‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 14 sur 52 · FRANCHE - COUTË INDÉPENDANTE. SI · texte numérisé non relu

FRANCHE - COUTË INDÉPENDANTE. SI

tiviié sorbumaîne de César et son incroyable audace déjouèrent ces habiles combinaisons. Le grand capitaine a tout conopris, tout deviné : il accourt des Alpes sur le Rhône avec la rapidité de la foudre, délivre en passant la Province romaine que Loctère avait déjii envahie, marche vers les Cévennes qu*il franchit à travers six pieds de neige, et tombe comme une avalanche au milieu des Arvemes épotivantés. A b nouvelle de cette irruption soudaine, Vercingétorix revient sur ses pas pour défendre TArvemie : mais César se dérobe ; il remonte le Rhône, traverse à marches forcées le territoire des Ëduens et court se mettre à la tête des dix légions auxquelles il a donné rendez-vous chez les Lingons (Langres). Vercingétorix, informé trop tard de celte jonction, ramène son armée chez les Bituriges et ravage le pays des Éduens, dans Tespoir d'attirer César au secours de ses alliés ; mais il apprend que César enlève les principales villes des Sénones (pays de Sens), qu'il saccage et brûle Génabe, qu*il vient de se rendre maître de Noviodun (Nevers), et qu'il s'avance contre ATaricnm (Bourges), capitale des Bituriges. La position devenait extrême; Vercingétorix essaya d'en sortir par une des résolutions les plus sublimes dont l'histoire ait gardé le souvenir : il poussa le conseil suprême de la confédération gauloise à décider que, pour affamer les Romains, on détruirait toutes les villes, bourgades et maisons de campagne dans les contrées qui étaient le théâtre de la guerre. L'immense sacrifice s'accomplit sans murmure : en un seul jour, plus de vingt villes des Bitflriges furent livrées aux flammes ; les villes des Camutes, des Turons, des autres tribus voisines eurent le même sort. De toutes parts ce n'étaient qu'incendies, et les Romains se voyaient avec terreur enfermés dans un vaste cercle de feu. Seulement, quand on parla de brûler Avaricum, le courage faillit aux Bituriges : ils se jetèrent aox pieds de Vercingétorix, le suppliant de ne pas les forcer à détruire de leurs propres mains la plus belle ville de la Gaule, l'ornement et la gloire de leur pays. Vercingétorix céda, mais h regret : l'événement jusUGa ses prévisions.

César avait mesuré d'un coup d'œil les conséquences fatales que pouvait avoir pour lui la résolution exécutée par les Gaulois : il se voyait dans la position la plus terrible s'il ne parvenait à s'assurer tme ressource contre la famine; et, la capitale des Bituriges restant seule debout au milieu de la destruction générale, il se dirigea rapidement sur elle. Le siège en fut poussé avec une extrême vigueur. Avaricum était bien défendu; Vercingétorix y avait jeté dix mille hommes d'élite, et les ludNtants montraient les dispositions les plus vaillantes : la grande armée gauloise, campée à quelques lieues de la, coupait les vivres aux Romains, communiquait avec les assiégés, ne les laissait manquer de rien, tandis que les Romains enduraient la Eum, le froid et tous les désavantages d'une saison rigoureuse. Si la bravoure et le dévouement eussent sufli pour fatiguer un adversaire et ruiner ses espérances, les Bituriges auraient pu compter sur le succès et voir, du haut de leurs murs, l'armée romaine s'éloigner humiliée et «lécouragëe : mais rien ne lassa la constance de César; son génie devait encore lui donner la victoire. Après vingt-six jours de siège, il emporta la ville d'assaut, fit passer au fil de l'épée femmes, enfants, vieillards ; et sm* quarante mille personnes, huit cents à peine échappèrent au massacre.

