‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 15 sur 52 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

8— liMioa définitive d« U Gtule. — Rdle et sitottion de la* Séquanie. — Politique de César après la eoM|nèle. — L*eiDperear Auguste; sa politique envers la Gaule. — La Séquanie détachée de la Giole Ciltiqve. — Rang et gouvernement de la Séquanie. —Nouveau culte. — Colonies militaires. — >lii ville d'Antre. — Agrippa; ses grands travaux en Gaule. —Voies romaines en Séquanie.— TrMtfimMtiea de cette province. — Besançon — Règne de Tibère. — Révolte des Gaules.— Plorvs il Sacrovir. — Dé/kite des Sèquanais. — Les empereurs Caligula, Claude, Néron. — Le Séquanait Jnlios Vindex ; sa débite et sa mort sous les murs de Besançon. — Galba ; ses hienfiiils envers la Séqoaaie. — Révolte de Civilis. — Rdle de la Séquanie ; Julius Sabinus. — Éponine et remperenr VetpasieB. — Ëdit de Domitien. — Conséquences de cet édit pour la Séquanie.

La oODfédâratioo gauloise avait reçu dans le désastre d* Alise le coup mortel : eUe vécut quelques mois encore cependant. I^s Éduens et les Ar\'erDes, il est vrai, posèrent iminédiatenient les amies, mais les antros peuples continuèrent leur résistance ; seuleoaent» comme ils faisaient une guerre isolée, ils se condamnaient par cette tactique à 8UCComI)er tour à tour : c*cst ce qui arriva. Les Camules et les Biturifes vireni leur territoire saccagé; César, pour se venger des Camutes, qui les premiers avaient donné le signal de Tinsurrection, les chassa tous de leur pays. Les Armoricains, défaits à diverses reprises, se rendirent ; et les Belges, contraints de céder à la fortune de César, n*eurent d'autre chance de s;dut que d*aller chercher UB refuge au delà du Rhin .'Les Andes et les Sénones courbèrent également la tête sous le joug. Les populations du sud-ouest de la Gaule résistèrent uu peu plus longtemps : elles avaient pour chef I^Vrverne Luctère, le compatriote et Tarai du grand Vercingétorix. A la nouvelle du désastre d*Alise, Luctère s'enferma dans U.xellodun (Capdenac en Querci), capitale des Cadurces, et s*y défendit jusqu'à h dernière extrémité : il fallut la présence de Cés^ir lui-inéme, et Je manque d*eau, pour To- Uigerà se rendre. César traita rhéroïque garnison d*Uxellodun avec une barbarie que rien ne peut excuser : ne voyant pas de terme h la guerre des Gaules, et voulant frapper de terreur ceux qui seraient tentés de remuer encore, il lit couper le nea et les mains aux vaincus dX'xellodun, puis il les renvoya d<'ms leurs foyers pour que leur mutilation servit d'exemple. Du pays des Cadurces, César se porta sur TAquitaine, qu'il réduisit facilement, et par laquelle il couronna la soumission des Gaules. Qiunt k la Séquanie, elle fut traitée en pays conquis sans avoir même eu rbonneur d'être vaincue par Cés^ir. Si la Séquanie ne se mêla pas d'une manière plus active à la guerre de l'indépendance, il faut fattrihuer à la position qu'on lui avait faite : les légions romaines ue la quiUaient pas et l'empêchaient de remuer; autrement, les Sèquanais eussent pris, comme les Anernes leurs vieux alliés, une pari ouverte à œlte guerre, eux dont les funestes dissensions avec les Éduens avaient amené rassenissonient des deux pays , et par suile l'assenissement de la Gaule.

Les restes de camps retranchés, et les nombreux tumuli ou sépultures militaires que Ton retrouve encore sur différents points des montagnes du Jura, semblent attester qu'à répoque ou Vercingétorix combattait pour Tindépendance nationale, les Séquanais essayèrent à diverses reprises d'affranchir leur territoire de la pression des légions cantonnées chez eux : le combat qu*ils livrèrent, entre autres, à Textrémité méridionale du val d*Ain paraît avoir été vif et meurtrier ; mais ils furent partout vaincus, et voilà pourquoi leur nom ne figure pas parmi ceux des peuples qui couraient se ranger sous la bannière de Vercingétorix. Une seule fois les Séquanais purent témoigner ouvertement leurs sympathies en faveur de la cause nationale : ce fut au moment où César, ayant besoin de toutes ses légions, les avait concentrées autour d* Alise ; et les Séquanais, délivrés de la présence des Roaiains, répondirent à Tappel de Vercingétorix en lui envoyant douze mille hommes d*élite.

Depuis la défaite d'Arioviste, César avait toujours eu des légions dans la Séquanie; il y trouvait, à côté des abondantes ressources que lui fournissait la fertilité du sol, Tavantage d'occuper militairement le territoire et de tenir par là les habitants en respect. Il ne faut pas oublier qu'à Tarrivée de César en Gaule, les Séquanais étaient les chefs de la Gaule Celtique ; or, aux yeux de César, ils avaient trop de puissance, et il importait de les affaiblir : c'est ce que fit le conquérant romain. On a vu comment, après la défaite d'Arioviste, il se conduisit à leur égard, comment il s'empressa de leur enlever alliés et clients. Après la chute de Vercingétorix, il se hâta de renvoyer chez eux Labiénus avec deux légions, et Sempronius Rutilius avec toute la cavalerie romaine, pour les empêcher de remuer ; il les traita comme des vaincus et les força de subir le tribut que Rome leur imposa.

Ce fut en l'an 51 avant Jésus-Christ que César assura la conquête et la pacification de la Gaule ; mais c'était la paix des tombeaux ! c Durant neuf années de guerre, dit Plutarque, César avait forcé plus de huit cents villes, subjugué trois cents peuples, vaincu trois millions de combattants, dont un million avait péri sur les champs de bataille et un million était réduit en esclavage ! > L'indépendance nationale de la Gaule n'existait plus : restait à dénationaliser le pays ; ce fut Foeuvre de l'empereur Auguste. Mais César ouvrit la voie : il voulut conquérir par les idées comme il avait conquis par les armes ; il voulut que tant de sang versé fit germer la civilisation, et il commença ce grand travail de fusion d'où la Gaule semble dater son existence. Lorsque César eut fait, du vaste pays qu'il venait de soumettre, une seconde province romaine sous le nom de Gaule Chevelue, il chercha par sa douceur et sa bienveillance à se gagner les sympathies des peuples vaincus et il jn'oublia rien de ce qui pouvait cicatriser leurs blessures : ainsi, pour les accoutumer à leur nouveau joug, il s'efforça de le rendre le plus léger possible ; pour apaiser leurs ressentiments, il affecta de respecter leur organisation intérieure, leur religion, leurs mœurs, leurs habitudes ; pour les lier par l'intérêt, il ne toucha pas à leurs biens, il ne les greva d'aucune charge et se contenta d'un tribut de 40 millions de sesterces (environ 8 millions de francs) ; pour les attacher par la reconnaissance, il combla de richesses, de dignités et de titres les principales familles: pour flatter leur caractère enthousiaste, qu'il savait profondément admirateur de l'éclat des armes romaines, il les admit dans les ranffs de ses soldats et créa, sous lo nom de M/imi de

