‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 25 sur 52 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Philippe le Hardi, duc de Boorfro^ne. — Louis de Maie; sa lllle; aa mère. — Mariage de Philippe le Hardi.— Louis de Maie et les Flamands. — Philippe le Hardi et ses frèret. — -Les Gantois; Philippe Artewelde; bataille de Rosebecq.— Mort de Marguerite K*. — Ixiuisde Maie, comte de Bourgogne; sa mort. — Philippe le Hardi, comte de Bourgogne. — Philippe le Hardi et les Flamands; traité de paix. — Philippe le Hardi et la Comté de Bourgogne. — Le pariemenf deDdIe. — Les lettres de commandise. — La réunion des états; la bourgeoisie. — Philippe le Hardi et Tarchevèque de Besançon. — Les bourgeoisies du prince. — l^s habitants de Morteas. — Mécontentement de la noblesse; Jean de Chalon-Arlay, prince d'Orange. — Guillaume Faguier et Jean de Chalon. — Arrestation et condamnation de ce seigneur. — Gérard d'Aihier et Philippe le Hardi. — Révocation des libertés comtoises. — Douleur et colère. — Hambert de Tliotre-Vîllars. — Sédition à Besançon. — Situation de Philippe le Hardi; sa mort; son caractère; se* actes.

Charles V dit le Sage, successeur du roi Jean au trône de France, avait été sacr^ à Reims le 19 mai 1364 : le 31 du même mois, Charles confirmait à son frère Philippe la donation du duché de Bourgogne, que le roi Jean avait faite à celui-ci en septembre 13G3. C*était un acte impoliti(|ue : il créait cette seconde maison de Bourgogne qui devait rivaliser avec la maison de France, renouveler la grande féodalité et bouleverser le royaume pendant un siècle ! Philippe, jeune prince beau, Taillant, disert, ambitieux, et le premier de ces quatre éclatants personnages historiques dont Brantôme a dit : c Je crois qu*il ne fut jamais quatre plus grands ducs les uns après les autres comme furent ces quatre ducs de Bourgogne ■ ; » Philippe avait montré de bonne heure qu*il serait homme d*un haut caractère. A quinze ans il donnait déjà des preuves d'un courage chevaleresque et d'une fierté royale ; ce qui lui valut Tépithète de Hardi : il fut ainsi surnommé, c soit, dit Gollut, pour ce que d*un €«eur assuré, hardi et résolu, il combattit sur le corps de son père et à la garde d^lcduv en la journée de Poitiers..., soit pour ce qu'il donat un soufflet à un des grands seigneurs d'Angleterre, pour autant que ce grand seigneur, que Ton dict avoir été le duc de Lancastre, en servant les rois de France et d'Angleterre, avoit présemé senice au roy d'Angleterre, avant que d'aller au roy françois ; adjouslant sur le soufflet : t Quoy ! oses-tu bien senir le roy d'Angleterre le premier, quand le roy c de France se treuve présent ! » Ce que le roy Edouard III d'Angleterre, qui bisoit compte des actes généreux autant ou plus que d'autres choses du monde, gnifiat grandement, et liiy dict alaigrcment et d'une voix joîeuse : t Vous c Philippe le Hardi. » Déjà duc de Bourgogne, lambitieuR Philippe avait voulu devenir comte de Bourgogne en prétendant que la Comté était un fief masculin et en en obtenant l'investiture de l'empereur d'Allemagne Charles IV, au détriment de la palatine Marguerite I^' : mais on a vu comment les hauts barons comtois s'étaient

« Philippe le Hardi, Jean->ans-Peur, Philippe le Bon, Charles le Témértirf .

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Opposés à ses préleutions ; comment Charles V, roi de France, douloureusement arleclé de la guerre entre les deux Bourgognes, y avait mis tin par la reconnaissance des droits de la légitime héritière. Vers le même temps, Charles V |K)ursuivait une grande aiïaire, qui fut menée à bien avec le concours de Marguerite, e( qui Ht de Miilippe le Hardi le plus puissant seigneur féodal de TEurope.

L*liéritier présomptif de TArtois et de la Comté de Bourgogne était Louis de Haie, fils de la palatine Marguerite, et comte de Flandre, de Novors et de Réthel. Louis de Maie n*avait qu*une lille : c*était cette même Marguerite de Flandre, maen 1360 au duc Philippe de Rouvre et demeurée veuve au bout de quelques

