I-TIANCIIK-COMTI^ liARBAUK
;;(H;iie cisjunine(Francbe-Coiuté), Genève, Vaud et le Valais. Ces trois rrèrcs avaient ik*u\ oncles, Charies le Chauve et Louis le Germanique ; et tous ces princes, mus |iar le désir de se dépouiller réciproquement, ne laissent aux peuples ni repos ni Irève. Louis II et I^thaire II, à qui leur père avait transmis son ambition inquiète et remuante, projettent de faire lonsurer leur jeune frère Charles, puis de se partager son roraume; mais les seigneurs se refusent de prêter les mains à celte s|K)liation ; et, loin de déshériter Charles de Provence, ils le conlirment dans la souveraineté de se» États. Charles vient à mourir sans postérité, en 863 ; ses frères font deux |)arts de son royaume : Louis II obtient la Provence, avec ime partie de la Haute Bourgogne ; Lothaire II se résen^e Lyon, Vienne, Besançon et leurs dé|)endances. I^thaire II meurt h son tour, le 8 août 8()S), également sans postérité. Sa succession devait passer à Louis II; mais Charies le Chauve, brouillon ambitieux qui rêvait de rétablir rempire de son aïeul Charlemape, et qui ne manquait aucune occasion de s*em|)arer des États de ses parents tandis qu*il laissait envahir les siens par les étrangers, Cliarles le Chauve profite de ce que son neveu Louis II est occu|)é de ses guerres en Italie, pour se jeter à main armée sur les provinces de Lothaire et se faire couronner roi de Lorraine à Metz ({) septembre H()9). Le frère consanguin de Charles le Chauve, Louis le Germanique élève à son tour des prétentions à Théritage de Lothaire ; il somme Charles le Qiauve de lui abandonner une imrtie de cet héritage et le Uienace, en cas de refus, de se Tapproprier par la force des armes. I.^ deux frères entrent en négociation. S*étant rencontrés sur la Meuse en août SlOr ils se partagent par cmlejaction If royamodla Lothaire. Li Haute Bourgogne fut alors démembrée d une manière bizarre : les comtés de Vaiasciue, Scodingue, Amaous, et les abliaye^s lie Lu.\euil, Lure, Baume-les-Dames, Château-Chalon, Faverney, Mouticr-Vaucluse, Haute-Pierre, entrèrent avec TAIsace, la haute Lorraine et la Bourgogne transjurane, ibns le lot de Louis le Germanique. I^ contté de Port, Besançon, les abbayes de Jussa-Houtier, de S;iint-Martin de Brégille et de Saint-Claude, échurent avec la Bresse^ leBugey, le Viennois, le Lyonnais et la basse Lorraine, à Charles le Chauve.
Ainsi, la Haute Bourgogne se trouva fractionnée en detix souverainetés diiïérentes. Ces modes de partage n'étaient i^as plus dans Tintérêt des peuples que dans Tintérêl \ des princes : d*al)ord ils rom|)aient les relations naturelles étal)lies entre les habitants de la même contrée; puis ils décentralisaient les élémenLs d*imité et de |K)uvoir, et, par suite, encourageaient Ijcspritde localité, c'est-à-dire les tendances d'isolement T" de Taristocratie féodale; car cette dislocation des membres d'im même corps amenait i son tour le morcellement des parties : les provinces se fractionnaient en duchés et en comtés, ceux-ci en vicomtes, baronnies, sireries, seigneuries, et c'étaient autant de petits Ëtiits où les vassaux de la couronne s'érigeaient en souverains indépendants.
H importe de rappeler que la Haute Bourgogne et les autres provinces du lot de Charles le Chauve ne s'étaient pas soumises sans résistance au (lartage de 870. Charles le Chauve avait rencontré dans le gouverneur de Provence et de Bourgogne d*alors un redoutable adversaire : c'était le comte Gérard de Koussillon, ce personnage si célèbre dont Texislence appartient autant à la poésie (|u';i l'histoire, et que ks romans de chevalerie nous représentent comme le héros de la liberté féodale.
i:iO FUANCHK-COMTK ANCIENNE ET MODERNE.