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l'Ahuelle, des coin|)agnics coiuposées tout entières d*lionimes de leur nation. € L*aiouette gauloise, conduite par l*aigle romaine, allait prendre Rome une seconde fois ; > car la conquête de la Gaule n'était pour Tambitieux César que le prélude de ses grands et criminels desseins. Appelons sur le but sacrilège qu*il avait en vue, appelons toutes les sévérités et toutes les condamnations de Thistoire : on ne doit jamais pardonner à Thoaune assez coupable pour rêver Tasservissement de sa patrie. Mais si, laissant de cdté le but, nous ne voyons que le résultat, nous sommes obligés de reconoaitre qu*en ce qui concerne la Gaule, la conquête de ce pays fut un bienfait au point de vue de la civilisation. La Gaule, tiraillée, déchirée par mille aristocraties locales, par mille factions individuelles, la Gaule, à qui manquaient les éléments d*aveoir, vivait depuis un siècle entre deux peuples plus forts qu*elle : le peuple romain et le peuple germain. L*uu ou Tautre de ces peuples devait infailli- Mem^t la conquérir; et si César n'eût porté jusqu'au Rhin la frontière de Rome, les Germains eussent porté la leur jusqu'aux Alpes. Peut-on savoir alors ce que fût devenue la Gaule si, au lieu d'être absorbée par la civilisation romaine, elle l'eût été par la iNulMurie germanique? Qu'importe que César ait cru servir son éphémère ambilioo personnelle en traitant cette Gaule avec bienveillance, pour lui faire perdre le souvenir de son origine et dénationaliser son caractère : puis(|u'il l'avait conquise, injustement il est vrai, mais enfin puisqu'il l'avait conquise, il -pouvait l'écraser par la violence ou la traiter en pays vaincu ; il ne le voulut pas, il aima mieux y jeter des germes de civilisation : et, ne l'oublions pas, ce fut cette pensée, reprise par l'empereur Auguste, qui pennit à la Gaule de voir s'accélérer chez elle la marche du progrès, de recevoir plus promptement la lumière de l'Évangile et de se retremper plus tdt aux sources vivifiantes du christianisme. Etrange secret des destinées, qui nous montre combien sont impénétrables les desseins de la Providence, combien les plus grands hommes, qui croient ne relever de personne içi-bas, ne sont souvent que de simples instruments auxquels le souverain Ordonnateur des choses fait jouer une partie qui n'est pas la leur ! Ainsi, c'est César, un païen, que Dieu choisit pour préparer les voies du christianisme en Gaule ; comme il lui plaira, huit siècles plus tard, de choisir Charlemagne, un Barbare, pour relever la civilisation de rEurope; comme il lui plaira, plus tard encore, de choisir Napoléon, un despote, pour travailler à la liberté du monde.

Cependant la Gaule allait se consoler de son assujettissement aux Romains en contribuant à l'asservissement de ses vainqueurs : cette contrée, que l'habile César avait fini par intéresser à sa fortune, éUiit l'arme avec laquelle l'ambitieux conquérant se préparait à vaincre Rome. En effet, lors(]u'il crut arrivé le moment d'exécuter ses desseins, il passa le fameux Rubicon et marcha sur Rome, avec une armée composée en partie de troupes gauloises. Le sénat, Pompée , tous les patriciens s*enfuirent à l'aspect de ces Barbares*. César, maître de la ville, poursuivit le parti de Pompée en Espagne, le vainquit à la célèbre journée de Pharsale, fit la conquête de rÉgypte, d'une partie de l'Asie et de l'Afrique, et revint à Rome avec son armée de Barbares fanatiques et dévoués, qu'il accabla de richesses et d'honneurs. César

* Oa sait que les Romains donnaient, à l'exemple des Grecs, le nom de Barbares i tous ceux qui ■'étaieat pta de leur oition.

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était enfin maître du monde ; son ambition ne pouvait pas monter plus haut. Rome le proclama dictateur perpétuel, libérateur, dieu : mais, cinq mois après cet apothéose, le divin César expirait en plein sénat sous le poignard républicain de Brutus.

L'œuvre civilisatrice de César en Gaule fut achevée par Octave son neveu. € Octave, dit Chateaubriand, n'était pas de cette première race d'hommes qui font les révolutions ; il était de cette race secondaire qui en profite, et qui pose avec adresse le couronnement de l'édifice dont une main plus forte a creusé les fondements. • Lorsque le neveu de César eut fait de sa robe consulaire un manteau impérial, autrement lorsque le consul Octave fut devenu l'empereur Auguste, il s'occupa de la Gaule et ne négligea rien pour arriver promptement à transformer ce sol, à le fondre dans le creuset de la société romaine. D'abord, il fit de toute la Gaule Chevelue une province de Vempereui\ c'est-à-dire placée sous le régime purement militaire. L'année suivante, en 27 avant Jésus-Christ, il partagea tout le pays en trois grandes provinces : Aquitaine, Lyonnaise et Belgique ou Germanie supérieure. Dans ce partage, la Gaule Celtique, qui semblait à l'empereur Auguste trop vaste ^ trop puissante, se trouva démembrée : ainsi, la Séquanie, l'une des trois grandes confédérations celtiques, et dont le territoire comprenait le pays des Tulingiens (haute Alsace), la Rauracie (canton de Bâie) et une partie de i'Helvétie, fut annexée à la Germanie supérieure. Ces divisions arbitraires, substituées aux divisions naturelles, avaient pour effet de détruire les anciennes ligues, les différences de races, les souvenirs d'indépendance, et de brouiller toutes les traditions. C'est là ce que voulait l'empereur Auguste : à ne parier ici que de la Séquanie, elle se trouva, par suite de ce démembrement, séparée de l'Arvemie (Auvergne), sa vieille alliée, et se vit associée à des peuples dont elle n'avait ni les mœurs ni les habitudes. Outre cette division, qui déclassait les relations établies, les habitants de la Gaule Chevelue furent distingués en fédérés^ en libres^ en mjets. Les premiers ne payaient point de tributs et ne devaient à l'empereur que le service militaire ; les seconds se gouvernaient eux-mêmes, comme les fédérés, mais payaient le tribut ; les derniers étaient immédiatement soumis à l'autorité des officiers impériaux. Le mot de sujets dit assez que les habitants rangés dans cette catégorie avaient une condition peu difRirente de la servitude : on leur imposait des taxes arbitraires et des réquisitions forcées de toute nature ; on les livrait à l'administration presque sans contrôte de tyrans subalternes. Cette hiérarchie de privilèges et de rangs était encore une innovation dans les mœurs gauloises et une attaque contre le passé. Les Séquanais, envers qui le gouvernement impérial continuait les sévérités rancunières de César, furent classés parmi les sujets provinciaux; on leur faisait expier leur vieille opposition aux tendances d'envahissement de la politique romaine. Soumis aux lois de rempire, ils étaient gouvernés par deux grands fonctionnaires envoyés de Rome : Ton, sous le nom de propréteur^ cumulait les pouvoirs administratif, judiciaire et militaire ; l'autre, appelé procurateur ou exacteur de rimpôt^ présidait à la levée des deniers. Avec ce système, qui centralisait dans des mains étrangères l'administration, la justice, la force militaire, les finances, l'impôt, tous les moyens de domination et d'oppression, les Séquanais n'étaient plus que des sujets courbés sous le despotisme étranger de tyrans au petit pied et disposant de la force pour étouffer les

