CHAPITRE CINQUIÈME
Les Burgondes. — Leurs mœurs et caractère. — Leur établissement en Séquanie. — Premier royaume tle Bourgof^ne ; Gondicaire. — Le patrice Aétius. — Double défaite des Bourguignons. — Attila ; s» défaite dans les plaines de Chàlons. — Son passage en Séquanie. — - Le patrice Ricimer ; rentrée des Bourguignons en Séquanie. — Partage des terres. — Hilpérie et Gondioe. — Gondebaud et ses frères; guerre entre eux. — Clovis et Clotilde. — Situation de Gondebaud. — Sa paix avee Clovis; mort deGodeghisel. — Administration de Gondebaud. — Les farons. — Loi Gombette. — Situation de la Sé<|uanie; sa division en cantons. — État des villes. — Mort de Gondebaud. — Sigismond et Gondomar. — Retraite de Sigismond au monastère d'Agaune ; meurtre de Sigerie. — Première invasion de la Bourgogne par les Als de la reine Clotilde. —Défaite de Sigismond ; fin tragique de ce prince et de sa famille. — Donation de Sigismond au monastère d'Agaune. — L'abbé de Mici. — Deuxième invasion de la Bourgogne. -— Victoire de Gondomar. — Troisième invasion de la Bourgogne. — Défaite et mort de Gondomar. — Fin du premier royaume de Bourgogne.
Parmi les peuples barbares que leur deslinée appelait au partage de Fempire romain, il s*en trouvait un qui doit fi.Ker particulièrement notre attention : ce sont i(*s Burgondes ou Bourguignons. L'histoire nous apprend que les Burgondes (Burg- Gund), dont le nom signifie les guerriers-associés, les guerriers se cautionnant, se garantissant mutuellement, avaient une origine germanique; ils venaient, ainsi que les Vandales, des plages et des Iles de la Baltique (Poméranie, Prusse). En 260 de ^^re chrétienne, on les voit, avec d'atitres Barbares, s'avancer vers le Rhin; mais, dix-sept ans plus lard, l'empereur Probus les oblige k regagner leur ancienne patrie, oit ils restent tranquilles pendant h peu près un siècle. En 365 on retrouve les Burgondes au delh du hautElbe, sur les rives de la Saaie; ce Tut alors que l'empereur Valeniinieu les appela comme alliés et s'en aida pour repousser les Alamans qui renouvelaient leurs invasions. Lorsque, après la retraite des Alamans, Valentinien vit les Burgondes se comporter à leur tour hostilement en Gaule, il rompit avec eux ; et ceux-ci s'en retournèrent, Irrités, dans l'intérieur de la Germanie, en attendant l'occasion de se rapprocher du Rhin. La grande invasion de l'année 407 la leur fournit. Quelques historiens rapportent à cette même année l'entrée des Burgondes en Séquanie; d'autres affirment qu'ils n'y pénétrèrent qu'en 413. Cette dernière opinion est la vraie. Les Burgondes avaient profité des bouleversements de Tannée 406 pour s'avancer jusqu'au Rhin, où ils s'arrêtèrent; et un peu plus tard, Gunther ou Gondicaire leur chef noua des relations avec Jovinus, seigneur gaulois, qui de son côté songeait à profiler de l'état de confusion générale où se trouvait l'empire, pour s'élever au trône des Césars. Effectivement Jovinus, soutenu par Gondicaire, prit en 41 1 la pourpre impériale à Mayence, et l'on croit que le nouvel empereur reconnut les services du chef des Burgondes en lui cédant |)Our les siens et pour lui quelques terres de l'empire, voisines du Rhin. Ce fait a paru douteux; mais ce qui ne Test pas, c'est qu'en 413 les Burgondes s'avancèrent en corps de nation vers la Germanie
FRANCHE -(M)MTK BARBARE. 99
supérieure et s'étendirent dans les campagnes entre les Vosges et le Rhin jusqu'au Jura. Rechercher à ipielles conditions précises ils furent reçus en Séquanie, ou bien à quel titre ils y prirent possession d'une |)ar(ie des terres, c'est vouloir résoudre une question i peu près insoluble : on sait seulement (pie rem|)ereur Honorins leur pennit de se cautouner sur la rive gauche du Rhin, \m\r dérendre contre les Alaluans la frontière de la Gaule ; et les Burgondes, considérés dès lors connue soldats romains, durent nécessairement être entretenus et nourris aux frais de Tempire : mais si l'on se rappelle que l'empire, épuisé de ressources et de finances, en était réduit depuis longtemps à vivre d'expédients, il ne paraîtra pas invraisemblable de supposer que les Burgondes se firent donner des portions de terres à titre de solde. L'histoire nous représente les Burgondes avec une taille colossale, une force de cor|is prodigieuse, tme voix rauque, une figure grossière. Ils |>ortaient de longs cheveux blonds, qu'ils enduisaient de iKiurre rance, afin de les entretenir luis;u)ts. Ib aimaient beaucoup les boissons spiritueuses, (|u'ils regardaient comme le plus délicieux des breuvages ; ils préféraient la eliair des animaux h toute autre nourriture, mais il était rare que l'oignon et l'ail ne tissent pas partie de leurs repas. Les Burgondes, comme autrefois les Gaulois, recherchaient les festins copieux ; et quand rivresse les gagnait, ils chantaient d'une voix forte et gutturale les exploits de leurs ancêtres. Lorsqu'ils étaient sur le point de livrer une bat^ulle, ils poussaient des hurlements sauvages, à dessein d'effrayer leur ennemi; mais, une fois la lutU3 engagée, ils ne reculaient pas et ne fuyaient jamais : fuir était, pour eux, le coud>le fie Topprobre. Leur chef, nonuné fiemUn, ne se rendait pas ; il mourait en coudKittant. Ce chef était élu |)ar acclamation : s'il |>enlait une bataille, ou s'il compromettait par quelque imprudence le sort de l'armée, on le déposait. Du reste, les Burgondes avaient l'humeur assez pacifique ; on ne retrouvait chez eux ni cette brutalité ni cette fureur guerrière (pii distinguaient les autres peuples barbares. Il faut dire que les Burgondes, aussitôt après leur ét;d)lissement en Gaule, s'étaient Iaiss4''s convertir au christianisme, et cela n'avait |)as peu contribué sans doute à l'adoucissement de leurs mœurs, instinctivement débonnaires, c II parait, dit le célèbre Augustin Thierrv' dans ses Lettres sur l'histoire de France, il parait que cette bonhomie, qui est l'im des caractères actuels de la race germani(|ue, se montni de bonne heure chez ce peuple.... Prestpie tous les Burgondes éUiient gens de