‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 19 sur 52 · L'M SOLDAT · texte numérisé non relu

L'M SOLDAT

Cmubii'u ^mt-ils? rombii'u Mint-il>'

nOL«?ID.

Quel homme eiineiui de sa glohc iVut demander : Cumhie» aont-ih * K.ti ! demaiiile du Mut les i»érils ; (IVsi là i|tt'esl au>si la urioire.

Lâche soldat! Combien sont-il.Hf Mourons pour la |ialrio!

i\\>i le soit le plus beau, le plus di^iiie dVu\ii'-

Sui\e£ mon |ianarhe éilalant, Fian^-ai:»! ainsi (pic ma liannii'ii*; Qu'il soit le |H)ini de rallinieiil.

ViMi< sivez Ions qufl pri\ attend Xji brave qui ihins la rarriere Myrrhe >ur les pas de Holand.

Mourons |>onr la |iatrie!

r/iM le HMi li^ plus k'au. le plus diiïnc d'en\ie.

Fins |ialadins, preux rhe\aliers, Kt toi surtout, mon frère d'armes.

Toi» Itenaud, la finir des gueiiieif.

Vo}iiii> de nouA qui li's preinler>, Oaiis leurs rau^< portant U*s alainu-<^, Kompronl ft mur de boudiei'^.--.

Mourons |iour la |tatrie ' r/i'st le "«orl le plus beau, le plus digne d'cn\ie-

Ci»urage, enfants; ils mmiI vaincus; U'urs i'onps déjà >e ralentissi-ni, h'uis brax demeurent sus|KMidus....

C«iura|{e! ils ne résistent plus.

U*ni*i liatjilloii!» se di'suni^sent ; Chefs i>t Mddats «iont rp4*rdus....

Mourons |iour la i>airie!

C'e>( le sort le plus beau, le plus digne dVnne.

Ujb* celte dernière jctrophc , le potHe , comme on le voit, s'est écarté de Diistoirc. Km|iurtc |t:ir Mm cnlbottfîatnie |iatriotii|ue, il fait de Uolaud et de i^es com|»a((nons d'armes les vainqueur* des Sarraf idjk, tandis que la France eut a pleurer la défaite ei le trépas de ces braves cbevaliers.

I« FUANCIIE-COMTh' ANCIENNE ET MODERNE.

Mais Diirandal, œuvre sortie de la main des dieux, éuit d'une trem|)e si merveilleuse, qu'au lieu de se briser, elle perça le roeher, où elle s'ouvrit un passage <|iii a gardé le nom de Brèche de ItolanxL La crédulité populaire, alimentée par les récils des romanciers et des poêles, en vint à regarder Roland comme un être surnaturel; et ce n'est pas seulement dans les Pyrénées que l'on montre des rochers où le célèbre |>aladin a laissé sa fabuleuse empreinte ; le Jura, pour sa part, conserve un souvenir de ce genre : près de Dole il existe le village de Montroland, ainsi nommé, dit-on, d'un moutier de moines noirs qu'y (il construire le neveu de Charlemagiie ; or on voit encore, en un certain endroit de la montagne sur laquelle est bàli ce village, des espèces de pas d'homme marqués dans le roc, et le peuple dit que ce sont les pas de Roland, La statue en pierre du paladin a longtemps décoré le chœur de l'église. Cette statue avait douze pieds de haut. Roland y était représenté armé de toutes pièces, et tenant d'une main sa longue et lourde épée, de l'autre un modèle du moutier dont on lui attribue la fondation. Au bas de la statue on lisait cette inscription : llolundus humiUimus Virginis servus\