Ce grand désastre n'abattit pas les courages. Vercingétorix se reporta chez les Anremes, pour défendre Gergovie leur capitale ; et lorsque Céfar arriva devant

Gergovie, il aperçut les nombreux balaillons de Vercingélorix rangés en lignes formidables sur les hauteurs qui dominaient la ville. César campa dans la plaine. Les défenseurs de Gergovie étaient des hommes aussi vaillants et dévoués que les défenseurs d'Avaricum, et résolus comme eux à triompher ou mourir ; mais ils furent plus heureux que leurs compatriotes. César avait emporté d*assaut la capitale des Bituriges; il échoua devant la capitale des Arvemes, malgré toute la puissance de ses efforts ; et Tarmée romaine eût été complètement défaite sans la fameuse dixième légion. L'invincible César avait enfin essuyé un revers : les conséquences menaçaient d'en être terribles. L'annonce de ce revers excita parmi les populations gauloises une sensation immense et les remplit d'une confiance démesurée, car elles y virent la promesse de nouveaux succès qui ne finiraient qu'avec lamine des Romains. Ainsi est façonnée l'âme de ceux que la haine ou le désespoir poussent à s'insurger contre un oppresseur : il leur semble si naturel et si légitime de traduire en faits leurs désirs, en réalités leurs espérances, que la moindre faveur de la fortune les enivre. C'est ce qui arriva chez les Gaulois : s'exagérant, avec leur esprit si facile i passionner, l'importance de l'échec essuyé par César, ils crurent que ce général était perdH, qu'il allait être forcé d'abandonner sa conquête et de repasser honteusement les Alpes. A vrai dire cependant, le prestige de la fortune de César semblait près de s'évanouir ; son échec devant Gergovie venait de détacher de lui les alliés dont il avait le plus besoin : les Ëduens, honteux de leur rôle, et jaloux de se relever aux yeux de leurs compatriotes, qui les accusaient avec indignation de trahir la cause nationale, les Éduens s'insurgent à la voix de Viridomare et du vergobret Convictolitan et poussent le cri de guerre contre les Romains. A Noviodun (Nevers), à Hatisco (Mâcon), à Cabillonn (Chalon), dans toutes les villes éduennes, les Romains sont massacrés. Cette réaction portait aux dispositions militaires de César un coup d'autant plus terrible, qu'il tirait des Éduens une grande partie de sa cavalerie, et que leur territoire, par sa position géographique, coupait en deux le théâtre de Tinsurrection. César semblait perdu : il pouvait encore gagner le chemin de la Province romaine; mais il veut rallier les quatre légions de Lahiénus et cherche à traverser la Loire. D en trouve tous les passages gardés par les Éduens et se voit enfermé dans un pays hostile, couvert de ruines, avec la grande armée de Vercingétorix derrière lui. Pour un autre général et d'autres soldats que César et ses légionnaires, cette barrière eût été insurmontable ; mais les légionnaires de César ne craignaient pas plus les éléments que les hommes : ils traversent à gué la Loire, en ayant de l'eau jusqu'aux épaules, en tenant leurs armes élevées au-dessus de leurs tètes; ils arrivent ainsi de l'autre côté du fleuve, et César gagne rapidement le pays des Senones, où son lieutenant Labiénus vient le rejoindre avec ses quatre légions.

Ce fut, à la nouvelle de ces événements, un long tressaillement de joie parmi les Gaulois : ils se montraient pleins de dévouement et d'enthousiasme ; ils voyaient déjà leur ennemi terrassé, la gloire de leurs armes vengée, leur nationalité reconquise. A Bibracte se tint une assemblée solennelle des délégués de la Gaule; toutes les nations y furent représentées, à l'exception des Lingons, des Trévires et des Hèmes, les seules tribus restées fldèles à la fortune de César. Les Éduens récla- IPèrcnt la prééminence dans la conduite dçs affaires de la eonfiédération ; mais les