métier, ouvriers en charpente ou en menuiserie. Ils gagnaient leur vie à ce travail dans le> intervalles de paix, et étaient ainsi étrangers à ce double orgueil <lu guerrier et du propriétaire oisif, qui nourrissaient l'insolence des autres conquérants barbares.... Cantonnés militairement dans une grande maison, ))0uvant y faire le rôle de maîtres, les Burgondes faisaient ce qu'ils voyaient faire au client romain leur noble hôte, et se réunissaient de grand matin pour aller le saluer par les noms de père et d'on(*1e, titre de res|)ect fort usité alors dans l'idiome des Germains. Ensuite, en nettoyant leurs armes et en graissant leur longue chevelure, ils chantaient à tue-tétejeurs diansons nationales, et, avec une bonne humeur naïve, demandaient aux Romains comment ils trouvaient cela. — Ils vivent innocemment, dit un historien du cinquième siède, Paul-Orose, et traitent les Gallo-Romains non comme des sujets, mais comme des frères. »
Il y a sans doute quelque peu d^exagéraliou dans celte phrase de rhislorieD Paul- Orose : toutefois on doit croire qu'en Séquanie les indigènes vécurent, dès le principe, en bonne intelligence avec leurs nouveaux hôtes. A la vérité, les familles sénatoriales soufTrirent de voir les Burgondes s'approprier une partie de leurs terres; mais les classes inrérieures se trouvèrent un peu moins malheureuses qu'auparavant: pour elles, la domination des Barbares était un bienfait en comparaison de la domination impériale. La tyrannie des empereurs devenait plus intolérable et plus cupide h mesure que leur échappaient les ressources et la puissance; et leur pouvoir, représenté par des agents qui ne se lassaient pas d'être impitoyables, faisait peser sur le peuple un malaise, des souffrances, une misère qui n'avaient pas d'interruption : on créait chaque jour de nouveaux impôts, d'autant plus lourds à supporter que les guerres et les invasions avaient ruiné l'agriculture et paralysé toute industrie; d'autant plus révoltants à payer, qu'ils étaient répartis avec une criante injustice et perçus avec une odieuse barbarie. Aussi les petits et les faibles, sur qui retombaient toutes les charges, n'aspiraient-ils qu'à secouer le joug; ils maudissaient cette fatale domination romaine qui ne cessait de les opprimer et ne pouvait plus les défendre. Ils en étaient venus à soupirer après l'établissement des Barbares ! Dans la Séquanie, les petits et les faibles formaient les trois quarts de la nation ; et pour qu'un peuple en arrive à désirer le joug de l'étranger, il faut que, depuis longtemps, ses souffrances aient dépassé la mesure de toutes les souffrances humaines. L'histoire des douleurs de la Gaule en ces néfastes jours est tout entière dans ce mot terrible d'un orateur à l'empereur Théèdose : c L'Italie et l'Espagne ont leurs maux, lui disait-il; mais ces maux ne sont point sans consolation : là, le mal public commence et Gnit. Dans la Gauley il est éternel. »
Les Séquanais ne s'étaient pas trompés : ils gagnèrent au changement de maîtres. Les Burgondes, en quittant leurs âpres régions, ne le faisaient pas avec l'intention d'opprimer les peuples auxquels ils venaient se mêler ; ils ne voulaient que vivre sous un ciel plus doux. ILs se contentèrent des terres et des habitations qu'ils s'étaient appropriées; mais ils ne songèrent pas à grever d'impôts leurs sujets. Sous leur empire, les Séquanais échappèrent à ces contributions ordinaires et extraordinaires sur les biens et sur les personnes, à ces tributs levés arbitrairement sur les marchandises, l'industrie et les objets de consommation, à cette taxe du vingtième sur les legs et les héritages, à ces dons gratuits faits aux empereurs lors de leur avènement, endn à ces mille exactions qu'inventait la liscalité romaine pour tirer (les peuples leur sang et leur sueur. Les Burgondes ne songèrent pas non plus à s'immiscer dans le gouvernement inlérleur des cités ; ils laissèi*ent aux Séquanais leur administration municipale, leurs institutions romaines, leur magistrature : les deux peuples vécurent sur le pied de l'égalité la plus parfaite, et chacun selon ses lois. Seulement les Burgondes, en s'établissant dans la Gaule, conservèrent à leur chef militaire le titre de roi et donnèrent à la portion du territoire qu'ils occupaient, le nom de royaume, c'est-à-dire État indépendant et ne reconnaissant d'autre puissance que celle qui résulte de son gouvernement propre. Le premier roi des Burgondes fut ce Gunther ou Gondicairedont nous avons précédemment parlé, et que Ton peut considérer comme le fondateur du premier royaume de Bourgogne.
mA!fCIIK- COMTÉ BARBARE. lOl
(/fniUnt les BourguigDODs (ainsi les appellerons-nous désonnais) ne devaient
(u^ iooj^unps rester en possession des terres qu ils occupaient dans la Séquanie.
ù \tu\)k a\aii, comme tous les peuples barbares, la monomanie de s*agrandir : à
i finuple des Franks et des Wisigotlis, il voulut étendre sa puissance territoriale, et,
V nr{wifHiant au delà des Vosges jus(|u à la Moselle, il se jeta dans les provinces
[^t>, où la bagauderie s*était violemment réveillée : mais cette ambition des Bour-
:m(}»ms leur coûta cher! La fortune venait d*envoyer à Fempire romain, croulant
irUHiirs parts, un bomme (|ui devait passer sa vie à retarder la chute du colosse :
( riiu k céit-bre Aétius. En 435, le patrice Aétius attaqua les Bourguignons, leur
tiu \iD;n mille hommes, fon;a leur roi (lOndicaire à demander la \m\ et «^ se recoii-
uitff uibutairt* de Tempire. Gondicaire ne sunécut |>as longtem|)s à cette défaite :
u Btrtoe année il fut soudainement assailli par les farouches Huns, dont Aétius s*étail
<jit (lr> au&iliaires, et les Huns « détruisiretit Gondicaire avec son peuple et s;i
rxr, > du le chroniqueur Prosper d'Aquitaine. On ignore quel fut, de la |Kirt des
HuQN, le motif de cette agression meurtrière : (|ueh|ue nouvelle entreprise de Gon-
dNiirv y avait-elle donné lieu, ou bien Aétius avait-il |)Oussé ses féroces auxiliaires
j if ilebarrasser des Bourguignons, qui Tinquiétaient encore malgi'é leur premièrt*.
