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LE PLUS MAUVAIS QUART D’HEURE DU SUPRÊME CONSEIL

oila donc la France pourvue de deux principaux corps maçonniques. Nous disons « principaux » parce qu’il y en a d’autres auxquels nous avons déjà fait allusion: le Rite de Misraïm et le Rite de Memphis , mais ils n’auront qu’une importance transitoire (ils n’existent plus aujourd’hui) et leur étude ne rentre pas dans le cadre de ce travail.

Cette dualité préoccupe de nombreux frères, et nous les verrons au cours du xix e siècle faire de multiples tentatives pour le rapprochement des rites et l’unification de la Franc-Maçonnerie française. Il leur semble — à tort comme les faits le démontreront — que cette rivalité nuit à l’esprit de fraternité. Le Grand Orient provoque maintes fois des négociations. Elles avortent toujours parce que le Suprême Conseil, s’il consent à l’union, est rétif à toute fusion. Ici encore il serait trop long de raconter par le menu les tractations qui s’ébauchèrent entre les deux corps. Mais ce que le •Grand Orient ne pouvait obtenir par la persuasion, il fut tout prêt, sous le second Empire, à l’acquérir par la force.

La première tentative faite à cette époque est à peu près oubliée aujourd’hui parce que d’importantes questions d’ordre intérieur au Grand Orient (comme l’achat de son immeuble de la rue Cadet -qui fut conclu en 1859), mêlées aux préoccupations profanes du

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

Grand Maître, ne permirent pas d’en poursuivre activement la réalisation. Elle est pourtant identique dans sa forme et dans son expression à celle — demeurée beaucoup plus connue — que nous examinerons tout à l’heure, et dont le maréchal Magnan fut l’artisan, sinon l’inspirateur. Cette première tentative officielle fut faite en 1854 par le nouveau Grand Maître du Grand Orient, le prince Lucien Murat, cousin de l’Empereur.

Il décida de faire procéder à la révision des Statuts et Règlements Généraux de l’Ordre par un « Convent Constituant de la Maçonnerie française » qu’il convoqua le 15 septembre 1854 par un décret commençant ainsi:

« Nous Prince Lucien Murat, Grand-Maître de l’Ordre Maçonnique en France,

Notre conseil entendu, et sur son avis unanime:

Vu la haute faveur dont le Gouvernement Impérial vient d’honorer notre Institution, en décidant qu'il n’admettra plus en France que les ateliers placés sous Vobédience du G.\ 0.\ ( 1 ).

Ce décret était précédé d’une convocation signée de son « Représentant Particulier Janin, 33 e », adressée « A tous les ateliers de la Franc-Maçonnerie Française », qui débute par un cri d’allégresse... un peu prématuré:

« Grâces infinies au Grand Architecte de l’Univers, trois fois merci au Très Illustre Frère qui, par sa haute influence, réalise le plus cher de tous nos vœux, celui que nos cœurs ont vainement formé pendant 40 ans: Y Unité Maçonnique! »

C’était se réjouir trop tôt, car, malgré une phrase pathétique de cette adresse: « Que de reproches auraient à se faire ceux qui ne répondraient pas à notre appel », elle ne fut guère entendue des Ecossais qui restèrent fidèles à leur obédience.

Il faut dire, d’ailleurs, à la louange du prince Murat, qu’il n’insista pas, et qu’il se rendit avec la plus parfaite bonne grâce aux raisons qui lui furent objectées par Viennet, alors Souverain Grand Commandeur adjoint, que son supérieur maçonnique, le duc Decazes, malade, avait chargé de la délicate négociation (2).

(1) C’est nous qui soulignons, parce que l’arrêté impérial sur lequel s’appuyait le prince Lucien Murat n’a jamais existé que clans son imagination. On trouvera la teneur complète de ce décret et de la circulaire qui l’accompagnait aux Pièces annexes de ce livre.

(2) Voir plus loin dans la circulaire de Viennet le récit de son entrevue avec le prince Murat.

Portrait de Vleilliet, homme de lettres, académicien, Souverain Grand Commandeur du Suprême

Conseil de France.

LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE

Le péril va devenir beaucoup plus grave.

Ce que, sous le premier Empire, n’avait pas voulu faire le Grand Maître adjoint du Grand Orient Cambacérès (Grand Maître adjoint par le titre mais Grand Maître effectif par la faillite constante du Grand Maître titulaire, Joseph II, roi des Espagnes et des Indes), le maréchal Magnan, que Napoléon III avait proprio motu mis à la tete du Grand Orient, allait le tenter, avec l’humeur hargneuse et bravache d’un chef d’armée assiégeant une ville rebelle.

Cet homme de guerre n’admit pas qu’une autre puissance maçonnique put échapper à son autorité et il ordonna au Suprême Conseil de s’enrôler tout entier sous le drapeau de son obédience. Ici se place un des épisodes les plus connus et les plus pathétiques de l’histoire du Rite Ecossais. A cette époque (1862) ce dernier avait heureusement comme Souverain Grand Commandeur un homme de tête — et de mauvaise tête — le frère Viennet (1). Cet académicien, ancien officier qui avait passé son existence, comme militaire à fronder l’Empire premier, et comme écrivain à lutter âprement contre l’Ecole romantique, avait alors 88 ans. Il reçoit un jour la lettre suivante:

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