Ms. La jeune Marguerite, appelée à réunir un jour cinq comtes sur sa tête, se Irouvait donc être, sous le rapport de la richesse comme au point de vue politique, un magnifique |Kirti. On le savait bien en Angleterre. Depuis [dusieurs années, le souverain de ce royaume, Edouard III, recherchait la main de Mar^Mierite pour Tun de ses fils, pour Edmond, duc de C^imbridge, et même, durant un voyage fait à Londres en 1364 par Louis de Maie, le mariage avait été conclu ; mais il fallait une dispense du pape (les deux jeunes princes étalent parents), et le saint-père, après avoir longtemps différé cette dispense, la refus;) définitivement. Il cédait en ceci aux pressâmes sollicitations du roi de France Charles Y, <|ui de son côté avait demandé pour son frère Philippe le Hardi la main de rhêrititTC de Flandre : Louis de Malc s'cCail refusé à l'accorder, d*abord parce qu'il en voulait au roi de France, qui lui retenait injustement les villes de Douai, Orchies et Lille, et ensuite parce qu'il voyait les Flamands se prononcer avec énergie contre cette alliance. Charles V cependant ne s'était pas rebuté : un jour il sort de Paris, accompagné de la comtesse Marguerite, mère de Louis de Maie, et se rend à Tournai, où il mande au comte de se trouver; mais Louis de Maie prétexte une maladie pour ne pas venir h l'entrevue. En présiencede ce mauvais vouloir, la palatine Marguerite sent sa fierté se révolter; ec oomme elle avait à cœur d'unir sa petite-fille à Philippe le Hardi, elle prend une fésolution aussi noble que patrioti(|ue. File fait d'abord comprendre à Charles V que le comte son (ils ne voudra rien écouter tant qu'on ne lui restituera pas Douai, Orchies, Lille; elle engage le roi, elle le dccide à céder sur ce point, puis elle se rend elle-même h Mahnes auprès de son fils. Elle commence par lui parier de l'alliance avec l'Angleterre, lui remontre les dangers qu'elle doit avoir pour la France, les dommages qu'elle peut causer «^ ses propres sujets de Flandre; elle en vient ensuite aux concessions du roi Charles V; enfin, d'une voix pleine de prières et de larmes, elle adjure son fils de consentir au mariage de Mar^ruiTlte avec le duc de Bourgogne. Sur la raison alléguée |)ar le comte, qu'il a donné s;) parole au roi d'Angleterre : « Mon fils, s'écrie Marguerite en écartant brusquement sa robe et découvrant son sein, moi ta mère, comtesse et palatine de Bourgogne et d'Artois, te prie de faire en ces noces ce que ton roi et moi ta mère, désirons; autrement, si tu refuses, je te jure que je jetterai aux chiens ct'ttc mamelle que je touche, et la trandieraien ta présence, pour un opprobre éternel sur ton nom, et pourvoierai <|ue toi ou les tiens ne puissent jouir des pays et seigneuries (|u'il a plu à Dieu me donner. >e pense pas que je veuille permettre que les Anglais se glorifient et s'avantagnit du mien, et qu'ils s*en puissent servir pour la ruine de ma maison. Non, non ; j«'sais

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cominenlj'y dois pourvoir si toi-même ne trouve le remède, faisant ce de quoi, moi (a mère, te prie et tant instamment te requiers. »

Ce mouvement d'une dignité toute romaine et cette énergique apostrophe proDoncée d'une voix accentuée par le courroux produisent sur l'âme du comte une impression décisive : il se jette aux pieds de sa mère en protestant de soo aflectioB pour elle, il la supplie d'oublier ses ressentiments, et lui promet de ne donner à Marguerite d'aufre époux que Philippe de Bourgogne ; seulement il demande qu'on ne se hâte pas de conclure le mariage, afln de lui laisser le temps de dégager sa parole vis-à-vis le roi d'Angleterre.

Voilà comment la Comté de Bourgogne, où le nom seul d'Anglais était une injure, échappa à la domination de ce peuple abhorré; mais disons*le, la France ne sait pas assez qu'elle doit à Marguerite, la noble comtesse de Bourgogne, une éteraeiie reconnaissance i)Our sa généreuse et patriotique démarche. En eiïet, si le duc de Cambridge eût obtenu la main de la jeune héritière, la Flandre, l'Artois, la Comlr de Bourgogne, les comtés de Nevers et de Rélhel, devenaient la propriélé de l'Anglais ; et l'acquisition de ces belles et riches provinces, jointe au nombre de celles qu'il possédait déjà en France depuis le traité de Brétigny, lui assurait une prépon* dérance dont on n'ose calculer tous les résultais.

Ce brillant mariage, destiné à faire de Philippe de Bourgogne le plus puissant des princes de l'Europe qui ne portaient pas la couronne royale, fut conclu le 12 avril, dans les premiers jours de 1369 (l'année coujmençait alors à Piques), et le 19 juiB suivant, les ncces se célébrèrent à Gand, au milieu d'une grande magnificence. Peu de temps après, les nouveaux époux se rendirent à Dijon, la capitale du dnchc de Bourgogne, où la noblesse presque entière des deux Bourgognes vint les complimenter. Des fêtes et des réjouissances marquèrent leur séjour dans cette ville.

Durant les années qui suivirent, Philippe le Hardi s'occupa fort peu des aflaires de son duché, lequel avait bien besoin cependant de soulagements et de réformes; mais Charles V avait besoin aussi du bras de ses plus habiles capitaines pour reprendre aux Anglais les provinces qu'ils tenaient en France, et comme le roi av»l la plus haute confiance dans les talents militaires et la bravoure de son frère Philippe, il l'envoyait tantôt en Champagne, tantôt en Picardie, tantôt en Guienne ou on Normandie, partout enfin, combattre les ennemis du royaume. Pendant ce temp»là survenaient en Flandre des événements qui réclamèrent à leur tour Tûiten'aition du duc de Bourgogne. Louis de Maie son beau-père, prince orgueilleux, brutal et débauché, s'aliénait de plus en plus l'esprit des Flamands, en attaquant ourertemeot leurs privilèges pour donner satisfaction à sa haine contre la bourgeoisie, en leur imposant des tributs illégaux pour subvenir à ses prodigalités, en excitant les rivalités des princi[)ales villes pour affaiblir leur influence. Mais, à la fin, la patience manqua aux Flamands, et les plus bouillants d'entre eux, les Gantois, se confédérèrent sous le nom de blancs-cfuiperons (an 1379), massacrèrent un des baillis de Louis de Maie, pillèrent plusieurs châteaux, et, entraînant dans le mouvement Broges, Ypres, Courtrai et d'autres cités, ils vinrent, avec les milices réunies de ces diflérentes villes, assiéger Oudenarde, où s'était retirée prescjue toute la noblesse lamande. Les insurgés, au nombre de soixante mille, bien armés, bien pourvus des

