CHAPITRE PREMIER
Frtoeonif et Rudes df Champagne. — Rainand 1^, comte de Bourgogne. — Dièle de — Va<«alité de la Comlé de Bourgogne ; origine do nom de Fronrhê-Comlé. ~ Henri III (ii. » A|if>rébeo«ionft et conduite de Bainaud I*'. ~ Sa révolte contre l'Rmpire ; M défaite ; mm. — Hognes 1*', arebetéqne de Besancon. — Son carMtère, sa puissance et son fouit— Mort de Rainaod l'^. — Le nnonaslère de Vaux-les-Poligny. ~ Guillaume H, dit lo - Sa politi«|ue envers l'Empire. — Sa conduite envers l'empereur Henri iV. ~ Guerre des its.— Guillaume le Grand, recteur de Bourgogne.— Couleur politique des prélati et des itwgtiignons. — Saint Simon de Crép|. — Défrichements dans les montagnes du Jura. -— I dt Jura. — l.es hauts liaroDS de la Cx>mté. — Mort de Guillaume le Grand ; destinée de I. — Premier affranehiasement dans la (k>mté. — lUjmond. roi de Castilte. — Raînaod IL I Bowfogne. — Pierre TErmite et le pape l'rhain II. — Première croisade. — Départ de H pour la terre sainte ; sa mort. — Etienne Téte-Hardie, comte de Bourgogne. — Déport t al de son frère Hugues III pour la terre sainte ; leur mort. — Guillaume l'Allemand, I BMrgognc. ~5^ conduite envers Henri IV. — Henri V et Calixle II. — Mort mystérieuse MM l'Allemand. — Guillaume l'Enfant. — Bainaud III, dit le Frane-Cimle. — Sa poslUon de TEmptre ; ses guerres, ses revers et ses succès. — Conrad de Zeringhen. -^ CarMtère mI III. — L'ordre des chevaliers du Temple.
ieessioii de Rodolphe 111 devait Taire couler bien du sang. Ce prince, en , avait envové sa couronne et les ornements royaux h reinperejir Conrad de e; mais Conrad n'était pas, malgré son mariage avec Gisi^le, le plus proche In défont. Rodolphe, mort sans postérité, laissait un neveu, le comte Eudes |0gne, fils de sa sœur atnée, et c*élait h lui que revenait l'héritage du de Bourgogne. Eudes, fort de son droit, sVcupa de le faire valoir, car il il se résigner h voir la couronne de son oncle Rodolphe passer en d*autns le les siennes. Secondé |>nr un grand nombre des liarons de Bourgogne, il es eniliarras qui retenaient son rival Conrad en Italie, |K>ur prendre les [ et, dit le chroniqueur Hugues de Flavigny, il fit de fnW|uentes irrnptions frontières de la Bourgogne, entra dans les villes et les châteaux jusqu'au ra et aux Alpes, descendit i Vienne, tpril assiégea, et s'y lit couronner roi priffne. * Les barons d»» la Omilé de Poiirgogne avaient embrassé la caus«»
d'Eudes; on doit croire que le comte héréditaire de cette province avait aussi pris parti pour le neveu de Rodolphe. C'était BainaudJ*»^ qui régnait alors surJpL Comié. Fils d'Othe-Guillaume, Rainaud ne démentait pas son origine : caractère indépendUnt et fier, irn(r*ptîuvait s'habituer à reconnaître un suzerain étranger ; prioce à l'humeur belliqueuse comme son père, il avait en outre retrouvé dans udc famille i laquelle il s'était allié, toutes les passions guerrières qui dominaient dans la sienne: nous voulons parler de la grande famille des ducs de Normandie. Vers Tannée iOIH, Rainaud avait épousé Adélaïde, fille du duc Richard II et sœur de ce fameux Rol»ert le Magnifique, surnommé Robert le Diable par les légendes populaires : mais le comte de Bourgogne n'avait pas seulement rencontré, dans son alliance avec la maison de Normandie, une confraternité d'inclinations belliqueuses; il se trouva un jour avoir besoin de l'intervention de son puissant beau-père pour recouvrer sa liberté. Voici à quel propos : En 10:21, Rainaud ayant été fait prisonnier par Hugues, comte de Chalon-sur-Saône, avec lequel il guerroyait depuis longtemps pour une délimitation de territoire, Richard II avait prié Hugues de relâcher son captif. Sur le refus du comte de Chalon, Richard traversa la France à la tête d'une armée, vint mettre le siège devant Chalon et n'accorda la paix au comte Hugues que lors<|ue celui-ci se fut soumis à une condition aussi bizarre qu'humiliante : le duc de Normandie exigea qu'il vint, la selle sur le dos, s'offrir pour monture à son vainqueur. Rainaud I^'S avons-nous dit plus haut, tipJLprîi^^^eami embra^ Je jiaEtl^itt comte Eudes de Champagne : les documents historiques nous manquent pour établir ce fait; mais l'intérêt de Rainaud, ses ressentunents envers l'Empire, tout rend vraisemblable que ce prince était entré dans la ligue contre Conrad. Celui-ei, à la nouvelle de ce (|ui se passait au royaume de Bourgogne, accourut du fond de l'Italie; |)ar son activité et la supériorité de ses forces, il recouvra promptement les conquêtes d'Eudes, menaça son rival jusqu'en Champagne et le força d'abjurer ses prétenlions (lûââ). Le comte de Champagne s'humilia, mais sa soumissjoB n'était pas sincère. L'année suivante, il ceprit les armes, encouragé par les événements d'Italie, où Milan et la Lombardie venaient de s'insurger contre l'empereur. Conrad, furieux, raccourut en Bourgogne ; il attaqua ce royaume au nord et au midi, et resta viclorieux, après bien du sang versé et bien des ravages de part et d'autre. La lerreor était parmi les partisans du comte de Ciiampagne; Conrad les expulsa de la Bour% gogne, soumit entièrement le pays, et quelques mois plus tard, en l^H II se fit élire et couronner roi de Bourgogne dans une assemblée générale tenue i Piyeme. La mort du comte de Champagne, arrivée le 15 dctobre 1036, vint affermir sur b léle de Conrad sa nouvelle couronne. A deux ans de lu, l'empereur convoquait à Soleure les seigneurs du pays, et avec leur approbation il remettait solennellement à son fils Henri le royaume de Bourgogne. Quelques historiens, Dunod entre autres, ont avancé que le comte Rainaud I*' n'assista pas à la diète de Soleure ; mais cette assertion est contraire à la vérité, si l'on en juge par un passage de Wippon, autet;r contemporain, lequel affirme que tous les principaux du royaume, cuncti principe reyni, comme il écrit, rendirent leur hommage au fils et successeur de Coniad. Ainsi, la Comté de Bourgogne, tour à tour possédée par les Romains, les Bourguignons, les Franks, la famille des Bosons, la famille dos Ko<lol|)hcs, passait définili-
FRANCHE -COMTÉ ALLEMANDE. iV)
vcment sous la haute suzeraineté des empereurs d* Allemagne ; loulerois celte contrée ne ilevinl pas province de rEmpin\ comme font cru plusieui"s (écrivains : elle conserva sa nationalité distincte et son gouvernement; elle demeura exempte et libre de toutes tailles et toutes impositions envers le souverain ; elle ne Tut soumise (|u*à To-*bligrAion du sonice miliUiire et à (|uelqnes droits honorifuiucs : c r.a Comté de Bourgogne, dit le savant dom IMancIier, a depuis été appelée Fimulie-domté, parce <|a*dle n*ét;iit point sujette aux charges ordinaires élablies et exigées dans les autres provinces; qu'elle ne payait point de tributs pécuniaires forcés, c'est-inlire imposés par rautorité de ses souverains, auxquels elle ne devait que le ser\'ice militaire : h quoi, si elle ajoutait quelques services pécuniaires, ils étalent lilires, volontaires et gratuits. » Il est probable que cette imnmnité de toute es|H'ce d'impôts dont jouissait la population envers le souverain Tut Torigine du nom de Fran('he-(>>mt«'s < nom le |ilusl»eau, avec celui de Fnuu*e, que région aucune ait porté, » dirons-nous apivs et il*après Gollut; cependant ce nom ne se rencontre nulle |>art dans les actes, titres et ili|>lônies des empereurs d'Allemagne : ils ne désignent celte province que par les mois de terre d'empire^ de comté et terre de Bourgogne en l'empire, et il Tant armer jusqu'à l'année i3JilU|H)ur trouver l'expression de Franche-Comté ollicielleroent consignée dans une pièce historique. Nous reviendrons en temps et lieu sur dNle question, si intéressante pour les Franr-Coudois.