Fils de (^riinilde issue du sang royal de Bourgogne, et du comte LeuUird d* Alsace, lequel descendait de Tancien maire du palais Erkinoaid, Gérard avait été bit comte de Paris et de Soissons à la suite de son ménage avec Bertbe, Tune des nièces de Louis le Débonnaire ; puis en 84K il avait été nommé par Tempereur Lothaire I*' gouverneur de Provence et de Bourgogne, et il s*était vu continué dans cette charge par son (ils Tempereur Louis II, roi d*ltalie. Le comte Gérard se trouvait en Provence au moment où Charles le Chauve s*apprétail à consommer son usurpation au préjudice de son neveu Louis II ; aussitôt il accourut en Bourgogne, et, sans se laisser ébranler |)ar la défection d'une partie des seigneurs, il se mit en devoir de défendre en sujet tidèle les intérêts de Tempercur son maître. lje& forces militaires dont U disposait se trouvant de beaucoup inférieures à celles de Cliarles le Chauve, U se retira dans l^s montagnes du Jura, pour attendre d'Italie les secours qu'il avait demandés à Louis II ; mais Charles le Chauve Tassaillit aux environs de Ponlariier et remporta sur lui la victoire, comme le rappelle cette vieille rime :
C^tre le Doubs et le Drugeon Périt Gérard de Roussillon.
Le mol périt n*est Ici que pour la mesure du vers ; car le comte Gérard vînt se renfermer, après son échec, au château de Grimont sur Poligny, château qu'il avait fait construire lui-même, et de là il gagna Vienne, oh sa femme se défendait courageusement. Charles le Chauve assiégea cette ville ; il ne s'en fût pas rendu maître sans la défection d'une partie des petits seigneurs de Viennois, qui contraignit seule le comte Gérard et sa femme h sortir de la place: ils se retirèrent en Provence, sur les terres appartenant à l'empereur Louis IL rhariti \^ Ctljinvr dnnnfl^lr gOMVfranmrnt de Viennois et du Lyonnais à ^ frtil»"^rf te ^^'^ ^^^QJh |>ersonnage que noiis verrons bientôt jouer un grand rôle politique. I/année suivante, c*est-à-dlre en 871 , on trouve Charles le Chauve à Besançon. Le séjour qu'il y fit fut marqué par plnsietirs libéralités envers le prélat qui occupait alors le siège métropolitain : c'était Arduic. Charles le Chauve ne se contenta pas de lui donner en toute prot>riéié l'abbaye de Brégille, mais en même temps il lui concéda le droit de tonlieti dans sa ville épiscopale, et le droit exdusif de monnaie dans tout son diocèse. Le droit de tonlieu se prélevait, comme on sait, sur les marchandises et les blés que Ton venait vendre aux marchés publics.
Quatre ans plus tard on retrouve Charles le Chauve dans la Haute Bourgogne : celte fois il traversait précipitamment la province h la tête d'une armée, et il en sortit par le mont de Joux pour descendre en Italie. Cet insatiable monarque, qui courait après toutes les couronnes et tous les titres, avait hâte d'arriver à Rome, afin de recueillir l'héritage de son neveu l'empereur Louis II, mort sans enfant mâle, le 13 aoAt 875. Charles le Chauve savait bien cependant qu'une partie de la succession revenait à son frère consanguin Louis le Germanique ; mais il trompa celui-ci par un traité frauduleux, il mit dans ses intérêts le pape Jean VIII, ainsi que les principaux dignitaires de la cour pontiAcale, et, le jour de Noël 875, Il se flt proclamer empereur. Son am* bition n'était pas satisfaite. Rêvant toujours dans son esprit le projet de ressusciler l'unité de la monarchie de Charlemagne, il voyait encore debout un homme qui res*
FRANCHK - COMTK OARDAnE. iSt
lait seul en possession avec hii de Tcmpire carolingien : c'était son Mre I^uis le liermuiHiue. Une nouvelle inattendue vint combler ses désirs : il apprit tout a coup h mort de Louis le Germanique, arrivée à Francfort le JK aoAl 878. Charles le Chanve. déjà maître de Tltalie et des provinces gauloises attriliuées à Lotliaire I*' par le traité de Verdun, vit dans la mort de Louis le Germanique Toccasion de réunir ioos sa main tous les États qui avaient fait partie du vaste empire de Charlemagne, H il envabit iHUsquement la Germanie. Biais à |)eine dépassa-t-il le Kliin : les trois fib de Louis le Germanique avaient pris les armes. L*uu d*eux, LotiLs de Saxe, rem* porta sur i:iuirles le Chauve une victoire comiriète près d*Andernach, petite ville aux enviroos de Coblentz, et Carloman de Bavière, autre (ils de Louis le Germanique, se jeta sur rilalie. Charles le Cliauve ne se laissa point décourager par ce rude échec : il paflu la moitié de Tannée 877 à se mettre en mesure de reprendre Toffensive ; mats, avant de quitter la Gaule, il tint à Kiersy-sur-Oise cette fameuse diète où fut rendu le capitulaire qui érigeait solennellement en droit rhérédité des charges et des bénéfices. Voici les deux principaux articles de ce capitulaire : « 1* Si quoiqu'un ^ lie nos fidèles, saisi d*amoiir pour Dieu, veut renoncer au siècle, et s*il a un His ou tel autre parent capable de servir ki chose publi(|ue, qu'il soit libre de lui tranxnwttre trs koHneun et bénéfices comme il lui plaira, 2<* Si un comte de ce royaume vient k mourir, nous voulons que les plus |)roches parents du défunt, les autres officiers du comié et les évé(|ues du diocèse pourvoient à son administration, jus(|u'à ce que . puissions amférer au fils la dignité dont le père était revêtu. > 1^ féodaliti^
irouTait ainsi légalement constituée ; le capitulaire de Kiersy la faisait passer des mœurs dans la loi, et, chose curieuse, ce capitulaire, qui ruinait fondamentalement resqûre de Charleinagne, était signé de lu main de Charles le Chauve, de cette même main qui voulait relever la monarchie carolingienne! Charles le Chauve venait tout simplement de parafer l'acte d'abdication de la royauté.