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pUiAie» oy réprimer les lenlatives de révolte ; car il ne manquait pas de soldats ro- ■un» en Séqoanie. l/empereor Auguste avait fait établir sur la rive gauche du Riiin éru\ camps retranchés et cinquante castra (forteresses) ; la Rauracie en comptait plusieurs dans son territoire. Ces places de guerre étaient occupées par huit légions, reprcseotani à peu près cinquante mille hommes, et dont la moitié gardait la GermuÈkt supérieure, à laquelle on avait rattaché la Séquanie, comme on Ta vu plus lum. Les huit légions cantonnées sur la rive gauche du Rhin étaient là pour s*op* pwcf aux envahisfieroents des peuples de la Germanie, mais elles surveillaient en Btee temps les peuples de Fintérieur et ne leur permettaient pas de remuer. Avec (ks fortes si redoutables, les Séquanais se seraient vus promptement écrasés s*ils fitvirnl essayé de lever la tète. Il n*était pas jusqu*au tribut payé par eux, qui ne fit ou moyen de les dominer. Ce tribut, qui du temps de César ne dépassait guère huit milléoQs pour toute U Gaule Chevelue, avait pris sous Tempereur Auguste des proportions colossales. Par son chiffre arbitraire et sa lourdeur excessive, par la uraunie des exacleurs, il ne réduisait pas seulement les tributaires à la détresse, nais U paralysait leur énergie en les appauvrissant; et la Gscalité romaine habituait msi forcémeot les Séquanais, comme les autres peuples de Tancienne Celtique, à « reroooatlre sous la dépendance d*un pouvoir supérieur.

L'empereur Auguste n'oubliait rien de ce qui pouvait dénationaliser la Gaule. Il savail le dniidisme gaulois, cette religion mystique et sombre, incompatible avec le pigauisme romain, si large et si tolérant dans la forme comme dans le fond ; il vnraii aussi que les prêtres druides avaient conservé sur Tesprit des masses toute leur autorité morale. Auguste, n*osant attaquer le dniidisme de front, chercha donc à le oûner : il Pinquiéta par des empêchements et des vexations de toute sorte; il m iuierdil Texercioe aux citovens romains ; il fit de Tabandon de ce culte une conditioo aux faveurs impériales; il proscrivit ses sanglants sacrifices, au nom de Thuwmité ; et comme les dieux de la Gaule avaient avec les dieux de Rome une grande analogie d'attributs, il les transfonua les uns dans les autres , en latinisant le uoiu fies preoiiers : Theiit s'appela TeutaUs^ Tarann s'appela Tai-aniê^ de Belen ort fit BHemmê^ de Heu on At Henus, d'Ogmi on fit Oj^miu^; on assimila Tentâtes k Merrure. Tarants à Jupiter, Bélénus à Pliébus, Hésus à Mars, Ogmius à Hercule, et de cette manière les deux cultes tendirent à s'identifier. Les Séc|uanais eurent bientôt loin divinités romaines, comme ils avaient ou leurs divinités celtiques et drui* éqm» ; ils allèreot dans les temples romains honorer les nouveaux dieux confondus avec les dieux des ancêtres ; ils s'habituèrent insensiblement k n'avoir que les mêmes hommages pour les uns et pour les autres. Les hautes classes surtout avaient lifomptement accepté les innovations religieuses essayées parla politique impériale; nais les classes inférieures n'abandonnèrent pas aussi vite leurs vieilles croyances, qu'il est dans Finstinct du petiple de rester plus longtemps fidèle aux institu* son pays et de se montrer plus longtemps rebelle aux changements apportés parréinmger.

Toutes ces attaques contre le passé tournaient en définitive h l'avantage de la pobtique romaine ; car, si elles avaient pour but de mettre en contact les vainqueurs cl les vaincus, la née barbare et la race civilisée, elles avaient pour résultat d'al-

térer réléinent gaulois, de Taflaiblir, de le détruire. Hais, la décomposition ne s*accomplissant pas assez vite au gré de l'empereur Auguste, il fallut chercher des dissolvants plus énergiques à TefTet d'opérer la fusion des deux peuples : la ressource des colonies militaires fut un de ces dissolvants. Comme on savait la Gaule une contrée riche, belle et fertile, le gouvernement impérial y fit passer avec de larges privilèges une foule de vétérans légionnaires dont il restait à récompenser les services : or les émigrants apportaient dans leur nouvelle patrie les mœurs, les habitudes, les usages du pays natal ; ils transplantaient avec eux sous le ciel gaulois la religion, le langage, Tesprit, la civilisation de leur ciel italien, et ils les acclimataient chez les Barbares, qui subissaient insensiblement Tinfluence de ces brillants étrangers.

Une autre cause vint en aide à l'œuvre d'assimilation. Pour que les colons, qui h plupart s'arrachaient malgré eux aux douceurs de la mère-patrie, se crussent toujours à Rome, ou du moins pour qu'ils en retrouvassent, dans les endroits de leur résidence, un reflet, une empreinte, une image capables d'atténuer la vivacité de leurs regrets, on leur bâtissait à profusion des curies, des temples, des thermes, des cirques, des amphithéâtres, des capitoles, tels qu'ils en avaient laissés sur les bords de leur Tibre : aux alentours et dans le voisinage de ces édifices, s'élevaient de nombreuses habitations à la physionomie romaine, et le sol se couvrait ainsi de villas, de bourgades, de villes que des voies de communication venaient relier entre elles. Presque toutes les colonies établies chez les Séquanais datent du règne d'Auguste. La ville d'Iseniore, entre Thoirette et Nantua, le boui^ de Jeurre [viens Juremis) et la ville d'Antre, bâtie a deux lieues de Saint-Claude , sur la pente occidentale du troisième chaînon du Jura, remontent, on n*en peut douter, à celle époque*. H ne paraîtra pas invraisemblable d'assigner la même date soit à la fonda-

1 On trouve dans le précieux ouvrage de M. Edouard Clerc, la Franche-Comté à Vépoque ramaiMf représentée par ses ruines, une dissertation neuve et brillante sur cette fameuse viUe d* Antre qui 1 tant occupé les savants, te nom seul de la ville d'Antre, dit M. Clerc, dont nous reprodnitOM ici en substance Targomentation, rappelle la colonie la plus romantique, la plus bizarre et, an preoûer coup d'œil, la plus inexplicable qui se rencontre des deux côtés du Jura. L'histoire de cette cokMie est cependant facile à expliquer. U faut se souvenir qu au moment où Tempereur Auguste aoamit b Gaule, cet retraites reculées du Jura, ces solitudes âpres et sauvages du lac d*Antre étaient le canetuaire le plus vénéré, le plus redoutable du culte druidique. L'empereur, pour miner 11 pniastnee des druides, abolit leurs sacrifices, répandit des colonies dans la Gaule, substilua lentement i Taneiei culte le culte des Romains ; et les courtisans firent élever près de Lyon, au confluent de la Sadne eldi Rhône, un temple gigantesque, dédié à Rome et à César Auguste, monument sur le marbre daquel lei députés des soixante-<]uatre cités de la Gaule inscrivirent le nom de leurs provinces. Les Gaulois seataient qu'une force surhumaine les poussait sous la main de Home ; mais, comme s'ils eussent vovlo ne s'avouer vaincus que par les dieux, ils semblaient avoir besoin, pour se résigner an joug, de diviniser leurs maîtres. Or, on découvre dans ces faits toute l'histoire de la ville d* Antre, qui n^était située qu'à vingt lieues de la province lyonnaise, séjour favori d'Auguste. Cet empereur anit bit conduire à Antre, par deux chefs romains, une colonie de soldats du Nil pour surveiller le Jwt» les sombres forêts et les sanctuaires menacés pouvaient devenir un centre de révolte, surtout an de la jeunesse nombreuse et mal façonnée au joug, que gouvernaient les druides. Les soldats égyptiens envoyés la par Auguste y apportèrent leur patrie, leurs monuments, leurs monnaies, lenn divinités; et voilà pourquoi Ton y recueille tant de médailles au palmier et au crocodile enehafié; pourquoi les statuettes de leurs dieux sont répandues dans tout le voisinage ; pourquoi ces toMUi