L*enipercur Conrad n'avait survécu que peu d'années à la diète de Soleure : il mourut en. iOSg, ejjoii lils. déjà roi de Rourg(»gne, fut coiuonné enq>ereur sous le DomdeHgntLJlJ. Ce souverain, le plus puissant de TF^urope, cimenta son autorité sur la Bourgogne par son mariage avec Agnès, fdle du comte de Poitiei*s, Cuillaume VII, et nièce de RainaudI*'. Les lianraillcs furent céléluées à IVsancon en 10 W, au milieu d'une grande magniliconce; ear TaffiTtion que Ton imrtait h Fenqïereur, prince au copur altnictifet généreux, avait attiré à la cérémonie une foule de seigneurs et jusqu'à vingt-lMiil évéques de IU)urgogne. I/hislorien Dunod prétend (pie le comte Rainaud, seul, ne parut point à ces fêtes, et Dimod pourrait bien cette fois avoir raison. Rainaud, indé|>endant et sn|)erbe, avait toujoms sonlTerl de se voir le \as<al de l'Empire, puis il connaissait Henri III; il savait que la |)oliliqne di* ce prince le poussait â favoriser les pnMats, et (|ue son mariage avec Agnès lui ferait une nrcessité d'être généreux, mais aux dé|>eus des grands feudataires de son royaume. Henri III, dit .M. Edouard Clerc, « regardait en général los grands feudataires bourguignons comme des sujets remuants et indociles qui avaient pli«'' à regret sous la Diaui des Césars et qui, tôt ou tard, profiteraient de Téloignement de rKmpire pour briser un joug im|)Osé par la force.... l'our régner sur la Bourgogne, il fallait la diviser, laisser aux comtes leurs comtés et donner aux évétiues liMirs villes épiscopales, les contenir les uns par les autres, opposer h Thumcur indomptée des grands les habitudes plus pacifiques dès prélats. Telle fut la politique que tenta Rodolphe llf, que continuèrent les empereurs Conrad et Henri, que consounna Frniérie-Rarberousse. Aussi cette époque des enq^ereurs allemands est celle de la grauileur teuîporelle des prélats en Bourgogne. » Rainaud ne se tnuupail «lonc pas; dn re<le, le non» de la ville choisie pour hs fiançailles inqwTiales, !»• nom «h» rarclH'xécpie chargé de recevoir la promesse des éjmux, avaient une si^rnilication qui ne pouvait lui échapper. La
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ville (le Besançon ap|)artenait aux comtes de Bourgogne ; ils exerçaient sur elle les droits les plus étendus, ils y rendaient souverainement la justice; et depuis longtemps les prélats métropolitains aspiraient à s'affranchir de cette servitude qui les condamnait à rimpuissance. L*archevé(iue de Besançon était alors Hugues ^', fils d'Hmnbertll, sire de Salins; Hugues, ancien chapelain et chancelier de Rodolphe III, occupait le siège épisco|>al depuis Tannée 1031 : par sa Tamille, il se trouvait parent d'Agnès de Poitiers, descendant comme lui d'Albéric de Narbonne; par sa politi(]ue, il avait toujours été dévoué aux empereurs ; et son attachement à TEmpire, ses vertus privées, les charmes de son esprit le faisaient affectionner de Henri lli, qui naturellement ne devait pas laisser passer Tévénement de son mariage saii& donner à Hugues des marques de faveurs. On verra bientôt, en effet, que le jour des fiançaiiïesTPÂghès et (|gjlenii fut Finauguration de la grandeur tcmporeik} des^ ^rchevégues.da.fic§ânj;gin .
toutes ces circonstances peuvent expliquer Tabsence de Rainaud au mariage de Tempereur. Le comte de Bourgogne avait deviné les vues de Henri; il sentait qoeee prince allait lui enlever ses droits de souveraineté sur Besançon au profit de l'ardievéfiue, et il faut croire qu*en présence de cette position, Rainaud n*hésita pas a rompre ouvertement avec TEmpire. On en trouve la preuve dans une charte, saos date il est vrai, mais qui se rapporte aux derniers mois oii le comte de Bourgogiè seigneuriatt à Besançon. Rainaud s*y intitulait pour la première fois comte par la grâce de IHeu^ puis il la terminait par cette formule significative : NotreSdgnaa' JésusrChrisi régnant. Â quelque temps de là ce prince était eo-^Hnms^cûfitC&XEob' [iit^ : en jOii on le voit, de concert avec son parent Gérold de Vienne, guerroyer dans le nord de la Comté de Bourgogne et venir assiéger Montbéliard; il voulait riduire à la soumission Louis IV, comte de Montbéliard, qui tendait à s'affranchir de Tautorité des comtes de Bourgogne, et qui suivait le parti de Tcmperetir. Mais Rainaud et Gérold ne furent pas heureux dans leur entreprise : Louis IV, quoique inférieur en nombre, présenta la bataille à ses adversaires, les mit en déroute, les força de lever le siège de Montbéliard et de se rendre à Soleure, où tous deux firent hommage à Henri III en qualité de roi de Bourgogne. Ce fut sans doute à cette époque que Henri, pour punir Rainaud de sa révolte, lui enleva ses droits de souycraineté sur Besançon et son territoire, et qu*il en investit Tarchevéque Hugues I*', déjà comblé de ses faveurs. L'empereur avait fait de ce prélat son archichapelain ; il lui avait confirmé son droit de monnaie, son droit de tonlieu, son droit de péage sur les blés et uiarchan<lises introduites dans la ville; il lui avait inféodé les chltcani de Choie, de Gray, de Vesoul, le val de Quingey et celui de Liesle, le puits à muire de Lons-le-Saulnier, la garde des abbayes de Baume et de Chaleau-Chalon ; un peu « plus Lird, il l'avait créé aiicliichanœlierjlu. rop ^^l'rgogpgi; et, en lui con-^
férant, pour en jouir libœment et pleinement, la souveraineté de Besançon, il Paih lorisa probablement à prendre le. titre de prince de F Empire: du moins, s*il ne lui accorda |)as ce titre, il lui en laissa l'exercice; mais, à partir de 1125. les ai vèques de Besançon s'appelèrent o£kifillfiuumlj2HfiÇ(?<v de VEmpire.
Devenu seigneur de sa ville épiscopale, Hugues s^occupa S^asseoir son autorité sur des bases solides et durables. Sa haute intelligence et son activité |»er8évéranfe,
nuNcae - COMTÉ aixkxamdi':. ibi
'*<t\K'» pQM* le cœur le plus phiiaotbropique, le mirent en état de réaliser un bien
«uitteiijte, ei Foo peut cUre que radministralioo de cet illustre prélat Tut une ère de
Mat>saAce pour Besaoçoo. Hugues oe travailla pas seuleweni à Tamélioration ma-
ktidk de la ville, il porta sa sollicitude sur la réforme des mœurs publiques, car
tom élail à régcBérer, hommes et choses. Uo de ses premiers soins Tut de remédier
4 k situation du clergé, dont la misère égalait rignorance : le prélat comprit que la
c^me du maA résidait dans celte misère, et qu*il fallait commencer par Taire une
attire ouidition au clergé. Il le releva donc de son état de dégradation, il tendit à sa
f^iuivreté une main réparatrice ; mais, en Farracbant à la misère, source de Tavilis-
il eut soin de le tenir éloigné de la richesse, source de la corruption. En
le8i|« il (il ouvrir dans la viHe des écoles où l'on enseigna les lettres sacrées
tA La fUkMopbie; il suneilla la direction de ces utiles établissements avec une pa-
Wemeile soUicfUide, il ne négligea rien pour que le progrès des études marchdt de
front avec Tamélioration morale de son clergé, et de ce côté les efforts du noble
«dif\éque furent couronnés d*un plein succès. Lorsque Pierre Damicn, légat du
|ii|Hf« vint à Besançon, il compara les écoles de Hugues au gytnnase de la céleste
ÀlàénrB^ el la piété de ses clercs à la pureté des chœurs des anges. Dans la bouche
èi iéstrt Pierre Damien, le censeur le plus rigide des mœurs du clergé au onzième
aède, cet éloge avait une valeur inappréciable.