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aorn-s [impies coDfiruèrent d*une voix unanime au grand Vercingétorix le commanittoM suprême. Vercingétorix ordonna des levées considérables en cavalerie et retint J son premier projet d'attaquer simultanément la Province et l'armée romaine. 0»r avait mesuré la grandeur du péril : se trouvant presque sans cavalerie, sans apfrtmsioDnements, sans communications avec les Alpes, il se replia du pays des sijoofs vers la Séquanie, afin de rom'rir ses communications avec le Rhône et la l*rt.Mnce romaine. Vercingétorix se mit à sa poursuite et Fatteipit sur les confins •hi piTs des Liogons et des Séquanais, c'est-à-dire avant qu'il eût franchi la Saône. » 1/ jour de la victoire est arrivé ! s'écrie Vercingétorix ; les Romains abandonnent a I jirfe et s'enfuient dans la Province. Il faut les anéantir, pour qu'ils ne reviennent .«M«^. Joroos donc de ne rooir ni nos femmes ni nos enfants avant d'avoir tra- \tT)é deux fois l'armée romaine. » Les Gaulois le jurèrent. On en vint aux mains : n^hi une liauille surhumaine. On s'attaqtia de part et d'autre avec tant d'achameiMitet de furie, que César courut personnellement les plus grands périls, et qu'il t»(M$0B épée entre les mains des Arvemes. Mais la fortune devait encore se pro- Boocfr pour les aigles romaines : elles furent pleinement victorieuses. Les Gaulois, ifm plusieurs heures d'une lutte héroïque et terrible, se débandèrent tout à coup, coome saisis par une terreur panique; et Vercingétorix, frémissant de douleur, biiuien retraite sur Alise, ville du pays des Mandubiens. Alise, aujourd'hui nommée le MoQt-Anxois, à trois lieues de Semur, était bâtie au sommet d'une haute colline, <ic't^ sur le versant oriental de la monLigne que Vercingétorix assit son camp.

Cisv parut te lendemain devant Alise. Il conçut le gigantesque projet d'assiéger

^ U fois et la ville et le camp gaulois : il fit construire une ligne de circonvallation

f'jrmidable, composée de trois fossés h pic ayant chacun quinze ou vingt pieds tant

"11 lirge ur qu'en profondeur, d'un rempart haut de douze pieds, et de huit rangs de

[letits fossés dont le fond était couvert de pieux acérés. Puis, prévoyant que les

wiw; peuples de la Gaule viendraient au secours de Vercingétorix, Il fit répéter ces

•^Tages du côté de la campagne et les prolongea dans un circuit de cinq lieues.

T^t cela fut achevé en moins de cinq semaines, par moins de soixante mille

^"^Bunes ; ef César, tranquille dans cette double ligne de défenses, attendit que la

•^ine lui livrât Alise et l'année de Vercingétorix. Les Gaulois avaient vainement

"^jé d'interrompre ces prodigieux travaux : coiu^age, intelligence, audace, tout

'^ venu se briser contre les merveilles de la science romaine, c Partez, dit alors

^m-iDgétorix i ses cavaliers , partez tandis que tous les passages ne sont pas encore

hmh : retournez chacun dans votre patrie, et appelez aux armes tous les enfants

ie b Gaule, pour veuir me délivrer, moi et mes compagnons. J'ai des vivTes pour

imte jours. » Le conseil suprême de la confédération décréta une armée de deux

cent cinquante mille hommes. Tous les peuples, excepté les Rèmes, fourniront

iau* contingent; «tous, dit César, dévouèrent à la guerre nationale leurs vies et

leurs biens. » Les Séquanais, que les légions romaines quittaient à peine, envoyèrent

*S^4ut mille hommes d'élite. Ces renforts arrivèrent doant le camp romain an mo«

{lient où Vercingétorix était réduit aux plus cruelles extrémités. L'armée de déli-

rri^nct et l'irmée d'Alise livrèrent de concert deux terribles assauts |)Our forcer

reocetute qui les séparait. Jamais la fortune de César n'avait couru de plus grands

