‹ Histoire de la franc-maçonnerie françaiseChapitre 18 sur 67 · A LA GLOIRE DU G. A. DE L’UNIVERS · texte numérisé non relu

A LA GLOIRE DU G. A. DE L’UNIVERS

Au G.'. O *, de France et sous le bon plaisir de S. A S. et T. ILL. Fr. le T. M. F. Louis de Bourbon, comte de Clermont, Prince du Sang, Grand-Maître et Protecteur de toutes les loges.

A l’Orient d’un lieu très éclairé où régnent la Paix, le Silence et la Concorde, anno Lucis 5761, et selon le style vulgaire, le 27 août 1761.

LUX EX TENEBRIS (Unitas (1), Concordia fratrum)

Nous, soussignés, Substituts Généraux de l’Art Royal, Grands Surveillants et Officiers de la Grande et Souveraine Loge de St-Jean de Jérusalem établie à l’Orient de Paris, et Nous, S. Grands-Maîtres du Grand Conseil des Loges régulières de France sous la protection de la Grande et Souveraine Loge, sous les nombres sacrés et mystérieux, DECLARONS, CERTIFIONS ET ORDONNONS à tous les Chers frères Chevaliers et Princes répandus sur les deux hémisphères, que, nous étant assemblés par ordre du Substitut Général, Président du Grand Conseil, une requête à nous communiquée par le respectable frère La Corne, Substitut de notre T. 111. G.-M., Chevalier et Prince Maçon, fut lue en séance, disant que Notre Cher Frère Etienne Morin (Stephen Morin) Grand Elu Parfait et ancien Maître Sublime, — Prince Maçon Chev. et Prince Sublime de tous les ordres de la Maçonnerie de Perfection, membre de la Loge Royale de La Trinité , etc, étant sur son départ pour l’Amérique et désirant pouvoir travailler régulièrement pour l’avantage et l’agrandissement de l’Art Royal dans toute sa perfection, qu’il plaise au S. Grand Conseil et Grande L-’. de lui accorder des lettres Patentes pour Constitutions.

Sur le rapport qui nous a été fait et connaissant les qualités éminentes du Très Cher Frère Etienne Morin (Stephen Morin), lui avons sans hésiter accordé cette satisfaction pour les services qu’il a toujours rendus à l’Ordre, et dont son zèle nous garantit la continuation.

(1) D’autres versions portent Veritas.

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

A ces causes, et par d’autres bonnes raisons, en approuvant et confirmant le Très Cher Frère Etienne Morin dans ses desseins, et voulant lui donner des témoignages de notre reconnaissance, l’avons d’un consentement général, Constitué et Institué par ces Présentes Constitutions et Institutions, et donnons plein et entier pouvoir au p.\ Etienne Morin dont la signature est en marge des Présentes, de former et établir une Loge pour recevoir et multiplier l’Ordre Royal des maçons libres dans tous les grades parfaits et sublimes, de prendre soin que les Statuts et Règlements de la Grande et Souveraine Loge généraux et particuliers soient tenus et observés, et de n y jamais admettre que des vrais et légitimes frères de la Maçonnerie

sublime. . . .

De régler et gouverner tous les membres qui composeront la dite Loge qu’il peut établir dans les quatre parties du monde où il arrivera ou pourra demeurer, sous le titre de Loge de St-Jean, et surnommée La Parfaite Harmonie. Lui donnons pouvoir de choisir tels Officiers pour l’aider à gouverner sa Loge comme il jugera bon, auxquels nous commandons et enjoignons de lui obéir et de le respecter; ordonnons et commandons à tous Maîtres de Loges régulières, de quelque dignité qu’ils puissent être, répandus sur toute la surface de la terre et des mers les prions et enjoignons, au nom de l’Ordre Royal et en presence de Notre Très Illustre Grand-Maître; de reconnaître ainsi et comme nous le reconnaissons Notre Très Cher Frère Etienne Morin en qualité de notre Grand Inspecteur dans toutes les parties du Nouveau Monde pour renforcer l’observance de nos Loix et comme Respectable Maître de la loge La Parfaite Harmonie, et par ces Présentes, instituons notre Très Cher Frère Etienne Morin notre Grand-Maître Inspecteur, l’autorisant et lui donnant pouvoir d’établir dans toutes les parties du monde la Parfaite et Sublime Maçonnerie, etc., etc.

