CHAPITRE TROISIÈME
Hutnio de Chilon, comlB piluin de Bourgogne. — Jean deChilon rAaliqne ou leSife. — AfTnachiMemenl de Stliai; origine de uUe rille. — AffriDcbinenuab de Chinuia, d'Ortdet, de ?t- Teraej, d'Oroini et d'iutret lieux. — Fondation dm eonoMUiet. — Commeoceaimb de li boorgtoiiie. — Vae« de Je» de Chilon nr BeMntoa; lut deeMUvJlti; racoatrenent de m eeMnase.
— Cuenei entre Jean de Chtlon ei loii aii. — Beuntaa, Tille impériile. — Nomeam défrieWmentt dins les monttgnei du Jura. — Jean de Chdoo et t'Inqaiaition. -- Mort de Jeaa de Chaloa et de ion DU. — Lnieuil et Gny. — Alix de HJnnie, HngM* de Boorgognc et Philippe de S«Toi<,
— Guerre en ComU. — AITanehiiKmenia de DMe, Uc Sunt-Amoar, de Fineornei et d'Artaj. — Otfaoa IV, eomle palatin laon ur*etire. — L'emperenr BodetpheHeHapaboaif ;(M Ma HartMHa.
— Reeind de Bourgogne, comte de Honibiliird ; alTnBtbUatanni de celle TiUe. — £iai de li Coatlà au treiiième siècle.— AITraacbiuemeDUd'ArbaU, deNoxeroj, deBt«ttanni,deHoaUMinK, de Potîgaj, de LoDi-le-Siulnier, de Qningej, el d'aolrei loealilit. — Im Yifn* «lefllaanM. — Jean de Chsion, lire d'Arliy [". —ParU h«ncaia et parti impAn'il eri titMé. — Silge de Brun(Ofi. — Reconnaintnee dei liberlét de eeite villa par l'eaiparear Redolflw. — La> Briealiit H l' archevêque Eude* de Rougamoat. — Tniif d« Vtneennei. — CoandéniiM d« kvÉU taNM «HH toii.— Philippe le Bel, roi de France, M U baroa d'Arttj. — Hart fOtfci iV. — Iwiii <tl— ^ gogne et Philippe de France. — Le baron d'Ariay et tai BiaontiBi. — IMUtt M Miml ; fMM de leur indépendaDM. — Arrettation dea Templiera.— Jic4|aeadalfelij;M «mMIi; ■■Ml.
Hugues de Chalon avait à peu près trente-trois ans lors^n'U prit le iiln> it« eomui palatin de Bourgogne: c'était un seigneur né avec d'heureuses ((luTil^ privfet. mais (l'une intelligence secondaire, et il se laissa gouTérner plutôt qu'il ne gouvtftu. Son père, le célèbre Jean de Chalon, fut le véritable souvenln di pays. Arrèuxasnous un moment sur cet homme remarquable, dont le nom est eni^ore populatrv dans les montagnes du Jura. Jean de Chalon l'Antique, le premii^r d'une ncr illustre qui commença par un sage et fmit par un héros, est la plus grande renommée historique de ta Comté de Bourgogne au treizième siècle. Génie ii vues élevées, volonté énergique et persévérante, caractère martial et vigoureusement trempé, il joignait ù l'autorité morale qui donne le pouvoir, la pui-ssance matérielle qui le Ibrtifie : il possédait presque tout le midi de la Comté et de vastes domaines le long de b SaOne. Jean de Chalon ne méprisait pas les lettres, mais il les cultinit peu : son faste h lui, comme dit M. Kdoiiard Clerc, c'étaient les milices nombreuses de ses vassaux el la hauteur do ses forteresses ; et s'il ne brillait pas par les connaissances littéraires, il c:tccllait dans l'art de lier ensemble ses seigneuries, les Ibrtiflanl ainsi l'une par l'autre. Le fameux arrangement qu'il Ht avec le duc de Bourgogne fut, sous ce rap|)0rt, l'acte capital de sa vie : il échangea le comté d'Auxonne et les terres qui lui appartenaient le long de la Sadne, contre le Bourg-Dessns de Salins, avec les ch.1teanx, seigneuries et Befs en dépendants. L'autre hoarg de Salins était h son Aïs Hugues. U maison de Chalon se trouvait ainsi propriétaire de Salins, c'est-à-dire de la ville la plus riche en revenus qui existit dam ta Comté de Bourgogne. En faisant cet éciiange, Jean de Clialon se montrait ciICMlalear pro-
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fond : il voubit avoir ta baronnie de Salins» parce qu*il y voyait un moyen de coniiolider el d'éieudre sa puissance. Vivant à une époque où la terre seule donnait de b valeur à rhounne, il savait que le levier de la domination était aux mains de celui qai possédait le plus grand nombre de domaines et de vassaux, et, déjà nialtre des plus vastes ticfs, il se créait, par Facquisition des salines, une source de revenus iolarissahle où il pourrait sans cesse puiser pour s^altacher de nouveaux vassaux , pour acheter de nouveaux domaines. Riche et puissant, il voulait être plus riche et plus puissant encore. Bfais ce ne sont pas ces calculs d*aml)ition |)ersonnelle qui recommandent, aux yeux de la postérité, la mémoire de Jean de Chalon ; ce prince doit à des pensées plus hautes la glorieuse place <pril occu|)e dans riiistoire de son siècle : il fut le premier, après le comte Kaymond de Bourgogne, qui reprit la grande idée des aiïraDcbissenienls, et voilà son titre pruicipal à la reconnaissance t des Franc-Comtois. En ceci, Jean de Chalon n*agit pas, il est vrai, dans un but comiriétement désintéressé ; il savait que sa générosité tournerait au profit de sa puissance. Avec son intelligence su|>érieure il avait compris que la liberté, en a|>pelant les populations, en leur élargiss;inl la voie des progrès matériels, deviendrait une source de gain pour celui qui la donnait, et Jean <le Chalon lit ce qu'il croyait éCre son intérêt. Mais laissons de côté le vulgaire mobile auf|uel il obéit, i)our ne voir que le bien réalisé |)ar la politique féconde dont il prit Tinitiative : imitons nos pères ; comme eux, montrons-nous reconnaissants envers Thomme qui accéléra {Mir ion exemple Témancipation d«s communes comtoises.
Au mois de janvier lîML «Ica" de Chalon affranchit le Itourg-Dessus de Salins — ei lui octroya une charte nmnicipale, voulant par là, comme il le disait lui-même. Taire pros|)érer de plus en pliLs ses sujets. Déjà, en i:2:?9, il avait érige en commune ta ville d'Auxonne, qui alors lui appartenait, et en novembre lâ4() il avait Tait reconnaître, par un traité avec Amatiry de Joux, gardien et protecteur de Pontarlier, les franchises et privilèges dont jouiss«iit cette ville. La charte octroyée aux habitants du Boui^-Dessus leur conférait le droit d*élire quatre échevins, qui, de concert avec un prévdt à la nomination du seigneur, administreraient les afTairesel rendraient b justice. Ce fut là pour Salins le point de départ de sa grande prospérité.
L*é|K>que de la fondation de Salins nous est inconnue, mais Forigine de son nom, Halinum^ n*a pas besoin d*ètre expliquée : elle se lii'e, comme chacun Siiit, de> riclies sources d*eaux salées que cette ville possède. On ignore la date à laquelle se rapporte b découverte des salines ; toutefois il est certain <|ue les Romains les connurent et les exploitèrent : Strabon nous apprend que Teau de ces sources, convertie par révaporation en un sel plus blanc (|ue la neige, se transportait en It;ilio. Ce même Stral>on parle avec éloge des salaisons de porc <|u*on tirait de la Sé(|uaiiie, et qui s'expédiaient juscpf à Rome. Tn assez grand nombre de médailles antiques, des débris de colonnes, des statues, des tombe;uix, les restes d*une voie militaire et d'autres vestiges de Tépoque romaine, fout penser à juste titre «pie S;ilins e^t Fancien Pofis Ariarica, dont le nom se retrouve dans celui de Pont-iFIIéry, hameau 7^ tout proche de b ville actuelle ; du reste, la position du Salins de nos jours correspond à la position d*Ariarica, que Fauteur de Fltinéraire place entre Ori)e et Besan-
^on. Les étahlisscments Tondes par les Romains pour l'exploitation des salines fureo détruits durant les invasions barbares ; on croit que les Buf^ondes eu relevèren une partie, et c'est à eux que Ton attribue aussi la construction du château de Bra con, où la légende fait naître en 597 l'illustre saint Claude. Dans tous les cas, h château de Bracon existait déjà au commencement du sixième siècle : la fameuse charte du roi Sigismond de Bourgogne, signée au proGt de Tabbaye d'Agauue ei Valais, mentionne, entre autres dons importants faits à ce monastère, la salifie ei le château de Bracon, Cette charte est de 523 ou 524.
i>alins restai pendant quatre cents ans sous la dépendance des abbés d*Agauoe mais on voit qu'au temps du roi Sigismond on ne connaissait plus que l'une des trol salines : les deux autres ne furent retrouvées que vers le milieu du neuvième siècle A cette époque, la ville de Salins avait déjà de l'importance : elle était le chef-Bco d'un des cinq archidiaconés du diocèse de Besançon, et vers 862 elle renfermait quatre paroisses. L'invasion des Hongrois, en 937, porta un coup terrible à la forlune de l'antique Anariça; ces Barbares pillèrent et brûlèrent les manufactures, (|ui restèrent plusieurs années ensevelies sons les décombres. Le comte Albéric de Narbonne les releva ; son intelligence, stimulée par l'intérêt, rendit à ces établissements le mouvement et l'activité, et lorsqu'il mourut, les salines étaient en pleioo exploitation. Albéric, comme on l'a dit ailleurs, laissa deux fils qui se partagèreul la ville et les salines : llumbert eut le Bourg-Dessus, avec la grande saunerie ; Lét;dde eut le Bourg-Dessous, avec le puits à muire ou petite saunerie : la troisièiDe des sources salées demeura indivise entre les héritiers d' Albéric et leurs descendants. Chacun de ces bourgs était fortifié, et plusieurs châteaux, placés sur les hauteurs de Bracon, Belin, Saint-André, Poupet, a gardoicnt et ensembicment comnieudoient à toute la ville, » selon l'expression de Gollut. Salins ne fit que se déveio|>per avec les années qui suivirent : dans les commencements du onzième siècle, oii Y comptait déjà plusieurs monuments, entre autres la curieuse collégiale de Sabt- Anatoile. Les immenses constructions souterraines des salines datent de la mim. épo(iue. Au douzième siècle, cette ville était désignée par le mot i'oppidum, qui s\')ppliquait seulement aux places fortes, et au treizième siècle elle tenait, après Besanron, le premier rang parmi les villes de la Comté de Bourgogne. Avec Jean (le Chalon conniienca la grande ère commerciale de Salins: rafTranchissemeDt di Bourg-le-Sire appela dans ce centre de poi)ulation l'industrie et la richesse ; l'exploitation des salines se pratiqua sur ime plus vaste échelle; les foires et les marché s'y tinrent plus fréquemment. L'atelier monéuûre que Jean de Chalon établit Salins, les travaux considérables qu'il lit exécuter, rehaussèrent la fortune de I ville ; et, sous la direction intelligente de ce puissant seigneur, sous l'influence sai tout de la liberté, celte mère féconde de tous les progrès, la prospérité matériel I de Salins s'accrut rapidement. Dès lors. Salins devint, avec Besançon, le point cohj niercial le plus important de la Comté.
l'n nouveau pas dans la voie des affranchissements était fait : Jean de Chalon aval' rouvert le chemin ; d'autres vinrent qui l'élargirent, et le treizième siècle ne devail j)as se fermer sans (|ue trente nouvelles chartes d'affranchissement fusseut octroyées aux populations comtoises. Jean de Chalon en vit accorder plusieurs de son vivant:
KIUNCIIK- COMTÉ ALLICMANDt:. Jil
i*n lâ54 par exemple, son fils le comte {Rilatiii déclara les lial)it;ints critriians exempts et libres à perpétuité de toutes charges et servitudes; deux ans plus tani, «ni lâStf, Hugues d*Antigny, de la célèbre maison de Vienne, afTranchit Neuhlan^ ; en I J60, Simon de lu Marche afTrancbit Chaussin ; en la même année, TablM* de Faverney affranchit le bourg de ce nom ; en la même année encore, Tarchevéque de jtfsinron, Guillaume de la Tour S^ûnt-Quentin, affranchit Foucherans, Étalans , Falerans, Mont et la Clia|)elle ; et en 1â(><), Jean de Chalon-Rochefort, autre tils de Jean de Cbalon le S^ige, affranchit Orgelet. Les cinq localités auxquelles farchevêquc de Besançon accorda des lettres de franchises ne se recomntandeutà riiisioire «pie |iar la date de leur émanci|Kition. Neublans, aujourd'hui modeste village dfs , bonis du Doubs, était au treizième siècle un endroit remarquable : alors chef-lieu de fiefs, il avait château et doyenné rural. Il fut possédé par la maison de Neublans, liistoriquenient connue dès le règne de Frédéric-Harberousse. Chaussin, chef-lieu actuel du canton de ce nom, est un bourg de vieille origine : à répo(|ue de sou affranchissement, il possédait une forteresse entourée (Peau et capable d'une longin; résistance. Orgelet, déjà connu du temps des Romains, paraît avoir été plus qu'une ^ petite ville, m<iis une cité importante : petite ville ou grande rite, fut-elle détruite par les Sarrasins, ou par les Hongrois, ou par quelque accident |)hysi(pie, on ne sait; toujours est-il nu'OrpJii cessa pendant un tenqts d'exister, et l'on ne peut faire que des conjectures sur répo(|ue de s^i résurrection. Il faut ranger parmi les billes la tradition qui lui donne |)our fondateur au huitième siècle le célèbre ()gi<M' Ir Danois, l'un des preux de Ciiarlemagne : nue ressemt)lance de nom est tout ce qu'il y a de vrai dans cette tradition, que le crédule (^ollut a regardée comme authentique. Ix nouvel Orgelet ne date, historiquement parlant, que du dixième siècle ; nuis se^ progrès furent rapides : en Hdi), c'ét^nt une ville ayant murailk^ et chà — leau, et considérée comme une place importante |)armi touti*s celles qui appartenaient à la maison de Chalon. Qmul à lùivenuî}:, bourg dans le voisinage de Luxeuil, son origine et son histoire se rattachent à la création de sa célèbre abbaye, fondée «ers la fin du septième siècle. Sous le règne de Charlemagne, Faverney s'entoura de^ murs, dont une imrtie est encore aujourd*hui reconnaissable ; à la même é|)oque, son abbaye rivalis;ût en splendeur et renonnnée ava^ les plus illustres monastères •le la province. Mais de tout cet éclat il ne resUi (|u'un souvenir lorsqu'en 888 les Nonnands passî'rent |ku' là : ils n'y laissî'HMit ipie ruines et cendres, vi l'abbaye, longtemps déserte, ne fut rél;ddie qu'en 113:2, par Anst'iic, le premier des archevêipies de Besancon qui ait |)ris dans ses actes le litre de prince de V Empire, Depuis la restauration de Tabbaye jusrpi'au milieu du treizième siècle , Fàveniey nt* nppelle rien de mémorable, si ce n'est la conquête de ses franchises. Ornans, sur " la rivière de la Loue, existait probablement sous la domination romaine, car il était, au commencement du sixième siècle, im des \\v\\\ les |)lus im)>ortants du Varasque. Orpans appartint aux ducs de Bourgoîjnic et nistaen leur |>ossession jus<|u'en 1237, «^|)oquc à laquelle cette ville, dépendante de la baronnie de Salins, passa dans la maison de Clialon par suite de l'échange entre Jean de Chalon et le duc de Bourgogne Hugues IV. Le château d'Ornans, dressé à l'entrée d'une gorge étroite, sur un plateau que dominent de hautes montagnes, avait un aspect des plus imposants.
âi2 FRANCHE- COMTi: ANCIENNE ET MODERNE.
D*cpaisses murailles, flanquées de tours et de bastions, renvironnaient , et rapproche de ces fortifications était défendue |>ar un fossé très-large, taillé daDs le hN vif. Ce château servit de résidence aux comtes de Bourgogne. De cette forleressi jadis si puissante, il ne reste plus que quelques débris, dignes encore d*étre visités: sur remplacement où elle était assise, s*élëvent à présent une viugtaîDed maisons , habitées |)ar des familles de cultivateurs. Les habitants d'Omans obtin rent, avec leurs lettres de franchises, une charte municipale: le conile palatii Hugues de Chalon, tout eu les déclarant exempts et libres décharges et servitudes leur permit d'élire chaque année deux échevins, six jurés et cinq notables pou Tadministration des biens de la commune.
L'histoire de Taffranchissement des autres villes et bourgades comtoises aura soi tour; mais, il faut le dire, l'octroi d'une charte fut bien peu souvent une œuvr de philanthropie : les seigneurs n'accordaient pas gratuitement à leurs vassaux le droits qui les transformaient en citoyens , ils ne les leur cédaient qu'à prix d'ar gent. Et c'était de leur part un moyen habile, en ce sens qu'ils vendaient ce qu la force des choses les eût bientôt contraints de donner. Depuis rétablissement di régime féodal, la liberté, cette (ille immortelle de Dieu, n'avait cessé de veiller dam Tame des opprimés : les classes inférieures , obligées de courber le flront devaol l'insolente tyrannie des grands, ne s'étaient jamais résignées à leur sort; elles k 8id)is$aient, mais ne l'acceptaient pas , et elles travaillaient silencieusement, sootcrrainemeut, sans relâche, a briser les liens de la servitude. Dans les campagnes, il est vrai, le progrès fut lent, presque insensible : les serfs , éparpillés, isolés» privés d'armes, dépourvus en un mot de tous les moyens d'inOuence et d'action» se U'ouvaient à la merci de leurs despotes subalternes, et, ne [louvant chercher ihk lin à leurs maux dans ce droit de la résistance par la force qu'ils voyaient continuellement exercé autour d'eux, ils dévoraient leurs humiliations et leurs souffrances, sans renoncer à l'espoir de se redresser un jour contre leurs oppresseurs Au sein des villes et des bourgs il n'en fut j)as longtemps ainsi : à mesure que ce localités prirent de l'extension, et que la population y devint plus forte, la tyrannii féodale s'exerça moins facilement; là, les serfs groupés sur un même pdint, vivan journellement en contact et enhardis par leur nombre, songèrent bientôt à sortir d leur position préciûre, c'est-à-dire à s'affranchir du joug d'impitoyables et cupide biirons qui les menaçaient sans cesse dans leur sûreté individuelle et les accablaien de mille vexations financières ; car l'avidité des seigneurs, dit H. Martin, « avai tout frappé d'impôts, les meubles et les immeubles, les denrées et les marchandises la terre et l'eau : ce n'étaient que péages aux poiles, sur les ponts, au passage d*u quartier dans un autre, quand la ville avait plusieui's seigneurs ; ce n'étaient qu droits de toutes sortes sur les ventes et mutations, droits sur les récoltes et profits On ne i)Ouvait adopter telle ou telle profession, ni bâtir ou relever une maison, i faire eu quelque sorte aucun acte de la vie civile, sans payer un droit au seigneur on ne pouvait moudre son blé qu'aux moulins du seigneur, cuire son paiu qu'a four banal ; on était enchaîné à son logis comme le serf à sa glèbe ; on devait paye le cens pour la maison ou le terrain qu'on occupait, et la taille pour sa personne ( celle de sa femme et de ses enfants. Toute la fiscalité impériale était ressuscitée a
m ANCHE - COMTÉ ALLEMANDE. SSS
pnÊi des seigMors fifiodtux ! > A cette série de tyrannies financières, il but ajouter tes eonrées, les prises el amendes arbitraires, les exactions ou plutôt les briganbft$: k seigiieiir enlevait de force dans les maisons les choses i sa convenance, M biei il contraignait ses sujets à lui donner i crédit des marchandises et des I àait» qu1l ne payait jamais ; il mettait en réquisition chevaux et charrettes, et, Hmi il bisait son entrée dans la ville ou dans la bourgade, il avait son droit et dmÊtiekée, qui lui permettait de prendre aux serfs, pour son usage et celui de m suite, les meubles, la literie, les fourrages. Non, les populations urbaines n'avaient fmâs eottrbé passivement la tête sous ce régime d*iniquité ! Lorsque, dans le courut da onzième siède, le faste de la chevalerie et les besoins du luxe eurent accru, ifee Faisance, le nombre des artisans et des marchands, et que les progrès du comwrte eurent créé des fortunes mobilières faciles à défendre, les serfs ne se contenlèreK phts d*avoir leur existence matérielle assurée, ils voulurent être maîtres dans km (iemenres, jouir des fhnts de leur industrie, avoir le droit d'augmenter leur fmçnHé et de la transmettre à leurs enfants ; ils voulurent, en un mot, travailler H fomnercer pour leur propre compte. Mais ils comprirent qu'ils n'arriveraient à prtNéfer leurs personnes et leurs biens qu'en s'appuyant les uns sur les autres, <!*» se promettant mutuellement secours : unis par la communauté du scn-age, ik devaient s'unir pour briser la chaîne qui les attachait et pour chercher dans la MBunauté des efforts les garanties dont ils avaient besoin. Alors les diverses pnfenioDS formèrent entre elles des associations où les devoirs furent réciproques, et qui assuraient la défense de chaque membre contre le seigneur. C'était un pn*- Mr pas dans la voie du progrès : ce germe d'émancipation porta bientAt des fruits. Les barons, jaloux des richesses de leurs sujets, voulurent les en dépouiller ^^Me par le passé; mais les sujets résistèrent, et, se trouvant cent contre un, ils 'vtiitBt, soft par l'énergie de leur attitude, soit par des émeutes, soit par la lutte ^'vv^Tte, Us fi^rcèrent les seigneurs à faire l'abandon d'une partie de leurs droits d«* P'^Bpriétanre. Sans doute la résistance ne fût pas partout couronnt^ de succès ; sans ^^^^n^t, ceux des seigneurs qui se virent contraints de respecter la liberté matérielle ^ tfïïn sujets ne manquèrent pas d'exercer leur tyrannie sous une auu« forme ; "^^1 llmpulsion était donnée, et elle ne devait plus s'arrêter. Diverses circonstances ^"^vtnt servir la cause de l'émancipation populaire : les croisades particulièrement t bire un grand pas à la question, car elles déterminèrent une foule d'immu-; au profit des classes vassales. Les barons qui prenaient la croix (tarent oblipour subvenir aux (Irais énormes que nécessitait leur départ, de vendre on ^^mgager une partie de leurs terres et de leurs droits féodaux, ou bien ils or- ^"^^èrent i prix d'argent des franchises aux villes de leurs domaines. Ces conces- *^^^«is augmentèrent le nombre des hommes libres ; et, pendant que les seigneurs '^^^itikhattaient en terre sainte, les villes, favorisées par leur absenc*e, s'accroissaient force et en richesse. Avec la force et la richesse se développait aussi l'intellipoHtique. Les populations urbaines comprirent que les ftranchises qu'on leur ^^^t accordées dans un moment de nécessité pécuniaire ne suffiraient pas pour les l>rtné|ei efficacement ; elles sentirent qu'eiies n'auraient de garanties solides contre ^ dfspotisnie seigneurial qu'en se donnant une organisation permanente réunissant
SOUS des magislrats électifs les habitants de la inëine localité, et tous les eiïoH<i furent dès lors dirigés vers ce but : pour Tatteindre, on mit en commun les bras el les âmes, on promit de n'épargner ni veilles, ni biens, ni sang ; on jura c sur l(« choses saintes de se donner les uns aux autres foi, force et aide. > Alors les l)Ourgeois se choisirent, sous le nom de maires et ô^échevins, des magistrats chaînés d'administrer les affaires et les revenus de la cité, et la Commune fut établie. Mais il fallait la défendre : la lutte dura longtemps. Les barons, irrités déjà des concessions qu*on leur avait arrachées ou qu'ils avaient faites, exaspérés d'autre part de voir grandir chaque jour chez les bourgeois l'esprit de résistance, les barons se montraient animés d'un profond sentiment de haine contre la commune^ dont le nom seul les enflammait de colère. Cette haine s'expliquait : la commune voulait substituer un régime d'ordre et de garanties au régime d'anarchie et d'arbitraire des seigneurs ; la commune portait ainsi h leur puissance un coup terrible, et en même temps elle créait, au-dessous de la classe aristocratique, une classe d'hommes libres aver laquelle il faudrait dorénavant compter. L'instinct des deux partis ne s'y trompait pas : la commune contenait en genne la ruine du pouvoir féodal. Ce fut donc entre les barons et les plébéiens une lutte ardente et passionnée : les premiers mirent tout en œuvre, violences, surprises, redoublement d'oppression, pour ramener k l'étal de serfs ceux qu'ils considéraient comme leurs sujets ; les seconds n'épargnèrent rien, sacrifices, audace, persévérance, pour maintenir ce qu'ils avaient conquis et ce qu'ils avaient fondé, et pour arriver à se donner une constitution municipale. Dans cette lutte, aussi longue que douloureuse, et dont les résultats se diversifièrent à l'infini, le courage et le dévouement ne faillirent pas aux plébéiens: sîleurs efforts ne furent pas partout heureux, ils ne furent nulle part complètement perdus ; car les villes et les bourgades les moins favorisées finirent t')ujours par obtenir, à défaut d'une constitution communale ou de droits politiques, quelques garanties, quelques franchises partielles, quelques règlements relatifs ioit à la vie civile, soit aux libertés de l'mdustrie ou à la sécurité des biens et des personnes ; et puis la Démocratie avait l'avenir pour elle. La fondation des communes fut, dans la Franche-Comté du douzième siècle, le grand travail des populations urbaines : parmi les villes qui eurent dès cette époque leur régime municipal, on trouve Vesoul, Pontarlier et liesançon. Il n'est pas douteux que plusieurs autres localités obtinrent aussi des droits de commune ; mais l'absence des documents historiques ne permet de rappeler ni le nom de ces localités, ni la date de leur affranchissement : au surplus, il ne faut pas oublier que beaucoup d'entre elles jouissaieut de leur émancipation sans en [)osséder le titre.
Tne nouvelle classe d'honanes, c'est-à-dire la bourgeoisif, entrait donc à son^ tour sur la scène politique : ojle n'en devait plus descendre; loin de là» elle était ap|>elée à l'occuper tm jour tout entière. Mais, dès la seconde moitié du treizièiue siècle*, la bourgeoisie comtoise se trouvait assez puissante pour exiger son titre d'affranchissement, et, comme nous l'avons dit, il y eut liabilcté, de la part des seigneurs, à vendre ce qu'ils auraient été forcés de donner.
De toutes les villes de h Comté de Itourgogne, Besancon était celle où la conquête dos lil>ert('*s publupies se poursuivait à travers le plus d'agitations et de trouldes.
FRANCHK - (X)MTË ALLEMANDE. ^n
llepuis TnlMililion de sa (roiiiniime en 1Â2.*>, Besancon n*.ivait jamais joui d'une trani|iiilliti!' iiarfaite : on croyait avoir éleint le volean, on ne l*avait que eoni|ii-inié. l>e longues auuées se imssiTeut, il est vrai, sans (|u*il fil explosion : les laissions seuibkiieut se concentrer au fond des âmes, afin d*éclaler avi^c plns^Je violence lors4|uele uiouieDl en serait venu. La mort de rem|»erour Frédéric 11, arrivée le 13 Si*|)t(inbre liSO, fut le précurseur de Tora^^e : ce prince avait institué pour son princi|»;d liéritkrrson tilsaiué (kinrad, roi d4*s Koniaiiis; mais FriMléric était mort, connue jadis reutpereurjlenri IV, en hutte "ïiux haines du siûnt-siége, et Tiniplacahle pape limoeenl IV, coutiuuant de pouisuivre FrtNléric dans la personne des siens, excoumumia Conrail, promit les indulgences à (piiconque s*armerait conire lui, puis e\h(»rta N s liilèles à |)orter assistance au comte <>uillauuie de Hollande, (pfil avait fait proclauMM' eoipereur [tar i|ueh|ues princes allemands, (luillaume de llullande, ohligé de si* cberclier des soutiens pour disputer lempire au (ils de Frédéric II, vint en !£>! à Salins solliciter Fappui de Je^in de Chalon, (|iii consemit, movcnnant une soumie «le ilK mille marcs d'argent, à IVider contre son rival. Jeau de (Jiahm savait hicn ipic le prix auquel il mettait ses services ne pouvait être inuuédialcment accpiitlé i^ir (■uillaiiuie, presse* lui-même de hesoins pécuniaires urgents ; mais ce monarque lui abandonna, |Kiur Texécution de s<mi en};a;çement, les droits et revenus «le rKuqiire sur la ville de liesançon, jiisqu*à Texlinction de cette dette. Celait là justement ce que désirait ramhitieux Jean de Clialtm; car il ne lui sunis<'iit pas délre le véritable souvemin de la (lomté, il aspirait, connue dit M. (llcrc, à relever dan> la ville de Uesanvon fautorité des comtes de HoiM'^^ogue, anéantie de|)uis <leux siècles, et il voyait, au fond des droiLs (|ne lui ahandonnait Guillaume, ime sorte de vicariat iTEujpire, uu titre souverain, su)>érieiu' ii celui de rarchevé(|ue de cette ville, c II obtint en même temps le droit de battre monnaie à Salins, droit (|ue rarcli(!vé(|ue poss«^iait exclusivement dans tout son diocèse. Fort de ces {triTogatives, il établit â Salins un atelier monétaire et se ménagea des iiitolIigeiu*es avec la \ille de Hes.'ineon. I*rince lielliqueux, il était Thounne des nobles de la cité; antoiu' des francliis(*s de Salins et d*Au\onue, il plais;iit davania^^t* encore aux citoyens. » Jeau de ilhalon vint aussitôt prendre poss<*s<ion de llesaneon, et son premioi' acte fut d'ériger un MHiveau tribunal en face de la rêijnlie ou cour supréim; de Tarchevéque. Le jnélat qui (M*cupait alois le siège éjûscopal était (•nillaume II de la Tour S;unt-(juentin, biMunie d(HU le caractère indécis et llottant encourageait les ram*unes et les impatiences de la cité. La conduite et Tappui de Jean de ilhalon déterminèrent Texjilosion : eu iâol, les bourgeois preniH*nt b's armes, enfoncent le; portes de la catliedrale, insultent le prélat el ses ecclésiastiques, et se livrent à d*anlres \iolences. hès lors, le mouvement populaire ne s*arréta pins. lK>n\ années se laissent au milieu de querelles qui n*ont Tair de s'assoiqnr un moment (jue pour se réveiller avec pins d'intensité. Ku 1âa3, rarchevéipu^ vent bâtir hors des miu-s de la ville, snr un terrain ap|tartenant à son siège et à TFjnpire, une tortere>se où // puisst' ait besoin éfrmir une nuit tranquille; mais les bisontins inijuictcnt la marche des travaux, et la forten^sse |M*ut à |x*ine s'achever, malgré Tordre de renqiereur. Pendant les années 1254 et 12.^, des troubles stVienx se renoii\elletit fréqueunnent, on plutôt ir ue sont plus des quenelles cjui tour à tonr >\'>teignent et se rallnineiii : la snliilnn
3i6 FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
est permanente. On décline, on attaque ouverleuient la juridiction du prélal; on insulte les juges sur leurs sièges. Et ce n*est pas assez d'opposer tribunaux à tribunaux, on élève forteresses contre forteresses : les chefs du mouvement populaire dressent des châteaux jusque dans Tenceinte de la ville, jusque sur les terres de Tarchevéque; celui-ci, de son côté, construit des maisons fortes à Mandeure et h Étalans, il ajoute une tour à son château de Gy, répare sou palais archiépiscopal et se cherche des appuis au deliors.