Hugues, secondé par son génie et |)ar la bienveillance inépuisable de l'empereur, r uaAsiformait tout autour de lui. A sa voix, les al>bayes el les églises, qui depuis long* v '. leoips étaient dans Tétat le plus déplorable, sortirent de leurs ruines : le portail de *\linli iMidnlrinr fut constniit et décoré de quatorze statues ; Tancien monastère de Saiil-Paul fut restauré, et Tarclievéque y institua des chanoines, qu'il dota généreweneol. L'église métropolitaine de Saint-Étienne n*avait |us été rebUie depuis sa dcsamclkNi ptr les Hongrois : Hugues ne se iKima iK)inl à la faire réédifier, il y éijblà nn chapitre nombreux, il obtint pour elle de Henri III des donations considérables, telles que féglise de Saint-Queutin à Besançon, les églises de Saint-Ana* tofie et de Saint-Jean à Salins, celles de Chamblay et de Grozon, celles de Noroy, de Chambomay el de Saint-Vit, et d*autres bénéfices; puis il détennina le pape l>on l\, son ami, à veuir lui-même consacrer ki nouvelle métro|K)le. Cette impo- >aaie solennité eut lieu en iOoO. Et pendant (|ue, sous l'iminilsion bienfaisante de Hugues, les églises et les abbayes se relevaient nombreuses et prospères, lui le noble firrlat, toujours simple et désintéressé, se contentait d*liabiter, près de sa cathédrale, un ckMlre des plus modestes ; c'était là sou palais é|Msco|Kil. Daus ce cloître, asile de kiutes les vertus chiliennes, s'élaboraient les mesures prudentes et sages qui inainlenaient la paix à l'intérieur de la cité comme avec l'extérieur, hi paix, ce premier besoin des peuples. Au dedans, Hugues se faisait bénir par la bonu^ p:iter- Di-lle de son gouvernement ; au deiiors, il se faisait res|)ecter par l'autorité morale t\c son caractère. Personne ne pouvait être son ennemi ; il gagna même celui qui de%ait rester son |)ius irréconciliable adversaire, le comte Rainaud ; car on voit (|uc %irfs Tannée 1U60 il obtint de ce prince; l'abolition de rhumiliante servitutle qui kirçait les habitants de Cussey sur l'Ognon i nourrir ses clievaux et ses diiens. Hugues, dit Béchet dans ses Recherches historiques sur la ville de Saiéns, c n'(
iSÎ FRANCHK- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
ployait son crédit |)rès des grands qu*en faveur des niallieureux qu'ils opprimaient : les dons qu'il obtint et les avantages d*un opulent patrimoine furent entre ses mains aulant de ressources qu'il épuisait à suivre les élans de son zèle et de sa piété. 1^ ville où il avait reçu le jour (Salins) lui dut les premiers monuments de celte active bienfaisance. > Si Hugues se montra reconnaissant envers sa ville natale, il Gt plus pour sa ville épiscopalc : il la créa. Besançon, à cette époque, était pauvre, sans commerce, sans industrie, et sa population ne s*élevait pas k plus de deux mille âmes. L'aspect général de la cité accusait un état misérable : au sommet du mont Saint-Étienne, une lourde forteresse retranchée ; an bas de la montagne, une espèce de faubourg; autour des abbayes, quelques métairies éparses; dans Tenceinte dn Doubs, quatre ou cinq villages disséminés, avec leurs champs, leurs vergers et leurs vignes; point d'édifices, point de rues pavées, point de fontaines; des maisons ou plutôt des granges bâties en bois et jetées çà et Ik sans ordre ni symétrie : voilà la physionomie de Besançon au onzième siècle.
Hugues avait ici une tâche immense à remplir, mais il avait aussi son génie pour lui aplanir les obstacles, son inépuisable désintéressement pour lui créer des ressources ; et jaloux, comme il le disait, de donner à sa ville un aspect royal, il vit ses efforts couronnés de succès. Les innovations intelligentes qu'il tenta, les nombreux travaux qu'il Gt exécuter, ramenèrent h Besançon une activité depuis longlemps inconnue. Ce qui contribua surtout à y rappeler le mouvement et la vie, ce fut la création de marchés quotidiens et de foires annuelles. Lesjjpirrg rifr PffP'M^ deuiu:eatjy[omj)temeQt célèltres ; on y accourut de toute la Bourgogne, même de 11talie et de l'Allemagne, et l'archevêque eut soin de faire placer sous la protection de l'Église ceux qui s'y rendaient : précaution h ne pas dédaigner en ces temps de violence et de brigandage, où les châtelains ne se faisaient nullement scrupule de détrousser sur les routes les marchands et les voyageurs. Par l'étaMisseroent de ces foires et marchés, par l'intelligence des réformes et des travaux de Hugues, le commerce, l'industrie, l'aisance renaissaient à Besançon ; la ville s'agrandissait sous l'inOuence de tous ces éléments, mais elle ne se repeupla qu'avec lenteur, pour diverses causes : les seigneurs n'aimaient que le séjour de leurs châteaux, les hommes libres étaient retenus par leurs habitudes dans l'enceinte des bourgs fennés, et les serfs ne pouvaient abandonner la glèbe, c'est^â-dire la terre qu'ils cultivaient.
Le gouvernement de Hugues n'avait pas oublié surtout l'importante question de la police et de la justice ; il organisa l'une et l'autre sur des bases vigoureuses. L'archevêque ne dis|K)sait pas, il est vrai, du pouvoir législatif, qui n'appartaiail qu'aux empereurs : mais il veillait à la défense de la ville, et les milices de la cité marcliaient sous sa bannière ; il avait le droit doJftvfir ([çis. f^nh%u\{^^ de battrejmoo* naie, d'ouvrir, comme on vient de le voir, ^^ fniri''r-H^ftf ffîaiTKSi Ji t^\n jt^ jt^lements d'adnnnisjralionJj[iléjriÊUCC«.0t toute juridiction émanait de son autorité souveraine. Hugues établit deux tribunaux, celui de la mairie et celui de la vicomte, qui jugeaient au civil comme au criminel, mais non sans appel : un tribunal supérieur, appelé la régalie, ou cour suprême de l'archevêque, revisait et réformait les jugements du maire et du vicomte. La régalie, avec son caractère de juridiction souveraine, devint la base du pouvoir temporel des prélats : aussi Hugues et ses
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successeurs ne se dessaisirent-ils jamais de ce sioge 'Supérieur; ils lui subordonnèrent tous leurs droits régaliens, ils y rattaclièrent à titre de liefs la vicomte et la mairie elles-mêmes, ils u*y nommèrent que des officiers révocables à volonté. Hugues ne vil dans les attributs de cette magistrature suprême qu*un plus beau rôle à jouer au profit de la justice et de la concorde ; et lorsqu'ij mourut le il juillet UHiiL ^prt's Irente-six ans d*uu glorieux épiscopat, les larmes de tous lui prouvèrent qu'il u*avait usé de son autorité que |>our en faire remploi le plus noble et le plus utile.
Le comtC:^Baiiuuid était mort depuis raimée.JllK; on l'avait inbumé dans le parvb de Saint-Étienue de Besançon. Les actes privés et politiques de ce prince sont demeurés [leu connus : si Ton en excepte sa révolte contre TEmpire, sa guerre avec le comte Louis de Montbéliard, et quelques donations aux abbayes, entre autres b donation du monasti^re de Vau\-les-Poligny, Taite à fabbé de Cluny, le reste se reliait k des conjectures. Le monastère de Vaux, fondé vers l(^ par Otlie-Cuilbume et son liis, ac(|uit par la suite une grande renommée. L'histoire a gardé dans ses archives un document qui remonte aux |»remières années de l'existence de cette abbaye et nous fait connaître le degré de villié matérielle oii était tombée, au onzième siècle, une certaine classe de res|)èce humaine : ce document nous apprend qu'en 1031 une famille de Poligny traitant avec l'abbé de Vaux lui cédait trois esclaves en échange d*UD mauvais cheval, et quelque chose de retour. Ainsi, à cette époque, trois créatures de Dieu ne valaient pas un mauvais cheval. 1^ même acte rap|K>rte qu'en cette année 1031, les hommes furent réduits, dans le déses|>oir de leur faim, à wianger de la terre! Quand on songe que nos pères ont eu de telles époques à iraverser, on se sent pris d'une émotion indicible, et Tàme, soulevée de douleur, murmure involontairement qu'à brebis tondue le ciel ne mesure pas toujours Iv veut.