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choses nécessaires à ta guerre, ne pouvaient manquer de réduire Oudenarde, sinon par attaques, du moins par lamine. Louis de Maie le comprit, et, d'après les conseils <ie la palatine Marguerite sa mère, il se résolut k traiter, en chargeant le duc de Bourgogne son gendre de s'interposer entre ses sujets et lui. Le duc vint à Arras. Son esprit conciliant, Taflabilité de ses manières, la douceur de son langage rame- ■èreot les Flamands à des sentiments moins hostiles ; ils acceptèrent les propositions du duc, et la paix fut conclue. Elle ne devait pas être de longue durée.

D'Arras, Philippe le Hardi se rendit au Mans pour att^dre au passage une année anglaise qui se dirigeait, par la Beauce et le Maine, vers la rivière de Sarthe : ce fut là que le duc se proposait d'arrêter les Anglais, et il allait leur livrer bataille, lorsqu'on apprit que Charles V venait de mourir (16 septembre 1380). On signa une urtvc.

Cliaries V descendait dans la tombe au moment où le royauuie avait plus que ja- NMis besoin d'une main habile et ferme, et le flis qu'il laissait comme successeur fiait un entant de douze ans à \mm : aussi le nouveau règne devait-il être pour la France un des plus désastreux qu'elle eût encore traversés, car ce règne n'allait pas durer moins de quarante-deux ans ! Au début, on voit les trois oncles paternels de Ciiaries VI, les ducs d'Anjou, de Berri, de Bourgogne, et son oncle maternel, le duc de Bourbon, se disputer la tutelle, se disputer la régence, et, ne songeant chacun qu'à leurs intérêts personnels, donner l'exemple, les uns d*une rapacité sans égale, les autres d'une prodigalité sans limites. Plus tard, ces mêmes hommes, au \iv\\ d*ap|K>rter i l'éducation du jeune prince une sollicitude intelligente et prohtableà la chose publique, sViïorceronl à l'envi d'étouffer les l)ons instincts de son cœur : ils le laisseront grandir dans une ignorance extrême, mais en revanche ils éveilleront ses frorits|>our les plaisirs, les fêtes, les exercices chevnleres(|ues; ils le rendront incapalile de s'occuper des affaires de l'Etat, mais en retour ils lui apprendront que les plus glorieux triompties d'un roi sont les triomphes remportés sur ses peuples. INus tant encore, lorsque Charles VI voudra gouverner Ini-iuême, le malheureux Siffa frapt>é de démence en traversant une forêt, et depuis cette époque jusqu'à s;i mort, la France, dé<*hirée par les factions, hvrée aux guerres civiles, hinniliée sous le» victoires de l'étranger, la France présentera le plus douloureux des spectacles fl souffrira tout ce qu'une nation peut souffrir. Un seul, parmi ces prini^es de la fleur des lis montrera quelque pudeur, quelque dignité même au milieu de l'alaisseroent général : cest Philip|)e le liardi. Tout en travaillant h élever la fortune de sa maison ducale, il n'oubliera pas que le royaume est sur le penchant de sa mine : il le défendra vaillanunent contre les ennemis du deiiors; il essavera de l'arracher aux périls de l'intérieur et de remettre un peu d'ordre dans TadministratiOD. Par son activité, ses talents, ses vues politiques, il neuUralisera l'inOuence de ses autres frères; il acquerra sur les affaires du gouvernement une prépondérance marquée; enfin, durant les vingt dernières années de sa vie, il sera le roi do la France. Il est vrai <|ue la cour, jalouse de l'ascendant du duc, cherchera par tous les moyens à l'entraver dans sa marche; et c'est de cette jalousie que naîtront, entre les maison*^ de Bourgogne et d*Orlcans, les germes de cette haine liéréditaire qui |>orterout un jour des fruib si funestes.

!29l PKANCHE - COItTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

Pendant que les oncles de Charles V[ se disputaient la régence, la Flandre n*était pas tranquille. La paix d'Àrras, conclue entre Louis de Maie et ses sujets, € cette paix à deux visages, » avait été rompue, et Louis de Maie, irrité de s*étre vu chassé de Gand, où il était venu demander la dissolution des blancs-chaperons^ essayait de ramener les Flamands par la terreur et les supplices. Mais il n*y réussissait pas : le peuple opposait à ses vengeances une indomptable énergie, ou répondait à ses cruautés en brûlant ses châteaux, en massacrant ses gentilshommes. Cêtait entre les bourgeois et les nobles une guerre implacable. Louis de Maie marche sur Gand à la tête de sa chevalerie et défait à Nivelle les milices de cette ville. Les Gantois, loin de se décourager, continuent la guerre. Leur cité comprenait quatre cent mille habitants : ils espèrent, avec les forces dont elle dispose, et les secours qui leur arrivent de divers côtés, décider Tarmée ennemie à se retirer, et ils résistent intrépidement. À la fin cependant, la famine les oblige de capituler; mais Louis de Blalene veut leur accorder la paix qu*à la condition qu*ils viendront tous, nus pieds, en diemise et la corde au cou, se mettre à sa merci : alors ils préfèrent mourir les armes il la main. Le chef des Gantois, Philippe Artewelde, 61s du grand agitateur de ce nom, sort de la ville à la tête de cinq mille hommes résolus; il attaque près de Bruges Tannée de Louis de Maie, sept fois plus nombreuse que la sienne, et la met en si complète déroute, que le comte est obligé, pour échapper aux vainqueurs, de revêtir la souciuenille d'un de ses valets et de s*enfuirà Lille sur la jument d'un paysan.

