‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 23 sur 52 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Déalrice de Bourgogne et Guillaume de Mâcon. — L'empereur Frédéric-Barberousse. — Son mariage avec Itéatrice ; son couronnement à Besançon. — La ville de Ddie. — Politique de Frédéric- Barberousse; son gouvernement. — L'archevêque Herbert; premiers troubles à Besançon. — Révolte des Bisontins. — Troisième croisade. — Mort de Frédéric-Barberousse. — Siège de Ptolémais ; l'archevêque Thierri de Montfaucon. — Nouveaux troubles à Besançon. — Charte de 1191. — (>éation de la commune à Besançon ; constitution démocratique. — Otbon I«^ premier comfe palatin de Ik)urgogne. — Etienne 11, comte vassal de Bourgogne.— Arlay et Loas-le-Saulnier. — Riva« lités des deux branches de Bourgogne. — Quatrième croisade. — Otbon 11, duc de Méranie. — Guerres civiles. — Gérard de Bougemont, archevêque de Besançon. — Son expulsion de la ville. — Interdit jeté sur Besançon.— Révocation de la charte de 1191. — Jean Algrin et la discipline des verges. — Reprise des armes; traité de 1±27. —Thibaut de Champagne, gardien de la Comté. — Otbon m, duc de Méranie. — Hugues de Bourgogne, gardien de la Comté. — Vesoul, Baume rt Puligny. — Mort d'Othon 111. —Avènement de la maison de Cbalon.

l^s courageux eiïorls de Rainaud.lli pour arracher la Comté de Bourgogne à la suzeraineté de rEmpire auraient été couronnés de succès, que ce triomphe D*eùt pas eu de durée. Rainaud ne laissait qu*un enrant : c'était une jeune fille, du nom de Béatrice. Inquiète sur l'avenir, elle se chercha et crut se trouver un appui dans le Trère de son père, le comte Guillaume de Màcon ; mais elle fut cruellement désabusée. L'ambitieux comte de Màcon voulait être comte souverain de Bourgogne; il iriu'^ita pas, pour le devenir, h commettre la plus iurâme des actions : il dépouilla l^éatrice de son patrimoine et la tit enfermer dans un château fort, où elle eut à souffrir d'odieu.x traitements. Guillaume s'était d'avance assuré le concours des hauts barons de la Comté : enhardi par leurs dispositions favorables, il usurpa l'héritage et le titre de son frère Rainaud III. Tant de perfidie et d'audace ne devait pas rester impuni. Le nouveau comte de Bourgogne avait bien pris ses mesures pour n'avoir rien à craindre de Fintérieur; mais il ne dé))endait pas de lui de prévoir ce qui se luisserait au dehors. Le II mars U^, Tempereur Conrad III descendait dans la tombe, et les principau.x barons de Germanie et del^orraine, réunis à Francfort, di»signaient pour lui sijccéder son neveu Frédéric de Ifohenstauffen, duc d'Alsace et de Souabe. Celui-ci était un prince jeune, ardent, brave, doué d'un caractère énergique et de talents remanjuables, et (jui allait donner pour but à son ambition la souveraineté du monde : c'était le fameux t^''*'*^^|i^-^,irlffîrO"*^^^

Le nouvel emi)ereur, promptement instruit de la conduite de Guillaume envers sa nièce Béatrice, résolut d'arracher cette princesse à la prison où elle gémissait depuis quatre ans, et il lit ses préparatifs pour une e\|>édition en Bourgogne. Cette entreprise ne lui souriait pas seulement par son côté chevaleresque : la délivrance de Béatrice était le prétexte généreux qui achait un but i)olitique. Frédéric-Barl)Croussc avait Iaiss4* deviner, dès les premiers jours de son avènement, qu'il interviendrait (KU'tout où la couronne im|)ériale aurait (|uelques droits ou quelques pré-

FRANCIIR-œilTrs ALLRMANDF. 19!)

lenlions h faire valoir : or, en voyant con)i)ien Taneien royaume de Biuir^cot^ne sVtait

relidié de ses liens avec l'Empire, Frédéric désirait vivement trouver IVcasion de

nppeler à ce royaume qu'il oubliait trop ses maîtres, et la conduite déloyale du

cooDle Gnilbume lui fournissait cette occasion. Vers le mois de juin t15â, l'empereur

fjîsait alliance avec le régent de la lk)urgngne transjurane, Rertlioil IV, (ils et sue-

mweur du duc Conrad de Zeringhen, pour enlever :i (luillaume Thérita^e de IV'a-

trire ; puis, lucntAt après, ces deux princes entraient à main armée dans la Comté

de Bourgogne, (-uillaume se défendit avec autant d*o|Mni;itreté que de bravoure : la

rampagne, commencée en juin, n*ét;iit pas terminée h la fin tle Tannée, etFmléric-

Barberouswse n*avait ims encore, au cœur de Thiverde 115;^, quitté les bords du

Dniilis; mais en définitive la victoire lui resta. Béatrice, délivnV de sa prison, fut «^ ^ v^ V*^ ^

remise en |>o»session de son patrimoine; quanta (iuillainne, il ne fut pas sindement ^^ '' ' *"''

rontnint de renoncer au titre orgueilleux de comte de Bourgogne |>our n'|)rcndn'

celui de comte de M«icon : humilié et S4unuis, il lui fallut implorer la clémenre di*

KrM^rir et st* n^signer à le suivre de ville en ville, comme im vaincu à la merci d<'

mm vainqueur.

A quelque temps de là, Fréiléric-Barberousse descendait en lUilie, oii TappelaitMit les inléréls de sa |>olitique : Tllalie cherchait, comme le royaume de l>ourgogne, à s'affranchir de la su/eniineté impériale, et Frédéric ne pouvait souiïrir de telles tendances, lui qui visait au contraire à dominer ces contnVs p^uir les rattacher plus ibrunnent à TEmpire. Son e\|HHlition fut heureuse : il soumit les Italiens, puis S4' lit ronronner à Rome en 1155, des mains du pa|)e Adrien IV. I/année suivante, à sou vefoiir de Rome, il é|>ousa IVMtrice et réunit ainsi la Comté de Bourgogne à son domaine patrimonial : le u)ariage fut célébré à Wïirtsbourg, en |)résence de la phqKirt des princes et des évéques d'Allemagne. Entre autres grands fiersonnages de la CoiDti* qui figuraient à cette cérémonie, on remarquait Thierri II, comte de .Mont- Mûinit et Humliertde la Boche-sur-rognon, archevêque de Besancon. Déjà comte de Bourgogne, Krédéric-Barl>erousse voulut être roi de [ionrgogne : au mois d*<N'lobre 1157, lise rendit à liesançon |)Our y tenir une tliète solennelle, et dans cette a«MMnbiée, où se trouvaient les archevnpies de Lyon et de Vienne, les évêcpies dWirîfrnon et île Valence, le comte de Viennois, le comte de Savoie, une foule d'antres sHgneurs et d'autres prélats, il se lit couronner roi tle Bourgogne et d'Arles. Il est Trai que Fréiiéric n'obtint guère de la part des grands feudataires bourguignons, habitués depuis longtemps à rindé|H'ndance, qu'un hommage n(miinal, et il dut sVit contenter, ou plutôt il eut Fair de s'en contenter, car intérieurement il se i^rometlait bien de ne |>as laisser subsister les choses en cet état. Mais ce n'était pas u)oins un s|iectacle singulier, dit .M. Clerc, c que de voir le gendre de Bainaud III, de riHMnine qui toute sa vie avait, au nom de la Bourgogne, (*ond)attu la souveraineté lie l'Empire, se faire roi de Bourgogne et d'Arles. »

iki côté de la Bourgogne, Fréilénc n'eut à s'occup<T, durant son règne, qu<» d'y rendre |>lus efA^ctive son autorité; du côté de l'Italie, il rencontra des obstacles contiv lesifuds sa puissance devait finir par se briser. Ainsi, lorsqu'il passa une seconde fois les Alpes pour aller soumettre les villes libres de Loudmrdie, le |)ap<' Alexandn' Il reiromoiunia el «lélia ses .sujets ilu siTuient de ndéliré. le pa|>e s'était déclaré li»

son FRANCHE - C03tfTF' ANCIENNE ET MODERNE.