Prions en conséquence tous les frères en général de donner au dit frère Etienne Morin (Stephen Morin) l’assistance et les secours qui seront en leur pouvoir, les requérant d’en faire autant envers tous les frères qui seront membres de sa Loge, et ceux qu il a admis et constitués, admettra et constituera par la suite aux Sublimes Grades de la Haute Perfection que nous lui donnons, avec plein et entier pouvoir de multiplier et de créer des Inspecteurs en tous lieux ou les Sublimes grades ne seront pas établis (1), connaissant parfaitement

ses grandes connaissances et capacités. • . , .

En témoignage de quoi, nous lui avons delivre ces présentes, signées par le Substitut Général de l’Ordre, Grand Commandeur de l’Aigle blanc et noir, Souverain Prince du Royal Secret, et chef d l’éminent grade de l’Art Royal, et par Nous, Grands Inspecteurs, Sublimes Officiers du Grand Conseil et de la Grande Loge établie en cette Capitale, et les avons scellees du Grand Sceau de notre illustre Grand-Maître, S. A. S., et de celui de notre Grande Loge et Souverain Conseil.

Au Grand Orient de Paris, l’An de la Lumière 5761 ou selon l’ère vulgaire le 27 août 1761.

(1) Ce passage est souligné par nous.

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Signé :

chaillon DE jonville. Substitut Gén. de l’Ordre, Vénérable Maître de la première Loge en France appelée Saint-Thomas , Chef des Grades Eminens, Commandant et Sublime Prince du Royal Secret, etc.

le F. prince de rohan, Maître de la Grande L*. U Intelligence, Souverain Prince de la Maçonnerie, etc.

la corne. Substitut du Grand-Maître, R. D. M. de la L *. de La Trinité, Grand Elu Parfait, Chevalier et Prince Maçon, etc.

maximilien de saint-simeon. Premier Surveillant,

savalette de bucheley, Grand Garde des Sceaux, Grand Elu Parfait, Grand Chevalier et Prince Maçon, etc.

taupin. Prince Maçon, Grand Ambassadeur de S. H. Grand Elu, Parfait Maître, Chevalier Prince Maçon.

le comte de choiseul, etc. Vénérable Maître de la L *. des Enfants de la Gloire, Grand Elu Parfait, Maître Chevalier et Prince Maçon.

boucher de lenoncourt, etc. Vénérable Maître de la L.‘. de La Vertu, Grand Elu Parfait, Chevalier Prince Maçon, etc.

brest de la chaussée, G. E. M. P. C. Prince Maçon, Vénérable Maître de la L *. de VExactitude, Grand Elu Parfait, Maître Chevalier et Prince Maçon.

Par Ordre de la Grande Loge ainsi signé :

daubertin, Grand Elu Parfait, Maître et Chevalier, Prince Maçon, Vénérable et R. V. M. de la L ’de Saint-Alphonse, Grand Secrétaire de la Grande Loge et du Sublime Conseil des Princes maçons en France, etc.

Morin réussit dans sa mission. Des loges vivent aujourd’hui en Amérique, qui, vraisemblablement, lui durent l’existence. Sinon à lui directement, au moins à son influence. Dans le numéro du mois d’août 1929 du New Age (1), M. Cyrus Field Willard nous apprend, par exemple, que la Grande Loge de la

(1) Magazine. The Official Organ of The Suprême Gouncil 33 e A. et A. Scottish Rite of Freemasonry Sud Jurisdiction U.S.A. Washington, in-8°.

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

Louisiane compte sur ses contrôles — avec cette annotation « Rite Ecossais » — la loge N° 1, L'Etoile Polaire , travaillant en langue française et constituée en 1790.

A part quelques détails sur l’Ecossisme français, que nous ne croyons pas exacts, son étude contient des aperçus ingénieux, comme la comparaison qu’il établit entre la séduction opérée en France par les Hauts Grades sur les frères des loges bleues, et celle qu’eut en Angleterre le grade de Royal Arch institué par les maçons « Ancient » afin d’attirer à eux un plus grand nombre de recrues.

