‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 18 sur 52 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Unni^flM rayrame de Roarirogiie ; CloUire l*'. — Le roi Gontrtn.— Invasion des Lombards et des SMMift. — BmMliaiil et Frédéfonde. ~ Chilpérie et Sigebert. — Childebert, neren de Contran.— iHwruf— trt (iMiraa. — Uélaitede Cbtipérie.—Frédé^nde etGontran.— Le prétendant Gondowild.

— twMcik de Mieoa ; la dise. — Lutte de Frédéy onde et de Brunebaut. — Dernièrea annéea du rm ifomîruk. — Prospérité de la reine Frédéjfonde; sa mort. — Clotaire IL — Puissance de BruftrkMt; Mi projetJi; sa retraite en Bourgoj^ne. — Le maire du palais Protade, de Besançon ; sa %m ififi^ve. —Claude, suecet^or de Protade. — .Saint Colomban, fondateur de Tabbaye de Luxeuifl ^OtUmkÊmH BrunebauL — Exil de saint Colomban. — l^s Austrasiens en Bourgogne. ~ Double 4dSaiie 4es Avalrasieus. — Ligue coatre Bninebaut ; sa mort. — Clotaire II ; répresaiou des farous 4c BMrgugvc. — Anarcbie en Bourgogne. — Le roi Dagobert ; sa tournée en Bourgogne. — CommiÊmtemeûU de la puissance monastique. — Abbayes de Luxeuil et de Lore. — Saint Donat, éïé- ^•e de Besancon; fondation d'autres abbayes. — État social de la Haute Bourgogne; les hautes ti le* bM«es datses . — Rrkinoald, Flaochat et Vuillebaod. — Ébroïn et Léodegaire ; leur exil à rafckiyc éê LuxtuiL — Conduite de Léodegaire; sa mort. — Triomphe et mort d'ÉbroVn. •— IndepsiéaiM de la Bourgogne. — Invasion des Arabes. — Chariet-Martel. — Les Austrasiens en BourgafBc. — Pépin. — Cbariemagne. — Le paladin Roland; son chant de guerre, par Rouget de Lisle.

— tiMi de U Haute Bourgogne sous Charlemagne. — Louis le Débonnaire et ses fils. — Bataille d« Fonlenai. —Traité de Verdun. — Progrès de la féodalité. — Partage de la Haute Bourgogne.

— Gérard de Rousj^illon. — Charles le Chauve; sa présence à Besançon. — Capitulaire de Kiersy ; trie^pbr 4e la féodalité. — Eut de U Haute Bourgogne.

A(irè» la défaile de Goodomar, les trois vainqueurs Childel»en, Clotaire et Théodebert s'étaient partagé les provinces de Bourgogne; mais ces princes, occupés par kurs guerres, semblèrent se contenter d'avoir soumis ce royaume et l'abandonnèrent em qiietciue sorte à lui-même. Ils n'envoviTent que rarement des Franks pour gourenier le |ays; ils laissèrent à la tête des affaires les grandes familles hourguh — j^Bonnes ei gallo-romaines, et les maintinrent dans les hautes dignités. Ils devaient mriue y ajouter une distinction bien flatteuse : les rois bourguignons avaient hérétiiuir^fioent porté le titre Ae patries; les rois franks le conféri^rent au |)ersonnagc chargé «lu gouverueroent civil et militaire du pays. Uuant k la Séquanlc, elle continua d'être lii^isée en cantons ou comtés de Port, Amaous, Scodingue^ Yaras(|ue, auxquels on jîouu le comté de Besançon : chacun des comtés eut son gouverneur particulier,-^ comiue par le passé; seulement, aiHlessus de ces gouverneurs, les it>is franks placèrent uo diic, qui résida dans la principale ville du territoire : c'était une rémi- ^ msftnct de l'admintslration romaine. Besançon redevint le s<'*jour du nouveau duc ; et c^te ville, où siégeait déjà l'évêque inétro|K>lilain, revit ainsi briller sur elle un pile reflet de son antique splendeur. Le lem|)s de sa renaissance n'était pas encore

fflHI.

Ce fut en l'année 555 que Clotaire l«^ réunit sous son autorité les trois portions cIb royaume de Bourgogne. Ce prince, dont la longue existence n'avait été qu*UB uesm de débauches, d'immoralités et de forfaits, mourut en S6i dans sa villa de «>Mnpiit(m* ; il avait éti* saisi de la fièvre h la suite d'une grande chasse, et il rendit

il4 FUANCHK- COMTÉ ANCIEiNNE LT MODERNE.

\\\me en répétant : « Wah ! que pensez-vous que ce soit le roi du ciel, qui tue ainsi (le si grands rois? » Les quatre fils de Clotaire !•' se partagèrent ses vastes États de in manière suivante : Charibert eut Paris; Sigebert, TAustrosie (Lorraine); Chilpéric, la Neustrie (Nornaandie) ; Contran, la Bourgogne et le royaume d'Arles avec-^ Orléans. Contran fit de la ville de Chalon-sur-Saône la capitale de son royaume. Il était prince de médiocre intelligence, de mœurs assez douces et presque débonnaires, mais fort dissolues ; ce qui ne Tempéclia pas cependant d*étre mis, comme Sigismond le parricide, au nombre des saints : Tinfluence qu'il laissa prendre aux gens d'église, et le respect qu'il montra toujours pour les choses de la religion, ont beaucoup contribué sans doute à lui mériter cet honneur. Le règne de Contran fut assez tranquille jusqu'en 570, époque à laquelle la Bourgogne commença de se voir en butte aux attaques des Lombards. Originaires des bords de la Balticiue, et venus à la suite des Barbares de la grande invasion, les Lombards s'étaient arrêtés en Pannonie ; lorsqu'après un séjour d'environ cent cinquante ans dans ces contrées, ils en sortirent tout à coup pour tomber comme une avalanche sur l'Italie, qu'ils saccagèrent ; ensuite ils passèrent les Alpes, pénétrèrent dans le royaume de Contran et y continuèrent leurs ravages. Amatus, patrice de Bourgogne, essaya vainement d'arrêter ces bandes dévastatrices : il fut défait et tué dans une bataille sanglante où périrent des milliers de Bourguignons. Les Lombards retournèrent en Italie, emportant avec eux un immense butin et laissant derrière leurs pas la désolation et l'effroi. Ils revinrent l'année suivante; mais cette fois ils trouvèrent un homme qui leur fit expier leurs brigandages. Le roi Contran venait d'élever à la dignité de patrice un Gallo- Romain doué des plus éminentes qualités militaires : c'était Ennius Mummolus. Celui-ci fit cerner de tous côtés les Lombards par des troupes gallo-bourguignonnes, et dans une bataille livrée en 572 aux environs d'Embrun, il extermina presque tous les envahisseurs. Aux Lginbards succédèrent d'autres envahisseurs, les Saurons. Ennius Mummolus les attaqua, les défit une première fois sur les bords de la rivière d'Asse, auprès de Riez ; puis en {iîi, il acheva leur ruine en tombant sur eux au moment oii ils se disposaient à traverser le Rhône. La Bourgogne fut ainsi délivrée-^ des Barbares ; mais toutes ces irruptions lui avaient coûté cher.

La lutte n'était pas finie de ce côté, que le roi Contran se trouvait entraîné dans la guerre qui venait d'éclater entre deux de ses frères, Sigebert, roi d'Austrasie, ei Chilpéric, roi de Neustrie. Sigebert avait épousé la fille d'un roi des Wisigoths, princesse d'une beauté remarquable, d'un esprit séduisant et d'un caractère ambitieux : c'était la célèbre Brunehaut. Vers le même temps à peu près, Chilpéric répudiait Audovère, sa première femme, pour mettre dans son lit Calswinthe, sœur de Brunehaut ; mais, s'étant prompteinent dégoûté de cette reine au cœur simple et vertueux, il la remplaça dans ses capricieuses affections par une créature de basse naissance et de mœurs aussi dépravées que cruelles : c'était la terrible Frédégonde. Celle-ci n'entendait pas rester la concubine <lu roi; elle voulait devenir reine, et un matin l'on trouva la malheureuse Calswinthe étranglée dans son lit. A cette nouvelle, la fureur de Brunehaut éclate : elle demande vengeance à Sigebert, son mari, du meurtre de sa sœur ; elle entraine Contran à |)artager son courroux. Sigd>ert et Contran déclarent la guerre à Chilpéric, le roi de Neustrie, et lui font éprouver des

rHXNGIIË-OOMTB BARBAKk. 115

revers. Chilpéric demande la paix, se promettant toutefois de la rompre quand il trouTerait une oceasion favorable. En eflet, peu de temps après, il reprend les armes, U»n duoe alliance qu*il venait de contracter avec le vacillant Goutran, et il envahit W> urrts de Sigebert, le roi d*Austrasie. Mais cette fois encore la victoire reste à Sqrrbert; il bat partout Chil|)éric, le réduit h s'enfermer dans les murs de Tournai, n, maître de son ro>*aume, il est sur le |)oint d'en partager les villes k ses leudes, kirw|iie les Neuslriens, effrayés de cette résolution, offrent à Sigebert la couronne dr ïieascrie el relèvent sur le i^avois. c En ce moment, dit Grégoire de Tours, deux Mnileiirs de la reine Frédégonde, ensorcelés par elle, s'approchèrent de Sigebert, MM» quelque prétexte, armés de forts couteaux empoisonnés, et le frappèrent chacun &MBS le» deux flancs. Il poussa un cri, tomba et rendit l'esprit (an 575). >

Les Neustriens reprirent leur roi Chilpéric, qui se croyait |>erdu; et Bruuehaut, la «euve de Sigebert, resta prisonnière aux mains de ses ennemis. Sigebert laissait un ibea bas ige, du nom de Childebert. Frédégonde avait essayé de s'emparer de cet fBfaoi ; mais le duc Gondebaud, seul ami demeuré fidèle à Bnmehaut dans son iniMluae, avait soustrait Childebert à la haine de Frédégonde. Gon<iebaud conduisit le jeuBe prince en Austrasie, et les leudes de ce pays le proclamèrent roi le jour de >oél 57S. Quelque temps après cet événement, le roi Contran, qui se voyait sans poslérité (des quatre enfants qu'il avait eus de trois femmes différentes, l'un était mort empoisonné par une marâtre, les trois autres étaient morts de maladie), le roi Gontna adoptait ce même Childel)ert son neveu, et, en présence des leudes austrasaess, rinstituait héritier de tout son royaume : • Qu'un même Imuclier nous proléfe, lui dit-il, qu'une même lance nous défende ! S'il me sunient des fils, je te coBsidérerai comme l'un d'eux, afin que la tendresse que je te promets devant Dieu «dksisle entre eux et toi. > Cette conduite de Contran devait lui concilier la recon- •aissafice et rattachement des Austrasiens : il n'en fut rien, tant à cette brutale époque les mauvaises passions et le cupide égoîsme avaient altaissé les caractères. Vers Tannée 581, les Austrasiens s'alliaient à Chilpéric, le roi de Neiisirie, contre Coolran : Il faut dire que Chilpéric, imiuiet de l'alliance de son frère (lOntran avec les leudes d* Austrasie, avait offert h ces derniers, s'ils consentaient à rompre cette alUance, d^insUtuer [tour son héritier leur jeune roi Childebert : • Mes fils, disait Cliilprric, m'ont été tous enlevés en punition de nies péchés, et il ne me reste |K>int d'antre héritier que Childebert, le fils de mon frère Sigelicrt. Que mon neveu Childeliert soit donc reconnu [)Our mon successeur dans tout (*e que je |iossède ou que je pourrai posséder; mais aussi qu'on me laisse, aul;int que je vivrai, garder sans roatrtile et sans scrupule tout ce quf noux /wurrons acquérir, > Il s'agissait, ccMDme on le voit, de dépouiller le roi Contran, de donner son royainne à CliilpiTio, qui le consenerait sa vie durant et qui, à sa mort, le tninsmetlrait à ChildekTt. De eetle (acon, Childebert eût réuni sur s;) tête les (rois ronronnes d'Austrasie, do Nettstrie et de Bourgogne; et cette pers|>ective flattait trop les vues ambitieuses des lesdes austrasiens pour qu'ils ne s'empressassent d'accepter U*s pro[)Ositions de Odlpéric. Celui-ci fit immédiatement commencer, contre son frère Contran, des iMislilités qui se prolongèrent trois années, avec des circonstances effroyables. Dans 'Aquitaine bourguignonne, dans la Touraine et le I^erri, apiiartenant également au

IIG fhanchk-comtK: anciennk kt modehnk.

roi do Bourgogne, les Neustriens se livrèrent au pillage, au meurtre, « coiuuie c'est la coutume en pays ennemi, dit Grégoire de Tours. Ils en tirèrent tant de butin et de ciiptifs, que la contrée sembla entièrement vide d'hommes et de troupeaux. > Dans le Berri, où Chilpéric se trouvait en personne, ses soldats brûlaient, coupaient, détruisaient tout; on ne voyait plus ni maisons, ni vignes, ni arbres : « on n'avait jamais rien ouï de pareil, » ajoute Grégoire de Tours. Chilpéric se croyait déjà vainqueur : une dernière bataille à livrer aux Bourguignons, avec Taide des trou|)es austrasieunes qui venaient se joindre à ses Neustriens, allait, pensait-il, le mettre en possession du royaume de son frère; mais, avant que s'opérât la jonction des forces austro-neustriennes, Gontran fondit un soir sur les Neustriens avec toute son armée et les détruisit en très-grande partie. Chilpéric, frappé de découragement et de terreur, fit dès le lendemain matin demander la paix à Gontran, lequel consentit à traiter. « Les deux rois convinrent, dit Grégoire de Tours, que celui des deux qui, d'après le jugement des évéques et des anciens du peuple, serait reconnu avoir dépassé les bornes de la loi, payerait à l'autre une composition. » Peu de temps après, Chilpéric mourait assassiné à son retour de la chasse, et l'on accusa de ce crime sa femme Frédégonde, dont il avait découvert les infidélités.