défenseur de la liberté italienne : sous la protection Je jon pon^fiff^n, Icp^'ti^^ 'qi»hanles formèrent entre elles une ligue redoutable qui ne cessa, pendant vinfft annéS, dejujtter,.avea éPcrgie.jCQBlf:ei!^Bég. imfitote. et qui força Frédéric, après sept expéditions successives, d'abjyiijjuiner d^QrtUiï^ Ce prince, dans

les intervalles de repos que lui laissaient ses campatçnes en Italie, aimait à visiter la Comté de Bourgogne. Besancon le posséda plusieurs fois dans ses murs; Quingoy, Pontarlier, Baume-les-Oames, Vesoul, Montbéliard, Montbarrey, Salins, Ariiois jouirent tour à tour de sa présence; mais Dôle avait toute sa prédilection. L*emplncernent de cette ville sur les bonis du Doubs, sa situation au milieu d*une plaii»^ qu*on a baptisée du gracieux nom de Val-d' Amour, ses riants paysages, la ricliesse et la fertilité de ses champs et de ses prairies, avaient charmé Fempereur, et il fit il4» ces l)eiiux lieux, où la nature semblait s*étre complu h réunir toutes ses séductions, le séjour des plaisirs et des fêtes. Ici se présente Foccasion de dire quelques mots de Dôle. Nous laisserons de côté la question de son origine, car il faudrait discuter des probabilités, et Thistoire veut des certitudes. Nous ne chercherons pas non plus si cotte ville fut la Dittation de Ptolémée ou FAmagétobrie de César, comme Font avancé plusieurs savants, contreilits par d'autres savants, qui placent ailleurs c^s deux cités de Fancienne Séquanie. Ce qu'il y a de certain, c*est que Dôle date d«* loin : son admirable situation appelait naturellement la présence des hommes, et n* dut être un des premiers endroits habités de notre beau pays. Sous la domination romaine, Dôle devint un grand centre de population ; les vestiges de son vaste aniphithé;Ure, les débris de son aqueduc, ses restes de voie romaine, enfin toutes les ruines que Fon a exhumées du sol, disent assez quelles furent en ces tempMà son imimrtance et sa splendeur. A Fépoque des invasions barbares, cette ville éprouva le sort des autres villes séquanaises ; elle disparut dans le cataclysme générai, et de longues années se passèrent avant qu'elle redonnât signe d'existence. Durant la période dos rois l)ourguignons, on n'entend pas parier d'elle ; sous le ri'gne de Chark^magno, on commence à la voir poindre; vers les dernières années du dixième siècle, elle se trouve simplement mentionnée dans une chronique contemporaine, et c*est seulonient au douzième siècle qu'elle reprend de l'importance. Une relation rédigée |)ar Thiébaut, moine de Bèze, nous apprend que Dôle était vers 1124 un lieu assez notable. Avec Bainaud III, prince aimant le luxe et ayant une cour de souvemin, Dôle devint, selon Fexpression d'un chroniqueur, un lieu célèbre. Rainaud habitait de préférence cette partie de ses Ëtats; il y |K)ssédail un clulteau où il avait transporté ses habitudes de magnilia^nce, et sous son règne Dôle acquit assez de «lévelop|)ement |>our être le siège d'un archidiaconé. La fortune de cette ville suivit uim* marche ascendante : le séjour de Bainaud 111 y avait ap|)elé le mouvement et la vie ; la présence de Fré<léric-Barl>erousse y appela l'éclat et la renommée. Cet eoiperetir Ht construire h Foccident de Dôlo, sur l'emplacement du château de Bainaud III, un liakiis su|>erbe et spacieux, avec des tours qui descendaient jusqu'à la rivière, et il i^nlM'Ilit cette résidence de tout ce qui |K)uvait enchanter et sÀiuire. C'était là qu^il donnait, pendant la paix, des fêtes magni(i(|ues à la noblesse bourguignonne : les plaisirs, les jeux, les tournois, les cours d'amour y attiraient les bruyants cbilteUins, surtout les nobles cluUolainos leurs épouses, lienrenses de |>ouvoir dérober qiiek]iu*s

KRANCIIK-COMTI^: ALLEMAM K. dtll

<<^inaiiMS h la vie trisu? el iiioiiotono du manoir. Le luilais ini|iénal deveiiail aussi le i\'U<k*z-vous il(*s trouvèivs et des luéneslrds, (|ni > accouraient des diverses |>arli(*s lie h Kourgogne, de la France et de TAIleinagne. Ce Tut une brillante époque |M)ur b ville de Dôle, et longtemps ses habitants s*entretinrent, dans leurs veillik's, des rhevaliers et des |>as d*arines du grand eni|)ereur Barberousse.

Mais ce prince ne se lK)rnail |>as à donner des fêtes, à réunir autour de lui ses ba- HMis |iar Fattrait des plaisirs et ties jt!U\ guerriers : son but était jHacé plus haut. IlefM'enant Tœuvre de (^harleniague, qu'il se propos;iit pour mmlèle, il rcnrhercbait, il protégeait les savants, les artistes, les |)oétes, el il cou)|K)s:nt lui-même des vers ; il souleDail de ses lil)éralités U*s jeunes gens qui se vouaient a Tétiule ; il remettait en vigueur les lois romaines ; il encourageait toutes les id('*es et toutes les tendances i|ui .si*n'.iienl ses vues de civilis:ition. Kn même temps il s*occu|mit avec une activité jalouse ilu gouvernement, il en concentrait Taction dans ses mains, s erTonait de Hiilisliluer un onire régulier à ranarchie récxlale, et ne soufTrait pas <|ut; Ton se mil eu travers de ses réronues ou (pie l'on méconnut son autorité; car, si Frédéric étai^ alTulilc et doux |K)ur ceux qui marchaient avec lui, il était inexorable et terrible jKiur itNix i|ui lui résistaient. Des les premiers jours de son couronnement comme roi d«* iUMirgogne, il avait montré qu'il voulait être le maître, et que son administration MTail absolue. Il s'éUut délKirrassé tout d'abord du vice-roi de Bourgo^^ne, en le réduisant :i se contenter de< pouvoirs dt^ régent dans la Transjurane ; il s'était hanlimeut |ki>é eu face des hauts Teudataires, qu'il n'aimait p:»s à cause tle leur trop grande iiiilé|M!ndance, et, à l'exemple de ('Jiarlemagne, il avait cherché à s'appuyer sur li*s évr*ques, que leur ministère de paix rendait moins sujets aux révoltes. Il faisait des pn*laU les instruments de ses projets )N)litiques, il se les attachait par s<'s libéralités H ses faveurs :aux uns il donnait des comtés, aux autres il accordait l<*s droits i*égalifMisdaus leurs \illes épis<*opales, ou bien il les élevait aux plus éminenlcs di- ;niilés. I^r un diplùme daté du château d'Arbois, il nonunait rarchevê(|ue de L>on rlief su|Mn^me de son conseil; |)ar un autre diplôme daté de Hes;inçon, il créait l'arrlievêque de Vienne archichancelier de Bourgogne. Il prenait les abbayes soi;s s:i |»roiection, il jugeait leurs différends avec les seigneurs, i\ étendait et contirmail h^irs privilèges; et lorstpie la guerre l'appelait en Italie, c'était à des prélats (|u*il nmliait l'administration des provinces. Kn même tenqis (]ue Fr^icric-Barberousse s'attachait par toutes c(?s manpies de préférence le haut clergé bcMir^uignon, il st> «'oncifiait Taflection des peuples par la sollicitude de son gou\ernement : il leur imycurait les bienfaits d'une paix inconnue; il |)rotég«*ait les<Tf dans s:t cabane, l'artis^ni ibns S4»D travail, le marchand dans son industrie; il réglait le prix des denrées dan< l'inlérêt des malluMirenx ; il surveillait les divers services publics, au moyen de ses /«^f /s, copie des fameux missi dominiri (h' (]harlcmagne. Les légats, agents dévoin'>s h leur niaitre, et choisis avec soin, parcouraient les proxiuees, réfonnaienl les abus, n*nitaient couqile au souverain de la manière dont les gouverneurs remplissaient liMirs fonctions, suppléaient à rinsuflisance des lois, jugeaient les affain^s l«s plus radies et renvoyaient les autres devant la cour imiHTiale : ce tribunal suprême, qui sonnietlaità sa juridiction les pins grands seigneurs, étonnés d'obéir, ne jirononvai l<is seulemeut eu dernier ressort ; mais, sur rap|>el des semences des légats ou des

ÎOi FRANCHE COMTfi ANCIENNE ET MOUERNE.

justices seigneuriales, il connaissait aussi des simples contestations entre les serfs el leurs maîtres. Lâcourimpériale était composée des barons du ims, et Temiiereiir la présidait lui-même quand jI venait en Bourgogne. Par cette double institution des légats et de la cour impériale, « Frédéric, dit M. Clerc, pénétrait jusque dans les terres des seigneurs, qui cessèrent d'être les juges absolus de leurs bommes; et c'est ainsi qu'il ressaisit le dernier ressort de la justice, sans lequel il n'est |)as di* souveraineté. »

Les séjours fréquents de Frédéric-Karl)erousse en Bourgogne, la part active qu'il se réservait tiaus les affaires de ce royaume, le soin jaloux qu'il prenait d'y faire resi)ecler son autorité, sa politique de prévenances et de cajoleries envers les barons, ses avances au clergé, sa sollicitude pour les classes inférieures, tout cela n'avait qu'un but : c'était de resserrer moralement les liens de la Bourgogne avec l'Empire. Frédéric chercbait h la subjuguer par tous les moyens, par l'habitude de sa présence, fiar l'amour, la cntinte, la reconnaissance, la justice, les bienfaits, les fêtes, les atti^aiLs d'une civilisation nouvelle, el il y réussit. Cependant il éprouva des mécomptes ; il rencontra des résistances auxquelles il ne devait pas s'attendre, car elles lui vinrent du clergé lui-même, (|u'il traitait avec tant de distinction. A ne parler iri que de ce qui se |)assa dans la Comté de Bourgogne, ro|)position fut opiniâtre et violente.