Pour en revenir à notre sujet, M. Cyrus Field Willard indique, comme référence, la bibliothèque du temple de Washington où « le livre des procès-verbaux de la loge Euclide de la Nouvelle- Orléans prouve l’existence de dix loges du Rite Ecossais et leur descendance française ».

Seulement, attention ! Il ne faut pas croire que Morin a importé dans le Nouveau-Monde la Franc-Maçonnerie écossaise. Elle y était connue et pratiquée avant son arrivée. Ce produit français avait depuis longtemps passé l’Atlantique.

Le frère N. S. H. Sitwell, de la Grande Loge d’Angleterre, a bien voulu nous communiquer des documents manuscrits, d’une irréfutable authenticité, qui ne laissent aucun doute sur ce point (1). C’est d’abord le procès-verbal d’installation de la loge La Parfaite d'Ecosse à l’Orient de Saint-Pierre (Martinique), le 24 mai 1750, par pouvoirs délivrés par la Mère Loge Ecossaise de Bordeaux; puis une patente accordée en 1752 par la Mère Loge Ecossaise de Marseille à une loge de Port-de-Paix (Saint-Domingue). Les Elus Parfaits de Bordeaux avaient même député, là-bas, un de leurs membres, le frère Lamolers de Feuillard, pour, en leur nom « constituer et fonder dans les quartiers de l’île de Saint- Domingue, et notamment à Port-de-Paix et à Saint-Marc, telles loges qu’il jugera à propos, et de commettre, aux dits établissements des R. F. Elus Parfaits qui lui paroitront les plus capables

(1) Cf. également, de ce frère Some Mid-eighteenth century French manuscripts , S. L. S. D., pièce gd inl8° (Trans. Quatuor Coronati Lodge , VII, XL, 1927, pp. 91-125)- Contient de nombreux documents sur les relations maçonniques de nie de la Martinique et de la France. On y remarque même avec un certain étonnement qu’en 1753 ce sont les « ouvriers de l’atelier d’Architecture, annexé h la loge de La Parfaite Union du Bourg Saint-Pierre », qui accordent à la Parfaite Loge d’Elus de Bordeaux le « brevet nécessaire pour constituer un atelier d’architectes ».

d’en poser les fondemens et diriger les travaux ». Et il s’agit bien, en l’espèce, de hauts grades, puisque c’est aux membres d’une loge symbolique déjà existante, La Concorde de Saint-Marc, que permission est donnée, le 18 e jour du 4 e mois de l’année maçonnique 5753, d’établir une « légitime et solide loge d ’Elus- Parfaits... afin d’acquérir la haute perfection et les véritables lumières qui leur manquaient ». Et les statuts de cette nouvelle création portent:

« Art. II. On n’admettra jamais personne au Grade Eminent et Sublime d’Elu parfait, ni dans aucun de ceux qu’il faut obtenir pour parvenir à la perfection, qu’il n’ait été auparavant reconnu pour apprenti, compagnon et maître symbolique d’une légitime loge depuis sept ans ou environ ou qu’il n’ait passé par quelque charge de la maçonnerie symbolique. »

Le 12 avril 1756, c’est la Parfaite Harmonie de La Louisiane, fille de La Parfaite Union de La Martinique, et petite-fille de la loge Saint-Ferréol de Marseille, qui demande encore l’autorisation à Bordeaux, de procéder à l’établissement « d’une grande et magnifique loge de Parfaite Ecosse ».

D’autre part, M. N. Choumitsky, dans son étude sur Morin (1), signale une Constitution accordée le 1 er mai 1749 à la loge écossaise du Cap Français (Saint-Domingue), laquelle fonda à son tour une loge symbolique à Fort-Dauphin, sous le nom de La Double Alliance.

Morin lui-même, dans une lettre reproduite par son biographe, exprime « la surprise agréable » qu’il éprouva en trouvant à Saint-Marc « une respectable loge écossaise constituée par celle de Bordeaux (2) ». L’épithète écossaise qu’il vient d’employer veut bien dire une loge pratiquant les degrés supérieurs, puisqu’il écrit ensuite: « Je l’ai trouvée si bien composée ainsi que la Loge Symbolique , que j’ai cru devoir leur donner les mêmes instructions... » Cette même loge avait, elle aussi, créé une filiale à Port-au-Prince, La Parfaite Union.