La reine Frédégonde restait seule avec un enfant de quatre mois, du nom de Clotaire. EfTrayée de sa position, et se voyant menacée par les Austrasiens, qui voulaient venger sur elle la mort de leur roi Sigebert, elle rassemble à la hâte ses trésors et court se réfugier, avec le petit Clotaire, dans la catliédrale de Paris, d'où elle envoie dire au roi Gontran : « Que mon seigneur vienne et prenne le royaume de son frère Chilpéric. J'ai un petit enfant que je veux mettre entre ses bras, in'bumiliant moi-même sous sa puissance. » Le roi de Bourgogne se rcml «^ l'invitation de sa belle-sœur ; il accourt à Paris, accouipagné d'une année. Le jeime Childebert, conduit par les leudes austrasiens, s'y présente de son côté; mais les portes de la ville restent fermées pour lui. De vives discussions s'engagent par ambassadeurs entre Gontran et les leudes austrasiens. Ceux-ci réclament le partage égal de la tutelle du petit Clotaire; Gontran répond qu'il se charge seul de protéger l'enfance de Clotaire, sans permettre h personne de prendre la moindre part h son gouvernement. Kt, sur la demande des Austrasiens, que tout au moins la reine Frédégonde leur soit livrée pour expier les crimes qu'elle a connnis, Gontran renvoie cette question aux plaids futurs du royaiune. Les Austrasiens se retirèrent, aussi furieux de leur échec qu'inquiets des suites que pouvait avoir pour eux l'alliance de Gontran avec Frédégonde. Ils cherchèrent alors à créer des embarras au roi de Bourgogne; une circonstance vint les favoriser.

On vit tout h coup s'élever en Aquitaine (Guienne) un jeune homme se prétendant fils de Clotaire !<"% et réclauiant, à ce titre, une part dans l'hériLige de son |)ère. Il se nommait (lOndowaid. Aussitôt un grand nombre de mécontents embrassent sa cause : de puissant seigneurs neustriens et bourguignons lui promettent secrètement leur appui ; et, de leur côté, les leudes austrasiens font dire à Gondowald qu'il est désiré par eux, que les principales villes de leur royaume sont disposées à le reconnaître, (|u*il n'a nulle op|K)sition à craindre. Le roi (.ontran s'inquiète à son tour; il indiipie un plaid aux grands d'Austrasie, dans l'intention de se rapprocher d'eux.

KRANCill:: - <:OMTh' HARRAUK. 117

Mais la «lisi-ussioii devinl si violente, que les Austrasiens parlii-ent en disiiiil an roi de Bourgogne : « Adieu, ô roi ! La hache est encore entière (jni a tranché la tête h les frèros; elle te fera hieniôt sauter la cervelle. » Outré de colère, Gontran leur lit jeter à la figure du fumier de cheval, des herbes [lourries et de la houe (an 584).

Ce|tendant ravenlurier (iondowald voyait de jour en jour grossir autour de lui le nonihre des mécontents; il envoya des députés au roi de IkMirgogne |M»ur réclamer sa |iart deriiériUige paternel. Mais t^ontran fit mettre les députés à la torture. Alors ils avouèrent que (iondowald avait des intelligences avec tous les grands d'Austrasie, et que c^ux-ci voidaient aussi détrôner Childehert, dont le caractère énergupie comnien^-ait à donner des inqiiiétudes. Ces révélations décident le roi (iontran à prendre une résolution extrême : voulant h tout prix renverser les projets des leudes austrasiens, il ap|>elle près de lui, à Chalon-sur-Siiône, son neveu Childehert, le décriare, en présence des seigneurs gallo-romains et bourguignons, son unique héritier, et, lui mettant sa lance dans la main (la lance était, chez les Franks, le sceptre Mliqueux des chefs), il lui dit : « Va, soinncts à ta domination mes cités comme les lionnes. Les crimes ont fait qu^il ne reste que toi de ma race ; je déshérite tout autre. »

Chiidd)ert entre en Atpiitaine à la tête d'ime armée bourguignonne, il assiège tiondowald dans Tancienne ville de Commiiiges (aujounrhui S;dnt-Ktertnuid, dans la IIaulc-(«aronne) et se rend niaitœ de la place, (iondowald, trahi par ceux «pii Pavaient afipelé, périt de la main du duc Roson, Vwu de ses partisans. Boson lui brisa la tête < — avec une grosse pierre, et retendit roide mort à remiroit même que Ton appelle encore à présent le rocher de ilondowald. Les vain(|uem's, une fois maitres de Cumminges, en massacrèrent les habitants, et la ville fut livrée aux tianuncs (an o8r>; .

1^ 23 octobre de la même année vit se réunir rkMàcon un célèbre concile où figurèrent soixante et un évêques ou délégués d'évéques des royaumes de Bourgogne el deNcustrie. Le saiut roi Gontnm, qui n'avait rien à refuser au clergé, confirma de son autorité royale toutes les décisions de ce concile, et le clergé dut être satisfail; car les décrets de MAc(m ne se bornaient pas à pres(*rire, entre autres choses, robservation rigoureuse du dimanche, à défendre de danser et manger dans les églises, de célébrer le premier janvier par des étrennes et des mascarades : l'un de CCS décrets ordonnait de payer aux ministres de l'Église la dtme de tous les fruits, et cela sous peine d*excommuidcation. !>epuis rét^iblissrment en fiaule de la monarchie catholique des Franks, le clergé travaillait s^n^^ relâche et (Kir tous les moyens à convertir en un inqiôl forcé les contributions volontaires qu'on lui avait payées jusqu'alors ; mais voyant que la menace des censures ecclésiastiques ne suffisait pas pour lui ganmtir cet impôt, il comprit la ntH^essité de le placer sous Tégide des puisssinces teuqK>relles, et il trouva dans le bon roi Contran cet appui tenqwRM dont il avait besoin. Toutefois, le clergé n'atteignit pas complètement son but : la |ierci*ption du nouvel impôt rencontrant d'énergiques et unanimes résistances aussi hien panni les laïques gallo-romains que de la part des propriétaires barbares, il attendit des temps meilleurs. Conmie on le verra, la dime ecclésiastique ne s'établit "^ solidement qu'au huitième siècle; mais dès lors elle ne disparut plus : il fallut l'immortelle nuit du i août 1781) |>our faire justice de cette iniquité, comme de tant d'autres iniquités féodales.

118 FRANCHK- COMTÉ AiNClKNNK ET MODEHM:.

Cependant Téchec de Gondowald avait abattu Tor^eil des leudes auslrasieiis, et ce fut h cette époque que commença la lutte de Frédégonde et de Bninehaut. Ces deux reines, si célèbres dans l'histoire, la première par ses cruautés et ses forfaits, la seconde par ses actes mêlés de vertus et de crimes, se haïssaient mortellement ; et leur haine implacable, trop longtemps contenue, pouvait enfin éclater au grand jour. Frédégonde gouvernait la Neustrie au nom de son lils Clotaire H, encore mineur; Brunehaut gouvernait TAustrasie sous le nom de son fils Childebert, qui, bien qu*Agé de dix-huit ans, s'abandonnait entièrement à sa direction. Brunehaut, femme aux idées toutes romaines, avait longtemps été tenue à Técart par les leudes austrasicns, dont la farouche indépendance redoutait ses vues de restauration impériale, et surtout par rinfiuence du maire du palais Wandelin, tuteur de Childebert; mais, après la mort de Wandelin, elle s*était habilement emparée du pouvoir, et, tout en restaurant la royauté d'une main vigoureuse, elle se vengeait cruellement de ses ennemis. Alors les principaux leudes d*Austrasie s'entendirent secrètement avec les leudes de Neustrie et avec Frédégonde ; ils complotèrent de tuer le roi Childebert, de le remplacer par Théodebert, l'ainé de ses fils, sous la tutelle du duc Rauching, et de donner le royaume de Bourgogne à Tautre fils de Childebert, à Théodoric, sous la tutelle de deux autres ducs, Ursion et Bertfried. Le roi Contran devait être chassé de ses États, et la reine Brunehaut « réduite à Fhumilialion où elle était au commencement de son veuvage. » Bninehaut, après Tassassinat de Sigebert son mari, avait été conduite prisonnière à Rouen.

La trame des leudes austrasiens et neustriens fut découverte et révélée à Contran, qui se hâta d*en prévenir son neveu Childebert. Celui-ci manda le duc Rauchiog et lui fit hacher le crâne à coups d*épée. Ursion et Bertfried, qui déjà s'avançaient avec une armée, furent défaits et massacrés l'un et l'autre ; le fameux fin^^ Bofs^p, le meurtrier de Gondowald, périt dans une église oh il s'était enfui ; d'autres complices passèrent en pays étranger ou se cachèrent ; le reste des conjurés n'osa pas remuer. Cette victoire dj^ la royauté sur l'aristocxatia fut cimentée par le traité d'Andelot,^ conclu le 39 novembre 587 entre le roi Childebert et son père adoptif le roi^CmUcao : aux termte de ce traité, Childebert et Contran se garantissaient leurs États ; le survivant des deux princes était déclaré l'héritier de l'autre en cas de mort sans enfants. La reine Brunehaut devint alors toute-puissante ; et Frédégonde, furieuse de la forlune de sa rivale, envoya douze assassins pour la tuer, elle et son fils Childebert : mais les assassins ne purent mettre leur crime à exécution.

Les dernières années du règne de Contran furent partagées entre le soin de tenir eu équilibre l'Austrasie et la Neustrie, continuellement prêtes à se ruer l'une sur l'autre dans une guerre d'extermination, et l'inquiétude que lui donnaient les Wisigoths d'Espagne dont les empiétements gagnaient la Septimanie (bas Languedoc). < C'est une chose intolérable, disait Contran, que de voiries limites de ces horribles Coths s'étendre jusque dans les Gaules. > Il envoya successivement quatre armées en Septimanie ; mais ces quatre armées n'éprouvèrent que des revers, c et, dit un historien, elles revinrent sans autre fruit de leur entreprise que le ravage du pays ennemi. Elles n'épargnèrent pas même h leur retour les États de leur souverain, où elles pillèrent jusqu'aux églises. > En efTet, les soldats gallo-bourguignons ne ces-

FRANCHE - COMTK BAUnARE. Ilf)

sèrent leurs pilleries, leurs ineiirtres et leurs sacrilèges qu'en regagnant chacun leurs Toyers. Le roi Contran fut profondément indigné de celte conduite ; il accabla des plus violents reproches les généraux qui avaient eu le connuaudement des troupes : c Nos pères» leur dit-il, mett^iient tout leur espoir en Dieu ; ils bAlissaient des églises, honoraient les martyrs, vénéraient les évéques : aussi ont-ils obtenu la victoire sur leurs ennemis. Mais nous, bien loin de craindre Dieu, nous dévastons ses sanctuaires, nous tuons ses ministres, nous jouons avec les rt^Iiques des s;iints : Toilà pourquoi nos mains sont impuissantes, notre é|H^e tiédit, et notre bouclier ne nous protège plus. S*il y a de ma faute en ceci, (|ue Dieu le fasse retoml)er sur ma tête; mais si c*est vous qui avez méprisé mes coumiandements, vous mériU'Z que la hache vous fende le crâne! — Trî's-excellentroi, n^pliquèrent-ils, tout ce que tu dis est juste et vrai ; mais que pouvions-nous faire ([uand le peuple tout entier se précipitait dans le mal et faisait ses délices de TiniquitéT Nul ne craignait le roi, nul ne respectait ducs ni comtes; et, si ces choses déplaisaient a ()uelqu*im de nous etqu*il les voulût em|»écher, aussitôt la sédition d'éclat<T, et chacun de s'élever avec tant de furie contre son chef, que celui-ci se croyait trop heureux d'éviter la mort en se taisant. » Ces lignes nous révi^lent à quel degré d'anarchie morale en ét^iit arrivée la société d'alors.

Contran mounit le 28 mars 503 et se lit ensevelir dans l'église Saint-Marcel, a Chalon-sur-Saône. Il em|)ortait avec lui le surnom de bou roi. Sans approfondir jusqu'à quel point le roi(iOntran, « à qui l'on ne reproeliait <|uc deux ou trois meurtres, > comme dit l'historien Michelet, mérita ce glorieux surnom, rendons-lui justice : il valut mieux que les autres princes de son temps; il ap|)orta sur le trône quel(|ues idées d'ordre, et racheti si's faiblesses \K\r certaines qualités; il chercha plus la paix qu'il ne rechercha la guerre ; il fit souvent de louables efforts pour en)|HVher h>s Franks de si* déchirer entre eux ; enfin il montn quchpies vertus dans un siè(*le où la vertu n'avait [dus d'autels.