Cette victoire excite un vif enthousiasme parmi les cités flamandes, qui s'empressent de se soumettre à Philippe Artewelde ; elle remue profondément aussi Paris et Londres, oii les souffrances matérielles, la haine contre l'aristocratie et le besoin de liberté venaient de se traduire en insurrections populaires : mais elle soulève toutes les rancunes et les colères de la noblesse en Europe.

Sous le coup de son éclatante défaite, Louis de Maie ne respiraitque la vengeance : pour en finir avec les rebelles, il convoque le ban et l'arrière-ban de ses chevaliers, il demande partout aide et secours, il s'adresse principalement à la France; et le duc Philippe le Hardi, « que cette guerre regardait trop grandement, » dit Frolssart, décide Charles VI à marcher en Flandre, pour punir ces orgueilleux mllabhs qui avaient osé chasser leur seigneur et sa noblesse. Le roi part à la tête d'une armée formidable où l'on comptait plus de dix mille gentilshommes, arrive devant Ypres, qui se soumet sans combattre, ainsi que Cassel, Bergu^, Gravelines, Poperinghes et les autres villes de la Flandre maritime, et vient asseoir son camp près de Rosel>ecq, village entre Ypres et Courtrai. De son côté, Philippe Artewelde, avec les cinquante mille hommes qu'il a pu rassembler, s'avance vers les Français : il prend une bonne position, groupe tout son monde en une seule phalange carrée, recommande aux siens de n'épargner pci^nne, si ce n'est le roi, et donne le signal de l'attaque. Les Flamands, armés de maillets de plomb, de chapeaux de fer et de gants de cuir, arrivent, pique basse et bras entrelacés, sur le centre de l'année firançaise, qui plie sous ce choc irrésistible : mais bientôt les deux ailes de l'année royale se referment sur cette masse compacte, l'enveloppent et la pressent si vivement à droite et à gauche, que les Flamands, entassés les uns sur les autres, ne peuvent plus dégager ni leurs bras ni leurs pi(|ues pour se défendre. On en fit un épouvantable carnage.

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Vingt-six iniite d*eDtre eux couvrirent de leurs cadavres le champ de bataille, sans « onipter les neuf mille hommes de Théroîque bataillon gantois, au milieu duquel sVuit placé Philippe Artewelde, et qui moururent jusqu'au dernier! La victoire de liosebecq (27 novembre 1382) remplit de joie la noblesse de FEurope ; cette victoire la sauvait de sa ruine : «Si le roi de France, dit Thistorien Froissart, eût été dH^onût en Flandre, on peut bien croire que toute noblesse et gentillesse eût été perdue en France et autant bien aux autres pays; ni la jacquerie ne fut oncques (jaoïais) si grande ni si horrible qu'elle eût été. » En effet, le parti populaire, en Angleterre comme en France, n'attendait qu'un succès des Flamands pour se lever en masse, détruire les châteaux rovaux et recommencer contre l'aristocratie une Kuerre sans trêve ni merci.

A l'époque de la bataille de Rosebecq, la comtesse Marguerite ne vivait plus de- IMiis six mois : elle était morte le 9 mai 1382, h IMge de soixante-douze ans. Princesse vertueuse, bienfaisante et douée d'un noble caractère allié à une haute intelligeiu-e, elle emporta dans la tombe les regrets universels. Son fils Louis de Haie lui succéda comme comte d'Artois et palatin de Bourgogne. Le 30 juin 1382, ses conseillers se rendirent à Dôle pour proclamer le nouveau souverain de ki Comté ; ils étaient chargi^ de gouverner le pays en son absence : ils n'en furent pas cliargés longtemps, comme on va le voir.