Fh'ilêric avait placé sur le siège épiscopal de Besançon tm Allemand de sa suite, nonuné liertuTt; niais le noiive^i prélat s'était vu tout aussitôt en butte aux ininiiliês, el, |)endant trois ans, le clergé bisontin refusa de le reconnaître. LesliabilanLs de la ville n'eu voidaient pas non plus |)our archevêque : excités par l'exemple du clergé, ils faisaient cause conimune avec lui. Deux circonstances rendaient HeriK*rt également CNlieux : son titre d'étranger et sa s('*paration de l'Église; Herbert était partiMMi 4lu |m|>e sc^hismatique Victor III, élu par rinfluence de Frédéric-Bari»eroiLss4\ iMudlh (|uo le clergé bisontin soutenait le |)a|)e légitime Alexandre III, qui avait été nmumé |mr riulluence des rois de France et d'Angleterre. Herbert ne put jamais vaincre Iom ré:«isl:iiu*es et les antipathies qu'il rencontrait : en vain se lit-il le pro- UMileur ile mesures M^^res contre les |>rêtres du |)arti d'Alexandre III, en vain essayat-il de giigner le jH'uple en le dégrevant de toutes Liilles et collectes ; il n'obtint ni la NMMuÎMHiou dcH uns ni raiïeclion des autres. Uuehjues violences même éclatèrent : un jour notiuument, plusieurs maisons appartenant à l'archevêché furent incendiées imr une troupe de bourgeois armés. Frédéric mit les incendi^iires au iKin de l'Empire, iivee Injunetloii <1 m*^ sujets et vassaux de leur courir sus ; mai^ les auteurs du «lé- Mihlre M) Mtuvlirent jinr la fuite. La hahie des Bisontins contre Herbert dura autant i\m MMiépUcopal, elle le poursuivit même jusque dans la tomlie. Lorsque ce préLit MMiurul en M^it le |)eu|)lc s'écria tout d'une voix, en voyant passer son cercueil : /liOW noU It* •SV/f/ii/'Ni', qui a puni l'impie! et ces mots étaient proférés en présence IIM^ine de Fn'ili'rie-ikirberousse, ijui, se tnmvant alors à Besancon, avait voulu |)n^ MdMf Mii« fuuérnilleM. L'empereur comprit la leçon; il ne se hasarda plus k aiellre Mil Mimu»r MIT le liiége épiscopal. Mais le fait grave à signaler ici, c'est ratlilode Hliiivelbt <Im iNiupte bliM)iitin, c'est le caractère nouveau sous lequel il .se révèle. Jusi|ll*alon» H nvttil fait hI peu de bruit dans Phistoire de sa ville, qu'il senldail y avoir

KR\.V:Hi:>CO)iTl^ ALLKMAM)!:. ^i^

\fm fn (Miors ées rvénemenL^. Ses prélats agissaient, gouvernaient, se réservaient H y tniNAetlaienl le r6ie actif; lui les regnnlait faire. Sous répisco|Kit d*Herbert, it nVn est pins ainsi : cette fois, le |iouple devient acteur; il commence à |)aniilre sur l4 ^tHm* politique, il y joue son rôle, il manifeste sinon sa volonté, du moins si*s >niiiiurtto. S'il n'est rien encore, il sait qu'il peut être quelque chose, et son op|K)- Miioflati gouvernement d'Herbert laisse pressentir qu'il réclamera l>ienK*)t(les droits. Il birt dire que* depuis la mort de rarclievé(|ue Hugues l'^ la ville de Besançon sViait roosiilénblement développ4'*e : la paix presi|ue coust;inte tlont elle avait joui (lirant cet intervalle avait augmenté dans une proportion rapide sa population et son iiij|i»ntiwe, et, dès le règne de Frétiéric-Barberousse, la cité si» sentait assez forte (mur devenir exigeante. Klle n'allait pas encore jusfpi'à demander sa |>art dans le pKi^miement; mais elle mettait en discussion la souveraineté de ses archevêques, f-'k* amirôlait ieiirsacles, elle limitait leurs droits ré^^aliens : elle ne devait |>as tarder 4 les lui disputer.

Soiis ri'*pisco(iat d'Herliert, les Bisontins s*en étaient tenus à quelques tentatives

''<* V iolence ; avec ÉberanI de la Tour Saint-Quentin son successeur, ils ne se bor-

*^^tpas il des essais de révolte, ils se levèrent en masse. 1^ |)eu|de insistait |M)ur

^^m Pabolition d'un ancien droit, ap|K'lé droit des caduques, lequel autorisait

'■*npbevt*'que ik recueillir la succession des étrangers et d'ime certaine classe de

^toj^tiis qui décé<laient s:ms enfants. Él)erard de Saint-Quentin s'étant refus^'i à faire

falkamlon de ce droit, l'orage éclate. I.es Bisontins courent aux armes, se ré|Kin-

(l'*ni au dehors, ravagent et brûlent pliisi(*urs tli's villages appartenant à rarclievéïhé.

Ij** prrial recourt à la protection du |Kq)e. Celui-ci fait lancer par les évéqurs de

l^ii^*set d'Autun ime sentence d'exconnnunication contriî les incendiain^s; mais

la ^litinn ne se calme pas : le |>euple persiste à demander l'abolition du tiroit des

ca<tu<|ues, et il finit par obtenir gain de cause. L'em|)ereur FrAléric-Riri^erousse,

qui n'est porté médiateur dans la querelle, rend, à la date du 7 mai ii7î>, une sen-

^^n€t qui autorise les citoyens à dis|)oser d'une partie de leur fortune s'ils mefirent

«ns eofant<, et de leur fortune enlière s'ils laissent des héritiers. L'enqiereur

■^ naintient le droit Aes caduques qii'h l'éganl des étrangers. I^i «lémocratie

'^•''^tine venait de reuqwrter sa première victoire sur le |>ouvoir fi-odal des pn'^lafs :

<'*^il commencer sous d'encourageants auspices une lutte qui allait se continuer

l***»>»tint des siècles, mais de la<pielle l'épiscopat devait sortir tout meurtri.

Bifrard de Saint-Quentin mourut en H8(); il eut \m\r succi*sseur Thierri de •^ofiifancon, prélat dont l'Age et les vertus furent un titn» de res|)ect aux xeux des '^''^fitins, rt dont le nom tient une glorieuse pl.ice dans l'histoire <le la troisième n^'âivade. Il im|»orte de dire ici ipielques niols de celle croisad»*.

'-•1 ron^temalion s'était répamiiie en Eun)|>e à la nouvelle des diVaslres éprouvis ^^ l|87 |>ar hs chrétiens d*tlrienl : on venait d*ap|»rendre que Saladin, sulUin "^ •'-Çfjpti*, avait gagné sur le roi Guy de Liisigiian, dans les plaines de TilHTiade, ^hf* p-ande victoire, et que le vainjineiir avait ensuite pris Jérusalem. On ajoutait ^^^** quatorze mille chrrtiens se trouvaient réduils en s<»rvitude, que ii^nt mille ^^trcs s'étaient vus chassés de la ville s;unte, et <|ue Lusignan lui-même, lomln» ^^Ptif aux mains des Infidèles, gémissait dans les (ers, avec les princes d'Anlioche et

:hMi FUANClli: - COMI>' ANCIKNNK KT MODKUNK.

espèce de lil>erlés. En eiïet, par un diplôme impérial à la date du mois de mars H01, il Tut établi que cliacun des quartiers de la ville élirait, \mir gouverner la counnune, un certain nombre de prudliommes (pnulentes homines) ; que les ofliciei's de rarcbevéque ne pourraient appliquer la peine qu'aux accusés déclan'^s coupables par une cour de bourgeois ; que les clefs de la cité demeureraient entre les mains des membres de la commune; qu'aucune forteresse ne serait élevée sur le lerritoire de rarcbevéque, qu'aucun règlement ne serait établi, aucune peine décrétée, sans l'autorisation des maîtres prudhommes. c Dans ce diplôme, dit M. Edouard Clerc, tout l'avenir se découvre. On voit de quel côté penchera tôt ou tard la lialance. Dans les mêmes murs, le pouvoir féodal et la démocratie : d'un côté, les prélats, généralement ennemis de la guerre et de la force ; de l'autre, une population armée, grossière, bouillante, ivre de liberté. On ne tardera pas à s'observer avec inquiétude. »

Ix's Bisontins avaient marché vite : d'un seul bond ils étiiient arrivés à s'affranchir de la souveraineté des prélats, ou, si l'on aime mieux, à se donner un gouvernement indépendant; car ils avaient trouvé dans le diplôme impérial tous les éléments de la fameuse constitution démocratique qui les a régis pemiant près de cinq siècles. Voici les dispositions les plus remarquables de cette constitution, à laquelle il ne fîi( ap|)orté, dans le cours de sa longue durée, que des changements de forme :

Toute la ville éLiit divisée en sept quartiers, représentés par sept bannières ayant chactme leurs couleurs. Les noms des sept quartiers ou bannières étaient les suivants : Saint-Quentin, Siiint-Plerre, Chamars, le Bourg, Battant, Charmont, Arènes.

Les habitants de chaque quartier se réunissaient une fois par année, au jour de la Saint-Jean, pour élire aualOLnoUd)^ <lans chaque assemblée ; jiLtout, vinyt-linît. Os derniers se réunissaient à leur tour, le même jour, et ils,.fili$atont quatorze, des priadpau2^toyens de la viile^ qui prirent d'abord le titre Aq pnuUmmmemi s'apiielèrent plus tard gouv^meur^jL

Les prudhommes administraient la cité pendant uji an; ils ne pouvaient être qcIiis qiùiigè&Jjn an au moins d'intenalle. L'un d'eux présidait le conseil pendant une seniaine, et le renouvellement de ce pn'^itlent helnlomadaire se faisait à tour de rôle.

f.^ vingt-huit notables, dont les fonctions ne devaient non plus durer qu'un an, formaient le conseil d'administration.