tîoo, soit au développement de plusieurs autres localités dont les découvertes de rarcfaéologie moderne ont révélé Fimportance ou la splendeur passées : ainsi, nous nommerons Corre, ce village historique élevé sur le sol où plusieurs savants placent randenne et célèbre Dittation, et où Ton a déterré tant de souvenirs du peuple-roi; Port-sur-Saône (le Portas Abucitius des Romains) , où la science a découvert de nombreux fragments d*arcbiteclure romaine, des vases, des statues en marbre; Jiissey, au pied des Vosges, qui montre sur son sol les traces d*une voie stratégique et les fondations de vastes édifices; Harnay sur TOgnon, que Ton croit occuper remplacement de la ville romaine de Rufley ; Seveux, sur la rive gauche de la SaAne, nom dans lequel on s*accorde à reconnaître l'ancienne Segobodiumy cité illustre qui possédait dans ses alentours cette magnifique villa de Hembrey dont les ruines couvrent plus de trois cents mètres ; Dôle, où Ton a retrouvé les restes d*un amphithéâtre, d*un aqueduc et d'une voie militaire ; Orchamps et Tavaux, sur le territoire de Dôle, lieux célèbres, le premier par sa station romaine, le second par tes débris d'antiquités ; Petit-Noir et Pierre, deux villages qui abondent aussi en vestiges d'antiquités; Chemin, renommé par la voie romaine qui le traversait dans toute sa longueur; Annoire, où le sol a restitué des médailles romaines, des débris d*armures, des coifTures militaires; Grozon, qui a fourni à l'archéologie un riche contingent en médailles, en armes, en tombeaux, en statues; Céseria, Biivilly, Villette-les-Arbois, Arbois lui-même, féconds en souvenirs de l'époque impériale; Salins, dont l'importance et l'antiquité se prouvent par les voies romaines qui s'y croisaient; Poligny, où l'on voit encore, h côté d'autres débris, des traces de voies stratégiques; Orgelet, qui rappelle les divinités du paganisme par son mont Orgier ou mont des déesses Orgies, sa forêt de Fau (silva Faunotiim), en l'honneur des dieux faunes, et son mont Jouvent (mons Javis), consacré à Jupiter; Lons-lc- Saulnier, où passait une grande ligne stratégi(|ue ; Grandfontaine près de Besançon, les Andiers près de Thise, jadis bourgades romaines; Luxiol, le Loposagium de la Carte théodosienne, dont la terre est riche en débris antiques; Rang sur le Doubs, village dans lequel on croit reconnaître le Velatadurum de l'Itinéraire ; Voiijaueourt, près de Mandeure, grande bourgade de l'époque romaine. On pourrait écrire le nom de maints autres lieux, déchus aujourd'hui.

Sous le règne d'Auguste principalement, les monuments et les édifices de toutes sortes se multiplièrent sur le sol de la Séquanie : Jallerange, Saint-Sulpice, Poligny, Dôle, Moirans, Vaudrey, Corre, Mandeure, Besanvon, offrent des débris de ces bains riclies et célèbres où les Romains prodiguaient le marbre, le porphyre, le jaspe, et venaient plus souvent chercher les émotions de la volupté que l'hygiène du corps. D'après des conjectures probables, le magnifique bâtiment des bains à Luxeuil avait quatre cents pas en longueur et presque autant en largeur. f>es temples

MUreat tvr les bords mêmes do lae d'Antre an temple à Jopiter Ammon. Voilà pourquoi Ton trouve «M Yille en ces lieux. A l'exemple de ce qui se passait à Lyon, la colonie é^ptienne conMruisii près de ee leaiple de Jupiter le temple de Mars Auguste. Et comme tout annonce qu'avant la conquête iae, la naUon séqoanaise avait ocutume de porter au lac d'Antre ses hommages et ses ycnix, elle OM habitudes sous la dominaUon impériale ; elle fit graver sur la pierre, dans ce sanctuaire âm Mwretv eulle, le nom des grands hommes qu'elle voulait honorer ; ce qui explique Texistence 4e ces moBunenls d'honneur érigés par la nation tout entière aux Séquanais illiisire*.

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aux dieux de Rome n^étaient pas moins nombreux que les thermes : l*arehéoiogie en a découvert des vestiges et des débris à Besançon, à Mandeure, à Luxeuil, à Dôle, h Grozon, à Isernore, à ieurre, h Antre; et quelques-uns de ces monuments ont laissé reconnaître leur enceinte, leur Ggure, leur distribution. La Séquanie ne manquait pas non plus de ces vastes édifices consacrés à Tamusement du peuple-roi. Mandura ou Epamanduodurum, Tillusti'e cité séquanaise réduite à n'être plus aujourd'hui que rhumble Mandeure, avait un théâtre qui contenait de seize à dix-huit mille spectateurs. Il était construit de forme demi-circulaire, à trois étages de gradins ; son pourtour extérieur comptait deux cent cinquante-trois mètres, et son eentre en mesurait cent quarante. L'amphithéâtre de Dôle était situé sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le palais de justice*. De figure ovale et bâti sur le roe, il s'ouvrst par deux grandes portes, tournées l'une au nord et l'autre au midi ; on y a retrouvé les cages où l'on enfermait les bétes féroces destinées au combat. L'amphithéâtre de Besançon était un vaste édifice assis sur la rive droite du Doubs, à Tendroit qui s'appela plus tard la rue d'Arènes. Il avait été construit par les soldats égyptiens qu'Auguste dispersa dans la Gaule après la bataille d'Actium ; le frontispice du moaument portait cette inscription : A Rome et à Auguste les soldats du Nil. Il fallait aux Romains de ces jeux sanglants d'animaux et de gladiateurs pour occuper leur esprit; et les Séquanais venaient oublier, dans les émotions de ces spectacles, leurs souvenirs d'indépendance et leur rang de sujets.

Cependant la nationalité gauloise ne résistait pas à toutes ces attaques dirigées contre ses mœurs et ses traditions; de jour en jour elle se sentait vaincue. L'empereur Auguste était venu fréquemment visiter la Gaule, pour s'assurer par lui-même des progrès de sa politique, et |)Our mieux se pénétrer, en parcourant les provîDces, des moyens les plus propres à lui faire atteindre promptement et complètement son but. Presque toujours la rigueur et la violence se trouvaient, il est vrai, au fond de ces moyens; mais, on doit le reconnaître, le système impéi*ial, malgré son despo* Usme et ses exigences, était intelligent et protecteur : il savait habilement mettre en relief, aux yeux des populations, les ressources et les avantages de l'état civilisé ; il poussait à grands pas dans la voie des progrès sociaux et matériels ; et, somme toute, l'assimilation de la Gaule à la chose romaine était un bienfait. L'empereur Auguste, outre l'ardeur qu'il avait apportée par lui-même à d^uire l'esprit gaulois, s'était entouré des hommes les plus capables de le seconder dans sa politique : panui ces hommes il faut placer sur le premier plan le ministre et gendre de l'empereur, le célèbre Agrippa, qui contribua puissamment à renouveler la société gauloise. Sous l'impulsion de ce grand ministre, le sol de la vieille Gaule s'anima, se vivifia, se couvrit de travailleurs; les terres se défrichèrent, le cours des fleuves sans lit se régularisa, les forêts continuèrent à s'éclaircir devant la hache civilisatrice et se silton-

* La rue principale qui passe devaul œ palais s'appelle t4)i\jours, à cause de ce soutenir, U rm des Arènes, C'est le quartier qu'babiuient les Francs d'Arans. — Ce reBseignemeat noas • ilc fourni par M. Fallu, l'érudit et conscieocieux bibliothécaire de la ville de Dôle, et doat i'itblifetMe égale le savoir. 1^ zèle tout affectueux avec lequel cet excelleiU compatriote s'est empressé de offrir le fruit de ses recherches, et de répondre à dos doutes sur divers points histonqunt nant DOle, nous a bien viveroeat touché : que cette feuille porte à M. Pallu l'expreseion At «oUe profonde reconnaissance.