L'époque de l'expédition en Ës[)agne fut à peu près la seule phase pendant laquelh la Haute Bourgogne parut jeter un peu d'éclat; puis elle retomba dans son obscurité.' Perdue au milieu des immenses possessions de la monarchie carolingienne, elle n'y existait, pour ainsi dire, qu'à l'état passif, partageant en cela le sort des autres provinces centrales de l'empire, f^a vie ne se faisait sentir qu'aux extrémités, ou plutôt il n'y avait qu'un honime qui remplit cette vaste scène : Charlemagne, résumant tout en lui seul, était à la fois et l'empereur et l'empire. On ne connaissait, on ne voyait que lui : s;i resplendissante personnalité laissait le reste dans l'ombre. A défaut d'éclat et de gloire, les peuples trouvaient dans cette condition d'être, le repos et la \m\, et c'était là pour eux une bien précieuse compensation. 1^ Haute Bourgogne, entraînée dans le mouvement régénérateur imprimé par Charlemagne aux lionnnes et aux choses de son siècle, profitait pour sa part des changements et des réformes (|ue réalisait le gouvernement impérial. La vie renaissait chez elle : l'agriculture et l'industrie reprenaient quelque vigueur; les sciences et les lettres tendaient à recouvrir sous leur éclat les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie, i Puis les villes sortaient de leurs ruines; quelques-unes même commençaient à devenir importantes : Besanijon (le liissantion des Capitulaires) tenait toujours le'^ premier rang et devait à son archevé(iue Bernon, parent de Charlemagne, la faveur/ de participer aux libéralités impériales; Mandeure, Montbéliard, Pontarlier se for*<^ niaient; Salins et Crozon acquéraient de la renommée par leurs salines; Arbois prenait l'aspect d'un bourg; Dôle, Lons-le-Saulnier et Poligny commençaient à

1 Voilà ce que dit la tradition au sujet de Roland, de sa statue et de son mouUer; mais, dans une brochure publiée en l^iG sous ce titre: Uttre à M. Léonard DusiUst*, sur l'origine de la rhnpelle de Montroland et de la prétendue statite du neveu de Charlemagne, M. Pallu a entrepris de rétablir les Tails dans leur vérité historique : selon lui, le paladin Roland ne serait autre que l'amiral Jean de Vienne, sire de Holans, et c'est l'homonymie de ces deux noms qui aurait caasè toute l'erreur. M. Pallu donne, à l'appui de son système, des raisons que Ton trouve concloaDtes.

* Auteur, entre autres ouvrants , de l'inléiessantc chroulque d'Yseuil de Dùle; le rhcTaUei Roland ea est bd des piincipaax pci>oniiagcs.

FRANCHE -COMTÉ BARRARR. i4Z

poiiMlre; Favemey s*eDtouniil de murnilles; Lure, Luxeuil et Saint-Claude n'étaient

pkTe alors que des monastères, mais ils s'associaient avec zèle au mouvement

MitHIcrtiiel de ré|KM|ue. Mannon, grand-prieur de Saint-Claude, avait été nommé

lar Clisuieinagne directeur de l'école instituée dans ce monastère, et le docte al)l>é

MHiiD avait brillamment rouvert Técole de Luxeuil. Il Tant dire (|ue rcm|)ereur

• a%4it rien négligé pour rendre à Tabhaye de Luxeuil son ancienne splendeur : noii

foolmt de lui restituer ses Trancliises et privilèges, dont les titres avaient péri lors

ik rm^isioQ sarrasine, il s'était plu à les amplifier considérablement, en les accom-

liagnant de riches donations. Ce fut à cette épotjue que les religieux de Luxeuil

moncrreot au travail manuel pour se livrer exclusivement aux soins du culte : ?

l«$qu*aiors on les avait vus cultiver eux-mêmes les terres de leur abbaye, se con- \