Les vainqueurs de Rosebecq, avant de quitter la Flandre, s'étaient vengés cruellement sur elle : ils en livrèrent les villes au pillage et aux flammes, ils soumirent les populations aux traitements les plus inhumains, et, pour efTacer jusqu'au soutenir d'une journée où, quatre-vingts ans auparavant, l'aristocratie française avait été vaincue à Courtrai, ils détniisirent de fond en comble cette malheureuse cité, :iprès en avoir pillé les richesses et massacré tous les habitants, sans distinction d*;ige ni de sexe! Ces atrocités commises avec un sang-froid barbare soulevèrent dans la Flandre une indignation générale et réveillèrent la révolte au lieu de Télouiïer. Ijes indomptables Gantois s'étant ranimés, ils élurent à la place de Philippe Artewehle le capitaine Ackennann, qui demanda des secours h l'Angleterre. Il en obtint : une arm/*e anglaise, sous le commandenaent de l'évifiue de Nonvich, desrendit en Flandre; elle chassa les garnisons françaises des villes qu'elles occupaient, et vint ensuite, renforcée des milices gantoises, mettre le siège devant Ypres. Chartes VI accourut avec cent mille hommes pour délivrer cette place; ce qu'il fit. Puis il reprit Rergues, dont il ordonna de massaci*er les habitants jusqu'au dernier. Après cet acte dune cruauté sauvage, on entama des négociations, parce que la «saison commençait i devenir mauvaise, et que l'attrait dt^ plaisirs rappelait k*s princes à Paris. Ce fut durant les pourparlers, que le duc de Berri, s'irritant des retards apportés par Louis de Maie à la conclusion d'une trêve, le tua d'un coup de l»f>ignard dans Testomac, à la suite d'une altercation violente (20 janvier 1384». On ensevelit Louis de Maie en l'église Saint-Pierre de Lille : les évéqm^s de Tournai, d'Arras et de Cambrai firent au défunt de magnifiques funérailles; mais, dit i.ollut, c les pleurs ne furent aliondantt's, si dame Marguerite, sa fille, ne le plonit fiar debvoir et piété d'enfant, plutôt que pour le mérite d'icHuy. » Fils dégénéré d'une glorieuse mère, Louis de Maie avait déshonoré son gouverm^nent par tant de

saicntque son ambition personnelle, avait sans cesse besoin (l*argent; el« la convocation des états lui semblant, avant tout, un mécanisme propre à voter des subtUdes, il recourait Tréquemment à ce moyen. Déjà, au mois de novembre 1384, il avait convoqué à Dôie les barons et les prélats pour en obtenir le don gratuit; au mois de mars 1389, il convo(iuait encore les barons et les prélats pour le même motif : mais cette rois rassemblée présentait un grand et nouveau spectacle. Philippe avait osé, le premier, appeler ù ces réunions solennelles les habitants des bonnes villes. Fait immense que celui-là ! Dès lors, la bourgeoisie se trouvait créée, politiquement parlant : à son tour elle venait s*asseoir, sous le nom de tiers état^ au sein de ces grandes assemblées délibérantes où n'avaient encore paru que la noblesse et le clergé. La bourgeoisie comtoise en frémit d*orgueil et de joie. Elle qui jusqu'alors n'avait rien été, elle se sentit fière de cette place qu'on lui donnait à côté de raristocratie. C'était, en eiïet, un légitime sujet d'orgueil pour les hommes nouveaux, que de se voir assimilés politiquement aux hommes d'éj)ée, aux hommes d'église ; que de se voir appelés à prononcer comme eux sur les aflaires publiques, à résoudre avec eux toutes les questions fondamentales. Et disons-le, le tiers état, en devenant un corps politique, se trouvait amené, parla force des choses, à suivre toujours une marche ascendante, tandis que les deux autres ordres ne pouvaient que décliner : car la bourgeoisie avait des tendances, un esprit et des mœurs, elle possédait en elle des éléments d'organisation et d'avenir qui devaient infailliblement assurer son triomphe sur la féodalité. Le tiers étiit, comme nous Tout appris nos grandes assemblées modernes, était appelé à faire table rase de toutes les vieilles institutions.

A partir de Philippe le Hardi, les états de la Comté furent ainsi formés : on les composa de trois chambres votant séparément, mais ayant des droits égaux. Dans la chambre du clergé siégeaient les dignitaires ecclésiastiques, et à leur tête i'arcbevéque de Besançon, président-né. Dans la chambre de La noblesse siégeaient tous les gentilshommes possédant flefs; et dans la chambre du tiers, que présidait le lieutenant général de Vesoul, figuraient trente-quatre membres, savoir : les députés envoyés par les vingt prévôtés de la province, et les maires des quatorze villes principales, Dole, Salins, Gray, Vesoul, Baume-les-Dames, Faucogney, Pontarlier, Arbois, Poligny, Lons-lo-Saulnier, Orgelet, Bletterans, Omans et Quingey. La Comté de Bourgogne fut dès lors un pai/« d'états, ou, si l'on aime mieux, les libertés publiques eurent dès lors leur palladium ; et « jamais, dit M. Clerc, nos princes, fiissenlils rois ou empereurs, n'imposèrent à nos pères un tribut. Le don volontaire et grth tuit, offert au souverain sans engagement pour l'avenir, était digne d'un peuple libre. Telle fut la Franche-Comté sous rAutriche, sous l'Espagne, sous les règnes absolus de Charles-Quint et de Philippe 11. C'était la gloire de nos aïeux, et nous sommes fiers encore de leur nom. « Au delà du chemin romain, disaient-ils dès t les premières années du quinzième siècle, au delà du chemin romain qui va de « Besançon à Langres, et qui nous sépare de la France, sont les gabelles, impAts H c servitudes royales ; en deçà, les nobles libertés et droictiires de la pranche terre t de Bourgogne. »

