‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 11 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

FRAIVCnE-COMTE I!\ DKPE\BA !\TE.

Miitpropût. — Migrttion en Carope de la raee ftuloite; tes inflMirt, son goavernemeat. — itu- U«iMBeiit àtt Séqotoêis en Franche Cooilé. — ^ymoloyie de leur nen ; orifine de leur nais- •att. — Les Séqnanaia teuf Sigovèse et Bellovèae. — Leê Séqoaaais aa siège de Rome ; Braaaui K Tiic^Ute. — Let Séquaoais auxiliaires dea Gaulois d'Italie. — Las Séquanais, Teutobokb et Nanas. — Portrait et carKtérc des Séqoaaais. — Lueurs mœurs, usages, costumes, relif ion, goo- «ffiffDCDt. — \a peuple, ks chevaliers, les druides.

Il y a dix-Deur cents ans, Cicéron écrivait, en parlant d* Athènes : Ici l'on marche nrChiMtoirf. Aujourd'hui Ton peut, sans trop d'orgueil, appliquer à ndre vieille FnmrhM/Hut^ ce mot de l'illustre orateur romain. A ceux qui savent interroger le fo^^s^ «le ce vémHrahIe sol, il répond par l'éloquence des faits et la poésie des souve- ^^^ : pour eux il parle un langage plein d'attrait et de grandeur; pour eux il a des r^ebuons, des lumières, de profonds enseignements. L'antiquaire n'y cherche pas ^ ^lin cet alplial)et épars de médailles et d'inscriptions avec lesquelles il renoue la <^iDe df-s âges ; l'archéologue y découvre des débris, des ruines, des vestiges qui ^»igDent de la puissance et de la civilisation de races dispames; l'Iiistorien y ^^'inMi\e la trace d'agitations et d'ébranlements qui rappellent tour à tour des 1«*iues glorieuses et funèbres, héroïques et sanglantes. \À, sur cette terre, le M df rhomine s'est heurté souvent à des tronçons de colonnes dornant dans ^l^^rtif depuis des siècles, ou le regard s'est souvent arrêté sur des monceaux de P***frrs rongé(*s h la face par la rouille des années, et qui ftireul ou des autels ou des ^l^ui. U, dans ces champs, le laboureur a souvent retourné, avec le soc de la '^^w'. des dieux de bronze et des armes antiques. Là, dans ces calmes prairies

S^i FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

OU passe h présent en sifflant le pâtre insoucieux, a jadis passé le génie frémissant (les batailles. Là, derrière ces gracieux paysages qui rafraîchissent Tâme, sont couchés les restes de châteaux féodaux qui font souvenir de lugn])res tragédies. Là, sur la lisière de ces bois où sont assis aujourd'hui de modestes et paisibles villages, il y eut autrefois des places de guerre tumultueuses, entourées de murs d*enceinte ou de remparts flanqués de tours. Là, sur le bord de ces rivières remontées à d'autres époques par des soldats de Rome et de Germanie, furent jadis des villes orgueilleuses et puissantes, qui se cachent maintenant sous des noms d'humbles communes, qui se contentent maintenant d'avoir leur mairie et leur école. Un pays dont les révolutions et les années ont à ce point transformé la physionomie laisse deviner, derrière son présent, un passé qu'ont dû remplir bien des luttes, bien des souffrances, bien des orages, bien des malheurs. En effet, c'est là le tableau que nous offre ce passé : pour théâtre, un sol où surgissent tour à tour la guerre, l'invasion, la peste, la misère, la vertu, le crime, de grandes choses, de grands noms ; pour acteur, un peuple fier, indépendant, opiniâtre, calme mais intrépide, contempteur de la mort, stoïque devant le malheur, sensible à l'honneur comme à la gloire, attaché profondément à ses libertés, à ses institutions, à sa terre natale : voilà pendant de nombreux siècles l'histoire de la Franche-Comté et des Franc-Comtois. Voilà le drame solennel qu'un Franc-Comtois va, dans une pensée d'amour filial pour son pays, essayer de raconter à ses compatriotes.

La nuit des temps n'a pas permis aux historiens de découvrir à quelle époque In brillante race gauloise, sortie des plaines de la haute Asie, vint prendre possession des forêts et des déserts de l'Europe occidentale encore inhabitée; cependant les probabilités autorisent à croire que ce fut deux mille ans à peu près avant la naissance de Jésus-Christ. Les traditions les plus reculées nous montrent les Galls ou Gaulois, qui dans leur propre langue s'appelaient Celtes, c'est-à-dire habitants des forêts, établis dans toutes les contrées situées entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, l'Océan ; et, aussi avant que le regard puisse pénétrer dans l'obscurité des âges, on voit le pays qui va du Rhin aux Alpes, qualifié du nom de Gaule ou terre des Galls, d'où les Latins ont fait Gallia : c'est notre France. Ces Gaulois primitifs étaient chasseurs et pasteurs, mais ignoraient l'agriculture. Ils avaient pour annes offensives et défensives des haches el des couteaux de pierre, des flèches armées de cailloux pointus, des épiéux durcis au feu, des dards enflammés, un bouclier long et étroit. Ils se tatouaient le corps et se teignaient les cheveux. Ils vivaient par tribus, lesquelles se groupaient en confédérations. L'autorité des chefs de tribus était le seul élément du pouvoir politique. Les plus forts et les plus vaillants d'entre eux devenaient brenn, c'est-à-dire chefs d'armée. La masse immense des Gaulois formait un certain nombre de peuples indépendants les uns des autres, mais unis par la communauté d'origine, de mœurs, de langage. Les plus puissants de ces peuples étaient les Arvemes (c'est-à-dire habitants des hautes terres, les Auvergnats) ; les Armoricains (habitants des bords de la mer, les Bretons et les Normands) ; les Allobroges {habitants des hauts villages, les Dauphinois et les Savoyards); les Helvètes (pays de troupeaux, les Suisses); les Édueos {peuple de

FRAMCUE - COUTE INDÉPENDANTE. »

foMeun^ les Bourguignons) ; et les Séqcanes, qui donnèrent leur nom à la Seine, bbiièreot d*aboftl le cours supérieur de ce fleuve, puis vinrent se (ixer entre la SjfVoe H la quadruple cbaine du mont Jura, c'est-à-dire dans la FRANCHE-COMTÉ.

Ainsi, les Séquanes ou Séquanais eurent Thonneur de laisser leur nom à la Seine S^iuiiuit, le beau fleuve dont Paris est si fier, et ce furent eux qui les premiers ocmpèreot la Franche-Comté, dont ils firent la Séqi anie. Maintenant, quelle est TéuiBotogie de ce mot? d*où vient-elle? que signifie-t-elle? On a écrit bien des pages I ce sujet ; mais tant de systèmes différents ont été présentés, que la question, il but favouer, reste encore à résoudre : ainsi, selon Bodin, l'auteur de la Méthode illutaire^ ce mot signifie originel habitant, Bodin donnant à comprendre par là (Hie les Séquanais habitèrent de première naissance et de toute antiquité leur |>ays. ti'après» Schœpflin, Tauteur de V Alsace illustrée, les Séquanais tireraient leur nom tif Séquanus, fils d*Érycton, lequel Séquanus aurait été leur roi. J.-J. Chiflet, dans y4m Histoire de Besançon, les fait venir du mot grec sêcos, à cause de leur piété et Al grand nombre de temples qu'ils élevaient soit à leurs dieux, soit à leurs guerner^ célèbres. L'historien de la ville de Poligny, Chevalier, pense que le nom des Séquanais venait de sicken, secken, sekn, mot celtique qui veut dire couper, fau-^ cker, et peuple belliqueux ayant été désigné par Tespèce d*arme dont il se senait à b guerre, la faux. L*abbé Bergier, dans sa Dissertation sur l'origine de la Seqfumie, (ait dériver du mot celtique sequan, qui signifie tortueux, inégal, le nom (iela province; et, selon cet auteur, Sequani veut dire les habitants d'un pays UfTtueux, qui va en serpentant. Enfin, d'après le savant professeur Bullet, le mot Séquanais vient de sec, homme, et an, cheval, province des hommes de cheval.