I^ deux partis en étaient là, lorsque la Comté de Bourgogne vit se rallumer une guerre cruelle et sacrilège dont il est nécessaire de rappeler ici l'origine. Dès la Gn de 1253, de funestes mésintelligences avaient éclaté entre le comte palatin Hugues^ et Jean de Chalon son |)ère : la cause de ces dissensions domestiques était née des préférences que Jean de Chalon semblait marquer pour les fils qu'il avait eus de son mariage avec Isabelle de Courtenay, sa seconde femme, et belle-mère par conséquent du comte palatin. Jean de iihalon négociait alors l'acquisition des droits de Frédéric, burgrave de Nuremberg, h qui l'empereur Guillaume avait cédé la Comté de Bourgogne, et il traitait en même temps du mariage de Jean, Fainé de ses flb du second lit, avec Alix, fille du burgrave. C'est Ih ce qui avait irrité le comte palatin. S'annat-il le premier contre son père, ou le père prit-il l'offensive; on ne peut le dire, mais il n'est pas moins vrai que des hostilités furieuses éclatèrent entre eux. I..fs détails de cette guerre impie sont inconnus ; on sait seulement qu'au mois de juillet iioi Hugues se soumit à faire haut et bas la volonté de son père. Cette soumission toutefois ne fut pas de longue durée : en juin 13«^, Jean de Chalon ayant acbeté pour ses enfants du second lit les prétentions du burgrave de Nuremberg sur la Cooiti'* de Bourgogne, Hugues reprit les armes; il avait senti le coup fatal que portait à son autorité cet achat des droits du burgrave au profit de ses frères consanguins, eC il no voulait pas se voir ainsi sacrifié. La guerre se ralluma donc. Il fallut rinlenrention du grand roi saint Louis pour arrêter le cours de ces hostilités déshonorantes : ce monarque, fini se plaimt à apaiser les estrangiers, envoya dans la Comté des ;(ens de son conseil, et, dit l'historien Jninville, c par son pourchas fut faite la paix <M)tre le jM^re et le fils. » De son côté le burgrave de Nuremberg, c pour mettre lin à de très-grands périls et à des haines capitales, > rompit en mai 1286 le traité qu'il avait fait avec Jean de Chalon, et céda ses droits au comte palatin. I^ calme rentra ainsi dans la province, mais non dans TAme de Jean de Chalon. Ce seigneur cor* sorva de longs remords Si la suite de la réconciliation avex; son flis ; il comprenait lro|) tard la faute qu*il avait commise en provoquant cette honteuse guerre de famille, et, dit M. Clerc, il venait de donner à ses enfants un exemple fatal qui ne devait Are (|ue trop bien suivi.
\)v\\ froiss4^ dans ses affections intérieures, le comte Jean Ait atteint, d'un auln» côté, dans un de ses plus rhers intérêts politiques : il vit lui échapiierules mains 1i* vicariat d*Kmpire qu'il avait cru se cn'^r à Besançon. L'em|)ereiir Guillaume, appelé h se prononcer sur la <|ueslion, déclara solennellement qu'en altandonnant au comte Jean les droits et revenus de l'Empire sur la ville de Besancon, il n'avait pas enlemln |)orter la moindre atteinte aux prérogatives des archevêques. Déçu, frustré dans ses es|HTances, Jean de Chalon se vengea sur Guillaimie de la Tour : il attisa les haines «
rUANCIItL-COVUK Al.LKMANhK. d:27
aiiila* cti prélat, encouragea le luoiivoineiit impiilaiie et |Moiiiii son coiicoiu^ aux Bisoiitins. Ceux-ci, forts (le ce redoutal>le appui, réLiMireul ou 1257 leurcounnuuc. Alors ragilaliou (les esprits Tut à sou couible; uue lulle deveuait inévitable, (^uil* laiiiue (le la Tour sentit le |M;ril «le la silualiou : il siivait <|uc sos advei'saires os4'raient tout contre son autoritt's il savait (pfils élaienl puissiuinn^nt soutenus, et, ne %o>ant lie ressources (pie dans les luovens extrêmes, il jeta eu I2.*>8 rinlurdil sur la ville. Vu soiilèvonient général Tut la n^pouse à eette sentence : au printemps «le Tannée i£K^ Jean «le Clialou, aidé de son lils le comte [Kilalin et d*un graml nombre lie gentilslioiunics de la province, ainsi (pie des citoyens de Iicsaiiçon, marcha sur le ciiàieau de (■>'. 1.4^ rouféd('*résem|>orlèreiit «l'assaut cette forleiwsse et ladtMUolin»nl en entier, après s'être emparés du hutm ««uisidérable «pfelle renCermait; ils ruvaliireot d'antres terani appartenant au prélat et à son chapitre, ils promenèrent |tirtont la dévastation. Nul arclievê(pie de I{esan<;on n'avait encore été Tobjet d'attaques si violentes. Menacé p^n* tant d'ennemis à la fois, (•uillaume de la Tour s(* sentit vaincu : il écrivit an ppe Alexamlre IV qu'il ne pouvait plus rester sur son siège, qv'il voyait sa ville épiscopale et une grande partie «le la noblesse comtoise ouver- Ittuent soulevées contre lui, (pie ses terres étaient ravagées par le fer et la tlamme, SCS vassaux pillés, ses pn^tres an'(>tés et maltraités, et <pie l'on voulait mettre entii*reaient sous le joug la ville qui ap|)artenait au domaine temporel de ran'hevêipie. Le pape Alexandre intenint en mena(;anl de l'anathème les confinlérés, s'ils ne se Utaient de remettre l'éjiée dans le fourreau et de ré|>arer les d«»mmages faits au |irélaL Mais ce fut encore au roi s^ûut Louis que revint |irinci[)alement la gloire de podlier les esprits : \mr l'intennédiaire «le l'abbé de Citeaux, il lit consentir Jean <le^ ChaloOy rauteiir du vaste mouvement organisé contre r.ircbevéqiiv, à <lé|K)ser les amies «I35tl). La conféd('*ration, privée ik son dwi\ se dissijKi, et le calme reparut ^ à Besançon. Cette ville, du reste, n'avait plus besoin de «'onlinner la lutte, rn ce sens que le but de ses longs et tumultueux etTorts ét;ii( atteint : pour la pivinicn^ fois, rarcbeviH|ue reconnut ofliciellemcnt la commune, qui eut dès lors ses |[((m\erneurs et son sceau public, arma et traita «^n son propre nom, veilla sur son commerce el choisit librement son //ffrr//>u ou protecteur. Olui-ci s'engageait à défendre envers cl contre tous la cite et ses rranchist>s, comme on le \oit dans un traité l'ail en \^C\l avec Hugues IV, duc de Bourgogne, à «lui la commune avait oITert la ^.inliennctc IKNir quinze ans : « Nos, IIu(;i:ks, etc., façons stjavoir que nos axons prins en DOStre garde et en nostre coiuluict la cité de Besan<;ou, la franchise et t<is les citains d'icelle, les grans et les |)etits, les povres «^t les riches, los «Mist^mble et chacun |»or soy, lor et lor choses, dedans la cité et au dehors.... Va les devons ;;iKinler et salver loyalement et en bonne foy, et sûmes tenu/ de faire addressier les lor/ fai/, ou que foD lor feroit.... Ces choses avons promis tenir, salve la raison et la droiclure «le fEiupire, et par notre serement donné sur s.'iincles Kvangiles. •« <^ii;itre ans auparavant, la ville de iiesaiM;on, traitant avec lîiehard «le Cornou.'iilies, l'un «les conciu'rents à l'empire, avait reiju de lui Tassurance qu'il la dis|)ensait «le reconiiaitie à l'avenir les vicaires impériaux, et cju'il s'engageait à ne l'aliéniM' jamais. Ce fut ainsi que BesjiK'on devint vite impciiale.
Tandis qu'au sein des villes comtoises on s'agitait {lonr la conquête des libortL'^
!«« FTiANCHE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
piil)liques, les inont.ignes du Jura continuaient à se |)eupler. L'exemple donné \m Simon de Crépy et d'autres religieux avait trouvé des imitateurs, et le douzième siècle avait vu s'oporer de nouveaux défrichements dans les solitudes incultes «le l'ancien Varasque. Avec les défrichements, c'étaient la vie et l'industrie qui commonraiont à naître en ces déserts jusqu'alors inhabités ; car, à mesure que les vieilles forets tombaient sous la hache, des centres de population se formaient sur le sol conquis par le travail. Plusieurs villages des montagnes du Jura datent de cette époque, c'est-à-dire des douzième et treizième siècles : ainsi, l'on voit apparaître et se développer, dans la terre de Saint-Claude, les villages de Septmoncel, Longcliaumois, Saint-Lupicin, et les hameaux du Grandvaux. Septmoncel, aujourd'hui l'une des plus fortes communes de l'arrondissement de Saint-Claude, est devenu le centi'e d'une contrée industrieuse où l'on travaille avec art les pierres fines et fausses, et oii l'on fabrique des fromages dignes de rivaliser avec les meilleurs fromages de lYance ; Longchaumois est actuellement peuplé de deux mille habitants répartis en trente hame^iux ayant presque tous leur fromagerie ; Saint-Lupicin, quoique hâti sur un sol rocailleux et peu profond, se fait à présent remarquer par une ferlilitt* précoce dont il est redevable aux soins intelligents de sa laborieuse population ; quant aux nombreux hameaux qui composent de nos jours le pays du Grandvaux, ils ne méritent plus depuis longtemps l'humiliant reproche qu'on leur appliquait autrefois en forme de proverbe : « Ih, disait-on, les chevaux sont lents, les chiens trèsméchants et les hommes esclaves. » Aujourd'hui, les hommes du Grandvaux c sont plus libres et plus fiers de leur liberté qu'en aucun lieu que ce soit ; leurs chevaux sont incontestablement choisis dans la belle et forte espèce, et sont, comme le bétail, dans le meilleur état possible ; les chiens, employés pour la plupart au souflUet du forgeron cloutier, sont utiles et industrieux '. >
De son côté, le haut Jura commençait aussi h se peupler, k revêtir une autre physionomie : sur les monts de Joux, à l'entrée de la Suisse, on distinguait depuis longtemps déjà l'antique Jougne, la Junia de César s'il faut en croire les chroniques, et destinée à devenir ville impériale ; dans la vieille seigneurie de la Rivière, occupant une partie de la vaste plaine connue sous le nom de Chaux-d'Ariier, on remarquait aussi Bonnevaux, Bouverans, Dompierre, Frâne, localités dont plusieurs documents historiques parient dès le onzième siècle, et sur lesquelles le moderne historien de Pontarlier, M. Bourgon, a donné des détails pleins du plus vif intérêt. Mais, |)endant le treizième siècle, de nouveaux villages s'élèvent sur d'antres points de cette partie des montagnes : dans la seigneurie de Joux, qui s'étendait du Mont« rond au mont de la Grand'Combe, c'est l'agreste village des Fourgs, ainsi nommé h cause des fours établis pour la poix des sapins ; au val d'Uzie, c'est d'abord Sombacour, puis Goux, Bians, Eglise, qui viennent successivement se grouper au pied du vieux manoir d'Uzie, et qui figurent aujourd'hui parmi les jolies communes du canton de Levier; au val du Saugeois, apparaissent presque en même temps Hanterive et Montflovin : le premier de ces villages, réuni phis tard au hameau de la Presse, est maintenant une des communes import«mtes du canton de Montbenolt. Un prince à
< U. Pror, Staliëtique yénérale du Jura, {uiges 9i9-Sâ0.
KnANCfr>:-(uiMTii allkmamik. -jm
i|iii 1.1 Comlcde noiir^ço^ic devait déjà do l.i rcconn^iissiiiur pour riieureiisi* iiiitiarivc i|a*il avait prise au profit des liliortés pul)li(|iics, Jean de Chalon, ne resUi pas non plos étranger h celte grande question des défriclieinents : aux environs de Pont;irlier, il fit déboiser diverses pnrties de sa seigneurie de la Rivière; au val d<^ Miépfo H dans les llautes-Joux, il lit abattre les foréls qui couvniient un sol jusqu'alors iniproductir; et les terrains, encore inliatdtés, qui s*étendaient depuis la (Ihnux-Neuve el Cliàtel-Blanc jusqu'à Métabicf, furent également, |>:ir ses onlres, |>euplés et défrichés. Le Jura, n*ndu de jour en jour plus accessible |).ir les con(|uéies de riiomnie sar la nature, voyait ainsi les populations envabir insensiblement ses antiques solilufies.
1^ part que prit Jean de (^balon à Tœuvre patriotique des défricbenients atléniu; le regret que l'on éprouve d'avoir vu ce prince prêter son conconis au triompbe d*anc institution à jamais tombée sous les anatbèmes de Tbistoire et de la philosophie : c est nommer l'inquisition. En lâ67, Jean de Cbalon reçut du pa|)e Clément IV un i Itref par lequel le siûiit-pcre le remerciait d'avoir accu(îlli av(*c bienveillance, dans la Cooilé de Bourgogne, des dominicains chargés d*\ remplir les fonctions d'inquisitears. Il faut croire, |K)ur l'honneur de Jean de Cludon, pour l'honneur de cet homme que l'histoire a surnommé le Sage à cause de ses grandes qualitt'n;, il faut croire qu'il ne connaissait pas l'esprit de cette institution maudite : s'il eût su que finquisition était cette chose sinistre, sacrilège, monstnieuse, penertissant, profanant, dénaturant tout; prostituant la plus [dûlanlhropiqiie des religions au service des plus détestables intérêts ; étouffant au cœur d(î Thonnue ses plus généreux instincts et faisant violence à ses sentiments les plus inviolables ; abrutiss;mt les âmes par la l<*rn*ur et tuant les corps par la torluiv; anoblissant le parjure et sanctifiant la déla- Iïod; chercliant i^artout des coupables alin crintimidor sans cesse, et forçant jusqu'aux innocents à se déclarer criminels alin do sVnricbir ûv leurs dépouilles ; couvrant de bûchers les |»ays où elle ))énétrail et faisant brûler sur une pantle, sur un sovpron, des milliers d'honnêtes créatures ; t^t tout <'ela pour arriver à la |)oss<Nsiou de ces deux leviers : Kichesse et Domination ; oh ! disons-le encore une fois, si jamais Jean de Chalon le Sage se fût douté que rin(|uisition nVtait rien moins (|u*un grand attentat à la majesté de Dieu et à la conscience de rhumanitê, il eût répons»' lin piofl avec horreur les suppôts lîc cette doctrine invenln» en enfer.
Jean de Chalon ne survécut (pie de quel(|ues n)(»is à Tarrivi^' des inquisitem*s en flonilé : il mounit vers la lin de 12G7, dans im agi» très-avancé. Les derniers moments de ce prince avaient été pleins de tristesse : \}0\v dVnfants « pres<pie tous hautains, siqMTlus et remuants, » selon Texpression de <)ollut, et qui, nés de diverses raercs, se considéraient avec jalousie, il les voyait prêts à s'entre-dêcbirer qnand il ne s<?rait plus là. Leur animositê, du reste, n^ivait pas attendu s;i mort pour éclater : déjà des (pien'lles s'étaient êle\n»s entre eux à roccasion des dilfêrents partages qu'il leur avait faits de ses domaines, et tout restait encore à régler sur ce |ioinl. Jean de Chalon sentait donc qu*il laissait bien des troid)les après lui : voilà ce qui causait le toiinnent de ses «lemières heures. Hugues, le cr)mte palatin de IV)urgogne, lie vit |ias le dires ilc son père ; ce prince n'existail jilus depuis le mois «l'octobre l:2<M>. Iji lin de sou ri'gnc s'était passive en querelli's :ivec le eomte Thibaut V de Chaui-
îi:Mi rHANOlIK-COMTK ANCIENNE ET MODEKNE.
IKigiie, au sujet de Tabbaye de Luxeuil. Hugues prétendait a tort que la garde de ce uioDastère avait appartenu de tout temps aux comtes de Bourgogne, et il voulut la contester au conate Thibaut, entre les mains de qui les religieux de Luxeuil favaient remise. Il prit donc les armes pour revendiquer ce qu*il disait être son <lroit ; mais la lutte ne se tenuina pas à son avantage. Après des hostilités longues et sanglantes, Hugues finit par éprouver sous les murs de Gray un échec capital qui le força iW renoncer h ses prétentions sur la garde de l'abbaye, et quelques mois phis tanl ce prince mourut dans la force de Tdge.
Luxeuil et (;ray étaienl dès cette éi)oque deux villes remarquables. La première, dont les savants font dériver le nom des mots Lug-swi, eau chaude, ou Umc-choul, eau du soleil, à cause des eaux thermales qu'elle possède, fut connue des dniîdes et même des Celtes; mais, dans tous les cas, elle est à juste titre signalée comme l'une des plus vieilles cités de la Séquanie, et l'on ne peut douter qu'elle n'ait joui d'une haute importance sous la domination romaine : c'est ce que prouvent d'une manière surabondante la quantité de monuments qu'on y a découverts et qu'on y découvre encore, les ruines d'un a(pieduc, la voie militaire qui passait près de cette ville, el surlout la fameuse inscription trouvée le 25 juillet 1765 dans les ruines des anciens thermes ; cette inscription ■ , gravée sur un marbre noir, rappelle que Jules César envoya son lieutenant Labiénus à Luxeuil pour en réparer les bâtiments des bains. Avec les invasions barbares commencèrent les malheurs de l'antique Louccboul : de âlK) à 350 ce sont les Alamans, en 407 ce sont les Vandales de Croch, en 451 ce sont les Huns d'Attila, qui tour à tour pillent, dévastent et brûlent cette ville; el loi*s(|u'en 590 saint Colomban vint y fonder son monastère, il n'y trouva qu'un désert habite», selon le moine Jonas, par des ours, des budles et d'autres IhHcs sauvages. A la voix de Tillustre anachorète, ce désert s'anima : une foule d'hommes acTourus de toutes les parties de la Ganio autour du saint |)ersonnagc élevèrent, avec les ruines |>aïennes de Luxeuil, des tem|)les au Dieu des chrétiens, et bientât k nombre des disciples devint si considérable, que les vastes bâtiments de l'alibaye ne suffirent plus à les contenir. Le temps qui s'écoula depuis la retraite de saint Colomban jusqu'en 7â5 fut pour Luxeuil une époque de splendeur et de célébrilé : le monastiTC comprenait alors la ville presque entière ; les étrangers s'y rendaient de toutes parts, attirés par la renonnnée du lieu, et l'Irlande, rÉcosse» PAUetuagne, ritiUie, la Gaule envoyaient leui*s jeunes gens étudier à cette abbaye, qui avait collège, université, séminaire, et comptait pour professeurs les hommes les plus éminents. Mais, lors^pie les Arabes se furent abattus sur la Comté de Bourgogne en 7i5, un silence de quinze ans remplaça le bruit (|ue Luxeuil faisiiit depuis un siècle dans rhistoire; les farouches enranis de Mahomet, en s'éloignant de cette ville, n'avaient laissé derrière eux qu'une vastt^ ruine : monastère, population, richesse, gloire, splendeur, tout s'était abiiné dans le sang et la flamme. Grâce à la uumificen(*e de Charlemagne, Luxeuil et son abbaye se relevèrent, et déjà ils comuK'UCaient â revenir aux jours florissants du p;issé, quand une nouvelle cat^istrophe les replongea dans le néant. I^*s Normands firent en 888 ce que les Arak's avaient fait eu 725 : a|»rès
1 Nou< l'flvont rapportée, page 58 de ret ouvrage.
FRANCHE - COMTÉ ALLEMAMiC. SSt
aroir massacre religieux et habitants, ils bnilèrent la ville et le monastère. Dès lors Lneuil dispiirait prescfue entièrement de riiistoire; il Tant arriver nux dernières nmées Au douzième siècle pour retrouvtT son nom dans les chartes et |K>nr assister à on nouveau di^iistre : en \ 197, le comte Klienne II, révolté conti*e Otllon^^ patiSm lie Uounrogne, entre fi main armée dans celte ville, s*en)pare de Tabbaye et la délniit par le Jeu. Luxeuil était vraiment la ville du mallieur: les catastrophes y Mwcédaiont aux catastrophes : en Tannée lâOâ nn incendie, et douze ans plus tani IM autre inciMidie la réduisent à un tel de$(i'é de dépopulation, «pie, dans une bulh* fie 13±2, le pape llonorius Kl la qualifie de simplt» village. ('e|HMidant elle se releva df tous ces désastres : k*s lil»éralit<*s des souveniius, jointes à raflluence «rétranî^ers ^ë'x attirait Tantique ré|)Ulation de son abbaye et de ses eaux thermales, lui n^ndîrenl proinpiement de rimporUince et de l'éclat, car on voit en 1:228 Henri, roi des Romains, dans im acte oii il accorde au duc (Hhon il de Méranie Tinvostiture «h* rarooerie de iJixeuil, donner à cette ville le nom de ri7/. Saifs recouvrer son ansplendeur, Luxeuil continua iHMidant soixante ans de $i:randir et de prosiNM-er ;
« sa fortune devait recevoir imr atteinte avant même la lin du treizième sièrir, cl à ravenir nous n'aurons guère à imrler de cette malheureuse ville que |M)ur i*nngàim ses désastres et ses douleurs.
Gny n'a pas une histoire aussi trafique ni une ori$i:ine aussi ancienne qui* LuxiMiil. 3bigré l'opinion de Du Cange qui Tait dériver (Iray du celticpie r/mW, jmrt, passas^r, celle ville se trouve mentionnée pour la première fois dans la l/^gende de Miget, fiufCt-sixiènie évéqiie de Resan<:on, l«'*gende é<>rite en <»70, suivant Chiflet, fauteur de Vnunlio, Trois cents ans plus lard, (>ray n'avait gnrri* que ras|»ect d'un villagi*, H ne n*élait encore qu'ime Itourgade protégée par uii château, en I04i, c'cst-à-din* à répoque où l'emiienHir Henri iii inf(H)da ci* château à rarchevt'^pie Hugues 1'*'' de Besançon; mats, sous le règne long el tnmquilte de Frédéric-llirberoussc, Cray pili «g parmi les villes de la Comté de Hourgogne : son heureux euqdarruKMit sur la SaAoe, à Fendroit même oh ce cours d'eau devient navigable, l'ap|HMait inévitable- ■enl à être un grand centre de connnerce, et il ne lui fallait, pour pros|>érer, que des jours de paix et la |)rotrction des h)is. Krédéric-Rarberousse lui donna l'une et l'aotre. Ce fut vers ce tenq)s-là que (îray s entoura de rortilications; cette ville eut beaucoup h souiïrir <les cruelles rivalités qui mirent aux prises les deux branches de Bourgogne au commencement du treizième siècle, mais elle eiïaea pronqitement la Uice de ses malheurs et continua d'augmenter en im|K)rtance. On ne peut pnViser répoque à laquelle Cray devint vicouué, qualification qui ne se donnait, a-t-il été dil, qu'aux villes principles; dans tous les cas, il eut de< vicomtes dès le treizième siède, comme le prouve mi acte iW 1^79, où Ton voit le sire Ticnaud de Sainl-SeiiK* Tendre au (*omte palatin de Rour;rogne, » pour 1(10 livres tournois, ce qu'il a en h ville et cliâtellenie de (îray, jmur nûson du virowtê*. »
Hugues deChalon, mort en i±W), laissait Alix de Jléranie s;i femme dans une jm»- «lilion difficile. Cette princesse, (pii consena le titre de romtesse palatim*, S4* voyait
* |j lifre tournoi* Talaîl à peu |ii'è« 17 francs. U'ét livres luiirnoiv ri|iii vaudraient «lonc j d>70 fr. rafinm éf noire monnaie.
252 niANCHE- COMTE ANCIENNE ET MODERNE.
luenacée par un ennemi puissant, dont les ambitieux projets, jus(|U*aloi^ dégiiist se montraient maintenant à découvert :c était Hugues IV, duc de Bourgogne, q u*aspirait rien moins qu'à faire de la Comté ime annexe de ses Ëtats. Il Tautiedir io titre sur lequel Hugues appuyait de si hautes prétentions ne manquait pas i valeur : le 1" août iâ56, il avait acheté de dame Béatrice d*Orlamonde, sœur aiiM du dernier duc de Méranie et son héritière universelle, il avait acheté, moyeunai vingt njille marcs d*argent, tous les droits de cette princesse et de ses deux Gissii la Couité de Bourgogne, et, Hugues de Chalon mort, il avait revendiqué sa succès sion. La palatine Alix se trouvait ainsi en faa* d'un prétendant d'autant plusredoo table, qu*il possédait déjà dans la Comté beaucoup de fiefs épars et qu'il joignait] son ambition les moyens matériels de la faire triompher. En cette position, Alii sentit rimpérieuse nécessité de se créer un appui, c'est-à-dire qu'elle crut d'une sap politique de se remarier : cherchant dans un prince du voisinage le soutien dont dk avait besoin, elle jeta les yeux sur Pliilip|)e, comte de Savoie, et, quoique mère k neuf enfants, elle l'éponsii au n)ois de juin \i61. Alix lui assigna trois mille livies tournois de rente. L'événement justifia la conduite de la palatine.
Le duc de Bourgogne s'avança, les armes à la main, vers la Comté : fort de b cession (pie lui avait faite la comtesse d'Orlamonde, il se présenbût comme héritierdi dernier des Méraniens; mais il trouva dans le nouveau mari d'Alix un adversaire qui n'éuit nullement disposé à lui céder le terrain sans combattre. Philippe de Savoie, bien qu'il fut déjà d'un Age avancé, avait conservé sous les dehors de la vieilleuc toute l'énergie de la virilité, et, s'ét^mt mis à la tête des forces comtoises el savoyardes, il sut prouver au duc de Bourgogne c que la riche proie qu'il convoitiil était plus facile à acheter qu'à conquérir, » comme dit M. Clerc. De nombrao cond)ats se livrèrent sans qu'aucime victoire bien prononcée décidât la querelle. Ceitt guerre vive et meurtrière se prolongea plusieurs années : commencée en li67« elk durait encore en lâTO et se termina i)ar une négociation. Hugues IV consentit à l'abandon de ses droits sur la Comté de Bourgogne, moyennant une somme de on» mille livres viennoises, et sous la condition que la palatine Alix lui ferait hommaii de Dôle el sa chàtellenie, ainsi que de Rochefort et ses appartenances. Le traité poru la date du âO avril lâTO.
Dôle, qui était à cette époque Time des plus fortes villes de la Comté de Bour gogne, obtint à son tour ses droits de commune : le H juillet 1:274, la palatîm Alix et son mari Philippe de Savoie lui octroyèrent tme chsirte d'afFranclûssemeil Deux :ms auparavant, une autre ville comtoise, Saint-Amour, avait aussi reçu » lettres de franchises; ce fut Guillaume, sire de l'Aubépin, qui les lui délivra. Saint Amour s'appelait anciennement Vinccnnes-la-Jolie, sans doute à cause de sa posi tion dans un des plus beaux sites du Jura. D'après une légende, son nom actuel lu amait été donné par le roi Gunlran de Bourgogne, au retour d'un voyage qu*i venait de faire à fabbaye d'Agaune en Valais. Ce prince rap|K)rtait avec lui les re •liques de saint Amour et de saint Viator, deux soldats de cette fameuse légion thé baine, toute coni|)Oséede chrétiens, el (|ui pass^iit pour avoir été massacn*e rani97 dans le voisinage d'Agaune; niais, s'il faut en croire un grand nombre d'écrivains tant catholiques que protestants, ce massacre de la lé^rion théhaine seniit a|)Oory|)iM>
FnANCHK-COMTIÏ ALLEMANDE. âV,
Quoi qii*ii on soit, le roi Goiitraii reviMiait, dit la Irgoixtc, <le son |)Mmnaf!:i\ aver les restes d'Amour et de Vialor : assailli sur ie lao <le (àenrve par une violente tempête, il promit à Dieu de faire construire, en l'Iionneiu* de ces deux martyrs, un monastère et une église dans la premien* ville de son royaume où il s^arriMerait pour disposer leurs reliques ; ce fut à Viiicennes-ta-Jolie que (iontrnii accumplit son vœu, tî le nom de IV^Iise diMiée par ce priiu'e à s^iint Amour resta drs lors à la ville. Au treizième siècle, Saint-Amour eut la gloire de voir naitre dans s(^s murs un homnu* bien c^êbre en son temps : cVtait (lUillaume de Saint-Aumur. OitctiMireM Sorhonm* H Pundes plus remarquables professeurs tie Tuniversilé de Paris, vuiUrt* (luillaumt\ ronftme on Tapiielait, occupa le monde catholicpu^ du bruit de ses démêlés avec li* pape Alexandre IV, au sujet des Tameux frèns mendiants, tic ces moines qui, n'miant rien pouédaie^ii tout, disiiit IMerre des Vignes, cliancelier de IVmitereur Kréiléric II. Aussi spirituel que savant, Guillaume de Saint-Amour atta<]ua Tordre des Mendiants avec un succès qid fit sa gloire et son uialheur : tour à tour condamné couinu* liélAiqiie et absous counne orthodoxe, prosrrit counnr un s<'diticux et céli'iiré coniuir un aiiAtre de la vérité, il se vit, en fin de compte, ilé|iossédé de >a chaire par le papr M banni de France par If roi sfiiul Louis, et il revint dans son pays nat;il, où il fonda, vers la lin de ses jours, un hôpital «pii y subsiste encore. Guillaume mourut à Saint- Amour en lâT:î, l'année méuie de rémancipation de cette ville.
Les alTrancbissements continuaient : en l:î"i>, Kaucogn<*y rerut ses franchises iTAymon, sire de ce nom, et en \ili\ Arlay fut érigé vu commune par Jean de CbaloD-Arlay I", l'un des (ils de Jean dt* (Ilialon l'Antique. Kaucoguey, prés des Vosges, parait avoir une origine ancienne : la richesse et la branlé du vallon dan-; lequel cette |N*tite ville est située, son voisinage de Luxeuil, tout porte à croire {\u'v\W devint un centre de |iopulation dés les t«Mn|is les pins reculés ; mais elle passait an Ireizième sitVIe pour mi des lieux inqtorlants i\v la (lomté de Bourgogne. tlheMicu de fiefs dont les seigneurs prenaient le litre de shrs de lauvoijurif et s<' qualiiiaient «ie vicomtes de Vesoul, elle était environm'H; de liaules nmrailles jirotégées par un rlinleau fort et flamjuées de tours. Uuehiues partiis de ces fortilications siib>isii iti encore; un y remarque aussi la tour qui sert de iirison vX qui existait déjà dans l-^ preinièni's anmVs du onzième siècle, comme l'indique le millésime de lOl.juiartpié sur la couverture. Kaiu'ogney joniss:iit, au moyen âge, d'une grande rencMuméi* : il ne bi devait |»as .s^ndemeut à l'éclat iieisonnel «le m*s seigneurs, dont l'iui d'eux é|iousa lu fille d'un roi de Fnmce; mais il la devait aussi au caractère belliqueux de ses bourgeois, que l'on signalait comme les pins vaillants liounnes de guerre de Im pro\ince, et qui donnèrent en maintes occasions des preuves de leur courage. Nous aurons plus Uird à nqqM^ler deux circouNlanccN entre autres, où les habitants de cette béroîque |M*tite ville justifièrent d'une manière bien tragique leur vieille réputation de bravoure.
Cefiendant la Comté de Rourgogne se trouvait à la veille de graves événements. Li palatine Alix venait de mourir en Siivoie, leH mars \ij9. et son filsainéOtdonlV ou Othenin lui avait succédé. C'était un |irince belliqueux, prodigue, avide de gloiie et d'aventures, mais léger, cajuicieux, irréfiéclii; en tout, homme médiocre. Puni di iiHiicr la situation diflicile (pi» lui t'ai^aieiit h'S «véni n.ents potiiiqne>, il eut eu le-
HO
2n4 FHANCHE COMTlL ANCIENNE ET MODERNE.
soin, au contraire, de posséder les qualités de ses défauts. Sa mère lui laissait.! gouverncT un pays épuisé de rmances par suite des guerres précédentes, ébranlé |Kir l(^s dissensions et la puissiince des comtes de Chalou, aiïaibli par raliénation de nombreux lic'fs au duc de Bourgogne et à d'autres seigneurs, et menacé surtout |iar un prince liabitué depuis longtemps ii voir la victoire couronner ses desseins. C\''tait même à ses talents militaires que ce prince devait le trône qu'il occupait : nous voulons parler du fameux Rodolplie de Uapsbourg, qui de simple gentilhomme liHvétien devint empereur d'Allemagne et fut le fondateur de la puissante maison d'Autriche. Apri^s la uiort de Uicliard de Cornouailles, les princes électeurs, s'éUnl réunis à Francfort, avaient porté leurs voix sur Rodolphe, et, le 27 septembre 1273, ils lui décernèrent la couronne : c'était un homme de cinquante ans, brave, énerf(i(|ue, habile, voulant fortement ce (|ui souriait h son ambition et sachant aussi bien exécuter que vouloir. H ne s'attendait guère cependant au choix que l'on ferait de lui pour occuper le trône impérial : la médiocrité de sa fortune et son peu dMnfluenot* semblaient devoir h jamais l'écarter d'un rang auquel pouvaient aspirer tant d'autres princes alleuiands riches et puissants; et grande fut sa surprise, lorsque le maréctial de l'Empire vint le trouver devant Râle, qu'il assiégeait en ce moment, pour lui a|)|>rendre que le vœu des éleclem*s l'avait appelé à la dignité suprême. Une fois (Mnpennir, Rodolphe tourna ses armes contre Philippe de Savoie, qui, tout occu|H' de la grandeiu' de sa propre maison, travaillait à s'étendre dans THelvétie roman<*, aux dépens de l'Empire. Cette guerre, où Philippe n'eut pas l'avantage, se tennina |)ar la médiation d'Edouard, roi d'Angleterre et parent du comte de Savoie; mais Rodolphe ne se contenta pas d'assurer son autorité au delà du Jura: il entreprit, à l'exemple de Frédéric-Rarberousse, de relever l'ancien royaume d'Arles ou deBour-'*^ gogne, et pour mieux dominer les provinces (pii en avaient fait partie, il conçut la pensée de leur donner un roi dans la personne de l'un de ses fils, nommé Hartmann.^ T(*lles éuiii.'nt les vues de l'empereur, lorsqu'Othon IV prit en mains la directiou dos afl'aires. Avec son caract4>re aventureux, son esprit mobile et son intelligence uiédiocre, il m* pouvait (ju'aggraver une situation déj^^ trop pleine de périls. (Icpendanl son début dans le gouvernement ne manqua pas de sagesse : il commença \m s'assurer la gardienneté de tiesançon. Justement choqué de voir une ville, située au centriï de ses Etats, recourir à la |)rotection de princes étrangers, comme elle Tavait fait en se mettant |K)ur quinze ans sous la sauvegarde du duc de Boui^[Ogne, il ronclut en mars iâKO une alliance ofTensive et défensive avec les Bisontins; aux termes du traité, il Irur promettait son aide « pendant tout le tem|)s que Dieu b* laisserait vivre. » D'autre part, Othon eut la pensée de réunir les deux RourgogDi's 4MI promettant la main tie sii tille Alix, alors son uni(|ue héritière, au fils aîné di* RolH;rt II, duc t\v, Rourgogne ; mais une maladie enleva les deux enfants avant même les lianrailli's. La mort n'épargna |ms non plus la famille de l'empereur Rodolphe. Vers le même temps, son lils Hartmann, auqui'l il destinait le royaume de BoiirgO((ne, périssait à la lleur de l'âge et d'une manière bien malheureuse : il descendait j(»\«MisiMnent le Rhin sur luic barque, avec de jeuues sciigueurs de sa suite, lorsqu'il dis[iariit dans les eaux de ce lleuve. L'empertMir voyait ainsi ses projets de restauralion ^^V^)ider ; toutefois il ne travailla pas avec moins d'anleur à fonder, a étendre
HlANCIIK . «'.OMTi: ALLKMANDK «*i
Vi |miN>jiiin* ilr sa (l\ii«istit\ cl «le liH\ à I28;J il repril i\ IMiilipin» «le S;ivoie 1rs for-
tnrv(tf*s f|iif ce comte avait enlevées h TEnipire. Rodolphe soumit niissi Renaud de
Bnorgogiip, comte de Montliélianl, le<]uel voulait se soustniire A son ol)éiss;inc(*; il
W Aêpoiiilb de sa ville de Porentruy, et, tout en le Torçant h lui Taire lionnnage de
^m comté, il lui imposa une Torte amende, |)Our prix de sa ri^lonie.