(uraaot, en ce point, à la fameuse règle monasti(pie de saint Benoit, (pii rendait U4ipiiNre le travail des munis. Cette prescription, imposée aux monastères de la tanle, avait eu d'inappréciables résultats : les couvents, isolés au fond des lK)is ftirvta^ceux et des bruyères incultes, étaient ainsi devenus des centres d'exploilatiM agricole; les moissons avaient reparu dans des sillons rest<'\s en friche depuis de kii|tt» années, le charme avait pénétré dans des forêts où les pas humains osaient a Kiœ s'aventurer. Hais les monastères, en s'enrichissant par les produits de leur ^ tr»ail, auxquels s'ajoutaient les donations royales, s'étaient relAchés de la règle de i >aiiit Ueooit en ce qui concernait le travail des mains, et déjà même, au temps de [ UaHemagne, un grand nombre ne la suivaient plus ; ils l'avaient abandonnée pour se «ottt exclusivement aux exercices religieux. Toutefois leur renoncement à la vie ^t D'eotraina pas leur renoncement aux biens de la terre : ils aiïenuèrent leurs i^Hinéiiit i charge de mainmorte, c'est-à-dire qu*au lieu de travailler eux-mêmes, ^i^» ^bteni travailler les autres pour eux. Les moines de Luxeuil imitèrent à leur tour ^eumple; du reste, ce fut par les suggestions de Cliarlemagne, lequel entretenait '^^ eii\ une correspondance assidue, ce fut par ses suggestions qu'ils renoncèrent ^inuil manuel pour ne s'occuper que des choses du culte, et (|u*ils afferux^rcut à ^ ttainmortabies les possessions de l'abbaye. Charlemagne avait entraîné dans la ■ntte Toie les moines de Saint-Claude, (|ui devaient à sa libéralité d'iro|>ortanti*s "^"^oùoïki en terres et forêts. En ceci, le zèle religieux du grand emi)ereur l'emporta ^ kûi : ses intentions étaient louables sans doute, mais le but n'y répondit pas, ^ rittioire est là pour nous apprendre de coiubien d'abus et de désonires l'abamlon ^ mTail des uuins devint la source dans l'intérieur des monastères. Peut-être Cliar- ^^>iagiie, en agissant ainsi, ne faisait-il qu'ol)éir aux nécessités de sa politique : il avait ^'^ drs gens d'église, il trouvait en eux les insinnnents indis^^ensables de ses projets ^t^vmieiDent et de civilisation, et pour se les attacher, il leur accordait souvent ^ qu'il n'eût voulu. Ce fut ce même motif qui l'empêcha de refuser aux évê<|U4^ ^ coBCfssioo qu'ils poursuivaient sans reUclie depuis deux siècles et qu'ils avaient / *^(>niidêe à tous les rois; on pressent qu'il s'agit de la dime. Vu capitulaire pro^-* / '^t^ en mars 779 établit d'une manière définitive cet impôt célèbre. Il faut din* ^ le roi Pépin avait précédemment statué sur la question, sans en faire toutefois ^^ loi iieniianeote ; mais, malgré le caractère temporaire de cett<' loi, les esprits ^^isi niai disfiosés en sa daveur, que la p4*rceptîon de la ilime n'avait |mi s'ef-

fectuer qu'à travers d^cxtrémes diflicultés. Les paysans ne voulafetit pas COAM au payenacnt de cet impôt onéreux ; et pour les amener à soumission, te dergé craignait pas d'abuser de leur crédulité, de recourir aux moyens les plus Indign Il effrayait l'imagination de ces pauvres gens, ils menaçaient des flamn^es de Tei ceux qui se monlreraient rebelles ; ainsi Ton voyait des moines faire întervenli démon dans leurs proches et laisser tomber du haut de la chair des paroles com celles-ci : « C'est le diable qui a causé la dernière famine que vous avez subie; e' lui qui a dévoré les grains dans les épis : il a déclaré avec d'affreux hurlements, milieu des campagnes, qu'il exterminerait les mauvais chrétiens qui ne payenl( pas la dtme. » On comprend toute la puissance de ces formes oratoires sur l'esprit populations aussi ignorantes et superstitieuses que l'étaient alors les populâlh agricoles. Le capitulaire de 779 rencontra bien encore quelques obstacles dans s exécution, mais le clergé ne lâcha pas prise : sa ténacité lui fit enfin obtenir le p de ses longs efforts, et la dîme ecclésiastique se maintint pendant dix siëdes.

Les bienfaits de l'instruction publique, la création des commissaires impériam des grands parlements étaient pour la Haute Bourgogne une large compensatioi l'établissement de cet impôt. Charlemagne avait organisé un système administR qui voulait tout savoir, qui voulait remédier h tout et s'occuper des plus miiiutk détails : ainsi l'on ne vit plus, avec ce prince, les farons et les évéques se réo dans des assemblées dites nationales, où seuls ils discutaient leurs intérêts pmpn d'après les nouvelles institutions, ils furent obligés de se rendre aux grandes asae blées de la nation franke, convoquées régulièrement, et là ils se trouvaient ta p sence des hommes de condition libre, qui prenaient part, comme eux, aux déiibé tiens générales : c'était de cette manière que le prince connaissait les besoins chacun des peuples soumis à son empire, qu'il apprenait fi sauvegarder lesintéréCs tous. Charlemagne avait d'autres moyens gouvernementaux : l'un d*eux, oeini *

\ concernait l'administration de la justice, consistait dans la création des scabM échevins, officiers subalternes laissés à la nomination du comte de chaque eon ces échevins, dont le nombre devait toujours s'élever h sept au moins, étal