Waiief on est réduit à supfioser Tune ou Tautre de ces raisons. Sans prendre à la
yupi la ptirase hyperbolique de l*ros|)er d'Aquitaine, il est certain que si la victoire
•l^^ Huns ne détruisit pas la nation liourguignonne, elle Taflaiblit considérablement
i-i la mit à la discrétion d* Aétius ; car ce génénd transféra les débris des Bourguignons
•bihU Sabautlie (Savoie^ province plus vaste alors que la Savoie de nos jours, et
•itti N Hendail juM]u au midi de la Sé(|uanie. L*é|)oque à laquelle les Bourguignons
n*Rtrm>oi en Sé(|uanie ne nous est pas précisément connue; seulement, vers 4i3,
'»Q ks retrouve cantonnés entre Tlsère et le Rhône, où le patrice Aétius leur avait
i*(tnuN(le s'établir, en leur concédant une {Kirtie des terres de cette contnH.*. Sept
^^ plus tani on les voit ()uilter les bords de l'Isère et du Rhône et se diriger en
uu!«*< \ers In Loire : ils arrivaient au rendez-vous général qu'Aétius avait assigné à
î'-tt^b iruerriers de la Gaule iiour rejïousser la terrible invasion des Tartares. L'his-
("<r)e a raconté ré|)Ouvante des populations à ras|)ect de ces hideux brigands au teint
^1»^'. au crâne pointu, au visage aplati, qui vivaient de viande crue et de sang, et
I»** loti croyait nés de raccouplement des démons avec les sorcières du Nonl. Ils
iUifni pour chef ce farouche Attila, qui s'api^elait liii-ménie le Fléau de Dieu, le
^<*au de l'uiiivers, et qui ne voulait j>as, disait-il, que jamais moisson repoussât
ij 00 soii cheval au pied brûlant avait fiasse. La nombreuse armée d'Aétius et l'in-
i^)l»ral>l** année dWttila s'entre-cho(]uèrentdans les plaines de ChJUons-sur-Mame ;
'^«kiix armées sendilaient couvrir toute une province de leurs t^uriullons d'hommes
't tle di**\au\. € i]c fut, dit riiistorien Jornandès, ce fut une lutte horrible, immense,
"^'•uif : ranli^piilt* ne raconte rien de siMnblable, et il s'y til de tels exploits, que
^t Cl' que fœil humain avait jaiuais pu voir n'était rien auprès. On mounit de part
^ d'juuv ilans des massacres incalculables.... Les vieillards racontent qu'un petit
'^tt'^tau (|ui coubit à travers le champ de bataille, grossi non par les pluies, mais
^ uoe li^iueur inaccoutumé!*, fut changé en torrent et roula des flots de sang. >
Cette edroyable bataille eut lieu Tan 4ol de l'ère chrétienne. D'après l'Espagnol
iiïi FRANCHK - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
Idace, auteur contemporain, trois cent mille guerriers périrent des deux iKirts ce jour-là! Le terrible Attila fut vaincu ; mais il lui restait encore tant de soldats, il éuit encore si menaçant après sa défaite, qu'Aétius n'osa le poursuivre. Par cette victoire d'Aétius, la Gaule et l'Occident, c'est-à-dire la civilisation européenne, furent sauvés de la domination tartare, c'est-à-dire de la barbarie.
Attila reprit lentement, avec les restes de ses hordes, le chemin de la Germanie. Dans sa retraite il traversa le territoire séquanais ; c'est dire que la dévastation marqua partout son passage. Luxeuil vit la torche des Tartares se promener dans ses rues, détruire ses édifices publics et ses monuments religieux. La ville de Grannum (aujourd'hui Saint-Loup sur FAngronne) fut aussi visitée par les hordes d'Attila. Les habitants de Grannum, à l'approche du Fléau de Dieu, s'étaient retirés dans leur forteresse, anciennement construite par les Romains, et capable d'une longue résistance : mais les Tartares, s'en étant rendus maîtres, brûlèrent la ville après avoir massacré la population. Ces farouches brigands rencontrèrent Besançon sur leur chemin ; ils n'y laissèrent que des cendres ; Besançon en demeura cinquante ans désert. Mandeure éprouva le même sort : ses temples et ses édifices s'abimèrent dans le feu, car les hordes d'Attila ne procédaient que par le massacre et la flamme. La malheureuse ville d'Antre, déjà si maltraitée durant les invasions des Alamans, eut encore à subir le passage des Tartares; elle laissa dans leurs mains le dernier débris de son existence. Depuis lors il ne fut plus question de cette ville, non plus que du magnifique monument des Chambrettes à Poligny. C'est que partout où passait Attila, c'était le génie de la destruction qui passait : n'avait-il pas dit que l'herbe ne devait plus renaître sur le sol où se posait le pied de son cheval? et k Fléau de Dieu ne justifiait que trop souvent ses sauvages paroles. Après le terrible passage des Barbares, la Séquanie resta longtemps muette de douleur et d'efTroi.
Pendant qu'Attila s'en allait mourir en Pannonie d'un excès d'intempérance, le grand Aélius, son vainqueur, toqibait lâchement assassiné de la main de son jaloux maître, l'empereur Vaientiniéti III, et sa dignité de patrice était recueillie par Ricimer, ce fameux Suève qui précipita quatre empereurs dans la tombe. Ricimer, dont la sœur avait épousé Gondioc, fils de Gondicaire et second roi des Bourguignons, se montra favorable à ceux-ci : car ils envahii*ent, avec le consentement de ce patrice, les deux rives de la Saône, c'est-à-dire tout le pays éduen et séquanais, et s'approprièrent la moitié des terres appartenant aux familles sénatoriales gauloises, c Le territoire, dit Savigny (Loi des Burgomles), ne fut pas pris en masse et divisé entre tous les Burgondes, mais on assigna à chaque Burgonde un héritage que le Romain propriétaire dut partager avec lui. Le Romain, par rapport au Burgonde, est ap|)elé fu)spes (hôte), et réciproquement. La propriété que le partage donnait au Burgonde s'appelait sors (sort, lot), et son droit, hospitalitas,... Les Burgondes curent ki moitié des cours et jardins, les deux tiers des terres labourées et le tiers des esclaves. » On croit que ce partage eut lieu en l'année 456. A quelque temps de là, Ricimer conféra le titre de maître des milices à Gondioc ; un peu plus tard, il conféra le titre de patrice à Hilpéric, frère de Gondioc ; et les deux chefs bourguignons profilèrent de ces dignités pour agrandir encore leur territoire : ils.occupèrent sans résistance Lyon, Vienne, Genève, puis ils s'avancèrent sans éclat des bords du
FRANCHE-COMTt' BARDAHE. 1(0
Doubs, de a SaAnc et de TYonne jusqu'à ceux de la Durance, après avoir fait •tecepter leur autorité aux villes de la Première Lyonnaise, de la Séquanie et de la Viennoise. On ignore à quelle époque mourut Hilpéric; on sait seulement qu'il s*éteîgnit sans postérité. Quant à Gondioc, son Trère, il mourut vers 463, laissant quatre fils, Cliilpérie, Godeghisel, Gondomar et Gondebaud, qui se partagèrent ses vastes domaines. Chilpt^ric eut Vienne; Godeghisel, Besançon; Gondomar, (^enève; tiondebaud, Lyon et peut-être Autun ; et les quatre princes exercèrent dans leurs possessions respectives tous les droits souverains. C'était établir un précédent bien ftanesle que de partager tm État comme on Tait d'un héritage de famille : des disoordes, des guerres, et, par suite, des soulTrnnces pour les peuples, devaient être h conséquence inévitable de cette faude erreur en droit public. iNous allons en trouver une preuve douloureuse dans la conduite que tinrent les Tds de («ondioc.
Le premier effet de cet imprudent partage fut d'allumer entre les quatre frères une guerre impie, d'où l'un d'eux ne sortit vainqueur qu'en se couvrant d'un triple fratricide. Chilpéric et Gondomar se liguèrent d'abord contre (>odeghisel et Gondebaud, les attaquèrent avec l'assistance d'auxiliaires allemands, les chassèrent de leurs capitales et régnèrent seuls quelque temps en Bourgogne. L'un des vaincus, IkMulebaiid, s'enfuit en Italie, mais il repassa les Alpes vers les derniers mois de ranuée 473 : il venait se venger de ceux qui l'avaient dépouillé et chassé. Secondé par un corps de ses partisans et par son frère Godeghisel, il vainquit Chilpéric et Gondomar : Chil|)éric fut ()ris ; Gondebaud le poignarda de sa propre main. Le meurtrier ne s'arr^ti pas \h. Chilpéric laissait une famille dont la vengeance était h craindre : (k)ndebaud v mit ordre en faisant d'abord massacrer les deux fds de son firère, puis en faisant précipiter sa veuve dans le Rhône, avec une pierre au cou. Restaient deux filles : Painée, Chrone, fut jetée dans un cloître, où elle mourut; la plus jeune fut enfermée dans un château. Klle devait en sortir un jour pour venger sur la famille de (fOndebaud l'assassinat des siens : car la jeune prisonnière était celte fameuse Clotilde qui devint l'épouse de Clovis, le fondateur de la monarchie française.