jinaud I*' eut pour si!ccessfiucjSOlUiJâ.(IuUIaumfril> surnommé le Grand. Le r^j^ue de celui-ci fut très-long, const;inunent heureux, et devait |)orter au plus haut poiol b fuiissance des comtes souverains de Bourgogne. Guillaume, que les historiens nous représentent comme un seigueur dont la renommée égalait la richesse, se montra prince habile dans l'art de gouverner : à l'intérieur, il sut maintenir la paix, autant par sa prudence que par la crainte de ses armes ; à l'extérieur, il préserva ses États de toute agression, par l'effet de ses bons rapports avec l'Empin». Guiibume avait franjîhement reconnu b haute suzeraineté des empereurs d'Allemagne, et il resta toujours leur fidèle vassal ; il leur donna même, dans une circonstance remarquable, une preuve courageuse de son attachement : Henri iV, parent de Guillaume, régnait alors. Ce souverain venait d'être excomnmnié par h* pape Grégoire VII, à propos de la fameuse question des investitures: on sait que llenrit prince célèbre par ses Lilents et ses scandales, s'était mis à trali(|uer ouvertement des évêchés et des abbayes, au mépris des décrets du |)a|ie, qui défendaient b simonie, c'est-à-dire l'investiture, à prix d'argent, des dignités ecclésiastiques. Gr^oire lui ayant ordonné de respecter la liberté de l'Eglise, et l'ayant même cité à comparaiU^ devant lui au concile de Kome, Henri avait répondu à cette sommation iosolite par un acte audacieux : dans un concile convo<|ué à Worins, il avait fait dé- |K>scr le pontife, comme hén'tique et couime usurpateur de la papauté. Alors Gré-
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un jour toutes ses seigneuries pour venir s*enfermer sous un habit de moine dai Tabbaye de Saint-Claude (en 1076). Il en sortit peu de temps après, ei, suivi ( quelques compagnons intrépides comme lui, il s*enfonça dans les solitudes du Jur s'ouvrit, la hache à la main, un passage jusqu'à la source du Doubs, et s'y ooi struisitun abri rustique où il vécut désormais en anachorète. Aujourd'hui lesmo tagnes du Jura sont pittoresques et riantes : des routes faciles et des voies de coi munication les sillonnent dans tous les sens ; des vallées ferliles et populeuses déroulent à leur pied ; des villages oii l'aisance respire en couvrent les plateaux ; mouvement de l'industrie, les progrès de l'agriculture, la riche variété des tro peaux, des chalets et des moissons, tout les anime et les vivifie : mais l^jno tapes du Jura n'ont pas toujours eu cotte physionomie heureuse et séduisani A l'époque où Simon de Crépy et ses compagnons s'y aventurèrent, on n*y trouvs pour habitants que des ours et d'autres bétes sauvages , on n'y rencontrait qa'i sol infertile et malsain, des rochers Apres et nus, des broussailles inabordabk des précipices dangereux, des solitudes inconnues où jamais créature humaine i semblait avoir passé, des forêts inhospitalières et glacées où l'on eût vaineroe cherché une route, un chemin, un asile. Voilà ce qu'étaient au onzième siècle 1 montagnes du Jura, dans la haute région du moins : incultes et désertes, elles atla daient la visite et le travail des hommes, et voilà pourquoi l'on disait que le Joi appartenait au premier occupant. Simon de. Créjr^ soutenu par son courage et s foi, aï^qt osé pénétrer dans ces retraites inabordables. Lui et ses rares compagnoi s'étaient mis à l'œuvre avec un dévouement héroïque : ils firent tomber sous I cognée les arbres séculaires, ils se fravèrentiles cliemiA6.là où l'homme n'en cou naissait pas avant eux, ils forcèrent le soJJngratjeUrebelfe à se laisser entamer p le soc de la charrue ; et à travers des périls sans nombre, à travers des fatigues ( des privations journalières, ils parvinrent à défricher en partie la conlrée qn*Q appelait les Hautes-Joux des Noirs-MontSj autrement dit, cette étendue de noin sapinières qui va des Rousses aux rochers du Mont-d'Or. Simon avait eu besoii l>our obtenir ce grand résultat, de l'aide des serfs qui lui furent envoyés du m nastère de Saint-Claude : mais c'était un spectacle bien philosophique que de vo cet homme travailler là comme un malheureux attaché à la glèbe, lui que la fo tune avait destiné aux grandeurs humaines ; que de le voir, au prix de toutes li sueurs et de toutes les misères, arracher à une terre avare quelques épis ou que qucs fruits, et faire d'une humble cabane son séjour, lui qui avait volontairemei abandonné de riches domaines et d'oi^ueilleux châteaux. Ses disciples vécore après lui dans le prieuré solitaire qu'il fonda près de la source du Doubs, et q prit le nom de Motta, c'est-à-dire maison au milieu des bois. Ce pauvre et bm deste prieuré de Molta, habité dans l'origine |)ar quelques religieux, estjijjoiii çlUuii le populeux et pittoresque vjllage de Mouthe, si fier de ses riches pâturage Au onzième siècle se rapportent trois autTês tentatives de défricheoient, éfpk ment faites par des religieux. Une petite colonie du monastère de Ronuiinmoutie franchissant le Jura, vint s'établir sur les bords solitaires du tac de Saint-Point et conmien(:a d'utiles, mais bien pénibles travaux : les herbes, les broussailles, k ariires furent arraclirs du sol par les n)ains de ces courageux et dévoués ouvriers
rilANGHK-GOMTÉ ALLEMANDE. iS7
•iw pn*faraieot ; < villages rcmpiacersiicnl un jour les forêts.
L'innatioo, b ncoesse ei te leniuie lies à présent autour des rives poétiques
d« SuDl-Poîiii nous finit oublier ce <|u*i nt jadis ces lieux incultes et sauvages ; ■ii$ ((ardoos toujours au fond de notre ir un sentiment de reconnaissance pour to iNNMKS de courage et de foi qui d "ent les premiers germes de vie sur ces iiYio arrosées de leurs saintes sueurs. D*autres religieux s'avancèrent la bâche à la MÎB, les uns dans le val du Sauge( les autres dans le val de Morteau, et fixerait Ifur retraite au sein de ces dése ls. Les solitudes du Saugeois se sont peuplées rimtiées, rioculte Morteau est auj( urd*bui Fun des ricbes et beaux vallons <|u'arrose le Doubs : uiais ces localités res t longtemps tristes et pauvres ; longtemps les Ini-ttlleurs n*y trouvèrent que la "e en écbange de leurs durs labeurs, et 14» (Tune Ibis le découragement se g a si e des religieux. L'établissement dr MooUie près la source du Uoubs, celui de 2 it-1 t près le lac de ce nom, ne sortirait que lentement non plus de leur indigt i: ainsi, au douzième siècle, Motttbe, encore borné à son prieuré, pouvait à |)eine entretenir un curé et deux ou In» religieux ; vers la même époque, Tabbaye de Montbenolt, située dans le val du NiB|eois, avait besoin, pour se soutenir, des libéralités de rarchevéque de Besan- CM. A Fennitage du bc Saint-Point, les religieux étaient encore si pauvres au *iiiea du treizième siècle, que, découragés par l'ingratitude d'un terrain infécond ^otts leurs sueurs, ils songèrent à déserter b place. Une des principales causes de 0^ misère avait sa source dans le manque de bras : les jerres nouvellement déCri- ^^^ ne se peupbient qu'avec une excessive lenteur, parce que les seigneurs rete- *aJeot captive dans reuclave de leurs domaines, la plus grande partie de b popula- ''^Hi. A Morteau, par exemple, ce fut seulement vers le milieu du douzième siècle 4Ue des habitations commencèrent à se grouper autour de Tabbaye ; et, dans le val ^ Saogeois, les villages ne purent s'y former que vers 1250. Mais Li, comme à ^Ottean, à Mouthe, au bc Saint-Point, les premiers habitants furent, après les rdi- X, des serfs acquis au loin ou légués aux abbayes par de riclies seigoairs, pour remède de leur àme^ comme il est dit dans quelques chartes. Ces malheureux étaient partagés, donnés ou vendus comme un vil l)étail, avec leurs femmes, eofanls, leurs meubles, et ils appartenaient entièrement à leurs maîtres. I^rit, dans le Jura, les centres qui se peuplèrent durant les onzième, douzième et
siècles n'eurent primitivement que des maiuuiortables pour habitants.