Le siicct*sseur de (lOntran fut son neveu Childebert, qui réunit ainsi les deux royaumes de Bourgogne et d'Austrasie ; u)ais Childebert ne porta pas longtenq^s sa double couronne : il mourut par le |>oison en q\)iL à l'âge de vingt-six ans. Des deux fils qu'il laissait, l'aîné, Théodel>ert, eut |>our sa part l'Austrasie et la (iermanie, sous la tuteile de son aïeule Brunehaut ; le plus jeune, Théodoric, obtint avec les royaumes de Bourgogne et d'Orléans, TAIsiiee, la Thurgovie et le Sundgau 'Béfort, Altkirck, Fem'tle), que l'on avait déUicluH» de l'Austrasie. A Théodoric, enfant de huit ans, Brunehaut donna pour tuteur le comte Varuacaire, ([ut fut en Bourgogne le premier de cessur\'eillants de la royauté connus .sous le nom de maires du palais. Mais, dt^ l'année de la mort du roi Contran, la guerre avait recommencé, |»lus acharnée et |)liis implacable, entre Brunehaut et Frédégonde, (|ui in^rsonnifiaient en elles l'ardente inimitié des Austrasicns et des Neustriens. f^ victoire était restée à Fnniégonde. ApK»s la mort de Childebert, FnVIégonde reprit l'olTensive; elle attaqua sans déclaration de guerre les Austrasiens, leur fit éprouver à Ijifaux, entre Soissons et Lion, une nouvelle et sanglante défaite, et recouvra par ce grand succès Paris et toutes les villes de la Seine (|ui avaient été détachées de son royaume (\o Netistrie. Mais Fré^légonde mourut jieu dt» temps apn'vN son sivond triomphe ; et

126 FRANCHE COMTÉ ANCIEiNiNE KT MODERNE.

(leur de Tâge, il n*avâit que trente et un ans; mais, malgré la courte durée de soi règne, il jouit dans son temps d'une renommée extraordinaire : la protection écla tante qu'il accordait aux arLs; les nombreuses abbayes qu'il fit construire ou qu'i dota, car il rendait d'une main au clergé ce qu'il lui prenait de l'autre ; le faste d sa cour, pleine de femmes, d'évéques, d'hommes célèbres ; le nom de ses prioei paux ministres, tels que saint Ouen et saint Éloi, lui valurent cette immense repu tation qu'il emporta dans la tombe, et qui s'est transmise jusqu'à nous : de nos jour encore, il est peu de rois dont le souvenir soit aussi populaire en Fr<ance que 1 souvenir du roi Dagobert. C'est à lui que l'on doit la fondation de ce fameux me nastèrgjlii^aiûldttenis, qui jeta tant d'éclat depuis lors, et devint comme la méttt pôle de la Gaule. Du reste, le règne de Dagobert fut, pour ainsi dire, le point i départ de la puissance monastique. Ce prince avait comblé de largesses et de faveui une foule d'abbayes : à son exemple, les grands s'étaient montrés prodigues d libéralités envers ces communautés religieuses, et celles-ci virent par là rapidemei s'accroître, non-seulement leur prospérité matérielle, mais encore leur influcn< intellectuelle et morale, car l'une suivait les progrès de l'autre. Il faut dire que b abbayes s'efforçaient d'attirer dans leur sein, d'absorber tous les hommes reniai quables par leur savoir ; et, devenant de cette manière le centre des connaissano humaines, le foyer des sciences, des lettres et des arts, elles furent la source où jeunesse vint chercher l'instruction et les lumières. Alors les écoles monastiqw remplacèrent les écoles municipales ; seulement les études changèrent de direction on ne s'attacha plus à plaire aux esprits, mais à remuer les cœurs ; on négligea l'a pour l'effet ; à la littérature profane, qui cessait de répondre aux besoins, on ( succéder une littérature toute nouvelle de forme et d'idées, toute empreinte d'inspi ration : la littérature sacrée. L'enseignement prit donc un caractère exclusivemen religieux ; les légendes merveilleuses et les vies des saints occupèrent dcsonnais 1 plus grande place ; elles devinrent comme la poésie et le roman de Fépoque. c Ce récits brillants, variée, dramatiques, alimentaient la sensibilité et séduisaient l'inu gination ; ils transportaient le lecteur dans un monde idéal de perfection et de saii teté; ils offraient aux esprits découragés l'image d'une société imaginaire, où il trouvaient un ordre de faits et de moralités qui les vengeaient et les consolaient d< hommes et des choses du temps. C'est dans les légendes qu'est toute l'histoire c cette époque, tant les intérêts politiques sont absorbés par les intérêts religieux. U rois, leur cour et leurs intrigues n*intéressent qu autant qu'ils sont mêlés aux aflain des moines, des évêques, des saints ; les miracles, les prédications, les cérémonii religieuses ont seuls le pouvoir d'éveiller les esprits : une réputation de sainteté e l'unique moyen d'exciter l'enthousiasme et d'arriver à la gloire '. »

C'était du sein des monastères que sortaient presque toutes ces légendes et o chroniques qui passionnaient les âmes en le^ émerveillant, et l'on conçoit quei influence, quel prestige les monastères exerçaient par ce moyen sur l'opinion. 0 s accoutumait à les regarder comme les sanctuaires de la science et de la piéit riches et pauvres, petits et grands, tous les révéraient, les honoraient, leur faisaiei

> Théophile Lavalliîe, Histoire des Français, tome l'S page Ui.

rflANCIIK - COMT^. nARttARE. 127

da8^ lenr imagination un^ place à part. Parmi les abbayes que le respect populaire

fttnorait de ses hommages, se trouvait celle de Luxeuil. Elle ^tait alors à Papogée

de «I gloire, et sa renommée s'étendait jusqu'aux contrées les plus lointaines : les

^tAnm tenaient des extrémités de la Gaule, venaient du fond de la Germanie, pour

ivèer ce sanctuaire vénéré ; ils s'éloipaient heureux de l'avoir vu, heureux de

Vftrr apfirorhés des hommes éminents et pieux qui là faisaient marcher de front

b antique de toutes les vertus et l'enseignement de toutes les connaissances.

Pbk k saint monastère était ouvert à toutes les mis^rcs, à toutes les infortunes; le

pasnf j trouvait secours, l'opprimé protection, le proscrit un asile. Les chroni(|ues

H b biographies du temps sont remplies des sentiments de respect et d'admiration

qK leur ins|)lr«iit Tabliaye de Luxeuil. M. Edouard Clerc, dont nous aurons souvent

•fciston de citer le précieux Essai sur V Histoire de la Franche-Comté ^ rapporte,

(Tiprès samt Ouen, auteur de la Vie de saint Éloi son ami, que, « lorsque monté sur

Mwdie\al, saint Éloi visitait les monastères des Gaules, il s'arrêtait de préférence \\

fétide Ijfxeiiil, où il se prosternait avec vénération. » A l'époque du règne d<*

ti^tbfrt, c'était saint Wall>ert, l'un des hommes les plus remarquables de son

siMf par ses lumières et sa piété, qui dirigt^ait l'abbaye de Luxeuil; il la gouverna

pndiDl quarante ans, c'est-à-dire depuis (125 jus4|u'à GGS, année de sa mort.

Wilbert avait remplacé dans cette charge l'abbé Eustèse, disciple et successeur de

mtColomlian. Cet abbé Eustî'se, à (|ui le roi Clotaire II témoignait une bienveil-

bace UNite particulière, avait obtenu de ce prince le privilège d'étendre aussi loin

qH le vomirait les défrichements aux environs de son monasu^re, et ce fut là l'ori-

Itiie de b ridiesse territoriale des abbés de Luxeuil. Tne faveur à peu près sembbble

mit été accordée par le même Clotaire II :i saint Déicole, autre disciple de saint

CoionluB, et fomiateur de la célèbre abl)aye de Lure. Clot;iire aimait immmié-

réarnl b chasse : d'après le chroniqueur Fn'ilégaire son panégyriste, ce goiU du

r« pottr la chasse était, avec sa |)assion |K)ur les jeunes filles, la seule chose à

rrpmdre en lui. Or, un jour que ce prince se livrait à son plaisir favori dans les

M$d*mi fisc royal qu'il possédait près de Lure, il se laissa trop entraîner à la pour-

SBleda gibier, et, s'étant égaré, il entra chez saint Déicole. Frap|)é de l'austérité

*re Tiftilard : « Je te donne, lui dit-il, et je (e livre toat ce que je possèfie près

^ cps lieux en bois, pèches royales, prés et pâturages, la villa Rredanas avec son

^tfseet les vignes situées à Saint-Antoine. > Ce fut là, si l'on en veut croire l'his-

^^^>n doin Rerthod, l'origine des premiers droits régaliens de Lure ; mais le judi-

^'^tn lateur de X Essai sur l'Histoire de la Franche-Comté n'a vu, daus la donation

*• roi Clotaire, qu'une cession pure et simple de ï»ropriété sur certaines terres, avec

*^ droit utile dans les pèches royales : et cette opinion trouve un solide point d'appui

*^^ le caraclère même de Clotaire, prince d'autant plus jaloux de ses droits réga-

'^^t qu'il souffrait déjà d'en voir la plus grande |)artie aux mains de seigneurs

^^bitieux et puissants.

La fiMMbtioo de l'abbaye de Lure par saint Déicole se rapproche de l'année 61 i. U première moitié du septième siècle vit s'élever dans la province une foule d'autres iMMiastère» ; et l'un des hommes qui contribuèrent le plus, par leur position et leur neailile, à rp|iandre le goût de ces sortes de fdndations n^ligieuses fut .saint lK>naL

ifi FRANCHE - COMTE ANCIENNE ET MODERNE.

terres du roi de Bourgogne. Colomban se rendit auprès du roî de Ncustrie, Cloinire II, qui le reçut avec allégresse, et même avec reconnaissance; car Tablié de Luxeuil avait partout répété sur sa route que les royaumes de Bourgogne et (FAustrasie tomberaient avant peu au pouvoir de Clotaire. De la Neustrie, Colomban gagna THelvélie orientale , y laissa son disciple Gallus, fondateur du célèbre monastère de Saint>Gall, et se retira dans la Lombardie, où il mourut.

On place vers Tannée 610 environ Fépoque à laquelle saint Colomban avait été forcé d'abandonner Luxeuil : après son exil, les disciples se dispersèrent; mais l'œuvre du saint était appelée à porter de glorieux fruits. Pépinière d'abbés et cî'évéqucs, le monastère de Luxeuil fut le berceau d'une foule d'autres communautés religieuses : c'est de là que sont sortis presque tous les fondateurs des nombreux monastères qui s'élevèrent soit dans les montagnes des Vosges et celles du Jura, soit dans les bois et les plaines du Brabant et de la Flandre. L'impulsion religieuse^ imprimée par saint Colomban ne fît que suivre une marche ascendante durant le^ cours du septième siècle; et nous aurons bientôt occasion de rappeler que la plupart des grandes abbayes de la Franche-Comté datent de cette époque.

Au moment où la reine Brunehaut expulsait saint Colomban et ses disciples de leur asile de paix, la guerre éclatait eu Bourgogne : une question de territoire en était le sujet. On a vu que, dans le partage des États de Childebert entre ses deux (Ils Théodebcrt et Théodoric, l'Alsace avait été détachée du royaume d'Austrasie pour la réunir au royaume de Bourgogne ; mais ce partage avait mécontenté les Austrasiens : ils poussèrent en 610 leur roi Théodeberl à reconquérir l'Alsace par la voie des armes, et Théodebert envahit cette province, sans déclaration de guem\ Théodoric, le roi de Bourgogne, ne s'attendait nullement à l'agression de son frère : ainsi attaqué à Timproviste, il recourut aux négociations et ne les termina qu'en signant une paix par laquelle il se vil obligé de céder aux Austrasiens l'Alsace avec la Thurgovie et le comté de Ferrcttc. Les Austrasiens ne se montrèrent pas satisfaits de cette concession : peu de temps après la signature de la paix, ils se jetèrent sur la partie de l'IIelvétie sé(|uanaise qu'on appelait le pays d'Avanche, ils attaquèrent les milices du canton, et, les ayant taillées en pièces, se répandirent précipitamment dans la contrée qui va des lacs de Neufchâtel et de Genève au Jura. Mais leur irruption fut une vériUible invasion de Barbares : le fer et la flamme à la main« ils ravagèrent horriblement le pays et n'y laissèrent que des ruines. Les représailles allaient être terribles. Le roi de Bourgogne, enivré de vengeance, appela tous ses guerriers aux armes, puis il entra chez les Austrasiens. Il livra près de Toul une première et sanglante bataille à son frère Théodebert, le mit en déroute et en fbite, le poursuivit l'épée dans les reins et vint l'attaquer une seconde fois dans les pbines de Tolbiac. Ce fut une journée plus sanglante encore que celle de Toul : on se battit de part et d'autre avec une ftireur inexprimable; on se frappait, on s'égorgeait par milliers sans avancer ni reculer d'un pas ; on mourait del>out : c les morts, dit Frédégaire, n'avaient pas de place pour tomber et restaient debout, serrés les uns contre les autres, comme s'ils eussent encore été vivants. » A la fln, les Bourgui- -i gnons ftirent victorieux ; le roi d'Austrasie, Tliéodebert, Ait pris, dépouillé de ses vêtements royaux et conduit devant son frère Théodoric, (|ui l'envoya, chargé de

FRANCHI:: -COMIÉ BARBAUL. 125

chaînes, k Galon-sur-SaAne, où résidait Brunebaiit. On croit que la vieille reioe lit fi^nr itf uiurt vicilrote ce malheureux jeune homme son petit-fils.

I*ar «ipue double victoire du roi de Bourgogne, Brunehaut recontiut rait toute sa |Hii5NaDce; elle «{uilta Chalon-sur-Saône, la capitale du rovauuie de lk)ui{^ogn»', (M-iif \f*Qir triompbaleiuent s'installera Metz, la capitale de cette Austrasie d'où elle a\aii t^ chassée treize ans auparavant : ce qui lui restait de ses anciens ennemis f ut ak»rs i re<louter sa vengeance. Quant fi Théodoric, il se sentait le cœur gondé •raœlHUon ci d'orgueil : enivré de ses triomi»ties, il songeait à réunir sur sa tôti^ les in«c^ couronnes de la monarchie franke, et ce jeune prince allait marcher contre le rm «le Nftislhe, Clotaire II, lors(|u*il mounit subitement de la dyssenterie, au |»rinirfii|is de lanntr 513. Comme son p<>re Childel)ert, il n'avait que vingt-six ans. Tbéoilorir laissait quatre^ IjlsjmgJtoinehaut prit sous sa tutelle : alors la vieille reine gouverna les deux royaumes et s'occu[)a de siitisfaire Taudiition de toute s;i vie, c'esl- JHiire de rétablir une monarchie sur le modèle de la Borne impériale; mais les UimW^ d'AuNlrasie, revenus de la stu(>eur de leurs défaites, travaillèrent à Tarréler dans son œuvre. Afin de ne pas subir plus longtemps la domination de leur irréconciliable ennemie, ils ofTrirent secrètement la couronne h Clotaire 11, ils comnmniijikrreot leurs ressentiments aux leudes de Neustrie, aux Tarons de HonrgogiH', à VaTBacaire II, successeur de Claude à la mairie du palais; et, la nouvelle ligue « ayant uoaniroement résolu, dit Frédégaire, qu'on ne laisserait échapper aucun des lil> «le Théodoric, qu'on les tuerait tous avec Brunehaut, puis qu'on donnerait à Uouire l'empire frank partagé en trois mairies, > Clotaire prit l'offensive. Bruue- Liul viol à sa rencontre avec une armée d'Austrasiens et de lk)nrguignons : la bataille devait se livrer sur les iKirds <le l'Aisne; mais au moment où l'action s'enpageait, les chefs bourguignons, secrètement d'accord a\ec Clotaire il, donnèrent le «igiul de b retraite. Aussitôt les soldats de Bnmehaut tournèrent les talons |»our n-|irefMlre le chemin de leurs Toyers, et Clotaire s'avança sans obstacle jusqu'au cnnir ile la Bourgogne, où il fut proclamé roi des Franks.