Cependant le duc Phili|)pe poursuivait avec audace sa hitle contre la léodalilé. Après avoir attaqué les privilégias de la noblesse, il attaqua ceux du clergé, et ee Ait

rRANGIIB - COMTE ALLEMANDE. Î99

Vf i|ui asieiui, ea 1389, son éclaUnt démêlé avec (Guillaume III de Verg\', archevêque fie Besançon. U prélat prétendait avoir senl le droit de battre monnaie dans !> ndave de son dioclw, «'appuyant sur ce que ses prédécesseurs avaient obtenu ce droit (le Fempereur Charles le Chauve, pour l'exercer à Pexclusion de tous autres, H qut\ ilepuis Charles le Chauve, plusieurs chartes impériales étaient venues leur en coofinner le plein exercice. L'archevêque de Besançon disait vrai ; mais Philippe le llardi ne s>d inquiéta pas : il fil battre monnaie dans la ville d'Auxonno, et, de plus, il détendit k Tarchevéque d'en flrapper à Besançon. C'était changer complètement les rôles. Comme on le pense bien, non-seulement Guillaume de Vergy refusai de déférer aux injonctions du duc de Bourgogne, mais aicore il lui dénia le droit de battn* monnaie k Auxonne ; et la querelle prit une tournure d'autant plus hostile, que le chapitre métropolitain, intéressé dans la question, intervint de son côté. Le dur, pour mettre fin à des prétentions qu'il trouvait trop contraires à Texercice de sa souveraineté, ne transigea pas : il fit saisir le temporel de l'archevêque, puis il requit les citoyens de Besançon de lui remettre entre les mains les membres du chapitre; mais les Bisontins s'y refusèrent, alléguant que contre gens d'église iU ne fouvûient faire force. Ce n'était Ik qu'un échappatoire ; il suflisait, pour le prouver, de remonter ilans l'histoire de Besançon : en l:29i par exemple, les Bisontins n'avaient guère craint de foire force contre monseigneur Eudes de Kougemont, quand ils attaquaient à main année son château de Roignon et sommaient ce prélat, pour autant qu'il désirait prolonger sa vie, de sortir dudit ch^Ueau. Philippe le Hardi, irrité de voir les Bisontins lui refuser leur concours, donna l'ordre à Jean de Kay, gardien de la Comté de Bourgogne, de mettre incontinent le siège d(*vant Gy, Manileure, Êtalans et Noroy, quatre seigneuries de rarchevêque; et les hommes d'armes i!u iUw ne se contentèrent pas île s'emparer de ces diverses places, mais encore ils rasèn'nt les diàteaux de Noroy et de Mandeure. Noroy-I'Arclievèque, bourg à trois lieues de Vesoul, était alors une |>etite place forte qu'entouraient des murailles d'une <4ionne épaisseur. M;mdeure sur le Ik)ubs, ce village historicpie qui fut autrefois la brillante cité romaine tïKpamanduodurum, et qui montre encore aujourd'hui des restes de son fameux tliéâtre, des vestiges de l)ains, de palais, de temples, de voie romaine; Mandeure, déuruit à plusieurs reprises pendant les invasions liartiares, ne rnnsisiait plus, h l'éfKMiue de Pliilip|>e le llardi, qu'en un simple bourg défendu par un château.

L'an*hevêque, qui s'était retiré à Gy, ne s'échappa qu'en se sauvant, la nuit, par les soutfTraiiis de c<»lte forteresse; il vint chercher un refuge au iwlais d'Avignon, où W pa|H» s»* trouvait alors, et de cette résidence il lança des lettres d'interdit sur la Comté de B«)urgogne. Toutefois le différend ne devait pas se tenniner h son avantage. Il est vrai que le duc Philipjte consentit un peu plus tanl (février 1301) à lui restituer ses biens, mais il se n'^sena |)Our lui seul le droit de battre monnaie ; et le saint-pî're consola rarchevé(|ue de la perti' de ses privilèges, en lui accordant le cha- \n"AU rouge. Ajoutons que <*(iillanme de Vergy ne renini pas à l^inçon : Philippe avait diVidé le ('ha|>itre métropolitain h lui donner pour successeur un Picard d'origine, Géranl d'Athier, rt*ligieux bénétiietin, et l'un des hommes d'affaires du duc.

Bien ne résistait h Philip|)e. Il |>ortiit la main |>artoiit et sur tous et laissait loin

Tm KRANCHK-COMTt: ANCIKNXE KT MODblUNË.

(lerrièrc lui les h^irdiesscs d^EudeslV. Il est vrai qifau fond de toutes ces mesures on ne trouvait qu*une chose : le besoin d'avoir de Targent; mais le duc n'en accomplissait pas moins une révolution rondamenlale dans les institutions du pays. On vient de voir comment il avait tranché la question de la monnaie; il tranclia d*une manière aussi absolue la question des testaments, au détriment du clergé : par lettres patentes du 21 juillet 1389, il déclara que la publication des testaments était un droit de sa seigneurie et noblesse. Trois jours auparavant, le duc avait supprimé toutes les pensions ; et vers le même temps, il disputait aux barons la succession des bâtanls. Il lui fallait de Targent pour soutenir son faste ruineux et son trésor épuisé : les taxes nouvelles qu'il créait ne lui sufTisant |)as, il vendait sous le nom de gardes et bourgeoisies les libertés à ses sujets. Ainsi, le 11 janvier 1389, il avait octroyé, moyennant un tribut annuel de deux cetits livres de cire léale^ des lettres de bourgeoisie aux manants et habitants du val de Morteau ; et le 7 juin de la même année, avait paru une ordonnance qui déclarait qu'en vertu de la coutume générale du pays, chacun pouvait s'avouer bourgeois du prince. Parmi toutes les innovations de Philippe le Hardi, nulle ne portait un coup plus rude au pouvoir des barons que œ titre de bourgeois du prince : il ruinait les justices féodales; il mettait le paysan à l'abri de la tyrannie et des exactions du seigneur immédiat ; il donnait au serf le droit de se croire enfui libre. Et le serf, enorgueilli de sa liberté, se relevait fièrement en face de son sire : « iNous en a[>pelons à Dôle, avons confiance au parlement, » td était le cri des montagnes. Jamais, en (]omté, la classe plébéienne n'avait tant vécu, etdans la province entière, un paysan n'en rencontrait |)as un autre sans lui demander, en lui serrant la main : « Ks-tu à monseignem* le duc 1 Mets-toi vite en ce parti. » On prononçait avec amour le nom d'un prince qui semblait avoir pris pour devise : Franchise et liberté.