^^bres quand elles étaient désertes, les montagnes du Jura devenaient escbves à re que les hommes y fixaient leur séjour: ingrats, trois fois ingrats ceux qui les aimeraient pas, ces montagnes que leurs malheureux aïeux ont d'abord défriet fécondées au prix de leurs sueurs et de leurs fatigues, et qu'ils ont ensuite ^ITranciiies au prix de leur sang !
Tandis que de pauvres familles de serfs coinmenraieni ii |>euplor les solitudes du ^aot Jura, les grandes familles de la Comté de Bourgogne commentaient à se dégafer de l'oliscurité patronymique <|ui les avait envelop|N'*es jus4|u*alors, et à se distinguer par les noms de leurs bnronnies. iKms rancien comté <rAuiaous ap|>araLsseot les sires de Pesmes, dont le chAteau douiinait la vallée de l'Ognon ; â côté de celte maison, destinée à jeter un vif éclat, on voit s'élever les maisons moins célc*
jurane. Hainaud ne pouvait se résigner à la perte de ses vastes domaines transji rnins : placé entre le regret de s'en voir dépouillé et le désir de les reconquérir, n*hésita pas longtemps; il arma ses nombreux vassaux, entra dans la Transjuran( et une guerre acharnée s'ensuivit entre ce comte et le duc de Zeringlien. Les liosÈ lilés duraient déjà depuis plusieurs années avec des vicissitudes très-diverses, lorsqii l'empereur Lotlig|re nyunit^ Le prince qui le remplaça sur le trône ira
périal fut £nnrad III ; mais Conrad ^^nr^ajy fj^jtajnnknn ^p fsni^nhfi^ et c'était ps conséquent le parti gibelin qui l'avait fait nommer. Ce changement de dynasti semblait devoir être funeste au guelfe Conrad de Zeringhen, et favorable à Ra naud III ; les choses ne se passèrent pas ainsi. Il est vrai que le duc Conrad se v d'abord atiacpié par Frédéric de Souabe, frère du nouvel empereur, et que Frédéric après avoir envahi laTransjurane, s'empara de la redoutable citadelle de Zeringhen mais le duc Conrad, se rangeant aussitôt du côté de la fortune, fit sa soumission Tempereur, qui lui rendit ses domaines et ses dignités, et qui lui donna même { Comté de Bourgogne, enlevée à Rainaud III. H faut dire que l'empereur Conrad aval exigé de Rainaud l'hommage de la Comté; et, celui-ci n'ayant pas voulu s'y soumettre, ses États avaient été de nouveau confisqués au profit du duc de Zeringlien La guerre recommença, vive et opiniâtre. Rainaud se défendit avec l'énergie indomptable qu'il avait montrée jusqu'alors ; mais cette fois il fut plus heureux : k fortune des armes vint en aide à la justice de sa cause. On doit regretter que l'bis loire ne nous ait pas transmis le récit des faits et gestes du glorieux comte de Boorgogne pendant cette nouvelle phase de la lutte ; on sait seulement que Rainaud n< put être vaincu, qu'il resta maître de la Comté, et que les deux dernières années A son règne se |)assèrent à disputer au duc de Zeringhen la possession de la Traiis jurane. La querelle durait encore entre les deux rivaux, quand la mort vint en 114 mettre un terme à l'existence si agitée du comte de Bourgogne.
Ce fut durant Tannée de cette mort que le pape Eugène III se rendit à Besançoi pour consacrer lui-même la cathédrale de SaintrJean. commencée depuis longtcrop et enfin terminée enJiiS.
Rainaud III était né avec les plus brillantes qualités : grand et mapifique dan ses manières, ce prince joignait à un caractère fier et chevaleresque un cœur génc roux et bienfaisant. Il aima et protégea les malheureux ; il se montra plein de zèl pour le bien de la religion, et il encouragea par ses libéralités les fondations pieuses entre autres l'érection des monastères de Cherlieu et d'Acey '. Le courage et la per sévéranceque Rainaud mita dérendre l'indépendance de la Comté lui ont fait dt cenier, par les écrivains modernes, le beau surnom de Franc-Comte, d'où sera venue la dénomination de Franche- Comté. Les sévères témoignages de ThistoLi
< Plusieurs autres monastères ont pris naissance sous le règ^ne de Rainaud III : telles sont 1 abbayes de Halerne, de Montbenoît, de Bellevaux, de la Charité, de Theuley, de Clairefontiiiiey (fumeux, de Uithaine, de Lieucroissant, de Rosières, de la Grâce-Dieu, de Belchanap, de Saint-Mai bœuf, dei> dames d'Ounans, de Rellefontaine et de Courtefontainc. Les monastères de Damparis» llonncvaux et de Grandvaux, les chartreuses de Vaucluse et de Bonlieu, appartiennent ao règne Béatrice, fille de Rainaud. Antérieurement à cette époque, c'est-à-dire pendant le onzième siècle» Comté de Bourgogne avait déjà vu s'élever un grand nombre de fondations pieuses : c'étaient, eot autres, le chapitre de la Madeleine de Besançon ; ceux de Calmouticr et de Saint-Anatoile deSalifl'
FIANCBB-OHITÉ ALLEMANDE. 191
lii iae^ ei chacu < sa son bras à la déiîvrance de la terre
MÉie. Des gens de muic cuouuioo pn» la croii ei se meUaienl en route : c les rfcfiiii. dit un UstorieB, éiaient trop étro Tespace manquait aux voyageurs ; » ev les pèierins guerriers surgissaient de | out, des châteaux comme des chau- ■irm, des forêts et des montagnes cou des cloîtres et des églises : « partout où Ittttaiart les missionnaires de la croisail partout où apparaissait Pierre, le cruciOx i« Mia, le froc sur le dos, la corde ai yur des jeins, le noble quittait son donjon, le boargeois son logb, le serT sa cab; ne, pour se précipiter péle-méle autour du ftétoÊwr de la guerre et recevoir la c de sa main. Les trouvères et les trou- IdûK secondaient de leurs chants les mons des prêtres et des moines,
H Mes les classes de la société étaiei r ensemble dans ce vaste tour-
\Êm, L'imagination populaire prenait to I phénomènes de la nature pour au- \M de prodiges et de glorieux présages : le • enflammé par des aurores lioréales Moacait le triomphe de la lumière di^ i croyait voir, dans les formes fantas-
HfM des nuées, des cavaliers célestes i s de la croix ; on racontait que les saints rt les guerriers des anciens temps se m ai en foule hors de leurs tombeaux, lonhre de Cbariemagne, éveillée par I c de la guerre sainte, était sortie des HMlies sépulcral<*s d* Aix-la-Chapelle ! J » humaine ne fut prise d*un élan
Mgrnéral : les querelles, les violences, irii lages de grande route, les inconies liaient brusquement cessé; les plus s liandits quittaient leurs forêts et*
km rochers pour venir confesser leurs péchés demander la croix.... On prétend lie plus de trois cent mille personnes avaient pris la croix avant le printemi» et luOB ! L*n bouleversement inouï eut lieu dans le sein de la société ft^ale : une tele de tarons croiMés, forcés de faire argent de tout pour les préparatifs d'une si (^fUkk expédition, vendirent ou engagèrent leurs Oefs, soit à d'autres nobles hommes, *^ a leurs suzerains, aux rois et surtout aux évéques ou aux abbés, ou bien encon' ^^^yèrent à prix d*or maintes franchises et libertés aux villes de leurs domaines. ^ serfs les manants {matitnles, ceux qui sont fixés au sol) brisèrent les chaînes M les attachaient à la glèbe, s'attroupèrent par myriades, sans que fiersonne pensAt ^ '^ retenir. Toutes les passions, bonnes ou mauvaises, contribuaient à grossir cet '^litBAt torrent : il est plus aisé de sentir que d*ex|Mrimer quel invincible attrait ^^ transporter ces hommes condamnés à se couri)er éternellement sur le même ^'Vmi, quelle soif de l'inconnu dut éveiller dans leurs Ames com|Mrimées la voix de ^n iiile Pierre, lorsque tournant le dos à leurs chaumières et au manoir seigneurial, ^ se virent pour la première fois libres au milieu de nouveaux horizons, avec le ciel leurs lèies et la terre devant eux ! ' > Bien peu de ces malheureux revirent le sol natal, moissonnés qu'ils furent par les les disettes et les batailles ; ils partagèrent en cela le sort des barons et ^ta chevaliers, que la mort n'é|iargna pas non plus. Dans le nombre des seigneurs ^fanliMs qui partirent pour la croisade, on remarqua entre autres t;amier, comte de ^Wiy ; i;iUiert, seigneur de Traves; Welf, tils de Richard de Montfaucou ; Louis de Ibusfiion, tils du comte de Monlbêli;ird, mais surtout le comte Rainaud II. Ce prince
• Hfr\ MAftTiJi. Hiitmrt tie France, tome III. pare* SU et iU» il7.