GondeiKiud n'avait pas le compte de ses victimes : il lui manquait son frère Gondomar. Celui-ci se croyait en sAreté dans une tour où il s'était réfugié; Gondebaud Vj fil brûler vif! Après ce double fratricide, Gondebaud et Godeghisel se partagèrenl le royaume de Bourgogne : le premier eut le pays entre le Rhône et la Durance, arec Lyon pour capitale; le second eut la Sé(|uanie et THelvétie, et s'établit à Genève. Go<leghisel devait périr h son tour d'une manière aussi onielle que son frère Gondomar; mais avant de dire comment eut lieu cet événement, il est nécessaire d'expliquer les circonsLinces qui l'amenèrent.
La puissance des Franks, représenltV» par Clovis, grandissait de jour en jour dans b Gaule : elle travaillait activement à conquérir la suprématie sur la puissance des Wisigolhs et celle des Bourguignons, qui seules pouvaient contrebalancer la sienne. Ctovis, homme doué de qualités supérieures, et trop ambitieux pour se contenter d'être chef de tribu, avait conçu le projet de s'approprier la Gaule, en en expulsant les autres possesseurs. Li célèbre batiille de Soissons, qu'il gagna sur Syagrius, roi des Romains, et qiii détruisit le reste de rinfliienre romaine en Gaule, vint à
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I*appiii de ses projets de domination. La non moins célèbre victoire de Tolbiac, qu*i remporta plus tard aux bords du Rhin sur les Allemands, acheva d'arranger les événements au gré de ses vues ambitieuses. Sa conversion au christianisme fit le reste. Cette conversion était en grande partie Tœuvrc de Clotilde sa femme, et nièce de Gondebaud; car Gondebaud avait commis la faute immense d*accorder k Clovis la main de cette Clotilde dont il avait fait mourir le père, la mère, les deux frères, et dont il détenait injustement les biens. C'était offrir à Tambitieux et puissant Clovis une occasion toute naturelle de reconquérir Théritage de sa femme; c'était donnar à l'implacable Clotilde le moyen de venger le massacre de sa famille : ni l'im ni l'autre ne devait manquer à son rôle. Le cri de Clotilde, en entrant dans la première ville du domaine de son époux, disait assez tout le ressentiment qu'elle couvait au fond de l'âme : « Dieu puissant, je te rends grâces! s'était-elle écriée; je vois enfin commencer la vengeance de mes parents et de mes frères! »
La conversion de Clovis à la foi chrétienne avait profondément réjoui l'Église. Celle-ci, voyant la puissance romaine s'écrouler, songeait â remplacer la politique par la religion, c'est-â-dire à faire succéder un empire spirituel à l'empire temporel; mais, pour fonder cet empire, il fallait l'appui d'une épée, et l'Église avait à choisir entre celle des Bourguignons, des Wisigoths et des Franks. Les princes bourguignons etwisigoths étant attachés à l'arianisme', l'Église ne vit pas d'avenir chez eux, et se tourna du côté de Clovis, l'illustre chef des Franks. Le peuple jeune, vigoureux, encore tout sauvage, qu'il commandait, semblait merveilleuseroenl propre à recevoir le dogme de la doctrine évangélique; de plus,, le nom et In vaillance des Franks étaient répandus dans la Gaule et y faisaient vivement désirer leui domination. L'Église pouvait donc à juste titre se réjouir de la conversion de Clovis; elle avait trouvé dans ce prince le point d'appui qu'elle cherchait : dès lors, elk l'entoura de flatteries, d'hommages, de respects; elle le regarda comme son Élu. elle l'appela le nouveau Constantin ; elle l'engagea même à chasser de la Gaule ki Wisigoths et les Bourguignons. L'ambitieiix Clovis n'aspirait qu'à ce but. Du reste la vindicative Clotilde était là pour l'aiguillonner; et Gondebaud, le roi de Lyon, eu à trembler. Quant à son frère Godeghisel, il s'entendait secrètement avec le ro des Franks : quoiqu'il feignît de s'apprêter à secourir Gondebaud, il avait promis ; Clovis de lui payer un tribut annuel s'il l'aidait à devenir roi de toutes les Bour gopes.
Gondebaud, avons-nous dit, était arien. Effrayé de l'orage qui le menaçait, i convoqua les évêques catholiques et leur adressa cette question : c SI votre foi es la vraie, pourquoi n'empéchez-vous pas le roi des Franks de me faire ki guerre ei
* L'ariaoisme, dout le nom venait d'Arius, prêtre du quatrième siècle, était ttiit célèbre héréiie qui, « i Tombre d'une métaphysique très-futile et très-obscure, en venait à détruire le mystère de la Trinité, en admettant que le Père seul était incréé. C'était nier en réalité la divinité de Jésus-Clirtit : question vitale pour le christianisme, qui devenait ainsi une doctrine inventée, et non une refifiM révélée ; c'était déclarer que son fondateur était faillible; donc, que TÉvangile n'était pas lexprema dernière de la morale, et, par conséquent, qu'un législateur mieux inspiré pourrait apporter ub jotr une loi plus parfaite. Si l'arianisme eût triomphé, il réduisait VÈ^Vm à n'être qu'une secte éiroite, éphémère, et il faisait retourner le genre humain dans les voies du passé. • (Théophile La valide, Histoire de» Français, tome !•', page 66.)
FRANCHE -COMTI:: BARBARE. 10S
de se ligner avec mes ennemis pour me iienlre? Comment conciliez-vous avec la véritable religion Tambilion insatiable et la soif du sang des peuples qui dévore Clovis? Que le roi des Franks montre sa foi par ses œuvres. — Nous ne savons, répondit Avitus, évèqiie de Vienne, pourquoi le roi des Franks fait ce que vous dites; mais rÊcriture nous apprend que le Seigneur suscite des ennemis de toutes parts contre ceux qui se déclarent ses ennemis : revenez avec votre peuple à la loi de bieu ; il donnera la paix à votre royaume. > On se querella pendant deux jours siDS pouvoir se convaincre réciproquement, et Gondebaud fit ses préparatifs pour la gtierre. Son frère Godeghisel se réunit à ses drapeaux avec des troupes helvétiennes et séqiianaises. Les bostilités éclatèrent au printem()s de Tannée 5()0, et ce Tut près de Dijon que les deux rois bourguignons rencontrèrent Clovis : c Mais, dit Grégoire de Tours, tandis que l'on combattant aux bords de la rivière d*Oucbe, Godeghisel se joignit tout à coup à Clovis, et leurs armées réunies accablèrent le peuple de Gondebaud. Celui-ci, voyant la traliison de son frère, tourna le dos, s*enfuit vers le Rhône, et courut, le long des rivages et des marais de ce fleuve, jusqu*à la ville d* Avignon, où il s*enferma. Godeghisel, ayant ainsi obtenu la victoire, promit à Clovis de lui céder une partie de son royaume, et, se séparant pacifiquement d'avec les Franks, entra triomphant à Vienne, comme s'il eut déjà |)Ossédé tout le royaume. >
Pendant ce temps, le roi Gondebaud, retiré dans Avignon, y vivait en proie à de mortelles inquiétudes. Sa défaite sous les nmrs de Dijon venait de renverser toute sa^issance : il n'avait plus à compter sur son armée, en partie détruite par Clovis, en partie séduite par Godeghisel ; puis, à la première nouvelle de son échec, il avait vu ses villes d'Autun, Lyon, Vienne, Valence ouvrir leurs portes aux Franks : il ne lui restait qu'Avignon ; et les guerriers de Clovis assiégeaient cette cité, sa dernière ressource et son dernier asile. Kn cette |>osition, c le roi Gondebaud, nous apprend Grégoire de Tours, manda |)r('s de lui Arédius, homme illustre, prudent et sage.
