‹ Histoire de la franc-maçonnerie françaiseChapitre 16 sur 67 · TENTATIVE FRANÇAISE D’UNIFICATION DU RITE · texte numérisé non relu

TENTATIVE FRANÇAISE D’UNIFICATION DU RITE

ous voici dans la partie la plus difficile — la plus mouvementée — de notre labeur.

Il va falloir se reconnaître parmi les obscurités que le temps et les textes ne sont pas parvenus à dissiper, dans des libelles où les adversaires se montrent plus soucieux de faire triompher leur vérité que la vérité, entre des thèses absolument contraires, thèses qui ont, avec Tâge, perdu de leur acuité, mais qui ont contribué beaucoup moins à éclairer la question qu’à la compliquer.

Parmi les obédiences écossaises citées, avec bien d’autres — avec trop d’autres! — dans le chapitre précédent, se trouve le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident , qui porte comme sous-titre Grande et Souveraine Loge Ecossaise Saint-Jean de Jérusalem. Ces empereurs se fondront, à la fin du xviii 8 siècle, dans le Grand Orient de France.

Cette dernière puissance, créée, en 1773, par des dissidents de l’ancienne Grande Loge de France, avait pris, dans le royaume, une importance croissante, grâce, certes, à la haute situation profane de ses dignitaires et de ses protecteurs, mais aussi à ses heureuses réformes dans l’Institution et à la remise à l’honneur d’un esprit de discipline et de cohésion, parmi les frères et les ateliers. Ce prestige lui avait attiré d’autres corps moins favorisés par le nombre ou par la fortune, d’autant plus que le

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

Grand Orient, en échange de leur vassalité, les autorisait à demeurer fidèles à leur ritualisme. Cependant, il ne s'attribuait pas encore le droit de créer lui-même des ateliers supérieurs, ne reconnaissant officiellement que les trois premiers degrés. Cette centralisation ne fit que s'accentuer après la Révolution, qui avait obligé la presque totalité des ateliers à se mettre en sommeil. Réveillé par un animateur de premier ordre, Roettiers de Montaleau, qui était à Paris, directeur de la Monnaie (1), le Grand Orient en profita pour vaincre les résistances dernières (à l'exception, comme nous le verrons tout à l’heure, de quelques très rares cellules récalcitrantes), et pour s’agréger enfin, en 1799, l’ancienne Grande Loge de France (de souche anglaise), que les terribles événements profanes avaient laissée en grand désarroi.

A une date antérieure à sa fusion avec le Grand Orient, le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident avait tenté de réaliser une hiérarchie des différents degrés de l’Ecossisme et en avait arrêté le chiffre à vingt-cinq. Et, au dire de plusieurs historiens, le Souverain Grand Consistoire des Princes du Royal Secret , qui lui appartenait et qui siégeait à Bordeaux, en aurait déterminé les modalités, en 1762, le 21 septembre, dans trentesept articles réunis sous le titre de « Règlements et Constitutions de la Maçonnerie de Perfection ». Nous employons à dessein le conditionnel, parce que nous n'avons pu trouver trace, à Bordeaux, de cet atelier supérieur du Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident.

Cependant, ces Règlements existent encore comme existent « les Grandes Constitutions » qui les complètent en portant à 33 les degrés de l’Ecossisme.

Ce sont ces Grandes Constitutions, censément élaborées à Berlin, le 1 er mai 1786, que l’on a attribuées longtemps au génie de Frédéric II de Prusse et dont de tenaces croyants chargent encore sa mémoire.

(1) Roettiers de Montaleau descendait d’une famille de graveurs illustres qui — détail digne d’être noté ici — s’était attachée à la fortune des Stuarts. Son bisaïeul avait été, sous Charles II, graveur général des monnaies de la Grande-Bretagne, et son grand-père, à qui la même charge avait été octroyée, avait suivi le roi Jacques II lors de sa retraite en France. Quant à son père, Jacques Roettiers, nommé au même emploi (sans pouvoir l’exercer en raison des événements), il avait été tenu sur les fonds baptismaux de Saint-Germain-en-Laye par Jacques III (roi in partibus), autrement dit Le Chevalier de Saint-Georges ou Le Prétendant.

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