Entre ces diverses étymologies ayant toutes pour |)arrains des noms res|)ectables, il MTait délicat de se prononcer plutôt en faveur de Tune cpie de l'autre. A œlui qui «uudrait le faire, on aurait le droit de rappeler le vers de Corneille :

Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses.

Nous avons rapporté ces opinions divergentes, sans oser, à Icxemple du vieux et sage chroniqueur Betleforest, c ny bonnement y contrevenir, ny semblablement y consentir; car, de disputer de pareille matière, c'est chose fort chatouilleuse. » Cependant, s'il nous était permis de dire notre avis sur ce |H)int, nous nous |>rononnfrions eu faveur de l'étymologie présentée par le professeur Bullet. Les Séquauai> IMissaient U^loin la passion pour les chevaux, ils excellaient dans l'art de les àm6tr H de les élever. Strabon |iarle avec éloge de leur supériorité en ce genre, et Lucain dit, dans son poème de la Pharsale : c La raie sé(|uanaise habile à faire b}ttnio>er le coursier rendu docile. • Celle répuLition des Sécpianais s*est toujours ■laintenue. Les Romains prisaient lKV)ucoup leur cavalerie : sous le règne de l'eiufrreur Auguste, les chevaux séquanais étaient les premiers de la Gaule; et, plus tard, les rois d*Es|iagne tinrent en très-grande estime les lances frauc-comtoises. .K éébui de certitude, voilà peut-éu*e l'étymologie la plus acceptable.

Uuani à l'origine des Séquanais, elle est, comme l'étymologie de leur nom, enveloppée d'obscurités ; plusieurs historiens la font remonter jusiiu'au déluge : selon CoUut, elle se rapporte à Gomer, fib de Japhet; selon Cluvier et Dunod, le premier

chef de la nation séquanaise fut Askénès, petit-fils de Noé. Ce ne sont là que de vaines et brillantes chimères, dont la vanité des peuples entoure comme de langes d'or le berceau de leurs aïeux. On peut dire des origines ce que Voltaire disait de la généalogie des grandes maisons, qu*elles remontent toutes ou presque toutes à des fables. A quoi cela tient-il? A ce que, suivant Theureuse expression de Jean- Jacques Rousseau, t les hommes chantent avant d'écrire. » Les premiers philosophes, les premiers législateurs, les fondateurs de religion étaient tous des poètes, et, chantres ardents, ils se préoccupaient plus de l'harmonie que de l'exactitude : pour eux la forme passait avant le fond. Aussi, n'est-il pas une origine, à commencer par celle du monde, qu'on ne puisse discuter; et toutes les batailles de mots que l'on a livrées, qu'on livrera peut-être encore sur l'origine des Séquanais, n'ont pas plus décidé qu'elles ne décideront jamais une victoire définitive.

L'existence historique des Séquanais pendant de longs siècles à partir de leur établissement dans la Gaule n'est guère mieux connue que leur origine : il faut arriver au sixième siècle avant l'ère chrétienne pour avoir sur les mouvanents de ce peuple quelques notions que l'on croit précises. Vers cette époque les Teutons, chassés du fond de l'Asie, entrèrent pour la première fois en Europe et poussèrent devant eux vers l'Occident les Gimbres, peuplade asiatique qui depuis longtemps occupait une partie de l'Europe orientale. Les Cimbres remontèrent le cours du Danube et s'étendirent dans la Hongrie et l'Allemagne, tandis que leurs tribus les plus avancées envahissaient la Gaule, où leur chef Hu le Fort, prêtre guerrier, établit la puissance sacerdotale des druides. Les Gaulois, ainsi dépossédés d'une grande partie de leurs terres, se trouvèrent à l'étroit dans les contrées qui leur restaient en partage ; et \ets l'an 887, une expédition partie de la Séquanie et du pays des Helvètes, sous la conduite de Sigovèse, traversa le Rhin, marcha vers cette immense forêt Hercynie (Forêt-Noire) qui couvrait presque tout le centre de rEurope« puis se fixa sur la rive droite du Danube. En même temps, une autre expédition, commandée par Bellovèse et composée des peuples du centre de la Gaule, tels que les Bituriges (habitants du Berri), les Éduens, les Arvernes, les Séquanais, prenait la route de l'Italie. Bellovèse traversa les Alpes, conquit les deux rives du Pô, fonda la ville de Milan, et laissa le nom de Gaule Cimlpitie h cette contrée. Dans ces deux expéditions, les Séquanais, placés à l'avant-garde, justifièrent leur réputation de meilleurs cavaliers des Gaules.

Deux siècles environ après ces grandes émigrations, ou, pour préciser, en l'an 364 de la fondation de Rome, les Séquanais, réunis aux Suèves, aux Sénones et à d'autres guerriers, reprenaient le chemin de l'Italie pour aller, sous la conduite d'un brenn audacieux (celui-ci sera le fameux Brennus des historiens romains), livrer au consul Fabius cette célèbre bataille de l'Allia, qui mit la ville de Romulus à la merci du chef gaulois. Nous savons que l'on a contesté la présence des Séquanais à la prise de Rome ; c'est même encore, pour quelques érudits franc-comtois, un point qui n'est pas éclairci. Cela n'aurait pas dû, ce nous semble, faire l'objet d'un doute. Sans tenir aucun compte des opinions qui donnent à Brennus une origine séquanaise et qui le marient k la fille de Séquinus, rot de Besançon, nous ferons remarquer que le chef gaulois ramassait partout des soldats pour son entreprise; et