< Les angoisses m'assiègent de toutes parts, lui dit Gondebaud, et j'ignore ce que « je dois faire, parce que les Franks sont venus sim* nous afin de nous tuer et de « détruire tout le pays. — Il te faut adoucir, répondit Arédius, la férocité de Clovis * pour ne point |)érir : si tu y consens, je feindrai de fuir d'auprès de toi et de passer « de son côté ; et, lorsque j'aurai trouvé accès près de lui, je ferai en sorte qu'il ne « détruise ni toi ni le pays, pounu que tu accomplisses ce qu'il te demandera par « mon conseil.— Je ferai, reprit (^ndebaud, tout ce que tu me prescriras. > Aré- «lius va trouver Clovis : € Voici, lui dit-il, que ton humble scnileur, très-pieux roi, € se remet en ta puissance, délaissant ce misérable Gondebaud. Si ta miséricorde € daigne jeter un reg-ard sur moi, toi et les tiens aurez en moi un homme fidèle et 4 dévoué.... Si la gloire de ta grandeur, ô roi, voulait écouter les paroles de mon € humilité, quoique tu n'aies pas l)esoin de conseil, je te donnerais en toute sincérité « un avis profitable pour toi et pour les cités par lesquelles tu te proposes de passer.
< Pourquoi retiens-tu ici ion armée, tandis i\ue ton ennemi réside dans un lieu très- « fort et inaccessible? Tu dépeuples les champs, tu mets à nu les prairies, tu c arraches les vignes, tu coupes les oliviers, et tu détruis tous les fruits de la € contrée; mais lu ne par\iens pas à nuire à (.ondebaud. Envoie-lui plutùl une
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a ambassade et impose-lui un tribut (lu'ii te payera chaque année, afîn que la a contrée soit sauvée, et que tu commandes à perpétuité à ton tributaire. S*il refuse, « alors tu feras ce qu'il te plaira. »
Le conseil d'Arédius fut suivi par Clovis : le roi des Fraiiks consentit à lever le siège d'Avignon, à condition que Gondebaud lui payerait un tribut annuel et so reconnaîtrait son soldat; et Gondebaud, trop beureux de se sauver à ce prix, s'empressa d'accepter. Clovis s'étant retiré, le roi bourguignon s'occupa « de reprendri» des forces, » comme dit Grégoire de Tours, pour se venger de la trahison de Codeghisel. Celui-ci ne se croyait pas si près d'une catastrophe. Tout à coup Gondebaud, à la tête d'une puissante armée, traverse l'Isère, marche droit à son frère Godeghisel, le met en déroute, le poursuit jusqu'à Vienne et l'y assiège. Une surprise le rend maître de la ville : il fait passer par le conduit d'un aqueduc un corps de ses soldats, qui ouvrent aux assiégeants les portes de la ville; et Godeghisel, se voyant perdu, se réfugie dans une église, avec l'évêque arien de Vienne. Cet asile ne le sauva pas; Gondebaud l'y fit massacrer, lui et l'évêque. « Ce fut ainsi, dit Grégoire de Tours, que Gondebaud, recouvrant le royaume qu'il avait perdu, et acquérant celui que Godeghisel avait possédé, devint roi de toute la Bourgogne. » Mais ces guerres fratricides avaient appris aux Franks le chemin de cette même Bourgogne : ils devaient bientôt le reprendre !
D'après ce que rapporte Avitus, évéque catholique de Vienne, le roi Godeghisel, pressé par un besoin d'argent, avait, quelque temps avant sa mort, altéré dans ses États la monnaie d'or en y mêlant du cuivre.
' Une fois maître des possessions de ses trois frères, Gondebaud s'efforça de faire oublier aux peuples à quelles conditions il avait acquis le royaume de son père Gondioc. Il y réussit par la sagesse de son gouvernement, par les changemenU^ utiles et les intelligentes réformes qu'il introduisit dans l'administration de ses États; car Gondebaud était un honmie d'un esprit supérieur, comme le prouva ce fameux code de lois connu sous le nom de Loi Gombette, qu'il promulpa vers l'année SOJ* Il fut porté, dit-il dans le préambule, à rendre cette loi « par l'amour de la justice, qui est agréable à Dieu et qui fait la véritable grandeur des rois. » La loi Gombettga rédigée au château d'Ambérieux en B'igey, se composait de quatre-vingt-neuf titreî= et portait au bas la signature de trente-deux comtes. Ces signatures ont une hauti importance; elles nous apprennent qu'il existait à cette époque, en Bourgogne, une aristocratie héréditaire avec laquelle le chef de la nation était obligé de compter. Ei effet, c'est avec le concours et le consentement des comtes que Gondebaud délibèn et promulgue son code de lois ; c'est aux comtes, c'est à leur race qu'il en confie l'exécution. Dans l'origine, le nom de comte signifiait conqfognon (du mot cames); on appelait ainsi les hommes qui s'attachaient à la fortune du chef de la nation, qui le suivaient en toutes ses entreprises, lui promettaient fidélité; et le chef accordait à ses compagnons, en récompense de leurs services guerriers, des terres désignées sous le nom de bénéfices {feh-od, solde-propriété, d'où feudum, fief). En Bourgogne, les compagnons appartenaient à la classe des faramen ou forons^ c'esl-àdire chefs de familles, par extension chefs de clans. Lors du partage des terres, ils en avaient obtenu des portions plus ou moins considérables, selon le rang qu'ils
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«1 ti(Qieiit, et ce fut \h TorigiDC des grandes seigneuries. La jouissance d'un bénéhff (kuit, il est vrai, cesser de plein droit à la mort de celui qui le possédait ; mais Al fût de choses n*avail pas duré longtemps. A mesure que la race bourguignonne w^ ^Ut Hus solidement établie sur le sol gaulois, les comtes bénéficiaires tendirent > V* constituer en une aristocratie héréditaire et territoriale ; de son côté, le luiidin ifionnjtgiion, qui n*était dans le principe qu'un cher d'armée, voulut transformer y« ctnumandement militaire en une royauté absolue : il en résulta des conllils. \jx mvB\t nouvelle chercha dès lors à traiter les l)éné(iciaires en sujets : ceux-ci réslsl'tfDt; et coomie en eux résidaient la force et le courage, ils obligèrent le souverain a roofinner leurs privilèges. C'est ainsi que prit racine cette aristocratie territoriale «|in devait en arriver à délniire le pouvoir «les rois ; c'est ainsi que commenta ri{ipro(iriatioD héréditaire des domaines : en d'antres termes, on voit |)oindre là rdle tendance qui constituera plus tard la su[)ériorité du sol sur l'individu, on y •Immvrc le germe d'où sortira le régime féodal; et les descendants des furom de Uiodetaud seront un jour les hauts et puiss^ints barons de Bourgogne, qui auront T3i^i et sujeLs, interviendront dans toutes les afTaires du |)ays, formeront un Kt;tt (iaos l'État, donneront au besoin des couronnes.
