CHAPITRE SEPTIÈME
Fyfipft W Bm, éÊt tl tOMte ëe BoargofM. — Soa alliaiice aree TAafleterrt. — Tnilé de Troyat. ^ Ëlat ëe te Pnaet. — Philippe 4tat les BourfOffnet. — Philippe i D6le; le periemeiL — Ouy Anméaier. — Philippe i Besaiicoo. — AgiUtiont de cette Yille ; Looit de Qitlon, YÎeaire de rEmpire. — Philippe à Stlins, i Orgelet, i Genève, i Noieroj. — Création do bailliage de D6le et de la chambre do cooieil. — Lea Français en Boorgogne. — Misère en France et dans les Boorgof noa- » Création de ronivartité de Ddle. — Rérolle i Besançon. — L*emperear SigisflMmd. — leaa Hos.
— Beaaaçoa ao boa de TBaipira. — Reaoneiatioa an ficanal impérial. — Agoaie de la Fraace.— Dico et le people. » Jeaane Darc ; sa vie, son procès, u mort. ^ Réveil de la Fraaea. — Traité d* Arras. ^ Las £eoreAeiir«. — Eipolsion des Anglais. — Incidents en Comté. — Framekê-^Unnté, héraut d*armes de Philippe le Bon. — Nouveau troubles i Besançon. ^ Jean de la Rochetaillée et le concile de Bile. — Beunçon excommunié. — Traité entre rareb^véque et les citoyens. — Philippe le Bon i Besançon. — La Toison d*Or. — Destruction du château de Brégille. — Queatin Méaard et les gouTeraaars. ^ Arbitrage da due de Bourgogne. — Taille jetée sar la ville. — EIXenresceace parmi le people ; Jeaa Boiiot. ^ Révolutioo. — Thiébaut de Neaichètel à Besaaçoo.
— Compression du mouvement populaire. — Traité d'association. — Jean de Gransoa , sire de Petmet — Déclin de la féodalité ; progrès de la bourgeoisie. — Publiration des coutaoïes de Fraochr- Comté. ^ Mort de Philippe le Bon ; son caractère. — Influence de son règne sur b Franche-Comté.
In jour de Tannée 1821, le roi François l*% visitant, à la chartreuse de Dijon, les restes des ducs de Bourgogne, regardait avec étonnement la large ouverture que la bacbe de Tanneguy-buchâlel avait faite au crâne de Jean-sans-Peur : c Sire, lui dit le prieur des chartreux, c'est par ce trou-là que les Anglais sont entrés en France. > Mot qui n*élait pas setilement original : il n'était que trop vrai maiheurm^iiient.
I^ nouvelle de Tattentat commis sur Jeainans-Peur vint surprendre à Cand le comte de Cliarolais sou Gis. C'était un jeune homme de vingt-deux ans; on le nomsait Hhiiip|)e. Né à Dijon en 1396, il avait épousé en 1409 madame Michelle de France, fille puinée de Charles VI. c Madame Michelle, lui dit-il, votrt* frère a tué mon père; » puis, s'adressant à ses chevaliers : c Aidez-moi constamment i venger ce crime, > et, l'âme pleine de vengeance, il se prépare h la guerre en s*unissant h r Angleterre. Jean-sans-Peur avait été frappé le 10 septembre 1 41 9 ; le 24 décembre de la même année, son fils signait, à Troyes en Champagne, un traité rédigé de la main de Henri V, roi d'Angleterre, et où il était dit :
Que \r roi d* Angleterre épouserait madame Catherine, fille aînée de Charles VI;
Qu'il laisserait a celui-ci la jouissance de sa couronne et les revenus du royaume pendant sa vie ;
Qu'à lui, roi d'AngleU^rre, serait dévolu le litre de roi de France après la mort de Cliarles VI ;
Que, la maUidie de ce dernier Tempéchant de vaquer au gouvernement, il prendrait, lui roi d'Angleterre, le litre et l'autorité de régent;
SiO FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
Que les princes, les grands, les communes, les bourgeois lui prêteraient serment comme tel, et s'engageraient h le reconnaître pour souverain après la mort du roi Charles VI.