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ammmi eu eAl-il excepté les Séquanais, dont on connaiss^ait riiuineur aveuturm» et goerrièfe ? Du reste, Strabon rend à ces derniers cette justice, que lors de ij cmkpàgmt de Rome, les Suèves imposèrent à la République romaine, par la niKoci qulls avaient les Séquanais avec eux. Il est à croire que, dans cette expédi- Doa, les Séquanais, renommés par la supériorité de leur cavalerie, formèrent, (YiCBaie sous Belknrèse et Sigovèse, Tavantrgarde de la grande armée conquérante. La préseoce des Séquanais à la prise de Rome nous paraît aussi certaine que fut mcapiel le succès de la campagne de Brennus; car on a, comme on le sait, jugé biea diversemeut son expédition. Tite-Live, entre autres historiens, afiinne que Camille, retenu subitement d*exil, délivra Rome par la destruction de Tarmée gauloi V, et qiïU fif resta pas un seul de ces Barbares pour porter chez eux la nourelu dt leur défaite. L'exagération se montre ici par trop évidente pour ne pas évfiller le doute et forcer Tesprit i se mettre en garde contre la bonne foi de Técrinui romain : une phrase de cette nature est plutôt du ressort des romans de clievaiffie que du domaine de Thistoire sérieuse. On comprend la mort des trois cents Spartiates de Léooidas au passage des Thermopyles , on comprend également la ■Mft des trois cents Fabiens ; mais on ne concevra jamais Tanéantissement complet d'Ile armée qui s'élevait, ditron, i cent mille hommes : quelle que soit la défaite essuyée par un général, la fortune ne le maltraite pas i ce point. Pour en citer un evmple, rappetoos la fameuse bataille de Cannes. Certes, on utHiverait diflicilement, dii» les iDiiales militaires des iieuples, une bataille plus désastreuse que celle-U : le^ trois boisseaux d'anneaux arrachés par les soldats d*Annibal aux doigts des rhe^liers romains morts pendant faction, en sont une preuve éclatante. Cependant, c'M iTec les débris des combattants échappés à la mine de cette journée, que le rmanl Varron rentra dans Rome. Mais Tite-Live, il ne faut pas Toublier, écrivait y» htsioire pour des Romains, à l'époque où Rome était la maîtresse du monde; et, s'atudiaDt i rehausser en toutes circonstances leur gloire nationale, il avait soin k déBitnrer ce qui pouvait humilier leur orgueil ou leur rappeler des souvenirs irritaots. Ainsi flt-il en ce qui concerne Brennus. Comme il en eût trop coûté de rapftkst au pe«ple-roi que sa ville avait jadis été la tributaire d*un Barbare, et couime i n'était pas possible cependant de passer sous silence l'expédition de Brennus, Tite- Live inncha la question en faisant du vainqueur le vaincu ; car il est maintenant néré que b tière Rome fut obligée d'entrer en composition avec le chef gaulois, et lie hii payer une rançon pour l'éloigner du Capitole : telle est l'opinion de maints Mieun^ justement estimés, entre autres de Polybe, Plutarque, Suétone, Justin, Paul- Urose. « Les Gaulois, dit ce dernier, prirent Rome, l'incendièrent et la vendirent. > LAbré%iatear de Trogue-Pompée rappelle, de son côté, que Brennus, après son triompiie, resta longtemps encore en Italie, qu'il la parcourut presque entière en y feadmt des villes, et que même il vint offrir le secours de son épée i Denys de

, alors en guerre avec les Crotoniates. Les écrivains modernes ne sont pas explidies. M. Théophile Lavallée, dans son intéressante Histoire des fVofi-

que Brennus força Rome de se racheter i prix d'or. L'illustre Michelet

apprend que les Gaulob ne séjournèrent pas moins de dix-sept ans dans le

après leur victoire; H l'auteur de l'admirable Histoire de France, M.

Martin, écrit en toutes lettres que c les conditions auxquelles Brennus consentit de se retirer furent aussi honorables pour les Gaulois qu'humiliantes pour leurs ennemis. Les Romains s'engagèrent à payer cent livres pesant d*or pour la rançon de Rome, à fournir aux vainqueurs des moyens de transport et des vivres, à leur céder une portion de territoire, et enfin à laisser dans leur ville, lorsqu'elle serait reMtie, une porte toujours ouverte, en souvenir de l'entrée des Gaulois. » Ce qu'il y a de vrai dans cette bataille où Tite-Live fait périr les Gaulois jusqu'au dernier, c'est que les Romains ne se montrèrent pas scrupuleux observateurs de la foi jurée ; car, à peine Brennus se fut-il éloigné du Capitole, que le dictateur Camille, violant le traité, assaillit à l'improviste l'arrière-garde gauloise, en détruisit une grande partie et fit dresser aux Gaulois des embûches par toutes les villes alliées de Rome. Une dernière raison qui prouve toute la fausseté du récit de Tite-Live, fausseté déjà péremptoirement démontrée du reste, c'est la terreur que les Romains éprouvèrent toujours, depuis l'expédition de Brennus, à la seule idée d'une lutte contre les Gaulois. Toute guerre avec eux fut déclarée tumulte, mot équivalent à noire grande formule de 1792 : La patrie est en danger; un trésor fut affecté perl>étuellement aux guerres gauloises, et les aruspices dévouèrent aux dieux infernaux quiconque oserait en détourner les fonds. On ne craint pas à ce point un peuple dont les armées, selon Tite-Live, se laissent détruire jusqu'au dernier homme.

Cent trente-quatre ans après l'expédition de Brennus, c'est-à-dire en 226 avant Jésus-Christ, on retrouve les Séquanais en Italie, à titre d'auxiliaires de leurs compatriotes établis dans la Gaule Cisalpine. Ces derniers, depuis les conquêtes de Bellovèse, n'avaient jamais cessé d'être unis à la mère-patrie, et dans les moments (le danger, ils réclamaient toujours son secours : ils en eurent besoin notammenten cette année 226, où, dépouillés d'une portion de leurs terres par les Romains, ils y virent une menace contre leur indépendance et formèrent une ligue formidable dont les Insubriens et les Boïens furent les chefs. La ligue insubro-boïenne appela les Gaulois méridionaux de la mère-patrie, lesquels accoururent de tous côtés. Les Séquanais eurent, avec les montagnards des Alpes, la plus grande part dans cet armement ; ce sont ces auxiliaires que les historiens ont confondus sous le nom collectif de Gésates, c'est-à-dire armés du gais ou épieu gaulois. La République romaine trembla. De sinistres présages vinrent accroître les alarmes publiques : les livres sibyllins semblèrent annoncer une seconde prise de possession de Rome par les Gaulois ; et, pour détourner la menace, on euterra solennellement deux Gaulois vivants, auxquels on fit ainsi prendre possession du sol.

Les coalisés, au nombre de soixante-dix mille guerriers, traversèrent quatre armées qui leur avaient barré le passage, s'avancèrent à trois journées de Rome et battirent à Fésules les légions romaines; mais ils furent vaincus à leur tour par le consul Émilius Pappus, dans une rencontre sanglante et terrible, où les Gésates se montrèrent héroïques jusqu'à la témérité : on les vit, par un étrange point d'honneur, se dépouiller de leurs vêtements sur le champ de bataille même et lutter nus contre des soldats couverts d'airain. Quarante mille Gaulois périrent ce jour-là. Cette grande défaite et d'autres victoires remportées postérieurement sur les Gaulois mirent les Romains en possession de la Gaule Cisalpine ; et, maîtres de cette partie de ritalie»

an. .

FRANCHR • GOMTK INDÉPKNDANIR. ^9

i(^ in^tiabies cooquéranls ne lanlèrenl point à jeter les yeux au delà des Alpes. Ik^ Tannée 115 avant Jésus-Christ, ils soumettaient les Allobroges, les Anemesct (fMitff» tribus, jusqu'aux Pyrénées orientales ; ils s'étendaient le long du Rhône, ils dnreiiaieiit des voisins dangereux pour les Séquanais, et recherchaient Palliance et fimitié de ce peuple, à cause de la grande considération dont il jouissait dans la Mttle, nous apprend Strabon. Ce fut vers cette époque que les Séquanais rendirent 2«\ Ronuins un service qui hâta le dénouement d*un des plus gigantesques drames <ie rhtstoire. Il importe de mentionner ce service.