Le parlement de Dôle ne trompait pas la confiance que les paysans avalent en lui ; il la justifia dans une décision bien importante pour l'affranchissement des campagnes. Le prieur de Morteau et la comtesse de Neufchûtel avaient fait des poursuites contre les habitants du val de Morteau, reconnus bout^eois du prmee; et, malgré la protestiition de deux cent quarante montagnards, les assises de Pontarlier avaient révoqué les lettres de bourgeoisie accordées |)ar le duc. Mais les condamnés en ayant appelé au parlement de Dôle, la haute cour rendit, à la date du 12 mai i390, un arrêt qui cassait la sentence du bailli de Pontarlier. A cette heureuse nouvelle, c^ fut une allégresse inflicible parmi les imysans du val de Morteau : ils s'embrassaient avec des larmes de bonheur ; ils passèrent plusieurs jours dans les chants et les fêtes ; ils allumèrent des feux de joie sur la montagne.

Mais, pendant que le peuple des campagnes accueillait avec transport la révolution nouvelle, les nobles frémissaient de douleur et de colère. Par toutes ces innovations de Philippe le Hardi, ils voyaient la Comté de Bourgogne perdue, et ils se réunirent. Ce fut encore un Chalon qui se montra le plus irrité parmi les hauts barons ; il leur demanda s'ils attendraient en silence la ruine de leurs vieilles immunités. L'assemblée cependant ne répondit pas à l'impatience guerrière du sire de Chalon : les barons décidèrent que l'on recourrait à la voie des remontrances, et ils adressènmt an duc une longue re(|uéte ; mais ils lui laissèrent comprendre leurs ressentiments en

KHÀNCHËCOMTI^: ALLEMAND!*:. rm

s'fini^naiit <le sa cour. Le Chalou qui apparait ici, u*avaii pas encore trenle ans. Il portiii, couiiiie ses aïeux, le prénom de Jean, et il joignait à ses titres de baron d'ArLiy et de sire de Jougne, celui de prince d*Orange, par suite de son mariage a\i\ Marie des Ikux, de la maison d*Orange. Jean de Cbalon-Ariay était le plus puissent soigneur de la Comte de Bourgogne : à son patrimoine il venait d'ajouter Timnieuse .succession de son oncle Hugues de Clialon, mort en 1387. Fougueux et violent, comme les princes de s;i race, il ne pouvait maitriseï* sa colère contre Philip|K' le lianli ; mais son impatience s'irritait surtout <i Taspect des sergents du duc qu'il vovait chaque jour parcourir ses terres. Ce qui mettait le comble à sa fureur otail la pn''tention que Philippe élevait à la souveraineté de la seigneurie de Joiigne, plaïf assise à rextréme Tronlière du pays, sur Tun des sommets du Jura. Jean de Clialon-Arlay repoussait avec hauteur les prétentions du duc : La seigneurie de Jmigne, ré|)ondait-il, ne relevait que de Dieu et de ré|tée. Langage, il faut le dire, Hiis chevaleresque que conforme à l'exactitude iiistorique, car Jougne et les (k'iH'mlances de cette seigneurie, telles que Métabief, les Hôpitaux, les Longe- \illes, aciietées en. iâ()6 par Jean de Clialon TAntique, relevaient directement de rKmpire.