1^1 fortune «le Bruneliaut venait de s'<*crouler tout entière. La viinlle reine, Mêrvc fuf cet éfiouvantable revirem«'nt, s'était jetée dans les gorges du Jura, sans s;i\oir o«i elle trouverait un asile; mais elle fut prise près du lac de Neufchàtel, |)ar un faron «k KrKirgogne, et conduite au Imurg de Kioime en Franche-Comté, devant le non- \<rju roi des Franks. Clotaire accueillit iKir un torrent de reproclu^ et d'injures son dlii>tre captive; « puis, dit Frédégaire, a|)rès Tavoir lourment^'n? de divers supplices |CD4]ant trois jours, il la lit promener sur un chameau à la vue de toute l'arméi', et comoiancb ensuite qu'on l'attachât par les cheveux, les pieds et un bras à la queue d*uD cheval furieux, (|ui, rem|K>rtant au galop à travers la canqungne, mit son corjts on Linitieaiix. » Ainsi périt en Cl 3 cette cél«*bre Bruneliaut, fille, stvwr, feunne, OKTe, aïeule de rois. Les tristes restes de la grande reine «l'Austrasie furent ret'ueiilis par un seniteur fidèle et religieusement ense\ élis dans un tombeau que l'on voit eocore aujounl'hui en l'église de Saint-Martin, a Autun. Bruuehaut morte, il ne rrstait per^mne de .<^ race; car, quelques jours avant le snjiplice de Tiurortunée n-ine, le cruel Ckrtaire, bien digne fils de sa mère Fré^légnnde, avait fait égorgiT sous ses yeux les \\c\i\s enfants de Théodoric. En ce lemps-Iâ les princes n'agis-

124 FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE El MODERNE.

saient pas autrement : ils ne se contentaient point de vaincre et de dépouiller leur ennemi, ils l'exterminaient lui et sa race. Ils se vengeaient sur Tinnocent comme sur le coupable. De quels éléments était donc pétri le cœur de ces hommes-là, pour que ce cœur ne séchAt pas dans leur poitrine au moment où leurs lèvres ordonnaient des vengeances si barbares sur de pauvres enfants à peine nés à l'existence !

La mort de Brunehaut avait mis Clotaire II en possession des trois royaumes de^ Bourgogne, Austrasie et Neustrie ; mais ce prince régnait plutôt qu'il ne gouvernait : les^.maires du calais étaient les véritables souverains^ Ainsi Vamacaire II, maire du i palais de Bourgogne, avait fait jurer a Clotaire qu'il ne le déposséderait jamais de; sa charge, et le roi avait été forcé de le jurer ! De cette manière le souverain ne déléguait plus le pouvoir, il le cédait. Or, dans ces temps de violence et d'anarchie, il devenait d'autant plus dangereux pour les populations d'être soumises à de telles conditions gouvernementales, que c'était l'aristocratie, une aristocratie toute-puissante alors, qui nommait les maires du palais, et presque toujours ceux-ci fennaient les yeux sur les excès de la classe à laquelle ils devaient leur élévation. En Bourgope et dans la contrée transjurane principalement, les farons se permirent tant de rapines et de violences, qu'à la fin Clotaire II dut y envoyer le duc frank Herpon pour rétablir l'ordre. < Mais, dit Frédégaire, le duc Herpon ayant commencé de remettre un peu de paix en réprimant le brigandage des méchants, il fut tué dans une rébellion excitée par les seigneurs du pays. Clotaire étant venu à Mariheim, ^ Alsace, avec la reine Bcrtrude, rétablit Tordre et fit mourir par le glaive un grand nombre de gens qui agissaient iniquement, » Le principal instigateur de la rébellion, le patrice de Bourgogne Aléthéus, fut mandé par Clotaire et mis immédiatement à mort.

Cette manière aussi prompte qu'énergique de gouverner laisse comprendre que Çlûtaire n n'était pas homme à supporter patiemment le joug des maires du palais, et que rien ne devait lui coûter pour se défaire d'eux. C'est ce qui eut lieu notamment en Bourgogne. Le maire Vamacaire étant venu à mourir en 626, Godin, fils de Vamacaire, épousa la veuve de son père. Mais la constitution des Franks défendait ces sortes d'union, et Clotaire ne manqua pas l'occasion de faire tourner ce scandale au profil de sa politique : il chargea le duc Arnebert de marcher avec uo corps d'armée contre Godin et de le mettre à mort pour le châtier d'avoir violé la loi. Godin n'attendit pas Arnebert ; il se sauva, ce qui ne l'empêcha pas toutefois d'être pris et massacré par ordre de Clotaire. Peu de jours après cet événement, Clotaire avait à Troyes une entrevue avec les farons de Bourgogne : t il leur demanda s'ils voulaient élever un d'entre eux à la dignité qu'avait eue Vamacaire; mais tous, d'une voix unanime, refusèrent d'élire un autre maire du palais, et sollicitèrent la grâce de traiter séparément avec le roi. > Dès lors, Tanarchie triompha complètement dans la Bourgogne : en reconnaiss^mt l'indépendance individuelle des farons, on rendait par là tout gouvernement, toute centralisation impossibles; on |)ortait le dernier coup à l'ordre social, déjà si profondément ébranlé; on anéantissait l'esprit de nationalité, déjà si peu prononcé, si faible dans un pays comme la Bourgogne, occupée par tant <le |)Opulations diverses. La |)Osition d'indépendance faite aux farons engendra bientôt de tels abus, que le successeur même de Clotaire voyait

FRANGHK - œM rt:: barbare. lin

U nécessite d'apporter au mal un remède énergi(|ue. (le successeur était le Tameux roi ^gobert, flls niné de Clotaire, et monté sur le trône en Uâ8. Lors<iue Dagohert eut amené les seigneurs de Bourgogne, d*Austrasie et de Neustrie h lui donner le sceptre des trois royaumes, qu'ensuite il eut forcé son frère Cliaribert à se contenter « de ce qui pouvait lui suflire pour vivre dans une condition privée, c'est-àdire de la moitié occidentale de l'Aquitaine, > il s'ét;iit occupé de relever le pouvoir de la couronne. Attaquant audacieusement de front les grands leudes, il conlis(]ua les biens des plus reumanLs, il reprit aux autres les bénéfices <|ui avaient appartenu au domaine royal, il enleva même à un certain nombre d'églises la moitié de leurs revenus, puis il |)arcourut ses trois royaumes plutôt en justicier <|u'en souverain. Le chroniqueur Krcdégaire nous a conservé les curieux détails de la tournée de Dagobert en Bourgogne.

« Le roi Dagobert entra, dit-il , en Bourgogne et frapi)a de tant de terreur les évéques, les grands et le reste des leudes de ce royaume, qu'il en devint l'objet de rétonnement universel. Il répandait ainsi une grande joie parmi les pauvres, qui avaient le bon droit |)Our eux. Lorsqu'il vint à Langres, il prononra ses jugements avec tant de justice entre les leudes, aussi bien les plus pauvres que les plus émioents, qu'on dut croire qu'il était entièrement agréable {^ Dieu ; car il ne recevait aucun présent, il ne faisait aucune acception de personnes et il ne laiss;iit dominer que la seule justice (pie le Très-Haut cbérit. De là il prit le cbeinin de Dijon et de Saint-Jean-de-Losne, où il résida (pielipies jours avec une forte volonté de juger le peuple de tout son royaume selon la justice. Plein de ce dtVir bienfais^mt, il n'admettait point le sommeil dans ses yeux, il ne se rassasiait point de nourriture, tant le zèle de la justice le dévorait. » Cette conduite de DagokTt lui concilia toute la reconnaissance des |)etits et des faibles ; ils applaudirent avec entraînement à ce violent rétablissement de l'ordre : niais autant fut grande la joie des pauvres, autant b colère des riches fut profonde. Cependant les farons de Bourgogne ne tirent pas de résistance : surpris isolément, ces mille inHits tyrans se virent réduits à ronger leur frein, et c'est i)eut-étre [wur avoir cherché à soulever les farons, que le duc Brodulphc fut mis à mort à Chalon-sur-Saône, par ordre du roi. Les po]»ulations respirèrent un moment sous la protection justicière de Dagobert; malheureusement la suite du règne de ce prince ne ré]>ondit pas à ces brillants commencements. Peu i peu les peuples se d<'s;ifrectionnèrent de lui, et bientôt le mécontentement devint général. C'est que le roi Dagobert, pour faire face à son luxe excessif, cherchait à se procurer de l'argent |»ar tous les moyens; « puis, contiiuie Frédégaire, ses libéralités envers les pauvres t^irissaient : il oubliait entièrement la justice (pi'il avait aupanivanl chérie, et ne s'occupait plus qu'à dépouiller les églises on à s'enrichir avec les biens de ses leudes. S'abaudonnant outre mesure à la luxure, il avait, à rexem|)le de Salomon, trois reines et une nmltitudc de concubines. Les reines étaient Naiitechilde, Wulfegunde et Berchilde ; quant à ses maîtresses, il y en avait tant, (pie j'ai redouté la fatigue d'insérer leurs noms dans cette Chronique. Son cœur s'étiit ainsi détourné et retiré de la pensée de Dieu. »

Aucun soulèvement n'éclata cependant, et la mort du roi Dagol»ert, survenue aux commencements de <>)8, vint changer le cours dos idées. Ce prince s'éteignit à la

l'iti FnANCHE COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

fleur de TAge, il n*avait que trente et un ans ; mais, malgré la courte durée de son règne, il jouit dans son temps d'une renommée extraordinaire : la protection éclataate qu'il accordait aux arts; les nombreuses abbayes qu'il fit construire ou quil dota, car il rendait d'une main au clergé ce qu'il lui prenait de l'autre ; le faste de sa cour, pleine de femmes, d'évôques, d'hommes célèbres ; le nom de ses principaux ministres, tels que saint Ouen et saint Éloi, lui valurent cette immense réput;ition qu'il emporta dans la tombe, et qui s'est transmise jusqu'à nous : de nos jours encore, il est peu de rois dont le souvenir soit aussi populaire en France que le souvenir du roi Dagobert. C'est à lui que Ton doit la fondation de ce fameux monastèry d^ ?>ai)r)|,-T)gn3 qui jeta tant d'éclat depuis lors, et devuit comme la métro- |)ole de la Gaule. Du reste, le règne de Dagobert fut, pour ainsi dire, le point de départ de la puissance monasticiue. Ce prince avait comblé de largesses et de faveurs une foule d'abbayes : à son exemple, les grands s'étaient montrés prodigues de libéralités envers ces communautés religieuses, et celles-ci virent par là rapidement s'accroître, non-seulement leur prospérité matérielle, mais encore leur influence intellectuelle et morale, car l'une suivait les progrès de l'autre. Il faut dire que les abbayes s'efforçaient d'attirer dans leur sein, d'absorber tous les hommes remarquables par leur savoir ; et, devenant de cette manière le centre des connaissances humaines, le foyer des sciences, des lettres et des arts, elles furent la source où la jeimesse vint chercher l'instruction et les lumières. Alors les écoles monastiques remplacèrent les écoles municipales ; seulement les études changèrent de direction : on ne s'attacha plus à plaire aux esprits, mais à remuer les cœurs ; on négligea l'art pour l'effet ; à la littérature profane, qui cessait de répondre aux besoins, on Gt succéder une littérature toute nouvelle de fonne et d'idées, toute empreinte d'inspiration : la littérature sacrée. L'enseignement prit donc un caractère exclusivemenu^ religieux ; les légendes merveilleuses et les vies des saints occupèrent désonnais la plus grande place ; elles devinrent comme la poésie et le roman de Tépoque. < Ces récits brillants, variés, dramatiques, alimentaient la sensibilité et séduisaient l'imagination ; il$ transportaient le lecteur dans un monde idéal de perfection et de sainteté; ils offraient aux esprits découragés l'image d'une société imaginaire, où ils trouvaient un ordre de faits et de moralités qui les vengeaient et les consolaient des hommes et des choses du temps. C'est dans les légendes qu'est toute l'histoire de cette époque, tant les intérêts politiques sont absorbés par les intérêts religieux. Les rois, leur cour et leurs intrigues n'intéressent qu^autant qu'ils sont mêlés aux affaires des moines, des évéques, des saints ; les miracles, les prédications, les cérémonies religieuses ont seuls le pouvoir d^éveiller les esprits : une réputation de sainteté est l'unique moyen d'exciter l'enthousiasme et d'arriver à la gloire '. »

C'était du sein des monastères que sortaient pres(|ue toutes ces légendes et ces chroniques qui passionnaient les âmes en les émerveillant, et l'on conçoit quelle influence, quel prestige les monastères exerçaient par ce moyen sur Topinion. On s accoutunuiit à les regarder comme les sanctuaires de la science et de la piété : riches et pauvres, petits et grands, tous les révéraient, les honoraient, leur faisaient

* Théophile Ij^valli^c, Histoire des Français, tome I'^ page 14 f.