kvL^x la loi Gombelte, rédigée et signée par les comtes, n*oublia-t-ellc pas de •t>o(inner l'ancien partage des terres, et de déclarer héréditaires les iM'nélices accordés par le monarque. Voilà bien l'origine de la féodalité. Mais à côté de rr^ <i^positions toutes germaniques, et écrites dans le but de favoriser les possfssnirs '^'(iriruignons, le code de Gondebaud renfermait une foule d'articles pleins de ^fsse et d'équité. Ainsi :
Il déclare digne de mort tout juge qui se laisse rorrom|>rc, eùt-il prononcé d'une
Huniêre conforme à la loi.
11 fMjnit d'une forte amende les juges qui n'expédient jms dans le tem|)S voulu les
^Ibifcs dont ils sont chargés.
Il *'apfdique srnipuleusement à prévenir les (|iierelles, les vols, les usurpations. Il nfjette formellement la confiscation des biens, afin (|ue le même rriine qui aura
^ puni dans l'individu coupable ne le soit pas dans sii |K)stérifé innoci^nte.
Il iTcommande, sous |»eine d'amende [lécuniaire, d'exercer l'hospiLiliié, qui con-
'^i^i^- a donner le feu et le couvert; il défend d'altenter à la liberté des étrangers (ini
'^*ét;ibliront en Bourgogne.
Il punit de mort le meurtre d'un homme libre, sauf le cas oii la victime s'est attiré
vHi v>rt en provo(|uant le meurtrier.
Ijt meurtre d'un esclave est puni d'une amende varial>le suivant la profession ou
fart qu'ex#*n:ait cet esclave. ,
Lt \ioLiiion des toiDt>eaux est sévèrement réprimée : la loi prononce le hannisse-
omt du coupable et défend de lui donner un asile et des aliments. Sa femme est
condamnée à la mémo peine, l/bomme qni divorce d'avec sa femme sans qu'elle ail commis «le crime, doit
^iKlonner h celle-ci sa maison et son bien. Li femme qui abandonne son mari tsi
étouffée dans la Ik>uc. Ici la loi se montrait trop sévère ; c'était de la barbarie. Ibts b disposition la plus importante de la loi (>omt)ette est celle qui, soumett;mt
à la même condition les Gallo-Romains et les Bourguignons, leur accorde de vivre sur un pied d*égalité parfaite, et laisse à chacun ses lois, son administration, sa religion, ses coutumes.
On voit, dans la loi Gombette, que la société bourguignonne se composait de trois classes, comme la société gallo-romaine. Cette dernière avait: 1° les sénateur^ et les curiales ; 2*» les petits propriétaires; 3** les marchands et les artisans. Parmi les Boui^ignons, venaient en première ligne les Tarons ou chers de familles, puis les hommes libres isolés, et enfin les lites ou colons affranchis. Quant aux esclaves, que • Ton ne comptait pour rien, ils formaient les deux tiers de la population.
Dans le temps à peu près où les Bourguignons recevaient la Loi Gambette^ Clovi^ donnait aux Franks sa fameuse Loi Salique, Alaric donnait auxWisigothsson Corps^ (le droit, connu sous le nom àe^ Breviarium Aniani; et ces trois princes barbares élevaient ainsi, sur les ruines de la Gaule romainlî, trois royaumes qui devaient un jour, par leur réunion, former le royaume de France. A cette époque, la Grande Séquanaise offrait un spectacle aussi triste que bizarre : son vaste territoire était encore intact, mais il avait perdu sa physionomie d'autrefois, c*est-à-dire son aspect régulier de province romaine. Cinq peuples barbares occupaient son sol : au delà du Jura, c'étaient les Allemands, cantonnés sur les bords du lac Léman ; et les Nuitons, établis à Test de THelvétie séquanaise, dans les lieux où furent plus tard Berne et Fribourg. En deçà du Jura, c'étaient les Stadewengues, fixés dans la partie orientale de la haute Bourgogne ; les Amaves ou Amousiens, qui s'étendaient sur les deux rives inférieures du Doubs ; et les Bourguignons, répandus à travers la Séquanie (nous entendons par là notre future Franche-Comté). La réunion de ces divers peuples, vivant et se heurtant sur le même sol, ayant chacun leurs mœurs, leurs habitudes, leur religion, leur idiome, donnait à la Grande Séquanaise un aspect disparate sous lequel s'effaçait la civilisation romaine; car, occupés les uns de leurs besoins, les autres de la passion d'agrandir leur territoire, mais tous divisés d'intérêts, ces Barbares ne songeaient guère à faire disparaître les traces des invasions précédentes : ils ne relevaient aucime des villes ensevelies sous les décombres et n'en construisaient pas de nouvelles ; ils laissaient se dégrader les belles chaussées des empereurs romains, et les monuments gisaient renversés sur le sol, où ils achevaient de se détruire : à mesure que l'on avançait dans le sixième siècle, l'ignorance s'étendait, comme un vaste linceul, sur les contrées séquanaises ; il semblait qu'avec la disparition de l'empire romain, toute civilisation était destinée à périr.
Au milieu de ces transformations, la Séquanie perdit jusqu'à son nom : elle setrouva noyée dans un vaste royaume comprenant la Bourgogne proprement dite, la Suisse séquanaise, la Savoif , la Bresse, le Dauphiné, le Lyonnais, la Provence, et fut divisée en quatre ;)a(/i ou cantons, qui s'appelèrent Varasque, Scodingue, Amaous cl Port. Le canton des Varasques, le plus étendu des quatre, comprenait la partie orientale de la haute Bourgogne, entre Besançon, Baume-les-Dames etPontariier; le canton des Scodingiens renfermait la partie méridionale du pays entre le sommet du Jura, les sources du Doubs et de l'Ain et le cours de la Seille, c'est-à-dire allait de Salins, Champagnole et Poligny jusqu'à la Bresse ; le troisième canton, celui des Amousiens, formé de la partie occidentale et inférieure du même pays, embrassait
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toiile la coulrée comprise entre Gray et le val de la Loue ; enlin le canton des Porlisiens, que traversaient la Saône et TOgnon, se composait de la partie septentrionale «le la province, autrement de tout ce qui restait au delà des limites assignées aux trois preoiiers quartiers. Si nous avons cité les noms de Pontarlier, de Baume, Salins, Cbampagnole, Poligny, Gray, nous ne Tavons fait que pour donner une idée plus nette de la position respective des quatre cantons ; mais Pexaclilude hisloriqiie nous oblige de rappeler que ces cantons restèrent longtemps sans aucune ville considérable, et qu*au sixième siècle la plupart des localités mentionnées plus haut D'existaient pas ou n'existaient plus : quant aux autres, elles n'avaient pas Timportance qu'elles ont acquise depuis. Ainsi Baume-les-Damcs, Poligny, Cbampagnole, Gray, de même que Vesoul, Quingey, Nozeroy, Bleltcrans, Siiint-Amour , Dôlc, étaient inconnus alors ; du moins les monuments hislori(|ues ne les ont point encore Dommés. Salins, comme Lons-le-Saulnier, Monthéliard, Lure, Luxeuil, ne nous apparaissent qu a rét;it de débris qui rap|>ellent um grandeur passée. Pontarlier n'était qu'une petite bourgade occupée par une i)oignée de soldats bourguignons. Arbois consistait, à cette époque, en quelques misérables cabanes groupées autour d'une de ces fortes maisons de camjtagne qu'on appelait villa. Des colom^ et non pas des faramen, comme on Ta bien injproprement écrit, occupaient ces cabanes. Qiez les anciens Bourguignons, le mot faraman signifiait chef de famille, homme noble; or une telle dénomination ne pouvait s'appli<)uer aux colons, classe de malheureux rangés dans la catégorie des esclaves. Cela nous autorise à croire <|ue les colons en question étaient la propriété, les homines proprii, comme on disait alors, du faraman possesseur de la villa d'Arbois, et qu'ils travaillaient là pour le compte de leur maître, l ne remarque à faire en passant, c'est que ce mot de faraman a traversé sans altération les révolutions et les siècles ; on le retrouve tout entier dans un nom qui tire de là son origine et que porte encore à présent l'un des faubourgs de l'Arbois moderne : c'est le faubourg de FaramamL L'identité graplii(|ue de ces deux mots faraman, Faramandy a certes son côté curieux.