Sur ces entrefaites, un des odiciers de la sergenterie du duc, nommé Guillaume Faguier, homme particuhèrement odieux à Jean de Chalon-Ariay, fut assassine (i3 avril i:^)en regagnant la Cha|)elle-<rHuin, village où il demeurait. Le meurtre a\ait été commis par quatre inconnus; mais la haine particulière de Jean deChalon contre (ùiillaume Faguier fit soupçonner que ce prince n'était fias étranger au crime, ci le refuge que les quatre ass;issins trouvèrent à son château de Jougne vint fortifier < ette présomption. Aux yeux de Philippe, le haut rang du coupable était une raison de plus pour sévir avec rigueur : le duc ordonna d'informer immédiatement . u sujet de ce nieurta\ En son absence, la duchesse 3larguerite sa femme réunit un ;:rjn<l conseil com|)Osé de nobles, de prélats et de baillis du pays, et l'assembk'e dé* nda quil serait enjoint à Ji^an deChalon de livrer a la justice les meurtriers de C^uiil.iiiiiie Fa^niier, mais Jean de Chalon s'y refusa. Alors on l'ajourna solennellement à < iiiiqiaraitre en |)ersonne devant le parlement de Dôle. Il lit défaut et se retira en I nince. Kéajourné |K)ur le i juillet 1390, sous |)eine de bannissement, Jean de ( halon ne rom|K)rut pas davant;(ge, et un arrêt de la haute cour prononça la sé- Mut^tration de ses châteaux, lieux seulement de ces forteresses, Chalamont et Châi< l^n\oii, purent être emportées; les autres, vigoureusement défendues par des sold.it,s étniiipM^s, résistaient à toutes les att^iques de Jean de Vergy, capitaine général «le là Comté de Bourgogne. Le duc, indigné de cette réliellion itersévérante, obtint liu roi Charles VI la |>erinission de faire arrêter Jean de Clialon-Aiiay, et celui-ci fut afipn^liendé an corps à <:on(1ans-les-Paris, transféré le 10 juillet I3!H au château dr Lille, puis deux mois plus tard on le ramena en <Iomté où on renferma dans la tour d<' Chalamont. L1iit<Trogatoire qu'on lui lit subir trahissait son orgueilleux ' iiibarras. Le procureur de Bourgogne demandait avec instance le châtiment du rim|»able; mais il s'agissait de prononcer une |)eine infamante contre un grand pervijnnagc, et Ton craignait de trop mécontenter les hauts barons, qui tous s'intéres* salent au sort de TaccuM^et <|ui même avaient fourni |KHir son élargissement provi-

ôoa FRANCHK -COMTÉ ANCIKNNE KT MODERNR.

soire iio caiitionnenient de cent mille livres. En cette position, le duc Philippe 9e fit remettre les pièces du procès : prenant en considération les longs services des sei^eurs de Chalon, il commua (16 janvier 1304) la peine criminelle en peine civile, moyen fort usité en ce temps-là par les princes qui, comme Philippe, avaient toujours besoin d*argent. Il confisqua donc une partie des biens de Jean de Chalon, ordonna que les châteaux qu'on lui laissait restassent ouverts eu signe de souniission, et enjoignit au coupable de fonder sur le lieu où le meurtre avait été commis, une chapelle dont le bénéfice serait à la collation du duc.

Tout en pardonnant, Philippe le Hardi |)arlait en maître : Tardeur avec laquelle il venait de faire poursuivre l'assassinat d'un de ses plus obscurs officieTS dénotait combien il était jaloux de son autorité, et sa conduite envers Jean de Chalon montrait qu'il ne craignait pas de frapper les têtes les plus hautes. Le due cootinuail à tout transformer dans la Comté de Bourgogne : cependant on touchait au moment où la révolution qu'il avait entreprise allait brusquement s'arrêter. La noblesse» humiliée de l'audace de Philippe et atteinte dans ses prérogatives comme dans sa Tortune, murmurait et se plaignait ; le clergé, ébranlé par TafTaire de rarchevéquc Guillaume de Vergy, se montrait hostile; les Bisontins, mécontents du prélat que le duc leur avait donné dans la personne de Gérard d'Âthier» s'agitaient. Le duc était inquiet. Au mois de novembre 1394, il vint à Besancon et y fit son entrée avec Gérard d'Âthier, qui n'avait pas encore paru dans son diocèse, où depuis longtemps il était attendu. Le nouvel archevêque avait à sa di*oite Philippe le Hardi ; k sa gaochc, Jean, comte deNevers, fils aîné du duc. Derrière le prélat et les princes, marchait une foule de barons comtois. Gérard d'Athier, après avoir juré de respecter les franchises de la cité im|>ériale, se rendit à l'église, et ensuite vint prendre possession du palais de l'archevêché, où devait loger le duc de Bourgogne. Le soir de ce jour (16 novembre), le duc fit lire dans une des salles du palais, et en présence des barons réunis, l'ordonnance qu'il allait publier. Leur joie fut complète : le duc ré* voquait toutes les gardes, commandises et bourgeoisies qu'il avait accordées à ses sujets, et même il sacrifiait leurs droits acquis dès un temps immémorial.

La fatale nouvelle, iMirtie des bords du Doubs, se répandit promptement de la Sa6ne au Jura. Les paysans en pleurèrent de douleur : il leur fallait dire adieu à ci's douces libertés, qui les rendaient si heureux et si fiers, pour redevenir les hommes de leurs sires. Le deuil couvrait les campagnes ; en plusieurs endroits cqiendant, la colère fit explosion, et l'on arracha, on foula aux pieds, on traîna dans la boue les pannonceaux du prince, ces emblèmes protecteurs, objet naguère de taut de respect et d'amour. Le duc avait cédé aux vives instances des hauts barons; mais il comptait sur son parlement, et il lui avait rcconunandé sans doute de dés(d)éirà son ordonnance du 16 novembre, en maintenant les gardes et les bourgeoisies. De son côté, la duchesse Marguerite, chargée du gouvernement de la province en Tabsencc de son mari, obéissait, elle aussi, à des ordres secrets : et elle faisait face avec énergie aux difRcultés de la situation, elle relevait les pannonceaux, là du moins où une révolte n'était pas à craindre ; pendant que les ofiiciers du duc, timidennent d'abord, plus hardiment ensuite, s'esvsayaient k reprendre aux nobles les terres enlevées au domaine du prince dans des temps de faiblesse, osaient interroger les grandes

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