La juridiction des qmitorze prudhommes s'étendait sur les affaires administra tives et sur les matières de |)olice ; mais eu ce qui concernait les affaires criminelles, les prudhommes ne pouvaient les instruire qu'en s'adjoignanl les vingi-lHiit notables.

Dans de certaines circonstances, lorsqu'il s'agissait par exemple de paix, de guerre, de levées de troupes ou d'autres questions d'un intérêt majeur, on |M)uvail convoquer les anciens prudhommes hoi*s de fonctions.

L'i réunion collective des anciens prudhoumies, des (pialorze magistrats en exercice et des vingt-huit notables s'appelait le conseil (VEtat. Elle représentait le peuple, en qui résidait l'autorité. Les membres du conseil d'État faisaient connaître à t'avance les questions sur les(|uelles ils auraient à délibérer, et les décision:; pris<^ l>ar eux étaient considérées comme l'expression des vœux de tous les citoyens; on disait : Le peuple a été convoqué^ le peuple a décidé.

T.iiiilLs qiio l«*s Risniitins, liors ilr leur lri(»in|ilM', st^ livrairiil à la joii> t*l sVm^cii • liaii'nl iror^aniser leur coiiiiiiiinc, la Comté do Buurgo;;n(; vivait liansdetrisUspros- M*ntiiiients. Elle avait alors |K)ur souverain un jeune honiinc de vingt-six ansà |KMn«*: c'élail OlhonJ"', T^f'j'''Vih^ P'*^ de K'VJ^''''^j^»'j*V''(>Uf^^i;2j|f ^^''îitr'Cf, lequel avait obtenu dès il8i, dans une diète solennelle tenue à Mayenee, Finvestiture de la CiNUlé. Ottion, fils et Trèrc d'empereurs, régent du iwanme d*Arles, comte de Uour- KOf^o, n'exerçait, malgré tout Téolat de ces titres, (|u*une influenee bien s(H*ondaire, \m\T ne (tas dire nulle, et cela donne à croire que ce |)rince avait été plus rirlieiueni doté du côté de la naiss;mce que du côté du génie, (domine vice-roi tlWrics, il ne marqua son vicariat par aucun acte iuqK)rtant ; comme comte de Roui'* ROgiie, il n*est guère connu que par le titre nouveau dont il si» revêtit, et qui devint brrétlitaire chez ses successeurs: le premier, il s'intitula comte jmla tin ^ parce qu*il était né dauii 4c palais im|)^Tial. Il fut aussi le premier qui mit dans son blason un aigle d'ai^nt en cbauq) de gueules. Otbon, du reste, babit^ût |)eu ses États; il préférait le séjour de F Allemagne, où il avait passé ses jeunes ans, et pendant miu alisfince I» Comte de Bourgogne était régie |)ar un gouverneur, ajipelé iHiilli. Voilà Torigine AvslHuUis de IhmrijiHjne : la Comté eut le si(*n dès Tannée XWVi, V\\ hCMume plus intelligent qu'Otbon se iïit conduit bien dilTérennuent vis-à-vis do la I^MiUé : il eût conqtris le danger d'abandonner à elle-même une province déjà lro)i ilis|)osée à ne i^is aimer des maitres dont elle ne pouvait oublier Torigine étrangère, t*i il eût eu soin de venir s'installer au centre du pavs, afin d*y maintenir et tl*) l'ortifierson auloritiS tant par Tbabitude dr s:i présence que par une initiativt* person- DrikMlans le gouvernement. C'est ce qu*avait fait Frédéric-K«)rberousse ; aussi ce prince resla-t-il le vrai souverain tk* la Comté. Mais Otbon n'ét;iit pas Frédéric- RarlNTOiisse ; il n*était que son fils, un de ces rejetons à qui b*ur glorieux \w\v ne transmet rii'U de s<m génie. Kn se conduisant d'une manièiv si iuqmlititpu^ envers la Conit4', Otbon pré|»aiait des troubles pour le pays, des malbeurs pour s;i famille. L'aliandon dans lecpiel il lais.sut cette iirovince avait encouragé les prétentions de la liranclie cadette de Bourgogne, (|ui es))érait s(q)planier la brandie aniée et travaillait ostensiblement à ce résultat. La branebe cadette avait alors à si tête un Itomine liardi, ambitieux, actif et pui.^s:mt : c\^laU.Étknufi.ll, C(unte vass^il dt* Rminr^^e, et |)etit-rils de ce comte Cuillanme de Màcon, rancien nivisseiir du latrinioine de Béatrice. Ktienne 11 ne dissimulait pas ses espérances. Maître de rlirlNis domaines, il se voyait en outre soutenu par les premières familles du pa\s : il avait |)Our femme liéatrice, de la maison de Cbalon ; pour beau-fière, Kiebard 4l(^ Monlfaucun, comte de Montt»éliard ; pour neveux, Caiicber IV, sire tb* Sfitins, ei (;iiillnunie II, comte de Vienne et île MAcon. Il joignait à ses iiossessions d'Auxonne la lorre d'Arlay, de vastes propriétés dans rancien S<'(Mlingue, et il battait monnaie à ijins-le-S:iiilnier, dont l'un des deux bourgs lui apparbMiait.

Arlay, à trois lieues environ «b» Lons-lc-Saiilnier, siu* la rive gaiicbe de la .Ville, est un lieu tK*s-aiicien. Son beurense |)Osititin topograpbitjue, jointe à la fécomlite du sfd, en lit «le l)Onne bemv un centre de p«ipiilation, v\ \\\\\ y a ti-ouvé de iinmlirpux débris d'antiquités qui témoignent en faveur de son importance à ré|HM)ue <i'N|nano-nimaiiie. Lors des invasions barbares, cetU'\ille éprouxa le sort commun ;

308 FHANCHK-(X>MTt: ANCIRNNR KT MODERNR.

(*tlc fut ravagée à plusieurs reprises et détruite. Elle ne se releva que ientenieni (tr ses ruines, mais elle était déjà considérable au douzième siècle, et bientôt elle aiquit un nom brillant en devenant le séjour des comtes de Chalon. Le fameux château fort d*Arlay, dont il nous reste encore quelques murailles et quelques vestiges de tours. Tut Fun des plus puissants des montagnes du Jura ; au quatorzième siècle, cinq cents terres relevaient de la terre qu'il défendait.

Quant à Lons-le-Saulnier, Tantiquité de son origine est mise hors de tloule. S<mis la domination romaine, cette ville jouissait d*une importance qui se révèle par l(*s restes de mosaïques, de colonnes, de tombeaux, de tuiles, découverts sur son teiriloire. Elle |)ortait en langue latine le nom de Ledo Salinarius, ;\ cause des sources (Féaux salées (pfelle possédait, et Ton croit que les Romains y fondèrent un grand établissement pour Texploitation de ces salines ou de celles de Montmorot, lK)urg U l>eu de distance. Lons-le-Saulnier subit toutes les vicissitudes auxquelles fiii-ent soiHuises les villes sé(|uanaises durant les invasions des troisième, quatrième et cinquième siècles: l'histoire nous apprend que, lorsque les Burgondes vinrent s<' fixer en Séquanie, l.ons-ie-Saulnier ne compUut plus deux mille âmes. Il y a tiMii lieu de croire que cette ville fut détruite par les Sarrasins, car elle s^eiïace longtemps de nos annales, et c'est seulement au neuvième siècle qu'elle cominenci* à reparaître. ATéiKMiue des Hongrois, elle avait repris quelque importance; au onzième siècle, elle formait deux bourgs, indépendants l'un de l'autre; en il«W, le comte (■uillaume, frère de Rainaud III, y battait monnaie. Sous le ri'gne tranquillr et pros|)ère de Frédéric-Bariierousse, Lons-le-Saulnier s'agrandit, se développa, ei^* Ton y comptait une pO[udation déjà nombreuse à l'époque où le comte Etienne II en )K)ssédait l'un des bourgs.