Ce Rcnaïul de Tiourgogne, prince guerroyeur et pillanl, éLiit Trère du paladu iHhon IV. bans b* partage des biens de Hugues de Chalon son |M>re, il avait obtenu Kvcipneurit'sdePymonl, Lons-le-Saulnier, IHinorin, Binans, Chàlel-Neuf, Clerval, rtfanires fiefs. En l!i8â, il devint comte de Monll)éliard, par son mariage avec iMIrtnette de Neufcliâtel-outre-Joux, héritière du dernier comte; et ce Ait h Renaud fr Ifs habilanLs de Montl)éli3nl durent leurs premières franchises : au mois de ni \9S il leur octroya, du consentement de sa femme, une charte de commune. Iwlhfliard élaitHl connu du temps des Romains? Sans j>ouvoir ranirmcr, on doit rroiif qu'il existait k cette époque et qu'il |)éritdans les désastres des invasions liarlares; car Tétat de mine où il se trouvait au sixième siècle semblait nip|)eler une pandeur passée. Cette ville resta longtemps ignorée ; elle commença à se dévebliper MNis le r^gne de Charlemagne, et vers la fin du dixième siècle le moine Adson, Mlnrde la Vie de saint Vall)ert, abl>é de I.uxeuil, la désignait sous le nom de rastrtmHA'oppidum Mofitin'Hiliardœ.¥A\e devint bientAt le chef-lieu des cantons «nsisfaii et Sundgau, dépendants du duché d'Alsace; les corn (es de ces deux pays, lai formaient une branche cadette issue d'Atticon, fondateur de la maison d'x\ls:H*e, « Inut leur résidence. 1^ comt<» de Montbéliard ne n'Ievait que de srm chef, hM|ue| l"vis»aitde la haute siizeraineU' ; mais les souverains de cette S4'igneurie devaient In M fi hommage aux comtes deRourgogne, et ils mamiuèrent rarement d*y s;iiKûirp. Vjc fut vers le commencement du douzième siècle que les comtes de Monl- Hanl prirent le titre «le priuren de l'Empire; ils eunmt en même tem|>s le plein «vrrice des droits n'*galiens. U maison d'Alsaco-MontWIiard, ou plutôt la ligne MciKne des comtes de Montbéliard proprement dits, s'élant éteinte en iUii, dans hpfTMMine de Thierri, deuxième du nom, la seigneurie jwssa enln» les mains des ^ lie Xontfaucon, dont l'un, Richanl il, avait éjmusé Sophie, fille ainiH^ et héri- Iwe de Thierri.
Soit par suite de giiem»s, soit par reffet d'auln»s événeuHMils, MontlH'lianl se
l^Miuilau treizième siècle avoir l>eaucoirp |)enlu de son inqK»rt;mee; cette ville ne
"**i5lait plus alors qu'en un petit nombre de maisons groupées autour du ch.iteau.
''•îsHIe changea «le face à partir de son érection en eomnnme : sous l'infinence
^feisanti* de la liberté, la |)opulation s'aeenit d'une manière rapide, et le déve-
'^•menl de la |»o|)ulation eut pour corollaire le déveIop|K»menl tie Tindustrie et de
■* nfhfs^^.. C'était là l'heureux fruit <|ueles afrranehiss4'ments portaient avec eux :
■^ ''^'alités en |>o<session «l'un gouvernement nniniei|Kd irouvaieni dan*^ leurs ma-
^^ts éle<*tlfs la protection dont elles avaient besoin pour sau>egarder leurs inlé-
"^^ et, déharrasséi\s d'une partie des enlra\es que la tyninnie s4Mgneuriale mulli-
'"**l sous leurs pas, elles pouvaient marcher plus librement dans la voie des
*^Kiralions. A mesure que la ser\itude p4»rsonnelle allait en deVIinanl, le niveau
^ ^ richesse publique s'élevait. Ce|)endant, prise en niasse, la t^omté du tmzième
ri^ FKANCIIE-COMTË A.NCIRiN.NK KT MODKIiNK.
siècle était puuvie, (l*aboni iKircc que les alTranchisseiiieuts n'atteignaient eucure^ <|irun trop petit nombre <ie localités, ensuite parce que le pays manquait de gooh-.«^ nierce : les Comtois, entourés de peuples étrangers ou ennemis, écoulaient diflicilctf,^ nient leurs produits au dehors. Puis il Tant ajouter que l'industrie en était â s(^ ^ premiers pas ; elle unissait à peine. Privé du puissant levier de la science, le géD?e de riioinnie ignorait encore le moyen d*arraclier à la terre ses secrets et de tirer parti des richesses (|u*elle nietUiit sous la main : ainsi, faute de savoir apprécier b val(!ur des hois et des mliios, on n*exploitait, en Comté, ni Tune ni l'autre de cet deux brandies importantes de revenus. L'agriculture, cette mamelle nourricière d'un pays, était également à créer : on ne connaissait aucim de ces procédés modernes qui fécondent le sol et le rendent inépuisable dans ses libéralités; on manquait, en outre, delà plupart des denrées qui multiplient aujourd'hui les ressources debvio matérielle : par exemple, on ne possédait, au treizième siècle, ni le maïs ou blé de Tur(|uie, ni le sairasin ou blé noir, ni le plus précieux des produits agricoles, b pomme de terre. Aussi le cultivateur comtois vivait-il alors de la manière la plus misérable : un pain lourd et grossier, fait d'orge et d'avoine ; des légumes, du bitagr, du fromage, parfois un peu de viande fumée, telle était sa nourriture. Le froment qu'il récollait servait h payer ses redevances. Les habitations et les vêteroeDts ne valaient pas mieux que ralimenlation. Dans les villages et les hameaux, dans les nioniiignes surtout, où la mainmorte pesait encore sur les hommes, on s*habilhiL comnumément avec des peaux d'ours et d'autres bétes sauvages, et l'on se logeait dans de misérables caliuttes percées, au centre, d'une ouvertm*e qui laissait passer un peu de jour. l):ms les villes et les bourgs, la plupart des maisons étaient en bois, el les rues nï>(ai(iit ni éclairées ni pavées. Les bourgeois portaient l'habit de canieioL nu de bure; quant au peuple, il avait le sarrau ou la blouse faite de toile grossicrev avec un haut-de-chausses de même étofTe. L'usage tlu linge et de la soie n'apparie— nait qu'aux classes aristocratiques. Voilà l'aspect général qu'offrait la Comté de Bourgogne au treizièuic siècle : le pays était malheureux ; mais cependant, comparativement à son a|)re misère des siècles antérieurs, il se trouvait sinon en voie d«3 prospérité, du moins en voie d'amélioration. Il devait aux bienfaits de la liberté oe^ premières tendances vers un avenir meilleur, et les aiïranchissements allaient, eo élargissant toujours leur cercle, amener de grandes transformations dans l'état de^^ honnnes et des choses.
A répo(|ue où Renaud de Bourgogne érigeait Montbéliard en commune* h villo dWrbois jouiss^iit déjà depiùs un an de son gouvernement municipal : au mois A^ mai 1^8:3, le palatin Olhon IV lui avait octroyé ses droits de franchises, en lui pei — metL'uit dï'lire quatre prudhonniies pour administrer les biens de la commune. Voi^'î celti^ charte, où Ton pourra prendre une idée de toutes celles qui furent délivrée^ en ces temps-là :
« Nus, Otur, cuens icomte) palatin de Bourgoigne, sire de Salins, façons savoir ^ tos cex qui verront ces présentes laitres, que nos désirons que nostre ville d'Aitoî=* soit creue, nndlipliée et amendée por le proflil de nostreilictc ville et por nosirc proflil; assavoir, que nos y ayant veu et regardé apparlemment, avons donnez, don^ nous cl octroions paniiaiguablemout por nos, por nos hoirs et por nos successourst
FRANCHK-UIMli'^ ALLEMANDE. ^\1
yA:»%\w |KH>saiire et spécial commandement à comniunalx de nos gens de uosKre<licic vilkirArtiois, que ils puissent élire quatre proudomes de lour communaix, le jorr Ae bte de b Natifité Saint-Jehan-Baptiste, ou la diemenge (dimanche) après. Kl doivent nos gens d*Arbois et iy communaix tomer et venir, chascun an, en Téglisc ifArbois, le jour de ladicte feste de la Nativité Saint-Jehan ou la diemenge apri^s, quit 00 sonnera la grosse cloiche; et cil (ceux) qui seoient venus en ladicte église Ml poissaoce de élire lesdicts quatre proudomes, chascun an, fors (excepté) cex •Itii M seroient venus en ladicte église : et les |>ovent (|)euvent) chascun an changicr doHier tos quatre, ou Tun, ou les doux, ou les trois, s*ll leur plaict; et doivent r>Ut le$dicts quatre proudomes juriez : et cil qui seroit élit par son communaix ne k peut ne doit refuser. Et quanque qui seroit accordé et ordené par les trois desdicts quatre proudomes, de la poissance (|ue nos lours donnons et octroions en cestes brtms, sen tenu et guardé, si Iy quart ne se voloit accorder à lour ordonenient, as^voir comme se il estoit accordé par tos les quatre proudomes. Et si Tun ou si [ fkM\ itsAkts quatre proudomes esloient deflaillans pour ncons(|ues (quelcon(|ues) Jointures, nos gens et Iy communaix de nostredicte ville povcnt élire en tos t4Mn|)s a^iUres proudomes por cex qui seroient deiïaillaus.... > Suivent des concessions de Hob, fours et moulins, accordées aux hahitants de la ville, et la charte se termine mi : c Por ce que nos volons que ceste laitre soit giiardée et manlenue parmaiinUenent, nos avons pormis et poniiettons en bonne foy, |>or nos et por nos hoirs, i coniDunaU et es quatre proudomes de nostre devant dicte ville d* Arbois, (pie nos <Yi coDvcnences et tute (toute) la lenour de ces laitres lour lainrons et giiarderons fttiMient et parmaignablement, sans venir jamais encontre |>ar nus ne paraiilimy, '^jugement ne deffors. Et commandons à nos kiillif, à nos provost et à tos nos aiiltn'S ("ouioiaiidemens que il venant et que il entrant en la ville d*Arl)Ois en seignoiic et injustice de par nos, juroient |)er lour sennent donné sur saiiicts Évangilles tenir «^{uarder fermement tute la teneur de ces laitres. Car nos volons et commandons *\^ ib les giianlent et tiennent fermement sans recevoir aultre commandement de >^ De (le nos hoirs. En tesiuoignage de véritoy, nos avons fait bailler au coinmii- Bah et es (|uatre proudomes dessuesdicls ces |)résenles laitres scellées de nostre i^nt^l, faictes et données Tan Nostre-Seignour cormnt mil doux cens Oi*tanle et '^■u^i au mots de mav. »
Ariiois est une ville très-ancienne, comme le prouvent les débris d*anti(|uit4*s
culottes et romaines recueillis à div(*rsi*s époques sur son territoire. Quelques écri-
^^iib, entre autres Paul Mérula, Tauteiir de la Cosmographie^ veulent (prArlMÛs
^^ T.irborasii (rAmmien-Marcellin : cette opinion n*a rien (rinvraiseniblable as-
'^'^nt, mais elle re|K)se en dctinitive sur dt^s conjectures, et Thisloire ne doit
^'^ueillir (|ue les |)n'uves authentiques. Les Rirbares, dans leurs irruptions dé\as-
^^^ic^ à travers la Sé(iuanie, rencontrèrent Arlnus sur leur |Kiss;ige et ne IVpar-
^lièrcnt pas ; celte ville fut broyée sous leur pied de fer, et il faut cn)in» quelle
'"''^^ (lendant un l(Miips d'exister, si Ton eu juîpçe par ce (|irello ét;iit au sixième
^•^e : au lieu d'une cité romaine avec s«»s édifices, ses maisons de pierre et ses
'^''hh.sos architecturales, on ne retrouve plus qu'une |»oig!iée de cabanes en Iwis
^'•"^•rableiiient accroupira autour d'une lourde r////j burgonde. .\u teinj» de Qiarle-
5XS FHANCIÎE-COMTm ANClKNNK KT MODfcnNK.
magne, Arbois avait déjà quelque importance ; mais son accroissement ne devini sensible qu*à dater du règne des comtes héréditaires de Bour^gne : plusieurs de ces souverains y séjournèrent, tels que Rainaud I«', Rainaud UI, sa fille Béatrice de Bourgogne, l'empereur Frédéric-Karberousse. Ils avaient pour résidence un château situé au nord-ouest (le chAteau Bonlemps), et dont la construction remontait aux premières années du onzième siècle. Un autre chAteau, connu sous le nom de Cliâtelbus ou CliAtelbœuf, et qui s*élevait au sud-est d* Arbois, sur la côte dite plus tanl de l'Ermitage, servait de défense k la ville. On remarquait dans les alentours d*Arbois trois autres chAteaux : i Touest, c'était le chAteau de Vadans, impos;iiit par sa situation et (lar Taspect de ses tours et de ses murailles ; il ne reste plus anjour- (riiiii, de ce vieux manoir féodal, qu'une tour haute et ronde sur laquelle les yeux s'arrêtent de toutes parts. Le cIiAteau de Vadans fut d*abord possédé par les sires «le ce nom ; il devint ensuite la propriété des sires de Vergj-, et vers le milieu dn seizième siècle il passa dans la maison de Poitiers. A Test d' Arbois, c*était le château fort du Vernois, fief relevant de la seigneurie de Hesnay : ce château, qui depuis longtemps a dispani pour faire place i une pittoresque maison de campagne baignée par les eaux de la Cuisance, existait déjà au douzième siècle. Ses aociens |K)ssesseurs prenaient le titre de sires du Venwis. Un peu plus loiny au sud-est, c'éLiit la ChAtelaine d'Arbois, forteresse bâtie au sommet d'un rocher à pic d'environ huit cents pieds d'élévation. Elle n'était accessible que par un seul endroit; mais des postes avancés et un renipartganii de tours la fermaient de ce côté. La comtesse Mahaut (PArtois, devenue veuve d'Orhon IV, résidait assez souvent à la Châtelaine; on ratt<iclie même au séjour de cette princesse dans le pays une tradition qu*a n>nieillie l'annaliste flamand Meyer, et qui a l>esoin d'tHre déitientie : c Comme il plut k Dieu, dit Gollut d'a|)rès Meyer, d'envoyer une très Apre famine en la Bourc^ogne, la comtesse Mahaut fit assembler un grand nombre de |>au\Tes en une grange du village de la ChAtelaine sur Ari)ois, où elle faisoit volontiers sa résidence; puis, les ayant fait enserrer, elle commanda «fue le feu AU mis en la grange, les faisant ainsi mourir. L'on ajoute qu'elle disoit que par pitir' elle avoit fait cela, considérant les peines que ces pauvres dévoient endurer en tem|)s de si grande et tant élrange famine. »
(lOllut, en racontant ce fait, a raison d'exprimer des doutes sur sa véracité; car ri'tte tradition populaire, encore vivante dans le pays, bien qu'aucun historien fhinccomtois ne l'ait rapportée, est un outrage à la mémoire de la comtesse Mahaut. Toute la vie de cette; femme bienfaisante et pieuse proteste contre l'acte d'atrore inhumanité qu'on lui attribue : Mahaut, qui consacrait sa fortime k soulager k>s malheureux, qui dot<nt les hôpitaux et fondait un hospice à Bracon; qui acconlait aux pauvres d'Arbois un don annuel de vingt-huit |»etils tournois, aux pauvres de la ville d'Ornans une somme annuelle de seize livres estevenantes, assignée sur 1rs si- Unes de Salins, et h ceux de Pontariier une rente de quinze libres estevenantes*;
* « Pt^ur ivoir une jusle niée de la valeur d'une rente de quinze Uvru MftrtiwMfff i celle t^po<|iie, il faut conn^Ure le prik <ju'a\ aient alorn le» denrées de première néccssilé. Or le blé m vendait i soU 0 deniers U mesure du poid» de trente livres, et le vin de Ueaune se payait t^ sels le niuid (./rr/iire« de la cour de$ romptee de Dijon). Avee quinie livres, on pouvait donc M pronrer
tHANCHE - COMTÉ VaKMANUË. <a8
lahaut, la dame grande aumùnière, comme on rappelait, et qui faisait distribuer ous les ans ii l'entrée de Thiver trois cents robes de bure aux pauvresses de la Comté ; K», la philanthropique 3Iahaut ifa jamais eu la pensée de commettre l'acte itarlKur |u'on lui impute. Quand des faits de celte gravité se produisent sans |M)rter leurs ireuves avec eux, un écrivain ne devrait pas les accréditer; il méconnaît son devoir » abritant sous l'auguste patronage de Tbistoire des fables connue cette tradition le h Chiteiainc, inventées on ne sait par qui, mais dont la calomnie s*en)|)are |K>nr lélorer une réputation.
Oo ignore i quelle é|)0(|ue fut construite la forteresse de la CluUelaine-les-Arliois ; oalefois elle existait déjà vers 1057 : son enceinte comprenait jadis des bosquets, les jardins, de nombreux kltimenls. Le temps n*a pas encore emporté toutes les àerres de ce vieux monument féodal; il nous en a laissé des débris qui frappent virenenl l'imagination : on y remarque une partie des rem|)arts, la grosse tour à noilié ruinée, et surtout la citerne, dont les mui*s ont douze pieds d*é|)aisseur. L(*s ins ont res|)ecté un autre château, situé au nord d'Arbois, à une demi-lieue de cède rlDe : c'est le chAteau de Hontigny, lequel subsiste encore en entier, il est vrai qu'il le date pas, comme les précédents, des onzième et douzième siècles ; s;i fondation idplas récente; il a été construit vers \Mi, Arbois, à cette époque, possédait déjà 4m cbapîtn* de chanoines, et son fameux prieuré de Siiint-Just, (Foù sont sortis «U* lauls digiûLiires ecclésiastiques : le souverain y nonnnait. L'ordre chronologique MHia amènera plus \x\tA ii jiarler des événements historiques qui ont illustré celte rille, Time des plus renonmiées de l;i proviiict; |)Oiir son iKitriotisme.
L*aDnce 1282 vit un antre afTranrhissement tpie celui d* Arbois : vers la méuM' époque, Nozeroy reçut de Jean de Chalon-Arlay s;) charte de connnune. Nozeroy doit la Ibrtune aux princes de la maison de <Ihalon, et s'il faut en croire le père Jol\, raoleur des Lettres sur la Franche-Comté^ celte petite ville leur devrait aussi son aooi : «I^ grand commerce de noisettes que les habitants faisaient autrefois, dit h* père Joly, lit donner «i la ville le nom de yucilhnn, (|ui fut changé de|)uis en celui Je Xaziweth par Louis de Clialon, lequel, rev(*nant des croisades, avait trou\é beauroiip de conformité entre la silualion de cette ville vl celle de Nazareth i;n (>aliée. C'est de là, par corruption, qu'est venu le nom de Mozeroy ou \azaret. »• iH doit accueillir avec la plus grande résene celle étyniologie, (|ui n'a pas de luiS4' Ustorique. Nozeroy, entouré de forêts abondantes en gibuT. luirait devoir son ori< gioe i une maison de chasse que les comtes de Cbalon avaient fait construire sur MM territoire, et autour de laquelle des liabit^ilions vinrent insensiblement se former. Pius uni, les princes dcceiliî illustre famille érigèrent sur le plateau où s'élève XtivroVp un château célèbi'e qui contribua |)uissanunent à la prospérité de la ville; ci* riiileau, dont rien n'égalait la magnificence et la somptuosité, au dire de <iilberl Coiisin, éLiît tri*s-vaste et de forme carrée : quatre tours octogones, rliarg«'H\s d'or-
K* de blé.... Ou appelait itéphauifnne ou estereuante, ilu vieux mol estevetêun, iloiil MM avMs fait tUiênnê, la monnaie que W rhapitre de Saint-I^tieniir avait le ih>oil tie faire frapper pw iadivit avec rarchevéque de Besancon, en venu du privilé|?e arronlé par llliarlf» le Chaude M 1171 d roaUrmé par Fréfléric-liarberoustse an ILT». • \\\i^. in.yttsHW, Inuiawit* pupuiairts it Frauche-Comlc . Poé>ies, pajjie i<>7, noie JU )
â40 FKANCHE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
ncnients, garnissaient les angles intérieurs, et chacune d'elles était couverte d'un toit h quatre faces. Quatre autres tours, plus hautes et plus massives, flanquaient les angles extérieurs : la plus grosse, qu'on appelait la tour de phvib^ avait des murs épais de quinze pieds. Un large fossé entourait le château, et une ceinture de murs, partant de l'extrémité la plus haute du plateau de Nozeroy, enveloppait complètement la ville. Ce n'étaient, à Tintérieur de Tédilice, que peintures, sculptures et armoiries; on y avait prodigué toutes les richesses de fart. I^ château de Nozeroy, cette résidence princière des comtes de Chalon, ne rappelle plus aujourd'hui que le souvenir d'une grandeur morte : les tours se sont aflaissées sur elles-mêmes, les murs se sont lézardés, le temps y poursuit en silence son travail de destruction.
Les affranchissements se succédaient. Pour n'avoir pas désormais à scinder notre récit par l'historique des localités admises successivement à jouir de leur émancip^ tion, nous allons nommer tout d'un trait celles d'entre elles qui obtinrent leurs droits de commune durant le treizième siècle. En 1384, Jean de Chalon-Arlay arfranchit Saint-Julien, bourg à l'est de Saint- Amour, et dans le voisinage duquel se trouvai! le château d'Andelot, berceau de la célèbre famille des Coligny. En la même année, Etienne de Chalon aiïranchit Saint-Laurent la Roche, flcf relevant de la terre d'Arlar; en 1285, Jean de Chalon-Arlay, l'auteurdes libertés de Saint-Julien, émancipa Bletterans, qui avait alors niiirailles, forteresse, tours d'enceinte, et qui est aujourd'hui le chef-lieu du plus riche et du plus beau canton du Jura ; en 1287, Philippe de Vienne, sire de Pagny, émancipa Montmorot, vieille bourgade gauloise renommée par ses salines connues des Romains, et par sa fameuse tour de Montmorot^ où l'on prétend que le roi Gondebaud fit enfermer sa nièce Clotilde, plus tard femme <le Clovis. En 1288, Poligny reçut d'Otlion IV ses lettres de franchises; ce prince, en déclarant les Polinois exempts de toutes Liilies et senitudes, leur conféra le droit d'élire un conseil de quatre pnidliQnnnes. En 1291 , Luxeuil eut à son tour son gouvernement municipal; ce fut Tabbé Thiébaut, troisième du nom, qui lui donna sa charte de comuume. L'année suivante, Saint-Aubin, bourg à trois lieues de Dàie el |K)ssédant chate:ui fort, obtint ses franchises et libertés de Hugues de Vienne, sire de lx)ngw'y; h la même époque, Mirebel, dont Gilbert Cousin a dit qu'aucune ville de la Comté n'ofl'rait des ruines pleines de plus grands souvenirs, fut émancipi^ iKir Jesm de Vienne, seigneur de Mirel»el. Les deux bourgs de Lons-le-Sauinier reçurent leurs lettres d'alTranchissement, le premier en 1293, de Hugues de Vienne, sire «h* Pagny, et le second en 1293, de Renaud de Bourgogne, comte de Montbéiiard. En cette mémo année 1295, Renaud de Bourgogne aiïranchit aussi Cliâtel-Neuf en montagne, alors chef-lieu de fiefs, avec haute, Itasse et moyenne justice, et qui n't^st p!us aujourd'hui qu'une modeste commune du canton de Champagnole. A cette même nmnv se rap|)orte encore réuianci|K)tion de Dranielay près d'Arintliod, ci*- IM»re par son château fort où nai|uit au douzième siècle Bernard de Dramekiy, cinquième giand-maitre de Tordre tles Tenq)liers. Jean de Chalon-Arlay fut l'auteur des franchises de ce fief. Moutlie,' le village fondé par Simon de Crépy, olitini 4MI 12fK>, de frère Point, prieur de Mouthe, un premier titre de liberté, et en 1298 Longchaumois se racheta de la servitude moyennant une somme de trois cents livres vicnnoiM's payer :i ftieimc de Villars, abh* de Sainl-Chuule. Enfin, au mois
FRANCHE -GOMTli ALLEMANDE. «Il
le décembre 1300, le comte palntiii Otiion IV aiTranchil Uuingev, dont le nom n*ost pière connu dans l'hisloire avant le onzième siècle. On a dit ailleurs (|ne le château le eeue ville avait eu Thonncur de voir naître le pape Calixto II, Tun des fds du »inle Guillaume le Gnmd. Au douzième siècle, Uuinfçey était entouré de muniilles lanquées de grosses tours; on entrait par trois jmrtes dans la |)lace. Au mois de uîUet HtM», l'empereur Frcdéric-Barherousse, étant à soncliàteau de Dôle, dis|K)sa le la seiioieurie de Quingey en faveur d*()don de CJiampngne, {gouverneur de la Qomlé, et au mois d'avril lâ51 le |Kilatin Hugues de Clialon nielH>ta cette terre des nalDS de Guy, comte de Forez. Nous mentionnerons en temps et lieu les événe- ■esls militaires dont Utiingey fut le thé;ltre.
Il nous Tant à présent revenir en arrière, c'est-à-dire au moment où se passait en Sidle un drame qui eut une grande iniluence sur la conduite politiipie d'Otlion IV et «r les destinées de la Comté de Bourgogne : nous voidons parler des Vêpres nicilieHHfM. Depuis lifiO, le royaume des Deux-Siciies avait jinur souverain Charles fAnjou, fri're du roi saint Louis : bien diiïérent de ce dernier, Charles était un iMNwne sombre et cruel, qui rendait s:i domination odieuse; il avait vaincu, pris et Eyt décapiter» sur le uiarché public de Naples, le dernier descendant de la maison ta Hohenstauffen, le jeune Connidin, héritier légitiuie de la couronne des Deux- Sieiles, et il avait fait supplicier ou conihunner h l'exil un grand nombre des |)artinas de rinfortuné prince. Mais Pierre III, roi d'Amgon, qui convoitait la possession ta Sicilcs, y fomentait depuis longtemps contre Charles d'Anjou un esprit de réroUe que justifiaient la brutale tyrannie de ce roi et l'insolence de ses soldats. A la h, les opprimés éclatèrent; leur vengeance fut terrible : le jour de IMques lâHâ,au nonent où le son des cloches appelait U^ fitièles à vêpres, ils égorgèrent tous les Français qui se trouvaient à Païenne, et de cette ville le niass;icre s'étendit aux laires villes du ruvaume.
La uouveile des Vêpres sirilicnues transport;) de furie la chevalerie française; des Millifr de gentilshommes prirent les armes pour aller venger ce qu'ils a|)|)(*laieiit BM infime imhison, s:ms avoir |iesi'* les griefs des révoltés. Le comte pidatin OdMMi IV, em|K)rté par son humeur guerroyante, se joignit aux seigneurs français : H emmenait avec lui les plus vaillants clievalieiN comtois, tds «pie Henri et Jean de Vcrgy, Hugues et Jean de Vienne, Tliiébaut de Neufrhàtel, llumbert de la Toin*, Henri de Joux, Guillaume de Saux, Pieire de Keanfremont, Matlié de Chaussin, les sires de Jonvelle, de Montltarrey, de Montferraiid, et une foule d'autres barons; BBB il dut s'arrêter à Carcassoime, |iar le motif (pie Charles d'Anjou venait d'accepter le défi du roi Pierre III d'Aragon, qui lui avait |)ro|>osé un duel en chanq» ctov où les deux rivaux se présiMiteraient eliarnn aver quatre-vin^tnlix-neuf chevaliers, et où l'on coudiatlrait ainsi cent contre rrnl. Le rendez-vous était assigné dans h plaine di' Bordeaux. Charles y vint aver son neveu le roi de France Philippe III, somommé le Hardi, et trois mille cavaliers; Pimv y arriva la nuit avant le jour Èié, accompagné seulement de diMix chevaliers, parcoiu'ut la lice, déclara (pi'il n'avait pas trouvé ses sûretés |)our le condiat, puis il reg:igna son royaume.
Olhon IV n'alla p.is en Sicile ; mais l'exp^lition a laquelle il croyait pn^ndre |»art dfciila de son avenir. Kn contact, durant son vo\agc à Carcassonne, avec k*s idt'is
Sil FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
c 7^. LimiMiU la juridiction des juges de Tarchevéque, rein|)ercur déclare qu*avan( de prononcer eux-mêmes, ils renverront le procès h des citoyens, h trois reprises diiïérentes, pour en connaître; qn*en matière criminelle, on ne pourra, sans un accusiUeur connu, poursuivre aucun habitant, et que les trois seuls cas où il y aun lieu à Tamende au profit du juge seront : le sang, remploi des armes émoulues et la contumace.
c Fier de ces éclatants privilèges, Besançon, ville impériale, ajouta un aigle ii son scciiu. Ville libre, elle se considéra comme une sorte de république; elle Peut été si, nommant elle-même ses juges, elle avait eu une juridiction indépendante. Sans distinction de fortune et de naissance, tous les citoyens prirent part au gouvernement : on n'aperçoit, dans les premières nominations de ses treize prudhommes, t|ue des noms de bourgeois et de paysans. »
L*arcbevé(|uc de Besançon à cette épo<|ue, Eudes de Rougemont, avait xu avir un dépit cxtrénie Tissue de la querelle entre les citoyens et Tempereur; il espérait de grands avanUiges de cette guerre, et, loin d*en retirer le profit qall attendait, il n*y trouvait qu'un échec de plus pour sa puissance temporelle : de tout son pouvoir féodal, on ne lui laissait que le tonlieu, le droit de battre monnaie et ses tribunaux. Aux mécomptes vinrent se joindre les humiliations : l'archevêque, craignant quelque entreprise de la part des Bisontins, voulut s'assurer une retraite en cas (l*événemenLs, et à cet effet il c commença, l'an 1290, dit une vieille chronique franc-comtoise, à bastir une forteresse sur une montape dite Roignon, k présent Rosemont, proche la cité de Besançon, et fut parachevée l'an 1291 ; et étoit ladite forteresse, tant en hauteur qu*en largeur, très-forte, et découvroit jusque dans la ville, de telle manière que Yartillerie d'icelle pouvoit battre ladite cité : ce que connoissant les citoyens, sortirent de la cité, assez bon nombre, le dimanche avant la Madelaine. Ils pouvoient être six ou sept cents, qui s'étoient transportés auprès dudit château, tous munis d'armes h démolir l'édifice ; et, ayant fait parier à Tarchevesque, qui étoit dedans, lui remontrèrent le peu de profit qu'il pouvoit espérer d'une forteresse, et les incommodités qu'en pouvoit recevoir la cité de Besançon. Ainsi, ils avoient entre eux délibéré, se transportèrent en cette place, avec l'intention de la démolir et raser, le priant, d'autant qu'tf désiroit prolofifier sa vie, de sortir dudit château. Lui déclarant, en outre, que leur voIonU^ n'étoit autre que de ne point sortir de devaut le château qu'il ne fust mis par terre. Ce qu'entendant ledit archevesque, après quelques honnestes excuses, aima mieux céder à la force du peuple qu'jk perdre la vie, et sitôt qu'il fut sorti, on commença h démolir, et n'y demeura pierre sur pierre audit château, et même les pierres furent amenées ù Besançon, dont on fit les murailles d*Arènes et de Cliarmont. » L'archevê(|ue éprouva un autre déboire : il lui fallut, pour pouvoir rentrer dans sn ville épiscopale, faire remise â h commune de cinq cents francs qu'elle lui devait, et s'engager par serment à ne plus bâtir de forteresse sur le territoire de la citi».
