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L’ORGANISATION DES SUPRÊMES CONSEILS

Avant de raconter les détails du schisme qui va scinder le Rite Ecossais et les heureuses conséquences de ce schisme, il sied de répondre à certaines critiques dont les Hauts Grades furent l’objet, et de préciser aux points de vue français et mondial la situation du Suprême Conseil.

On ne peut pas plus discuter aujourd’hui la validité de ces grades, que ne le fit le xvm e siècle pour les titres particuliers que chaque obédience accordait alors à ses sociétaires. Ici se place une petite consultation d’ordre intimement maçonnique.

Dès que l’on ne se cantonne pas dans les trois premiers degrés, les innovateurs peuvent mettre à profit tous les trésors de leur imagination pour donner au symbolisme de ces degrés un développement plus approfondi. N’oublions pas, en effet, que les Hauts Grades ne sont jamais et ne peuvent être que le prolongement des grades inférieurs — ce mot « inférieur » pris dans un sens aucunement péjoratif. Cela a été reconnu par les exégètes les plus qualifiés de l’Institution, comme Goblet d’Alviella, Oswald Wirth, Quartier-La-Tente. Ce dernier, à ce sujet, écrit excellemment (1):

« Il faut se montrer indulgent pour tout ce qui vient au secours de la faiblesse humaine. La plupart des adeptes de l’Art Royal se contentent de recevoir les Grades Symboliques, mais ils ne les possèdent

(1) Les Grades et les Rites maçonniques, loc. cit., p. 10.

LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ

jamais efficacement. Ils détiennent un trésor, mais ils en ignorent la valeur et n’en tirent aucun parti. Or, les Hauts Grades n’ont d’autre mission que de faire progressivement saisir l’ésotérisme des trois degrés fondamentaux de la Franc-Maçonnerie. Ils n’ont pas la prétention de révéler de nouveaux secrets, étrangers à la Maçonnerie symbolique; toute leur ambition se borne, au contraire, à faire comprendre celle-ci, à la mettre en valeur dans l’esprit de ses adeptes, à qui il importe de faire faire effectivement leur apprentissage, afin qu’ils puissent devenir de réels Compagnons, capables d’aspirer à la Maîtrise véritable. »

Que ce soit T Amérique qui ait créé les 33 degrés ou que ces derniers y aient été importés par Morin ou d’autres, d’après la version, selon nous apocryphe, des Princes du Royal Secret de Bordeaux — la question est, en somme, de minime importance. Du moment que la base demeurait constituée par les grades d’apprenti, de compagnon et de maître, il était permis aux maçons d’en imaginer d’autres, à la condition qu’ils ne s’écartassent pas de la tradition. Nous voyons d’autres exemples de cette compréhension tolérante de la maçonnerie des Hauts Grades lorsque des rites comme ceux de Misraïm et de Memphis se créent au cours du xix e siècle, avec un nombre de degrés qui atteindra presque la centaine. Cette exubérance ne les empêche pas de nouer des relations officielles en France avec le Suprême Conseil et même, plus tard, avec le Grand Orient. Si demain il plaisait à une obédience d’ajouter des grades nouveaux aux 33 existant actuellement, elle ne serait pas pour cela schismatique. Elle ne rentrerait pas dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté et ne pourrait faire partie de la Confédération dés Suprêmes Conseils, mais sa régularité ne pourrait être contestée.

Ce qui est inadmissible, c’est que les Hauts Grades puissent revendiquer le droit de donner de leur seule autorité l’initiation maçonnique à des profanes. Il existe une légende qui tendrait à accorder à un 33°, qualifié par ses pairs, le privilège de créer des apprentis. Ce serait là une entorse aux principes fondamentaux de l’Ordre qui ont fixé une fois pour toutes les modalités de l’Initiation. Les Hauts Grades ne peuvent prétendre à la reconnaissance des grades inférieurs que s’ils ne vont pas à l’encontre des prescriptions qui régissent ceux-ci. Sinon ce serait créer dans le monde deux puissances rivales — alors que c’est vraiment l’union de l’Institution de source anglaise et de l’Insti-

tution de source écossaise qui constitue l’unité maçonnique, autrement dit la Franc-Maçonnerie Universelle.

Ceci avait besoin d'être dit pour dissiper les malentendus qui, dans certains milieux demeurés hostiles aux Hauts Grades, font considérer ces derniers comme une branche à part de la Grande Famille maçonnique.

Presque tous les pays comprirent tout de suite .combien cette Constitution des Hauts Grades serait profitable à l’expansion de l’Ordre. Les provinces françaises, qui, au xviii® siècle, avaient, comme Paris, accueilli avec une telle faveur ces multiples organisations qui florissaient à l’époque, avaient également souffert de leur diversité. Ces statuts du Rite ancien et accepté permettaient enfin de créer une fraternité écossaise qui, si elle avait existé en fait entre les frères, ne s’était guère étendue aux obédiences.

Cette Constitution de 1786 risquait cependant d’être encore discutée parce qu’on n’en connaissait pas trop les législateurs. Bien que fort bien faite, elle avait besoin, pour avoir force de loi, di’être solennellement entérinée par les puissances qui l’agréaient. Il fallait obvier aux réclamations ou aux indisciplines possibles.

C’est alors que les Suprêmes Conseils existant en 1834 — Amérique, France, Italie, Deux-Siciles, Espagne, Brésil, Belgique — prirent l’initiative d’un Traité d’Alliance (conclu à Paris le 23 février) — traité qui, s’inspirant du texte de ce qu’on a appelé les Grandes Constitutions, fit officiellement de celles-ci la charte de l’Ecossisme. Mais cette législation ne prit un caractère impératif et ne fut arrêtée d’une façon absolue qu’au Convent qui s’ouvrit à Lausanne (Suisse) le 6 septembre 1876.

C’est une date considérable dans l’histoire de l’Ordre, aussi importante que celle qui réunit à Londres, en 1717, les rénovateurs de la Franc-Maçonnerie.

On trouvera à la fin de cet ouvrage, dans les Pièces Annexes, les décisions du Convent de Lausanne, qui fixèrent d’une façon définitive et sur des assises, cette fois indiscutables, l’existence et la puissance du Rite Ancien et Accepté. Neuf Suprêmes Conseils y étaient représentés: Angleterre, Belgique, Colon-Cuba, France, Hongrie, Italie, Pérou, Portugal, Suisse. Cinq autres Suprêmes Conseils — Juridiction Sud des Etats-Unis, Irlande, Ecosse, Amérique Centrale et Grèce, — estimant que la Déclaration ne leur

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donnait pas toute satisfaction, surtout dans sa définition du Grand Architecte, se réunirent, en 1877, à Edimbourg, pour adopter une formule plus spiritualiste. Il y eut entre les deux camps échange de notes, et, sous la pression conciliante du Suprême Conseil de Suisse, le premier céda aux exigences du second, afin de réaliser l’unité de l’Ecossisme.

La prescription qui ne fixait qu’un seul Suprême Conseil par nation, en rendant impossibles des rivalités intestines, renforçait cette unité. Un seul Suprême Conseil étant autorisé pour chaque pays, ce pays donnait forcément son nom à chaque Suprême Conseil agréé par la Confédération. Ceci explique pourquoi le Grand Collège des Rites du Grand Orient ne put et ne pourra jamais être reconnu malgré les 33 degrés qu’il pratique, et pourquoi le Suprême Conseil Ecossais porte officiellement le titre de Suprême Conseil de France.

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