I9â tRANCllE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
passa l*liiver de 1098 à Anlioclie, ville de la Syrie, et de là se rendit à Jérusalem^ où il arriva mourant; les fatigues de son long voyage Favaient épuisé. II nurroaih^^^ quelques jours après son entrée dans la ville sainte, et c*est là qu'il Ait inhumé ^.^
fiainaud.ll, avant son départ pour la Palestine, avait confié la régence de ses à.Sûairère aîné Etienne Téte-Hardie, qui devint son successeur à la nouvelle de mort. Etienne ne régna pas longtemps. En apprenant que Tannée des chrétiens nait, sous la conduite du fameux Codefroi de Bouillon, d'emporter Jérusalem d's saut (15 juillet 1099), il prit la croix avec son fr^r^ ^"guf^ '", arr hp^^T"* ^ fW^ ^nçon, et plusieurs chevaliers de la Comté de Bourgogne, puis il se mit en rouie pour la terre sainte. Ni Hugues ni Etienne ne devaient revoir leur patrie. On ne sait l>as d*uue manière précise où et comment le premier termina ses jours; on n'est pas davantage fixé sur Tépoque de sa mort, que Ton place entre les années 1100 et 1102. Mais la tragique destinée du comte Etienne est bien connue. Etienne s'était constamment signalé par sa valeur contre les Infidèles ; malheureusement, ramée chrétienne manquait de discipline, et, vaincue dans trois batailles, elle avait fait des pertes effroyables : de deux cent mille hommes dont elle se comi)osait au commencement de Texpédition, quelques milliers seulement ar^iv^^entà Jérusalem. Le comla Etienne se trouvait au nombre des guemcrs échappés au cimeterre des musulmais; il n'avait pu qu*à travers d'extrêmes périls gagner Jérusalem, où il passa les fêles 'de Pâques. Pour revenir dans sa patrie, il s'était embarcfué à Joppé, sur un vaisseau qui portait, entre autres illustres passagers, le comte Etienne de Blois et le conte Baudouin de Flandre, frère et successeur de Codefroi de Bouillon, premier roi de Jérusalem ; mais le bâtiment avait à peine quitté le port, qu'une tempête robKj{ead*y rentrer. Baudouin apprit alors qu'un nombreux corps de musulmans envahissait b plaine de Kamla : n'écoutant que son ardeur chevaleresque, il courut i leur rencontre. I^ comte Etienne de Bourgogne l'avait suivi, et deux cents cavaliers chrétiens se trouvèrent aux prises avec vingt mille Infidèles. Le courage dut céder au nombre. Etienne, après des prodiges de valeur, s'était retiré dans h tour de Ranila, où il continuait Si se défendre héroïquement; mais, les musulmans Tayaut lait |irisonuier, ils lui tranclièrent la tête à lui et au comte Etienne de Blois (an llOi).
Le successeur d'ËUcnne. Tél^THardilsin comté de Bourgogne fut son neveu Cijjk — lauine III, fils de Raiuaud 11. Guillaunie 111 , surnommé TAIIemand, soit parce qu'il avait passé son enfance dans l'Helvétie allemande, soit à cause de son nuiriageavec Agnès, fille d'un duc de Zeringhen, était bien jeune lorsqu'il commença wn règne; il avait à peu près dix-sept ans, et ce n'est guère à cet âge que Ton peut gouverner des États. Il trouva dans Conou d'Oltingen, son aïeul maternel et son tuteur, un conseiller en inùme temps qu'un appui; Conon possédait daus la Transjurane de vastes domaines qui le rendaient l'un des phis puissants seigneurs de la contrée. En mourant, il légua ces domaines au comte Guillaume; mais avec son héritage il iuî avait transmis ses affections politiques. Conon, qui s'était toujours moniré dévoua partisan de l'empereur Henri IV, avait élevé le jeune Guillaume dans les mêmes sentiments envers ce souverain, et la conduite du petit-fils répondit aux espérancesde l'aïeul : tant que Henri IV vécut, le comte de Bourgogne servit sa cause avec fidélité. L'<»ni|K?rour avait alors i)ln«5 que jamais besoin de ces dévouements; la fortune k
FHANCHE-œHTË ALLEMANDS. IdS
^HieuaU lie nouveau h de bien cruelles épreuves, elle armait contre lui jusqu'à sii
buiillt' : ainsi, le propre Ois de Henri, gagné par les ennemis de son père, avait
n nos osé se faire proclamer roi, sous le nom de Henri V. Le malheureux mo-
naniue essaya de combattre cette usurpation : abandonné de sa noblesse, il fut
smi^fn trahison par son fils et dé|)Ouillé par force de la pourpre impériale. Il par-
Miit j s'échapper : s*élant réfugié dans le Brabant, il écrivit au roi de France unn
Itiuf UMiclianle pour fintéresseren sa faveur; il s'adressa aussi aux grands de
rEnpin* pour bMir demamier une entrevue, et le comte Guillaume FAllemand fut
iuDilt*cfu\ qu il nomma dans le petit nombre des henricinis restés fidèles à son
lafurtune. Guillaume répondit à Tapi el suppliant de son suzerain ; mais Henri ton-
rkùlaut derniers jours de sa vie si agitée : miné par les humiliations et la douleur,
ilnourul :i IJége le 10 août \JM, h l'âge de cinquante-six ans. La vengeance <lu ^^^"^
fortj |ia|ial |ioursuivit ce prince jus<|ue dans la tomlie : comme il élail encore sons
il* poids <le Texcommunication, on exhuma son ca<lavre, qui reposait en terre sainU\
00 k* fit transporter à Spire, et durant cinq ans entiers on le laissa 'dans un cerruoil
^ (limr^, en deliors de l'église.
Ofiewlant la grande querelle entre le sacerdoce et l'Empire ne finit pas avec la
•«»« ifc» Ifcnri IV. A jiÉJfff li>^riiï^fnffl H^"'*i V vi^'il ^" pèrc expiré, qu'il revendi-
</tta le droit d*investitunï et recommença la guem':; mais il ne trouva plus la Comli*
^ Bourgogne au nombre des itrovincen henrlciennea, La disposition des esprits -
^vait changé dans ce |mvs : on y aimait Henri IV, on n'y eut que du mépris pour
^n fils. 1^ comte Guillaume l'Allemand, révolté des moyens aii\(|uels ce fils déna-
l'ire de\ait la couronne, s'éloigna de lui ; les prélats et les autres seigneurs comtois,
JK^Iu'alors si dévoués ;i la cause de l'Emiiire, se rallièrent aux partisans du saint-
'^''^t*, et. comme on va le voir, ce fut à l'un des plus illustres enfants de la Comté de
Bc^orgngne que revint l'Iionneur de terminer la première |)ériode de la guerre des in-
^^^tJU)re>. Le ii) janvier H 19, mourait au monastère de Cluny le ftaix' C^élasell,
^'^^^^v de Rome |Kir Henri V; six canlinaux, compagnons d'exil de (iélas<', élurent
^••'^iaiôtà sa place l'archevêque de Vienne, sous le nom de Calixte II. Ot arche-
lue était Guy de Bourgogne, né au chAteau de Quingey, et l'un des fils de C^uil-
^«m* le tîrand. On ne iMUvait, dit M. Clerc, faire un choix plus dt'sagréable -j
nn V. Au mois d'octobre il 19, Cahxte ouvrit à Reims im concile solennel dont
^*t»jet priucipi fut la grande question du s;icenloce et de l'Empire. Henri V «le-
irnb qu'on lui abandonnât le droit d'investiture, ou que les prélats renonçassent à
ifs bilans et droits féoilaux. Calixte H voulait que les élections aux <lignités ecclé-
lii|ues fussent faites pcir le clergé, mais avec l'approbation du souverain ; rt
^V*ori V ayant refusé, Cdixte l'excouununia. Trois ans plus tani, dans ime diète de
'"Cuipire tenue à Woruis, la dispute sur les investitures se réglait i^ir un traité <!«*-
^ttiiif : Henri V renonçait à la prétention d'inv«*stir/Kir/(i crosxeet ranneau h»spn'»- *" *" '
W'i de leurs digniti^; Calixte r(H!onnaiss;iit à Henri le droit d'assisttT aux élections .'
drs prélats d«* l'Enqure et de leur donner iHir le s^rptre l'investiture des biens teui* . .
|M»rels annexés à leurs dignités. b'S droits fé<Nlaux se trouvaient ainsi «iistinctenuMit
v^forés des droits etclésiastiques, et il avait fallu un demi-siècle de luttes et de
iiu<^^gM*res |)0tir arrivi*r h un accouuuiHlenienl si simple! Encore, cette paix entn* U*
iH FnANCHK- COMTÉ ANCIENNE ET MODEHNR.