Les Bisontins triomphaient ; cependant leur joie n'était pas sans inquiétude. Ils se sentaient sourdement menacés, dans leur indé|yendance, par un liomme dangereux et puissant qui venait de s'introduire à prix d'or au milieu d'eux : Jean de Chalon- Arlay, reprenant les vues ambitieuses de son |)ère sur Besançon, avait acheté de
KHANCIIKCOMTK AIJ.KMANDi:. :!|.*;
reui|K'rciir la in.iiric et ki vicoiiiKé; et rac(|iiisition de ces deux liofs plaiail mmis la iiiain du reiloiitaMe liaron d'Arlay les tribunaux, ainsi que pres(]ue (out le gouvniieinent de la ville. I^es eiloyens avaient niison de crain<lre : ils pressentaient nn luaitre en Jean de Clialon ; comme rarclievèipie, de son côté, voyait en lui un rival qui chercherait h lui enlever son reste de pouvoir. Kudes de llou^emont refusa tout d'alionl de reconnaître k's droits du haron d'Arlay sur la vicomte et la mairie, puis il lui suscita des entraves en investissant de ces deux nefs, <|ui relevaient de son (^ise, Hugues de Itoui^ogne, frère d*Otlion IV. Cet acte du prélat mit aux prises les deux com|)éliteurs, et ils passèrent Tannée I2^K) à se faire une {guerre furieuse, niais cil les succès et les revers se conti^e-balancèrenl. L*em|)ereur Adolphe de Nassau, successeur de Rodolphe mort en juillet liîiM , intervint dans la cpierelle. Ce monarque, qui sus|)ect;iit les intentions de la cité de Bos;m<:on envers l'empire et Temiiereur, tenait à la voir sous le jOug d'un «le ses partisans, et il donna Tordre à OUion IV d'investir de la mairie le baron d'Arlay. C'était faire au comte palatin une étrange position : on Tobli{ifeait à dépouiller un frère au prolit d'nn ennemi. iMhoa IV se sentit vivement blessé du rôle (pi'on Ini imposait; ce{)endant il n'osa pas désobéir, el en janvier 1â!)4 il se résigna, la rage dans le cœur, à investir le haron d'Arlay de la mairie de liesançon. L'archevêque prott^sta. Résolu à ne pas subir le baron d'Arlay, il offrit au comte palatin lui-même de le mettre en possession de la vicomte et de la mairie : Othon accueillit la proivosition du prélat, et il reçut rinveslîture de ces deux llefs; mais la mobilité de son canictère ne lui permit |ias d'aller jusqu'au bout du nouveau rôle(pTil venait d'accepter. Redoutant les conséquences d'une guerre avec le puissant bamn d'Arlay, nmi de l'empereur, il lui almndonna la vicomte et la mairie. Kudes de Roii{:[emont, indigné, exconnnunia le couiti.' do Bourgogne.
I..CS Bisontins s'intéressaient vivement à cette «pierolle dn prélat et du baron d'Arlay ; ils sentaient que leur liberté se trouvait au fond de ce débat, el ils en suivaient les péri|>éties avec une anxii'té i\m mettait leur ville en agitation. Le reste de la province était tranquille; mais approchait le moment où la Comté tout entière, rcveilh'e comme en surs;iut, allait se lever frémissmle et s'embraser dans la ^Mierre civile. Ce fut la main imprudente du comte palatin qui alluma Tincendie. Otlirui iV, humilié |Kir Teuq»ereur, excouunnniépar Tarchevéïpie, entouré d'ennemis et ne i)Ouvaut leur faire face, écrasé de dettes et i»e |>ouvaiit les payer, TMhon, cerveau faible et caractère extrême en toutes choses, perdit la léte et se li\ra an roi de France Philippe le Bel. Depuis longtenqis le roi Phili|)p<> le liel travaillait à s'assmvr la Comté de Bourgogne, en se faisant lanii du roinh* palatin : il l'attirait à sa ronr, le traitait avec distinction, se rattachait par ses bienlaits. Cdte adroite polilirpre avait |K)rté ses fruits. Déjà, eu l:2!M, Olhnn rt sa fcmuie Mahaut d'Artois s'éialeiit engagés à donner en mariage la prtit<' JeaiiiMS alnrs Jour uiiii|Ut' liéritirns à Tun lies deux tilsde Philipjte lelkM, vi les iiaiiçailli'& avaient eu lieu. Le maria;;e s'aorom- {dissanl, Je^mne apportait en dot, à celui di'S fils de France ({(Telle éjiousait, les cumtt^ de Bourgogne et d'Artois. Les embarras toujours croissants d'Otlion, sa haine envers TKm|>iiv, ses n^ssentiuienls contre le hanni d'Arlay, ses engap*ments avec kl France, tout contribuait à l'attirer de jilns en plus dans les bras do IMiilipiie
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le Bel, el le!2inai*s lâOo Othon signa cet ignominieux trailé de Vincenncs, par lequel il déclarait abandonner à sa Tille aînée Je^mne, fiancée au second fds du roi de France, « son couué, sa baronnie, sa terre, ses droiLs, ses hommages et ses liefs. » Olbon déshéritait tous ses autres enfants nés ou à naître, ne faisait aucune réserve des droits de TEmpire sur la Comté de Bourgogne et ne stipulait |)0ur lui qu^une simple pension.
À la nouvelle inattendue de cette honteuse transaction , la Comté prit feu : lus hauts barons avaient accueilli avec des frémissements de colère la publication de ce traité, qui leur donnait un maître et les vendait h la France. Du nord au midi de la province, ce n'élait qu'un cri d*alarme. On s*agitait, on protestait, on jurait de ne jamais reconnaître le roi de France comme souverain. Une ligue se forma pour résister à Tennemi commun, et le baron d'Arlay, qui avait tout à perdre à Texécution du traité de Vincennes, devint le chef du mouvement. L*empereur Adolphe, de son côté, confisqua la Comté de Bourgogne, qu'il réunit au domaine impérial. Phili|)pe le Bel ne s'eiïraya pas des cris de fiueur de Tombrageuse noblesse comtoise : il s'y attendait. Sans perdre de temps, il lit envahir la province, gagna le frère d'Othon, Hugues de Bourgogne, qu'il savait ennemi du baron d'Arlay, el le nomma son lieutenant général. Les troupes franchises s'emparèrent des châteaux et des villes du domaine d'Othon ; elles entrèrent même dans quelques fiMleresses ap|)arlenant à l'Empire. Hais ces prises de possession ne s'effectuèrent pas sans être vivement disputées : beaucoup de sang fut répandu, par suite des combats meurtriers (|ui se livrèrent sur divers ]>oints du pays. Les principaux des confédérés se réunirent à Besançon pour se concerter sur les mesures à prendre ; mais le roi de France ne voulait pas que cette ville devint un foyer d'intrigues contre lui, et, à Taide des intelligences qu'il avait su se ménager dei)uis longtemps parmi les habitants, il lit ouvrir à ses soldats les portes de la cité impériale. Les Bisontins s'étaient rejetcs du côté de Philippe le Bel, en haine du baron d'Arlay, à qui l'archevêque Kudes de Rougemont, fatigué d'agitations et de luttes, venait d'abandonner la vicomte et la mairie ; mais le roi mit la main sur ces deux fiefs, |K)ur la possession desquels on avait tant disputé.
La guene civile durait depuis |)rès de deux ans, et l'on n'en voyait ikis le tenue. « L'or de TAngleterre vint fournir un nouvel aliment au feu qui dévorait la Comté. Avec la permission de rein|)ereur, les barons se liguent avec Edouard, qui faisait la guerre à la France et qui soulève à la fois le comte de Bar et le comte de Flanda*. Il est convenu (â août i!i297) « que les nobles de la Comté feront et continueront « contre le roi de France, ses aydoiirs et fauteours, guerre vive et à perte dans la « Comté de Bourgogne et es lieux voisins, )» tant que durera la guerre de la France et de TAngleterre. Le subside annuel à fournir par Edouard est de trente mille livres tournois, outre une pareille somme une fois payée.
« Les confédérés éUiient Jean de Chalon, comte d'Auxerre; Jean de Chalon-Arlay; les deux frères du comte palatin, Kenaud de Bourgogne, comte de Montbélianl, et Jean (le Bourgogne; Jean, sire de Montfaucon ; (^.authier de Montfaucon, son frère; Aymoii, sire de Faucogney; Thiébant, sire de Neufchâtel ; Ilumbert, sire de Clairvaux, et les sires de Gex, d'Oiselay, de Joux, de Châteauvilain, de Montbéliard-
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Xonlron, de Honlferrand» de Corcondray ei d'Arguel. Le roi de France, à son tour, se fortifia de ralliance de Robert II, duc de Bourgogne, qu'il créa gardien de fai Cooité.
« i^ guerre continuait avec chaleur,... et la victoire était balancée par les barons. Philipfie aiïaiblil la confédération en la divisant : le premier baron qui cala fut Jean de (Uialon-Rocliefort, prince demi-français par son comté d*Au.\erre (mars iâ98}. Il fit hommage de tout ce qu*il possédait en Bourgogne au roi de France, qui promit de le protéger contre le ressentiment des barons. 1^ réconciliation de TAnli:leterre et de la France, et le double mariage qui la cimenta, achevèrent d'ébranler b li^e comtoise. Les confédérés, abattus, se réunirent dans les champs de Morre, petit village situé dans une gorge profonde près de Besançon, et Gauthier de MontfiHicon, Fun d'eux, fut chargé de traiter de la paix avec Philippe le Bel, |)ar la ncHliation du (Mipe Boniface VIII (20 avril 129À). L'empereur Adolphe mourut tfoelques mois après (i juillet iâ08), dé|K)sé à la diète de Mayence et tué de la propre main d*Alliert,'son rival et son successeur, à la baUiille de Gelheim. Philip|M^ le Bel gagna le nouvel em|)ereur en s'engageant h lui faire hommage de la Comté de Bourgogne...» Dès lors, la conféilération, abandonnée de l'Anglflerre et de rEiii|Nre, n'eut plus qu'à se dissoudre. Li paix se fit en 1301. Philip|)e le Bol ne foulut pas ré<liiire les barons au dt^espoir : il se born.'t à déclarer que le chAteau d^Omans, la Salle (l'Auleou maison forte) de Pontariier, dé|)endants du domaine, MDsi que le château de Clairvaux en montagne, ruim'^s pendant la guerre, seraient relevés aux frais des confédérés, et que ceux-ci lui prêteraient hommage-lige. Kn retour, le roi s'engagea à faire réparer les dommages que le feu et de longues hos« tilités avaient causés dans leurs terres, et à comerver leurs botis us et coutumes,
€ Ainsi finit cette ligue formidable;... mais le pays était couvert de ruines. I^'s confédérés, vaincus, conser>'èrent, malgré celte apparente soumission, leurs resseotiments, leurs haines, leurs affeclioiis, qu'irritait encore la naissance de deux eafanLs niAles du comte Olhon. Ils haïrent et méprisèrent celui qui les avait livn's à Li France en déshéritant sa propre famille. Parmi ces feudataires humiliés et vaincus, Je^n de Chalon, sire d'Ariay, jadis chef de la confé^lération, était celui que IHiiiip|»e désirait davantage acheter |)ar son argent ou captiver par ses bienfaits. Ce lier baron accueillit avec une secrète joie les avances du roi. Il voulait s'agrandir avant iDut ; il ne rougit point d'accepter une |)ension annuelle de mille livres sur le trésor de France (août 13<h2). Philipfte le laissa pn^ndre possession de la mairie et de la vicomte, objet de tant de combats. Jean de Chalon se consolait de son indé|)endanct» perdue, pr W s|»ecUicledesa haute fortune. On s'imagine dinicilemenl tout (*e qu*il avait arquis depuis vingt années, et cependant il n'en comptait guère plus de quanmtc. La phis grande |Kirtie du déiKirtemenl acttiel du Jura lui obc^ssait.... Par sj fiers^-vérance ambitieuse, il égala les richesses de son père. Tel fut, dans la Comté de IViurgogne, le fondateur de la maison d'Ariay, dont les descendants, pendant lieux siècles et plus, conservèrent une si haute influence *. >
(Hlion IV n'avait pris aucune part à la ;;:uerredes barons comtois : depuis le traité
• l^iNjanl Clfrc. Kttai iurïUiitoif ih la yraurke-4U9mté, iomf l*^ |Mife«48l tl «lifMltt.
de Vincennes, il éUiit allé cacher sa honte au sein des armées françaises, et il accompagna Philippe le Bel dans ses expéditions contre les Flamands. Otiion se distingua en 4303 à la journée de Cassel, où il commandait un corps de Tarmée royale; mais il mourut peu de temps après cette bataille, des suites d'une blessure qu'il y avait reçue. Par la mort d*Othon IV, le roi de France devint le véritable souverain de la Comté de Bourgogne : il avait vaincu la noblesse conrédérée, il avait reçu rhomma$,'elige des hauts barons, il tenait dans ses mains toutes les forces actives du pays, et le mariage de Philippe, son second flls, avec Jeanne II, fille atnée d'Othon, fit passer définitivement la Comté h la maison de France. Toutefois cette province resta sous la mouvance de TEmpire, comme nous rapprennent les documents historiques : en novembre 1299, Philippe le Bel, dans une entrevue avec Albert de HapslK)urg, successeur de Fempereur Adolphe, avait promis de « recognoistre la Comté (le Itourgongne du fief de TEmpire; » et par un traité du mois de juin 13i0, entre ce même Philippe le Bel et Henri VII, roi des Romains, il (ut convenu que c ledit roi d*Alemaigne recevra monseigneur Philippe, fils du roi, comme comte de Bourgoigneen son homaige, purement et clairement. »
I^ mariage de Jeanne de Bourgogne avec Philip|)e de France ftil célébré à Coii)eil, en janvier 1307. Après le festin des noces, Philippe le Bel fit appeler Jean de Chalon-Arlay et lui remit le brevet de gardien de la Comté de Bourgogne : le roi sentait déjà son autorité assez fortement établie dans le pays, pour en donner le gouvernement à Fancien chef de la confédération comtoise. Le baron d*Arlay ne trahit pas la confiance de sou maitre, mais il la fit tourner au profit de sa grandeur personnelle : il put, sans crainte d'être inquiété par le roi, poursuivre son projet de mettre sous le joug la cité de Besançon. Tout le secondait alors : Philippe le Bel lui avait récemment abandoimé la vicomte et la mairie de la viile; Hugues V de Chalon, son frère puiné, y occupait depuis 1301 le siège épiscopal, et la posilkHi des Bisontins éUiit déjà compromise par suite d'un événement hnprévu. On nous saura gré de citer encore ici H. Edouard Clerc, quia retracé en lignes excessivement heureuses cette phase de Thistoire de Besançon :
c Tant de puissance réunie dans la main des deux frères effraya la commune; elle les suivait des yeux avec inquiétude, comme si elle eût eu à craindre pour sa propre existence. Ce n'était encore qu'une fermentation sourde; mais un.incident înatlentlu vint faire éclater l'orage. Un citoyen, nommé Jacques Bonvalot, avait été tué par quelques hommes obscurs de la cité ; en condamnant les meurtriers aux assises de la mairie, les ofliciers de Jean de Chalon déclarèrent kMirs maisons confisquées et les adjugèrent au prince et à rarchevé(pie son frère. Cette sentence sévère |iorta au comble l'irritation.... Des propos menaçants se tenaient en plein bùtd consîslorûil : il fut décidé que les maisons seraient démolies.
c Le lendemain du dimanche de Quasimodo (1306), le signal est donné : d'aboni on ferme les |K)rtes de la cité ; le |)euple s assemble au son du beffroi, qui s'agîLiil avec violence du haut de la tour Saint-Pierre : la foule se |»artage et court à Battant, à Charment, au Maisel. Les plus ardents se précipitent dans l'intérieur des bitimenLs, dont ils pillent ou brisent les meubles. Les uns montent sur les toits ; d'autres dressent les échelles. Sous les eiï(»rts dos crocs, les uuirs sont renversés
PRANCHE-GOMTt. ALLEMANDE. 2i0
au milieu des flots de poussière, et le peuple fait retentir Pair de ses cris, comme si sa victoire eût été remportée sur les seigneurs de Chalon. Leurs officiers portëreni prompteroent au sire d*Arlay la nouvelle do cette scène violente. On peut juger do ^n irritation. Il se promet à lui-même une prompte justice, et monseigneur Hugius son frère, que le même coup avait frappé, se retire au donjon d'Avannt^, voisin du lifMibs, aprt-s avoir jeté Tinterdil sur la ville.
« L*e\communication, La certitude d'une guerre h mort avec le plus puissant s^'ijmeiir de la Comté, ou le désir de gaper du temps, firent condescendre à un lartiflnge ces répuhliaiins, si prompts à s'enflammer : Jean de Chalon, qui votdait fibire au roi de France en évitant un nouvel embrasement, se montrait assez facile ; il consentait à nommer des juges sans suspicion, pour occuper sa mairie et sa vioomtiS et permettait que Ton pAt appeler de leur sentence à rarchevéque, puis :i reinpereur. i)e leur côté, les Bisontins acceptaient la juridiction de ses officiers ; mats un seul point entrava le traité prêt h se conclure. Leur fierté s*indignajt à la pensée de relever les maisons abattues par le peuple ; ils offraient seulement d eu payer la valeur. On les décida cependant ;i accepter l'artiitrage de Hugues de Vienne, sin* de Pagny ; mais quand ils se virent condamnés par ce seigneur, ils s'obstinèrer.t à ne point exécuter son am't, et les menaces du sire d'Arlay ne purent vaincn» leur r^^olntion.
< IMus d'une année s'écoula dans les négociations. I.^ Bisontins se préparaient serrèleraent à la guerre. Albert régnait alors sur l'Allemagne, Albert, qui n'était Biooié sur le trône qu'en tuant de sa propre main, h la luitaille de Celheim, l'empereur Adolphe son rival. Depuis neuf années, la ville de Besancon, comme d'autres villes d'Allemagne, méconnaissait son autorité : mais, h la veille de la guerre contn' le haut baron d'Ariay, elle envoya l'un de ses citoyens, Bélénis, offrir à rem|>ereur son liommage, et cette tardive reconnaissance fut accueillie. Klle comptait donc sur un puissant appui, sur l'intérêt de l'Empire dans une lutte contre un prince vendu, diiail-eile, à La France. Du reste, elle ifavait de ressource, dans la lutte périlleuse qui allait s'ouvrir, que l'intrépidité de ses milices et quelques partisans anm's, conduits par Gérard, sire de Montcley, damoiseau dont les services avaient vu* aHh'tés à prix d*or. Mais réblouiss;uit souvenir de son triomphe |>assé aveuglait la multitude, et la haine du joug des Chalon enflammait tous les courages.
€ Le «iire d'Ariay, qui, en négociant, ne s'endormait point dans s.*i vengeance, vint dans les champs de Saint-Fcrjeux (village voisin de Besancon) : là il fit élever un trilHmaloù parut l'un de ses chevaliers, qu'il avait nommé juge dans sa querelle, en qualité de maire et vicomte de la ville. C'était Giles d'Achey. Trois fois, h son de trompe, le chevalier somma les citoyens de Itesanvon de paraître devant lui, et trois fois cet appel demeura sans réponse. Alors, d'une voix tonnante et solennelle, il prcmonea la cond;èmnation de la ville h vingt mille livres estevenantes (300,000 francs environ de notre monnaie), et le bannissement des vingt-huit notables, eomplict^s de l'outrage fait aux seigneurs de Chalon, jusqu'à ce qu'il plût à monseigneurd'Ariay «le lesrap|ieler de la terre d'exil.
€ Cette sentence étrange retentit comme un cri de guerre jusqu'au fond de Li cité, le baron d'Ariay était prit : s;i bannière rouge à Li l»ande d'argent fut La pn^uiiètv
â%0 IISANCHKCOMTK VNCIKNNK Kï MODKHNR.
<)ii& |><'irut SOUS lesiiiui^ de la ville. Elle élait suivie par ses nombreux vassaux, avtv les connnunes de Blelterans, de Nozeroy, d*Arlay et d'autres qu*il avait réceinmeiii aiïrancliies. Les vi^^oureux enrants du Jura étaient descendus de leurs montagnes. A s;) démarche allière et superbe, on reconnaissait le favori des empereurs et Tanii <lu roi de France, récemment nommé gouverneur du pays. Bientôt on vil se ranger à côté de lui les deux tils de Bourgogne ses neveux, Hugues, jadis son rival poiir cette mairie de Besançon objet de tant de querelles, et Renaud, à qui obéissait le comlé de Hontbéliard.... Dans celte année on distinguait aussi Hugues de Vienne H l(^ deux Montraucon, Simon et Gauthier, fiers de l'antiquité de leur race, la première de la ('.omté après celle de Bourgogne. Déjà leur père avait aidé Jean de Clialon TAiitique à abattre sans retour la puissance des sires de Joux. Cliililion-le-Duc, Ar- ;,Mu*l, Montraucon, forteresses féodales redoutée, enveloppaient la cité de Besançon comme autant de citadelles ennemies. Bientôt les murs furent cernés de toutes parts.
« I/aspect du péril n'ébranla |)oint le courage des Bisontins. Sur leurs murailles, moins élevées qu'elles ne sont aujourd'hui, sur leurs tours, dans de meiirtrièns sorties, ils se montrèrent tels qu'aux jours de l'empereur Kodol|>lie. Tn ciievalirr couvert de fer vient d'ailleurs partager leurs |>érils : c'est Tbiébaut, sire d'AsuH. Les portes s'ouvrent au nom de l'empereur, dont Thiébaut est l'envoyé. On l'euloiire, on le presse, il est conduit h l'hôtel consistorial, oii les notables et pnHlhonimes sont appelés. Son langage énergique efit rassuré des gens moins décidés. H ne lait que devancer les secours : rem|>ereur applaudit à leur courage et fait sa cause de la leur. Les notables, transportés de joie, renouvellent debout entre ses mains le serment d*une éternelle fidélité envers le S;iini-Kmpire romain. Thiéliaul ne perd |ioini de temps : il se fait conduire aux tribunaux de h mairie et de la vieoiuté, dont il prend possession au nom de rKm|)ire, sans oublier surtout les rentes ei les droits utiles dont il s'invesliL
« L'ardeur et le courage des Bisontins ne faisaient que croître : à chaque Cois que, i\u coté de l'Allemagne, ils voient s'élever un nuage de poussière, ils croient qu«* c'est ce secours tant promis, ^'.pendant les jours s'ajoutent aux jours, et biaitôt les revers aux revers, et le secours n'arrive point. Déjà le château et la terre du sîn* de Moncley, leur capitaine, étaient ruinés |)ar l'ennemi. Lji c«'un|Kigne voisine lie leurs nmrs offrait un aspect désolant : les vignes, cette belle et précieuse ridiesse (le la cité, arraclu'es et détruites; leurs moissons déjà mûres, foulées aux pieds dts chevaux. Vers le âO août, le désespoir, plus que les frivoles promesses du .sire d'Asuel, leur fait tenter un dernier efTort : les sept bannières, conduites par les hommes 1(^ plus valeureux de la cité, sortent des nmrs ; le sire de Moncley est à leur tèle« soutenu des ari)alétriers d'Arèm^ et du Maisel. Pareils à des sangliers furieux qui l»ercent la fourrée, les Bisontins doiment de la |)oitrine et de l'épaule k travers les rangs enneuiis. Aux cris, au choc im|)étueux de leurs bataillons, que rien ne peut ouvrir ni déromprCj le centre des Bourguignons recule, le sang coule; plus d'un brave succombe. iMais les ailes de la gendarmerie de Bourgogne fout un UMNivemem et envelop|)cnt les citadhis : de leurs lances roides et pesantes à bon fer de Coulé, ils percent à travers les cottes de maille; d'autres sont armés de pesants miuneaux : on entend sur les lM.ssinels le cli(|uetis haut et bux des baciies, maillets et pkmi-
l'KANCMi: - r.OV|TK ALI.K>IAM»K. i »t
In'vs. Ilaiis la mèliv, Jfîïiii do (Ilialoii, rrapiKiiil à deux mains, jnstiliail >on siiriKuii fie H9irhemaU, D«'*lK)nlés et à Tôtmit, les Itisontins sVhniiilenl : les bannières f1<*, Saiiit-Chi^'itti» cl d'Arènes sont enlt»v«''es ; pinsienrs ^ronverni'in's étairnl lijessi's on OfTÎs; les pins tinildi*s jfttent t:ir^es et annnres ponr sVnl'nir; leplns^rand nondiiv recule en lion ordn\ menace et rrap|)e encore en se retiratit. Mais mille hommes resU*iil ôtendns sur le champ de kitaille.
« Jean de (*lialon sonrit des désastres de Taif^le impériale et se llatte d'aller l«* k*fidoinaln planter son étendard devant Thâtel de ville. Ahnttns, excomnmniés, sans espoir contre la Con)té pres(|ne entière, les vaincns n*att(*ndirenl point W di^nitM' assanr. Li ville comptait à peine dix mille habitants, cl, cimi années anparav.inl, rîiiq <.*eiits avaient |»éri dans les glaces dn Honbs, entr onvertes sons lem*s {tas. I.es fh'lHilés de la cité allèrent traiter de la |iai\ :iii cii.ltean de Montlancon. Jean dr («linbui en dictai les conditions stAères. |j*s vin;;l-hnit mttables condamnés allèrent en e\îl; la cité n*obtint «pfen [larlie remise de la somme exorbitante que Ini avait imfiosée la sentence de Giles d'Achey. L(; lier baron (PArlay rejHit avec éclat possession de ses tribnnanx, son frère de l'archevécin'', vi la ville releva les maisons abatliies, triste nionnment de sa défaite la plus donlomvnse et Tune des |)Ins singtanfes qu'elle éprouva dans le courant de ce siècle.
• Ce n'était pas assez \m\v le baron d'Arlay de ce succès si vivement disputé. f>Nironné psir la victoire, il en |>rollta pour enchaîner d'une manièriMlnrable Tor^nieilkiise cité. Il Ini im|K)sa un traité d'alliance de soixante annérs, en vtMtu dutpicl i^lle. flevait lui fournir et à ses descendants le secours de ses bannières, et rf*cevoir dan^ se^ murs un certain nombre d'hounnes armés à sa srdde. t.a counnune aecepl.i a\er doidenr cette loi, si funeste à son indépendan<*e; le peujile la jura sur !a |d:ice Saint-Pierre, oii il avait été assemblé : on attacha au traité fatal le sceau de la cilé, |Miison le |M)rta an château d'Ar^uel, où le lier baron y lit aussi metln* le sirn. irest ainsi <pie, ponr un «hMni-sièeh', Jean de Cha!on-Arla> abattit le |K)u\oir pf>- |mlain*dans ces mêmes murs où son père Jean l'Antiitue l'axait si fort élevé rontie le |ionvoir fénnlal ; car rien n'égalait à cette ép(H|ue la puissance de la maison i\r Ch-'ilon. t!et assujettissement de la cité inijiériale date ]H'écisémenl de l'épiMpie m rilelvétie s'affranchissait dn joii;? de r.Vnlrirhe, et où riMn|)ereur Albert, «piî xoubit élouiïer l'insurrection naissinle, |H*rissail >ous le eouj» des assissins'. ••
A la même date se ratt;icheun événement qui caus;i dans la (lomtéde l!our{^o;rniuneseiisation profonde : il s'agit de l'arrestation des Templiers. Philippe le lt<*l a\aii fait plaaT sur le tnme |K)ntilical une de ses créatures, nouunéi* r»ernar'l d'.V^roùi. qui (irit le nom de Clément V ; mais, en retour, l>ernard d'A^^^nût s'était en;;a^é :i rendre au roi un service que IMulip|ie réclamerait et dé^i^uenit quand le tenqis en serait venu. Le j»enple a|)pelait cette c<»M\emion Ir tnarrlu* diubolitiur. I.e s<tmmen question était la destruction de Tordre du lemple, et, le l:( octobre l'»o7, vits W (loint du jour, «tous les Tenqdiers .;u'on trouva dans le royaimie de Trance furei.i tout â coup, et en un seul moment. s;u>js et renîermés dans djifi-ruite^ prisons. • I*liilippe le l»el avait attendu, |mur u^Xw, que h* ;:rand-niaitre de l'ordre et les autres
> taaai »*u' l'iliêtoirt de In tranchr-Cuinté, Iniiic It. \t.vj^v^ % n »ni\uu(
îi-ii FRANCHE - COMTÉ AISCIENiNE El' MODEUNK.
dignitaires fussenl sous sa main; ii les avait fait mander d*Orieut par le pa|)e, n«jii> prétexte d'un projet de croisade. Le grand-maltre h cette époque était Jac<|iics d<- Molay, né au cbâteiui <le Ualion eu Comté : il tirait son origine des sires de Loiig\\> , et sou nom, du village de Molay, à trois lieues de Dôle. Puiné de famille et pauvrr". Jacques de Molay avait de bonne heure traversé les mers, avec le manteau blanc i la croix rouge des Templiers, et il s'était promptement illustré. Il ne savait pas lire» ; mais nul plus que lui n'était terrible à Tattaque, intrépide dans le péril, redouté d« > Sarrasins, et, connu de Tordre entier pour sa bravoure, il avait été nommé gniiidmaitre à Tunanimilé, (pioiqu'il fût alors absent d'Orient. Sur l'invitation de Pbilippi* le Bel, il vint sans défiance d'outre-mer avec ses amis et le trésor de l'ordre. Le roi le revut à bras ouverts; il le pria d'être le parrain d'un de ses enfants, et même le là octobre 4307, veille de l'arrestation des Templiers, il le choisit pour tenir W poêle aux funérailles de sa belle-sœur. Le lendemain, une troupe d'hommes anué^ envahissait l'hôtel du Temple à Paris, maison qui était |e centre de Tordre, et Ton } arrêtait Jacques de Molay avec cent quarante chevaliers. Tous les .prisonniers funiit enfenués dans les geôles du roi.
L'acte d'accusation dressé contre les Templiers confeBait les choses les plus monstrueuses : entre autres, il leur reprochait de renier le Clirist comme un im|K>steur et de cracher sur la croix lers de leur réception ; d'adorer, au lieu du Christ, un démon ayant une longue barbe Manche et des escarboucles à la place des yeux ; de se livrer à la sodomie, et d'être initiés à Tordre par une cérémonie infâme et dégoûlante. Que les Templiers aient rapporté de leur long séjour eo Orient des rites bizaires et mystérieux, des superstitions grossières, des mœurs cûiirompues, ceb |>eut étrt\ mais n'a pas été prouvé; tandis.qu*il est certain que jusqa^i Philippe le Bel, Icuis vertus étaient restées éclat;mtes, et leurs vices obscurs : les Templiers s'étaient toujours montrés tidèles à la cause des chrétiens en Asie; ils s'avaient cessé de combattre vaillamment les ennemis du Christ, de verser leur Sttig pour le trioinplii* de la religion, de défendre pied à pickl les approches de TËurcg^rNou; ce qui soulevait contre ces religieux militaires l'envie et la haine de Philippe le Bel, c'étaient leur puissance et leurs richesses : leur puissance blessait TcMrgueil de ce monarque, Icui > richesses tentaient sa cupidité; car ils avaient le malheur de posséder le plus ricbr trésor du monde, d'être alliés à presque toutes les familles nobles, de se trouver propriétaires de dix mille chAteaux, etc'ét^iient la leurs crimes aitx yeux de Philipin: le Ikt.