Cn épouvantable torrent de créatures humaines, parti des rivages de la mer Raiiique, et remontant FElbe, traversant le Danul^e, dévastant la Norique, ravageant (lU^rie, entrait, en Tan IfO avant Jésus-Christ, dans les vallées des Helvètes Sut^Mîs) : c'étaient les Cimbres et les Teutons. Cette horde se jeta sur la Caule cmu^aie et méridionale, en pilla, brAla, dévora les campapes, et réduisit le |)ays îi df telles extrémités, que dans plusieurs villes les habitants, retirés à Tabri de leurs muparts, mangèrent de la chair humaine plutôt que de se rendre. La Séquanie eut mifllefnent à souiïrir dans ce grand désastre; mais elle allait se venger. I^s Cim* brtsy-Teutons avaient ri*solu la conquête de la Province Narbonnaise, appartenant 2u\ Romains. Ils tombèrent comme une avalanche sur cette contrée et détniisinnt quatre années romaines qui tentèrent de leur fermer le passage. Les Rarbares ne s'arrî^tèreot pas là : ils avaient juré d'exterminer Rome et tout ce qui portait le Boni romain. Ils formèrent le projet d*entrer en Italie, les Teutons par les Alpes ■aritiines, les Cimbres par les Alpes centrales. Mais Rome avait envoyé dans la Provioee Narbonnaise son plus grand capitaine, Marins, qui livra près d'Aix une touille terrible aux Teutons, les défit, leur tua tant de monde, c que le champ fut »|Tatssé de cadavres pour plusieurs siècles et s'appelle encore le Champ-Pourri. » 1/ roi des Teutons, Teutobokh, géant d'une taille colossale et cFune force presque* «artiimuiine, voulut essayer de regagner la Germanie avec le reste de ses bandes : il lui fallut passer par le territoire des Séquanais. Mais ceux-ci avaient à venger le ravage de leurs terres : ils attaquèrent les débris des Teutojis, firent prisonnier le roi Teutol)Okh, le chargèrent de chaînes, et le livrèrent à Marins au moment où ce gfm'Tal courait en Italie rejoindre les Cimbres à leur descente des Alpes centrales. Il l<^ atteignit près de Verceil. Les Cimbres ignoraient le sort des Teutons, mais ils (oonat&Miient le génie de Marins. Avant d'en venir aux mains, ils emoyèrent au proéral romain des députés avec des propositions de paix : c Donne-nous des terres, lui dirent-ils, des terres pour nous et nos frères les Teutons. — Laissez là vos fincres! s'écria Marins; nous leur avons donné une demeure pour l'élemilé. — Tu railks! mais malheur à toi et à ton peuple quand les Teutons seront arrivés en Italie. — Ils y sont ! EmbrassiZ-les ! t rc|)ondit Marius. Et il fit venir Teutoliokh avfr les siens chargés de chaînes. Cette scène de thé^Ure fut pour les Cimbres un rtNip de fomtre. Marius leur livra l»ataille, les anéantit, et fit exterminer jusqu'aux feflivies, jusqu'aux eofanLs, jusqu'aux chiens! Près d*un demi-million de créatures lunnaine» avait péri dans cette journée.

bet>uis la défaite des Cimbres jusqu'à Tarrivée de Jules César dans les Gaules, la Séquanie vécut en paix avec les Romains, mais non avec les peuples ses voisins.

Jusqu'ici les Séquanais ne nous ont apparu qu'au dehors, nous ne les avons pas encore vus dans leur pays. Leur histoire se passe à l'extérieur et se mêle à l'histoire des autres Gaulois, qui portent partout leurs armes, sont tour à tour vainqueurs ei vaincus, et finiront par trouver des maîtres. L'histoire des Séquanais va maintenant se passer chez eux ; nous allons les montrer aux prises avec leurs guerres intérieures, leurs rivalités, leurs dissensions, et raconter comment ces rivalités amenèrent Tasservissement de leur patrie. Avant d'entrer dans le récit de ces grands événements, il nous faut dire ici quels étaient les usages et les mœurs de ce peuple, son caractère, sa religion, ses lois, son organisation politique.

Les Séquanais ne différaient pas des autres peuples de la Gaule Celtique ; ils leur ressemblaient moralement et physiquement. Ils avaient, comme eux, la taille haute et bien prise, les traits réguliers, la peau blanche, le teint vif, les yeux bleus, les cheveux épais et blonds, coupés par derrière, incultes et longs par devant. Comme eux, ils étaient d'un caractère hautain, impérieux, téméraire, d'ailleurs plein de franchise. D'un esprit sincère et crédule, d'une imagination ardente et mobile, ils poussaient i l'excès la curiosité : ils arrêtaient sur la route les passants, les marchands, les voyageurs, faisaient cercle autour d'eux pour leur adresser une foule de questions, ou les forçaient à venir s'asseoir à leur table pour les interroger plus à leur aise. Prompts dans leurs résolutions, terribles quand on les irritait, dociles quand on les flattait, ils ne pardonnaient pas h la déloyauté. Les plus braves des hommes sur un champ de bataille, ils y prodiguaient leur vie en riant. Implacables pour leurs ennemis, ils se laissaient cependant attendrir jusqu'aux larmes par ceux qui leur demandaient grâce. Pour eux, le point d'honneur consistait à ne jamais reculer : Vaincre ou mourir, telle était leur devise. Hais ils supportaient mal les privations, les fatigues, et se décourageaient aussi facilement qu'ils s'enthousiasmaient. Voilà les traits généraux du caractère des Séquanais. Quant à leurs mœurs, à leurs habitudes, aux changements opérés dans l'ensemble de leur vie, il importe de distinguer chez eux deux époques : la première, qui commence à leur établissement dans les Gaules et va jusqu'au sixième siècle avant l'ère chrétienne; nous l'appellerons la période celtique : la seconde, qui embrasse tout l'intervalle compris entre ce sixième siècle et la présence de Jules César en Séquanie ; nous l'appellerons la période druidique.

Dans l'origine, les Séquanais ne se bâtissaient ni villes ni maisons. Nomades, et vivant par petites tribus séparées, ils choisissaient pour retraites les rochers, les forêts, les déserts, s'y creusaient des cavernes en pleine pierre ou se construisaient de mauvaises cabanes en feuilles; mais le plus souvent ils logeaient sur leurs chariots. Ils trouvaient leur existence dans les produits de la chasse, car ils dédaignaient de s'occuper d'agriculture ; ils aimaient mieux manier le fer d'une lance que le soc d'une charrue. A l'heure des repas, ils se couchaient sur des peaux de b.êtes sauvages, autour de grands feux ou d'ardents brasiers, d'où Ton tirait d'énormes morceaux de viande grillés sur le charbon ou rôtis à la broche. La viande des porcs était leur principal mets ; ils préféraient à toute autre la chair de ces animaux à demi sauvages, qui vivaient par nombreux troupeaux dans les forêts, en défonçaient le sol et s'y nourrissaient de truffes ou de glands. Le parti que les Séquanais surent, par la suite.