' chargés d'assister le comte et de juger les procès soit seuls, soit avec les homi libres. On retrouve Ih quelque image de la justice protectrice du jury. Rappeli que, sous ce règne, la Haute Bourgogne garda sa division en cinq comtés, et qu' continua d'être régie par ses cinq comtes ; seulement ceux-ci n'eurent plus, com précédemment, un duc h leur tête : Charlemagne avait laissé tomber en désnéli cette dignité de duc, qu'il trouvait trop redoutable. Et l'empereur avait créé Un tution la plus propre h maintenir les comtes dans leur devoir : c'était l'entoi / fameux commissaires impériaux, connus sous le nom de misst dominici. Ces ei missaires, choisis indistinctement parmi les clercs et les laïques, parcoararient s cesse les provinces, inspectaient les domaines de la couronne et les bénéfices e cédés, réformaient les abus, présidaient les assemblées provinciales, exerçaient \ haute sun*eillance sur les comtes et sur les prélats eux-mêmes, t Si nn comte, A un capitulaire, ne reird pas la justice dans son comté, les commissaires do prî s'installeront dans son logis jusqu'à ce que justice ait été rendue. Le comte qui ft puni un homme contre le droit perdra sa dignité, et les commissaires te punir

FRANCHE - COMTt: BARRAKK. IC*

poimire; Faverney s'enlourail de murailles; Liire, Luxeuil et Saint-Claude nVlaioni icwère alors que des monastères, mais ils s'associaient avec zèle au mouvement inleliectiiel de ré|)04|ue. Mannon, grand-prieur de S;iiut-€laude, avait W nommé |jar Clliarlemagiie directeur de Técole instituée dans ce monastère, et le docte ahbé MHlin avait brillamment rouvert Técole de Luxeuil. Il faut dire que IVmiRTeur u*avait rien négligé |>our rendre à Talibaye de Luxeuil son ancienne sjdendeur : noii conlent de lui restituer ses franchises et privilèges, dont les titres avaient |M*ri lors tk Tinvasion sarrasine, il s'était plu à les amplifier considérablement, eu les accompagnant de riches donations. Ce fut à cette épot|ue que les religieux de Luxeuil renoncèrent au travail manuel pour se livrer exclusivement aux soins du culte : jusqu'alors on les avait vus cultiver eux-mêmes les terres de leur abbaye, se conformant, en ce |)Oint, à la fameuse règle monastique de s;iint llenoit, ipii rendait oliligatoire le travail des mains. Cette prescription, iuqiosée aux monastères de la tiaule, avait eu d*inappréciables résidtats : les couvents, isolés au fond des bois marécageux et des bruyères iucidtes, étaient ainsi devenus des (^entres d*exploilarion agricole; les moissons avaient re|)^)ru dans des sillons restt's en friche depuis de longues annét^y le charrue avait pénétré dans des forets où It^ pas humains osïdeni à peine s'aventurer. Mais les monastères, eu s'enri('hiss;mt |)ar les produits de leur iravail, auxquels s'ajoutaient les donations royales, s'étaient relâchés de la règle de <saint Benoit en ce qui concernait le travail des mains, et déjà même, au temps de Cliarlemagne, un grand nombre ne la suivaient plus ; ils l'avaient aUindonnée |)Our se vouer exclusivement aux exercices religieux. Toutefois leur renoncement à la vie active n'entraîna pas leur renoncement aux biens de la terre : ils aiïermèrent leurs propriétés à charge de mainmorte, c'esl-ànlire qu'an lieu de travailler eux-mêmes,^ ils firent travailler les autres pour eux. Les moines de Luxeuil imitèrent à leur tour cet exemple; du reste, ce fut par h^s suggestions de (^harlemagne, leipiel entretenait avec eux une correspondance assidue, ce fut par ses suggestions qu'ils renoncèrent au travail manuel |K)ur ne s'occuper (pie des choses du culte, et «piils affermèrent à des uiainuiorlables les poss4'ssions de l'abliaye. Charlemagm; avait entraîné dans la niêuie voie les moines de S;iint-Claude, (|ui devaient à s;i libéralité d'inq»(»rtantes ilonalioDs en terres et forêts. Kn ceci, le zèle religieux du grand enqM^reur l'euqmna Ifop loin : ses intentions étaient louables sans doute, mais le but n'y ré|)ondit |kis, et riiistoire est la pour nous apprendre de cond)ien d'abus et de désordn's rabandun du travail des mains devint la source dans l'intérieur des monastères. Peut-4*tre Charleuiagiie, en agiss;int ainsi, ne faisait-il qu'obéir aux niVessités de s;i |)olitique : il avait besoin des gens d'église, il trouvait eu eux les instruments indis|K'nsables de ses projets de gouvernement et de civilis^ition, et pour se les attacher, il lem* accordait souvent plus qu'il n'eût voulu. Ce fut ce même motif qui renq)êcha de refuser aux évêques uue concession qu'ils poursuivaient s;ms relâche depuis deux siècles et qu'ils avaitMd deuiandiHîà tous les rois; on pressent qu'il s'agit de la dime. Vn capilulaire pn»--* uiulgué en mars 770 établit d'une manière délinitive cet inqmt célt*bre. Il faut dire que le roi Pépin avait précédennnent statué sur la question, sans en faire toutefois une loi (Mîmianente; mais, malgré le ciractère tenqtoraire de celti' loi, les esprits «'•tjient si mal dis|K>sés en sa faveur, i|ue la [HTceplion de la dime n'avait pu s'ef-