ITaprès Tordre du roi, Tinquisilion de France conunenç;i des interrogatoires rii les tortures fournii*eut les preuves, et prescpie tous les chevaliers, vaincus par L*i douleur, avouèrent la plupart des crimes (pi'on leur imputait. Jacques de Molay protesta d'abord de son innocence; mais à la tin, cédant à la torture, et effrayé des accusations portées contre les Templiers, il (it(|uelques aveux et n'osa pas entreiirendre la défense des membres de Tordre. Alors les autres prisonniers dénoncèrent les bar baries dont ils étaient victimes : pour les forcer à s'avouer couimbles, on leur déboitait les membres sur le chevalet, on leur brisait les jambes dans les ceps, on leur chauffait les pieds à des brasiers ardents ! L'un avait été mis trois fois à la lorlui*e et gardé trente-six semaines au fond d'un cachot méphitique ; un autre avait
dSC FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
(le Chalon pour le contenir dans la soiiniission ; il cherchait à faiïaihlir en le AVentralisant; il Ini donnait deux gardiens au lieu d'un; dans les villes, il remplaruil Its vicomtes héréditiiires par des baillis révocables ; il faisait lrans|)orler à Paris les archives de la ('.onilé, alin de débrouiller dans les vieilles chartes les titres oiihli4''s d' la dé|)endance des hauts barons; il battait monnaie à Dole ; il essayait d'une rlianibn* des comptes ; il instituait le parlement.
Cp ne fut qu'apWîs la mort de Philippe le Bel, en 1314, que son fils et Jeanne si^ montrèrent pour la première fois en Comté : la noblesse du |Miys vint les Mwoir lires d'Auxonne et les conduisit à Dôle, où ils descendirent au palais de FnWTir- Barberousse. Le lendemain de leur arriviV, et les jours qui suivirent, furent consacrés aux prestations de foi et honmiage; mais en ceci le nouveau comte de Bourgogne dut se conformer à la fierté des usages comtois : là, le vassal ne prêtait |as hommage en fléchissant le genou devant son suzerain, qui restait assis; Fun H Tautre se tenaient debout, la tête découverte, puis le suzerain prenait dans ses mains les mains du vassal et le baisait à la bouche.
De Dôle, le comte Philippe et sa femme se rendirent à Salius, où les atlembil ]ilahaut d'Arlois, mère de Jeanne, qui leur fit une réception magnifique; ils y demeurèrent deux jours et revinrent a Paris, après avoir visité diverses antres villes de la Comté. Le mari de Jeanr.e ne devait pas revoir cette province : la fortune s'apprêtait à changer coutre une couronne de roi sa couronne de comte. Philippe le Bel avait eu pour suc^^sseur au trône son fils aîné, T^uls X dit W Hulin ; mais celui-ci mourut au bout de deux ans de règne, ne laissant qu*une filk* en bas âge, nouunée Jeanne, née de son premier mariage avec la fameuse Marguerite de Bourgogne, qu'il avait fait étrangler au Château-Gaillard en Normandie, |)our cause d'adultère; seulement, la reine Constance de Hongrie, seconde femme tie Louis le Hutin, se trouvait enceinte. Le comte Pi)ilip|)c, au moment de la mon du roi son frère, était à Lyon, où il s'occupait de l'élection d'un pape : Lyon, l'antique capitale de la (.aule romaine; Lyon, cette riche, industrieuse et grandi* cité destinée à devenir le Paris du midi de la France moderne, Lyon appartenait depuis i312 à la couronne de Philip|)e le Bel. A la nouvelle du décès de I^Hits le Hutin, le comte IMiiiip|)e accourut de Lyon à Paris, convoqua les barons du royaumt*, cl, de leur consentement, il fit d(Vcréter : que la régence lui serait dévolue jusqu*aux couches de la reine Constance; que, dans le cas où la reine délivrerait d*un enfant ni.ile, le comte garderait la régence pendant dix-huit ans, résignerait ensuite ttbrement le royaume à l'héritier royal et lui obéirait comme h son seigneur; que si, an C4)ntraire, il naissait une fille, le comte serait reconnu de tous comme roi. Hais Constance avant mis au monde un fils qui ne vécut (pie cinq jours, le comte Phili|ipe courut à Keims, s'empara de la cathédrale, qu'il envelop|)a d*une forte trmqie île ^'ens de guerre, et se fit sacrer. Puis il revint en toute hâte h Paris, «nssemlib l«s clercs et les bour,Teois aux Halles, avec beaucoup de grands et de notaMest du royaume, « et là, dit le Continuateur de Guillaume de Nangis, il fut dédaré qWè k couronne de France /c« fetnmes ne siircMent point ii3l7). » Ainsi s'établit oHte fameu.H(^ conviMition appelée loi salûfue, qui (excluait les femmes du trAne, et qni a été 1.1 garantie fondamentale de la nationalité française durant plu>ieurs si«*i*les.
•'lû (leiHiii |Kir les orgauos ^éuitaux ; un troisième mollirait deux os <|ui lui élaioiil
lombes des laloos par la violence du feu au(|uel on avait ex|)Osé ses pie<ls! (2esalH»*
niioations, qui transpiraient au dehors, indignaient profondômcnt le |)euple de Paris ;
mais le roi IMiilip|>c le IM ne s\mi inquiétait pas : il n'avait souci que d*en finir
.i\ei' les Templiers. Voyant (|ue la proeé<lure conduite par la commission inipiisi-
loriale niarcluit trop lentement au ^ré de s:i cruelle impatience, il convoqua les cou-
rites provinciaux et lit ainsi juger les accus4*s par deux triltunaux à la t'ois. Le coii-
r;7e de Paris, présidé \\iiv un arclievétiue vendu au roi, condanma aux llammes, eu
Il II seul jour, cinquante-quatre des chevaliers du Temple : ou les bnila vifs et à
/lelit feu, au faubourg S;ûnt-Anloine. Les autres conciles provinciaux ordonnèrent
«lo scmblahles exécutions, et les Templiers qui échapi)èrent à la mort furent ou
<-tf>iidamiiés à la caplivili', ou soumis à de rudes pénitences.
Uuant au grand-inaitre et à trois autres dignitaires, dont le jiape Clément V sVtail r«'->i'né le jugement, on les laissai en prison. Ils y pourriss^iienl depuis six ans, !c»iMpi*entin le roi Philippe le llel les lit traduire devant une commission de cardi- VB«tu\ nommée |)ar le |)ape. Au mois de mars I3H, Jacques de Molay et les trois m ■ très dignitaires comparurent devant leurs juges et renouvelèrent, dit-on, eu leur |»résence tous les aveux qu'ils avaient faits préeédemment. Il n'y avait |)lus que TamU ^ prononcer : pour lui donner de Li solennité, on fit dresser au milieu de la place *lti panis Noire-Uaine et tendre de rouge un échafaïul sur le({uel le tribunal vint l^tendre séance. Les quatre accnsi'^ furent amenés, chargés de chaines, au pied de ^^.*t échafaud, et s'entendirent condamner à la prison perpétuelle.
A Li lecture de celle sentence, Jacques de Mola> et le commandeur de Normaiidic •^'•iraclèrent leurs premiers aveux, renièrent leur confession antérieure et piott^sti*rent de leur innocence : « Il est bien juste, s'éi'ria Jacques de Molay en secoiiaiil ^t-s chaînes, il est bien juste que, dans un si terrible jour et dans les derniers mo- ^•leulsde ma vie, je décou\re toute Tiniquité du mensonge, et que je fasse couiiailn* la vérité. Je déclare donc, à la face du ciel et de la terre, que tout ci* qu'cm ^ lent de lire des crimes et de l'impiété des Templiers est ime honible calomnie. € :'i-st un onlre saint, juste, orthodoxe; je mérite la mort |Miur l'avoir accusé à la >^i|liciUlion du |)a|)e et du m. Je n'ai même lassé ta «léclaration (pi'on exigeait de viroi que |>our susiiendre les douleurs excessives de la torture, et |Hjur tiérhir ceux « lui me les faisaient soutïrir. Je sais les suppliées qu'on a l'ait subir à t(»us ceux qui
• Mit vu le eourage de ivvoipier une |Kireille eonfessioii : mais l'anri'iix s[NM'tacle «lu'oii me |>résente n'est pas capable de me faire eonlirmer un pn'inier menson^^'e par
• uiM'cond. J'ai trahi ma conscience, et je voudrais pouvoir expier ce fruTait parmi "Niippiice encore jdus terrible que ci'lni {\\\ feu. Je n'ai (pic ce seul moyen d'obti-nir 1.1 pitié des honmies et la miséricorde de Dieu. »
Les juges, frappés d'étonnement par ct*t incident iiiattrmlu, ne sa\ai(*nt que résoudre : ils s'ajournèrent au lendemain pour délibérera loisir; mais, avant (pi'ils < ussent pris une décision, Philippe le l»«*l déclara relaps Jacques de .Molay et lecomiiiaudeur de Normandie, les lit condamner aux llaimues par son conseil privé, et ('uutluin\ à la nuit tombante, dans une petite ile de la Seine .sur remplacement où H* Uxmve à présent la statue équ«*sliv ibî Henri IV i. Les deux Templiers furent
i'.l FIJAMLIIK-rjOîlTK ANCIENNt KT MtMMCU.NK.
I>iïik*s \irs 1*1 À jN'iU feu : < lis vireut pré|KHvr leur bûclicr d'uD cœur si ferim^ ti h n'^sfilii, (lit k; Conlinuakiir de Naii^s, ils persiscèrent si bien dans leurs déoéj^^l ions jiiM|irâ la lin, et soiiiïiirent la mort avec tant de constance, qu'ils laissèrent daii^ raduiiraiion et la stupeur tous les témoins ite leur supplice (Il mars 131 f». » Kn l'ffct, k'S deux martyrs ne cessi'reiit de prolester, jusqu'au dernier moment, de Tiin no4;ence de leur ordre ; et les assistants, à qui ce s|iectacle tragique arrachait df*N L'iruH*s, crurent entendre Jacques de Molay s*écrier. du sein des flammes : c Clëmeni, juge ini(|ue et cniel bourreau, je t'ajourne à comparaître dans quarante jours do vaut le tribunal du souverain jugi-! — Et toi, roi Philip|ie de France, dans un an j<' t'attends devant Dieu ! » Pendant la nuit, les œndres des deux liéi^ïqiies victimes furent nrueillies fKir des (lersonnes pieuses ; mais le pape Clément V et le nii IMiilipiK! le Bel ok^rent à la prophétie de Jacques de Molay : le premier ntountl le fO avril, et le second mourut le ^ novembre I3ii !
On a lieaucoup écrit, lieaucoup disserté sur l'ontre céR*brc et mallieureux ilii TtMuple, que les uns ont atUiqué et les autres défendu, que ccux-d ont saoctifié et cru\-LH voué à l'iiifauiie. Il faut le dire, si dans le procès des Templiers la jtisliceiie riiistoire a hautement condauiné les accusateurs, elle u*;à pas recueilli des preuves assez couqdètes |K)ur absoudre moralement les accusés : le stygmate de fopiirolin* i*sl rirsti* au front des bourreaux, sans que le temps ait eiïacé le doute qui plane sur riiinoceiice des victimes. Tout n'a été que ténèbres dans ce hideux prooès, et fesprii (herclie encore la vérité à travers les sinistres m\'stèi'es qui renveloppent. llai> J;icqui^ do Molay n'en restera |»as moins dclM)Ul, dans l'histoire, comme uoe antique ei noble ligure : le dénouanent de son existence en a fait un de ces types auxquels la niéuioire des hommes se plailà consacrer un souvenir à fuirt; et la poésie. refl<' p;iné(;>rislc inspiré<* des ^crandes infutinnes, est venue à son tour mettrele saan ifune immortalité |>opiilaire sur le nom du Kranc-(>)mtois Jacques de Moby, le«kTnicr grand-mailre des chevaliers du Temple.
qu'elle nfTeclionnait tout particulièrement, et qu'elle combla de faveurs. En 1314, cette ville avait été détruite par un terrible incendie : Jeanne contribua de ses deniers à la relever de ses ruines, et elle (il construire dans Fantique cliilcau de Gray, son séjour favori, une cliapelle royale et collégiale pour neuf clumoines et quatre clercs. Cray, à cette époque, n'avait pas un commerce qui répondit aui l)esoins de la population : en 1348, Jeanne y fit venir de Paris, et à ses frais, des tisserands et des drapiers, dont les manufactures prospérèrent rapidement. Gray ne jouissait pas encore d'un gouvernement municipal : par une diarte dn 8 décembre 13âi, Jeanne permit aux Graylois d'élire quatre éclievins pour radminislralion des biens de la commune. Encore une ville qui entrait dans la grande voie des alIniDchissemenls. Mais, pendant les vingt premières années du quatorzième siècle, plusieurs autres chartes avaient été délivrées aux populations comtoises : ainsi, en 1303, Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, affranchit Blye, aux oiYironsde Lorsle-Saulnier, et qui commença dès lors à devenir un centre industrid; en la Biéme année, Jean de Chalon-Arlay !<"' affranchit le bourg de Châtel-Blanc, autrefois cheflieu de fiefs et aujourd'hui Tune des communes du canton de Moutbe; en 13&4, Ilumbert de Cussel affranchit Clairvaux, qui n'est plus à présent qu'un bourg obscur de la Combe-d'Ain, mais qui eut jadis de l'importance et de Téclat. An moyen âgo, Clairvaux était une baronnie, et une foule de petits fiefs relevaient de sa justice seigneuriale. Puis, en remontant l'échelle des siècles, on voit que Clairvaux existait dès la plus haute antiquité : l'archéologie a découvert sur son territoire des restes de pierres qui paraissaient avoir été des dolmens, et d'autres pierres tranchantes ea forme de coins, qui senalent aux sacrifices du culte druidique. On a trouvé aussi» dans un cimetière gaulois situé à l'est de Clair>'aux, des anneaux» des coUiers, des débris d'armures, sous des pierres tumulaires en tuf brut, et Ton a recueilli, sur divers autres points de ce sol historique, des médailles à l'efligie d'empereurs nwiains. Admise à jouir des- bénéfices de la liberté, la vieille bourgade gallo-rumaiiie de Clairvaux devint promptement l'une des localités du Jura où l'industrie fit le plus de progrès. Mathay sur le Doubs, aujourd'hui simple commune de rarrondiasement de Saint-Hippolyte, et qui était anciennement une prévdié d'où dépendaient les villages de Bourguipon, Ëcot, Luceians et Bavans, reçut, en 1306» ses lettres de franchises de Thiébaut V, sire de Neufchâtel. En mai 1308, le même Thiébaut de Neufchâtel affranchit de la mainmorte les habitants de l'Isle-sur-le-Doabi, une des communes les plus célèbres de la Comté de Bourgogne au moyen âge; puis, dans le mois de décembre de cette même année, il octroya toutes libertii et frandùsee aux bourgeois de Blamont, vieille seigneurie à trois lieues do Montbéliard el près des frontières de la Suisse. Blamont était alors entouré de murailles et défendu par un cyteau placé sur le monticule qui commande la vallée; on n'y voit plus à présent qu'un petit fort casemate, pouvant recevoir au besoin une garnison de deux ou trois cents hommes. Une autre seigneurie, celle de Rochejean sur le Doubs, qui comp- Uiit plusieurs villages dans son ressort, reçut, en 1313, ses libertés municipales de Jean de Chalon- Arlay ; et au mois de mars de l'année suivante, le chevalier Tbiétiaut, de l'ancienne famille des sires de Belvoir, et Jeanne de Montfaucon sa femne» alTranchirent les hahit^mts de leur chàtel et bourg de Belvoir^ fief relevant de la
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siueraineté des comKes de Moiitlxiliartl. En [MH, Jeanne tie Bourgogne el son nuri Philippe le Long aiïrancliirent le Bourg-Dessous ou Bourg-le-Cunile de S;ilins ; deux ans iprb^ CtaampagDOle fut érigé en connnune p;ir Hugues de Clialon. Clianipagnotev oetle coquette et charmante |)otite ville des bords de TAin, el qui s*esl fait BM réputation populaire, dans les montagnes du Jura, |)ar son activité, son industrie el aoD commerce, a peut-être une origine ancienne; mais le silence des munu- ■esls historiques ne permet |)as de le prouver. Au moyen âge, Champagnole, cheflieii de tieb, était entouré de seigneuries dont plusieurs avaient des villages sous lev dcpendauce : ainsi Montrevel comprenait dans son ressort six villages; Cliâtel- Neafcn comprenait treize; Versren-Montagne, Imit; Monnet, dix ; Muntsaugeon et Syrod étaient également des liefs dominants. Montit*vel avait haute, moyenne et justice et possédait un cluiteau fort <|ui protégeait la plaine de Champagnole ;
château, que Ton croit avoir été construit par les princes de la maison de Chalon, offre encore des ruines assez im|)Osantes pour donner une idée de son ancienne loiidîté. Parmi les fiefs relevant de la seigneurie de Montrevel se trouvait Thistoriqoe village de Montrond, autrefois dérendu par une forteresse dont il ne reste plus qtte quelques pans de murs et une tour curieuse h voir à plus d*un titre. Lu autre chiteaii, celui de Vers, était Tun des plus remarquables des alentours de Cham|)agaole : des fossés, remplis d*eau au moyen de la rivière (rAnguillon, environnaient ses murailles que flanquaient quatre tours de forme ronde et d*une construction solide. Les murailles ont disparu, ainsi (|ue deux des tours ; les deux autres sont restées debout ; mais abandonnées à faction du tenq)s, elles se d^^gradent de jour ea jour, et, déjà toutes rongées à leur faite, elles sont en outre à moitié ouvertes, depuis le sommet jusqu'à la l»ase. A Valempoulières, lief dépendant de la seigneurie de Vcis, à Châtel-Neuf, à Monlsaugeon, à Monnet, il existait aussi des châteaux iwls, qui ne montrent plus à présent que des ruines et des rocaiiles. Le seul nionumtùi de ce genre que les guerres et les ans aient moins détérioré est le vieux aanoir de Cbàteauviiain, construit au douzième siècle : son isolement sur la crête d*un roc âpre et nu, ras|>cct de ses |)ierres noircies par le lem[)s, sa supei|)usition au-dessus des étranges rochers de Syrody masses énormes dont les unes forment des aiguilles hardies, et les autres des statues monstrueuses, tout lui donne un air de sombre majesté qui laisse dans Tàme une impression inetfarable.
Hugues de Gialon, lauteur des libertés de ChaniiKignole, alTranchit en iUi!;t Monliiîrey, encore une de ces vieilles seigneuries cpii avait jadis prévôd'*, terres vassales aft château fort sur la montape, et qui n*est plus à |)ivsent que rohscur chef-lieu f un des cantons de Tarrondissement de Dôle. L*année IMl fut, connue on Ta vu, la date de raiïranchissement de (iray par la cointCbse Jeanne, dont le nom se trouvai mêlé à toutes les actions g«'*nércusos. Ht cette princesse inlelli^vnte gouvernail avec une sagesse égale à s;i hientaisance : elle nirna^^eait adroitement les hauts barons, qui se laissaient insensiblement gagner à sa poliiiqur vi attirer sous le joii;^' de la domination française; elle veillait à diminuer le uond)re des (|uercllt-s paiticu* lières, si funestes à la prosi»érité du pa\s; elle faisait vivre la (lointé dans une dcuicc paix. Pendant ce tein|)s, le parlement de l>ourgogne, cette institution destinée à devenir la sauvegarde des hk'rtés imbliqucs, étendait sans hrnil sa juridiction, tra-
vaillail sourdement à miner le pouvoir féodal, et déjà s'essayait UuiidcmeDt à Trapper les petits seigneurs, en attendant qu'il fût assez fort pour frapper les grands. Sous l'influence de la paix, l'état général du pays s'améliorait : les villes et les txMir^ aiïrancliis croissaient en population et en richesse; le commerce et l'industrie commençaient à faire des progrès notables. A Besançon, le génie du n^oce grandissait et se développait au milieu de l'activité qu'imprimaient à cette ville ses marclu^ et ses foires célèbres; h Gray, les manufactures établies par la comtesse Jeanne étaient en pleine voie de prospérité; h Pontarlicr, l'exploitation des bois allait devenir une branche importante de commerce ; à Salins, déjà riche par ses salines, on voyait s'ouvrir quehiues magasins d'étoffes, quelques fabriques d'armes. Vesoul» Dôle, Poligny, Lons-le-Saulnier, Montbéliard entraient aussi dans le mouvement industriel ; Mamay sur l'Ognon tenait mercerie, boulangerie et boucherie, possédait une halle aux draps et attirait les marchands à ses foires périodiques; Orgelet, Saint- Amour, Clair>'aux commençaient à faire marcher quelques rouets et métiers pour le tissage des draps, des droguets et des toiles ; Arinthod, une de ces vieilles bourgades qui, comme celle de Chiin'aux, existait à l'époque séquano-romatne, et qui au moyen Age était entourée de murailles, Arinthod avait, dès le quatorzième siècle, des fabriques de chapeaux et de draps ; Fétigny, village des l)ords de l'Ain, et siUié sous le vieux château de Villette, allait bientôt avoir aussi ses chapeliers, ses boulangers, ses commerçants. Non loin de la Saône, entre Frétigney et la forêt de Beilevaivre, l'abbaye de la Charité, fondée vers 1130 par la femme d'un seigneur de la maison de Traves, faisait construire une forge, la première qu'on ait établie en Comté; et un (teu plus tard, dans la vallée située au pied du Ballon de Lure» des ouvriers étaient employés à l'exploitation d'une mine de plomb. C'est par ces mêmes ouvriers qu'a été bâti le village de Plancher-les-Mines, aujourd'hui l'une des localités les plus actives et les plus industrieuses de l'arrondissement de Lure : on y travaille avec une perfection admirable les vis à bois, les tire-bouchons, les boulons, les pointes, et l'on y remarque surtout les fabriques de carrés de montres en acier, en fer et en fer cémenté.
L'historique de la ville de Lure ne sera pas déplacé ici.
Lure (Luthera), dont le nom vient de lutum, marais, était connu des Romains, s'il faut en croire Pcrreciot. La position de cette ville sur la voie militaire qui allait de Luxeuil à Mandeure, et les débris d'antiquités exhumés de son territoire, semblent confirmer l'opinion de ce savant. Toutefois, il est certain que Lure avait uih* église paroissiale vers 614, époque à laquelle Déicolc, disciple de saint Colomban, vint fonder la célchre abbaye de Lure, sur un terrain que lui avait cédé un seigneur du nom de Werfaire. Ce monastère devint promptement riche et puissant, grâce aux libéralités de divei^s princes, et en 870 il avait assez d'importance pour qu'il en fut fait mention dans le partage de la monarchie franke entre Charles le Chauve et Louis le Cermanique. Lure et son abbaye continuaient à grandir et prospérer sous la |)rotei'tion des souverains, lors(|u'en 1)37 les Hongrois détruisirent de foml en comble la ville et le monastère. A partir de celte époque, Lure resta longtemjis à VvUii de village ; mais Tabbaye se releva promptement : en 957, l'empereur Othon le Grand, Tayani placte sous la mouvance de l'Empire, s'occupa de la réédiGer et
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hn lémoig^ » M eil >3 (tar le don des églises de Tavey, ftoyes et Danibenoit, avec une ceruine ticuuuc de terrain près de chacune d'elles. Henri il et Frédéric- BarbercNisse la mirent tour à tour sous leur protection impériale, en recounaissant UN» ses biens et privilèges. Frédéric il suivit les traces de ses devanciers : il prit âoiis sa spéciale sauvegarde Tabbaye de Lure et confirma le titre de prince de t Empire que portait le gouverneur de ce monastère; plus tard, rem|)ereur Rodolplie de lb(isbourg, après une première approbation des privilèges de Tabbé de Lure, tel renouvela le litre de prince et Tinvestit des régales et des fiefs de sa principauté. Prndant que les faveurs imi^ériales pleuvaient sur Tabbaye, la ville de Lure rcpre- Bail de rimportance; dans le courant du treizième siècle, elle s*entoura de murailles, tU à rêpoque où régnait la comtesse Jeanne, Lure jouissait, comme Luxeuil et Gni), d'un gouvernement municipal.
La lionne princesse Jeanne ne vécut pas assez longtemps dans Tintérét de la Coinlé : elle mourut à Péronne, le 31 janvier 1330, en allant recueillir la succession 4e la couitesse Mabaut d'Artois sa mère, décédée trois mois auparavant. On cnit généralement que la mort de Jeanne était le résultat d*un crime, et la rumeur |iobli4|ue accusa Robert III, comte d'Artois, d*avoir à |M*ix d'or poussé le cuisinier de b princesse à glisser du poison dans ses aliments. Li dernière |)ensée de Jeanue avait été une bonne action : par un codicille, elle ordonnait que Ton vendit sa maison de Xesie proche le I^uvre, pour bâtir un collège gratuit, où les c esdioliers de la Comté seroient en réception préférés à tous autres. » Ce collège fut construit sur remplaa'ment qu'occupe aujourd'hui i'Ëcole de Médecine à Paris.
Pans son testament, Jeanne II nommait héritière de ses comtés de Bourgogne et iTArfois, Jeanne 111 sa fille ainée, mariée dès 1318 au duc de Bourgogne Eudes IV, kquel réunit ainsi dans ses mains les deux Bourgognes, séparées depuis cinq cents ans.
La noblesse comtoise accueillit avec méfiance rnvénement des nouveaux souverains : lesinne, fille d'un roi de France", ap|K)rtait dans le pays des idées toutes françaises; le duc son mari, issu du sang Trançais, était un prince altier, ambitieux, enUt*prenanl, ennemi des grands seigneurs. Li^s hauts barons, si ombrageux ik l'endroit de leur indépendance, avaient donc lieu d'être inquiets : ils voyaient dans Kiides IV rbonimc qui serait pour eux une menace [>ei*manenu? et qui n'hésiterait pas à |K>rter la main sur leun> |>riviléges :
Lors fusl commune opinion Que le duc en 8ub]eclion Meltroil la Comlé de liourgognc, Qifil n'y auroil si grande bosic A qui no fisl baissier la teste,
cornuK' il est dit (huis im vieux poëinc du tenips. La guerre paniss;Ht inévit^dde, 4*ar nul des hauts barons n'outendail courber le front sous le jotig framjais, et le |»lus irrité de tous ces liers hommes l'tait le chef de la noblesse, Jean de Clialon-Arlay II, jeune S4*igneur de vingt-cinq ans, brave, énergi(|ue, opiniâtre, audacieux, inaccessible à la crainlo cuinnic au découragement, incapable de reculer devant aucune
^i KHANCHE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
extrémilé, et loiijoiirs prêt à monter à cheval ; en un mot, véritable type de cette chevalerie (falors, violente, orgueilleuse, indomptée*.
La publication du testament de Jeanne II avait excité une irritation profonde : b dérunlc léguait tout son héritage à Jeanne, sa fille de prédilection, et o*assipait qn^une modique pension à ses deux autres filles, Isabelle et Margtierite, mariées la première h Guy, dauphin de Viennois, et la seconde à Louis, comte de Flandre. Ces deux princes, indignés de voir leurs femmes sacrifiées aussi injustement, associèrent leurs griefs, leurs ressentiments, leurs armes, et marchèrent contre les troupes d'Eudes IV; ils furent secondés par Jean de Chalon-Ârlay II et par les autres barons de la province. Cette ligue formidable triompha des efforts de Hugues de Bourgogne, gardien de la Comté pour le duc son neveu. Eudes était vivement inquiet; mais, sur ces entrefaites, les Flamands, menacés dans leurs libertés, se révoltèrent, et oA incident changea subitement la face des choses. Le comte de Flandre, rappelé dans ses États par les événements qui s*y passaient, accepta la médiation du roi Philippe VI, beau-frère du duc de Bourgogne et le premier de cette néfaste race des Valois qui devait par ses fautes et ses crimes accumuler tant de calamités sur b France. Philip()e VI augmenta de quelques seigneuries Fapanage des princesses Is;ibelle et Marguerite : à la première il assigna les châteaux de Montmorot et de Château-Chalon, des rentes sur Salins; en tout, la valeur de dix mille livrées de terre kint on Artois qu*en Comté. La seconde obtint les châteaux d'Arbois, de Quifl||ey, de la Chàtelaine-sur-Arbois ; en tout, dix mille Uvrées de terre, comme sa sœur. Le duc Eudes IV demeura maître de ses comtés , et les hauts barons remirent à regret réi>ée dans le fourreau : ils prévoyaient que le duc, tout-puissant et jaloux d*uiie autorité qu'on avait voulu afTaiblir par des partages, n*cn deviendrait que phis audacieux dans ses entreprises; toutefois, avant de quitter le champ de bataille, les barons jurèrent entre les mains de Jean II de Chalon de se retrouver au jour du |)éril. On ne se trompait pas. Eudes venait de connaître le fond des coeurs; mais, en homme éclairé, il voulut fonder sa grandeur sur des institutions solides, et ce fut en s'aidant de la bourgeoisie qu'il porta la cognée dans Tarbre féodal. Les bourgeois le ser\irent avec zèle; ils savaient bien qu'en soutenant sa politique, c'était la cause des libertés publiques qu'ils défendaient.
Les embarras pécuniaires d'Eudes l'ayant forcé de rappeler les Juifs, ce prince régla ses finances; il mit aussi un ordre régulier dans ses justices et en établit uo tribunal suprême. Il fixa le parlement à Dôle, ville située à la frontière des deux Bourgognes, et qui fut redevable h ce choix de devenir la capiuile de la Comté. Eudes divisa le parlement en deux chambres : l'une était le |)arlement profiremeot dit; l'autre, celle des comptes |)Our l'administration des domaines du prince. Chaque chambre avait son président et des attributions distinctes, comme le rappellent les lettres du duc, qui portent qu'à chacun des chiefs desquelles (cliambres) est donné
I M. I^douard Clerc a traité d'une manière si remarquable (tome \\, pages 37 et saÎTintet) loale cette partie de notre histoire, que nous avuns la certitude de faire plaisir k dos compatriotes en reproduisant ici l'ensemble de ce beau travail. Nous regrettons de ne poaroir rapparier liuéralamcat le texte original , les exigences de noU*e récit nous obligeant tantôt d'ajouter, tmlAl é% fiùrt ëcs changements.
nUKCHK- court ALLBMANUE. 905
U titre de priiidmt^ et exfre$»ément dict que les deux chambrée ne pourront jÊÊmiê entreprendre Fune $ur Poutre. Ces lettres, par lesquelles Eudes IV établissait i U fois le parlement et la chambre des comptes, sont du 9 février 1333. Telle est rorigine de ce bmeux parlement de DAIe, qui tint une si large place dans Thisloire de la Comté. Vars le même temps, Eudes divisa la province en deux ressorts jNindpaax, Awumt et Aval, et les soumit Tun et l'autre à un bailli particulier'.
Au pariemeot il fallait des justiciables : Eudes s'en créa par les franekises et les ronunandises, roots magiques qui renfermaient toute une révolution. Les commandbes ouvraient aux officiers du duc les terres des barons» jusqu'alors si bien fermétA i toute juridiction étrangère ; les franchises, ou bourgeoisiei du prinee, donnaient aux sujets qui en jouissaient le droit de décliner la juridiction seigneuriale pour celle du souverain, et de se soustraire, par ce puissant patronage, aux tyrannies do seigneur immédiat. C*élaient \k des innovations tellement hardies, que les barons les accueillirent par un cri d'étonoeroent et de fureur; ils y voyaient la violation d'un état de choses qu'ils considéraient comme un de leurs droits et dont ils usaient d'une fortune inaliénable. I^ duc s'attendait aux cbmeurs de la noblesse ; il avait confié l'exécution de ses plans à Guy de Saint-Seine, sire de Villefirancon et baiMi d'Aval, homme de tèle et d'expérience, juge énergique et valeureux chevalier. Quelque seigneur se pbignait-il que le duc lui dérobait ses sujets, ou rerasail*il de laisser exécuter la sentence dans sa terre : le terrible bailli d'Aval montait à cheval, et, b hache en main, allait au besoin, avec cinquante hommes d'armes, §ùger b terre, c'est-à-dire y prendre, jusqu'à obéissance, hommes et bétail. Sourd aux crû et aux menaces, haï des nobles, qu'il méprisait, aimé du peuple, qu'il protégeait, Cuy de VHIefrancon remuait tout le pays : son nom y excitait autant de coièfe chez les uns que d'enthousiasme cliez les autres.
bans les premiers mois de l'année 1333, Eudes vint en personne installer son parlement de Dôle, puis il parcourut la province. Li noblesse, qui le suivait h cheval, était in<|uiète ; mais Torage se cacliait encore sous un calme apparent. Le duc visita successivement tous ses chiteaux, en fit réparer les murs, relever les tours, ordonna de grands travaux, et rentra dans le duché de Bourgogne. Pendant ce tiMops, Guy de Villefirancon poursuivait ses gageries ou saisies mol)ilières chez les barons : il gagea tour à tour Henri de Hontfaucon, cousin du duc Eudes IV, Jean de Chalon, comte d'Anxerre, et d'autres grands seigneurs. Ces liardiesses inouïes et répétées grandissaient le mécontentement de la noblesse, et déjà la révolte était (bos plus d'un cœur. La rage des hauts barons, ménagea auparavant avec sollicitude, croissait à la pensée que tous les égards étaient pour les villains, pour les communes. On respectait, on augnientait même leurs privilèges, et le duc avait décbré que son bailli d'Aval ne pourrait entrer en fonctions sans en jurer le maintien : aussi était-il fort aimé des villes et des bourgs. Par là il opposait puissance à puissance : c'était l'un des secrets de sa politique.