D*un trait de plume, Philippe de Bourgogne livrait la France à rAngieterre. Sans doute, au point de vue Tdial, le ressentiment de Philippe était légitime; mais, au point de vue politique, ce ressentiment devait s'effacer devant un intérêt \A\\% sacré : la patrie passe avant la famille. Et, pour venger le meurtre d*un homme, il devenait injuste de faire retomber le coup sur tout un pays innocent de ce meurtre; il devenait impie de plonger sciemment ce pays dans un abîme de malheurs ; il devenait sacrilège de le vendre à l'étranger. Aussi l'histoire a-t-elle frappé d'une énergique réprobation la conduite de Philippe, qui ne sut se venger, lui prince du sang des Valois, qu'en signant la déchéance de sa race; lui prince français, qu*en immolant sa patrie.
Cinq mois plus tard, la reine Isabeau, d'intelligence avec le duc Philippe, dont elle suivait toutes les inspirations, présentait au roi Charles VI son époux le parjure traité de Troves; et Charles VI, triste vieillard qui n'avait plus ni raison ni mérooire, si^i^nait, au préjudice du dauphin son fils, Fabandon de sa couronne en faveur du roi d'Angleterre. Ce fut à la date du 21 mai 1420 que se consomma celte forfaiture contre l'honneur national ; et, faut-il l'écrire ! non-seulement les états généraux de Paris ratinërent ce traité et le reconnurent solennellement comme loi du ro}'aume; mais le peuple même de Paris, la cité-mère des sentiments patriotiques, mais les villes du nord de la France, accueillirent avec joie la nouvelle de ce changement dans la succession au trône ! Pauvre France, il ne lui restait plus qu'à se voiler le front. Elle, si grande, si forte, si glorieuse à l'avènement des Valois, voilà jusqu'à quel point elle se trouvait humiliée, outragée, déchue par les fautes de cette orgueilleuse et fatale dynastie! En quatre-vingt-huit ans, la France était tombée à ce degré d'impuissance et d'abaissement, qu'on osait lui donner pour héritier de ce mémo trône où saint Louis, où Philippe-Auguste, où Charlemagne s'étaient assis, qu'on osait lui donner un fils de sa séculaire ennemie : un Anglais ! Il est consolant de I>ouvoir dire que ce grand déshonneur ne s'accomplit pas sans rencontrer de nobles et pieuses protestations. A Tidée d'avoir pour souverain un étranger, la pudeur nationale se révolta : tous ceux qui, parmi les Français, conservaient encore quelque respect d'eux-mêmes ou portaient encore au fond du cœur le culte de la patrie, ne virent pas sans indignation la couronne de leur pays passer aux mains d*un peuple au(|uel ils devaient déjà tant de malheurs, et la pensée que la noble France allait devenir vassale de l'Angleterre leur fit maudire le traité de Troyes. Dans les Bourgognes aussi, bien des récriminations, bien des clameurs s'élevèrent contre le filial traité : là, on le regardait comme damnable et de toute nullité, comme plein de divisions, de haines, de guerres, de troubles, de parjures; on répéUiit que tout bon chrétien, que tout homme libre devait le détester et le combattre, et l'on vit un graml nombre des seniteurs de Philippe • refuser de prêter serment à rancien et mortel ennemi de la France. >
Tandis que le fils de Jean-sans-Peur poursuivait ainsi sa vengeance, un arrêt du [mriement de Paris condamnait au bannissement perpétuel et dtclarait déchu de b
raANCHE - COMTE ALLEMANDE. Sit