Ktieinie II, le rival du comte palatin de Bourgogne, attendait une occasion qui lui permit de mettre ses prétentions en avant : les trotdiles survenus en Allemagne apris la mort de l'emperetir Henri VI, décédé le 28 septembre H97, lui semblèreni un événement favorable à ses desseins. Abjurant donc la vass:dité d'Otlion 1*', il ni--' hommage <h; sa ville d'Auxonne au duc de Bourgogne, Eudes III, et le duc s'enga- g(*4i, en retour de cet honunago, à lui fournir des troupes toutes les fois qu'il seniit en guerre avec le comte palatin de Bourgogne. Etienne ne s'en tint ikis là. Comme les princes allemands étaient divisés pour le choix d'un nouvel empereur, il se -''^\' nmgea parmi les |>arlisansjiT^hûiulil.,Sa^^ (jui disput:iit le trône h Philip|)C de C\^ Souabe, frère du comte palatin de Bourgogne et soutenu par celui-ci. La giiem* entre les deux prétendants et leurs alliés éclata non-seulement en Allemagne, mais en Als«*ice et dans la Comté de Bourgogne. Etienne II y prit une part active. Aicl«*de son iM^au-friTC, le comte Richard de Montbéliard, il envaint à main arm^^ la juiriie septentrionale de la Comté, promena partout le fer et la flamme, s*eni|>ani de l'abbaye de Luxeuil, opposée à Othon de Siixe, et la lirfila. Etienne et Riclianl iwrvinrenl aussi à se Siûsir de rarchevéque de Itosançon, Amé<iée I«"(lc Dramelay, l»artisan de IMiilip|)e de Souak» ; ils gardèrent plusietirs mois ce prélat comii.i» prisonnier dans le château de MontlK^liard. Cependant Philippe de Souabe avait fini ' par rem|)orter sur son conctirrent; il fut élu le 6 mars llî)8, malgré rénergiqite opposition du célèbre pa|M» Innocent III, qui ordonnait aux princes v\ aux {MMipIcs

FRANCHE - COMT!-!; ALLEMANDE. âUO

lie rccoDDaiire Olhon de Saxe. Le choix du nouvel ein|)ereur ne ramena pas la paix au .sein de la Comté de Bourgogne : les comtes Etienne et Richard continuèrent la guerre, bien que le palatin Uthou leur eût fait éprouver un échec sensible, et les hostilités duraient encore, lorsqu'Othon niounil à Besancon, au mois de janvier lâOO. Moins d'un an après cette mort, les barons comtois, las (favoir, stolon Texl>res£Ûoo d'un chroniqueur, c IViiéc resserrée et le harnois |)endu au croc, » s'associaient avec enthousiasme à la (|uatrième croisade, préchée par Foulques, le célèbre curé de Neuilly-sur-Manie. Les grands noms de la Comté (iguraienl pumi les noms lies liarons et chevaliers qui reprirent le chemin de rOrieut, sous la conduite d(* Booirace, marquis de Montrerrat : c'étaient, entre autres, Caulhier, sire deMontrau- COD et frère du comte de Monthéliard ; Othon de Vergy, sire de Champlitte ; Etienne ei (Guillaume, sires de Vergy ; Eudes et Guillaume de Cham|)liite ; Othon de Cicon ; t Uhon et Guillaume, sires de la Koche-sur-rOgnon ; Aymon et Guy, barons de Pesmes, et cinq barons de h Tamille des Dampierre, Aymon, Richard, Guy, Odet el Hainaud. I^s croisés n'allèrent pas jusqu'en Palestine ; ils s'arrêtèrent à Constanlinople, emportèrent d'ass:mt cette capitale de l'empire d'Orient (iO avril iâ04), l'-turrat empereur le comte Baudouin de Flandre, et se distribuèrent entre eux les lirovioces du souverain vaincu. Ce ftit une vraie curée, à laquelle les seigneurs ronitois eurent une large part : ainsi, Othon de Champlitte se fit inréoder la moitié lie la Morée ; Otlion de la Roche obtint les duchés de Théines el d'Athènes; (Guillaume lie la Roche devint prince d'Achaîe ; Othon tie Cicon fut prince de Cari* Uiène en Achaîe; les Dampierre eurent aussi leur principauté, el Gauthier de MontraiicoD épousa la (ille d'Amaury, roi tIe Chypre.

Pendant que ces seigneurs s'occupaient de fonAi'v leurs petites dynasties en (h ient, le ronite Etienne II gardait en IW)in*gogne une attitude hostile el menaçante. Il attendait la fortime. Depuis la mort du palatin Odion I*', la C(»m(é vivait dans um' sitiution qui lui montrait l'avenir plein d'orages : Othon n'avait pas laissé d'hérilirr mile ; sa veuve, Mai^erite de IMois, était restée avec deux lilies, Jeanne et Béatrice, encore dans la première jeunesse ; et la comtt'sse Marguerite, (*har^Vv dr ;;(hivemer un pays où l'autorité du souverain avait déjà si \m\ dr racine, se voyait dt* |ilus entourée d'ennemis imiutients et nMioutables. En cas d*atla(|ne, elle pouvait, il est vrai, compteur sur l'appui de son beau-rrère reuqyereur IMiilip))e, qui Pavait, en 1:20S, investie de la Comté de Bonrgo;;nt* ; mais les événements allaient tiérangrr bien des calculs. Jeanne I'*, la lille aînée de Marguriite, vint à mourir en lf!0:i, au moment où elle prenait les rênes du gouviM'nement, et sa sa*ur Béatrirt* lui snccéda. Jeiuie, timide, sans autorité morale, Béatrice S4* trouvait dans une position plciin* de périls; celte ))Osition tit hâter son mariage, et le ûl juin 1^08 elle éjKiusa le duc Ollion de Uéranie, dont la famille possé<lait de riches provinces au midi de TAIK'magne. C'était une brillante alliance ; loiiliTois elle eommenea sous de tristes auspices. Ia* soir nuMUC où l'on célébrait à Bamberg les fêtes de riiymén(''e, en prés^'uce lie l'empereur Philip|)e, ce monarque périssiiit, victime d'une ven^reance particnlière, sous le poignard d'un assassin, nonuné Othon de \VitlcM)aeli. Les princes allemands d(uuuu£nLjtpursiiccesseur ù PhilJpjM' le duc Othon (jcSa.\e, son ancien roncurrenl. L'avènement d'Othon au trône de THinpire condda de joie rnmbitit*n\

Etienne II, qui, on se le rappelle, était Tnn des partisans du nouvel empereur. Etienne, jusqu'alors contenu par la surveillance active et jalouse de Philippe, pouvait enGn reprendre à force ouverte ses projets de souveraineté sur la Comté do Bourgogne, puis il trouvait en même temps Toccasionde se venger d*un affront qui lui pesait au cœur : il faut dire que ce seigneur s'était montré d*autant plus blessa* (lu mariage de Béatrice avec Othon de Méranie, que lui-même avait demandé i>our son propre flis la main de cette jeune princesse, et qu*il avait éprouvé l'humiliation d'un rerus. Cette alliance eût préservé la Comté de bien des malheurs et des Taults ; car, en confondant les droits de la branche cadette de Bourgogne avec ceux de l;i branche ainée, elle aurait mis un tenue à toutes rivalités ultérieures. Les princes de la branche cadette Taisaient reposer leurs prétentions sur ce qu'étant seuls des^^ cendants mâles d'Otlie-Guillaume, ils avaient plus de droits que Béatrice à la succession de la Comté de Bourgogne.

Etienne II, rassuré du côté de l'Empire, n'hésita pas h recourir aux dernières extrémités pour reconquérir ce (fu'il appelait son légitime patrimoine. Il se mit h la tête de ses partisans et se proclama comte de Bourgogne. Alors une guerre meurtrière éclata : l'histoire nous en laisse ignorer les détails ; mais on sait que la fortune des armes ne favorisa pas la cause d'Othon II de Méranie. le mari de Béatrice. .

Il paraît que ce prince éprouva de grands revers : ce qu'il y a de œFBÎïï, c*eiU vJ^ qu'affaibli par plusieurs défaites, entouré d'ennemis implacables, il demanda la paix. Elle fut conclue le 18 octobre 1211, h Dijon, « preuve que le duc de Bourgogut* n'était pas étranger à nos guerres intestines, > remarque M. Edouard Clerc. Aux termes de cette paix, le duc Otiion de Méranie reconnaissait à Etienne nie droit de porter le titœ de comte vassal de Bourgogne, titre dont Etienne avait été dépouilh'* par le comte palatin Othon V' ; en outre, Othon de Méranie renonçait, rapporte M. Charles Duvernoy, aux prétentions qu'il avait ou pouvait avoir sur les châteaux et les autres possessions d'Etienne situés dans la Comté de Bourgogne ; il renonçait de même h toute indemnité \m\r les dommages, de quelque nature qu'ils Tus* sent, commis pendant la guerre h son préjudice et à celui de ses vassaux ; il consentait au maintien de toutes les forteresses élevées sur plusieurs points de la province et à toutes les acquisitions de fiefs faites par Etienne, poun^i que ces fiefs ne fussent lias de sa mouvance comme comte palatin ; enfin il reconnaissait que ni lui, ni sa femme, ni qui que ce soit en leur nom, ne pourrait vendre ou eng:iger leur terre tle Bourgogne, sans le consentement et même la participation d'Etienne.