Ij" premier cri de guerre fut poussé par Jean de Chalon-Arlay II, que Guy de Vil-
• L^ bailliage d'Àmonî comprenait dans son remort lonU la puiif septenUfonale de la Comté de §Umrfiifne; il avait Vesoul pour chef lien. I«e bailliage d'Aval étendait ta circooacription dan»
lefrancon avait gagé le dernier. Jean de Chalon va trouver à son château Henri, comte de Montbéliard, et, (*œil enflammé, la voix émue, il lui demande s'il veut souiïrir longtemps encore Faudace du duc et les insultes de ses officiers ; il lui retrace riuimlliation de la noblesse, les plaintes du clergé, Tindignalion géoérale. Ces grandes immunités des hauts barons, vieilles comme la Bourgogne, défemlues avec le sang contre les comtes, les rois, les empereurs même, périront-elles en un jour devant les caprices du parlement et les chevauchées de ses baillis? Il lui dit que le grand sire de Neufchâtel et Thiébaut le jeune, son 61s, sont prêts et n'attendent qu'un signal de guerre : dans le Jura, le sire de Joux ; au delà, le comte de Neufchatel ; derrière les montagnes des Vosges, les Lorrains; au cœur du pays, la cité impériale de Besançon, avec ses créneaux et ses tours; et, à la première victoire, la Comté tout entière. Henri de Montbéliard s'anime en écoutant l'impétueux sire de Chalon : il entre dans ses idées; bientôt il partage sa colère. Ces deux seigneurs règlent ensemble le plan de la guerre, et ils la jurent sur les saints Évangiles. D'autres barons se lient par les mêmes serments '.
Jean de Chalon prodigue l'or et les promesses pour entraîner le plus grand nombre de seigneurs, et au mois d'avril 1336, tout fut prêt. Eudes se trouvait alors à Beaune, avec le roi de France : c'est là que les conrédérés lui font porter leur déclaration de guerre, et dès le lendemain ils montent à cheval, parcourent le pays, la torche et le fer à la main, ne res|)ectant pas plus la chaumière du paysan inoirensif que le manoir du seigneur dont ils ont à se plaindre. Une nuit, le 14 avril, Jean de rJialon escalade par surprise les murs de Salins, se saisit de la porte, s*approciie du l)Ourg commun, qui séparait le Bourg-le-Comte du Bourg-lo-Sire, et une poterne basse et étroite, ouverte au {Kissage des habitants, lui livre le bourg cooiiDun. Salins était bAti en bois. Jean de Chalon y met le feu. La flamme gagne rapideoienl, atteint les salines, dévore le faite des églises; et cette cité, qu'avait aimée et affrancbie son bisaïeul Jean de Chalon TAntique, n'ofTre plus à l'œil effrayé qu'une grande ruine et des monceaux de cendres.
Jean de Blonay, sire de Joux et allié du baron d'Arlay, attendait celui-ci dans b monLigne. Jean de Chalon y marche et brûle Pontarlier, dont les liabitants, comme ceux de Salins, tenaient pour Eudes IV, à cause des sauvegardes et franchises qu'il leur avait accordées. Les confédérés cherchaient partout Guy de Villefrancon, le delà partie méridionale de la province; son siège éuit établi à Poligny. Plu» tard» le doc Philipiie le Dm créa un troisième Uaillia^, celui de Dôle, démembré du bailliage d^Aval.
* Le vieux poëme déjà cité rappelle que
{.es principaax de ceiie gaerre Sont devx grands barons de la terre, Oui soDi Jean, dii de Cbalon, Kl le siie Ac Moiilfaunui.
IMuMeurs lurons d<^ la Comté, Ou de faict, ou de volonté, A ces dfu\ lunius joinrls esloieut:
Mais aurons bien distinnlolenl:
IMfH s<aU si r'estoil par amour, Ou |Mr la forre du st^ignoor.
iMlé bailli d'Aval : ce dernier D*a que le tem|)s de s'onfermer dans la forteresse de Grimontsiir Poligny; il s*y défend avec coiira;,^e, mais il voit la flamme monter dOTière la montagne : c'était le monastère de Vaux qui brûlait. Le 7 mai, le monastère de Baume-les-Moines, au fond de sa {çorge de rochers, é|)rouve le même fort. Baome-les-Moines, aujourd'hui liaumo-les-Messieurs, à trois iit^ues de Konsle-Saulnier, devait son nom à sii célèbre abbaye de l»énédictius, fonilé<* |mr saint Laulhein au commencement du sixième siècle, pillée et détruite au huitième par les Arabes, et rétablie vers les dernières années du neuvième siècle par s;iint I^'rnon, Cféaleur du monastère de Cigny. Les moines île Biuune possiulaient une fi^ranilc partie des terres de la montagne : pour être ailmis parmi eux, il fallait faire preuve de seiie quartiers de noblesse. Pri^s de Ikiume se trouvait la non moins célèbre abiave de CliAteau-Clialon, fondée vers 670 par le patrice Norbert etsa fenmie Kusébie, et habitée imr des religieuses dont les abbesses appartenaient aux plus hautes s des deux Bourgognes : on y suivait aussi la règle de siiint Benoit. CaïU* I, l'une des plus riches de la province, avait été dotée et agranilie par Charic- ■agne, qui l'entoura de nuirailles. Elle devait au souverain doua et m//iH'(iw, c'està-dire qu'elle fournissait, en cas de guerre, son contingent de soldats. Château- GkalOQ Alt affranchi en 1375.
Après l'incendie de Vaux-les-Poligny et tic Baume-lcs-)Ioines, rarnxHi des conft'*dérés se partagea, et les uns achèvent île ravager la monUigne, les autres st^ répandent dans la plaine. Choie, puissante forteresse à quehpies lieues de (îray, est pris sur Henri de liourgogne. Jean d^Oiselay brise les portes, renverse les nnu-s de Fabbaye de la Charité, et retient |)risonniers Tabbé et les relipeux jusipf à ce quils hii aient souscrit une reconnaiss;nice île trois cents livres. Aux environs de Uôle, Poiutrey 3Iontmii'ey, ainsi que irautres villages du domaine, dt'viennent la proie de nnoendie, et, six semaines durant, Jean de Clialon alhinjc librement les feux dans loule la Comté de Bourgogne.
Eudes IV ne paraissant point encore; il send)lait abandonner la victoire à s<'s enaemis : telle n'ét;iit pas son intention cep<Midant ; mais il avait compris ipril fallait taiocre, il avait compris ipie la perte d*une bataille serait |>our lui la |)erte de la Comté, et il ne voulait |kis entrer en campagne avant d*avoir réuni toutes ses forces. Le rendez-vous général était à Hole : ce fut dans le ValnrAmour ipie le due |iassa, le I*' juillet iii^M), ses brillantes trou|)es en revue ; elles ne sVIevaienl |kis à UKHiis de oetif mille chevaux, s<'ms compter les bonnnes de pini et de trait. On ne s«* ra|»pelait [jas avoir vu en Comté une armée si nondireuse : il est vrai (pie jamais soulèvement plus fonnidable n'y avait éclaté.
Fudes se mit en marche : il s*arrèta non loin de Dole et assié^^en Chaussin, bouri; du sire de Montfaucon, oii les confédérés avaient rassend)lé iks forces ))uiss;intes. La place était défendue |>ar des murailles et des fossés, et par une vaillante ^-arnison qu'une armée soutenait au dehors. Le (Uic \m\\\{ lM*aueoup de monde dans des assauts multipliés ; mais son opiniâtre valeiu' surm(»nta Ions les obstacles, et, après un siège de six semaines, Chaussin fut emporté. Le due, vainqueur, pass-i plus loin ; les ponts derOgnon et du Houbs avaient été coupés. Le mois d*aoùt s'étant ou\eri so|is un soleil brillant, la cavalerie put traverser la rivière à bassi'soaiix. Kudes \int
â66 FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
attaquer la petite ville de Marnav, Tundes fiefs de Jean deCbalon. Le château, assis en lieu bas, sur le bord de rOgnon, était entouré de fossés profonds que remplissaient les e:\ux de la rivière, et le pont de bois avait été abattu. Le diAtelain défendit vaillaniinent le châtel et la lourde porte ferrée ; sa résistance prolongea le pillage des villages environnanLs, où les cavaliers du duc enlevaient grains et bestiaux, et jusqu'aux livres et ornements des églises : ils coururent notamment à Somay, h Moulliier, i\ Chancey, à Virey, à Morogne, à Bay. Un soir, Eudes feignit un assaut : il rangea ses troupes en bataille devant la grosse tour, pendant que le sire de Vergy, avec cent bonnes lances, assaillait le mur le plus faible à l'autre extrémité de la ville. Le mur escaladé, les Bourguignons se répandent dans les rues, et le chiitelaiD, menacé de laisser sa tête sur le créneau, ouvre les portes du châtel. Le due y met garnison ; ensuite, les trompettes ayant sonné dans tous les villages, l'armée entière s*ébranle et se dirige sur Besançon, oii elle arrive sans rencontrer une seule troupe de confédérés sur son passage. Eudes vient glorieusement asseoir son camp au pied de leur plus puissant boulevard. Le 14 août, il s'établit dans le village et les champs de Saint-Ferjeux, à une demi-lieue des murs de la cité impériale; mais de forts dé- Uichements passent le Doubs dont ils vont occuper la rive gauche. I^ duc se dispose h presser le siège avec tontes ses forces ; mais les confédérés, à qui il ménageait une leçon sévère, ne mettent pas moins de chaleur et de hardiesse à se défendre. Ils ne cessent de harceler l'armée bourguignonne. Les hardis Bisontins et leurs bannières se montraient sans crainte hors des murs. Dans une de ces sortie^, le chevalier Jean d*Abbans s'approche du château de Thoraise, qui appartenait à Henri de Bourgogne ; et au moment où ce seigneur sortait de la forteresse pour se rendre à Tarmée du duc son cousin, Jean d'Abbans charge ses soldats et les met en fuite. Le chevalier et les Bisontins qui l'accompagnaient s'emparent du diâteau sans résisUmce ; lui-même, pour rafraîchir ses gens épuisés de soif, il pénètre dans les caves, ouvre les tonneaux à coups de hallebardes, puis remonte à cheval avec ses compagnons. Ija troupe victorieuse revenait à Besançon par la rive gauche du Doubs, lorsqu'un détachement bourguignon la force de passer à gué sur la rive droite, la poursuit avec vigueur et la pousse vers l'armée du duc, de manière k lui couper tout passage du côté de la ville. Les Bisontins, avertis à temps du péril de leurs compatriotes, sortent â grands cris de leurs murs et se dirigent résolument vers les champs de Saint-Ferjeux, où la trou|)e du chevalier d'Abbans a gagné une hauteur. A cet aspect, l'armée ducale s'ébranle, l'engagement devient général, les deux partis s'entre-choiiueut et se mêlent. Les Bisontins se battaient comme des lions, lors(|ue, attaqués h la fois eu flanc et de front par le duc, par Guillaume d*Antigny, par Jean de Bougemont et ses deux frères, ils commencent à douter de h victoire. Cependant mille d'entre eux se font tuer sans reculer d'un pas, et le reste se décide il battre en retraite au moment où le soleil allait quitter l'horizon. Jean de Clialon, l'œil en feu, couvert de sang, rentre le dernier dans la ville : il parle pour le lendemain d'une terrible revanche ; mais, pendant la nuit, son oreille est frappée de menaçantes imprécations : dans cha(|ue famille il manquait un père, ua fils : c'est la funeste alliance avec les Chalon qui avait entraîné la ville dans ce sanglant débat, sans profit pour elle. Le fier baron d'Arlay est obligé d'entendre les mois de
FKANCIlK-COMllî AIXEMANhK. 267
trèvo et do paix, cl il a|)|»rrn<i qur. |»lnsi(Mirs <!(' ses anviliaircs st' iMvparonl à la retraite ou déjà Font aliaiHlonnt' {M aoùl). l/ard)evn|iu>IIii;,'iirsVI «le Vionm% roiisin de Ciiiillaiiiiio «rAntii^iiy et siioecsseiir de Hugues V de Clialon, ne vonliil pas <|iie sa ville é|Hseo|»ale snhit les liorreiii*s d*iin assaut. Mt'uliati'iir et père eoininiin, vOlii de ses Imbits |)Oiitilie<iiix, suivi de son elerp's il se |)ivsente dans le camp du vainc|ueur. Ses i^aroles de paix sont écoutées. Le duc, (|ni ne \onlail pas réduire ses ennemis au désespoir, constMit à une trêve justprà Noël el se relire ave<; toutes ses trou|)es ikir la vallée de TO^mon. Les lUsontins ensevelirent leurs morts, «Micore étendus sur le champ de bataille, cpii porta dès lors et conserve aujourd'hui le nom de la Malecomhe, Longtemps la charrue y retourna les casques, les {glaives, les bâches el les hallelKUiles.
Pendant eette sus|)ension d*armes, mourulà Poli^Miy, ciief-lieu du bailliage il' Aval, fiuy de Villerrancon, Tintrépide athlète de Tordre nouveau dont il avait vu le triomphe.
1/hiver u'emiiécha pas la jiuerrc de si' réveiller avec violence après les léies d(» XoéL Aux environs de naume-les-Hames, la sei^rneurie de CusiUïce, lief relevant des comtes de Montbéliard, fut prise et brûlée malp^ré son château fort et ses sept pelîles forteresses. Mais tous ces revers n'ébranlent pas Jean de Clialon : seul, il soulient h\ confé<lératiOD ])arson énergii'; cepend;intsesalliésméine se refroidissent, cl autour des confédérés c*est le silence, c'est le désert, suite ordinaire <le la mauvaise fortune. La nécessité leur fait accepter enfin la médiation de Philip))e de France, reiloulable beau-frère de leur ennemi. L(*s conditions du roi étaient sévères : il semblait punir plutôt que ju^er. La sentence fut rendue au bois de Vincennes : |iour toute satisfaction, elle donnait à Jean de (iiiaion cinq uiille francs i\ verser entre les mains des Juifs, créanciers inquirtuns que le baron d'Arlav li:rts>ail fort, et un château incendié, qui déjà lui appartenait (le château d*Ar;rueli. Le sire île Montfaucon recouvrait des vignes ou (pielipies ouvrées de terre et perdait la >u/.eraineié de la seigneurie deChaussin. Mais le point capital, le maintien de rindé)»endanee féodale, n'élait |)Oint réglé : le roi pronon«;a seulement ()ue Jean de Chalon et le sire de Montfaucon iraient montirr ii riwtd du duc, si bon leur seuddail, en (jvui ou leur avait enfreint les coutumes de la iUmlc. Kl, |>ar ;iv;ince, les chefs des coufetjéres devaient être enfermés dans les prisons du Louvre, ))uis dans un chàleau du duc, aussi longtemps qu'il plairait au roi. lue pareille sentence renvei-sait tous les usa;:t s féodaux; car, dans la rudesse de ces itMups ;ruerriers, le bas baron», en ca> de violation de ses hmis us, se croyait fondé et contre tous à se faire justice par la iorce. Puis la peine élait indéiinie; mais, |>ar une seconde décision, te temjis fut Gxé : les deux chefs de la conlédération devaient tenir pri>oii iiendant un mois au Louvre, ensuite être conduits dans m) des châteaux du duc, à leur choix, et > [tasser quatre jours.
Ainsi se termina cette preunère lutte, si \ii»iennneiii en;:.!;:/"»' riihe le pouvoir v\ b féodalité : elle fut aiqtelée, du n<»m de son aulem', la fiucncdr (Jialon. Les \illrs applaudirent au triomjihe de la civilisation naissante. Knd(\s voyait la lortmu' di's armes seconder sa politique hardie; mais il sentait qu'il aarait encore à combattre : la noblesse comtoise n'était |)a$ domptée. Lu t«UI, les sires de I aucogney, armés
de toutes pièces et ligués avec Thiébaut VI de Neufcbâtel, demandent un supplément (fapanage pour Isabelle, dauphine de Viennois, remariée h Jean III de Faucogney. Vautbier de Vienne, gardien de la Comté, bat ces nouveaux confédérés, leur enlève Port-sur-Saône, et négocie lesarraesà la main. Port-sur-Saône, Tancien Partus Abucinus de Tépoque romaine, et plus tard chef-lieu du canton des Portisiens, était en d3il une ville considérable : elle avait des murs d*enceinte, une forteresse dont il reste quelques débris, et elle rivalisait pour le commerce avec la ville de Gray.
Après les sires de Faucogney, ce fut au tour de Jean de Chalon. L*orgiieilleux baron d*Arlay ne pouvait oublier sa prison du Louvre; de son côté Eudes IV ne pouvait oublier ni rincendie de Salins, ni la dévastation de la Comté. Salins commençait il se rebâtir, les salines à se relever de leurs ruines; mais Jean de ClialoD faisait construire dans le voisinage de Cbâtelguyon, forteresse qui lui appartenait et qui était, avec Hracon et Chàtelbelin, Tune des trois forteresses défendant les ap-* proches de Salins, Jean de Chalon y faisait construire un second château fort. Eudes IV lui ordonne de le détruire, et il élève lui-même un nouveau boulevard près de Bracon, au bord de la Furieuse. Le baron d*Arlay refuse d*obéîr ; il appelle les Bisontins à son secours. En 13iâ, la guerre éclate et se soutient avec acbamement. Le val de Salins, les campagnes d*Arbois sont désolées. Fidèles à ralliance, les bannières de Besançon arrivent et s'enfoncent dans les gorges couvertes de bois; mais leurs efforts ne peuvent sauver ChAtelguyon, dominé par la montagne. Les trou|>es ducales emportent d*assaut celte forteresse, la brûlent, la démolissent. Ce fut un feu de joie pour les Salinois, qui s'écriaient, en considérant remplacement de l'odieuse forteresse d'oii était parti en avril 1336 le brandon incendiaire si Jatai à leur ville : Nous sommes une seconde fois affranchis!
Jean de Chalon se jette dans les montagnes : pour une forteresse rasée il en prend trois, car il enlève les châteaux de Cicon et de Durfort à Jean de Cicon, vassal dévoué au duc, et il achève de subjuguer par la terreur le sire de Joux, toujours vacillant entre la maison de Chalon et la maison de Bourgogne. Vers cette époque» les chartes laissent apercevoir un grand mouvement de guerre dans les montagnes du Jura; mais l'histoire n'a pu en coordonner les éléments épars et incomplets : nos l>ères, comme dit M. Clerc, s'occupaient de se battre et non pas d'écrire.
La guerre, un moment assoupie, se rallume après la bataille de Crécy. Crécy ! petit village qui rappelle un grand désastre! journée funèbre où périt, sous les flèches des archers anglais, tout ce que la France possédait en noms illustres, en vailUnls hommes de guerre, des princes, des archevêques, des ducs, des comtes, quatrevingts barons à bannières, douze cents chevaliers, trente mille soldats ! Souvenir accablant, (jui réveille en nos cœurs à nous, enfants de la France moderne, une grande douleur patriotique : il nous rappelle la première des blessures nationales que notre France reçut dans son duel avec l'Angleterre !
Eudes IV avait vaillannnent condtaltu h Crécy, et Jean de Chalon avait poussé an cri de joie en apprenant le désastre de la chevalerie franç^iise. L'heure qu'il attendait ('st venue; mais il sait tout ce que lui a coûté la guerre de 133G, mais il lui faut de l'arf^ent, et il n'en a pas. Par une procuration du mois d'août 1346, il ordonne de vendre villages, forteresses, seigneuries. Il court aux châteaux de Thiébaut VI de
FRANCHE -COMTE AUXMANDE. âin
NtiiMùlel el «k's sires ilc Faiicogncy, (|iii hnilcnt, coiniiie lui, de prendre leur re- %'aDclie et de s'aiïrancliir d*iin joug odieux. Toute la confédération se relève. Elle se liâce d'écrire aux Bisontins, alliés mécontents, il est vrai, du baron d'Arlay, niai^ riiNiblicains jaloux et oiïensés \u\r le duc lie Bourgogne. Les eonféilérés sfmgeni surtout à rAnglelerre, et TAn^'lais les anime à la révolte : le roi Edouard se charge «le toutes les pertes de la guerre ; par avance, il paye à Jean de (^halon quarantecinq mille florins à Tccu.
iMus prouipt que Téclair, Jean de Chalon saisit de force TAule (maison forte) de Ponlariier : ses alliés dévastent les plaines de Cray ; la fumée des villages qui brûlent aunoDCe au loin leur |>assage. Otiion de C.ranson, lieutenant (rKudeslV, se liàte de finuer les |K)rtes des villes. Celles-ci se défemlent avec vigueur. Les bourgeois de Cray, conduits par les sires d'Achey, seigneurs valeureux, se jettent sur les villages du sire d'Oiselay et démolissent le château de Mantoche, d*où le dievalier d'Abbans leur faisait une guerre d'extermination. Dans le Jura connue au nord de la Comté, plus d*un comlKit meurtrier se livre : devant Montmorot |)articulièrement, une lutte Turieuse s'engage ; mais la fidélité des sires de Vienne, qui commandaient dans cette partie des monLignes, reste inébranlable en faveur du duc. Au milieu de Thiver, Othon de Granson avec ses hommes d*armes ravage les environs de Tlsle-sur-le- Doubs, vainement défendus parThiébaut de NeufcliAtel : toute la terre de risle,run des foyers les |)lus actifs de la révolte, offre Timage de la dévastation. I>es trou|)es ' d*Otbon de Granson pénètrent jusqu'au val deOambelin, dans la seigneurie de Neufchâtel. De son côté, Jean de Chalon emporte Chatelhemberl, Mathay, dévaste la UfTe delMontjustin, prévôté du bailliage d'Amont, levai de Vesoul, celui de Ikiume e( force la garnison de cette ville à brider elle-même Cour-les-Baumes, sur la rive droite du liuubs, et les villages voisins. Comme le baron ifArlay veut cette fois écraser son ennemi, il court en Lorraine, déride le comte de Blamonl à le suivre aiec sa bannière, revient en Comté, entre de nuit à Lure, et, à la lëte de cinq cents tommes d*annes, il |);ircourt, audacieux et menaçant, tout le bailliage d* Amont.
Dans cette terrible lutte, Kudes couipLiit beaucoup sur les villes, mais |)cu sur les
iioi>lcs, même sur ceux qui suivaient son parti. Il temporise, cherche des auxiliaires,
^licte â prix d'or l'entrée du château de Joux, mande h IVjle, puis trois fois contre-
inande ses barons. Il \k\t{ enfin de cette capitale vers les derniei^ jours de mai I3i7,
Uiarclie inquiet et indécis, s'avance jusqu'à r»iuune-les-Dames et n*ose, contre un
ennemi confiant et résolu, engager ime lutte sérieuse. Au milieu du mois d'août, il
^*aper<:oit qu*il ne peut plus, faute d'argent, continiu'r la camp;igne : réduit à solli-
«ler une première trêve jusqu'à la fin de septendire, il se retire s;ms bruit et va
caclier sa douleur dans rarmée du roi de Franco, qui marchait alors à la déli\rauce
fie Calais, ville que le roi d'Angleterre entourai! avec toutes ses forces, et dont le
sicgc se termina par le noble dévouement d*Enstache de Saint-Pierre, dévouement
qu'ont immorU'disé Thistoire et la poésie.
Depuis un an la guerre civile continuait en Comté, guerre entremêlée de succès et de revers et ruineuse |>our les deux partis. Jean de Chalon ne se soutenait que par l'argent île TAngleterre, et Kudes voyait ses liiiances s'épuiser. Mécontent, sondue, abreuvé d'ennuis, Eudes souhaita une trêve pour eu finir. Cette trêve fut le prélude
(l*unc paix humiliante : le duc perdit toutes ses dernières conquêtes et se vit oliligê de démolir la forteresse qu'il avait élevée à Salins, au bord de la Furieuse, tandis que le baron d^Arlay eut le droit de rebâtir sa forteresse de Cliâtelguyon. La ligue des seigneurs triomphait; c*est dire que les institutions établies par le duc au profit du peuple, et qui commençaient à s'affermir, reçurent du succès des confédérés une atteinte profonde : dès lors le parlement demeura sans force; il fut presque fermé. Puis le pays se trouvait réduit à Félat le plus déplorable : toutes ces guerres y avaient tué le commerce et Tindustrie, y avaient entassé les souffrances matérielles; et, d'autre part, les Juifs, h qui Ton avait permis de rentrer dans la province, empiraient le mal, en spéculant sur la misère publique, en ruinant par l'usure les meilleures familles et tous ceux que le besoin forçait de recourir h leur sordide cupidité. Pour comble, survint la grande peste de 1348 : cette cruelle maladie, qu'on appela la peste noire, avait d'abord éclaté en Asie, et de là s'était jetée sur la Grèce, la Pologne, l'Allemagne, l'Italie, la France. A Paris, elle enleva jusqu'à cinq cents victimes par jour; dans le Languedoc, les deux tiers presque des habitants succombèrent; il y eut quelques endroits où la dépopulation fut générale. 1^ terrible fléau, dit le Continuateur de Guillaume de Nangis, c s'avançait de ville en ville, de village en village, de maison en maison, d'homme en homme. La mortalité fut telle parmi ks hommes et les femmes, parmi les jeunes gens plutôt que parmi les vieillards, qu'on pouvait à peine ensevelir les morts. La maladie durait rarement plus de deux ou trois jours : la plupart expiraient subitement et, |K)ur ainsi dire, sans avoir été malades. Celui qui éuit sain hier, aujourd'hui on le portait à la fosse ; sitôt qu*unc tumeur s'élevait à l'aine ou aux aisselles, on était perdu. On n'avait jamais entendu, jamais vu, jamais lu que, dans les temps passif, une telle multitude de gens eussent péri : le mal, que les médecins nommaient épidémie, semblait se pro|)ager à la fois par la contagion réelle et par l'imagination. L'homme sain qui visitait un malade échappait rarement à la mort. » Un voile de douleur semblait rouvrir le monde. Les ])opulations, exaspérées par leurs souffrances, s'en prirent aux Juifs, qu'on accusait d'avoir empoisonné les fontaines, c machination diabolique à laquelle on attribuait la pestilence, » et plus de cinquante mille de ces malheureux furent torturés ou massacrés, victimes les ims de la fureur populaire, les autres de sentences prononcées parles tribunaux. I^s Juifs établis à Gray périrent du dernier supplice; ceux de Vesoul, Salins, Monlbéliard et autres villes eurent un sort semblable, car le fléau n'épargnait ims non plus la (^omté de Bourgogne. Il sétait aliattu sur elle au printemps de 13i9 : abordant par le midi cette province, il avait gagné successivement Poligny, Arbois, Salins, Besançon, bientôt tout le pays. Il frappait sur son passage (les localités entières; en qncl(|ues endroits, il enlevait les trois quarts delà imputation. Partout, dans les villes, dans les bourgs, sur les chemins, on n'apercevait que malades au teint livide, aux regards mourants, et dont la peau était couverte de bubons noirs, rougit ou bleuAtros. Los cor|)s, exposés à la porte des maisons ou jetés par les fenêtres, se corrompaient dans les mes. Les montagnes ellcs-méoies, où la pureté de l'air rend la vie |)l(is forte et plus longue, éprouvèrent Patteinte de la cont:igion ; là aussi, les villages se dé|>euplèrent, les terres devinrent incultes, et le nom de cette année teiTible s'y conserva sous celui de la grande mort. Est-il pos-
nUNCHe- COMTÉ ALLEMANDS. Î71
sible qu'il y ait pour les enfants de la terre d*aussi cruelles époques à traverser!
Ko celle même année 1349, le feu consuma Téglisede Saint-Ëtienne à Besançon, déjà incendiée une première fois par les Hongrois au dixième siècle, et reconstruite par Tarchevéque Hugues l<'^ Li luétropole de Saint-Étienne renfermait les tombeaux de plusieurs comtes souverains de Bourgogne, entre autres de Bainaud I^<^, Uuilbume le Grand, Bainaud Ul, Otbon !«'. Lu plupart de ces monuments furent dé« tniits avec Téglise.
Le duc Eudes IV avait été emporté par Tépidémie régnante ; Jeanne ill sa femme était morte deux ans auparavant. Eudes ne laissait pas d'héritier direct : de ses deux enfants, Tun, du nom de Jean, avait à peine vécu ; Fautro, appelé Philippe, avait Ini ses jours d'une manière tragique. Se trouvant eu Guienne, où les Anglais étaient entrés sous la conduite du duc de I^ncastre(i346), il assistait au siège d'Aiguillon, lors<|u'il fut emporté par son cheval et périt des suites de la chute qu'il fit en cherchant à se dégager. Philippe avait épousé Jeanne de Boulogne et d'Auvergne : de ce mariage était né un Gis qu'on np|)ela Philippe de Bouvre, parce qu'il avait reçu le jour au château de ce nom, situé près de Dijon ; et ce fut à cet enfant, alors âgé de cinq ans, qu'échut la riche succession d'Eudes IV. Jeanne de Boulogne prit la tutelle du jeune duc son (ils; mais il s'agissait de gouverner trois grandes provinces, romuie les deux Bourgognes et l'Artois, il s'ngissait de soutenir la puissance colossale élevée avec tant de vigueur et de persévérance par Eudes, et c'était une bien rude tiche pour une femme. Dès les premiers jours, la régente eut k ré|)ondre à un message de Jean de Chalon-Arlay il, qui, au nom des hauts barons de la Comté, lui demandait une entrevue : elle ap|)e!a près d'elle, à Dôle, le baron d'Arlay, Henri, comte de Montbéliard, Hugues VI de Vienne, archevêque de Besançon , « pour eux et pour tous les nobles de la province, à l'efTet d'arrêter ensemble certaines mesures concernant leur profit commun, le bien de paix et de justice. » Cette convocation (les seigneurs comtois à Dôie (1349) mérite d'être mentionnée : ce fut la première tenue d'une assemblée d'états dans la Comté de Bourgogne. L'archevêque de Besançon demanda que son droit sur la monnaie, droit qui lui avait été contesté |»ar Eudes IV, fût reconnu ; Jean de Chalon et le comte de Montbéliard demandèrent de leur côté, au nom de la noblesse, le maintien des anciennes franchises féodales. Li régente, faible, désarmée, réduite h obéir plutôt qu'à commander, souscrivit à tout ce qu'on exigeait d'elle, comme on le vit par ses ordonnances publiées à Gray, et stipulant la condition expresse c que toutes bonnes coutumes, libertés et franchises, <|ul sont et ont été en la Comté de Bourgogne, seront gardées et tenues, sans jamais aller eufontie. » Cha(|ue baron fut proclamé souverain dans sa terre, et toute tern^ fut mise à l'abri des commandises, U^iant aux bourgeoisies du prince, on les révoqua. Dans cette contre-révolution si |)eu disputée, les emplois furent donnés aux anciens ennemis du duc.
Ije triomphe de la noblesse ramena les guerres privées et l'anarchie au sein du |ia)s. Cet état de choses décida promptoment la régente à un second mariage, et le 19 février 1350 elle é|»ousa le fils du roi de France, Jean de Valois, duc de Normandie, héritier présomptif de la couronne. Au commencement du printemps de la mena année, Monsieur de .Normandie vint, à la tête d'un brillant cortège, prendre
i7â FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET liODERNE.
possession de ses nouveaux Étals. Il entra le 17 avril à Dôle» où tes hauts barons avaient été convoqués, et il descendit au palais de Frédéric-Barberoosse. En ce moment Jean de Chalon v arrivait de son chAteau de Lorme. L'altitude fière du baron d'Arlay annonçait le chef des confédérés : c'était moins un vassal prêt à s'incliner, (lu'un égal qui vient entendre et, au besoin, dicter des conditions. Deux cent trente clievaux marchaient h sa suite, et ses nombreux valets portaient la blanche livr^ de peaux d*agneau\. Dans les premiers rangs des chevaliers aux brillantes armures, aux écussons variés, se montraient près du sire d'Arlay les Neufchâtd, les Montfaucon, les Faucogney et tous les grands feudataires qui avalent si souvent troublé le sommeil d'Eudes IV. Nombreuse, malgré les ravages de la dernière peste» l'assemblée était attentive et défiante. Monsieur de Normandie parla avec douceur et déférence : il se montrait disposé *\ réparer les injustices de son prédécesseur; il jura de respecter les antiques franchises féodales, de suivre dans l'administration du pays les avis d'un conseil choisi parmi la haute noblesse, mais où les confédérés domineraient. L'un d'eux, Gérard de Montfaucon, frère du comte de Montbéliard, venait d'être nommé gardien de la Comté. Étranges vicissitudes de la politique! Les honneurs, les distinctions étaient pour ces mêmes hommes qui avaient abattu la puissance du dernier duc, oncle du nouveau régent. L'assemblée ratifia les ordonnances de 13i9, relatives à la garde et sûreté des manlies (grands chemins); à la monnaie estevenante, considérée comme la seule légale ; aux gageries^ qui avalent été interdites; au maintien des libertés et franchises; à la suppression des commandises; k la révocation des bourgeoisies. Le duc Jean n'osa parler ni du parlement ni des autres institutions qui avaient soulevé de si longues tem|>étes. L'assemblée se sépara. Ce fut la seconde tenue d'une réunion d'états en la Comté de Bourgogne.