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nèrenl de ces chaussées merveilleuses, telles que le génie des Romains savait les exéculer. Agrippa orrn|>ait h ces li'avaux les bras de plus de deux cent n.ille honmies : il avait fait ouvrir à Lugdunum (Lvod) quatre grandes voies militaires qui de là s*étendaienl jus(praux extrémités de la (laule, en reliant le Khin, la Manche, l'Océan, les Pjténées; et de ces quatre lignes principales, combinées de manière h leur faire iraTerser le plus de villes possible, se détachaient une multitude de rameaux secondaires destinés h faciliter les relations entre toutes les parties du pays. Ce fut à ces admirables travaux que la Séqunnie dut les chemins stratégiques dont elle vit avec le leoups sa surface se couvrir dans tous les sens : chemins pavés avec tant d'art et eonstniits avec tant de solidité, qu*aujourd*hui encore Ton retrouve, après plus de dix-huit cents ans, leur trace empreinte sur le sol. Tel était le secret du génie des RomaÎDs, de cette race antique, de ce peuple géant : tout ce qu'ils faisaient, ils le mesoraient à la hauteur de leur taille; tout ce qu'ils touchaient, ils le marquaient du eaebel de leur puissance. Ils voulaient que leurs œuvres fussent d*airain et de ciment en quelque sorte, qu'elles fussent durables comme ils croyaient que durerait leur empire, et qu'elles pussent défier, à force de grandeur et de solidité, la pioche de rbomroe et le marteau du temps.

L*uiie des quatre grandes voies militaires d'Agrippa, celle qui était dirigée de Lyon au Rhin, c traversait, dit M. Clerc, la Séquanie dans toute sa longueur, depuis la Bresse jusqu'à la grande ouverture entre le Jura et les Vosges : là elle se divisait et plus loin se biftarquait une seconde fois, pour aller, par deux rameaux, atteindre le Rhin, d'un cdté vers Kembs, Bâie et la cité des Rauraques, de l'autre vers Neufhrisach et Strasbourg*. > En sortant de la Bresse, cette route entrait dans la Séquanie par Pontd'Évan, gagnait Saint-Julien, Monetay, Céseria, traversait la plaine d'Orgelet eC le camp romain du Puits-<le-Fiole, |K)rcourait la ligne de Nogna, Publy, Vevy, Crançot, Fied, arrivait à Poligny, continuait par Ruvilly et par Grozon, passait dans le TOisinage d*Arbois, se retrouvait à Villetie, à Villersfarlay, à Cramans, franchissait la Loue à Arc, visitait Senans, s'engageait dans le canton de la forêt de Chaux appelée la Combe du Vernois, se dirigeait sur Villars Saint-Georges, conduisait à OsseUe et au bois de Torpes, arrivait près de (irandfontaine, entrait à Besançon par

* Dtii le remarquable ouvrage précédemment cité, M. Edouard Clerc, l'un de nos plus éminenta t— pitriolM, a eoDMeré de longues pages à la description des voies romaines en Séquanie. Ceat un tfftfail aMftiSqiie : \\ laisse loin derrière lui tout ce qu'on a fait jusqu'alors sur le même sujet. Auui

la légligé ka autres aowees, généralement trompeuses, pour ne nous attacher qu'à celleli ;

q«e ce que noua diaona iei des voies romaines de la Séquanie est tiré de l'ouvrage de M. Clerc. ÎM Intt de la Franehê-Comté à l'époque roinaine est accompagné d'une carte stratégique bien prédcwe, car Fauteur l'a dressée sur les lieux ; il a exploré lui-même les diemins qui y sont mar- ^■éft, Q a suivi leurs traces, il les a cherchées sous le sol là où elles offraient des solutions de contiaiM. El examinant cette carte, oeuvre d'admirable patience, et nous pouvons dire de dévouement ptJrioUqwa, oa eat surpris de voir à quel point la politique romaine avait multiplié les communica* litM de la province séquanaise avec la province lyonnaise. La Franche-Cvmtéà l'époque romaù^ ma WÊ livfidifmc de i'attiaur qui a écrit I'^moi eur l'Histoire de la Franchê-Comté. Par ia pu-

dc cet deux ouvrages, M. Clerc a rendu à l'histoire de notre pays un de ces services qui resun litre de gloire. Pour notre part, nous savons tout ce que nous devons è l'auteur de

CMvrca remarquables, et nous sommes heureux de pouvoir lui payer ici, avec notre tribut 1, «a aineère tribal d'admiration pour son beau talent.

le ponl romain de Battant, sortait de cette ville dont elle quittait le territoire k Palante, passait entre le Doubs et la grande bourgade romaine des Andiers, continuait par Roche et Roulans, arrivait à Luxiol, prenait dans son parcours FHÔpital Saint- Lieffroy, Pompierre, Rang sur le Doubs, et après avoir traversé Bussans, Saint- Maurice, Colombier, Dampierre, elle arrivait à Voujaucourt, se détournait sur Mandeure, puis un peu plus loin elle se partageait en deux branches, qui se rendaient au Rhin, Tune par Bâie et la cité des Rauraques, Pautre par Neufbrisach et Strasbourg. Outre cette grande voie romaine on remarque, sur la carte de H. Clerc, trois autres ligues principales : la route de Besançon h Lyon, par Poligny, Lons-le-Saulnicr et Bourg-en-Bresse; la route de Besançon, par Orchamps, Tavaux, Chalon-sur- Saône, et celle de Besançon par Petit-Noir et Pierre, toutes deux se dirigeant aussi sur la Gaule lyonnaise. < Telles sont du nord au sud, dit H. Clerc, les quatre grandes lignes qui Uaient alors la Séquanie au midi de la Gaule. Avec le magnifique complément des voies nautiques de la Saône et du Doubs, dont le cours est dirigé dans le même sens que ces routes, leur direction laisse apercevoir toute la pensée de la civilisation romaine sous le rapport des communications et du commerce. Mais elles ont une bien autre importance : elles tendent au Rhin par Besançon. Le Rhin ! redoutable fleuve au delà duquel habitaient alors, par millions entassés, dimplacables ennemis ! C*est par là que Rome et la Séquanie devaient périr, quand, sur ces routes commodes et multipliées, les Barbares descendirent au midi, et que dans tous les lieux ou nous venons d*en suivre les traces on entendit ces cris effrayants : c Les c hautes montagnes, les fleuves, les rocs inaccessibles ne peuvent défendre villes c et châteaux. On voit luire la flamme qui dévore les temples de Dieu! La mort! c partout la mort ! »