Par suite de ces transformations et de ces remaniements, liesançon, la métro|>ole séquanaise des empereurs romains, se trouva bien déchue de son ancienne splendeur. Il est vrai que, comme toutes les cités épiscopales, cette ville fut exceptée des cantons livrés aux Bourguignons, et qu'en reconnaissant la souveraineté des rois de Bourgogne, elle avait réservé ses droits et privilèges ; mais elle n'en |)erdit pas moins toute son influence politique, par le choix que l'on fil tour à tour de Lyon, de Vienne et de Chalon-sm*-Saône pour être la capitale du nouveau royaume. Aussi rbistoire de Besançon, comme celle de la Séquanie, devient-elle sans intérêt à dater de ce moment : elle n'a jdus d'existence à imrt, de physionomie propre ; elle se— perd dans l'histoire générale de la Bourgogne, ou plutôt dans Thistoire des princes el des grands de ce roy^jume : ce sont eux qui désormais occupent la scène ; le pays n'est plus que le théâtre où se jouent les tragédies.
En 511, la mort avait débarrassé le roi Gondebaud de l'honnue qu'il redoutait le plus, de Clovis, et Gondebaud, dont le règne avait ofTerl tant de vicissitudes, put passer tranquillement les dernières années de sa vie. Ce prince mounit en SI 7, dans ^ un âge avancé ; il eut pour successeur son fils aine Sigismond, associé depuis 514
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au gouvernement. Sigismond, homme de mœurs toutes romaines, mais d'un caractère faible, avait eu pour maître le célèbre Avitus, évoque de Vienne, qui réleva dans les principes de la véritable Église ; et, lorsque le disciple eut la couronne sur la tête, l'un de ses premiers actes fut de rétablir la religion catholique dans la partie du royaume soumise à son autorité : car Sigismond avait un frère, Gondomar, qui régnait sur l'autre partie, moins importante il est vrai. Le premier semble avoir obtenu Lyon et les meilleures provinces du royaume ; le second eut le midi de la Bourgogne, avec Vienne pour capitale. Le règne de Sigismond fut tranquille jusqu'en 523 ; et l'humeur, naturellement pacifique, de ce prince eût présenté la Bourgogne des malheurs de la guerre , si la vengeance d'une femme ne s'était attachée h poursuivre en lui le sang du fratricide Gondebaud. Au commencement de cette année 523, la veuve de Clovis, l'implacable Clotilde, avait réuni ses (ils Clodomir, Childeberl et Clotairc, et leur avait dit : « Faites que je ne me repente pas, mes chers enfants, devons avoir tendrement élevés; vengez avec constance la mort de mes parents. » Et les trois princes, répondant au vœu de leur mère, s'apprôtèrent à marcher contre la Bourgogne. Sigismond se trouvait au monastère d'Agaune en Valais, lorsqu'il apprit le péril dont ses États étaient menacés; il quitta cette retraite, où depuis bien des jours il expiait dans le jeûne et les pleurs le meurtre de son fils. On connaît l'histoire de ce meurtre : Sigismond avait eu d'Amalberge sa première femme, morte jeune, un fils du nom de Sigeric ; il épousa plus t^rd une autre femme, Constance, qui prit en haine Sigeric et résolut de le perdre dans l'esprit de son père. Elle n'y réussit que trop bien. Elle fit croire à Sigismond, esprit crédule et faible, que Sigeric tramait un complot contre sa royale existence, elle sut donner à cette accusation une apparence vraisemblable ; et, un accès de fureur aveugle s'étant emparé du roi, il ordonna (lu'on étranglât Sigeric pendant son sommeil. Mais cet horrible meurtre venait à peine d'être consommé, que le roi reconnaissait l'innocence du malheureux jeune homme : ce fut alors qu'épouvanté de son crime, Sigismond se relira dans le monastère d'Agaune pour y ensevelir ses remords et sa honte. Étant sorti de cette retraite à la nouvelle de l'invasion de ses États par les fils de Clotilde, il revint à Lyon, réunit son armée à celle de son frère Gondomar, et les hostilités se terminèrent par une grande bataille où Clodomir, Childebert et Clotairc furent vainqueurs. Gondomar se rci)Iia vers le midi de la Bourgogne avec les débris de ses (roupes ; mais Sigismond vit son armée se disperser complètement, et lui-même, abandonné des siens, gagna secrètement le monastère d'Agaune, où il se fit tonsurer, espérant échapper de celte manière à la haine des fils de Clotilde. H se trompait : « La recherche, dit l'historien Dunod, que firent de sa personne des rois implacables fut accompagnée de si grands ravages dans la Bourgope, que ([uelques seigneurs du royaume, afin d'en prévenir la ruine entière, et parce qu'ils étaient ennemis, dans le cœur, d'un roi qui n'était pas arien comme eux, le prirent et le livrèrent à Clodomir, roi d'Orléans, lequel avait déjà en sou pouvoir la reine cl ses fils Gislahaire et Gondebaud. » Clodomir les fit tous quatre enfermer dans une tour; à quelque temps de là, ce prince ordonna leur supplice : Sigismond, sa femme, ses deux enfants furent égorgés, et leurs cadavres jetés au fond d'an puits, à Cohunelle, bourgade voisine d'Orléans. La fin malheureuse de Sigismond, son
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reiMrniir jprès le ineurire de Sigeric^ lui valurent d*étre mis plus tard au rang des NiinLs. lies nombreux dons qu*il fit aux églises furent sans doute pour quelque chose ajn> celte canonisalion, car Sigismond s'était toujours montré prodigue de libéralités f^\ers le clergé, et bien des princes sont arrivés par ce moyen à laisser une répuuij^>o qu'ils ne méritaient guère. I^ roi Sigismond ne dut pas oublier dans ses punîmes hrgt'sses son abbaye favorite d'Agaune : en effet, il ne se contenta pas de la fair^ somptueusement rè'difier, mais il lui donna, par une charte que Ton croit peu anirrk^re à 5i4, année de sa mort, il lui donna Salins, le cluUeau de Bracon, la saline, le val de Miéges et plusieurs métairies. S'il faut en croire Dunod, les corps »W^ victimes de Clo<lomir furent rendus à Anccmon, abbé d'Agaune, et « |K)rtés dans le monastère, où Dieu fit voir, par les miracles qu'opérait l'intercession de Sêê^ismond, qu'il avait pardonné ses fautes et agréé sa pénitence. > Et c'est sérieu- <^tuent que le grave Dunoil parlait des miracles de Sigismond le parricide !