Après rassemblée de Kiersy, ce prince passa les Alpes, pour chasser d'Italie Carloman et ses Gennains. Charles comptait sur les renforts que devaient lui amener plusieurs de ses grands vassaux ; mais il eut bientôt avis (|ue tous ces seigneurs rabandonnaient, et, n'osant affronter les forces su|)érieures de Carloman, il prit la Tuile devant lui, sans même avoir combattu. Au moment où il rq^issait précipitamment les Alpes, il fut attaqué d'une fièvre violente au village de Brios, près de Nantua, tft il expira dans une misérable cabane, le G octobre 877, à l'âge de cinquantequatre ans.
Son QlâXûU!^^ l'i dit le K'gue, lui succéda. Louis mourut après deux ans d'un règne tellement insignifiant, que l'historien n'y trouve aucun fait à mentionner, si ce n'est l'ambition toujours croiss:mte des grands foudat;iires du royaume. Ceux-ci avaient profité de l'ineptie du monaniue pour lui arracher de nouveaux liefs et |)our le forcera confirmer le capitulaire de Kiersy, c'est-à-dire à sanctionner la défaite de la royauté. Le temps des seigneurs était définitivement venu : la société féo<lale ' allait s'organiser.
Il est plus aisé de sentir que d'exprimer l'état de malaise où dut vivre la Haute Bourgogne au milieu de tous ces changements de maîtres, au milieu de ces guerres continuelles des rois et de ces |»mgrès de r;iristo<T.itie li»'»ri'iUi.ùre. Prut-ctre arri-
i5i . FRANCHE - COMTÉ ANCIKNNE ET MODERNE.
verait-on à résumer assez exactement la situation de la Haute Bourgogne à cette éfMKiue, en disant que sa misère n'avait ni augmenté ni diminué. Elle ne pouvait guère être plus profonde en présence des Qéaux de toute espèce dont les peuples en général avaient à souiïrir ; elle ne pouvait guère attendre d'allégement de la part des hommes qui seuls influaient sur les destinées du pays : les prélats et les seigneurs. Les gens d'église ne s'occupaient, comme les gens d'épée, que du soin d'augmenter leurs possessions territoriales, et, comme eux, ils devenaient matériels, violents, brutaux. Aussi la Haute Bourgogne trouvait-elle, dans les uns et les autres, des tyrans avides et impitoyables : t son clergé, rival de sa noblesse, l'opprimait également ; et le peuple, sans arts, sans industrie, continuant de cultiver la terre et d'en porter aux marchés voisins les produits, qui formaient le revenu de ses maîtres, se contentait d*une subsistance peu délicate et de vêtements grossiers. Hors le travail imposé i une population ignorante et pauvre, la féodalité naissante n'avait pas encore inventé ses droits et ses privilèges les plus oppressifs. Il ne fallait que laisser jouir d'un peu plus d'aisance la classe inférieure, et elle se serait estimée heureuse. Aussi l'histoire de la Haute Bourgogne ne rappelle ni soulèvements, ni révoltes, ni aucun de ces Taits t|ui caractérisent un peuple lassé du poids de ses fers et impatient de les briser. Les mutations de gouvernement, les adjonctions ou distractions de terres, qui changeaient les limites ou l'étendue de la provmce, n'aflectaient que les classes supérieures; et, comme la guerre et le brigandage étaient le mode universel et constitutif de la noblesse de ce temps, rien n'innovait dans l'état physique et moral d'une population uniquement laborieuse, docile comme les animaux qu'elle employait à la culture, et tout aussi peu capable de réfléchir sur ses intérêts ' . » On ne voulait pas, en effet, que le peuple fût autre chose qu'une bétc de somme.
< LepiSbcre, Résumé de l'histoire de la Franche-Comté, pages 136 el 137.
FRANCHE -COMTE BARBARE. in