La Séquanie possédait d*autres grandes voies que celles qui viennent d*étre nommées : il y avait la route dltalie à Besançon, par les rochers inaccessibles du Saint- Bernard et les épaisses forêts du Jura ; celle de Besançon en Lorraine, par Sceysur-Saône et Corre ; celle des Vosges, par Luxeuil et Plombières ; celle du Rhin à I^ngrcs, par Béfort, Luxeuil et Port-sur-Saône ; celle de Besançon à Autun ; celle de Besançon à Alise et Langres, par Dammartin et Pontallié-sur-Saône. Un grand nombre de routes secondaires s*éparpillaient à travers le sol séquanais et servaient à la communication des villes, des bourgades, des petites localités entre elles : tels étaient, par exemple, le chemin de Langres à Dammartin, par Montseugny et Mantochc près de Gray ; celui de Besançon à Ruiïey sur TOgnon ; celui de Mirebeau à Seveux; de Luxeuil à Corre; de Luxeuil à Lure et à Mandeure;du Rhin à Salins, par la moyenne montagne; le rameau de la voie du Saint-Bernard à Poligny et à la ville d*Antre, par Boujailles, Chavancy et Pont-du-Navois ; la voie de Poligny à Tavaux ; celle de Verdun à Poligny, par Bellevaivre et Scellières ; de Dijon au mont Jura et au Saint-Bernard, par Salins et Pontariier ; de Chalon à Arlay et à Lons-le- Saidnier; de Besançon à la ville d*Antre, et d* Antre à Lyon.

En même temps que les grandes voies militaires d* Agrippa se déroulaient dans les plaines de la Gaule, les rivières et les fleuves, rendus dociles par la science de rhomme, prêtaient leurs ondes aux nombreux bâtiments qui servaient à rechange des profliiiLs entre les diverses provinces : et tout ce mouvement, tous ces travaux,

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tous ce^ progrès uiaiéhels, en confondant, en mêlant les intérêts, les idées, les exisicfKT» des deux peuples, imprimaient partout une grande activité, multipliaient les «IrNrs et les besoii», étendaient les relations industrielles et commerciales. La Srquanie se ressentait d*une manière efficace de ce nouvel ordre de choses : les villes Vfnnchissaient par les arts de luxe, les campagnes prospéraient par Tagriculture ; €t, 9ùm riofluence de tous ces changements, le pays atteignait un degré de fortune qu*il n'avait jamais connu. Puis, au progrès matériel correspondait le mouvement inidlecliid : on prenait goût à cette brillante civilisation romaine, on se pressait àaa^ les écoles pour s'instruire aux arts, aux lettres, aux sciences de Rome. Il ea vrai qu*au milieu de cette nouvelle existence, les Séquanais, du moins les Séqua- Bai!^ de b haute classe, achevaient de perdre ce qui leur restait de leur caractère uikmal, de leur type gaïUois : disciplinés, gouvernés, régis h la romaine, ils devenaieiit de jour en jour plus étrangers à leur patrie, ils semblaient l'oublier complélemeiil pour se faire Romains de cœur et d'esprit, de mœurs et de sympathies. BèentM on ks verra se faire Romains de costumes et de nom.

A celle époque les principales villes de la Séquanie, telles que Mandeure, Dôle, Seveoi, Amagélobrie, Avanche, Dittation, la cité des Équestres (Nyon), la cité des HMnqoes {Augusia Rauracorum), durent jeter beaucoup d'éclat ; mais on est réduit

le coQJecturer. Quant à la cité de Besançon, elle avait acquis, au milieu de cette réreiotioD inlellectueile et matérielle, une importance considérable. Choisie |)ar Jules César pour être une place d'armes, choisie par Agrippa pour devenir le point restnl des roules de la Séquanie, elle était la résidence du propréteur romain que If fouvereeoient impérial chargeait de l'administration du pays. L'établissement de ces voies de communication attirait dans la ville les marchands et les étrangers ; avec eux, le mouvement, le commerce, Tindustrie. Le séjour du propréteur impérial 5 appelait le luxe, les jeux, la richesse; et Besançon voyait ainsi sou importance et sa prospérité s'accroître d'une manière rapide. En même temps, la physionomie de b cilé se transformait : aux maisons d'argile et de bois succédaient les maisons de canefil el de pierre; le chaume et les roseaux disparaissaient du faite des bâtiments pov bire piaee à la brillante tuile romaine ; les habitations devenaient élégantes et qwnmodes; la fortiGcation aux murs réguliers se substituait k la grossière enceinte fonsée d'arbres couchés les uns sur les autres. Puis c'étaient des éditices ornés de poniqiaes el de colonnades en marbre, des temples, des palais, des thermes, un fonuD, un amphithéâtre, un capitule; et la métropole de la Séquanie se revêtait aïKî d'une splendeur monumentale qui l'émerveillait. L'éclat intellectuel, si l'on peiu s'exprimer de la sorte, répondait à cette splendeur matérielle. Besançon eut , c«NUDe Toulouse, Lyon, Vienne, Autun, Narbonne, Aries, son école où florissaient les écodes libérales, et ou la jeunesse séquanaise venait s'instruire aux beautés de la langue el de la littérature latines : école qui devint très-célèbre sous la direction du savanl Julius Titius, celui dont le |)oëte Ausone a dit qu'il obtint plus de gloire par celte diarge de directeur, que par la dignité de consul à laquelle il fut élevt^. Ce wM fiûsait réloge et de Julius Titius et de l'école de Besançon. A cette époque, !a ■léiropole de la Séquanie n'était pas encore un municip^, c'est-à-dire qu'elle ne se gouvernait pts encore par ses pro|»res lois; elle ne devint nninicipe que plus lard.

Te FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

Sous le règne d'Auguste, Besançon était régi par la curie, espèce de sénat dont le propréleur romain choisissait lui-même les membres, appelés décurions ou curiales. Ces derniers élisaient deux duumvirs, qui présidaient la curie et rendaient la justice. Les décurions administraient les biens et revenus de la cité, veillaient a Tentretien des monuments et des autres édifices publics, approvisionnaient les marchés, maintenaient la police et choisissaient les professeurs destinés à renseignement des sciences, des lettres et des arts.

A la mort de Fempereur Auguste, arrivée Tan 14 après la naissance de Jésus- Christ, la Séquanie comme les autres provinces de Tancienne Gaule Celtique se trouvaient bien changées : la politique impériale avait porté ses fruits. Les Gaulois, en s'identifiant avec les habitudes, les mœurs romaines, s'étaient amollis dans le repos et les jouissances matérielles, et Ton ne reconnaissait plus en eux les descendants de cette race aventureuse et guerrière qui avait fait trembler le Capitole. Cependant vint un moment où leur énergie sembla se réveiller : ce fut sous le règne de Tibère, petit-Gls et successeur d'Auguste. L'arbitraire insolent des gouverneurs impériaux, la lourdeur des tributs, la violence et la cupidité des exacteurs, avaient irrité les âmes. Si du temps d'Auguste on ne respecta pas toujours les droits et la liberté des personnes, si l'on commit des injustices et des abus, l'administration intelligente et forte de ce prince savait du moins compenser par de nombreux avantages les excès de quelques hommes avides ou violents; en somme, elle protégeait les intérêts généraux : mais sous le gouvernement de Tibère, tout changea de face. Ce gouvernement, ombrageux à Rome, se montrait d'une insouciance sans nom pour les provinces dépendantes de l'empire ; le plus souvent il les abandonnait à leur sort, ou les laissait aux mains d'officiers rapaces qui se les disputaient comme une proie. C'est ce qui arriva notamment pour la Gaule. Elle échut en partage à d'avides propréieurs qui la surchargèrent d'impôts et de dettes et s'y permirent tant de rapines et d'exactions, que la patience finit par manquer aux victimes. L'orage éclata l'an 21 après Jésus-Christ. Deux hommes d'intelligence et de courage, le Trévire Julius Florus et l'Ëduen Julius Sacrovir, qui depuis longtemps nourrissaient le projet de rendre à la Gaule son ancienne indépendance, se mirent à la tète de rhusurrection ; et leur exemple, comme autrefois celui du grand Vercingétorix, entraîna la plupart des autres peuples. Quant aux Séquanais, dont le pays abondant et riche avait été rançonné et pressuré par les loups-cerviers du fisc impérial, ils s'étaient le\'és au premier appel. Le mouvement commença ; mais, pour en assurer la réussite, il fallait, avant tout, le régler, le discipliner, afin de lui donner l'ensemble et l'unité qui centuplent les moyens d'action : c'est ce qui manqua. Les principaux cbefii ne surent pas s'entendre; les uns se déclarèrent trop tôt, les autres attaquèrent trop à la hâte. Puis Florus, l'instigateur du soulèvement chez les Trévires, trouva dans son compatriote Julius Indus un ennemi personnel qui traversa ses desseins, l'assaillit et le mit en fuite. Florus, sur le point d'être pris, se tua de sa propre main. Cbei les £duens, la résistance Ait plus sérieuse. Sacrovir, qui s'était saisi d'Autun à la tète des cohortes de la cité, avait quarante mille combattants sous ses ordres et se sentait appuyé par les Séquanais : malheureusement, Farmée de Sacrovir se composait ei grande partie de jeunes gens inexpérimentés, de campagnards étrangers au métier