Mcerdocc cirEmpire ne devail-elle être qu'une trêve, car la dispute sur les invest tures n'éuit pour les empereurs et les papes qu'un pr^^rextft h Iftiirs pr^^tonfions m pectives de monarcliie lî.ni.Ycrselle : avec les successeurs de Gdixte et de Henri, ' guerre des investitures recommencera sous un autre nom ; elle s'appellera cette fo la gum;edesjud[es^
Henri V et Calixte H ne survécurent pas longtemps aii trailé de Worms; ils uHh rurent l'un et l'autre en 1123. l'année même où le comte de BoiM;gogne Guillaume | disparut luïslérieusement;.. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, a Tait sur cette di |)arition une légende ridicule : « Guillaume l'Allemand, dit-il, avait exercé <] grandes vexations sur les moines de Cluny. Comme il se trouvait un jour en soi palais de Maçon, en nombreuse compagnie, un cavalier inconnu se présenti ei l'enleva en l'air. On le suivit tant qu'on put des yeux ; mais, h la fin, il fut soustnii aux regards des liommes, pour aller s'associer éternellement aux démons. > L'histoire n'a pas encore soulevé le voile qui couvre la mort du comte Guillaume; on doil croire que, victime d'un complot, il péril secrètement assassiné par ses l^arons,?! ceux-ci, pour détourner les soupçons, firent répandre le bruit que le diable l'avail emporté. La fin tragique de l'héritier de Guillaume HI vient fortifier cette présomi>tion d'assassinat. Le 9 février f[26, GuiUaumfilY* surnommé l'Enfant, fils et successeur de G uJllaume-U.l éLiit frapj)é mortellement à Payerne, avec deux de seî serviteurs, Pierre et Philippe-de Glanne, au moment où il faisait ses dévolions dan: l'église de ce prieuré. Les assassins du père prévenaient la vengeance du filscD s* débarrassant de lui par un nouveau meurtre.
Guillaume l'Enfant ne laissait |)as d'héritiers. Sa riche succession, qui comprenai la Comté de Bourgogne, les comtés de Vienne et de. MàCûiu.-eUto TfangjuraDf; h parLagée entre ses deux oncles paternels, Guillaume et le célèbre Rainaud HI, l'u et l'autre fils d'Etienne Téte-Hardie, mort en li02 dans la tour de Ramta. Gui laume eut, avec les comtés de Vienne et de Mâcon, la terre d'Auxonne, I^ns-t Saulnier et l'ancien Scodingue; Rainaud eut le reste de la Comté de Bourgogn* avec la Transjurane. Il paraît que l'intérêt divisa d'abord les deux frères; mais querelle s'arrangea par la soumission de Guillaume, qui consentit à l'hommage ei vers Rainaud. Celui-ci contimia la branche ainée des comtes de Bourgogne, Gu laume fut la tige de la branche cadette, d'où sont sorties les célèbres maisons ( Chalon et de Vienne.
Le règne de Rainaud lU marqua glorieusement dans l'histoire de la Comté i «- Bourgogne : il est vrai que cette époque de grandeur et d'éclat coûta bien des son frances. La position de la Comté vis-à-vis de l'Empire ne pouvait qu'amener d complications, du jour où cette province aurait à sa tête un homme indépendant q ne voudrait pas reconnaître la suzeraineté impériale; et Rainaud IH était cet homni Du reste, les changements survenus en Allemagne parle décès de l'empereur Henri autorisaient en toute justice le comte Rainaud à se croire affranchi de rhomni«ij auquel avaient été tenus ses pn'Hiécesscurs. Henri V, mort le 23 mai HiS, était demieir rejeton de la maison de Fjgncûme ; et le 43 septembre de la même anne une nouvelle dynastie, cdîe-iIe..Sa2^, montait sur le trône d'Allemagne, dans personne de.LolhairelI : or, la maison de Franconie éteinte, la Comté deBonrgog
FKANCIIi; - GOMTK AlLKMAMlK. 103
recouvniit de dmil son ancienne indé|>endance; cetUî province se trouvait libre en- ^ vers rKinpire, par le motif (|ue les |>rinccs franconiens avaient reru d^elle riioniiiu(;e, non comme empereurs, mais connue héritiers du roi de Bourgogne Kodolplic III. I^lhaire de Saxe, (|ui ne tenait aucun droit de Rodolphe, ne |K)nvail iloni* rien prétendre sur la Comté : il en jugea tout différemment cependant, et ce fut, connue on va le voir, Toccasion (Pune guerre longue et meurtrière. Aiiiiaravant, il n*esl |>as inutile de dire un mol sur la situation de F Allemagne au moment où la r diète électorale de Mayence venait d*élever Lothaire II à rem))ire. Ce prince «ivaitr^ été nommé par rinflucnce de la faction allemande, dévouée aux papes : le concurrent h lie l^tiiairc, F;jjjm d*^ lfoh^"sl;^uff''^*^, duj^.dc Soliabe, protest:i contre la décision -de la diète de Hayence, et les hostilités commencèrent eu Alsace. Cette rivalité des '^ maisons de Saxe et de Souabe devait amener une conflagration prescpie euro|)éenne. X/es^ deux partis ennemis se désignèrent pour la première fois imr des dénominations devenues fameuses : ceux qui se rangèrent du côté de Lothjûcc.^ appelèrent guelfes; ceux qui se rallièrent h Frédj^ric prirent Ifi.nom.di? iZ/.Mi'l^* * . l-cs guelfes défendaient la cause des papes; les gibelins continuaient les prétentions de l'emi^ereur Henri IV : c*était la grande querelle du sacerdoce et de TEmpire, présentée sous un autre nom.
I^poii^t^ ftajyiaudJlL^ fit |:ibelin. Cité par Tcmpereur Lotliaire à la diète de S|Nn\ il ne companit point et refusa Thonnuage (|u*on exigeait de lui pour ses Etats, prétendant avec justice que le monan|ue saxon n^avait aucun droit à cet hommage. l^iaire prononça contre Rainaud le ban de TEmpire ; en nu'*me temps il confis(pia - M*s Ktabi \miT en investir un des plus proches parents de Guillaume rEnf:in(, le duc Conrad de Zeringhen, guelfe zélé qui iléfendait chaudement la maison de S;txe. liOtbaire dépouilla aussi Rainaud du titre de recteur ou vice-roi de Bourgogne, titre ipravaient porté les cinq derniers comtes hércdit;nres, el il doima celle haute dignité au duc de Zeringhen (tiâT). Rainaud III ne se laissai pas ébranler par ces dispositions menaçantes de l'enqKM'cur ; il ne fit que s'ejdiardir devant la grandeur du |)éril. Prince à Tàme énerghpie et vaillante, et fort de son bon droit, il s*en remit à son é|iée |M>ur défendre la justice de sa cause. Le comte (lUillaume son frère et 1rs hauts liarons de Bourgogne se rallièrent à ses bannières. La Comté ainsi nue les seigneuries voisines devinrent alors le théâtre d*une lutte opiniâtre et s:mglante : on ^nierroya longtemps sims avanUiges bien |)rononcés <le part ni d*autre; mais le courage de Rainaud fut à la fin trahi |mr la fortinie. Fait jirisonnier en condiattanl, ce |iriiice S4* vit coniluit à Strasl>ourg, oii une cour pléuière s*ass(Mnida pour le juger. Ij^i fermeté du comte de Bourgogne étonna ceux devant h'S(]uels il coin|)anit, el leius \îves intercessions aujM'èsde Fenq^ereur Lothaire dispensèrent ce souverain à la eléiiience envers son prisonnitT. Rainaud rodexint libre, a)nès six uioisde ra))tivité ; mais il ne recouvra qu*une partie «le.sesÉials : Lothaire ne lui laissa que la (amuU^ proprement dite, el le duc Conrad de Zeringhen resta en p(»sses>ion de la Trans-
* • l^ mot guelfe Mittii de la maison de Bavière, qui avait eu plusieurs princes du num de ^Vclf et i|ui était alliée à la maison de Saxe ; le mut gibelin vient du cliàteau «le Hueibelinga, dans le diocèse d'Au(^boulv, |>ossédé |>ar la maison de Souabe. » (Tliêopliilc Lavallli:, lliitoire Ut$ t'ratr fflû, toow \", (Mgtt ôTiO, à la oote.)