Ces conditions étaient aussi onéreuses qu'humiliantes. ËUîdnneJcifiiBfib^ ; tn^î^ ^^ h son tour il allait avoir à craindre de penire la magnifique position que lui faisait le traité de Dijon. Peu de temps après la conclusion de ce traité, l'empereur Oti|on IV^ dont le comte Éiienne suivait le parti, se brouillait mortellement avec Phomme qui avait le plus contribué à le.|)orter sur le trône impérial, c'est-à-dire avec le pa|ie Innocent Ili ; puis, h la suite de cette nipture, le souverain pontife excommuniait -* Othon, déliait ses sujets du serment de fidélité et lui suscitait un redoutable concurrent dans la personne du jeune Frédéric de Hohenstauffen, petit-fils de Frédéric- Barberousse. En eflet, au commencement de 1i12, la diète de Mayence proclamait ce jeune prince sous le nom de Frédéric II. TT couronnement blessait au vif

FR.V.NCIIK-COMTK ALLtMANDK. âll

iiiU*rél< politiques «rKlicnnc ; car le nouvel cniivcreur éuiil cousiu-j^tMiiiain <le Béa- trice, la femme «rotlion de Méraiûe, el la faveur de Frédcrio était ac(|uise à Tavanee au comte |»alatin de liourgogne , Tuu des princes alicuiands (|ui avaient le plus rliaudemcnt soutenu son élection. Ix double lien de la reconnaissance et de la parvntô unissant Tun à Tautre ces deux souverains, il sYlahlit entre eux une conliance nV-iproquc dont le duc de Méranie devait se montrer constamment diurne par son utiaclicmcnt invariable à la fortime de Frédéric. 3fais (Kabord le comie palatin profita lie son changement de position pour tenter une revanche contre Etienne il, et, fort lie l'appui de l'empereur, il reprit les armes, [/absence des monuments hislorupics ne pemiel |)as d'indiquer avec précision Tépotpie tie cette seconde guerre, ses vicissitufles et sii durée ; tout ce que Ton sait, c*est que les hostilités furent longues cl «|u*cl!es se terminèrent seulement en I22i, par îles projets de mariage entre le [Ytij-tih tf^yttvnne cl Jlmir, ^!3^ filles d*Othou de Méranie. Ce mariage se consomma irfus-Uml; mais, avant de le voir s*accou)plir, une troisième guerre devait éclater. 1^ Comté de Bourgogne put res|»irer un peu |>endant les années 1:2:23 et lâ:21 ; toulefois la iiaix ne fut |ias générale dans le pays durant cette |>ériode. A Besanronr** les querelles entre rarchcvéque et le |>euple avaient recommencé plus vives que jamais. Tne grande fermentation régnait dans la ville depuis lââf, c'est-à-dire de- |mis que Ciérard de Rougemont occupait le siège mélro|iolitain. Gérard de Hougeluont était ira vieillard : fils, petit-fils et frère de vicomtes, il avait été doven quarante ans avant d* obtenir répiscopat ; il avait donc été témoin de la victoire remportée en llîH |»ar les Bisontins sur les oflicirMs de rairhevéque; rt, cette victoire lui semblant un coup fatal |M)i'té à la puissance des prélats, il s'était, depuis lors, pris fFiine liainc \iolente contre la démocratie. Ce nouveau gouvorucment anqii<*l |»nrticipait le jieuple, Texistence tic la counnune, la juridiction des bourgeois, la créalion des prudiiommes, le conseil des vingt-huit, tout cela rirritail, excitait ses ressentiments, et il éLiit monté sur le siège épiscopal avec des idées complètement liostiles aux franchises de la cité. Du jour de son installation, le conllit commença. L*arclievé4|ne, humilié de voir son autorité disjmtée et restreinte, voulait rétablir Fancieu ordre de choses; le peuple, au contraire, enorgueilli de ses premiei"s siicct*s, aspirait ouvertement à de nouvelles ccmqiiétes. Il n*y avait donc nulle possiliililc «le s'entendre, (iérard de Uougemont s'adressa >eci élément à Tenquîreur Fréiléric II |)0ur en obtenir la révocation de la charte de MOI ; les Bistuitiiis, iiistrnil> fie cette démarche, s'abouchèrent avec \v fameux Jean de Chalon, fils du coinlej Klienne, et lui offrirent pour quatre ans la gardienneté de leur ville, à la condition qiie si l'archevêque, le vicomte ou le maire voulaient faire qucrdle aux ciloiini^ il leur prêterait secoiu*s dès (lu'il en serait requis. La cité se tenait ainsi prête à tous événements; car l'étiitde méliance dans lequel on \ivait de i>art et d'autre ne pouvait manquer d'amener une explosion. Les haines devenaient plus ardentes de jour en jour ; ou s'observait avec une inquiétude irritée, on ne voulait s'entendre sur rien, on sentait qu'il fallait sortir jiar une lutte de cette situation violente. Le dilTérend relatif à la possession des clefs de la ville lit éclater l'orage vei-s la fin de Tannée ^iii : le prélat soutenait que la garde des clefs était attaclMM.* aux préroga> tives de sou siège; la commune mettait en avant la charte de H!if,qui lui recon-

iili FUANCHE ' COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

naissait le droit de les avoir en sa possession ; et personne ne voulait céder. Le |)eiiple, iin|)atient d'en fînir, ^courut aux armes, assaillit les gens de rarclievc<|ue, maltraita les uns, blessa fes autres, les chassa tous de la ville avec rarclievê(|u<* lui-même, puis referma les portes derrière eux. Cet acte audacieux coûta cher aux Bisontins ! Le prélat, indigné, se rendit à Berne, auprès du jeune Henri, roi des Komains', fils de Tempereur Frédéric II, et de là lança Tinterdit sur Besançon. A cette époque, où la religion occupait une si large place dans les besoins de la vie, un tel arrêt était quelque chose de terrible : partout cessaient les cérémonies du culte; les églises restaient fermées, les autels dépouillés de leurs ornements, les clocho silencieuses ; il n'y avait plus d offices publics, plus de sacrements, plus de processions, plus de mariages, plus d*inhumations en terre sainte : la vie générale semblait suspendue.

Le roi des Romains se laissa toucher par le graud âge de Gérard de RougemoDl, par le récit des violences et de Foutrage dont il avait été Fobjet, et non-seulemeiil il décida que le préiqt rentrerait dans sa ville épiscopale, mais que les clefs lui seraient rendues, (|ue les citoyens ne |)ourrjient faire c des conventions, constitutions et autres nouveautés ; » enfin, que la commune serait abolie. Lorsque Getl<.* sentence fut connue à Besançon, elle y répandit une exaspération indicible; les citoyens se montrèrent résolus à ne pas recevoir Farchevêque et jurèrent de défendre les armes à la main leurs libertés municipales. Le pape Houorius III intervint à son tour dans la question : par une bulle du 17 janvier 1225, il excommunia les Bisontins. Ceux-ci ne tinrent pas plus compte de la bulle pontificale que de la sentence du roi des Romains, et ils attendirent les événements. Plusieurs mois se passèrent sans que rien fût décidé. L*em|)ereur Frédéric II, h Texamen duquel avait été soumise la sentence du roi des Romains, rendit un jugement qui ne changea pas la disposition des esprits : le 5 juin 12:25, il confirma Fabolition de la commune, annula le traité des Bisontins avec Jean de Chalon, mais se résen^a de prononcer plus tant sur la question des clefs de la ville. Li révolte persistait. Frédéric, voyant le peu de cas (|ue Fon faisait de ses ordres, confirma un décret promulgué le Si se|>tembre 1225 |)ar le roi des Romains, et qui prononçait le ban impérial contre les rebelles, avec la défense expresse a tous les sujets de FEm|)ire de laisser pénétrer dans la ville aucune es|)èce de vivres. Ce singulier expédient produisit son eflfet. Les Bisontins comprirent qu*il fallait céder devant une mesure qui trouvait moyen de. les vaincre sans les combattre : menacés par la famine, fatigués d*ailleurs de rinter-l dit, ils ouvrirent leurs portes à Farchevé(|ue. Ce ne fut |)as (Gérard de Rougemiinl qu'ils revirent : ce prélat n*exisl;rit plus dès le mois de mars 1225; il était allé finir ses jours dans Fahbayc de Bellevaux, et on lui avait donné pour successeur Jean Algrin, Picard d'origine. 1^ nouvel archevè(|ue consentit à pardonner aux Bisontins, mais à une condition qu*il se réservait de faire bientôt connaître. Les citoyens, rassemblés sur une des places de la ville, se demandaient avec une vive anxiété ce ipie le iirélat allait exiger d*eux : quand ils le surent, leur indignation égala leur

1 Le tiUe de rot de$ llomains te donnait, en Allemagne, i celui quo ki princca étecleun liéaignaitnl comme le successeur de rem|>eitur régnant.

franchi; - œMTii: allrmandk. ei5

Miri^nsf . Il hii ordonné à cent des princiiMiux de la cité de se reiMlro devant le |K)ri«|iif de régiise de Safnt-Jean, et là, c pieds nus, tête nue, en |mre eheniisi*, ^ ils rrnnmt de la profire main de l'archevêque la discipline des verges. Jean Algrin rrr«> ait ainsi faire un exemple : il ne savait pas combien cette humiliation, (|ni rejaillissait sor Ions les cilmens, devait laisser de haine au fond des dmes ! Jean de Chalon penlit son titre de ^rdien de la cité, et la commune Tut abolie, ainsi que les antrr» inslitntions conquises par la charte de 119t. Le prélat leva ensuite Tinterdil, mais il ne ramena dans la ville qu'une traucpiillité Tactice : les Bisontins ne \miy>%ieni (lins oublier qu'ils venaient d'être libres pendant trente ans, et ils devaient en ftire ni^sou\'enir les successeurs de Jean Algrin.

