 1805 sa publication qui avait existé de 1800 à 1803 — tentative vite avortée car ce tome IV s'est trouvé interrompu après la parution du premier fascicule. Ceci explique son extrême rareté et nous n’en connaissons qu’un exemplaire : celui de la Bibliothècfüe Nationale où nous l’avons consulté.
l’ÉCOSSISME AU XVIII e SIÈCLE
Ile Grand fit bâtir un château sur les confins de l’Arabie, derrière le Jourdain, à l’Est de la Mer Morte, nommé Herodium , en conclut que « les maçons tirent leur dénomination de cet édifice ». Il ajoute: « Ce n’est point conséquemment le mot Heredort qu’il faut employer, mais bien Herodom ». Emile Daruty fait sienne cette supposition (1).
M. Gaston Martin écrit au sujet de la loge de Kilwinning d’Heredom (2) :
« L’un de ses deux patronages: Heredom , prenant cette fois un homme pour Le Pirée, n’est que le terme légèrement déformé d ’Hoerodim, nom dont on saluait les maîtres d’après le rituel de 1743 ».
Findel prétend qu’Harodim ou Heredon ou encore Heredom vient de isqôÇ ôo/lloC, c’est-à-dire sainte maison, temple saint (3). Et K.R.H. Mackensie adopte cette explication (4).
L’opinion de Ragon est plus osée. Bien qu’elle contienne une erreur sur la personne en cause, elle corrobore d’une façon assez judicieuse la connexion intime qui existe, selon nous, entre Heredom et l’Ecossisme français:
« Il paraît certain, par les lettres confidentielles de l’époque, que ce mot n’a été imaginé que pour servir de voile aux conciliabules secrets établis au château de Saint-Germain-en-Laye, par les partisans qui ont accompagné, à cette résidence, Charles-Edouard. Ils correspondaient mystérieusement avec leurs amis restés en Angleterre, de 1740 à 1745, en faveur de ce prétendant, qui retourna cette dernière année en Ecosse. Ce qui prouverait, en effet, que le mot Hérédom (signifiant hœredum ) servait à désigner le château de Saint-Germain, qu’habitait le prince (5) ».
Le frère de Loucelles adopte résolument la thèse de Ragon dans sa Notice Historique sur la R.\ L.\ La Bonne Foi (6) en écrivant:
« L’Ordre royal, ou rite d 'Hérédom ou d’Hérodom, a été institué à Saint Germain, pendant le séjour de ce prince (Charles-Edouard
(1) Recherches sur le Rite Ecossais... loc. cit., p. 10, note.
(2) Manuel d'histoire... loc. cit., p. 37.
(3) Histoire de la Franc-Maçonnerie... loc. cit., T. II, p. 12.
(4) The Royal Masonic Cyclopœdia, London, 1877, in-8°, p. 308.
(5) Orthodoxie maçonnique suivie de la Maçonnerie occulte et de l’Initiation hermétique, Paris, août 1853, in-8°, p. 91. Malheureusement, selon une méthode qui lui est assez coutumière, Ragon n’indique aucune source pour les lettres confidentielles auxquelles il fait allusion dans ce passage.
(6) Loc. cit., p. 5.
IÆ RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ
Stuart) — et le château imaginaire d’Ecosse était en réalité le château de Saint-Germain-en-Laye. »
Oui, ce sont là explications assez judicieuses... à la condition d’admettre toutefois que ces deux derniers auteurs aient confondu Charles-Edouard avec son grand-père Jacques II ou avec son père le chevalier Saint-Georges, qui habitèrent le château de Saint- Germain — car Charles-Edouard n’y séjourna jamais.
Nicolas de Bonneville donne du mot une acception différente, mais qui lui attribue aussi résolument une origine jacobite. Il affirme dans sa Mêmeté des Quatre vœux (I):
« Le mont Heredon symbolise le Collège de Clermont. »
En résumé, l’obscurité demeure sur l’origine de ce vocable. Or, c’est précisément cette obscurité qui nous fait croire qu’il fut d’importation française. Si ce mot avait été forgé en Ecosse par une maçonnerie orthodoxe, son étymologie nous serait connue depuis longtemps.
(1) Loc. cit., p. 73.