Jean séjourna quinze jours h Dôle : lorsqu'il eut reçu le serment de ses fiers vassaux» et qu'il eut visité châteaux et bonnes villes, il rentra en France par le dudié. Peia de tenq)s après, la mort de son père, en août 1350, lui ouvrit le chemin du trtae. Le nouveau roi avait compris quel secours il pouvait tirer de la noblesse comtoise : il connaissait cette chevalerie bouillante et ombrageuse, pauvre sous ses habits (I& soie, ayant au logis vaisselle d'élain et meubles en bois grossièrement travaillés^ mais dont l'unique pensée était la guerre, dont l'unique dé|>ense était les pesante:»» armures, les beaux coursiers, les selles dorées. Il fallait la gagner à tout prix, empêcher surtout qu'elle ne se donnât encore aux Anglais. Dans ce but, le roi leau caressait plus que jamais la confédération, qu'il redoutait. Aussi, en iSSO et iSSi, 1» noblesse comtoise obéit librement, mais avec joie, h rap|)el du roi de Fiance contre l'Anglais. Jean de Chalon, l'un des capitaines de l'armée royale, partit pour la Sain* tonge et assista au siège et à la capitulation de Saint-Jean d'Angély. Il (allait conil»atta' et toujours; mais le roi, renouvelant la trêve avec les Anglais, n'eut plus deguerre étrangère «^ offrir aux barons de la Comté. Alors la noblesse, dont la Ibugmr dét)ordait de toutes parts, envahit i\ l'intérieur la montagne et la plaine. On vit avec étonnement des amis, d'anciens alliés, armés les uns contre les autres, et cela pour de frivoles questions de rivières, de chemins, de rochers. La guerre rugissait partout, dans la plaine comme dans la montagne. Le roi de France était stupéCiit : la France, dans ce siècle belliqueux, ne lui ofTrait pas d'exemple de cette lièvre guer-
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rière. Jean, dans l'inténït de ses projets contre rAnglelorre, désirait la lin prochaine de ces débals sanglanls, et il priait, pressait, menaçait le gardien de la Comté; mais sa voix se |ierdait au milieu des cris des combattants. La voix de Jean de Clialon parvenait seule à se faire entendre. Arbitre de ces querelles, an sein «le ranarebie que b noblesse décorait du nom d'indépendance, le baron d*Arlay laissait reposer la vaiibnte épée qui avait sauvé les franchises des hauts biirons. Puissant, redouté, maquille, roi des montagnes du Jura, il se voyait renaître dans ses trois Tds, dont rainé revêtait déjà la cotte d*armes. Avec lui, le Jum, cha(|ue jour dépouillé de ses vieilles forêts par les conquêtes nouvelles de la culture, semblait avoir retrouvé son antique indé|K*ndance : la liberté y faisait des progrès au milieu de ranarebie génénie. Le grand Chalon^ comme on appelait le baron d^Arlay, avait repris la {lensée féconde proclamée par son illustre aïeul Jean de Chalon TAntique, h savoir que les aflranchisscments étaient une source de prospérité pour le seigneur connue pour le sujet, et il avait affranchi successivement : la Rivière, bourg consiilérable ;i celle époque, aujourd'hui simple commune rurale du canton de Pontarlier ; la seigneurie de Rochejean et toutes les terres (|ui en relevaient; le val de Miéges, le(piel conipns ■ait un grand nombre de villages; Frâne, lioujailles, la Chapelle-d'Ituin, Uouverans, communes faisant actuellement partie île Tarrondissement de Pontarlier; tous les Tiilagesde la terre de Nozeroy; le village de Chavannes, et le val de Chambly, qui s*ouvrc sur la Combe-iFAin.
Hais, sous le règne d'KuiIes IV, plusieurs antres chartes avaient été délivrées par divers seigneurs aux habitnnts des montagnes : ainsi, la seigneurie de Rouclans, :i trois lieues de Ruime-les-names, et célèbre par son ancien château fort, avait éié ilfranchie en l'iSi par ThiébautV, sire de Neufchâtel; Ruffey, autrefois viilf Ê/réable^ dit Gilbert Cousin, aujourd'hui Tune des riches et populeuses connnuni'S do canton de BIctterans, avait été affranchie par Philippe de Vienne, sire de Pymont, CB 133^1; la Chau\-<lu-Dombief, bourg à (jnelque distance de Saint-Claude, par le lire de 1* Aigle, en 1335; le village Les Allemands, près de la frontière suiss<î et à une lieue de Hontbcnolt, |Kir le sire de Joux, en 1337; Chàtelvieux de Vuiilafans, fief lie la liaronnie de S^dins, par Gérard dti Montfaucon, en 1338 ; le bourg île Clément, seigneurie appartenant, connue celles de Blamont et de risle-siir-le-I)onbs, :\ l'illustre maison de Neufchâtel, par Thiébaut V, sin^ de ce nom, aussi en t3;)H; Passavant, dans les environs de |{:nime-les-names, par Henri deMontbéliard, l'ami du grand Chalou^ en 13^^!); SainttvAnnc près de Salins, par Hugues de tlhalon, en I!i4<); ClKUillon-sous-C^ourtine, anciennement forteresse imposante, à présiMit modeste village de la Combe-d'Ain, par Jean de Chalon, seigneur de Ligny-le- Cbsitol, en 1341; Cranires-le-Hourg, liefd'nn*» baronnie tléjà célèbre an onzièuie siècle, par Henri de Montbéliard, en 13i3; Conliége, chef-lien aduel du canton de oe nom, par le sire deLigny-le-Chà(el, en t3tr>; les villa^'es deCiiisia et deChevroz, le premier dans le voisinage de lîeanfort, et le si'cond tians les environs île S^iint- Aroour, par Guy de Vienne, seigneur de lluffey, en I3iî). Les monlagiies eniniient à leur lour dans la gnmtle voie des aiïrancliissemenls : mais, chose singulière! ceux qui leur octroyaient la liberté étaient presipie tous des confédérés, étaient ces mjmes hommes qui se battaient à onlnmce |)Our défendre Tindépendance féoilale.
27i FHANCHE - COMTÉ ANCIKiNNE ET MODERNE.
A cette époijne, Saint-Hippolytc, vieille seigneurie des montagnes du Jura, posstHiait déjà depuis un demi-siècle son gouvernement inunicî|>al : les bourgeois de cette ville jouissaient des mêmes franchises que ceux de Montbéliard. Saint-Hippolyte, (pialilié de villa Sajuti-IIippolyti dans plusieurs titres des onzième ei douzième siècles, était alors im des lieux les plus considérables du canton d'EIsgau. Li ville acquit de Timportance par l'exploitation des sources d'eaux salées qu'elfe avait à Souice, dans son voisinage, et elle devint la capitale du comté de la Roche et de la Franche-Montagne, ()ui comprenait les seigneuries de Saint-Hippolyle, Maiche vi Saint-Julien, toutes trois du fief des comtes de Montl)ériard. Ces seigneuries avaient chacune leur château fort. L'ancienne capitale de la Franche-Montagne n'est pins aujourdliui qu'une petite localité de sept à huit cents habitants, et son fameux diâteau des nobles sires de la Roche est à présent détruit : de cette forteresse seigneuriale, qui portait orgueilleusement dans les cieux sa couronne de créneaux, il ne reste plus, comme des forteresses de Maiche et de Saint-Julien, que quelques piem'S (entourées de broussailles ; mais parmi ces manoirs féodaux il en est un dont le nom a consené une célébrité lugubre : c'est le chAteau de Maiche. De nos jours encore, le paysan des montagnes ne passe pas devant les ruines de ce manoir sans leur laisser un mot de colère : il se rappelle que quand les seigneurs de Maiche étaieat à la chasse en hiver, ils avaient le droit de faire éveiUrer deux de Uun serfs pour se réchauffer les pieds da}is leurs entrailles fumantes ! On reftiserait d*admettn^ im fait aussi monstrueux, si un procès célèbre n'avait levé tous les doutes k rot égard .
A côté de l'horreur qu'inspire le souvenir du sauvage privilège dont jouissaient les châtelains de Maiche, on est heureux d'avoir h rappeler les sentiments pbUanthropiques que Hugues de Vienne, archevêque de Besançon, exprimait dans sa charte d'affranchissement aux habitants de («y : c Cil de main-morte, lit-on dans cet acte remarquable, négligent de travailler, en disant que il travaillent pour aultnii, et pour reste cause il gastent le lour, et se il étoient certains que demoureroit à leur prou- (hain, il le travailleroient et acquerroient de grant cueur.... I^ leu aflhincbi, U voisins, li prouchains, li loingtains, à plus grant saultez de cueur et de corps, pour lour et lours hoirs, attrairont (attireront) à Gy, pour cause de la franchise et de b fourteresse, lours corps et lours biens ; et lours fils, et lours filles, et lours pareus marieront ; ce ()ue il ne vouloicnt faire devant, |)our la main-morte.— La ville de (;y sera grandement amendée dans bref terme.... Pour cause de bons lerriloires qui sont es linage de Gy, de Bucey et de la poosté (prévôté), les terres à présent vatpians et non cultivées.... se planteroient et esdifieroient. »
C*ét;iit juger en philosophe la (|uestion de la mainmorte. Honneur et reconnaissance à l'archevéfiue Hugues VI de Besimçon, pour avoir attaché son nom à Tacle d'affranchissement le plus large et le plus généreux qui soit conservé dans les aunales fnmc-comtoises ! Cette charte porte la date de 1347.
(;y, iM'titc ville à cinq lic^ues de (^ray, éuiit autrefois place de guerre. Son nom n'est pas connu dans l'histoire avant le onzième siècle, c'est-à-dire avant Tépoque où le comte Kaymond iW bourgogne, l'un des fils de (iuillaume le Grand, tfgua Gy ;i ses liéritiei-s. U\ ville avait, pour se |»rotéger, une foileresse bâtit* sur la cirék'^
FRANCHE- COMTÉ AI.LKMA.NDK. i7'i
d'une colline, et qui recevait p^nrnison : ce ch.îtcaii servit plus tanl de inaisuii de. campai^e aux arclievêiines de Kesanroii, devenus sei;;neiirsde (■> ; il est iiiaintcnanl iiahilé |iar linéiques ramilles de cultivateurs.
Sept ans plus lard, au uioisdejuiu UMH, une autre petite ville duhaillia^'e irAraont, Maniay, recevait à son tour sa eliarte d^iiïranclilssenient : ctï lut Jean de Ui^lon-Arlay II qui la lui donna; et, en octroyant à ses hu'n-anu's htninm's dcMariMijy, vraie, pnre^ liale iloyalei el periH'tnelle franchise et liberté!/, il leur permit de se clioisir trois ou cinq échevins pour Fadministration dosiilTaircsde la comnmne. Ilarnay, .sur la rive droite de r()gnon,est un lieu de vieille origine : selon quelques aulciirs, il occupe remidacement de rancienne cité romaine de Kuiïey, détruite au diiquîènie siècle par les Vandales. Au quatorzième siècle, Marnay était renonuné pour son industrie et son conunerce, et ce bourg possédait alors un cliâteau trèsvaste el bien rorlilié, qui soutint iionoraldement plusieurs sièges.
En anticipant un peu sur les dates, on voit qu*au mois de mars \'Air2 Iléricourt, Tille h cinq lieues de Lure, cmuiuit à son tour ses libertés, avec le droit de se clioisir ne^( boufifeois jurés, pour radministration des biens de la comnmne : ce Tut Marguerite de Bade, lille de Jeanne de Slonlbéliard et de Haoul-IIesse, marquis de Iiade, qui raiïranchit de la mainmorte, ainsi que toutes les terres appartenans et apprnians à cette seigneurie, Clémont et Cbàlelot entre autres. Iléricourt, mentionné pour la première fois dans un diplôme de II7;{, ne faisait pas encDre i»artie, au quatorzième siècle, du bailliage (rAmont, et uvUùi pas non [dus sous la dépendance des comtes de Bourgogne, c Placée es bornes de Ferretle, près de liourgougne, » oomine disent les vieux titres, la seigneurie (rilèrirourt, apivs a\oir app.n'leini successivement aux maisons de Montbéliard, de Kerrclie, de I!ade, île IJnange et d'Au- Iridie, devint en 1377 la pro|»riété des sires de Neu(cii;îlel, (|ui la possédèrent, comme leurs devanciers, en propre et fram' alleu. Plus lard, en \oiC>, c'est-à-dire à la mort du dernier mâle de la maison do Ncurdi.Uel, les comtes de Furstemberg se saisirent àmain armée d'IIériconrt et des tenvsqui en dépendaient; maisen lo:2<> Guillaume de Furstembcrg vendit eetle seigneurie à iMidinand, arcbidue d'Autricbe. Deux ans apK^s, celui-ci la revendit au comle d*(M'tenl)Ourg, son gr;ind-tré>orier. A quelque temps de là, le duc l'irieb de Wurtemberg, issu de la maiM»n de Montliéliard, réclama contre les comtes d'Ortenbourg lesilroits de s;i lauiille sur Iléricourt; OU recourut à la voie des négociations, mais elles n'amenèriMil aucun résul lat. l'Irich mourut sans que le dilTérend (ùi arrangé. (Christophe de Wurtemberg, son successeur, continua de faire v;d(»ir les prétentions de >a niaison contre les Orlenliourg : il finit par obtenir gain «le cause, el n\ l^r»! il eéda in .«rigui'urie d'Héri- COiirt à son cousin Frédéric de .Montbéliard, qui la irausuiil en loule souxerainrlé à ses successiMirs. Héricourt possédait un ehàti-au fori doni les souterrains eonunmiiquaient à un autre château bâti sur le Moni-Vaudnjs, |Miiiit k> jilus élrvé de son territoire. On voit encore les vestiges <le ces ^oulrrrain<, ri les rrsh'S de qn('lqur> autres vieilles et curieuses constructions'.
> ■ Le fliiteau d'Umrourl, lil-on ibns un ninniNmi ilu sri/iiMii'.> <\viU\ l'i lit wuo luile iiLii^nri. Toire pour y lo^erun prince vX y ihirnur u<»iirôtii(^nl. U y:i\oii qunUiivi» (-!i.-inilMr> fiMi hifii iiuMiliiêos, tant de liU de >oie, U|iissiM-ie« (|i>*aiitrcs iiu'ulilcs; rnèinc y :ivoit un ncl de son' ;l^ec iIvn |>tflitvs
Cependant, à l'époque où le grand Chalon aiTrandiissait les habitants de Maraay, une vive agitation régnait déjà de{)uis un an au sein de la Comté de Bourgogne : c*esl que le roi Jean, si conciliant, si doux avec les hauts barons lors de son vo>age à Dôleen 1350, avait changé de politique. Gardien des deux Bourgognes au nom du petit duc Philippe de Rouvre, il voyait en lui un enfant maladif destiné à mourir jeune, et il songeait à s'assurer ses domaines. Déjà, dans des lettres du 10 juin 1353, datées de Paris, Jean avait déclaré « que, pour certaines causes, les duché et comté de Bourgogne avec leurs appartenances seroient et demouraroient dorénavant sous son gouvernement et celui de ses officiers, nonobstant que par aucun temps ils aient esté au bail de sa trës-chiëre compaigne la royne; > puis, le 8 juillet de la même année, il avait fait assemblera Dôle tous les officiers de la Comté, et là, les commissaires royaux avaient proclamé solennellement que, la reine ayant abandonné le gouvernement des Bourgognes, le roi ordonnait de les faire administrer par ses ùKr ciers et en son nom; le roi enjoignait aussi de faire désormais verser au trésor de Paris tous les revenus des deux provinces, avec ordre de saisir la personne el les biens des officiers rebelles. Ces mesures, où les intérêts généraux du pays étaient sacrifiés à Tintérét personnel du roi, avaient profondément indigné les hauts barons, puis elles renversaient toutes les règles établies. Jusqu'alors la Comté n*aivait pas connu les im|>dts publics : en cas d'événement pressant ou imprévu, le souvenio envoyait dans les principales villes ses officiers prier gracieusement les habitants de lui faire doUy aide ou prêt selon leur pouvoir; mais aucun tribut n*étaît imposé par Tautorité du prince. J^es innovations fmancières introduites en Comté par le gouvernement français y aliénaient de jour en jour les esprits, y entretenaient une irritation qui menaçait de dégénérer en révolte : aussi, lorsque le roi Jean, sur le lK)int de marcher contre l'Anglais, fit publier dans les deux Bourgognes une lerée générale de dix-huit à soixante ans, pas un des barons comtois ne répondit i son appd.
L'homme propose et Dieu le mène : le roi Jean avait voulu devenir mattre des Bourgognes, et, au moment où il croyait souder à sa couronne ces deux beaux fleurons, il allait être obligé d'en détacher douze pour se racheter de la captivité. Eo effet, le 19 septembre 1356, le célèbre prince de Galles, surnommé le pince A'ocr, à cause de la couleur de son armure, gagnait non loin de la Vienne une bataille aussi déshonorante |)Our la chevalerie française que désastreuse pour le royaume : avec dix mille hommes seulement, le prince Noir mettait en déroute une armée finnçaise de cinquante mille hommes ; et, dans cette lutte d'un contre cinq, douze mille morts, deux mille chevaliers faits prisonniers, le roi Jean lui-même obligé de se rendre, devenaient les trophées d'une jouraée à jamais glorieuse pour les armes et Torgueil de l'Angleterre : c*est nommer la bataille de Poitiers, où la France, à dix. ans juste d'intervalle du désastre de Crécy, recevait de son étemelle ennemie sa seconde blessure nationale.
Si la défaite de Poitiers imposa de lourds sacrifices au royaume et l'accabh de grandes souiïrances, elle eut son côté salutaire ce|)endant ; elle excita parmi la na-
rlochcUes d'argent, et le totii de gmndc valeur. Il cloil bâti et composé de quatre belles (r«ises tevr* environnées de bonnes étolTes et matériaux de murailles, avec |K>nU-le\-it et double* portes réel. La ville étoit enelose de bons murs et avoit deux portes. >
FRANCHE - COMTÉ ALLEMANDE. âTT
lion rranraisc des élans spontanés de patriotisme, et elle produisit sur la scène politique une classe d*honnnnes jus<ine-là bien dédaignée, bien méprisée de la noblesse : la boHrgeoMf. Dans les célèbres états pfnéraux convoqués en i;^6 et 1337 à Paris, pour aviser aux désastres de la situation, le tiers état, présidé \m\v le fameux Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, éleva liêrement la voix. Ostque labourgeoLsic avait la conscience de son rôle ; elle sentait que le salut du royaume résidait en ses mains : et si elle vota des subsides, ce fut en récriminnnl contre l'arisiocratip, qui, fastueuse et dégénérée, ne savait plus que i>erdre des batailles ; ce fut eu traçant des limites h Taulorité royale, en exigeant d'elle la suppression de certains aÎHis, la promesse de certaines réformes. Il est vnii (|ue la royauté ne céda que prcc qu'elle avait besoin d'argent; (prelle se bâta d'étouffer le gr»rme démocrallquc, si vigoureux dès sa naissance, et qu'elle y réussit. Cela devait être : du côté df ta royauté se trouvaient im esprit de suite, une unité de |K)uvoir qui manquaient jRix hommes nouveaux, pleins d'énergie et de patriotisme sans doute, mais la plupart Inconnus les uns aux autres, et encore trop inexpérimentés dans la vie politique, trop peu éclairés |>our avoir des idées |)rati(|uos et des connaissances administraUves. L*heure de la bourgeoisie n'était pas venue.
En attendant, la France souffrait de tous les maux, depuis le désiistre de I Vitiers : elle agonisait dans l'anarchie et dans la guerre entre les partis. I.es villes étaient épuisées par les sacrifices que leur avait imposés le malheur des tem|)s; les campagnes surtout étaient en proie à dos uiiscTcs inexprimables : là, les nobles, abusant cruellement de la force, n'avaient souci que de jnrssurer l«»s p;iysans, afin de n»jeter snreiix le poids du désastre de l'oitier's, et ils enlovaienl à ces infortunés leui*s Ihîstianx, leurs charmes, leurs vêtements, leurs vivres; ils employaient tout, la me- RacCv le fouet, le cachot, la torture, pour leur extorquer leur bundde pécule, fruit des dures épargnes de deux ou trois j^i^nérations. Jamais l'oppression féodale n'avait Aé plus brutalement impudente; car, si les victimes se plaignaient, on ré|)Oudail à leurs murmures par des coups et des mo(|ueries : Jacques Hnnhomme (c'est ainsi que la noitlesse appelait le pays;m), Jacques Bonhomme a hou dos; il souffre tout. Jacques avait tellement l'habitude de tout souffrir eu effet, qu'il se fût résigné peulélrc encore : maïs, après les seijrneurs vinrent les bripuds, compagnies d'aventuriers anglais, navarrais, brabançons, qui couraient les roiUes et les campagius, pillaient et torturaient le paysan, violai<»nt ses filles et ses femmes, bnllaienl s(»s cabanes; et le noble seigneur regardait tranquillement, du haut de son donjon bien fortifié, ces scènes d'incendie, do meurtre et do pilla^ro, sans daigner rion faire pour réprimer les excès des brij^ands. Alors la mesuro fut romide : paie et furioux, Jirqnes Itonbomme se leva la vongeanre dans le ccrur, Tiiupréralion sur les lèvres. « Les chaumières ont assez brfdr'! s\'MTia-l-il ; c'est au tour <b's châteaux! Q\w la race des gentilshommes soit an{!'antie ! »» Ce fut au mois de mai 13^8 qu'éclata la terrible insurrection : en quelques jours, do rendiouchure delà Sounno aux rives de PYoune, cent mille paysans, quittant la bécho \m\r la pique, so Irouvôrenl debout, armés de couteaux, de cognées, de pieux, de fourchos, do socs do charrue, et, après s'être donné un chef sous le nom de roi des Jacques, ils assailliront banlimeut ces insolents châteaux devaut lcs(piels ils avaient trop longtemps tremblé, y mirent le
Tou, massacrèrent en plus (i*un lieu le châlelain, sa Temine, jusqu*â leurs enranis. Les Jacques usaient de représailles : on s*était montré sans pitié pour eux ; ils avaient juré (Fétre à leur tour sans pitié, et ils rendaient tortures pour tortures, outrages pour outrages, ils épuisaient en quelques heures Tamer trésor de vengeances et de colères que les générations, en expirant tour k tour sur une glèbe impitoyable, s étaient transmises d*âge en âge.
Cependant les Jacques faisaient des progrès : leur insurrection avait Trappe de stupeur la noblesse, et ils étaient maîtres de tout le plat pays, depuis Paris jusqifâ Soissons et Laon ; ils étaient entrés victorieusement à Sentis et h Meaux. Mais les seigneurs, promptement revenus de leur premier eiïroi, songeaient à prendre une terrible revanche : ils annèrent de toutes parts, ils réunirent leurs forces pour courir sus h cet ennemi qui se dressait devant eux implacable et déchaîné. Les paysans, mal armés, à demi nus, extéimés par la misère, ne purent tenir contre des hommes robustes, bardés de fer, liabiles à manier la hache et la lance, et ils furent partout vaincus, partout éprasés. On s*em|)ara du roi des Jacques, on le coiffa d*un trépied rougi au feu et on le pendit. Si la terreur que venaient d*inspirer les paysans avait dépassé toute mesure, la vengeance des seigneurs dépassa toute mesure aussi : organisant le massacre et Tincendie, ils brûlèrent les villages, ils tuèrent les villainset les serfs, coupables ou non ; ils les traquèrent par les maisons, les champs et les vignes, comme des bétes fauves; ils les pendirent i)ar troupeaux aux arbres dt:s chemins; et cette chasse aux hommes dura deux mois, au bout desquels les cam- (Kignes redevinrent silencieuses : c*était le silence des tombeaux. Tel fut le déD0U^ ment de cette fameuse insurrection populaire, connue dans Thistoire sous le nom de jacquerie^ insurrection qu*on excuse, parce qu*elle n*était au fond que la intience poussée à bout. Un jour viendra où les paysans de France recommenceront la guerre aux châteaux ; mais, ce jour-là, les châteaux demanderont La paix aux chaumières.
La Picardie et la Champagne avaient été les deux principaux théâtres de la jacquerie : ces malheureuses provinces en restèrent si profondément ébranlées, que deux ans plus tard, lorsqu*Ëdoiiard IH, roi d*Angleterre, les traversait pour venir assiéger Keims, il ne trouvait partout sur sa route que des campagnes inculles el désertes ! £douard III, enhardi par les désastres du royaume, avait la prétention de se faire sacrer roi de France, et voilif pourquoi il marchait sur Reims, la ville du saca* des rois français ; mais les habitants de Reims se défendirent si vigoureusement, que le prince anglais, après sept semaines d*un siège inutile, se vit contraint de lever le camp et de imsscr outre. Alors il s*approcha de la Bourgogne. La reine de France, qui commandait dans le duché au nom de son (ils le jeune Philippe de Rou\Te, réunit à I^une les étaLs des deux Bourgognes, pour aviser aux moyens d'éloigner cet orage marin des Anglais, selon Texpression de Gollut. L'opinion des états fut que, le|»iivsn*ét;mt pas en mesure de résister par la voie des armes, il fallait recourir à la voie des négociations, et Ton c envoya devers le roi Edouard suffisants messa* gers |>oiir traiter à respecter et non ardre (brûler) ni courir ledit pays de Bourgognc. > Edouard consentit à gannitir la Bourgogne de toute insulte pendant trois années, moyennant une rançon de deux cent mille moutons d*or'. On accepta cc^
I L.e moolon, espèce de monnaie, valait à |>eu près Ircnte-qoatre sons.
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conditions MO mars VMîi)) ; mais Iv dinicili' riail, comuio dit (iolliit, « ilc trouver ces moutons de Colclios |)ort;ii)l la toison et la laine dorée. » Cependant on |uiya un premier à-compte de cinquante mille moutons, et Ton donna quinze otajçes pour le reste. Sept d*entrc eux appartenaient h la Comté de Bourgogne : c'étaient Jaequ<s dr Vienne, seigneur de Lon^i^wv; Hugues de Vienne, sii*e de Saint-(;eorges; Hriiri lie Vienne, sei^^neur de Mirebel; Jt^an de Scnerey, seigneur dr Maielie; Jean di* Montmartin, Othon deCranson et (Guillaume de Tlioraise. On les n*tint deux ans à Londres, c'est-à-dire jusqu'à (Kiyemenl intégral des deux cent mille moutons.
Paris avait accueilli |)ar un cri d'eiïroi la nouvelle de l'accord entre les étais de Kourgofnie et le roi d*An{(leterrc : on voyait dans cet acte fatal la |)erte du royaume. Edouard III, apKvs le traité de B4*anne, avait continué sa marche : il descendit le cours de l'Yonne, entra dans rile-de-France et s'avaiira jus(|u'aux faubourgs de Paris; mais il y arrivait avec une armée fati^'uée, diminuée, manquant de vivres, et, ne b sentant pas en état de commencer une aussi rude entreprise que le siège de b içrande ville, il reprit son chemin vei^s la Loire, avec le projet de revenir plus lard se montrer aux Parisiens. Les choses se passéi*ent différeuuncnt. Anivé à Chartres, Edouard entama, sur les vives instances du duc de Lancaslre son cousin, des iiéfoeiatîons avec le dauphin Charles, ipii gouvernait la France au nom de s(m |HTe le roi Jean, prisonnier des Anglais depuis la lialaille de Poitiers. Le 8 mai 13<>ti, Edouard signa le traité de Ihvtigny, \m' lequel il renonçait à la couronne de Framv cl recevait en souveraineté dii*ect(\ pour les tenir perpétuellement et à toujours, le Ptoilou, l'Aunis, l'Angoumois, la Saintonge, le Liujousin, le Périgord, le Quercy, leKouergiie, l'Agénois, le Higorre, le Ponthicu, Calais, Cuines, iMontreuil-sur-Mer elleurs dé|iendances. La nuK'ondu roi Jean fut fixée à trois ndllionsd'écus payaldes en six ans. La France n'avait |kis encore signé de traité aussi humiliant que <'elui-là ; nais le uiallieur des teuqis était si grand, que la triste paix de Hrétiguy fut accueillie comme un bienfait du ciel. Ainsi si^ termina la première période de la guerre hrilaDDÎque, d'où la France sortait s;ûgnante et mutilée : c'ét^dt à l'incapacité d'une aristocratie on?ueilleus(\ c'était aux fautes du roi Jean, deuxième roi de la funesie race des Valois, que la France «levait tous les désastres dt^ cette lutte nationale.
Si le U^îté de Brétigny fut onéreux à la Fnmce, il fut fatal aux deux Hourgognes :
il attira sur ces provinces un des lléaiix les plus cruels et les |)lus longs (pii les
nwsent encore atteintes. La paix avait laiss«'' s^ms ressource une foule de soudoyeis
d d'aventuriers accoutumés à vivre de lùllagi', et incapables de rentrer dans la vie
sociale : ils se rallièrent autour de ca|)itaines restés s:ms enqdui, ou de nobles ruines
parles guerres, et se |»artagèrent en compagnies, qui formèrent de véritables C()rp>
d'années sous le nom de Tard-veinis, « pour ce (pi'ils avoient encore peu pillé au
royaume de France, ■ dit Froiss;u*t. Si les rois ont fait la paix, pourtant nous
ronrietît de rivre, déclaraient-ils avec impudence. La |>]us tnrmidable de toutes les
iKiiHles deTanl-venus fut celle qui s'organisa sur les eoulins de la Bourgogne : elle
comptait jusqu'à quinze mille bandits, anglais, alieuiands, brabançons, et on l'ap-
pebit la comiKignie par excellenre, la yramle vumpatjnie; elle :ivait pour chef le
fameux Arnaml de Cervolles l'ArcbiimHre, genlilliouiuie gaseun, parent desTalley-
ranil-Périgordy et qui se dis:iit ami à IHeu, ennemi à tout le monde. Les brigands.
â80 FRANCHE-COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
après avoir couru et pillé la Champagne et la Lorraine, entrèrent en Bourgogne, conduits, au rapport de Froissart, par des chevaliers et écuyers bourguignons qui leur servaient d'espions; et pendant qu'ils se livraient h d'horribles ravages autour de Dijon, de Ueaune, de Besançon, une autre calamité survint : la peste noire de 1348 reparut; elle se déclara simultanément dans presque toute la France, et cette fois elle allait durer trois ans. Dans les deux Bourgognes, le fléau éprouva cniellement les populations : la plupart des villages en ressentirent les atteintes; des cantons entiers restèrent déserts. L'épidémie frappait les têtes les plus hautes comme les plus infimes ; elle emporta successivement la reine de France, sa fille Jeanne de Bourgogne, et son fils le duc Philippe de Rouvre, qui mourut le 21 no* vembre 1361. Le 26 février de Tannée suivante, elle emportai Tiliustre Jean de dialon-Arlay II, qui était encore dans toute la vigueur de l'âge.
En Philippe de Rouvre s'éteignit la première branche royale de Bourgogne, laquelle régnait sur ce pays depuis trois cent quarante-cinq ans, c'est-à-dire depuis Robert de France. Philippe ne laissait point d'héritier de sa femme Marguerite, fille de Louis de Maie, comte de Flandre, qu'il avait épousée en 1360, et les plus proches parents du jeune duc étaient Jean, roi de France, et Charles le Mauvais, roi de Navariée, issus l'un et l'autre des filles du duc de Bourgogne Robert II, bisaïeul du défunt. Suivant le droit de représentation, Charles de Navarre eût dû hériter du duché, car il était petit-fils de la fille aînée de Robert II; mais le roi de France prétendit que le droit de représentation n'existait pas en Bourgogne, et que l'héritage de Philippe de Rouvre lui appartenait, « pour ce qu'il était plus proche parent d'un degré que le Navan'ais, et que le mort saisissait le vif^ selon la coutume de France. » Une ordonnance royale ayant prononcé la réunion du duché de Bourgogne au domaine de la couronne, le roi Jean vint immédiatement prendre possession de cette province. Arrivé à Dijon le 23 décembre 1361, il se rendit en l'église de Saint- Bénigne, où il jura, comme duc de Bourgogne, de respecter les franchises et libertés du pays. Quant à l'autre moitié de la succession de Philippe de Rouvre, c'està-<lire l'Artois et la Comté de Bourgogne, elle échut, en vertu du même principe de proximité, à Marguerite I"*, comtesse douairière de Flandre : cette Marguerite, seconde fille du roi Philippe le Long et veuve de Louis II, comte de Flandre, mort en 1316 à la bataille de Crécy, éUiit la grand'tante de Philippe de Rouvreet fs de la jeune Marguerite mariée à ce dernier. Voilà comment eut lieu la séparalioi des deux Bourgognes, réunies seulement depuis trente ans ; mais on verra que cetu séparation ne fut pas de longue durée.