PRAMCHB- COMTÉ INDÉPENDANTE. 41

tirer de la chair da porc devint la meilleure branche de leur industrie et de leur (ommeroe : les jambons salés de la Séquanie devaient un jour être avidement reckcrcMs des gourmets, et des marchands qui les exportèrent jusqu'en Italie, jus- (fê'eù Grèce. A cette éiH)que, les Séquanais ne connaissaient pas Fusage du vin ; ils iraicBl pour boisson une bière composée de froment et de miel. Ils buvaient à la ronde et dans une corne de bœuf sauvage ; ils buvaient peu à la fois, mais ils y rere&aîeni finéqoemment, ce qui finissait par amener Tivresse. Il était d'habitude parmi en que la cuisse des animaux servis appartint au plus brave, ou du moins à celui qiâ prétendait Tétre, et cette préférence occasionnait souvent des querelles sanftanles. A la suite de repas abondants, ils aimaient à prendre les armes, à se profoqner mntoellement, un contre un, à des duels simulés. Ce n'était qu'un jeu d'abord ; ils s'attaquaient, se défendaient du bout des mains : mais leur arrivait-il de le blesser, la eolère les gagnait ; ils se battaient alors sérieusement, et si l'on ne sTcBpressait de les séparer, l'un des deux restait sur place.

Les Séquanais, comme les autres Gaulois, allaient à la guerre presque nus ou sioiplemeot couverts d'une peau de béte. Pour avoir l'air plus terrible, ils se rouissaient les cbeveux avec une pommade composée de suif de chèvre et de cendre de bétre, après quoi ils les retroussaient sur le sommet de la tête en forme de pauehe. Ils s'animaient au combat avec des trompes d'airain dont le long mugisse- ■eut fiûsait tressaillir; et l'on ne pouvait se défendre d'un mouvement d'effroi, en dtendant ces sons lugubres accompagnés du formidable cri de guerre : teriibeen ! tenibeem (cassez les t^es) ! Ils ne faisaient pas de prisonniers; ils les massacraient, leor coupaient la tête et Texposaient en guise de trophée. Quand ils recevaient une hiessore pendant l'action, ils poussaient des cris menaçants ; leur sang venait-il à couler, ils Farrachaient de leur poitrine et le rejetaient i leurs adversaires, en voaissajit des imprécations et des blasphèmes. Frappés d'un coup mortel, on les mjraii vouloir encore s'élancer contre l'ennemi, tomber, rire et mourir. C'étaient 4es booimes terribles ; ils appartenaient bien à cette race de Gaulois qui disaient ne errâdre qu'une chose ici-bas : la chute du ciel; qui se précipitaient le fer en main m devant des torrents débordés, s'élançaient au milieu des flots pour braver l'action des tempêtes, envoyaient leurs flèches aux cieux ou présentaient leurs boucliers qo^Dd grondait la foudre.

Les femmes séquanaises accompagnaient leurs maris i la guerre. Grandes, bien Uies, belles, fières, elles étaient douées d'une mâle énergie. Elles ne connaissaient p» la douleur et méprisaient le danger. Elles tenaient beaucoup à devenir mères ; et, pour rendre leurs eniknts plus vigoureux, elles les plongeaient dans l'eau froide. Pour baptême, elles leur faisaient baiser la lance de leur père. Cependant les Séqsanais, comme les peuples des autres tribus gauloises, n'eurent longtemps aucun respect pour leurs femmes ; ils les regardaient à peu près comme des brutes et les traitaient de même. Mais plus tard ils changèrent complètement de conduite euvers elles; ils en vinrent ii les considérer ce mme des êtres surhumains, à les admettre au ttmséi^ à délibérer avec elles sur les affaires de l'État.

La refigion des Séquanais primitifs était un polythéisme grossier, ou phitAt une espèce de fétichisme : ils avaient pour dieux les art>res, les pierres, les vents» les

autres phénomènes de la nature. Chaque rocher, chaque caverne, chaque forêt pos^ sédait son génie ou sa divinité. Les Séquanais adoraient le feu comme symbole de toute pureté, le soleil comme source de lumière et de toute reproduction. Avec le temps, leurs croyances devinrent moins abstraites : ils n'adorèrent plus le tonnerre, mais Tarann, esprit qui dirige le tonnerre; Belén remplaça le soleil ; Ogmi personnifia réioquencc et la poésie ; Ardoinna devint la déesse des forêts ; Theut ftat le protecteur des chemins ; Heu fut le dieu suprême. Les Séquanais n'avaient point de temples fermés ni couverts; leurs assemblées religieuses se tenaient en rase campagne, ou bien au milieu des bois ; et c'est là qu'ils offraient leurs sanglants sacrifices, autour d'une grosse pierre, d'une colonne ou de quelque grand arbre révéré. Ils immolaient à leurs divinités des taureaux blancs, des chevaux, des victimes humaines. Leurs prêtres, appelés curetés, présidaient à ces sacrifices. Les curèfes étaient honorés comme des êtres supérieurs : après eux, les guerriers obtenaient h plus haute considération ; car, dans les mœurs d'alors, on n'avait d'estime et d*admiration que pour ceux qui poussaient le plus loin la passion de se battre ou qui savaient le mieux tuer un homme.

Voilà sommairement quel fut, pendant une douzaine de siècles, l'état des Séquanais Celtes : pas de civilisation, pas de villes, pas de temples, pas de commerce, d'industrie ni d'agriculture ; des instincts Ktrouches, des mœurs sauvages. Les Séquanais ne recherchent que l'occupation des armes, ils ne songent qu'à guerroyer; la guerre semble être la condition normale de leur existence. Cruels par habitude, Us n'ont de puissance que par le fer, de renommée que par le tarif des ennemis qu'ils couchent sur la poussière ; ils érigent moralement en principe la destruction du plus faible par le plus fort. Celui d'entre eux qui possède un bras plus vigoureux, une arme plus solide, attaque son adversaire, le frappe, le tue ; puis, après Tavoir dépouillé, il se repose dans son triomphe. Tout le droit des gens se résume dans cette sentence terrible : Malhenr aux vaimus! C'est ainsi que l'on vivait il y a trois mille ans sur cette terre des Gaules, qui devait plus tard s'appeler la noble terre de France, et se placer si haut dans l'esprit des nations par son respect do droit et la mansuéttule de ses mœurs. H est vrai que la France eut de bien laborieuses étapes à fournir et de bien douloureuses épreuves à traverser, avant d'arriver au but ou l'attendaient la civilisation et Thumanité.