KRANCIIK- COMTÉ BARDARE. 127

dans leur imagination une place à part. Pamii les abbayes que le respect populaire eatourait de ses hommages, se trouvait celle de Luxeuil. Rlle rt:nt alors à Papogf^e de sa gloire, et sa renommée s'étendait jusqu'aux contrées les plus lointaines : les pèlerins venaient des extrémités de la (laule, venaient du fond de la Germanie, pour visiter ce sanctuaire vénéré ; ils s'éloignaient heureux de l'avoir vu, heureux de s'être approchés des hommes émineuts et pieux qui lA faisaient marcher de front b pratique de toutes les vertus et l'enseignement de toutes les connaissances. Pais le saint monastère était ouvert à toutes les mis^res, à toutes les infortunes; le pauvre y trouvait secours, l'opprimé protection, le proscrit un asile. I^es chroni<|ues et les biographies du temps sont remplies des sentiments de respect et d'admiration que leur inspirait l'ablmye de Luxeuil. M. Edouard Clerc, dont nous aurons souvent occasion de citer le précieux Essai sur niistoire de la Franche-Comté, ra[)porte, d*après saint Ouen, auteur de la Vie de saint Éloi son ami, que, « lorsque monté sur son che\'al, saint Éloi visitant les mona^^tères des Gaules, il s'arrét^iit de préférence à celoide Luxeuil, où il se prosternait avec vénération. * A l'époque du rejçne dr Uagoberl, c'était saint Walbert, l'un des hommes les plus remarquables de son siècle par ses lumières et s;i |)iété, <|ui dirigi^ail l'abbaye de Luxeuil; il la gouverna pendant quarante ans, c'est-à-dire depuis {\2i) juscpi'à GOo, année de sa mort. Walbert avait remplacé tians celte charge l'abbé Eustrse, disciple et successeur de saint Colomlian. Cet abbé Eustèse, à <|ui le roi Clotaire II témoignait une bienveilbnce toute particulière, avait obtenu de ce prince le privilège d'étendre aussi loin qnMI le voudrait les défrichements aux environs de son monastiTC, et ce fut là l'origine de la richesse territoriale des abb(S> de Luxeuil. Tue faveur à |)eu près semblable Jvaît été accordée |iar le même Clotiiire II à s^iint Déicole, autre disciple de s;iint ColombaD, et fondateur de la célèbre abbaye de Lure. Clotaire aimait immodérément la chasse : d'après le chroniqueur Frédé^aire son panégyriste, ce goût du roi pour la chasse était, avec sa passion \H)\\r les jeunes tilles, la seule chost^ à repremlre en lui. Or, un jour (|ue ce prince se livrait à son plaisir favori dans les fbrMs d*un fisc royal qu'il i>ossé<lait près de Lure, il se laissai trop entraîner â la |)Oursoile du gibier, et, s'étant éganS il entra chez saint Déicole. Fnippé de l'austérité de ce vieiltard : « Je te donne, lui dit-il, et je te livre tont ce tpie je poss(*de près de Cf^ lieux en l)Ois, |>éches royales, prés et |)âturages, la villa Rredanas avec son égibeei les vignes situées à S;iint-.\ntoine. » Ce fut là, si l'on en veut croire l'hislorien dom Ikrthoil, l'origine des premiers droits régaliens de Lure ; mais le judicieux auteur de VKssai sur f Histoire de la Franche-Comté n'a vu, dans la donation du roi Clotaire, qu'une cession pure et simple de propriété sur certaines terres, avec an droit utile dans les péclies royales : et cette 0|)inion trouve un solide |K)int d'appui dans le caractère même de Clotaire, prince d'aut^mt plus jaloux de ses droits n^galiens, qu'il souffrait déjà d'en voir la plus grande luirtie aux mains de seigneurs ambitieux et puissants.

La fondation de l'abbaye de Lure par saint Déicole se rapproche de l'année 61 4. La première moitié du septième siècle vit s'élever dans la province une foule d'autres monastères; et l'un des hommes i\m contribuèrent le plus, par leur position et leur eiemple, à n^pandre le goût de ces sortes de fiindations religieuses ful^iint DojgjjL

\ip£tH(^quiëine éyéque 4c Besançon^ Il avail été promu jeune à cette dignité, qu*il occupa depuis Tannée 625 jusqu*à 660. Ce prélat descendait de noble race et comptait d*éminents personnages dans sa famille : frère de Ramelène, duc de la Haute Bourgogne, il était tils du patrice Wandelin. Donat était aussi Tun des disciples de saint Colomban, et de plus son filleul; avant de s*asseoir sur le siège épiscopal de Besançon, il avait accompagné son illustre maître et parrain quand celui-ci alla prêcher la foi chrétienne dans cette partie de la Suisse que Ton appelle les Alpes de la Gruyère. Les fondations pieuses auxquelles saint Donat et sa famille ont attaché leur nom paraissent avoir été nombreuses ; les historiens mentionnent, entre autres, Tabbaye de Saint-Paul et celle de Jussa-Houtier, toutes deux dans Tenceinte de Besançon, le monastère de Bèze et le couvent des fllles, au village de Brégille. Vers cette époque, en 632, saint Ermenfroi fondait Tabbaye du prieuré de Cusance; quelques années plus tard, c'est-à-dire dans la seconde moitié du septième siècle, le patrice Norbert créait le monastère de Château-Chalon. Les abbayes de Favemey et de Baume-les-Dames datent à peu près du même temps. Comme on le voit par ces noms, la plupart des grands monastères de la Franche-Comté appartiennent au septième siècle. L*abbaye de Gigny, aux environs des grottes de Loisia, ne date que de l'an 893 ou 89i : saint Bernon en fut le fondateur. Quant au monastère de Saint- Claude, le premier établissement de ce genre qui se soit formé dans la province, il eut pour fondateur Tanachorète Romain, entre les années 430 et 440 : nous aurons plus tard à revenir sur cette abbaye, célèbre à plus d'un titre.

Cependant, malgré le vif éclat que jetaient à cette époque les écoles monastiques, la civilisation baissait rapidement : c'est que le dépôt des lumières se trouvait alors concentré dans les mains d'un très-petit nombre de lettrés appartenant presque tous :\ l'état clérical ; et renseignement qu'ils donnaient ne franchissait pas en quelque sorte l'enceinte des monastères. Les disciples auxquels ils transmettaient l'instruction embrassaient pour la plupart la vie monastique ; ceux-ci, devenus maîtres à leur tour, initiaient à la connaissance des letU'cs d'autres disciples, qui se vouaient au même genre d'existence que le leur : en sorte que les lumières se soutenaient, mais elles ne se propageaient pas ; elles continuaient à tourner dans le même cercle étroit. Hors de là, ce n'étaient que ténèbres, et la nuit de l'intelligence semblait devenir plus épaisse à mesure que l'on s'éloipait des temps romains. Les masses étaient incultes et barbares; avec l'ignorance, les mœurs se faisaient rudes et grossières; la brutalité des instincts et des penchants allait croissante. A ne parler ici que de la Haute Bourgogne, qui sera plus tard notre Franche-Comté, les dernières traces de la civilisation et de la liberté tendaient à y disparaître : lesfarons n'avaient que dédain et mépris pour toutes les choses de l'intelligence ; ils n'aimaient et ne recherchaient que la chasse et la guerre : emportés, violents, luxurieux, ils ne trouvaient d'attrait que dans une existence désordonnée et turbulente. C'étaient ces hommes-lî^ qui gouvernaient le pays, ou plutôt ils empêchaient qu'un gouvemennent quelconque pût s'y établir ; ils croyaient servir leurs intérêts en perpétuant le désordre et l'anarchie. Pour eux l'autorité du souverain n'existait pas, ou du moins ils ne voulaient pas qu'elle existait : partout où elle se montrait, ils s'efforçaient d*entraver son notion, de la réduire h néant; c'était là tonte leur politique : le droit royal

le poovait ainsi s'exercer qu'à t ers les agitations et les troubles. Le but que se proposaient les fakvua |Mir Ces icuiauves systématiques de rébellion contre la royauté » aperçoit fiMnlement : en travaillant à ruiner le pouvoir du souverain, ils travaillât à fMtifier le leur; chacun d'eux ne cherchait individuellement à ne relever do pefMNiDe que pour se constituer sur ses terres respectives en petit roi indé|>endanl. Ubrareuseinent pour les classes inférieures, l'état d'avilissement et d'impuissiinct' oi b couronne était tombée alors, ne servait que trop bien ces funestes tendances, an b(M desquelles apparaissait la féodalité. Kt les farons ne dirigeaient pas seulement Inr^coops en haut, ib frappaient aussi en bas : tout-puissants et déjà maîtres de la fkn gmde partie du sol, ils tenaient à l'écart, par la violence et l'abus de la force, lo booiDes de condition moyenne qui s'obstinaient à vivre indépendants et libres ; feieleor laissaient aucune part dans les aiïaires publiques, ils les éloignaient des miUi, espèces d'assemblées nationales où l'aristocratie seule débattait les intérêts du plis, c cst-à-dire ses propres intérêts à elle. Quant aux classes inférieures, elles n'éuiat rien el n'avaient rien ; elles formaient des masses inertes et passives que les frads possesseurs terriers s'appropriaient comme une chose. Autour des villas sei- IPMriiles on apercevait une umltitude de petites cases faites de bois et de chaume : c*esi & qu'haliitait la population des serfs, population misérable, à peine vêtue, mal Morrieet traitée à l'avenant. Dès que le jour paraissait, un cniel majordome, anné 'n fouet, conduisait ces malheureux au travail : les uns défrichaient la terre ou Pesaient le grain ; d'autres, attachés à la charrue comme des bétes de somme, trn- (Mt des sillons. A l'heure de midi, le serf pouvait reposer quelques instants ses ^ttwhtts fatigués, puis il reprenait son pénible labeur jusqu'à la cloche du soir. A côté des serfs il y avait les mainmortables : ces derniers étiient des ouvriers que l^tarMi appelait $e$ hommes et qu'il chargeait, à d'onéreuses conditions, de la culture ^ ses domaines; ou bien c'étaient de petits propriétaires qui, pour échapper à l'opftsmn des grands, se mettaient sous la protection de l'un d'eux, en consentant à ^'^'^ditwkammartabUs les terres allodiales ou franches qu'ils possédaient ; mais du cil ces petits possesseurs avaient accepté te patronage d'un seigneur, ils n'étiient libres, ils ne pouvaient plus aliéner leurs biens et se trouvaient astreints, indt'»- ^^^imroent des cliarges générales, à certaines obligations envers leur protecteur^ * ^Ifs devoirs et hommages par exemple, à des redevances annuelles soit en argent, t en denrées : telle est l'origine des tailles, des corvées, des droits de vasselage autres droits de servitude que les seigneurs finirent |>ar imposer aux liommes sur un sol uniquement fécondé par leurs sueurs. Juste ciel ! fallait-il que les peel les faibles fussent écrasés par la tyrannie des grands, pour en être nnluits h iroinrer un peu de repos et de sécurité qu'à la condition de vendre leur liberté et ien! Hélas ! hélas ! que nos pères ont souffert! et qu'ils ont dA souvent, eux nréatures faites à l'image de Dieu, qu'ils ont dû souvent envier le sort des chiens ^ leurs nobles seigneurs !

Serf el mainmortable, voilà ce qu'était alors le peuple. Il vivait en proie à touu^ 1» vexations que faisaient peser sur lui les usurpateurs du |K>uvoir souverain, et les gnwfe poa\'aient se donner d'autant plus libre carrière, que les rois ne jouaient fkt^, ibns k* aiïain*s de rfttat qu'im rôle fit» com|»arses. Ainsi le successeur dr

pagobcrtavaitétéson^s^Clovis II, jeune liomme sans idées, sans énergie et d*un caractère sFrâille, que c'est lui qui commence la triste série de ces rois flétris du nom de fainéantSj^ A dater de ce règne, les représentants de la race mérovingienne ne sont plus rien : pâles fantômes que la voix toute-puissante des maires du palais évoque du tombeau, on les voit pendant à i>eu près un siècle passer silencieusement sur le trône et rentrer dans le néant comme ils en sont sortis. Ce complet avilissement.de la royauté permettait ù Taristocratie de s'abandonner librement à ses idées de désordre et -iranarcliie ; il fallut que les maires du palais, aux mains de qui le ])ouvoir efTectif éuit passé, se missent résolument à l'œuvre pour relever rautorité royale, et maintenir par là l'unité de l'empire desFranks. Le maire Eridnoald, gouverneur des trois royaumes, se consacra tout entier à la pensée d'arrêter les progrès de la décentralisation ; mais il rencontra de rudes obstacles, en Bourgogne surtout, où chaiiue province, chaque cité, chaque seigneur aspirait à vivre de sa vie iKirticulière. Aussi, lorsqu'on 6ii Erkinoald voulut donner à ce royaume un maire dans la personne de Flaochat, Frank d'origine, des troubles violents éclatèrent : les farons se montraient résolus à ne pas laisser revivre la fonction de maire, restée vacante depuis la mort de Godin, le fils de Varnacaire II. Le patrice de la Haute Boui^ogne entre autres, Vuillebaud, se faisait remarquer par une opposition virulente. Erkinoald ne se découragea pas : à force de dons et de caresses, il gagna la plupart des farons, il leur promit par serment de les maintenir dans leurs honneurs, dignités et bénéfices, et les amena de cette manière à consentir à l'élévation de Flaochat au rang dc maire. Flaochat était à peine installé, que la guerre civile éclatait, par suite des ^ intrigues du patrice Vuillebaud, qui, fier de ses immenses richesses et de la hautain- fluence qu'elles lui donnaient, avait conspiré la mort du nouveau maire. Sans |)erdre de temps, Flaochat appela le roi Clovis II à son aide, et celui-ci, accompagné d'Er-. kiiioald, vint de Paris à Autun avec une armée neustrienne. Alors Flaochat enjoignît à Vuillebaud de se rendre auprès du roi. Le patrice de la Haute Bourgogne obéit; mais, soupçonnant le dessein de Flaochat, « il rassembla, dit Frédégaire, une grande nmltilude d'hommes de son patriciat, les nobles, les vaillants, même les évéques qu'il put attirer à lui, et se dirigea dans cet appareil vers Autun.... Le lendeuiaiu Flaochat, suivi de tous les ducs du royaume de Bourgogne, sortit de la ville en armes : Erkinoald et les Neustriens en firent autant. Flaochat, avec les ducs Aiualgaire, Kamelène et Wandelbert, fondit sur Vuillebaud; mais les autres ducs et les Neustriens ne voulurent point attaquer Vuillebaud et attendirent révénement.... Vuillebaud fut tué, ainsi que beaucoup des siens ; sa tente et les tentes des évé(|ues et des autres (pii l'avaient accom|Kigné, furent pillées tant |)ar les vainqueurs que |Mir ceux qui n'avaient pas combattu. Ces choses s'étaut ainsi passées, ajoute Frédégaire, Flaochat s'éloigna le lendemain d' Autun et s'avança vers Chalou. Étant entré dans la ville, il arriva, je ne sais |)ar quel accident, (|u'elle fut dévorée tout entière par un incendie. Fhiochat, frap|)é du jugement de Dieu, se sentit |)ris de Li lièvre : on l'embarqua dans un bateau sur la Saône, et, naviguant vers Saint-Jean-de-Losne, il rendit l'dme dans le voyage, onze jours après la mort de Vuillebaud. » On ne donna |)as de successeur à Flaochat ; le duc Kamelène fut nonnné iKitrice à Ln place de Vuilkbaud, et la Itourgogne nti^nba dans ranarchie.