Tn f^lme a|iparent renaissait à |)eine «^ Besançon, que la guerre civile eiisanglan- Lut fk* nouveau la Comté de Bourgogne. Des le mois de déceuibre 1225, Ktienne II r't le duc Othon de Méranie reprenaient les armes, et cette fois les hostilités re\ relaient un caractère de cruauté qu'elles n'avaient pas encore eu. On ne connaît |kis I<' inotif de cette troisième guerre ; peut-être le trouverait-on dans la méfiance réci- |inN|ne qui parUigcait les deux branches de Bourgogne, trop antipatliiques Tnne h raairr, trop divisées d*inlérêts, |K)ur ne pas être ennemies. Elles avaient pu se ra|>livwher un moment, mais elles ne pouvaient en venir à une réconciliation sincère. \jm nouvelle querelle mit en Teu toute la Coniti^ et, dans cet embrasement général, nn remaniua que le nord de la provmce tenait \m\T la branche aînée, tandis que le oHili soutenait la branche cailctte. Le comte I*;tienne avait avec lui Jean de Clinlon ^^ï fits, Henri, tige de la maison de Vienne, Jossenind de Brancion, Iftigut^s de Nnnit, Ponce de Ciconel d'autres puissants siMgneurs; il était, en outn», appuyé )ur b noblesse du ILiconnais et |Kir le duc de Bourgogne Hugues IV, |K)ssess<Mir 'J'THiis 1221 de la baronnie de Salins, que lui avait vendue le sire Josserand di» i^QcioD, second mari de Marguerite, lille et héritière de (faucher IV de Salins*, '^doc Othon de Méranie ne compt;iit |ms dans le pays des soutiens assez nondireux '1 rrdoutables pour pouvoir lutter avec ses seules forces contre son rival : prtWoyant rt vraîl accablé, il ap|)ela Tétranger. Des trou|)es lorraines entrèrent dans la '^té de Bourgogne, sous la conduite de Henri II, comte de Bar, qui att<n(|ua les «'uieaux d'Etienne; mais Henri H était un jeune |)rince encore plus téméraire ipie '''^^f.et son impnidence le lit touilwr, dès les premiers jours de la guerre, entn» ^"^ 'iiains de Mm ennemi : il n'obtint sa lil»erté tpie six mois après, au moyen d'une ""Vow considérable. Privé de l'appui du comte de Bar, Othon de .Méranie se chercha *dOfiveaux auxiliaires; il fil alliance avec ThiliautIV, comte de (.:ham|)agne, et les '^■^Hirs que lui amena ce prince, en égalant h i)eu pri»s k»s forces de |uirl et d'autn», '^•Hrent k*s hostilités plus longues et plus sanglantes. On si» battit avec achame- "*^'*t; dans l'attaque connue dans la iléft*nse, on ne recula devant aucun moyen '"^^t- accabler son adversain». Ce fut une des guerres les plus crue!l«*s et les plusca- ''^•MtiMises dont la Comté de Bourgogne ait eu à souffrir : des rivalités enveninn'es ^^^ U"s haines de famille; des représiiilles autorisées |wr d'autres n*pn»siilles ; dcN

* ticttc ^ronnic coin|ireiiait le Itourg-OeMus un Uoorg-le-diire de Salin», la grande taliit, lt« ''^Ua» d'aienlour a>rc leur» dcpcodaiicec. el beaucoup d'autres Gefs.

!2U KRANCIlËCOMTÉ ANCIEiNNE ET MODERMî.

violences, des meurtres, des incendies, des actes de pillage chaque jour renouvelés; des forteresses prises et reprises; des moissons ravagées et des cliaumières détruites; partout le Ter et la flamme, partout des cœurs implacables et des bras impatients de frapper : voilii ce que fut cette guerre '. I^s détails nous en sont peu connus; mais Fcnsemble des événements nous montre qu^Étienne n*eut pas l'avantage pour lui : les forces réunies du comte palatin et du comte de Champagne renversèrent coup sur coup cinq de ses principales forteresses, Gray-le-Mont, Liesie, Rosey, Flageolet, Montbarrey; et ils étaient sur le point d'attaquer plusieurs autres châteaux de leur oirnemi, lorsque le cardinal de Saint-Ange, légat du pape, vint faire sus|>endre les hostilités. 1^1 médiation de ce cardinal amena plus tani, entre les parties belligérantes, une piiix définitive, qui fut conclue le 16 juin 12i7. Cette fois, le comte

Etienne ne dictait pas les conditions ; il lui fallut accept/^r celles qu*on lui imposa : il se vit condaumé à faire hommage au ducJjLMénmie de toutes les forteresses qu*ii . avait construites depuis la première guen-e, à raser jusqu'aux fossés les murs de son château de Chavigny, qu'il possédait près de Dole, et à ne pouvoir relever que deux des cinq forteresses renversées en dernier lieu. Telle fut la solution de ces longues et sanglantes rivalités, (un0i^Jil;i.bTSîLÇbe; cadette, qui avait abouti à uu échec ;iuU)teu6es.pojirl aJu:auçbe aînée, ,qi^ de l'étranger;

calamiteuse^ pour le pays, qui en sortait dévasté et ruiné ; profitables seulement aux intérêts des princes du voisinage qui étaient intenenus dans cette querelle de famille. Ainsi, le duc de Bourgogne Hugues IV, l'allié d'Etienne, prit racine dans la Comté par l'acquisition de la baronnie de Salins, et s'occupa d'y accroître ses domaines ; le comte de Champagne Thibaut IV, l'auxiliaire d'Othon de Héranie, devint en quelque sorte le maitre de la province. Peu de mois après le traité de 1±27, le duc Othon de Héranie, épuisé de ressources et de finances, par suite des guerres qu'il venait de soutenir, engageait à Thibaut la Comté de Bourgogne pour quinze mille livres estevenantes : d'après l'acte, qui fut passé le lundi de l'octave de la Toussaint 1227, le tiers des revenus devait être consacré au reml)Oursement de cette dette, et les deux autres tiers représentaient l'indemnité due au comte de Champagne poicf* ses peines et ses frais. Puis le duc de Méranie, pressé de retourner en Allemagne, auprès de l'empereur Frédéric II, confia la ganle de la Comté à ce même Thiliaut de Cham|)agne, qui rcmpkiça ainsi le souverain. Il était plus qu'imprudent, il était uialhabile d'abandonner à un éti*anger, surtout à un élnmger aussi puissant que le comte de Champagne, l'administration d'un pays où l'autorité des princes alleinaiNis avait déjà tant penlu de sa force matérielle et morale : d'un côté, on indisposail les Comtois, humiliés de se voir placés sous la protection d'un étranger; de l'autre, on cnrait au comte de Champagne l'occasion de tenter la fortune au profit de son ambition. (]ette esp<Te d'interrègne entretint dans la province une sourde inquiétmie : aucune guerre n'éclata cependant ; mais la cause à laquelle il faut attribuer le luainlien de la paix fut le traité conclu au mois de février 1â3i entre les deux branches

< On a(U*iboe i répo(|ttc des rivalités entre les deux brtnehes de Uourgogne la eonsUnetion d'un grand nombre des châteaux forts qui couvraient autrerois la Franche-Comté, et dont ee ^yt pré>eple encore des mines en maints endroits.

KRANCHE-GOMTli ALLKMANDE. âl.%

tl« Bourgogne, et qui eonromlit leurs droits : le duc de Méranie engageait, p:ir ce inilé, la main d'Alix, Tune de ses filles, au jeune Hugues, fils atné de Jean de Clialon. Kvefs motifs firent ajourner le mariage h Tannée 1236 : Ollipn de Méranie no le vit pas s'accomplir; il iiiouniteii Allemagne, le (> mai lâ3i, en laissant pour liérilier ua enrant de quatorze ou quinze ans, qui lui suceé^la sous le nom crOthonJII. l'a éTéque et un laron s'emparèrent de la tutelle de cet enfant, et la Comté de Roiirl^ogne continua d'être administrée p;)r Thibaut de Champ^igne. il n*y eut rien d(* *" rluDgé dans la situation générale du \ms : le comte de Champagne, h qui la pro- Tinre senait de gage en attendant le rachat de la dette contractée envers lui par Ip ihicOtbon II, s'occuiuit de toucher les revenus annuels des domaines, tant |)Our TiniMt de sa créance que |K)ur ses Trais de ganle; le duc de Bourgogne, déjà maitiv de la baroonie de Salins, continuait à s'agrandir au sein de la Comté ; «tt cet élat dt* choses, c'est-à-dire la défiance qu'inspiraient d'un cùté les projt^ts ambitieux du duc de itourgngne, les haines que soulevait d'autre part l'administration étnmgîMV du comte de Cham|)agne, jet:iient le |)ays dans une in(|uiétude et une irritation qui Menaçaient ftchaque instant la paix publique. Ce|)endant on n'eut |»as à déplorer h*s malheurs d'une quatrième guerre civile : forage resUi sus|>endu au-ilessus des têtes, mais il D*éclata pas. La crainte que Ton avait de l'empeii'ur Frédéric il, protecteur dMarédu coinle |»alatin; rinfiuence de Jean de Clialon, toute-puissante alors et qui servait à contenir les méconlentements et les inimitiés; Textinction des rivalih's eoirv k-s deux branches de Bourgogne, |)ar le mariage de lingues de Chalon avtM* - Alix de Xéranic, ces diverses causes et quelques autres empêchèrent le renouvellement des dissensions armées. Quant au imiatin Othon ill, on connaiss:iil à peine son nom dans la Comté : ce jeune prince ne quittiût |kis TAIIemagne, qu*il considérait eomme sa véritable patrie, et il vint en lâii visiter pour la première fois le |)ays dont il était souveniii. Ce fut |)endant ce séjour qu'il retira la [irovince des mains do roiute de Champ:igne en lui remimursant sa créani^e de quinze mille livres. Après cet acte, Othon III trnila de la garde de la Comté avec Hugues IV, duc de Bourgogne 1^ nr*gi>ciations à ce sujet trainèn^nt longtenqis : entanu''es à la lin de iâil, elles ne fumit terminées qu'en octobre lâiâ, |Kir suite de la diniculti' que Pon avait eu à s'entendre sur les conditions. Aux termes du traité, la ganle du pays était confiée au duc de Bourgogne |K)ur cinq ans, |)endant lescpiels il c se |)eut et se pourra aldier de ki terre, et des hommes et des fiefs, contn* toutes gens, sauve la féaulé à rnnpfrour de Rome, » I.^ fiefs que possédait Oihon III dans le pays si* réduisaient alors à fort |>eu de chose : il ne lui restait en |>ropreque I^Iiguy et quelqm s '. • < w ' ^ châteaux, celui de Bauyifi et celui de VesQul par ex(*mple. Toutes les autres villes «M • fMleresses se trouvaient inf('*odées aux grandes familles de la province, mais principalemetit à la branche cadette de Bourgogne. Cette fatale ijuprévoyanci* allait m* imluire par la ruine de la domination mérauienne au siin de la Conilé.