ii6 FRANCHE - COMTÉ AiNClENNE ET MODERNE.

lorsque la disposition des esprits changea subitement : les soldats de rempereur passèrent en masse du côté de ses fils, et la désertion continua de telle sorte, qu'au bout de deux ou trois jours le malheureux Louis resta presque seul. AbandODné de son armée, il se rendit avec sa femme Judith et son fils Charles au eamp de ses fils aines. Ceux-ci vinrent à la rencontre de leur père et descendirent de cheval pour le recevoir; mais ce fut à peu près la seule marque de déférence qu'ils lui donnèrenl : sans tenir aucun compte de leurs promesses, ils reléguèrent Judith à la eitaddie de Tortone en Italie, le jeune Charles au monastère de Pruum dans les Ardeones, et rempereur Louis à Saint-Hédard de Soissons. Lothaire convoqua peu de temps après à Compiègne une assemblée générale où tous les évéques assistèreof , et 4 il j fut reconnu que Tempire, agrandi, pacifié et ramené à Tunité par Charlemagne, avait déchu entre les mains de son fils, faute de prévoyance et de capacité : c'est pourquoi rempereur avait été justement privé de la couronne. » Alors les évéques, excités par Lothaire, exigèrent du malheureux Louis qu'il confessât ses fautes en présence du peuple assemblé, et qu'il prit la robe de pénitent. Louis se soumit à tout, fit tout ce que voulurent les évéques, puis on le reconduisit dans sa cellule.

Cet acte audacieux du clergé souleva la réprobation générale. Les peuples qui tout à l'heure s'éloignaient de l'empereur, revinrent à lui, maintenant qu'on osait l'insulter à ce point ; ils répétaient avec indignation qu'on le tenait dans une odieose captivité, et que son fils Lothaire voulait le forcer à se faire moine. L'élat d'abaissé* ment de Louis le Débonnaire lui donna une foule de partisans, en Bavière, &n Aqiii* taino, en Bourgogne. Les deux fils même de l'empereur, Louis de Bavière et Pe|^ d'Aquitaine, jaloux de la puissance de Lothaire, se plaignirent de ce que celui-ci traitait leur père avec tant de mépris ; et ce fut bientôt uue réaction si cooiplèle, que Lothaire, se voyant sur le point d'être cerné de tous côtés par les masses insur* gées, se retira précipitamment de la Seine vers le Rhône^ après avoir rendu son père à la liberté (mars 83 i). Louis remonta sur le trône, en pardonnant à ses ennemis ; mais Lothaire repoussa toute proposition d'accommodement et reprit roflensivc en Bourgogne : il s'empara de Ctialon qu'il réduisit en ceodresi il battit deux armées envoyées conU*e lui, fit périr les partisans de son pèrc^ ravagea les villes qui lut étaient fidèles ; et une troisième bataille allait se livrer, lorsque Lothaire prit toiil i coup le parti d'implorer la clémence de l'empereur. Il en obtint son pardon. Les deux frères de Lothaire, Pépin d'Aquitaine et Louis de Bavière ou le Germanique, faM|Hiétèrent l'empereur à leur tour. Il semblait écrit que ce malheureux prinee ne trouverait nulle part moins de paix qu'au sein de sa famille : les dernières années de son triste règne se passèrent presque entièrement dans ces dissensions domestiques, qui le précipitèrent vers la tombe; et lorsqu'il expira sur les bords du Rhin, le 90 juin ^8i0^ il achevait à peine de réduire à la soumission Louis le Germanique, son troi-