MensioD aa tr^ le dauphin, qui s*éLiit, après I*épiso(le du |)out de Montereau, Mifé dans TAuici^ne avec une trou|)e d*aveniuriers, et s*y tenait cantonné. Pence (emps-là, lesaflaires allaient mal |K)ur son parti : le sire de Lafayelte, un de lieutenants en Anjou, remportait, il est vrai, à Baugé une victoire sur les Anglais; mais le duc de Bourgogne battait à Mons-en-Vimeu, dans la Picardie, l^ton da Saintrailles, un autre de ses lieutenants; et de son côté le roi d'Angleterre s*emptfail des villes de Sens, Hontereau, Melim et Mcaux, auxquelles il faisait cruelle- ■eal expier leur atlacliement h la cause du daupliin. Henri V, du reste, semblait praMire à lilcbe de s'aliéner l'esprit du nouveau peuple (|u'il devait gouverner; la PkiBoe eût été par lui conquise, qu'il n'eût pas exercé sur elle une plus brutale tynumie : non content d'imposer des taxes arbitraires, de doubler les impôts, d'en îMir même jusqu'à falsifier les monnaies, Il exigeait l'oMissance la plus absolue, M permettait ni plaintes ni mummres, et punissait de mort la moindre résistance à Tdontés. De telles violences irritaient d'autant plus, qu'elles étaient l'œuvre étranger; de telles rapacités s'imprégnaient aux yeux de la nation d'un caracibn d*autant plus offensant, que le prince anglais les faisait senir au déploiement flmte seandaleux, et qu'il avait l'air par là d'insulter à la misère publique, araiors à ses dernières limites : la disette et la famine, jointes à l'épidémie, ratt, dévoraient les provinces ; à ce triple fléau venait s'ajouter le brigandage des soldats étrangers, qui de tous côtés accouraient à la dévastation du royaume. les villes, on manquait des choses les plus nécessaires à la vie, on succombait les étreintes des plus cruels besoins : à Paris noLimment, les souffrances matérielles étaient si grandes, qu'une foule de malheureux quittaient leurs foyers \m\r m tÊfkf aux Imndes de pillanls qui parcouraient le pays, ou pour aller vivre au fond bois comme des bétes sauvages. Dans les campagnes, les habitants devenaient de d^8es|)0ir et de faim : < l^s laboureurs, rap|)orte le Journal du Bourgeois de IMs, les lalioureurs, cessant de labourer, allaient comme désesp('*n*s, et laissaient IHMMS et enbnts, en disant l'un à l'autre : € Mettous tout en la main du diable; « peu nous importe que nous devenions.... Mieux nous vaudrait senir les Sarrasins c qve les chrétiens. Faisons du pis que nous |>oiirrons ; aussi bien ne nous p<Mit-on c que tuer ou pendre. Par le faux gouvernement des traîtres gouvei*neurs, nous « IhiI renier femmes et enfants, et fuir aux bois comme biHes égan^es, non pas « depuis nn an ni deux, mais il y a jà quatorze ou quinze ans que cette danse douc tonreose commença ! »
Les Bourgognes avaient leur part dans ces calamités : le passage des gens do gMrre, le prix excessif des denrées, et la mortalité qui sévissait sur les honnnes rwwMl sur les iN'stiaux, y causaient une misî're génénUe, une désolation profond*». Cet état de choses et d'autres raisons |)olitii|ues d(*cid(Tent le duc Philippe, qui ■'avait pas encore visité les populations de ces provinces, à venir les rassurer |mr sa présenee, et il se mit en route pour Dijon, oii son entnV solennelle eut liru le 11) A^ vrier 1493. Les Dijonnais l'accueillirent au milieu de vives démonstrations et d'une gramle magnificence, car ils s'étaient t^ixés eux-mêmes, alin de ménager à leiu* seigneur une réception digne de lui. Le duc, après avoir jun's sur le grand-autel de Saint-Bénigne, de maintenir dans leur intc'grité les franchises uumicipales de Dijon
SiS FRANCHE COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
et (le toute la Bourgogne, et s'être occupé de diverses quesUoDs administrdtiTes, le duc fi ancliit la Saône pour venir prendre possession de la Comté. Ses nooibreux vassaux, réunis à Dôle, lui prêtèrent hommage debout et le cbaperon à la duid, comme c'était l'usage parmi les barons. Le parlement de Ddie s'ouvrit en gnode solennité sous la présidence du duc lui-même : ce prince appela l'attontion sur plusieurs aflaires qui traînaient depuis longtemps en longueur, et il fli de sages règlements sur les finances, la police, la justice. Avec Philippe, le parlement de IMMe allait atteindre un haut degré d'influence : c'est pourquoi il ne sera pas déplacé de résumer ici l'historique de cette institution célèbre, qui devait montrer sous un jour si glorieux la bourgeoisie comtoise, et conquérir au pays les plus belles et plus brillantes pages de ses annales.