L'arrivée des Cimbres en Gaule, vers la fin du sixième siècle avant l'ère chrétienne, vint commencer la révolution des mœurs celtiques. Le chef des Cimbres, Hu le Fort, prêtre, législateur, guerrier, apportait avec lui sur le sol cottqois par ses armes une nouvelle religion : c'était le fameux druidisme. Les Gantois aoceptèrent ce culte, en le combinant avec leur polythéisme antérieur : ce qu'ils y prirent contribua puissamment à changer leur condition d'être. Sans doute, le druidisme était une religion sombre, cruelle, pleine de sang ; mais, à côté de ses pratiques inhumaines, il émettait des principes civilisateurs : il reliait entre elles les populations disséminées et toujours en lutte; il rapprochait les hommes; il encourageait le commerce, l'industrie, l'agriculture, les arts utiles ; il faisait de ses ministres les dépositaires de toutes les sciences, de toute l'histoire, de toute la poésie ; il mettait entre les mains des prêtres le gouvernement, la législation, l'éducation pnMiqne,

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b garde des iiKeun>» l'admiAislraUon de la justice. Les prêtres druides devenaient aiM la loi vivante et intelligente de la nation. Il est vrai qu*ils firent de leur religion ail insiruiiieot de pouvoir, et qu'ils tinrent le peuple soas une domination d'autant fibis puîssante, qu'ils Tenveloppaienl d*une terreur mystérieuse : mais si la théooaïae qu'ils établirenl fui tyrannique, du moins elle était éclairée, et servait par là i& progris de la civilisatioQ. Un siècle après l'importation de la religion druidique >4ir k :»ol gaulois, on s'apercevait déjà de certains cliangements opérés dans les halutuiks. Les Séquanais commençaient d'alKindonner la vie nomade et les cavernes , ik* leurs forêts, pour se construire des cabanes en terre glaise et des bourgs oulerU; puis, à mesure que les aunées s*écoulaicnt, les étroites cabanes en terre fdac!^ 4Uai|>arai!^ient pour faire place à des maisons spacieuses, bâties en bois et oMvcries de paille pétrie dans l'argile. Aux anciens villages sans murailles succéàmBi iBseDsîUemeni des villes fortifiées par des murs construits de poutres entreboées les unes dans les aulres, et dont les intervalles étaient remplis de fascines à rytféheur, de grosses pierres à l'extérieur. Un glacis occupant toute l'étendue et l'ckHaiion du mur revêtait ces pièces de bois, épaulées par derrière et enfoncées <bislesaL

Avec le s^our dans les villes et l'habitation dans les maisons, était venue la recbercfaedes aises malérielles de la vie. Les Séquanais conmiençaient à connaître la bbricaUoi des ustensiles et des meubles. Ils ne mangeaient plus couchés à terre sm des peaux de bétes; ils se rangeaient autour de tables en bois, grossières d'abord, mieux travaillées ensuite : les pauvres avaient des plats de terre ou de bois, b ridiei des pkrts d'argent ou de cuivre. Ils ne buvaient plus dans des cornes de braf sauvage, el quelquefois dans des crânes humains ; ils se servaient de vases en lerre ou eo métal : la bière et l'hydromel devinrent la boisson du pauvre ; les vins dllalie, la boisson du riche. Ils ne se nourrissaient plus exclusivement de la chair des luiiuaux : les fruits, les laitages, les céréales entrèrent dans l'alimentation cMomuoe ; car l'agriculture avait cessé d'éu*e négligée, et la merveilleuse fécondité àa sol séquanais, que César regardait comme le meilleur de toute la Gaule, Ager sef uauau totiuM GaUkt optimus^ et que Pellisson devait appeler plus tard Y abrégé ik \û Fnmce et le pays qui peut le mieux se passer des autres; l'admirable fertiUté <k ce sol vierge, en indemnisant largement le cultivateur de ses |>eines et de ses travaux, lui faisait mieux apprécier et mettre à |)rofit les bienfaits de la nature, lius, devant les progrès de l'agriculture, les forêts commencèrent à s*éclaircir : la Séquaoie, comme tout le reste de la Gaule, avait à cette éiK)que des forêts qoisses, |>rofondes, impénétrables, qui couvraient les deux tiers du sol. Ces gigantesques forets rendaient le climat lrès>rigoureiL\, les hivers très-froids, trèspncoces, très-longs. Le froid geJait It^ rivières, et la glace était si forte, « qu'elle •e frayait pas seulement passage aux simples voyageurs, dit l'historien Diodore de Sicile dans sa Uescriptiou des Gaules, mais qu'elle penuettait eu toute sûreté à des nombreuses d'y passer avec leurs bagages et leurs chariots ctiargés. » Les étaient transformées en un vaste glacier. Le dégel amenait des eaux ditanîales; ei le sol, profondément hnprégné d*humidité, nageait en quelque sorte dans les élangs, les lacs» les marais, les marécages. Au débordement de ces eaux

se joiguaient de grandes pluies, et des vents si impétueux, qu*ils enlevaient des pierres de la grosseur du poing, qu'ils renversaient des cavaliers. Cétait sous les solitudes et dans les clairières de ces forêts primitives que coulaient à pleins bords les fleuves de la vieille Gaule ; le Rhodan (le Rhône) courait, comme un trait d*arc, de Lyon au golfe de Narbonne, tandis que TArar (la Saône) laissait déjà douter, comme aujourd'hui, dans quel sens elle se mouvait. Ces solitudes marécageuses étaient peuplées de sangliers, d'ours, d'élans, surtout d'aurochs, bœuf énorme et ' féroce ; et le cri de ces animaux redoutables, se mêlant au bruit des vents et des eaux, faisait du séjour des bois un asile plein d'horreur. L'homme, en portant la hache dans ces forêts épaisses, mais où les fruits, les fleurs, les moissons venaient en abondance, grâce à la fécondité du sol, l'homme modifiait en même temps l'âpreté du climat ; et l'adoucissement dans la température amenait l'adoucissement dans les mœurs, car on sait combien le caractère d'un peuple dépend des qualités de l'air qu'il respire. Chez les Séquanais, l'amélioration morale fut sensible et progressive : ils cessèrent de massacrer leurs prisonniers de guerre et n'exposèrent plus, comme trophées de victoire, les têtes coupées de leurs ennemis. Ds s'alumdonnèrent moins à l'ivrognerie, à la violence désordonnée, et leur plus grand plaisir après leurs repas fut d'entendre les récits'des voyageurs étrangers qui passaient dans leur pays. Ils s'habituèrent à traiter leurs femmes avec plus d'intelligence et d'^rds, à leur faire une condition moins dure et moins misérable : il est vrai qu'ils conservèrent sur elles une autorité sans bornes, même le droit de vie et de mort ; mais, en apprenant à les mieux connaître, ils apprirent à les croire moins leurs esclaves, moins leur propriété animée, comme disait Aristote. On vit la liberté présider aux mariages : le goût détermina les unions ; l'amour en forma les nœuds. Dès qu'une jeune fille avait atteint l'âge nubile, ses parents songeaient â lui donner un époux : à cet effet, ils réunissaient les enfants de leurs amis, et la jeune fille faisait ellemême son choix, c Vous êtes mon maître, et moi je suis votre humble servante, » disait-elle à celui qui lui plaisait le plus, et l'union était consacrée.