V «* sième fils. Quant à Pépin d'Aquitaine, il était noort en décembre 838, des suites de f j* ses débauches. Louis le Débonnaire avait reçu de ses pères un empire glorieux et

^ puissant : il le laissait déconsidéré, miné par toutes ces discordes intestines ; il le

laissait h la veille d'une dislocation. La faiblesse paternelle et les fautes politiques de ce prince avaient encouragé les deux tendances qui poussaient au démembrenenc de la monarchie carolingienne : tendance de chaque grande r^ion à se constituer en

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nalâonalité distiocto, et tendance de chaque seigneur à sÏTJfçer en petit souverain liêrédilairc. Les fils de Louis le Dél)onnaire allaient consommer la première ; les seigneurs albieot r&discr la seconde.

LoliLiire se trouvait en Italie au moment de la mort de son père. Aussitôt il envoya des messagers |)ar tous les pays de la domination Tranke, avec ordre d'annoncer qu*il venait prendre possession de Tempire et se faire prêter le serment de lidélitr. Lolliaire prétendait gouvcnier seul, avec ses frères pour lieutenants. I/un de ces rrères était Louis le Germanique; Tautre était le fds de Judith, ce Charles ipie Ton a sumonnié k Chauve. Louis le (iennanique et Charles le Cliauve repoussèrent la pfétailion de Lotliaire : menacés tour à tour par celui-ci d'une guerre a outrance, ils s^mireat étroitement afin de conjurer le danger, et ils trouvèrent des soutiens, d'abord dans les seigneurs, qui iNrolitaient des guerres civiles pour faire |)aycr leurs senrioei en terres du domaine royal et transformaient ces terres en propriétés indé pendantes, puis dans les peuples, que travaillait un commun besoin d'isolement et de localtsalioo. Les peuples aspiraient h vivre de leur vie particulière ; ils étaient fatignés de se voir accouplés sans égard k leurs dilTérences d'origine, de mœurs, <le langage, et ils souhaitaient ardemment que la question de la prééminence de l'empire sur les royaumes se décidât par une baLiille générale : cette bataille eut lieu, mais elle lîit eiïroyable.

Le iS juin 841, deux masses de cent soixante nulle hommes chacune s'amMèrent dans les plaines d*Auxerre. Presque tous les peuples de la monarchie franke étaient li en présence : d*un côté se trouvait LoUiairc, avec des Italiens, des Aquitains, des Ausirasicns ; de l'autre, I^uis le Germanique et Charles le Chauve, avec des Germains, des Neustriens, des Bourguignons. La bataille s'engagea près de Fontenai, sur un front de deux lieues; elle dura six heures. Charles et Louis furent vainqueurs, mais la victoire leur coûta cher : ils laiss^iient près de trente mille des leurs parmi les morts, ei du côté de Lothaire plus de quarante mille hommes avaient péri. C'était rélile des guerriers franks qui gisait sur cet elTroyable champ de bataille, c'étaient la forée et la puissance militaire du pays qui venaient pres(|ue entièrement de disparaître : aussi ne trouvera-t-on plus rien pour arrêter l'invasion étrangère Iorsqu*ellc se présentera, et les terribles Normands s'avançaient!

Cependant cette dcrsastrcuse journée de Fontenai ne fit pas poser les armes aux Gis de l^uis le Débonnaire; les hostilités continuèrent, jus4|u'à ce que ré))uis(Munit eC la fatigue amenèrent les trois princes h conclure la paix. Au mois d'août .8 13 ils signèrent à \erdiin, sur le confluent du Doubs et de la Saône, ce famoux traité qui commença le partage de la monarchie de Charlemaji^De. Aux t(Tmes du traité de Verdun, les rontré<*s situées entre le Rhin, la mer du Nord, rtllie et les Alpos c'est rAliemagne), échurent à Louis le Germanicpie. Toute la fKirtie de la Gaule située à Tooeslde TEscaut, de la Meuse, de la Saône et du Uliône, avec le nord de l'Espa^rne jusqu'à rÈbrc (c*est la France), devint l'apanage <le Cliarles le Chauve. La Lormine et la Hante Bourgogne, ainsi que tout le pays compris entre l'Kscaul, la Meuse, la Satae, le Rhône, le Rhin et les Alpes, furent adjugés à Lothaire, qui eut en outre rilalie ei eoosen'i la dignité impériale. I^ monarchie de Chariemagne se trouva duc divisée en trois grands royaumes complètement indéi)endants les uns des autres