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des araies , et d'esclaves gladiateurs que le |K)ids de leur armure de fer empêchait presque de se mouvoir; puis les Séquanais ne ftirent pas heureux dans leurs eflbrls. Caius Silius, lieutenant de Tarmée du haut Rhin, entra chez eux avec deux lé^pons al des corps auxiliaires, les battit complètement, ravagea leur territoire et u)archa sur Auton. Sacrovir attendait Silius à quatre lieues de cette ville; mais Sacrovir STait à combattre des adversaires aguerris et rompus k la tactique des armes romames, tandis que les siens manquaient de tout ce qui constitue le véritable soldat. Aussi le sort de la bataille était-il décidé d'avance. Sacrovir, après une résistance de quelques heures, vit ses troupes culbutées, dispersées, et lui-même réduit à se sauver dMs Atttun ; mais, en apprenant que Silius arrivait sur ses pas, il sortit de la ville arec quelques amis dévoués, se réfugia dans une maison de campagne et ne reparut jaoïais, non plus que ses amis. Pour dérober leurs corps aux outrages du vainqueur, ils s'étaient entre-tués, après avoir livré leur retraite aux flammes.

La Séquanîe, malheureuse sous Tibère, le fut davantage encore sous Caligula, oiouslre extravagant qui nommait son cheval consul, se faisait adorer comme Jupiter, et désirait que le genre humain n'eût qu'une tiUe pour l'abattre d'un seul coup. I^ Gaule se ressouvint longtemps de l'hiver que Caligula vint passer à Lyon. Il se se contenta point de piller et de rançonner les populations, de taxer les enfiuifs et les femmes, mais il confisiiuait les propriétés des uns, obligeait les autres de racheter au prix le plus exorbitant ces biens confisqués, et foisait emprisonner ou ■Mitre à mort ceux dont les plaintes ou les munnures montaient jusr|u'â lui. « Le puuvre peuple, dit Golhit, étoit tant travaillé de gabelles et rançonnements, que rien M luj semMoit rester que le souffle. > Le poiguanl d'un tribun des cohortes prétoriennes vint délivrer le monde de Caligula pour faire place à Claude, ué à Lyon. « La Ganle, dit Suétone, n'eut pas à s'enorgueillir de lui, mais elle eut à s'en louer. » L'inipaniale histoire a rempli son devoir en retnmchant de cette phrase le trait sittirique pour n'y laisser que l'éloge; car cet empereur Claude, à qui les déclamalioiis des écrivains romains ont fait une si triste réputation, mérite d'être regardé eonme un ami de l'humanité. Ses droits à ce titre peuvent se résumer en deux lifines : il considéra les esclaves comme des hommes, et les affranchit ; puis il plaça leur vie sous l'égide de lois bienfaisiuites qui les protégeaient contre la cruauté des Maîtres. Cbude ne s'arrêta pas là : après avoir comblé de faveurs les Gaulois ses eompatriotes, il octroya le droit de cité h h plupart d'entre eux ; |)lus tanl, il fit rendre, malgré l'opposition furieuse de Taristocratie romaine, un sênatus-consulte qui permettait aux habitants de la Gaule Chevelue <le siéger au sénat et d'être umumés h toutes les dignités de l'empire. Les patriciens ne panloniièreul jamais à Oaude d'avoir fait des mjets do la Gaule les égaux des vieux Romains, et voilà le Mcret de toutes les haines, de toutes les calomnies qui se sont attachées à sa mémoire. En effet, ce sénatus-consulte de l'empereur était |)our la Gaule une conquête immense : il la constituait l'égale de Rome, en l'appelant à [artager avec eelle*ci le commandement des armées, la rédaction des lois, l'administration civile, renseignement des sciences et des lettres ; et les Gaulois allaient pouvoir, comme les Romains, user du droit de faire ou de défaire les empereurs. C'est ce qui arriva pour le successeur même de Claude, pour Néron. Les peuples avaient salué de leurs

acclamations ravénement du jeune prince qui débutait à Tempire en prononçant cette parole touchante, au moment de signer un arrêt de mort : c Je voudrais ne savoir pas écrire. > Hais Tillusion se dissipa vite : la nature maudite de Néron ne tarda pas à se révéler, et Rome eut alors à s*épouvanter du nouveau maître qu*elle s*était choisi. Néron dépassa bientôt les Tibère et les Caligula dans la sauvagerie du crime. Son règne, auquel les anathèmes de la poésie et de l'histoire ont attaché le stigmate de ropprobre, ne fut qu'une longue forfaiture, et l'on se hâte d*y chercher la date où la patience des hommes, poussée à bout, se vengea de ce monstre en le forçant de se poignarder lui-même. Hais ce fut de la Gaule que partit le premier coup qui devait le renverser. L*an 68 de Fère chrétienne, le si^nateur séquanais Juiius Vindex, propréteur de la Lyonnaise, appela la Gaule à s'insurger contre Néron et proclama empereur le vieux Galba, général des légions d'Espagne. Les Séquanais se levèrent à l'appel de leur compatriote ; les autres peuples de l'est de la Gaule, ainsi que ceux du centre et du midi, imitèrent cet exemple, et Juiius Vindex eut bientôt cent mille combattants autour de lui. A la nouvelle de cette insurrection, Néron mit à prix la tête de Vindex ; le généreux Séquanais répondit en offrant sa propre tête en échange de celle du tyran.