FRANCHE - GOMTF' llARBAItË. r»\

ixN lariM» leiNlaient de plus en plus à sisoler, k devenir indépendant ; mais ils

jibifiK voir se inelUre en travers de leur politique un honnne audacieux, résolu a

tiTNf tous les obstâf les pour abattre Tarislocratie au profit de la royauté et des

nm^ : c'teit le famenx ^bcoin, ânne intrépide et violente, cœur trempé (Kor^ieil

fi (ie ier« inlelligence lumineuse et supérieure. I.es leudes neustriens l'avaient

MMT msîre^du pabis apiùslainortd*Erkinoald, c'est-à-dire vers Tannée 660.

fMo eonoiença sa révolution par une mesure d'une grande hardiesse : pour em-

jrffcpT «|ue les offices ne devinssent héréditaires dans les familles de ceux qui les

[MKydaieol, il voulut que les patrices, les ducs et les comtes fussent choisis hors de

bprniiice où ils avaient leurs propriétés, leurs serfs et leurs clients. Ce coup f)orté

4 Tarisiocnitie souleva de violentes clameurs en Bourgope. Les farons s'appnMfTcnt

anRii!4tfT; ils se rallièrent autour de Léo<legaire, évéque d'Autun, homme qui réu-

Kffiait à l'éclat de la naissance et des richesses une énergie, une intelligence, des

|n«ioi» trempées comme celles d'Ébroïn. Après plusieurs années de résistanc(*s et

^iNKiilité» sourdes, les ininiiti('*s prirent un canclère si violent, qu'Ébroïn (it dé-

^"■^â tout Bourgiùgnon de se présenter au palais sans avoir été mandé par le roi;

»*•' le ifiTihle maire du palais pn'»parait des mesures impitoyables, lorsque le roi CUh

^^ m vint à mourir, en iui). Ébroin, sans att(»ndre que tous les grands fussent

"•^nis en comices pour élire im nouveau roi, proclama do son autorité privcV le jeune

Jtegrri lli. fils de Clovis II. A la nouvelle de celte aiularieuse violation dos coutumes

>>tio«aies, ime insurrection générale éclati. \a^ s<*igneurs neustriens et Imurgui-

POQs, ralliés à ceux d'Austnisie, reconnurent pour roi Chil|»éric II et se mirent en

■*i^he. Ebrotn, malgré totite son énergie, n'essaya pas de se défendre : abanilonné

* tous^ il se réAigia dans ime église avec son roi Thierri II!. On les prit, on les

**Ca l'un cl l'autre de recevoir la tonsure ecclésiastique, et l'on eufomia Thierri

*^>ks le monastère de Saint-Denis, Ëbroîn dans l'abbave do Luxeuil. La chute d'Ë-

'^'^n runena Tancien état de choses en itourgogne : les comtes continueront à être

*«t$is dans les comtts qu'ils devaient gouverner; la mairie viagère fut de noiivoau

*t*<4ic. et € de peur que quchpi'un n'usurp;U à Tinslar trtbroîn, » les farons con-

***rpm entre eux d'exercer l'un apnXs l'autre les fonctions de maire. L'évoque Ia*o-

•*<*wftp, le chef de l'aristocratie bourguignonne, devint alors tout-puissant , mais il

**^Uày» tour éprouver les vioissiiudis de la fortune. Chil|>éric II, le roi que los

n^iiK de Neiistrie, d'Austnisie et de Ikuirgognc avaient choisi, était un prince très-

i**nu\de son pouvoir : il accusa Léo<logaire de vouloir renverser l'autorité royale,

^ filirrrfer sous un frivole prétexte et conduire à Luxeuil, dans cotte mémo abîia^e

^ Ton tenait Êbroîn prisonnier. C(^ deux liors ennomis, qui ilun*nt, en se relrou-

*^tii au fond îl'un cloilre, faire un étrange retour sur rinsiabilité dt»s chost*s hu-

^^^«Ks, se réconcilièrent, dit-on : ils se pardonneront rtVipro<|Urmont leurs torts,

AMfyrenl entre le.s mains de Tablié de Luxeuil do vi\ro on paix dans h«ur comnunio

'^Inûie, et re s'occu|)èrenl plus en apparonoe que tics olmsis du ciel. Mais ils

ïi'ttii^ml n*signi^ ni l'un ni l'autre à |)assor lonrs jours sous un habit de uioim» :

Tambition les rongeait à l'âme.

ivoïkint qii'Êhroin et l^legain' vivaient ainsi au monastère de Luxouil, les ôvé- Driueiits marchaient au dehors. « CJuIirtic IL dit le premier Continuateur <le Frt'*dé-

gaire, était emporté et léger, |)0us$aiit la nation des Franks dans les séditions, h insultes et les troubles; tant qu'enfin il s'éleva contre ce prince une furieuse haim qui alla jusqu'à la révolte et au meurtre. Comme elle croissait de jour en jour, Qà péric fit, au mépris de la loi, attacher à un poteau et battre de verges un Frai noble, du nom de Bodillon. A cette vue, saisis d'indignation, les Franks Ingolbert * Amalbert et les autres seigneurs excitèrent une sédition contre Cbiipéric ; Bodilk s'arma avec un grand nombre de mécontents et tua, dans la forêt de Bondi, le r Chilpéric avec sa femme Bilichilde, alors enceinte (septembre 673). » Ce fut àla f veur de celte révolution inattendue qu'Ébroin et Léodegaire sortirent de leur prism l'abbé de Luxeuit, rapporte-t-on, ne les mit en liberté qu'après leur avoir fait renoi vêler le serment d'oublier le passé et de vivre en paix dans le monde comme i avaient vécu dans le cloilre. Toutefois le bon accord ne régna pas longtemps ent les deux chefs de parti : sortis amis de Luxeuil, ils s'étaient dirigés sur Autun; ma ils n'avaient pas encore fait leur entrée dans cette ville, que déjà leur vieille haii était revenue. Ëbroïn, craignant quelque surprise de la part de Léodegaire» repar d'Autun la nuit même, et gagna l'Austrasie, où la faction des hommes libres dono nait alors. Avec l'armée que lui donna cette faction, il marcha contre les leud neustriens, les attaqua dans Soissons, resta maître de la place, et reconquit c Neustrie toute son ancienne autorité. Le terrible Ébrolo usa cruellement de la vit loire ; ses ennemis expièrent par l'exil ou les supplices le mal qu'ils lui avaient Cul et quiconque ne se soumit pas à lui fut dépouillé de ses biens ou frappé par le gtaire Les leudes de Neustrie vaincus, Ébroïn se tourna vers les farons de Bourgogne. I envoya le duc Waimer, l'un de ses partisans, assiéger dans Autun l'évcque Léode gaire, qui, à l'approche des ennemis, fil briser à coups de hache sa vaisselle d'ar gent, distribua toutes ses richesses aux monastères et aux pauvres, et demanda pa bliquement pardon à ceux qu'il pouvait avoir offensés. Les Autunois, exaltés par c s|)ectacle, étaient résolus à mourir pour leur évoque : ils soutinrent et rq)ou$sèrei un assaut furieux, qui ne dura pas moins d'une journée. Hais, Waimer ayant dèsl lendemain recommencé ses attaques, Léodegaire donna l'exemple d'un héroïque A vouement : pour ne point exposer sii ville épiscopale à périr à cause de lui, on le i faire ses adieux à son peuple, communier et aller se livrer lui-même aux ennemi: Ils lui crevèrent les yeux, puis l'enfermèrent dans un monastère, en Champagne. Les farons de Bourgogne n'avaient plus de chef; ils se soumirent, en frémissan à la fortune (ll^broïn, (jui gouverna dès lors avec une autorité absolue, et mit soi ses pieds tout scrupule et toute pilié pour briser I jU:LstQcmti&^au profit de la ooi ronne. Ébroïn abolit les charges et les dignités hérédit;iires, reprit les terres du ft royal aux grandes familles qui se les étaient appropriées sans titre, et, traitant i ennemi tout ce qui portait un nom riche et puissant, tout ce qui résistait à sa pol tique, il s'en débarrassait par la confiscation, le glaive et l'exil. Au nombre de si victimes fut Léodegaire, sur lequel il se vengea d'une manière cruelle : il lui fit mi tiler les bras, couper les lèvres et le bout de la langue, et le fit paraître en cet et (levant un concile, qui le dégrada. Le malheureux évêque eut ensuite la tête tnu chée (an 678). Cette fin tragique de Léodegaire émut profondément l'opinion pi blique en sa faveur : les masses oublièrent en lui l'homme politique pour n'y |rii

l'IlANCIIi': " COBITF: liARBARk; 103

i<itrt(iie le |»réUit luarlyr; les légendes célébrèrent sa mémoire, TÉglise le canom>j, fi Uodepire figure aujoimUmi dans le martyrologe sous le nom de saint {^^ec. Aiirrax de l'histoire, Févéque d*Aiitun ne fut qu'un chef de parti.

lbi$, tandis qu*£broïn comprimait avec une impitoyable rigueur les aristocraties

nrvtfieniie et bourguignonne, l'orage s*amoncelait sur sa léte. En Austrasie, la

Mm des leudes, ayant pour chef un jeune homme qui devait rendre bien illustre

MMnoai de Pépin. d'Héristall, venait démettre à mort le rm Dagobert.U et de ter-

nsftr do même coup bi faction des hommes libres, classe nombreuse de petits pro-

(intoires qii*Ébroîn avait attachés h sa fortune en leur distribuant les terres des

;mde^ broilles. Les leudes austrasiens, encouragés, par leur victoire, h se passer

àrtmaàs de rois, résol*irent alors d'attaquer Ëbrotn, qui leur était doublement

Min\, H comme niveleur des classes aristocrati(|ues, et comme restaurateur de la

rnvmté. Ils levèrent donc une puissante année contre lui, puis s'avancèrent en

Vostrie. Mais Êbroîn ne leur laissa pas dépasser la frontière de ce royaume : s'étant

porté liH-méfne k letir rencontre, il les attaqua dans un lieu nommé Luco-Fago,

'/ne roQ croit situé entre Lion et Soissons, leur lit éprouver ime sanglante défaite

^ ks poursuivit avec un grand carnage. A son tour, Ëbroîn s'avança dans TAus-

''^sîe. Sa victoire de Luco-Fago, la supériorité de ses talents militaires, ta terreur

^ son nom, tout semblait rendre imminente ta conquête de ce royaume, lorsqu'un

^^^assinal vint changer la face <1es choses. Ëbroîn ayant fait dépouiller d'une partie

* î*rs propriétés le Neustrien Ennenfroi, coupable d'avoir malversé dans Tadmi-

(^^'''tration des biens du fisc, celui-ci médita sa vengeance. Tn dimanche matin, il

^'<?Ttibusqua pri*s de la demeure d'Ébroîn, se précipita sur lui au moment oii il sor-

l*U de son logis pour se rendre à l'église voisine, et lui fendit le cnlne d'un coup

^^pée. Ebrpîn, tomba roide mort (an (>81). Ainsi périt cet illustre maire i\u jialais,

ki^Hiiae remarquable |)ar ses t;ilents et ses idées, et A qui l'historien regrette de ne

pouvoir restituer sa véritable physionomie : malheureusement, Ëbroîu ne nous est

«HiBu que par le récit de ceux dont il avait eu plus d'une fois k se plaindre, c'est-à-

àkr^ des moines, qui dans ce temps étaient seuls en possession d'écrire l'histoire ; et

l^!s> moines ne faisaient pas de l'histoin?, mais des légendes, où sous les dehors d'une

i^mtion pieuse la passion |)renait trop souvent la |)lace de la vérité. L'écrivain

pv>és«iitait les hommes et les choses sous son point de \ue, leur donnant une couleur

b^ORiMeou contraire, selon les intérêts de sa caste : or le maire Ëbroîn ne s'était

P^ toujours montré bien dis|>osé |)0ur cette caste ; il avait combattu chez elle les

tipixbiicfs aristocratiques avec autant d'énergie qu'il l'avait fait chez les leudes ou

*<^ brous, et l'on comprend que cette conduite ne dut pas lui mériter Li bienveil-

^M*^ des moines légendaires, .\ussi n'ont-ils pas ménagé sa mémoire : ils le repré-

'^tcnl généralement connue un homme de basse naissance, n'aspirant qu'A tuer,

'^^«er, dépouiller les hommes de noble race; et l'un de ces moines assure même

^oirfQtendii les diables em|K)rter h ta chaudière infernale l'âme de ce maire du palais !

basons là pour ce qu'elles valent ces invraisemblances par trop grossières, et sa-

^UMkviner, i travers les déclamations tles légendes, qu'Ébroïn fut l'implacable

^'^ wsaire de l'aristocratie, (|u'il la combattit par tous les moyens le génie, la force,

^ ^H)lence, la cruauté, qu'il n»prima vigoureusement les excès et les méchancetés

I5i FUANCHK-COMTJ'i ANCIENNE ET MODERNE.

(les grands seigneurs, et quil protégea contre leur tyraunio la classe des iioiniiiosde condition libre.