lis FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

Cl désormais étrangers d'inlérêUs comme d'existence. Les démembrements ne devaient pas s'arrêlcr là.

On voit, par ce partage, que la Haute Bourgogne fut comprise dans la portion de Lothaire. Cetto. province avait passé de bien mauvais jours durant les douze années de discordes civiles que les peuples venaient de traverser, et ses soufTranccs augmentèrent encore avec le désordre des temps qui suivirent. Des guerres perpétuelles, (les princes ennemis les uns des autres et ne cherchant qu*ii se dépouiller, des seigneurs élevant leur puissance sur les désastres publics ; le mépris de toute loi, Tabsence de toute moralité, le règne de la force brutale : voilà le spectacle auquel on assiste. Ce que devinrent les petits et les faibles au milieu d*une société oii la violence remplaçait le droit, on le devine : ils trouvèrent moins de protection que jamais, et bientôt il n'y eut plus, dans la Haute Bourgogne comme dans les autres provinces de la Gaule, que des possesseurs et des possédés, c'est-à-dire des seigneurs et des serfs. Les grands profitaient de l'anarchie générale et de l'état de hitle perpétuelle où vivait la royauté, pour continuer leurs usurpations. Ils agrandissaient leurs domaines en prenant tout aux uns, en acceptant tout des autres : la force étant devenue l'unique garantie de la liberté, et la possession d'une terre compromettant la sécurité de quiconque ne pouvait la défendre, ils dépouillaient les petits propriétaires, qui, trop faibles pour résister par eux-mêmes, ne trouvaient plus en outre dans la royauté la protection dont ils avaient besoin. La royauté au contraire en était réduite, pour vivre, à favoriser les usurpations des seigneurs ; elle les voyait marcher audacieusement à leur but, c'est-à-dire à la consolidation de l'ordre féodal, et, au lieu de se mettre en travers de leur chemin, elle les poussait en avant. Elle se faisait l'instrument de ceux qui ne visaient qu'à la perdre. Les rois, sans cesse en lutte les uns contre les autres, s'épuisaient en concessions pour s'entre-arraeber l'appui des seigneurs, qui formaient à peu près seuls la classe des gens de guerre : les rois achetaient et payaient le secours de leur épée avec des fiefs, des aïeux, des bénéfices ; ils leur permettaient de disposer de leurs offices comme d'un bieo patrin)onial ; ils leur donnaient des domaines de la couronne à titre de possession per|^ tuelle. Par là les rois marchaient à leur ruine; car, en se dépouillant, ils s*afraiUi$saient, et l'aristocratie, qui leur vendait ses moindres services, qui acceptait tout de leurs mains, maisons, terres, esclaves, se fortifiait en raison inverse de leur alGûblissement. La féodalité approchait : elle n'existait pas encore en droit, elle n'était pas encore passée dans la loi ; mais elle existait en fait, elle était passée dans les noceurs, et le moment allait venir où les rois, qui n'auront plus rien à donner aux seigneurs, seraient forcés par ceux-ci d'abdiquer leur pouvoir en sanctionnant eux-ménM» le triomphe de la révolution nouvelle.

Tandis que les peuples se voyaient ainsi le jouet et la proie de cinq ou six princes ambitieux, se ruant avec fureur les uns contre les autres pour s'arracher quelques lambeaux d'empire, le démembrement de la monarchie de Charlemagne continuait. Lûib^veéUkTïi venu à mourir le 20 septembre ^855, ses trois fils se partagèrent son royaume : l'alné, Louis H, eut l'Italie, avec le titre impérial; le second, Lothaveli^ eut r Austrasie, qui garda de lui le nom de Lotharingia (Lorraine) ; le plus }euiie des trois frères, Charles, reçut la Provence, le Lyonnais, la Haute Bourgogne ou Boup--

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