Disons, en passant, quelques mots de Vesoul, liaumeet Poligny, dont les noms Tiennent de se rencontrer sons notre plume. fVaprès plusieurs érudlts, Vesoul aurait une origine très-ancienne. Le professeur Bnlh-t fait dériver son nom du celtique Bf9ol ou Benul^ qui signifie j)(mitii ou aigu, Vesoul ayant été ainsi ap|>elé à causi* lie la montagne de forme conique ila Moite de Vtsoul) au |Med de laquelle ceitt* ville

esl assise. Un autre savant, M. Johannean, tire le nom de Vesoul des deux niou celtes Bez on Vez, tomi)e.'in, et Ilaul ou Uoul, soleil, c*est-à-dire tombeau du wleil. De telles étyniologies nous paraissent aussi hasardées que la version qui présente Vesoul comme une antique cité de la S(*quanie et nous la montre refusant d'ouvrir ses portes h FËduen Jidius Sabinus, lors de sa révolte contre TeiDiiereur Vespasien, en Tannée 69 de Tère chrétienne. On ne possède pas plus la preuve historique de ce fait, qu'on ne possinle des données certaines sur Tépoquc de la fomiation de Vesoul : tout ce que Ton a dit à ce sujet est purement conjectural, et Ybisr toire n'a |)as ù s'en occuper, elle ne doit aduïettre que les certitudes. Il faut arriver jus<|u'à la fin du neuvième siècle avant de rencontrer un document authentique où le^ nom de Vesoul soit consigné pour la première fois : la Relation des miracles de saint Adelphe, écrite en 899, parle d'une jeune Vésulienne qui fut guérie en toucluol les reliques du saint, et c'est à ce propos que Vesoul se trouve mentionné; le légendaire l'indique par le mot de castrum ve&ulium. Ainsi, enj^, cette ville ne consisLiit encore qu'eu un castrum ou forteresse ; mais elle se développa ra|Mdement, et le fait suivant prouve qu'au commencement du onzième siècle elle élail déjà considérable : en 1019, on voit un Gish'bert, vicomte de TVmiiiJ, signer ù Portsur-S.')ône une charte du comte Othe-Guillaumcau profit de l'abbaye de Saint-Babio on Piémont. Or il n'y avait de vicomtes que dans les villes unportantes. Ce Glsiel)^ fîst le premier seigneur connu de la célèbre maison de Faucopey. Gisleliert H, de la même famille que le précédent, et comme lui vicomte de Vesoul, fonda, tout près du château construit sur la Motte, le prieuré du Marteroy, devenu célèbre par la suite; ce fut l'archevêque de Besançon, Hugues III, l'un desfds du comte GuiHaiURf le Grand, qui consacra lui-même, en 109â, l'église de ce prieuré. L'iniporlance ik Vesoul s'accrut noLiblemenl dans le cours du douzième siècle : dès 1 ISO, «ce n'est plus tôt, cette ville possédait vicomte, maire et prévôt, ayant eliacun leor^ droits, leur juridiction paiticulière, cl l'on voit, à la date de 1162, Gislebert III, JÛe de Faucogney, prendre dans un acte de donation le titre souverain de vicomte de Vesoul ;i/7r la grâce de IHeu, Nous aurons plus tard occasion de iiaricr des cvélN^ments historiques dont celte ville fut le théâtre.

Riuime est dans la position de Vesoul en ce qui concerne l'époque de sa fondatioa i l'origine celtique qu'on lui attribue ne repose également que sur des conjectures, e^ il n'est pas plus possible d'établir l'authenticité de cette origine que de vériOer bis>toriquement l'opinion qui fait de ftuune l'ancienne capitale du Varasque. Celle vilh? n'a d'existence certaine qu'à partir du neuvième siècle; elle commençait à poindra* mais elle se développa rapidement, et dès le onzième siècle elle figurait parai Ic^ lieux les plus considérables de la Comté de Bourgogne : divers monuments noii^ apprennent qu'elle comptait alors une |)opulation de cinq mille âmes. Baume dev^U (*n grande partie son im|)ortance à sa célèbre abbaye de dames nobles bénédictine^ fondée vers les dernières années du sixième siècle, selon les uns, et seion d*autre^ dans la seconde moitié du siècle suivant : l'abbesse de ce monastère était à la wa»' nation du souverain ; elle étendait son patronage sur phisieurs cures et paroisses el l>ouvait conférer des bénéfices Outre la supérieure et ses novices, il y avait datf cette abbaye onze chanoinesses préhendées, qui prirent plus lard le titre de com-

FRANCHE - COMTÉ ALLEMANDE. âl7

;. Dfes ledUième siècle, Baume se divisait on ville haute et ville basse : la ville haute, bâtie sur la montagne de Saint-Léger, fut détruite par Berlliod IV, duc do Zeriogiieii, à Tépoque où l'empereur Frédéric-Barberousse avait fail alliance avoc ce sagueur pour reprendre au perfide Guillaume de Mdcon Thérilage de Béatrice, fille de Rainaudlll; et cette guerre commença la décadence de Ibume. I)<'|)uis lors, la >^ ville a été réduite à l'étendue qu*on lui voit aujourd'hui.

Les doutes qui planent sur ranti(|uité de liaume et de Vesoul disparaissent à Végaitl de Poligny. Ici les preuves d*une origine reculée sont manifestes : la fameusiï ^ pierre qui vire et les débris d*un autre monument de même style témoignent de FeKj8taiica4lexette ville à l'époque Jruidique ; les difTérents objets d'arts que Ton a Jteooverts sur son territôIreT^ restes de voies romaines, ses débris de bains et d'aqueduc, surtout les ruines du palais des Chambrettes, nous révèlent le haut ran^^ qu'elle occupait sous la domination des Romains, l^oligny fut Tune des cités sé(|uaaaues qui eurent le plus à souffrir des diverses invasions barbares : il ne resta rion de celle ville, et jusqu'au huitième siècle il n'est plus question d'elle. On la voit reprendre vie au temps de Qiarlemagne; elle se développe dans le cours du neuvionjo siède ; elle se range, dès le K^gne de Charles le Chauve, parmi les h)calit(^s impor — lanles du comté de Varasque, puis elle retoml)e dans la ruine, lors du pass;)ge dos Nonnands et des Hongrois. Poligny se releva lentement de ses désiistres et ne n*devint un peu considérable que vers la fin du douzième siècle ; mais, à IVpoque où celle ville appartenait au comte palatin Othon III, une population dtp nombreux' ^ conuien^it h se grouper sur son territoire.

Othon III avait regagné l'Allemagne, après avoir ré^^lé la question relative à la fl^vde de la Comté de Bourgogne : il ne devait pas revoir cette province. Six ans plus tard, le 19 juin 121&v- ce jeune prince rendait le donner soupir, au milieu i*iMNTibles souflhinces : il mourait victime d*un double crime commis à Taide du ier el du poison. On ignore la cause de ce meurtre; mais on s^ut que le princip:i! de rattentat s'appelait Hérold de Haa^s et qiio cet homme (''tait un dos clii'vaatlacliés à la suite d'Othon. L'infortuné prince n*avait pas trente ans lorsqu*!! lermiDa ses jours d'une manière si tra^cique. Othon ne laissait ikis de postmir. Après sa mort commença le règne d*une nouvelle dynastie, qui s*(*tahlit sans seoousst» el sans opposition au sein du pays : ce fut la dynastie de la branche cadotto iW Bourgogne. Les l>arons comtois oLiient depuis longtenips dégoûtés de la domination de b brandie ainée, dont l'origine étrangère les humiliait, et, Othon III expiré, ils aviieni reconnu pour comte palatin Hugues de Chalon, le mari d'Alix de Méranio.

L'avénemenj de Jji jDaisQa,dc- Chalon exerça s;ms doute une très-grande inHuoiuv sar les destinées de la Comté de Bourgogne, mais il ne marqua pas, comme on Ta dil i lort, la fin de la suzeraineté im|)ériale dans le |)ays. I^ suite de ce livre prouvera surabondamment le contraire, et, sans aller bien loin enchorchor un exemplts rbistoire nous montre Hugues de Chalon lui-même se reconnaissant le vass;d di^^ TEmpire : dans un traité à la date du mois de juillet Jâol, on voit ce prince el s:i femme Alix faire alliance avec le duc de liourgogne c contre toutt^ gens, s;uive la ffiautéi Temperour d'Alemaigne, qui doit estir uostre sire, > A un aveu si ex|>liriie 00 ne peut rien opposer.

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FnANCHE-COHTti ANCIENNE ET MODERNE.

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