Cependant les routiers, enhanlis par la mort de Philippe de Rouvre, avaient nétré dans le Jura. L'un d'eux, Tliiébaut de Chauiïour, a|)|)arut avec une bande audacieuse sur les bords de l'Ain et surprit le fameux chiite^tu d'Olifeme, aussi nommé par ses traditions lugubres que redoutable |)ar sa position sur une inontagi inarcossible. D'autres aventuriers, sous la conduite d'un hardi capitaine du noii-^ de Jac(|ues Huet, se montrèrent aux environs de Lons-le-Saulnier et de Clairvaux t ils s'emparèrent du château de PymonI, qui dominait la vallée de Lons-ie-Sauinier^ « et, maîtres de cette forteresses ils descendaient dans la plaine pour dévaliser l(^^ voyageurs et rançonner les campagnes. D'autres bandes encore chevauchaient à I zi
nrontière oa i travers le pays. Aux brigandages des routiers, aux ravages de la peste. Tint s*ajauter le fléau de la guerre civile : Jean de Bourgogne, cousin du duc Philippe de Rouvre et dernier mâle de la branche atnée de Jean de Chalon TAntique, leva taul à coup Tétendard de la révolte. Ambitieux et jeune, il avait songé h proflter de rétat de confusion où se trouvait la Comté, pour usurper le litre de comte palatin ; et, arborant les couleurs de Bourgogne, il s*était présenté sur les bords de la Sa6oe. Il s*empara d*abord du château d'Apremont, puis marcha sur Gray, qui lui ouvrit ses portes sans résistance ; les habitants le reçurent aux cris de Châtillon ! rite Bourgogne l Enorgueilli de ces premiers succès, Tusurpatcur envoya partout des émissaires annoncer au pays le nouveau comte palatin, et déjà plusd*une forteresse semblait prête à se déclarer en sa faveur. Hais Marguerite K', la comtesse |)alatine de Bourgogne, n'entendait pas se laisser dépouiller : c'était une femme de cinquante ans, active, énergique, persévérante, et chez qui la supériorité de Fintelligence ' s*anissait à la virilité du courage. Malgré la rigueur de l'hiver et le mauvais élnt des chemins infestés de larrons, l'intrépide comtesse brava fatigues et périls pour se montrer partout présente à ses défenseurs. Elle prit possessiou des places restées ftdèlesà leur souveraine, elle anima ses chevaliers â se rallier autour du vieux drapeau comtois, elle entraîna dans sa cause tous les grands noms du pays, les Montbucon, les Chalon, les Neufchâtel, les Vienne, les Faucogney. Elle nomma capitaine de ses troupes Henri, comte de Montbéliani ; et celui-ci s'élança sur-le-champ, bannières déployées, à la poursuite de Jean de Bourgogne, qui venait d'entrer à Jussey, petite ville du bailliage d*Amont. Jussey, sur la rivière de Mancc et non loin de la Saône, aurait été fondé, d'après une tradition populaire, par la colonie d'Aluves que Constance-Chlore fit transplanter en Séquanie vers la fin du troisième siècle; toutefois on doit croire que Jussey date de loin, si l'on en juge par les débris d'antiquités trouvés dans ses environs, par les restes d'une voie romaine et les fondations de vastes édifices qui existent sur son territoire. En \Wi, c'est-à-dire fi l'époque de la révolte de Jean de Bourgogne, cette ville avait murs d'enceinte et cbiteau fort.
Dès l'avénoment de Marguerite, Jussey et Gray s'étaient montrés hostiles à son gouvernement; leurs habitants avaient résisté «^ la prise de possession des commissaires délégués par la comtesse, et voilà comment s'explique l'appui que Jean de Bourgogne trouvait dans ces villes. Mais Jean de Bourgogne touchait au terme de sa souveraineté éphémère : fut-il abandonné d'une partie des siens, ou ne put-il résister aux armes du comte de Montbéliard ; l'histoire le laisse ignorer : toujours est-il qu'il aMiqua ses prétentions, et que les deux villes rebelles durent se résigner à de fortes amendes pour le concours qu'elles lui avaient prêté. Jussey paya deux mille florins à la comtesse; Cray, quatre mille. Mais la malheureuse Comté de Bourgogne succombait à la peine : dévorée par la peste, elle n'avait ni répit ni trêve avec les routiers. Ces audacieux bri^^nds, qui couraient tout à travers le |>ays c en quérant victuailles et aventures, » semnient partout l'épouvante et rendaient les campagnes «lésertps. Dans le bailliage d'Amont, ils culbutèrent près de Chariez une troupe comuuimlH» par Henri devienne et le bailli de Montmerie, se présentèrent ensuite devant Cliari4^z, p4*lite ville h trois lieues de Vesoul, la forcèrent malgré sa triple enceinte de
2S2 FliANCHE-COMTË ANCIENNE ET MODERNE.
murailles environnées de fossés, et la livrèrent an pillage. Vesoul eut encore un sort plus cruel : les routiers emportèrent d*assaut celte ville, passèrent une partie des habitants au fil de Tépée, en abattirent les murailles, y laissèrent le feu pour adieu. Ils allèrent s*emparer par surprise du château de Beaujeux, près de Gray, tt Tune des plus redoutables forteresses des rives de la Saône. Les châteaux de Jalieruige, Koseville et Sauvigney tombèrent aussi au pouvoir des brigands. Leur audace ne reculait devant rien : une de leurs bandes, croyant Besançon endormi dans une fausse sécurité, essaya une nuit de le surprendre; mais, découverte au moment où elle arrivait au créneau du boulevard de Charment, elle 8*en alla dévaster b eampagne d'Ornans. Une autre bande vint, à la faveur des ténèbres, se glisser jusque sous les remparts de Salins : déjà les échelles étaient dressées, quand un habitant de la ville donna Talarme aux deux bourgs, et, à la tête de quelques dizainiers armés de piques, rejeta les premiers assaillants dans le fossé. Ce brave Salinois s'appelait Philibert Portier : il obtint, en récompense de sa courageuse conduite, l*insigne honneur, transmissible à sa descendance, de ne jamais entrer dans la ville sans que le magistrat lui en présentât les clefs.
Pendant que les brigands et Tépidémie se disputaient la funèbre gloire de ravager et décimer le pays, les Juifs achevaient sa ruine par le fléau de l'usure. Ce fut pour remédier à leur sordide agiotage que, vers 1363, quelques riches bourgeois de Salins s'associèrent et ouvrirent, sous le nom de mont-deSalins, une espèce de tMtnqiie où Ton pouvait contracter des emprunts sur gages. Le nouvel établissement eut pour premiers directeurs Jean d'Aussel et son frère Hugues, Othenin de Salins et soo frère Guillaume. Ce mont-de-Salins est le plus ancien mont-de-piété connu.
Frappée de tant de coups à la fois, la Comté de Bourgogne agonisait : la palatine Marguerite, dont le noble cœur souffrait de toutes les douleurs du pays, d^iloyail une activité infatigable au milieu des cniels embarras que créait i son gouvemcment la fatalité des circonstances. Marguerite entendait les cris de détresse des populations, qui lui demandaient secours contre le féroce brigandage des compagnies, et elle faisait appel aux barons, elle les suppliait, « pour autant qu'ils aimoient l'honnour et Testât de madame la comtesse, > de monter à cheval et de courir sus aux routiers ; à ses prières elle mêlait les dons et les promesses. Sa voix était écoutée. Vers la fin de 1362, Tristan de Chalon-Auxerre reprenait à Jacques Huet le château de Pymont, à Thiébaut de Chauflbur le château d'Olifeme; en mèmt temps le comte de Montbéliard faisait assiéger la forteresse de Beaujeux, et Marguerite donnait Tordre à Bertrand Dugast, vaillant capitaine de Gray, d'attaquer les brigands retirés dans les châteaux de Sauvigney et de Koseville. Mais en ces néfastes jours, toutes les calamités semblaient se donner le mot pour accabler la Comté de Bourgogne : ce n'était pas assez de la peste noire, des Juifs et des brigands ; il fallait encore la guerre étrangère.
Par un acte du 15 janvier 1303, Charles lY, empereur d'Allemagne, accordait à son petit-neveu IMiilippe de Valois, Tun des fils du roi Jean, Tinvestiture de la Coml^ de Bourgogne, et le jeune Philippe s'était préparé à la guerre. Des écrivains, Gollut particulièrement, ont avancé que Tempereur Charles IV n'avait pas le droit d'ac* corder Tinvestiture en question, par la raison, selon eux, qu'à cette époque la Comté
nUNOlE-OailTÉ ALLCVANb . 283
ne reierait pli» de TEmpire. La preuve du contraire est écrite dans une foule de docometiis mtliefitiqiies : pour citer des exemples, rappelons, entre autres, que lorsqu'il s'était agi, en 1355, du mariage de Philippe de Rouvre avec Marguerite, fille dr Louis de Maie, l'empereur Charles IV, « en vertu de son autorité et par la plénitude de son pouvoir impérial, > avait accordé audit Philippe de Rouvre, comme comte 4e BourgoçHf, c la dispense d*âge et le privilège de majorité ; > et le 10 janvier 1378, re néme empereur déclarait, dans un acte daté de Paris, quMI consentait à recevoir rhommage de ce que Marguerite I^ < tient ou doit tenir, à cause de V Empire^ dans le comté de Bourgogne, et pour cause d'icelui, ainsi que les prédécesseurs de cette princesse Toiit fait et dû faire, > En donnant à Philippe de Valois Tinvestitarede la Comléde Bourgogne, Oef impérial, ChariesIV usait de son droit; seulement il en faisait, dans cette circonstance, une fausse application : il alléguait que ce tèt itMïi vacant à dé faut d'héritiers mâles; or la vacance n'existait pas ici, par le motif qa'en Comté les femmes succédaient. Est-ce que Béatrice I'*, fille de Rainatid III ; Jeanne I** et Béatrice II, filles d'Otbon I'^" ; Alix de Méranie, fille d'Othon II ; Jeanne II, Aile d'Othon IV; Jeanne III, fille de Jeanne II, n'avaient pas été tour à tour comtesses souveraines de Bourgogne ? La possession de la Comté appartenait donc légitimement k Marguerite P*, sœur de Jeanne III, et l'on n'iporait pas que Marguerite, dont l'empereur Chartes IV méconnaissait si outrageusement les titres, repousserait par la force les prétentions de Philippe de Valois. Elle trouva pour souliens et défenseurs de ses justes droits le comte de Monibéliard et Etienne de Montbiicon, son fils; Jean de Montfaucon, seigneur de Vuillafans; Hugues de Chalon- Ariay, l'un des fils du grand Clialon ; Louis de Chalon, sire d'Arguel et de Cuisel, autre Als du grand Chalon ; Jean, sire de Neufchâtel ; le sire de Montjoie, le sire de Itigney, le gniyer Jean de Montmartin, et une foule de chevaliers fidèles. Les villes etles-mémes, Besançon, Dôle, Salins, Vesoul, Gray, Faucogney, Montbéliant, s'allièrent de cœur avec Marguerite contre Philippe de Valois. Celui-ci n'avait pas déclaré formellement la guerre h la princesse; mais il avait pris à sa solde l'archi- |4f tre Arnaud de Cervolles, Jean et Thiél)aut de ChaufTour, chefs des comiiagnies qai se tenaient sur la rive droite de la Saône, il les avait lancés sur la Comté de Bourgogne, et il attendait l'issue de leurs attaques pour entrer en campagne. Les brigands s'étaient jetés du côté de Dôle et de Gray. Jean de ChaufTour, s'avançant audacieusement jusqu'au delà de Gray, s'empara des châteaux de Montot et de Dampierre, sur le Salon, rivière qui se jette dans la Saône, et il ravagea toute la cam- |iagne. 1.^ GrayloLs voyaient, du haut de leurs remparts, la fumée des villages qui tmjlaient. Pesmes sur TOgnon, bourg ayant murailles et chAtcau fort, Saint-Aubin, au-dessous de Dôle, et d'autres localités tombèrent aussi entre les mains descompapiies. L'incendie, le meurtre, le pili.ige signalaient partout la présence ou le passage ûes routiers : Philip()e de Valois n'osait pas avouer de tels auxiliaires; mais de son iii.iieau d'Apremont, près de la frontière de Bourgogne, il dirigeait et secondait Jeun mouvements.
I^ comtesse Marguerite avait piissé Thiver de i3(>3 à Dôle pour organiser la dc'^ fen^ <ln |>ays; les bannières s'ét;iient rassemblées, et les barons marchèrent à la destruction des routiers. Ils leur reprirent Saint-Aubin et Pesmes. En même temps
t2S4 KHANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
le ciipiuûiic Bertrand Dugast renversait le pont d*Apremont, qui servait de passage aux compagnies du dnclié ; quelques jours après, il attaquait pour la seconde fois et cin|)ortail d'assaut le château de Sauvigney, faisait prisonniers les brigands qui s'y trouvaient et les conduisait h Gray, où les uns furent pendus, les autres renfermés dans des basses-fosses. Les routiers éprouvaient échecs sur échecs, et n'avaient ni pitié ni merci à attendre des barons, qui les tuaient comme des chiens. Bientôt il ne resta plus aux brigands que le château de Dampicrre-sur-Salon, occupé par Jean de Chauiïour. Philippe de Valois commençait à se repentir vivement de s'être engagé dans une guerre dont il n'avait pas mesuré tous les périls, lorsque la mort du roi Jean son père (8 avril 1364) vint encore augmenter ses embarras. Obligé de quitter la Bomgogne, il y laissa Sombernon pour lieutenant général ; mais le départ de Philippe avait redoublé la confiance de ses adversaires. Non contents d'avoir jeté les routiers hors du pays, les hauts barons ne projetaient rien moins que de passer la Saône et d'aller ravager la Bourgogne, « pour faire revange, contre ceux du duché, des griefs et domaiges que ils avoient fait au comté de Bourgoigne. » A cet effet, la chevalerie comtoise s'était donné rendez-vous dans la plaine de Villersrarlay, village voisin de la Loue, et déjà les barons, enseignes et pennous au vent, se dirigeaient vers Dôle, au cri de Châtillon et Bourgogne^ quand un messager inconnu remit à Henri de Montbéliard, proclamé récemment à Arbois gouverneur de la Comté, une lettre de la part du nouveau roi de France, Charles V, frère aine de Philippe de Valois. La lettre royale exprimait un langage de paix : Charles V voyait avec douleur la guerre allumée entre les deux Bourgognes, et il priait la comtesse Marguerite de se rendre à Paris, lui annonçant qu'il avait obtenu de son frère Philippe la remise de l'acte d'investiture impériale, ainsi que la promesse de s'en np- ])or(er à son arbitrage. Les barons accueillirent avec des impressions bien diverses ces préliminaires de paix : les uns voulaient qu'on y répondit en portant le fer et h flamme dans le duché de Bourgogne ; les autres étaient d'avis de différer Tentreprise. VMe dernière opinion prévalut, et en même temps il fut arrêté que l'on irait débus- (|ner Jean de Chauflbur de son château de Dampierre-sur-Salon. Les seigneurs comtois marchèrent vers cette forteresse (juillet 1364) ; mais Jean de Chauflbur n'attendit pas l'assaut : à Taspecl de toutes ces bannières levées contre lui, il s'esquiva nuitamment de son repaire, parut le 15 juillet devant Gray, k la tête de nouveaux brigands, fut pris le 28 par Sombernon, livré à un tribunal miUtaire et décapité à I^mgres |>our ses méfaits, qui l'avaient rendu odieux, mémo li ceux de son {larti.
Le 3 du mois d'août, arrivait au conseil de madame la comtesse une nouvelle lettre du roi Charles V : celle-ci annonçait les conditions de la paix et confirmait i Marguerite le maintien de tous ses droits comme palatine de Bourgogne. Ici le roi de. France ne rendait pas seulement justice; mais il faisait un acte de bonne politique : en se conciliant par là l'esprit de la comtesse, il la mettait dans ses intérêts pouc une négociation où se trouvait engagé, comme on le verra, l'avenir de la France.
Ces conditions de paix acceptées, les hauts barons congédièrent leurs vassaux et se retirèrent. Deux d'entre eux cependant refusèrent obstinément de poser les armes : Henri de Montbéliard, tout en demeurant gouverneur de la Comté, continua la guerre à titre de comte souverain de Montbéliard, et Jean de Neufchâtel envahit le duché.
A ce iDOinent-lii, Philippe de Valois guerroyait au pays Cliartrain contre les grandes compagnies : il leur avait repris successivement MarcbeviUe, Chamerollcs, Dreux ; il avait re^u à composition la garnison de Preuil, et il commençait le siège de Conneray, lorsqu*un message du roi son Trère lui fit dire de revenir en toute hâte dérendre la Bourgogne contre le comte de Monll>éliard, qui, à la tête de quinze cents lances allemandes, avait déjà pénétré jusqu*à Châtillon-sur-Seine. Philippe de Valois accourut avec une foule de chevaliers : il attaqua le comte Henri, le força de reculer, if iKHirsuivil à travers la Comté, le rejeta de Taulrecôté du Khin, et entra dans les terres du Hontbéliard, où il mit tout h sang et à Teu. Pendant ce tem|)s-là, Jean de Nctifchâtei^ qui s'était rendu maître de Ponlallié-sur-Saône, se défendait avec vigueur contre les frères Guy et Cbillaume de laTrémoille; mais, à la Gn, contraint de céder au nombre et à la mauvaise fortune, ce valeureux seigneur tomba entre les mains de ses ennemis et fut livré par eux h Philippe de Valois, moyennant huit mille norins d*or. Philippe fit transférer Jean de Neufchâtel au château de Semur, et Vy retint prisonnier jus(|u*à sa mort, arrivée cinq ans après. Voilà comment se termina la guerre entre les deux Bourgognes; mais la Comté n*en restait pas moins en proie à de cruelles souiTrances. Les brigands avaient re|>ani : vers la fin d'août 1 J6i, ils étaient rentrés à Pesmes, et ils eussent repris VesonI sans la valeureuse défofise des habitants. Roliin de Cormandrèchc, à la tête d'une bande de féroces Bretons, occufiait les montagnes de B;mme; Thibaut de Frasne-le-Vaucaire désokiit la canqiagne de Besançon, et Jean de Bolandoz, né au village comtois de ce nom, ravageait les l)ords de la Loue. Ce Jean de Bolandoz, qui se cachait sous le nom de caji.laine Brise-Barre, s'rlalt emparé |»ar surprise du redoutable château de Sceyeo-Varais; il ne descendait de cette forteresse que \m\r rançonner, piller ou réduire en senitude les populations inoiïensives ; il avait même fait prisonnier, non loin de la Loue, Henri de Vienne, sire de Hirebel, et le retenait captif dans une des bassesfosses du château. Il fallut remonter h cheval pour purger le |)ays de ces brigands : 1rs Bisontins se saisirent de Thibaut de Vaucaire et le |)endirent haut et court; les barons expulsèrent Bollin de (Cormandrèchc et ses Bretons des montagnes de Bamue, puis ils se réunirent à Quingey, pour aller faire rendre gorge au capitaine Brise- Barre, qui détenait Henri de Vienne. Malgré les neiges et le froid, les barons counirent assaillir le château de Scev. L'assaut fut donné avec furie, au cri de Saint^ André et Vienne I Brise-Barre résista longtemps, mais à la fin il fit signe de la main qu'il ét;(it prêt à se rendre. Les barons refusèrent de parlementer avec un brigand : ils continuèrent l'atUique, se saisirent de la personne de Brise-Barre après un comliat acharné, préci|)itèrent du haut de la forteresse dans les eaux de la Loue un grand nombre de ses cou)pagnons et coururent délivrer le sire de Vienne. On ramena triomphalement ce seigneur à son château deHireliel; mais, en s'approchant dt's montagnes, il aperçut une grande fuuKv : c'était Lons-le-Saulnier qui brùlaiL Tne liande de brigands avait mis le feu aux deux Itourgs de cette ville. Quant au capitaine Bhse-Iian*e, il fut livré à la comtesse )!arguerite et condamné au dernier supplice.
La chevalerie comtoise allait être obligée de mettre une troisième fois la rondelle au |K>ing pour en finir avec les brigands. Au printemps de 1365, de nouvelles
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bandes, coiii]>osées de Gascons et d'Anglais, avaient reparu dans la Comté. Elles s*étaient emparées du château de Longwy sur le Doubs, et des châteaux d'Étrabonne et de Corcondray, sur TOpon. Pesmes était au pouvoir des routiers depuis rannée |)récédente. Les déprédations et les cruautés de ces bandits dépassaient tout ce qu*on avait encore vu. Les routiers faillirent surprendre Besançon : à la faveur des ténèbres, ils s'avancèrent par petits détachements près du village de Saint-Ferjeux, où ils s'étaient donné rendez-vous, et là, se réunissant en corps d^amiée, lis marchèrent aux murailles. Mais leur stratagème fut découvert par deux gentilshommes, qui rentrèrent dans la ville en criant : Atix mmes! aux armes! vous êtes taw morts ou pris ! La cité s'éveilla, frémissante et tumultueuse. On courut aux remparts : il était temps. Déjà nombre d'Anglais avaient franchi le premier mur d*eiiceintc, du côté de la porte Charmont, et leurs compagnons les suivaient. A coups de pique et de hache, les Bisontins renversèrent dans le fossé les premiers qui se pr^ sentèrent sur le créneau; le reste de la troupe s'enfuit à travers robscurité. Le lendemain, les routiers aperçurent derrière eux les bannières de la chevalerie comtoise (|ui s'était jetée à leur poursuite. Les barons avaient à leur tête un jeune homme de vingt-cinq ans, que Marguerite venait de nommer capitaine général de la Comté et que l'on citait déjà dans les deux Bourgognes c pour ses grand sens, vaillaotise et prouesses : » c'était le fameux Jean de Vienne. Il avait débuté dans la carrière par des coups d'éclat ; plus tard, (|uand nous le retrouverons sur notre passage, nous aurons à saluer en lui le premier marin de l'Europe.
Jean de Vienne atteignit les brigands près de l'abbaye de Bellevaux, les mit en déroute et leur fit un grand nombre de prisonniers. Pendant qu*il poursuivait les fuyards, une bande d'Anglais parut à Chambomay, sur l'Ognon. Jean de Vienne courut à leur rencontre, les attaqua sans marchander, et dès i^bord tua d'un coup de lance Cuichard Monnot leur capitaine, c Ce bon commencement, cmnme dit (W)llut, fut suivy par les barons; car,, prenant exemple à leur chef, ils allèrent résolument à la cliarge et douèrent tant furieusement dedans les Angiois, qu'ils les enfoncèrent et taillèrent en pièces, sauf quelque petit nombre des mieux enjambés, qui le gaignèrent à courir. Et toutefois les paysans, épanchés par dedans les bois, en recueillirent beaucoup, en tel succès que, après plusieurs massacres faicts en divers lieux, selon que ces misérables vaincus estoient rencontrés, non-seulement ce l)eu qui restât de ces compagnies de Chambomay, mais encor le surplus, vagabondant par le pais, fut taillé en pièces ou contraint de se partir et de fuir en France.» En effet, ce qui restait de routiers dans la Comté, après les victoires de Believaux et de Chambomay, se montra des plus traitabics : ils consentirent, moyennant une somme d'argent, à quitter fe pays sous trois jours. On leur donna vingt-huit mille florins ; ils livrèrent des otages, puis s'en allèrent guerroyer en Espagne, sons la conduite du célèbre Bertrand du Guesclin.
Enfin, la Comté de Bourgogne était purgée des compagnies, de ce fléau sans cesse renaissant depuis le traité de Brétigny, et qui coûtait au pays deux de ses villes, un {^Tand nombre de ses villages, une partie de sa population. Délivrée de la guerre, de la peste et des routiers, la Comté commença dès lors à respirer : un peu de repos lui était si nécessaire après tant d'ébranlements. Les quarante années qui venaient
des*éoouler ravalent fiiil|)asser par (le si cruelles épreuves, partie si cruelles misères, qa'eile sortail épuisée, brisée, anéantie, de cette période homicide : Tindustrie et le eonmerce réduits i rien, Tagriculture en ruine, la moitié des terres en friches, des villages presque déserts et portaut les traces du feu, des plaines entières où Ton apercevait plus de bétes sauvages que d*étres huuiains, des routes et des cliemins dégradés ou impraticables, un pays restant à |)eine avec cent mille habitants, là où il y eo avait eu trois cent mille, là où l'on en compte aujourd'hui près d*un million : voilà œ que les guerres, les épidémies, les famines et les bandits avaient fait de la iMlbeureuse Comté de Bourgogne. I^ numéraire était alors si rare, (|uo Marguerite ■*avait pu se procurer les vingt-huit mille florins promis aux routiers, (|u*en jetant mt taxe sur tous les seigneurs; et, Tannée qui suivit le départ des compagnies, c*esl-à-4lire eu 13tf7, la comtesse, dont h pluimrt des chAteaux étaient en gages, les minées, le trésor vide, fut obligée, dans sii |>énurie, d'avoir recours à une fatale : pour faire face aux besoins les plus indispensables de son goiiv(M- MOient, elle établit la gabelle sur la saunerie de Salins. Telle est Torigine du pn'- ■ier impôt public connu dans la Comté de Bourgogne, et qui n^a plus disparu di*pais lot». La gabelle fut fixée à deux sous par livre sur toutes les rentes, fiefs, •■môiies et remises partant de la saunerie. Comme cet impôt atteignait non-seule- ■Mot le peuple, mais aussi les nondtreux seigneurs qui participaient aux produits delà staunerie, llargiierite dédommagea ces derniers en faisimt combler les salines de Grozon, exploitées depuis le huitième siècle. Crozon, village au nord de Poligny, fonài alors le nom de boui^, et ses habitimts éUiient qualiliês de nobles ou hour- §eoU. Divers débris d'antiquités, des médailles, des armes, des tombeaux, des sUton, prouvent que (irozon occupait un rang distingué sous la domination romaine. An moyen âge, ses salines tenaient la première place apivs celles de Salins, et leur femeuire par onire de Marguerite commença la décadence de ce bourg célèbre.
A celle époque apparaît pour la première fois dans un document historique le àeau nom de Franche-Comté : |)ar un acte du il juin 1360, Marguerite accordait as eomte Henri de Montbéliard, en échange de sa seigneurie de Chaussin, diversi^s iédeuinités territoriales, assises, c selon la commune assiète de la Comté de liour- (ogne, dans les châtellenies de Baume et d'Ornans, et sur xix-vhigt et dix-sept ^maignies (maisons) d'hommes de la PnAXcuR-CoMTK. » Ces expressions nous révèlent que le mot de Franche-Comté ne s'appli(|uait |)as alors au |vays tout entier, lis seulement à une partie de ce vaste territoire ; la portion désignée dans la charte Marguerite était un débris de l'ancien canton de Varas(|ue et s'appelait, au tenq)s la comtesse, tetre de Yaraïs. Or cette localité n'avait jamais connu la maininone ; c'est ce qui explique le nom de franche comté cpii lui est donné jiar la diarte en question. De longues années vont s'écouler avant que l'expre^^sion iW Franehe-Comté se retrouve dans les titres, et l'on verra |)lus tard h (juel pro|Mis Philippe le Bon la remit en honneur, comment et pourquoi Louis \I h son tour la ressuscita. Mais le nom de Franche-Comté qui appiiniit ici au moment où le \ms fommençait à respirer n'en était |k)s moins un nom d'heureux présitge ; car, si la longue tempête des quarante dernières années avait tout ébranlé, elle avait aussi déposé dans le sol des germes destinés h |>orler h'urs fruits : les villes et les Iiour-
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gades étaient affranchies, les bailliages étaient créés ; rassemblée des états avait apparu ; le parlement, quoique déchu de la puissance dont il jouissait sous EudesIV, existait encore. Viennent maintenant des jours de paix, vienne à la tête du gouvernement un homme d'intelligence, et la Comté de Bourgogne se relevait plus forte que jamais. Ces jours de paix et ce prince intelligent allaient venir, allaient ouvrir au pays des horizons h peine entrevus, le faire entrer dans une existence nouvelle, lui donner une impulsion régénératrice. Ce n*est pas à dire cependant que le peuple comtois n*aura plus d'obstacles à combattre, de luttes à soutenir, de Jours douloureux à traverser ; non : mais au moins commenccra-tril à se sacrifier pour lui-même, h vivre de sa vie propre ; mais chaque obstacle, en surexcitant son courage, Finstruira du secret de sa force; chaque lutte, en lui coûtant des larmes et du sang, l'avancera dans la voie du progrès et de la liberté; et les jours d'épreuves, en l'appelant «^ déployer toutes les ressources de son génie national, Thabitueront à compter sur lui-même, lui donneront conscience de sa valeur. Dorénavant il ne se laissera plus river à cette chaîne de droits arbitraires qui faisaient de lui un esclave; dorénavant les habitants des campagnes ne seront plus ces bétes de somme attachées à la glèbe, ce^ hommes inféodés h la personne d*un seigneur; ils ne seront plus ces êtres dégradés, misérables, à peine vêtus, n'ayant rien en propre et vivant sous dos huttes : ils acquerront des fermes, des maisons, des richesses; ils s'assureront des moyens de défense, ils fortifieront leurs demeures et leurs villages, ils porteront des annes avec eux ; tandis que les seigneurs, retranchés dans leurs châteaux, commenceront à ne plus avoir pour serfs que leurs propres domestiques. De leur côté les habitants des villes et des bourgades, fiers de leurs franchises, s'occuperont d'étendre leurs droits; et la bourgeoisie, longtemps entravée, se dégagera du despotisme féodal : continuant à s'avancer par des voies lentes, mais sûres, die gagnera de jour en jour du terrain ; elle s'élèvera progressivement par son travail, son inleiligence, sa persévérance, ses ser\'ices; elle saura se faire une place dans les parlements dont elle finira par composer la majorité, et elle ne s'arrêtera pas dans sa marche ascendante qu'elle ne se soit d'une main victorieuse emparée du gouvernement. Le peuple de la Comté, en un mot, allait voir son existence civile sauvegardée par des lois qui décideront à l'avenir des prétentions jusque-là tranchées avec répéo, et son existence politique protégée par des institutions qui lui permettroDl d*étre quelque chose : institutions et lois bien incomplètes et bien imparfaites sans doole; mais l'attachement de ce peuple pour elles n'en restera pas moins îDébranbble, papce qu'il les considérera comme l'expression de ses besoins, comme la garaniio de ses libertés : et c'est pour les défendre qu'il saura se montrer toujours intrépide, toujours ardent, toujours prêt à lutter; qu'il ne craindra pas de subir les plus douloureuses épreuves, de sacrifier son sang le plus généreux, de courir même au* devant de la mort; c'est pour les défendre qu'un jour U^ héroïques Dolois s'enseveliront, dans leur magnanime désespoir, presque jusqu'au dernier sous les décombres de leur cité fumante, ou qu'un autre jour ils fatigueront par une immortelle résistance (le douze semaines une armée de trente mille Français ; c'est pour les défendre que la ville impériale de Besançon, si jalouse de ses vieilles immunités, continueni de déployer une énergie toute républicaine contre les ennemis de son indépemiance.
Voili comment les nobles fils de la Franche-Comté comprendront leur rôle dliommcs lilires, et comment ils mériteront gifim jour Técrivain militaire marquis de Montglat, qui les aura vus à l'œuvre, écrive pour eux cette phnise, où tout leur caractère est peint :
« Les peuples de ce pays sont si amateurs de leurs franchises, qu*ils hasardei aient letirs biens et leurs vies pour les maintenir, et aimeraient mieux perdre tout ce qu'ils ont au monde, que de changer do domination : ce qui Tait (pi'il est plus diflicile qu'on ne pense de les assujettir, d'autant qu*on ne peut le Taire (|u'à cou|)s d'épée, et qu'il faut abuttre le dernier de cette nation avant que (fen être le maître!
L*Q peuple pour lequel on écrit de semblables lignes est un grand |)euple : et BOUS, descendants de ces Fnmc-i^omtois à rdme antique, nous devons être tiers iFavoir en ]mir aïeux des hommes (|ui sentaient, qui agiss;iient, qui se dévouaient ainsi.
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