VJO FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNK.
jurane. Hainaud ne pouvait se résigner à la perte de ses vastes domaines iraiisjiirains : placé entre le regret de s'en voir dépouillé et le désir de les reconquérir, il n'hésita pas longtemps; il arma ses nombreux vassaux, entra dans la Transjurane, et une guerre acharnée s'ensuivit entre ce comte et le duc de Zeringhen. Les hostilités duraient déjà depuis plusieurs années avec des vicissitudes très-diverses, lorsque l'empereur Lotliaire mourut en AiSL Le prince qui le remplaça sur le trône impérial iut-CûmmiUli; mais Conrad g{^5>ij ^j>Jiajnnkm^A 5;nqi7hfi, et c'était par conséquent le parti gibelin qui l'avait fait nommer. Ce changement de dynastie semblait devoir être funeste au guelfe Conrad de Zeringhen, et favorable à Rainaud III ; les choses ne se passèrent pas ainsi. Il est vrai que le duc Conrad se vit d'abord attaqué par Frédéric de Souabe, frère du nouvel empereur, et que Frédéric, après avoir envahi la Transjurane, s'empara de la redoutable citadelle de Zeringhen ; mais le duc Conrad, se rangeant aussitôt du côté de la fortune, lit sa soumission à Tempereur, qui lui rendit ses domaines et ses dignités, et qui lui donna même la Comté de Bourgogne, enlevée à Rainaud HL 11 faut dire que l'empereur Conrad avait exigé de Rainaud l'hommage de la Comté; et, celui-ci n'ayant pas voulu s'y soumettre, ses États avaient été de nouveau confisqués au profit du duc deZeringtien. La guerre recommença, vive et opiniâtre. Rainaud se défendit avec l'énergie iii- <lomptable qu'il avait montrée jusqu'alors ; mais cette fois il fut plus heureux : la fortune des armes vint en aide à la justice de sa cause. On doit regretter que l'histoire ne nous ait pas transmis le récit des faits et gestes du glorieux comte de Bourgogne |)endant cette nouvelle phase de la lutte ; on sait seulement que Rainaud uv put être vaincu, qu'il resta maître de la Comté, et que les deux dernières années ilr son règne se passèrent à disputer au duc de Zeringhen la possession de la Transjurane. La querelle durait encore entre les deux rivaux, quand la mort vint en HiH mettre un terme à l'existence si agitée du comte de Bourgogne.
Ce fut durant Tannée de cette mort que le pape Eugène III se rendit à Besançon pour consacrer lui-même la cathédrale de gaintrJean. commencée depuis Iongtem|is et enfin terminée enJiiS.
Rainaud 111 était né avec les plus brillantes qualités : grand et magnifique dans ses manières, ce prince joignait à un caractère fier et chevaleresque un cœur généreux et bienfaisant. Il aima et protégea les malheureux ; il se montra plein de zèle |K)ur le bien de la religion, et il encouragea par ses libéralités les fondations pieuses, eiitix* autres l'érection des monastères de Cheriieu et d'Acey ' . Le courage et la |)ersévérance que Rainaud mit k défendre l'indépendance de la Comté lui ont fait décerner, par les écrivains modernes, le beau surnom de Franc-Comte^ d'où serait venue la dénomination de Franclie-Comté. Les sévères témoignages de riiistoirc
* Plusieurs autres monastères ont pris naissance sous le règne de Rainaud lU : telles sont les abbayes de Kalerne, de Montbenoft, de Bellevaux, de la Charité, de Theuley, de Claircfonlainc, de ilorntuXf de Bitliaine, de Lieucroissant, de Roi«ières, de la Grâce-Dieu, de Uelchamp, de Saint-Mainb<cur, des dames d'Ounans, de Bellefontaine et de Courtefontaine. Les monastères de Damparis, de Honncvaux et de Grandvaux, les charlreui^es de Vauclu^e et de Itonlieu. appartiennent ao rèipie de néttrice, flile de Rainaud. Antérieurement à cette époque, c'est-à-dire pendant le uniième siècle, la Comté de Bourgoi^ne avait déjà vu s'élever un grand nombre de fondations pieoses : c'étaient, entre autres, le chapitre de la Madeleine de Besançon ; ceux de Cntlmoutier et de Saint-Anatoile de Salins ;
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lions ini|>ascnt le devoir de reconnaître (|iie, sous le règne de K:iiii;Mid, le fait de la suzeraineté de TEinpirc subsistait tout entier dans la (!onité de Bourgogne, el <|ue ta ilénoiiiinsitîon de Franclie-Comté apparaît |)our la première fois dans un acte api^uleimnl à la seconde moitié du quatorzième siècle. Hais le noble surnom de Franc- CjHnU donné «^ Rainaud est l'éloge de ce prince : si, en réalité, ce titre lui manqua, il fit assez pour être jugé digne de le |>orter, et, en rattachant à son nom, la reconnaissance patriotique des écrivains franc-comtois a voulu remercier Théroique défenseur de rindépendance bourguignonne. Comme aussi c'est l'éloge de Rainaud que de |iasser pour avoir affranchi les serfs de ses domaines : peut-être son humanité le porta-t-elle à prendre cette généreuse initiative; malheurcus<Mnent, il ne nous reste aucun document historique qui établisse ce fait, le |ilus glorieux et le plus lieau (lont la mémoire d'un prince aurait à s'enorgueillir. On sait mieux ce que fit Rainaud pour Tordre naissant des Templiers : il le soutenait de ses libéralités; il accueillait avec distinction les membres de celte confrérie religieuse et militaire qui ^'était formée dans le but de protéger les pèlerins se rendant à Jérusidem ; il avait à sa cuur des chevaliers du Temple, et en l'année 1133 il recevait à son château de IMMe un Comtois renommé dans l'histoire des croisades, l'illustre Bernard de Drauieby, cinquième grand-maitre de l'ordre. Ne passons pas devant le souvenir de ces cberaliers du Temple sans nq)))eler le glorieux contingent fourni par la Fnmcher^nlé à leur vaillante milice, dont le nom est resté si |>opulaire dans la mémoire des liommes. Sur les vingt-trois grands-maîtres que conqitii l'ordre durant les cent quatre-vingt-quatre ans de son existence, la rranche-Comlé n'en revendique |ki8 UKiins de cin(| \mir sa part : Robert le Bourguignon, descendant du comte RaiiiaiHl l*% Iteniard de Dramelay, Thomas deMontaigu, («uillaume de IWaujeux, enfin ce rélHire Jaccpies de Molay, qui fut le dernier grand-maître des Templiei-s, et dont nous aurons plus tanJ à raconter la mort héroûpie.
Ir» prtram de Vaux-les-Puligny« de Saint-MarccMes-Jussey, de Jouhc, de Mouthe, de la l.uyc, de Saial-.Nicoia* de Saline, du Marleruy, de l^nUieiianii, de Morle^u, de Monlrulaiid, et rabhuyc de Saim-Viiicciit de ne^ançon. — i.e suiii le» rcclienhes de M. (Charles Duveriioy, insêi-ée> à la >uilc du iexlt de Gtfllut (êditiuo de IHKi), i|ui iiou:> uiit seni puur mliger ceUc ucac
198 FRANCHE -OOMTi; ANCIENNE Kl MOUERNE.