Une autre preuve, plus péremptoire encore, de l’implantation en Amérique de l’Ecossisme, et particulièrement de l’Ecossisme

(1) N. Choumitsky : Etienne Morin, S. L. (Paris), S. D. (1928), pièce in-8°. La couv. sert de titre, p. 1.

(2) . Ibidem, p. 13.

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

français avec ses... légendes, c’est ce passage d’une autre lettre de Morin, toujours citée par M. Choumitsky:

« Il y a aussi une loge au Cap sous le titre d'Edouard Stuart ...que nous ne voulons point reconnaître (1). »

M. N. Choumitsky avance qu’il n’est question dans la patente conférée à Morin « ni de grades supérieurs ni de maçonnerie de perfection ». Ce dernier mot s’y trouve pourtant en toutes lettres. Il ajoute: « Morin n’y fait jamais allusion dans ses lettres à la Grande Loge de France, seule Puissance maçonnique à laquelle il s’adresse. »

Il y a déjà, dans ce dernier membre de phrase, une inexactitude. Morin s’adresse, non à la Grande Loge de France, mais à Chaillon de Jonville. Celui-ci est le Substitut Général du Grand Maître, c’est vrai, mais qui prouve à M. N. Choumitsky que c’est par égard à son office dans la Grande Loge de France que Morin lui rend compte de sa mission? Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point, désireux de rétorquer d’abord la première affirmation. Comment! Morin ne fait pas allusion aux Grades Supérieurs! Mais les extraits de ses lettres que nous venons de reproduire prouvent précisément le contraire. Même dans celle qu’il écrit au frère Chaillon de Jonville, il fait la démarcation entre la Loge Ecossaise et les loges symboliques. Et dans une autre, à un correspondant anonyme, il dit du frère Bercy: « il a pénétré au Grand Ecossais et Chevalier maçon »; il demande ensuite qu’on lui envoie « un ou deux bijoux de Prince de Jérusalem ». Est-ce que ce sont là des grades pratiqués par la Grande Loge de France, faction Lacorne, laquelle aurait, selon M. Choumitsky, délivré à Morin sa patente? Ce dernier prétend que ses pouvoirs ne lui donnaient que le droit d’instituer, dans les Amériques, une loge symbolique , ambulante pour ainsi dire, du nom de La Parfaite Harmonie. Evidemment, c’était là son premier devoir, mais qui pouvait s’étendre à une tâche plus ambitieuse. Le texte parle des « frères admis et constitués qu’il admettra et constituera par la suite aux Sublimes Grades de la Perfection ». Pourquoi aurait-on également précisé une « Loge pour multiplier l’Ordre Royal des maçons libres dans tous les grades parfaits et sublimes »? Aurait-on employé cette

(1) Ibidem , p. 18.

expression s’il ne s’était agi que des trois premiers degrés?

D’autre part, quel besoin aurait eu Morin d’une patente pour un atelier, que sa seule qualité de maître lui permettait de créer avec le nombre de maçons réglementaires? (nombre également exigible avec la patente, car celle-ci, si elle lui permet de fonder une loge et d’inspecter les autres, ne l’autorise pas à donner la lumière à des profanes, de sa seule autorité).

Il va en Amérique pour « établir la Parfaite et Sublime Maçonnerie ». Or quelle pouvait être cette maçonnerie, sinon celle des Hauts Grades? L’autre, celle des trois premiers degrés, d’origine anglaise, y existait déjà, et les Français ne pouvaient l’ignorer. Tandis que l’Ecossisme, s’il se trouvait déjà représenté dans le Nouveau-Monde, de par l’initiative de certaines Mères-Loges de France comme celles de Bordeaux et de Marseille, n’avait en réalité aucun centre régulateur, et manquait d’unité.