Les aristocraties des trois royaumes avaient accueilli par un long cri de joie la nouvelle de Tassassinat irÉbroïn : elles se trouvaient euRn délivrées du terrible maire qui menaçait de briser sous sa main de fer leur orgueil et leur indé|)endaiiee. Les Tarons de Bourgogne res<;aisirent alors leurs patrimoines, leurs dignités, leur; bénéfices, et se vengèrent de leur longue humiliation sur les amis d*£broin : ceui-<i furent h leur four persécutés, dépouillés, massacrés. Dans la Haute Bourgogne, Fanarchie devint plus effroyable que jamais : de jour en jour, les faibles liens qu maintenaient encore cette province sous une ombre d*unité tendirent à s y relâcber, et Ton croit apercevoir, à travers l'état de confusion où tomba le pays, que la dignîu de patrice y fut abolie dès les vingt dernières années du septième siècle. Norbert successeur de Ramelène dans le patriciat, et fondateur du monastère de Cbâteau- Chalon, semble avoir été le dernier personnage qui ait rempli cette chaire. Le vieilles tendances à l'indépendance absolue avaient repris, en Haute Bourgogne, tou leur essor : là, chaque comte travailla de plus en plus à s'approprier des droits d souverain dans son comté respectif; les évoques eux-mêmes visèrent à s'affnindii de toute autorité, et bientôt la province vil surgir pour son malheur une foule rit pelits tyrans : car, au milieu de cette anarchie générale, les dignitaires se muUi- |)lièrent h l'infini. Le titre de comte ne resta plus seulement dans les mains des gouvemeui*sdes cinq comtés; ce titre se confondit généralement avec la position des |)lus riches propriétaires du canton, et ces comtes en sous-ordre s'attribuèrent a leur tour des droits seigneuriaux dans les terres de leurs domaines. Tout cela menait à grands pas au régime féodal.

Cependant le royaume de Bourgogne avait fini par atteindre son but : il s'était complètement isolé de l'empire frank, et vers les premiers temps du huitième siècle on le voit vivant dans une entière indépendance de fait, sous Tautorité de ses comtes et (le ses évéques : cette indépendance devait lui coûter cher ! La Bourgogne, aflaîblie par l'anarchie, morcelée entre une multitude de chefs, allait se trouver impuissante en face et des envahisseurs et d'un autre Ébroin. Cette fois, les envahisseurs oc viendront pas de la Germanie, ils descendront du haut des Pyrénées et s*appelleroDl Arabes ou Sarrasins; quant h l'autre Ëbroïn, ce ne sera pas un nouveau maire de Neustrie, ujais un Austrasien qui se nommera Charles-Martel. —

Les Arabes avaient conquis l'Espagne en 711. Avides de nouvelles conquêtes, ils passaient en 718 les Pyrénées, se jet;iient sur la Septimanie (bas Languedoc), en chassaient les Wisigoths et s'emparaient de Narbonne. Deux ans plus tard, ils envahissaient l'Aquitaine (Guienne); mais Odon, duc des Aquitains, les vaimiuit dans une grande bataille sous les murs de Toulouse et les força de repasser les Pyrénées. £tt-s^2îLiIs revinrent, reprirent la Septimanie et s'avancèrent dans rinlérieur du Frandjat, comme ils appelaient l'empire des Franks. Les cavaliers arabes remontèrent rapidement le cours du Rhône, fondirent sur la Bourgogne avec une impétuosité (Voiseaux de proie, enlevèrent ot saccagèrent Mâcon, Aulun et détniisirent la ville basse de Besan(;on. Ils répandaient partout la toircur, ils massacraient lesi)opulationsy ils pillaient et brûlaient les monastères, dispersaient les moines, quand ils ne

!t*ft metuient pas à mort. Li Bourgogne, abîmée dans Tanarchie, divisée entre des rhefs l3 plapart ennemis les uns des autres, se trouva sans force pour refouler ce lorr^iit, qui |Missa sur elle en y multipliant les ruines. Une bande d'Arabes |)énétra jvsquaui Vosges, entra dans Saint-Loup sur TAngronne, qu'elle traita comme rayait fait Attila deux cent soixante-quinze ans auparavant; elle arriva devant Pabbaye «te Luxeuil, en dispersa les religieux, et le monastère, pillé, dévasté, dis|)arut, ainsi qm* la ville, au milieu de h fumée et des flammes. A la suite de cette grande catastrophe, Taliliave de Luxeuil resta quinze ans inhabitée. Ce fut seulement au bout de ce temps (]oe quelques moines, échap|)és au cimeterre des Ara1)es, revinrent à Luxeuil, pour nfte%er teur uionastère; mais le fer et le feu des musulmans en avaient laissé les murs dans un état si déplorable, que le travail de réédiiication n*eut lieu qu*avec «ac excessive lenteur. La célèbre abbaye ne recouvra son importance qu'au règne de riorkmagne.

Us Arabes, après avoir ravagé la haute et la basse Bourgogne, s'étaient repliés

ihi Witr du Khdne, d'où ils se jetèrent sur la Provence : ils y furent reçus par un

^*ni\ (merrier dont ils connaissaient la valeur, par le célèbre Odon d'Aquitaine, qui

Ve& iUai|u, rem|iorta sur eux une seconde victoire et les refoula vers le bas Lan-

fuedoc, où ils rentrèrent dans les premiers mois de im Uuatre ou cinq ans se pas-

MtirotsaDs que les Arabes reprissent roiïensive, car ces infatigables ennemis ne se

laisiaieiit pas abattre par les revers ; leur constance opiniAtre les rendait aussi acharnés

apcw ttae défaite qu'après une victoire. Ce fut en 73:2 qu'ils revinrent h la charge,

t>lm Bomltreux et plus terribles que jamais. Sous la conduite du vaillant AlMlérame,

iMiilefttot des califes en Espagne, ils s'avancèrent sur Bordeaux, prirent et sacca-

wnitceuc ville après avoir écrasé l'année du vieux duc Odon, se répandirent dans

l*AqaiijiiDe épouvantée, gapèrent la Loire en ]ïorUmi partout le fer et la flamme, et

^ i^ucèriiit sur la basili(|ue de Saint-Martin de Tours, dont les immenses richesses

l^atiffaient. 1^ Gaule semblait |>erdue. Mais au mois d'octobre TU parut en vue des

^f^ un homme accoutumé depuis seize ans à vaincre tous ses ennemis : c'était

icl^iiwux Charies d'Austrasie. duc des Franks. Charles avait mis en mouvement ses

^Klws et formidables bandes austrasiennes, et, jiassant la Loire, il avait rencontré

^mktise année musulmane dans les cliami^s de Poitiers. Ce moment fut l'un des

P^ soienoels de l'histoire ; il tenait eu sus|)ens l'avenir du monde : les fils de Ma-

^tWft les tils du Christ se trouvaient en présence, et la victoire allait dMder si

' Eorope serait chrétienne ou musulmane. L'Europe resta chrét^nne. Charies, le

^des Franks, vainquit Abdérame, le lieutenant des califes : a|>rès de terribles ef-

^ dit l'historien Isidore de Béja, « les nuées de cavaliers aralies armés de largi^

oMerres se brisèrent contre les murs de glace des fantassins du Nord, anrns de

fiiquei et de francisques ; » et le brave Abdérame lui-même périt, avec l'élite de ses

ewi^gifoons, sous l'épée des Austrasiens. Cette victoire, qui valut à Charies son

tomble el glorieux surnom de Martel (Marteau des Sïirrasins), vida la grande que-

rHIe entre le Coran et l'Évangile, mais elle ne sauva pas de ki vengeance de ces Sar*

ra^as une partie de la Gaute, la Bourgogne entre autres. Charles n'avait pas pour-

MHvi tes Arabes après b bataille de Poitiers, et leurs bandes audacieuses s'étaient

niin'r> leitteuM'ul \ers la Septimanie, en conmiellani partout d'affreuses dévasta-

lions. Leur passage par la Bourgogne y fut presque aussi meurtrier que l'invasion — (le 725 : la terreur qu'ils inspiraient encore, malgré leur déraite dans les cliam|>s poitevins, était telle, que personne n'osait se lever pour s'opposer à leurs brigandages, et ils purent de cette manière piller impunément les monastères et les éi^lises qui s'offrirent à leur cupidité. Les farouches enfants de Mahomet passèrent de nouveau à Besançon, qui fut dévasté et brûlé. Les abbayes de Saint-Claude et de Baume n'échappèrent pas non plus à leur avidité du pillage ; ils eu emportèrent toutes les richesses, en y laissant le feu pour adieu. Le grand nombre de localités du Jura qui rappellent encore par la ressemblance de leur nom le souvenir des Sarrasins, attesta" combien le pays eut à souffrir de la présence de ces envahisseurs, c'est-à-dire de leurs cruels excès.

Après les Arabes vinrent les Austrasiens. Charles-Martel, qui ne voulait pas pour lui du titre de roi, voulait cependant que toute la Gaule se reconnût sa vassale, et mécontent de voir la Bourgogne détachée de l'empire frank, il résolut de la replacer dans son ancienne position. Au printemps ^^^ J'apniV 7g?, « ^^^j^ijggj disent les Annales de MetZy pémUcgjdaQ&iaJ^oyaume de Bourgogne avec un puissant corps d'armée, soumit Lyon et les autres cités à son pouvoir, confia aux plus éprouvés de ses ducs et de ses leudes les confins de cette région à défendre contre les peuples rebelles et infidèles, et s'en retourna victorieux. » Ainsi, la Bourgogne se vit rattachée par la force à l'empire des Franks, et de plus elle eut à subir le joug de la domination austrasienne : ce ne fut pas là sa moindre humiliation. Les leudes austrasiens avaient commis de grandes violences pendant l'expédition ; une fois maîtres du pays, ils exercèrent sur les vaincus la plus brutale tyrannie, ils les traitèrent en véritables sujets, et l'énergie des moyens était là pour comprimer toute menace de révolte. Les orgueilleux farons payèrent chèrement leurs quelques années d'indépendance. Ils ne durent pas seulement refouler en eux les antipathies de mœurs et d'idées qui les séparaient de leurs insolents vainqueurs, mais ils se virent persécutés comme au temps d'Ébroîn. On reprit aux plus influents leurs dignités et leurs bénéfices, on les déposséda même de leurs propriétés patrimoniales; et les évéques ne furent pas mieux ti*aités : on les dépouilla de leurs biens et de leurs titres, sans plus de scrupule qu'on le faisait pour les farons. L'évéque de Vienne, entre autres, réduit à la misère par le pillage des biens de son église, quitta son siège pour se retirer au monastère d'Agaune ; l'évéque d' Auxerre vit quelques chefs austrasiens se distribuer entre eux la plus grande partie des terres de son évéché. Ce violent état de elioses se maintint en Bourgogne jusqu'à la mort de Charles-Martel, arrivée te 22 octobre 741. Le grand duc des Franks avait, dans les derniers mois de sa vie, partagé tout Tempire entre ses fils Pépin et Carloman. Ce dernier ayant abdiqué au bout de quelques années pour aller passer ses jours au monastère de Saint-Benoit, sur te mont Cassin, Pepiq se trouva seul chef de la nation franke et s'attribua toutes les prérogatives de la royauté : il ne lui manquait que le titre de roi. Il songea dès lors k faire cesser . cette longue comédie mérovingienne (|ui durait depuis un siècle. On sait comment il s'y prit : il envoya demander au pape Zacharie, c lequel devait légitimement être et se nommer roi, de celui qui demeurait sans inquiétude et sans péril en son logis, ou de celui qui supportait le soin de tout le royaume et le souci de toutes elioses. •

TBANCHE • COUTK BARBARE. 137

IVpfn «vrit iTavanee qne la réponse du pape lui serait favorable : t II vaut mieux,

hii mamla Zacharie, que celul-lik qui possède la puissance royale jouisse aussi des

bomi^rs de la royauté, i Fort de cet assentiment, Pépin réunit i Soissons les sei-

fraetin et les évAipies, afin quils statuassent sur le sort de Chilpéric III, le dernier

r>*jHon de b race du grand Clovis, et l'assemblée condamna Chii|)éric à finir ses

joars dans un monastère. Pépin fut alors proclamé roi, ilii consentement de tous les

Fraiiis ; mais le nouvel élu ne se contenta |ms d'être proclamé à la manière des Mé-

rp^iiifieos, que Ton reconnaissait en les élevant sur un liouclier : il se fit oindre et

one première Ibis à Soissons par saint Boniface, archevêque de Mayence ;

seconde fois h Reims, par la main du pa|)e lui-même, qui déclara Pépin tenir sa

courTMiM de Dieu et menaça les Franks d'excomnmnication s'ils élisaient des rois

d*«iie autre famille. Cette cérémonie du sacre, empnmlée aux mœurs juives, est

rohfine du droit divin dans riiistoire des royautés de rEiiro|)e. En Pépin commença

b nir«* des rois carolingiens (an 751j.

IHj reste, si Phabileté, rinlelliii^nce et le prestige du nom doivent être l'apanage de rbomiue qui prend place sur un trône. Pépin était bien digne du rang suprême : preséiue aussi grand guerrier que Charles-Martel son père, il avait couronné son front du laurier des victoires avant de le ceindre du bandeau des rois. IMiis il inaugura sa dynastie par de solides conquêtes ; il la rendit forte, aux yeux des peuples, par la lendance de ses réformes et le caractère de ses alliances politiques ; et lors(|u*it Mourut le 24 septembre 768, après dix-sept ans d'un r<*gne glorieusement rem|)li, il hissait i son héritier une couronne brillante et res|)ertée. Cet héritier allait être nn de» plus grands hommes de l'histoire, il allait relever la civilisation : c'est nommer Charlefiiagne. Certes, Pépin avait fait d'utiles choses et préparé la voie à bien des )ii«'Iiciratious : on lui doit d'avoir remis de l'ensemble et de l'onlre dans le gouver- Bemeot de FÊtat, un peu de discipline et de régukirité dans le gouvernement de rCgtîM- ; d'avoir, tout en rendant au clergé une partie de ses biens, tenté de ré- Ibmier les mœurs égoïstes et ciqiides de l'épiscopat, et cherché à réprimer une foide d'abus : mais, disons-le, la décadence sociale était alors si {irofonde, et fœuvre de récénération était si difficile, (|u'il fallait, pour arrêter la première et |K>ur accouqdir b seconde, un bras plus fort, un génie plus puissant que le bras et le génie de Pépin : soQ fils Cbarlemagne avait Fun et l'autre. Un mot sur la situation de la Chaule à celle époque nous montrera l'immensité de la tâche que Chariemagne avait à remplir. Uepois Tavénement des Mérovingiens au trône jusqu'il In disparition des rois de Iror race, c'est-à-dire depuis trois siècles et demi, la Gaule s*était vue en proie aux gmstfts permanentes qu'entretenait l'ambition des princes; et, dédiiréepardes souf- •ratcM et des misères de toutes sortes, elle n'avait fait que descendre plus avant dats répmsemem et le désordre. Au milieu de cette anarchie générale, où l'injustice, Toppression et b violence travaillaient de concert h la senitude des |)euples, les ■MTurs allaient toujours s'altérant ; elles devenaient grossières et féroces, elles se défendaient dans les excès et les vices les plus honteux. U clergé, (|ui seul eût pu aHire an frein au mal, suivait au contraire la tendance commune : ignare, rapace et di!«Dta, H ne songeiit qu'à satisfaire b brutalité de ses passions en mêaie tem|>s «fu*à ulUltildilT ses richesses H consolider sa puissincr matérielle. Cet état de choses

amenait parloiil la ruine des lumières el des connaissances arquises ; les traces de la civilisation s'eiïaçaient, les arts et les lettres tombaient en décadence ; les sciences n*étaient plus cultivées, le langage dégénérait en un jargon inintelligible el barbare; enfin, à mesure qu*on avançait dans les siècles, Fignorance comme une grandi* éclipse couvrait tout de son ombre.