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dangers, car jamais les Gaulois n*avaicut combatlu avec tant d'héroïsme : ils forcèrent sur deux points les formidables retranchements de l'armée romaine, ils repoussèrent successivement deux corps de troupes fraîches, ils pénétrèrent deux fois dans rintérieur des lignes : mais il était écrit que le génie de César serait plus fort (lue le génie de la Gaule. L'armée de délivrance, à moitié détruite par les légionnaires, se dispersa, et les défenseurs d'Alise rentrèrent dans la ville aux approches de la nuit : ce fut la nuit suprême de l'indépendance gauloise !

Le lendemain, Vercmgétorix assembla ses compagnons, et, leur ayant déclaré qu'il n'avait pas entrepris cette guerre pour ses intérêts personnels, mais pour la liberté commune, il ajouta ces touchantes paroles : « Puisqu'il faut céder à la fortune, je m'offre à vous et vous laisse le choix ou d'apaiser les Romains par ma mort, ou de me livrer vivant. » Dévoué jusqu'au bout à sa malheureuse patrie, le magnanUne Vercingétorix s'offrait en victime expiatoire à la vengeance des Romains. Les vamcus députèrent vers César pour connaître ses volontés : César ordonna qu'on lui livrât toutes les armes, et que Vercmgétorix parût devant lui. Le héros gaulois revêtit sa plus belle armure, monta sur son cheval de bataille, sortit d'Alise, et, arrivé devant le tribunal de César, il jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds du Romain, sans proférer une seule parole, c Ainsi de nos jours, dit un écrivain franc-comtois (M. Aug. Demesmay), un grand homme, trahi par le destin, jeta sa couronne aux pieds de TEurope coalisée, afin d'obtenir merci pour sa patrie. »

Nous savons ce que l'Angleterre, cette nation au cœur de granit, a fait de l'illustre captif qui, comme Thémistocle, était venu s'asseoir au foyer du peuple britannique : l'écho de Sainte-Hélène a redit imrtout l'ineffaçable honte de l'une et Timmortelle agonie de l'autre. Quant à César, que Ton a surnommé le plus magnanime des Romains, il n'eut pour Vercingétorix que des reproches et des outrages : le vainqueur se montra moins grand que le vaincu. César, loin d'élever son âme à la hauteur du sacrifice de Vercingétorix et de respecter en lui l'auguste maje. té du malheur. César ne sut écouter qu'un sentiment de vengeance. 11 fit charger de chaînes Vercingétorix ! Le héros de la Gaule fut traîné à Rome et jeté dans un cachot. Après six années de souffrances, il en sortit un jour avec un habit d'esclave, l)Our être conduit au pied du Capitole. Rome, ce jour-là, donnait une fête à l'homme que sa conquête définitive de la Gaule et ses victoires récentes sur Pompée venaient de faire saluer des titres de « dictateur perpétuel, de père de la patrie, de libérateur, de dieu; » et comme il fallait que le |)euple*roi souillât toutes ses fêtes du sang des vaincus, la tête de Vercingétorix fut choisie pour orner le triomphe de César. Celle jeune et noble tête tomba sous la hache du licteur, au milieu des outrages d'une foule rugissante. Singulière coïncidence ! Celait aussi après six années de tortures que Napoléon s'éteignait, au fond de l'Océan, sur son rocher de Sainte-Hélène : mais lui, du moins, ne mourait pas en vaincu, comme Vercingétorix, il mourait en vengeur; il ne mourait pas, conune Vercingétorix, en recevant pour adieu les huées d'i populace ivre, mais en laissant pour adieu à l'Angleterre un manifeste qui l'a c e d'un nel opprobre; il ne mourait pas, comme Vercingétorix, sous I livrée d'esclave, omis en se faisant un suaire avec son glorieux

de rengo.

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