S’il ne s’était agi que d’un pouvoir délivré par la Grande Loge de France, uniquement symbolique, pourquoi aurait-on accolé au nom de Chaillon de Jonville le titre de « Chef des Grades éminents, Commandeur et Sublime Prince du Royal Secret »? Pourquoi ces appellations, qui n’ont rien à faire avec les premiers degrés, de « Souverain Prince de la Maçonnerie » au frère de Rohan », de « Grand Elu Parfait » à Lacorne, de « Maître Chevalier » et de « Prince Maçon » à tous les autres signataires? Comme le dit justement M. Gaston Martin: « Ils figurent sans doute non comme les représentants de la Grande Loge, mais d’une puissance écossaise: la loge de perfection Saint-Jean de Jérusalem, à l’0.\ de Paris (1). »

M. Choumitsky limite les pouvoirs de Morin à la création d’une loge symbolique justement pour rendre vraisemblable la délégation de ses pouvoirs par la Grande Loge de France, qui ne pratiquait pas les Hauts Grades. Il a été induit en erreur par les noms des dignitaires. Parce que ceux-ci étaient des officiers, que l’on retrouve sur les matricules de la Grande Loge, il en a déduit qu’ils opéraient au nom de cette dernière. Cette déduction ne s’impose pas. Tout le long du xviii 0 siècle et dans le début du xix e , les francs-maçons notables prêtent leur concours à des puissances différentes, sans courir le risque d’être excommuniés par l’une

(1) Manuel d'histoire... loc. cit., pp. 44 et 45.

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

d'elles. Le comte de Clermont lui-même montre l'exemple, qui est le grand chef de toutes les obédiences (1), comme le sera plus, tard le prince Cambacérès. À remarquer que la patente de Morin n'est pas faite « sous le bon plaisir » du comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge, mais << Grand Maître et Protecteur de toutes les loges ».

On fera valoir que certains titres dont les noms des signataires sont suivis sont ceux qui leur avaient été octroyés par la Grande Loge de France. Ce cas est assimilable aux cartes de visite où des décorations diverses se trouvent énumérées. Ensuite qui nous dit que ces titres n'ont pas été ajoutés après coup par ceux qui ont recopié la patente? N’oublions toujours pas que nous ne possédons pas l’original, mais des copies. Et ce qui ajoute du poids à notre argumentation, c’est que si ces copies diffèrent peu dans le texte même de la patente, elles ne s'accordent plus sur les noms des dignitaires et sur les titres mêmes. La version de Daruty contient des signatures que ne porte pas celle de Thory, et inversement; et Etienne Morin faisant allusion, dans une lettre, aux dignitaires qui lui délivrèrent ses pouvoirs, non seulement ne parle pas du prince de Roban et de Daubertin (ce qui pourrait être la conséquence d’un oubli), mais il en cite d’autres, comme les frères Saunier et Herbin dont aucun commentateur ne fait mention. Quant aux qualités maçonniques qu’on leur attribue, M. Choumitsky est contraint d’avouer leur fantaisie, puisqu’il constate lui-même que Chaillon de Jonville, indiqué comme vénérable de la loge Saint- Thomas, ne présida jamais cet atelier.

Les copistes ont dû trouver d’autant plus naturel d’ajouter aux noms des signataires les offices qu’ils occupaient à la Grande Loge, qu’à la date (1798) où le frère Jean-Baptiste-Marie Delahogue reproduit sur son Livre d’Or la patente Morin, non d’après l’original (rapppelons-le) mais d’après une version anglaise — le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident s’est depuis plus d’un quart de siècle (1772) fondu dans la Grande Loge de France et que ces deux corps n’en font plus qu’un.

Oui. C’est bien une mission écossaise que reçut Morin. Nous

(1) Louis de Bourbon, comte de Clermont, petit-fils de Louis XIV par sa mère, Louise-Françoise de Bourbon, dite M lle de Nantes, légitimée de France, née des amours du Roy et de M me de Montespan.

avons hésité dans notre Histoire de la Franc-Maçonnerie, La Franc-Maçonnerie chez Elle, à l’attribuer au Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, mais une étude plus approfondie a dissipé nos doutes. La dernière phrase où se trouvent ces mots : « Nous Officiers du Grand Conseil et de la Grande Loge établie en cette capitale » et « le sceau de notre Grande Loge et Souverain Conseil » s’applique et à la Grande et Souveraine Loge de Saint- Jean de Jérusalem, et au Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident qui la complétait.

C’est pourquoi nous plaçons résolument cette patente à l’origine du Rite qui, perfectionné par les Américains eux-mêmes, deviendra le Rite Ecossais Ancien et Accepté,

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