Il fallait qu*un liomme se sentit bien puissant par les idées et le génie pour entre- ))rendre de reconstituer une société avec d'aussi tristes éléments ; mais le réoi^uisateur s'appelait Charlemagne, et les intelligences de cette trempe-là font sortir La lumière du chaos. On le vit bien, lorsque ce grand ouvrier de la Providence se fut mis à Tœuvre. Devant sa volonté, tout changea de face : l'anarchie recula et Tordre se rétablit ; la décadence intellectuelle s'arrêta, l'esprit humain secoua son apattiie, la civilisation reprit sa marche. Administration, politique, religion, justice, agriculture, conunerce, industrie, Charlemagne a tout centralisé dans ses puissantes malus; il s'est emparé de l'enseignement, la question fondamentale, celle qui tend à déraciner l'ignorance, et il fait ouvrir des écoles publiques et former des bibliothèques ; il institue des chaires de philosophie et de belles-lettres; il tient dans son palais des conférences auxquelles il assiste lui-même ; il rassemble les professeurs du langage et les maîtres de la grammaire ; il encourage et protège l'astronomie, Li géographie, rarithmétique, la géométrie, l'architecture; il attire de toutes part^ autour de lui les hommes célèbres par leur science et leurs talents, les Tbéodulphe, les Leidrade, les Clément, les Paul diacre, les Pierre de Plse, les Âlcuin. Et Chariemagne est partout ; il dirige, il surveille, il anime, il vivifie tout : c son activité, dit Henri Martin, él;)it aussi universelle qu'infatigable; les facultés les plus rares et les plus opposées se réunissaient dans cette étonnante organisation : Cliarles avait le regard de l'aigle pour les grandes choses, le regard du lynx pour les petites; aucun détail ne lui échappait dans les immenses horizons qu'embrassait son œil de flamme : il calculait rem|)loi des revenus d'une métairie entre le renversement et la créatioii de deux royaumes.... Esprit curieux et investigateur par excellence, Charles eût voulu tout connaître et tout posséder dans le monde des idées comme dans le momh* des faits. Alcuin, dit son biographe, apaisa un peu la soif de science qui consumait Charles^ mais ne la put rassasier. La restauration des lettres n'était pas pour W, monarque frank un moyen de politique, mais un besoin personnel, une passion Irrésistible : il prêchait d'exemple ses sujets ; on le voyait tour h tour surveiller les écoles* et s'asseoir lui-même le premier entre les écoliers d'Alcuin, qu*ii appebii

* A ce propos, M. Henri MirtiD (Histitire de France, tome II , page 398) rtpporte, (Taprèf b ('lironique du Moine de Saint-Gill, une anecdote bien curieuse. Charlemagne • avait plaeé Clémeat le Scott à la tête d'une école dans laquelle il faisait élever un grand nombre d'eofiints de haute, ée moyenne et de bas$e condition. > Au retour d*une de ses campagnes, « il aunda par-devtal lui « les enfants qu'il avait confiés à Clément et se Qt apporter leurs compositions en prose el ea vers. « liCs élèves de naissance moyenne et inférieure présentèrent des ouvrages qui passaient tonte esfiè-

• rance et qui étaient pleins des plus douces saveurs de la science ; les nobles n'eurent à moalrer

• que des compositions remplies d'inepties. Alors le très-sage Charles, imitant la sagesse du aovve- « rain juge, fit passer à sa droite ceux qui avaient bien travaillé, et leur parla en ees termes : Griees

• vous soient rendues, mes enfants, pour avoir ainsi travaillé selon votre pouvoir i l'exéenlMMi 4t

• nitfK ordres et à votre propre avantage ! Tâchez maintenant d'atteindre à la perfection, el je vous

nUNCIIK-COMlK lîAUllAlîK. r^)

Miii maUrf. Il parlait le latin aussi racilciiient (|iic le tu<lesi|iK*, s;i lan;^iH* inalrnn'llf ; il iKirvint, sinon h (Kirler, ilii moins à ontondre le grec. Le vieux diaere Pierre île Pisi« lui enseigna la grammaire; Il apprit (rAlcuin la rhétorique et la <lialiM'iir|ur, Tari (lu calcul et la connaiss^mee du cours des astres. Tliéodulplie lui montra les ri'gles de la iH)ésie et de la nuisique ; // devint fort habile à réciter et à chanter tieit pMumrXy et composa divers morceaux de poésie latine, corrects, sinon reniar- (fiiables. cil essaya aussi, ajoute l^'ginhard» (Vie de Charlemafjne, cliap. \\V^ « (rapprendre:! écrire, et il avait coutume de porter partout avec lui des Lubleltes « et ilii parchemin, (pfil plaçait sous le chevet rie son lit, afin de sVxercer, quaml il « avait un moment de libre, à tracer des canu-tcres ; mais il réussit peu dans cette « étude, pour Tavoir entreprise trop tard, n Ost un curieux trait de uururs, que re grand homme qui sait Tastronomie, rpii s:ut le grec, (|ui travaille à ré|»ura!i(iu du texte des quatre évangélistes, et qui ne sjiil pas écrire. »

Jamais existence ne fut plus reuqtlie, plus active, plus travailleuse que la sienne: el si Ton vient à considérer c|u*il trouvait encore, au milieu de s<»s occu|»alions, le femfrs de promulguer ses nombreux ('a]Htulaires, sorte d'encyclopédie admiiiistrati\e cil Ton rencontre de tout, riepuis les prescriptions rie la morale religieuse jusrpraiix ri'glements de |)olicc; si Ton se re|)n''sente à la niéuiolre rpie, taudis r|u*il poussait d*un côté la civilisation en avant, il reroulait de Tautre Tinvasion barbare; (pfil soumettait rAquitaine, subjuguait les pcupN's geruiiiniques, dom)»tait les Saxons, € celle nation de fer; » qu'il abattait sons les coups rie son épée victorieuse lr»s Aliares, les Danois, les Slaves, les Lond)arrls, les Tliuringiens, Iin lînMons, les <irecs, les S:irrasins d'Kspagne, les Sarrasins rrilalie; qtreulin, rlunint sr»n règiu*, il n*eut |Kis moins de cinrpiante-trois gur^rros à soutenir, alors on ci»uq)ren<lra pourquoi les |ieuples à sa mort ne le pleurèrent pas counne un hounue, mais comme un dieu.

Sous le long et magnitirpie règne de (^liarleurigne, la Haute Hourgogur^ respira. Celle épo<]UC de son histoire nruis r^st peu cmiiiiie à wiû rlirc, et ne se rr}vèlr* p.ir aucun fait éclat;int ou remarr|uable : seulement on sait (|ue sa noblesse militain', en se montrant rligne de marcher aver* les valeureux gurTriiMs rl<* (lliarlemagne, avait sa iKirt de la gloire rpii rejaililssnit sur eux. ('ne des entreprises où le< siij^rD^.inv, iie la Haute Bourgogne signalèrent 1cm* vaillance fut rexpr'Mlition crmtn* les S^urasius d'Esiwgne, en 77K, et la pn)vince compta plusiems de ses entants \\:\v\m les \ic-

• donnerjï Aen évéchés et de splemliilcs nionaslères, et vnii> serez tniijours (li{rnes«)e ron^^idriiitiMii

• à mes yeux. — Puis, tournant vers ceux qui étaient îi sa iram-lie son visn^^e in-iie, et purliini \v(m froi dans leurs consciences par son re;;iii-il de tlauiiui*, il li'ur l:inç:i ironi<|u«-ri)rrii res Icrrililes

• parole;!, en tonnant plutôt qu'en ptirlunt : Quanta vous, notilcs, \oiis, cnrnits <li>s pivinin-N du

• nivauroe, vuus, beaux liU délirât^ et un^nianis, qui couiptr? oir \ >tre n.ii^sauro et sur vos ^rnirid-t

■ biens, sou** avez néi^li^^e l'étude dc^ lcUre<, s,um é^Mnl |H>'ir uies nMiiuniiidruiiMiis ci |ioiir \otre

• liooneur; vousavei mieux aimé vou« livrer à la déh.'in"lic. au jm, à la )MreN>t', «m à des rxfnifts

■ frivoles. — El, levant au ciel .sa tèle au^ru^tt! et sa drinti> in\incilde. il s'éi'iia d'une v(»ix fiui-

• droyanle : Par le roi des rieux (c'était son sermont urdiuairei. je no fais pas ^^raud ras de vui!o

• noblesse ni de votre beauté, que le.N autres admirent tant ! Kl saciiez hirn que si vous ne rcpai f£

• pat aa plus tôt votre négligence, vous n'ohliemlrez jamais rien de bon de r.harle^. »

I Celait le secrétaire de Cbarlemagne.

140 FUANCHE . COMTÉ ANCIENNE ET MODEUNE.

tiiucs (le la catastrophe qui teroiina celle expédition : nous voulous parler du coiiibat de RoDcevaux , de cet épisode héroïque et funèbre dont les récits des poètes et les romans de chevalerie ont immortalisé le souvenir. Voici comment Thistoire raconte cette catastrophe :

Charlemagne, après ses victoires sur les Sarrasins d*Espagne, repassa les Pyrénées avec le gros de Tarmée franke. Il avait pris sa marche par les défilés de Roncevaux, et les traversa sans apercevoir d'ennemis; mais, quand rarrière-gardc, composée de l'élite des guerriers, voulut à son tour traverser ces défilés, elle vit rouler sur elle, du sommet de la montagne, une avalanche d'arbres déracinés et de (inartiers de roc, qui emporta et broya tout sur son passage : en méote temps une multitude de Gascons et de Sarrasins, conduits par le duc Lupus, descendirent des hauteurs et s'élancèrent après les débris de l'arrière-garde, qui s'était rejetée en désordre au fond du val de Roncevaux. lÀ, une lutte terrible, implacable, s'engagea ; mais les Franks, entassés les uns sur les autres dans le fond de cette vallée, embarrassés par leur bagage et le poids de leurs armures, eurent beau se défendre avec une bravoure surhumaine : ils périrent jusqu'au dernier, sous les javelines acérées des Gascons. Charlemagne revint sur ses pas, battit les Gascons et fit pendre le duc Lupus.

Le nom le plus célèbre des guerriers bourguignons qui tombèrent à Roncevaux est le nom de Guy de Bourgogne ; mais la gloire de ce preux, comme celle des autres chevaliers morts dans cette bataille, s'est eflacéé devant la renommée de Roland, le fameux comte d'Angers. Rien que Thistoire ne cite qu'une seule fois le comte Roland à l'occasion de sa fin uialheureuse à Roncevaux, c'est autour de lui que les traditions ont groupé tout l'intérêt de ce tragique épisode. Les chants populaires et les romans chevaleres(iues se sont emparés de ce personnage ; ils en ont fait le neveu de Charlemagne, ils l'ont grandi de siècle en siècle, et le moyen âge nous Ta transmis comme le ty|>e de l'héroisjne. Ainsi, à Roncevaux, c'est Roland qui commande l'arrière-garde, c'est lui qui entonne le chant de guerre auquel on a consené le nom de chanson de lioland ' , c'est lui qui se montre plus terrible que la foudre, c'est

* H ne nous est parvenu que des lambeaux incertains de la chanson de Roland. L'auteur de ia MarseUlmse, notre immortel Jurassien Rouget de Lisie, a ravivé dans des strophe» ardealcs et patriotiques ce chant de guerre, que l'on aimera sans doute à retrouver ici :

Où roarcut ces peuples épars? Qael brait a fait trembler la terre»

Et retentit de toates parts "»

Amis, c*est le cri da dieu Mars, Le rri précarsear de la guerre, De la floire et de ses hasards.

Mourons pour la pairie!

C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie.

Voyez*vous ces drapeaux flottants Couvrir les plaines, les montagnes, IMus nombieux que la fleur des champs?

Vo]rez*\ous ces fiers mtoéants

KHAMJIK-COMTK HARliAKK. I&l

lui qui couilNit H iiicurl le derniei'. Puis à ses exploits la (nulilioii eiiheiiièlc des Tailles el des mencilles. Elle rap|)ortc qu*accal)lé |Kir le nouihre, Roland euilmucha le redoutable cor de rencliantenr Merlin, ce cor capable de mettre en hiite toute une arméet et il en tira des sons si imi)étueux, (|ue les Pyrénées tremblèrent. Mais pour la première fois les sons du cor magique Turent d'un secours inutile ; alors le paladin, voyant qu*il fallait mourir, sentit son cœur se renqdir d'une douleur profon<ie, à la pensée que ses nobles restes allaient être profaués jKir les Sarrasins : « Du moins, s'écria-t-il, les mécréants n'auront i>as mon é|)ée, ma fidèle et vaillante Durandal; » et (MMir (|u*eiie ne lomlut [kis entre leurs mains, Roland la lan(;a contre un rocher.

So rt^pindre djns uus rjmiM^iif^.

I*areils ^ dis loups dôvonnis^...

Muuruus pour la paii io '.

Cc^l le bgrt le plus lieju» le plus digne d'en^ir-

Page 1