Au sein du foyer domesUque comme dans la vie extérieure, les habitudes se réformaient. Déjà les Séquanais n'allaient plus se battre demi-nus, ainsi que le faisaient leurs ancêtres : un bouclier d'osier couvert de cuir et chargé de dessins coloriés; un casque d'airain, une cotte à mailles de fer, ou bien une cuirasse en métal battu ; un énorme sabre, pendant obliquement sur la cuisse droite à des chaînettes de fer ou de cuivre, quelquefois à un baudrier brillant d'or, d'argent et de corail; un collier, des bracelets, des anneaux d'or ; une saie bariolée de carreaux éclatants ou richement brodée ; un long pantalon appelé brague ou braie (la iraeea des Latins) : tel était l'accoutrement du guerrier séquanais. L'habillement conunun à la nation se composait de la braie, de la tunique et de la saie : la braie était étroite et collante; la tunique, en étoffe rayée, et se rapprochant beaucoup delà forme d'une chemise à manches, tombait jusqu'au milieu des cuisses. Par-dessus ces vêtements, le riche jetait une saie rayée (la sagum virgatum des Latins) , dé« Corée de fleurs, de disques, d'ornements variés, de figures de toute espèce, de bandes de pourpre, de broderies d'or et d'argent. Les dernières classes du pcofk remplaçaient la saie par une peau de mouton, ou par une couverture en laine. Le

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fustnae des femmes consistiii en une tunique large et plissée, quelquefois sans qiielqaefois avec des manches étroites et longues ; cette tunique, ornée de de pourpre et d*or, se ctignait au-dessus des hanches» laissait à découvert le haot de la poitrine et descendait jusqu'aux pieds. Par-dessus ce vêtement, les riches endossaient un manteau qui s'agrafait sur Tépaule, ou bien une de mantelet assez long pour cacher leurs bras et leurs mains. Une simple cvrée était posée sur leurs cheveux, qu'elles portaient séparés au milieu du frmt ei nCtâcfaés par derrière.

Le eonmerce et rhidustrie, ces puissants moteurs de la civilisation, vinrent tuMtr estre les divers territoires, puis entre les individus, des relations qui contri- Mrait puissamment h répandre une plus grande somme de bien-être. Les Gaulois Èpçnttmi à tirer parti des matières premières qu'ils possédaient en abondance; leur esprit ingéoieux excelb bientôt dans l'art d'extraire, de travailler les métaux, et devinrent d'une exploitation si considérable, qu'en Europe la richesse fat dtée en proverbe. Tandis que les Bituriges découvraient l'étamage, les (pays d'Auxois en Bourgogne) le placage, que d*autres Gaulois troula cbamie k roues, le crible de crin, l'emploi de la marne en qualité d'en* grais, les Séquanais perfectionnaient le mors de brides, dont on les croit inventeurs ; îb s'earicfaissaîent par le commerce des jambons salés, dont la réputation se répndait aa loin; et bientôt ils allaient, grâce i l'adoucissement toujours progressif éê dimal, pouvoir se livrer à la culture de la vigne, qui, retirée jusqu'alors derrière le ridean des Cévennes, commençait à s'étendre, des rives de l'Isère et du pays des BH origes, k travers l'Arvemie et la Séquanie.

Km milieu de ce mouvement industriel, qui refiroidissait un peu la passion de la lierre, les villes, les bourgs se peuplaient, s'agrandissaient, se multipliaient ; l'espnt de dté naissait, se développait : il fut bientôt assez fort pour proscrire presque ptfioiit la royauté, et pour la remplacer par une magistrature élective. Le dernier m qa*ait eu la Séquanie s'appelait Catamantalède ; il avait été déclaré l'amt du fmpte romain, et il parait avoir régné durant les dernières années qui précédèrent Farrivée de Jules César dans les Gaules, en S9 avant Jésus-Christ. Chez les Séquale gouvernement était aristocratique : deux classes privilégiées dirigeaient la I, essaient les lois s'assembbient une fois l'an et nommaient deux magistrats qui exerçaient le pouvoir sous leur surveillance. Cette assemblée traitait de la paix et de b guerre, réglait les différends entre les peuples alliés ou clients, nommait le trrm ou chef d'armée, disposait de toutes les ressources de l'État, tenait dans ses ■MBS toutes les forces actives du pays.

Les deux classes qui se partageaient ainsi l'autorité suprême étaient les druides Cl les chevaliers : honneurs, dignités, richesses, tout leur appartenait. Quant au peuple, on le comptait pour rien : sans attributions , sans prérogatives, sans inlueMe, on le condamnait k s'effacer, à n'être qu'un chiffre, qu'un esdave : c preM|oe tout le peuple est tenu dans la servitude, » dit César. On le divisait en : les clients ou dévoués, c'est-à-dire attachés aux guerriers, qui les travailler, les menaient k la guerre, avaient sur eux le droit du maître sur reKfatve; puis les serft, c'es^^-dire viles machines n*ayant ni noms, ni dieux, ni

biens, ni familles; c'est-à-dire instruments passifs incorporés à la terre et suivant sa destinée. Les deux tiers à peu près du peuple séquanais vivaient ainsi, dans Teatière dépendance de la noblesse ; et cet avilissant état de servage devait, pendant de longs siècles encore, peser sur les générations pl^iennes.

Chez les Séquanais, la classe des chevaliers était soumise à la classe des druides, et les druides avaient au-dessus d'eux un chef suprême, jouissant d'un pouvoir absolu. En temps de guerre, les chevaliers étaient obligés de marcher, accompagnés de lenrs clients et suivis de leurs esclaves. En temps de paix, la chasse devenait leur occupation prmcipale. Dans la vie privée, ils avaient coutume de s'entourer du plus grand nombre possible de clients et de serviteurs : c'était à ce double signe que se mesurait leur prépondérance. Le chiffre des serviteurs attestait l'éclat de la naissance et de la fortune ; celui des clients marquait le degré de la puissance et du crédit. Lorsqu'un chevalier paraissait en public, il ne permettait pas à ses enfants de l'approcher avant qu'ils fussent en état de porter les armes : il y avait, dans les mœurs de l'époque, déshonneur pour un père à recevoir publiquement auprès de lui un fils en bas âge. Lorsqu'un de ces hauts personnages venait à mourir, on lui faisait de magnifiques funérailles; et, pour que l'honneur fiKt plus grand, on brûlait solennellement avec lui ses habits, ses armes, son cheval de bataille, ses esclaves favoris, auxquels se joignaient les clients qui n'étaient pas morts au dernier combat de leur patron : coutume barbare consacrée par les prêtres druides, qui faisaient des sacrifices humains un moyen de gouvernement.

Les druides, ou hommes des chênes, ainsi nommés parce qu'ils célébraient au fond des bois leurs mystères religieux, étaient les prêtres de la nation. Chez eux, hi hiérarchie sacerdotale comptait plusieurs degrés : les druides proprement dits venaient en tête ; au-dessous des druides il y avait les ovates et les bardes. Lesovates célébraient les sacrifices et les autres cérémonies matérielles du culte ; les bardes chantaient sur une espèce de guitare appelée rotte les louanges des dieux et les exploits des héros. Â ces trois degrés sacerdotaux il faut ajouter les druidesses ou femmes des druides : dans l'opinion populaire» elles passaient pour des magiciennes et des prophétesses, connaissant les secrets de l'avenir et pouvant à leur gré calmer ou soulever les vents et les flots, emprunter la forme de tous les êtres humains, guérir toute espèce de maladies. Les bardes, les ovates et les druides jouissaient d'ûnmenses privilèges : ils ne contribuaient en rien aux impôts et charges qui pesaient sur le reste des citoyens; leurs personnes étaient inviolables. Mats aux druides seuls appartenaient les hautes fonctions du prêtre et du magistrat : ces derniers intervenaient dans les actes de la vie civile, connaissaient des contestations publiques et privées, prononçaient sur le sort des coupables. Ils donnaient à leurs arrêts un caractère sacramentel : malheur à quiconque osait se soustraire h leur juridiction, ou refusait de se soumettre à leurs sentences! Celui-là demeurait sous le coup d'une excommunication terrible, devant laquelle petits et grands, riches et pauvres, étaient obligés de courber la tête. Exclu des sacrifices, mis au rang des impies et des criminels, repoussé, méprisé, maudit par tous, il était hors la loi et ne pouvait plus invoquer la justice dont il avait bravé la puissance. Les druides exer- Mient encore d'auU^ fonctions : versés dans les lettres, la physique, rastrononûe.