Clodomir avait accompli la vengeance de sa mère ; mais le sort qui attendait le bourreau de Sigismond allait donner raison à la prophétie d'Avitus, abbé de Mici en OrU^anais. Quelques jours avant le massacre ihi roi de Bourgogne et de sa famille, l'shbè de Mici était venu demander h Clodomir la grâce de ses captifs; et, trouvant cr prince inflexible, il lui montra comme prêt à retomber sur sa propre fiimille un v>rt seml»lable k celui qu'il <Iestinait à la famille de Sigismond. c C'est un sot consul, avait répliqué Clodomir, que de dire à l'homme qui marche contre l'ennemi, d*i*n laisser un autre derrière lui. >
.\u [)nniero|)s de l'année 5âi, Clodomir se dirigea vers la Bourgope ; cette fols, CItikidiert et CloLiire ne l'accompagnaient pas dans son entreprise. L'histoire laisse «iguetneut entrevoir que, lors de la première campagne en Bourgogne, Clotaire et Qiilcleliert n'avaient pu s'entendre avec Clodomir sur*le partage de ce royaume, et qu'ils étaient revenus chacun dans leurs États sans avoir rien décidé. Le roi Gon- (kiuiar, frère et successeur de Sigismond, avait profité de l'éloignement des trois pniires franks |iour reprendre des forces, pour rallier autour de lui une imposante année ; et lorsque Clodomir se fut avancé jusqu'au delà de Lyon, il trouva Gondomar pr* I à lui répondre. 1^ bataille s'engagea près de Yéseronce ^aujourd'hui Voiron), Unirg sur le Rhône entre Vienne et Belley. Elle fut rude et meurtrière. Devant le cbttc impétueux des Franks, les Bourguignons plièrent d'abord, et déjà même ils runimeoçaient à se débander, quand un incident vint changer la face des choses. Oudomir, s'achamant à presser les Bourguignons, tomba dans un groupe d'eniiemt>, fut précipité de cheval et percé de coups. Les Bourguignons l'avaient reconnu à b longue chevelure qui distinguait les rois de la race mérovingienne. Aprc's faioif massacré, ils lui tranchèrent la tête, la placèrent au bout d'une pique, puis r«*%inrent à la charge en portant devant eux cette tête sanglante. A cet aspect, un w ntiiiient de terreur s'empara des Franks ; ils lâchèrent pied, s'enfuirent précipi- Uiument, et, pr suite, furent obligés d'évacuer la Bourgogne (an 524). —
1^ mort de Clodomir éveilla dans l'esprit de Childebert et Clotaire la pensée de se fartage r sou royaume. Mais Clodomir laissait trois enfants ; et, pour n'avoir pas k cvoèpitr plus lard avec les neveux, voici comnaent s'y prirent les deux ondes: • Clol.iin» et fhildelïerl, rapporte Grégoire de Tours, firent dire à Clotikle, qui
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nourrissait les trois fils de Clodomir : « Envoie-nous les enfants, afin qu'ils soient « élevés à la royauté. » Et quand ils les eurent reçus, ils lui envoyèrent Arcadius, sénateur d'Auvergne, qui, montrant à la reine des ciseaux et une épée : « 0 reine « très-glorieuse, lui dit-il, tes fils, nos seigneurs, attendent ta volonté sur ce qu'ils « doivent faire des enfants ; si tu ordonnes qu'ils vivent les cheveux coupés, ou « qu'ils soient égorgés. » Celle-ci effrayée et ne sachant ce qu'elle disait: t J'aime « mieux, s'écria-t-elle, les voir uïorls que tondus. » Arcadius revint diligemment et dit : « Achevez votre œuvre avec l'approbation de la reine. » Aussitôt Clotaire, prenant l'aîné par le bras, le jeta à terre, et, lui enfonçant un couteau dans l'aisselle, le tua cruellement. Comme il criait, son frère se prosterna aux pieds de Childebert, et, prenant ses genoux, lui disait avec larmes: « Secours-moi, très-bon père, que « je ne meure pas comme mon frère. » Alors Childebert, la face couverte de pleurs, dit : « Je te prie, mon très-cher frère, accorde-moi sa vie, et je te donnerai tout ce « que tu voudras. — Rejette-le, dit CloUiire, ou tu mourras pour lui. C'est toi qui « m'as poussé à cette action, et tu dénies si vite ta parole ! » Childebert, repoussant l'enfant, le jeta à Clotaire, qui le reçut sur la pointe de son couteau et l'égoi^a comme le premier. Ensuite, ils massacrèrent les serviteurs et les nourrices des enfants; mais ils ne purent prendre le troisième, parce qu'il fut délivré par des hommes puissants. »
La prophétie de l'abbé de Mici se trouvait réalisée !
A quelques années de là, Clotaire et Childebert, aidés de leur neveu Tbéodebert, roi d'Austrasie, s'apprêtaient à recommencer la conquête de la Bourgogne, résolus celte fois k ne poser les armes qu'après avoir soumis ce royaume. En 534, ils enva^-' hirent les provinces bourguignonnes, à la tête de forces considérables, et vinrent livrer au roi Gondomar, près d'Autun, une sanglante bataille. Gondomar fut vaincu; de ce jour il disparut de la scène politique. Les rois franks s'étant emparés de sa personne, ils le jetèrent dans une tour, d'où il ne sortit plus. Y mourut-il de chagrin ou de mort violente? On ne sait; mais le caractère féroce et vindicatif des fils de Clolilde rend bien probable la dernière version. En Gondomar finit le premier royaume de Bourgo^j^o, après une durée d'environ cent vingt ans ; la défaite de ce prince avait entraîné la soumission définitive et l'incorporation de ses États à h monarchie mérovingienne. Toutefois, les Bourguignons ne devinrent pas mjeUàe& rois franks, dans l'acception que Ton donne à ce mot : les vaincus furent astreints, il est vrai, au tribut ainsi qu'à l'obligation du service militaire ; mais ils conserverait leur nationalité et continuèrent de se régir d'après la loi Gombette, qui devait suIh sister encore plus de trois cents ans.
La Séquanie se trouvait bien affaiblie et bien souffrante au moment de son passage sous l'empire des Franks; elle y va rester quatre siècles et demi, pendant lesquds son histoire continuera d'être obsciire et confuse et ne s'éclaircira de temps en temps que pour révéler des douleurs et des misères. Les princes et les grands se disputeront, se battront, sans s'inquiéter d'autre chose que de leur ambition et de leurs intérêts ; le peuple ne fera que descendre plus avant dans l'ignorance et l'abrutissement. On ne s'apercevra pas qu'il existe : lui seul le saura par l'interminable durée de ses souffrances.