‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 13 sur 52 · FRANCHE - COMTÉ INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

FRANCHE - COMTÉ INDÉPENDANTE

confédérés sur les bords de rAisne, détruisit une partie de leur armée, s*enipara de leurs places et s'avança sur le territoire des Nerviens (Hainaut), le plus faroudie et le plus belliqueux de tous les peuples de la Gaule. Les Nerviens, renforcés des Atrébates (Artois) et des Véromanduens (Vennandois), attendirent César sur les bords de la Sambre : ils furent entièrement exterminés. De soixante mille combattants que comptaient les Nerviens au commencement de la guerre, cinq cents à peine échappèrent sans blessures ! Des rives de la Sambre, César se porta chez les Aduatiques (Namur), qui tentèrent en vain de résister à ses armes : ils furent écrasés, et cinquante-trois mille d*entre eux, vendus à Tencan. Après ces trois victoires consécutives, que couronna la soumission des Armoricains, la ligue formée contre César n'existait plus, et la Belgique était réduite à l'impuissance. Ainsi se termina la première campagne de César dans les Gaules ; elle fut suivie de quatre autres, pendant lesquelles ce conquérant, toujours servi par la fortune et son génie, promena partout ses aigles victorieuses : les Horins (Boulonnais), les Hénapes (Flandre et Brabaut), les Éburons (Liégeois), les Trévires (Trêves), les Lexoviens (Lizieux), les Vénètes (pays de Vannes), les Calètes (pays de Caux), les Aulerces (pays d'Évreux), les Camutes (Oriéanais), les lurons (Touraine), les Pictons (Poitou), les Andes (Anjou), lesLémovices (Limousin), et maints autres peuples de la Gaule, se levèrent en vain pour sauver leur indépendance : ils tombèrent tour à tour, sanglants et mutilés, sous l'épée de César. Jamais tant de victimes n'avaient été sacrifiées pour un triomphe plus injuste, et l'histoire n'avait pas encore enregistré l'hécatombe de tant de nations immolées par l'ambition d'un honune. Le silence de l'esclayage régnait sur la Gaule : elle n'avait pas dit son dernier mot cependant! Elle était vaincue, mais non soumise; elle était frappée h la tête, mais non au cœur. Qu'on lui laisse le temps d'essuyer le sang qui dégoutte de son front, qu'on lui laisse le temps de reprendre haleine, et César apprendra qu'il ne l'a pas tuée sous ses grands coups d'épée. En effet, la Gaule allait se redresser frémissante et terrible.

César, après ses prodigieuses campagnes, s'était hâté de revenir en Italie pour se rapprocher d'un autre théâtre d'événements, car ce puissant génie conduisait de front la politique et la guerre. Tout en frappant la Gaule, il ne cessait d'avoir les veux sur Rome : il savait que là les partis se déchiraient et que la République se débattait dans de sanglantes convulsions; il savait que là, des deux rivaux qu'il y avait laissés, l'un, Crassus, venait de périr dans sa guerre contre les Parthes, et que l'autre. Pompée, n'était plus de taille à lui disputer la dictature. Pompée représentait a Rome la cause des patriciens ; César, la cause des plébéiens : en d'autres termes, ib y continuaient la lutte de Marins et de Sylla , cette vieille lutte des petits et des pauvres avec Marius, contre les riches et les grands avec Sylla. Mais entre César et Pompée, ce qui rendait les chances inégales, c'était la différence des positions respectives : Pompée, homme médiocre, ne se trouvait diriger qu'un sénat corrompu, déconsidéré, gangrené ; César, homme extraordinaire, disposait d'une forte et vaillante armée qui l'adorait, et puis il arrivait de contrées lointaines d'où il rapportait de la gloire, du prestige et de For : de la gloire pour les yeux i séduire, du prestige IHNir les imaginations à fasciner, de l'or pour les consciences à gagner. Les victoires de César dans les Gaules expliquaient sa puissance sur les esprits ; mais si

Ton veut connallre la source et l'immensité des richesses qu'il possédait, une phrase de Suétone va nous l'apprendre : c Les villes, les temples, les trésors de la Gaule, dit cet historien, avaient été pillés avec une incroyable cupidité, bien plus pour leur opulence que pour leurs crimes. » César tenait à Pise une sorte de cour, où un consul lui vendait sa neutralité pour huit millions, et un tribun son alliance pour douze millions !

Or, tandis que César s'occupait en Italie des intérêts de son ambition personnelle, les vaincus de la Gaule relevaient la tête et songeaient à la vengeance. Irrités de leurs revers, et frémissant de voir des étrangers commander en maîtres chez eux, mettre la main à leurs aflaires intérieures, administrer et gouverner, ils s'étaient dit (pi'il fallait en finir avec l'insolence et la tyrannie de ces oppresseurs des nations. « Brisons nos chaînes ! avaient-ils répété, et mourons tous plutôt que de ne pas reconquérir notre vieille gloire, mourons tous plutôt que de perdre cette liberté que nos pères nous ont transmise. » L'immense conjuration s'organisa dans le plus profond mystère ; armes, vivres, chevaux furent amassés silencieusement. Les Camutes se déclarèrent les premiers : ils avaient fait solennellement jurer aux députés des peuples gaulois, ils leur avaient fait jurer sur les étendards de la nation réunis en faisceau, qu'on ne les abandonnerait pas quand une fois ils auraient poussé le cri de délivrance. Au signal convenu, les Camutes se portent en armes sur Génabe (Orléans), massacrent les marchands romains établis dans cette ville et les jettent h la Loire. En trois jours, la nouvelle de ce massacre se répand à travers la Gaule, au moyen de cris répétés de village en village. Aussitôt les Arvemes proclament ouvertement leur indépendance; les Sénones, les Parises, les Pictons, les Santons, les Cadurces, les Turons, les Aulerces, les Andes, les Lémovices, les Armoricains suivent l'exemple des Arvemes. Les Belges et les Séqunnais, surveillés par les légions romaines, frémissent de ne pouvoir prendre part au mouvement. Les confédérés ont décemé le commandement suprême à Vercingétorix, jeune seigneur arverae renommé par sa vaillance et son génie, et l'un des principaux moteufs de l'insurrection. Pour la première fois les Gaulois cherchaient leur salut dans l'unanimité des efforts et l'unité du pouvoir : ils avaient compris que le courage et le patriotisme ne suffisaient pas, mais qu'avant tout ils devaient marcher unis, se serrer les uns contre les autres et se confondre dans une vaste confraternité d'armes, afin de ne plus former qu'un peuple agissant, frappant et combattant comme un seul homme. Ce Ait en l'année 83 avant Jésus-Christ qu'eut lieu ce grand soulèvement.

Vercingétorix organisa vigoureusement la résistance : il exécuta d'immenses préparatifs avec une célérité digne de César ; il arma jusqu'aux serfs des campapes, en déclarant que les traîtres seraient brûlés vifs, et les réfractaires mutilés. Il envoya Luctère, Tun de ses meilleurs lieutenants et son ami, dans le pays des Butènes (Bouergue), tandis qu'il se portait lui-même contre les Bituriges, clients des Ëduens et restés fidèles avec eux à l'amitié romaine; mais, les Éduens n'ayant pas voulu secourir les Bituriges, ceux-ci mécontents passèrent du côté de Vercingétorix. Le plan de Vercingétorix était d'attaquer, avec le gros de son armée, les légions cantonnées chez les Belges, et son lieutenant Luctère devait se précipiter du haut dos (devenues sur la Province romaine, pour fermer à César le cliemin de l'Italie. L'ac-

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