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h Médedae, îk ffaltributieiit réducation de la jeunesse. Mais on ne devenait leur émàfie qui de rudes conditions : rinitié était conduit au Tond des solitudes les plus sombres, el là soumis à diverses épreuves ; une fois admis, il lui fallait consacrer Tingt années de noviciat à Tétude de la doctrine : c'était une espèce d'encyclopédie verafiée, mais orale, renfamant les principes de toutes les sciences connues par tes draides; car ceni-ci n'écrivaient rien, et cela pour deux raisons : la première, aia ëe ne point bisser arriver jusqu'au vulgaire le secret de leurs connaissances ; b «ecoûde, afin de forcer les disciples, qui ne pouvaient se reposer sur l'écriture, j oiltivfr sans répit leur mémoire.

Les forêts étaient les temples des druides ; le chêne était leur arbre sacré ; le gui, k« smboie mystique*. Leurs monuments consistaient en des pierres brutes, en <ràMirroes blocs dressés el fichés en terre : les uns, comme les menhirs, étaient lies espèces d'obélisques grossiers s'élevant à dix, vingt et trente pieds au-dessus éi soi ; oa les nomme dans nos campagnes frierres-Ultes, pierra-levées, pierreêh^ÊnUmlês. Les autres, comme les dolmens, se composaient de trois ou quatre bioes debonl, portant une table ordinairement horizontale, quelquefois légèrement iadiaée, sor bqoelle on étendait les victimes destinées au sacrifice. Il existe encore en Prandie-Comté plusieurs de ces monuments. Non loin de SaintrClaudc, à VogM près d'Arinthod, on voit les restes d'un dolmen : c c'est un roc énorme de forme colnque, d'environ vingt pieds de toute face ; qui, posé sur un de ses angles, à b profoodew* de trois pieds en terre, se soutient en équilibre par son propre poids. D est accompagné de quatre autres pierres, qui paraissent avoir eu la forme conique et qsi marquent les quatre angles d'un espace carré, dont le rocher occupe le centre. » (LcrldicjiiB, Résumé de l'histoire de la Fra$iche^omté.) On croit que les druMlesses eurent un collège près d'Arinthod. Le père Romain Joly, l'auteur des Leîîres smr la Franche^Comté, parie d'un menhir qu'il a vu près de Nozeroy, dans le cmkm de Pierre^Litle, qui tire son nom de ce monument, c La hauteur de cette piefre, dit-il, est de huit pieds neuf pouces, sa largeur de quatre pieds deux pouces, H «on épaisseur de deux pieds deux pouces. Elle penche d'un côté, faisant avec le tfrrain un angle à peu près de 70 degrés. Les injures du temps l'ont rongée dans k* bas, et elle m*a paru si caduque, qu'elle pourrait bien avoir été renversée depuis plus de vingt ans (le père Romain Joly écrivait ces lignes en 1779). Je la trouvai toole couverte de mousse. > L'auteur ajoute que les paysans regardaient cette pterre-litte avec une sorte de vénération, et qu'ils y attachaient des idées supersti-

:s. On voit encore sur une ominence, au sud de Poligny, l'un de ces monuits druidiques : c'est une pierre-branlante, que l'on désigne dans le pays sous le

de b frierre qui vire, parce que, d'après une vieille tradition populaire, elle

* Le pM, • fcile plante fHirttite, d'une espèce ti singulière, éuit r^anlé alors romne une sorte et yiBif^f nniTeraeile, lorsqu'elle Tenait i croître sur le tronc du chêne. . . . Cétait ordinairement es fk^f^tr qwe les drmides bisaient la recherche du gui : dès qu'ils Pavaient rencontré, une foule «MMmc aec*«rait de toutes parts autour du chêne privilég ié ; un druide en rohe blanche montait mr farWc et cospait, atee une serpe d*or, le précieux Tégétal, que ses confrères receraient dans i»e taie MmkIm, de pe«r qu'il ne louchât la terre en tombant et ne fût souillé par un contact pro- Imc. Le vieti «tage de eovrir les mes le premier jour de Tan. aux cris de : Ju gmi fan ntuf! est •■ f«tltf* ém cvllc des Gaulois. • ( Henri Mabti?i, Hittoirt de Franct, tome I*', page 55.)

4g ' FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

faisait tous les cent ans un tour sur elle-même, c Cette pierre, dit Chevalier, consiste en une masse de rochers arrondis et d'environ trente pieds de circonférence, servant de base à une figure conique élevée par-dessus, composée de deux pierres taillées et dressées au ciseau pour porter juste et à plein Tune sur l'autre. Celle qui terminait le cône a été renversée ; le reste subsiste, i La Franche-Comté a dâ posséder un grand nombre de dolmens et de menhirs : si les vestiges du druidisme y sont assez rares de nos jours, il faut Fattribuer au zèle des chrétiens des pr^mi^rs siècles, qui renversèrent et firent disparaître une multitude de ces monuments.

Les druides divisaient le temps par périodes de trente années : le sixième jour de la lune commençait toujours chez eux le mois, l'année, le siècle; c'est ce jour qu'ils choisissaient pour célébrer les grandes solennités du culte. Les druides pensaient que les esprits invisibles et le monde visible étaient immortels, que l'eau et le feu étaient les deux agents suprêmes de la nature ; ils enseignaient que les âmes entraient dans l'autre monde par la porte de la mort et revenaient dans celui-ci par la porte de la vie; qu'après la mort, l'âme passait dans tel ou tel corps, et que les plaisirs ou les peines de l'autre monde se mesuraient sur le bien ou le mal qu'on avait fait dans celui-ci. Ils enseignaient aussi que la vie d'un homme pouvait se racheter par la vie d'un autre homme ; et cette monstrueuse croyance, qu'ils avaient enracinée dans les esprits, coûtait cher aux captifs, aux esclaves, aux malheur^x : les puissants les sacrifiaient sans scrupule, pour se racheter. Et la manière dont on faisait mourir les victimes consacrées aux dieux était horrible : dans quelque clairière d'une forêt on élevait un énorme mannequin en osier représentant une figure humaine, on le remplissait des êtres condamnés à périr, on entassait des combustibles autour de l'affreux colosse ; un prêtre y mettait le feu en chantant, et les malheureux mouraient étouiïés par les flammes !

Disons, à l'honneur du progrès, que dans le cours des deux derniers siècles avant l'ère chrétienne ces cruautés étaient devenues de moins en moins fréquentes : la civilisation romaine et le christianisme allaient les faire disparaître.

FRANCHE . C4>MTIÎ INDÉPENDANTK. 49

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