Une seule ville de la Gaule n'avait pas suivi l'impulsion générale : c'était Lyon. Vindex marcha contre cette ville, et bientôt il s'en fût rendu maître si le lieutenant de l'empereur, Virginius Rufus, qui commandait l'armée du Rhin, n'eût forcé Vindex d'accourir en Séquanie. Virginius Rufus était Rooiain : mécontent de voir un Gaulois s'immiscer dans les affaires de Rome et se permettre de proclamer un empereur, il entra comme ennemi sur le territoire séquanais, puis marcha rapidement sur Besançon. Cette ville lui ferma ses portes. Vindex était parti en toute hâte de Lyon pour voler au secours des Séquanais, et les deux armées se rencontrèrent sous les murs de Besançon. Avant d'en venir aux mains, Vindex eut une entrevue avec Rufus : les deux généraux semblaient tout disposés à se rapprocher, quand un malentendu fatal poussa les combattants des deux armées h se traiter en ennemis. On s'attaqua : les Gaulois furent mis en déroute, avec uue perte de vingt mille hommes, et Juiius Vindex se tua de désespoir. Hais sa mort ne sauva pas Néron. A la nouvelle de l'insurrection gauloise, Rome s'était révoltée. Le sénat, d'une voLx unanime, condamna l'empereur h être attaché au poteau d'infamie, puis battu de verges jusqu'à ce que mort s'ensuivit, selon l'ancienne coutume ; et Néron se |K>ignarda pour échapper à cet ignominieux châtiment. Galba fut proclamé empereur. Il donna les droits de citoyens romains h tous les peuples gaulois qui s'étaient prononcés en faveur de Vindex, il les dégreva d'une partie des impôts et détacha du pays des Lingons (Langres) des morceaux de leur territoire pour en gratifier les Séquanais et les Éduens. Le nouvel empereur, reconnaissant envers les habitants de Besançon du dévouement qu'ils avaient montré à Juiius Vindex, érigea leur ville en municipe (69 après Jésus-Christ).

Les événements se suivaient de près. L'insurrection de Juiius Vindex datait à peine d'un an, que le Batave Civilis, homme d'une haute intelligence, levait à soti tour l'étendard de la révolte. Civilis était devenu citoyen romain ; mais, tombé dans la disgrâce, ainsi que son frère, qu'il vit périr au milieu des supplices» il avait juré

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de ne pas couper sa rouge chevelure avant de s*étre vengé. Alors il conçut le projet d*arracher la Gaule aux Romains, et d*en former un empire où Ton rétablirait Tancteune indépendance, les anciennes fédérations, Tancien culte : < Les provinces, disait-ii, n*ont été vaincu&s que par les provinces; notre pays n*a succombé que sous ses propres forces; qu*il ne fasse aujourd'hui qu'un seul corps, et le triomphe est certain. » Le nord et Test s*étant soulevés à ces paroles, Civilis attaque les Romains, qu*il bal dans une première rencontre, et, bientôt après, la défection de quelques légions lui procure une seconde victoire. Rome s*inquiète; elle envoie Cérialis avec une armée pour réparer cette double défaite et pour forcer la Gaule à rentrer dans la soumission. Le rôle que joua la Séquanie dans ce grand événement ne doit pas élre pcissé sous silence. La Séquanie, demeurée fidèle ù Tempire, n*avait pas répondu i rappel de Civilis, tandis que les Lingons, jusqu'alors aUiés de Rome, s'étaient mêlés au DHmvement et avaient pris les armes, sur Tinstigation de Julius Sabiuus leur compatriote. Hais l'ambitieux Sabinus, qui se croyait par sa naissance des droits au irAne des Césars, résolut de faire tourner la révolte à son profit, et il prit le titre d'empereur. Il lui fallait maintenant soutenir ses prétentions : or Sabinus était un bomme sans talents, sans prévoyance, manquant de toutes les qualités nécessaires à ceux qui veulent jouer aux révolutions. Il ne tarda pas k prouver que l'insuccès devait rarréter dès les premiers pas; car, sans avoir fait de préparatifs, c il mène à la bâte et confusément, dit le grand historien Tacite, il mène une foule de gens de son pays contre les Séquanais, alliés des Romains. Le combat est accepté ; la fortune se déclare pour les plus braves, et les Lingons sont mis en déroute. » Sabinus prit la fuite. On dira tout à l'heure ce qu'il devint. < La victoire des Séquanais, continue Tadle, ralentit la guerre. Les Gaulois commencent à réfléchir de sang-froid, se rappdlenf leurs engagements et leurs traités. Les Rèmes, donnant l'exemple, indiquent une assemblée des états généraux, afin de délibérer si l'on se décidera pour la paix ou pour la liberté. » L'assemblée de ces états généraux se tint à Reims : la majorité ayant décidé qu'on ne se séparerait pas de l'empire romain, Civilis comprit que sa cause était perdue, et il rentra dans la Batavie (Hollande), son île natale. Cérialis l'y poursuivit. Les passages, rendus impraticables par les pluies et les marais, ne permirent pas k Cérialis d'obtenir des succès décisifs : il y eut même un instant où le gAiéral romain se trouvait dans ime position critique; lorsque Civilis, craignant émeute abandonné de ses Bataves, qui lui reprochaient de sacrifier à son ambition personnelle le repos. In fortune, la vie des citoyens, prit le parti de conclure la |>aix. On lui fit des conditions avantageuses, et il rentra dans ses foyers, où il mourut. Quant h Sabinus, on ne l'avait plus revu depuis sa triste campagne contre les Séquanais. Songeant au châtiment terrible que sa rébellion venait d'assumer sur lui, il avait craint d'être livré aux Romains, et, |)Our leur échapper, il s'était enseveli dans un souterrain secret. L'histoire a rendu célèbre cette retraite, où Sabinus vécut neuf ans, ignoré des dieux et des hommes, mais ayant, pour se consoler, raffection ingénieuse et touchante* d'É|>onine son épouse, de cette noble et vertueuse Éponine que Ton vit, par un sentiment d'abnégation sublime, se consacrer sans relâche, durant ces neuf années, â l'infortune de son mari, et devenir sa compagne dans ce tombeau vivant où Tnmour la rendit deux fois mère. L'histoire n dit aussi que Sn-

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binus, se hasardant un jour à quitter sa prison souterraine, fut reconnu, fut conduit h Ronfle avec sa femme et ses deux enfants, et jugé par l'empereur Vespasien. Éponine s*étant prosternée devant l'empereur avec ses enfants : « Vois, César, lui ditelle, je les ai engendrés et nourris dans les tombeaux pour que nous fussions plus de suppliants à t*implorer. » Vespasien ne se laissa pas toucher; il se sentit le triste courage d'ordonner le supplice de Sabinus. « Fais-moi donc mourir aussi ! s'écria l'héroïque Éponine en se relevant flèrement; car j'aime mieux les ténèbres de mon antre que la lumière du jour en face de Vespasien empereur. » Et elle suivit son époux au supplice, c On ne vit,, dit Plutarque, on ne vit jamais rien de si déplorable, ni qui fit tant d'horreur aux dieux et aux hommes, que cet acte de cruauté. » C'était bien lâche en effet.

Vespasien eut pour successeur son fils Domitien. Celui-ci ne serait guère qu'un nom dans la série des empereurs romains s'il ne s'était rendu célèbre par un acte incroyable : en l'an 9â de l'ère chrétienne, il ordonna par un édit de bire arracher toutes les vignes de la Gaule Chevelue, et Tordre fut impitoyablement exécuté. A quelle cause pouvait-on attribuer cette funeste mesure? Une disette l'avait provoquée : Domitien sMmaginait apparemment que les vignobles, en prenant trop d'extension, nuisaient aux céréales. L'édit impérial portait un coup sensible aux Séquanais; car, h cette époque, le commerce des vins était, avec le commerce des salaisons de porc, la principale source de leurs richesses. La vigne, transplantée en Séquanie dès les premières années de l'ère chrétienne, y avait bien réussi, grâce à l'heureuse eomplexion du sol, et Pline nous apprend que certains des vins de cette province étaient renommés dans l'empire. I^a réputation des vignobles de notre Franche- Comté date de loin, comnie on le voit.

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