Comme on l'a vu, dès les douzième et treizième siècles, les villes el les principales bourgades de la Comté de Bourgogne avaient obtenu des franchises, avec rexercice de certains droits municipaux. C'était un grand pas sans doute dans la voie de la liberté et du progrès ; mais, h cette époque où les familles seigneuriales disposaient de tant d'éléments de puissance et conservaient dans le sol des radoes encore si prorondes, cela ne suffisait pas : les affranchis, isolés dans leurs enclaves respectives, et se trouvant à peu près sans recours contre l'oppression venue de haut, ne vivaiett guère qu'au prix de sacrifices continus ; le réseau féodal avait des mailles ai nuliipliées, qu'ils n'échappaient à l'une d'elles que pour être enlacés par une autre. Il leur manquait un tribunal supérieur qui leur assurât l'exercice des droits acquis on plus souvent achetés, un tribunal devant lequel il leur fût permis d'avoir raison. Or, vers l'an iâOO, le roi de France Philippe le Bel institua ce tribunal; en d*autres termes, il créa le parlement de Bourgogne. Presque inaperçu dans Forigine, et timide, dépourvu d'initiative en quelque sorte tant que la féodalité resta puissante et redoutée, ce parlement n'eut d'abord, il est vrai, qu'une existence à peu près insigniflante : mais on le vit s'élever à mesure que l'édiflce féodal branlait sur sa base; on le vit s'enhardir à mesure que le pouvoU* du souverain devenait phis fort : et cette hardiesse progressive, cette marche ascendante, il les devait aux hommes nouveaux, c'est-à-dire aux bourgeois, si longtemps étrangers au mouveoimt des affaires, si longtemps déshérités de toute influence; aux bourgeois, qui de jour en jour, par leur persévérance el leurs lumières, en venaient à conquérir une place plus large au sein de ce parlement où, dans le principe, on ne les avait admis qu'en l>etit nombre ; aux bourgeois, qui se sentaient appelés à prendre en main la défieve des libertés publiques, à devenir l'appui naturel du droit contre le privilège, de riatérêt des masses contre l'intérêt de caste, et qui bientôt allaient oser traduire à leur l)arre des hauts feudaiaires, pour leur apprendre que le temps de leurs prétentions
était passé.
Jusqu'au duc Philippe le Hardi, le parlement n'avait guère été qu'une assemblée dont le pouvoir et l'utilité dé|>endaient entièrement des circonstances; dont les attributions et les prérogatives n'avaient nul caractère déflni ; où rien n*élait fixe et relouer, ni le nombre des membres, ni le jour des réunions, ni le lieu de la résidence. Ainsi, le parlement étail ambulatoire : cependant il tenait le plus babilueilement ses séances à Dôle, comme nous l'apprend une charte du 27 seplendwt <3SB,
doonée en cette ville par la lointessc Jeanne II ; comme nous rai»|)rennenl aiussi les bmeuses lettres d*Eudes IV, du 0 révrier 1333, où i*on voit que ce duc instituait en même temps h Dôle le parlement et la cliamlire des comptes. Plus tard, vers 1381, le comte Louis de Maie, gouvernant avec sa mère la palatine Marguerite 1'*, élablissaiit, également à Dôle, un p:dais de justice pour les réunions de la cour souveraine; eC c'est dans cette ville que Philippe le Hardi, le réorganisateur du parlement, le convoquait d'ordinaire. S'il faut en croire GoUut, le |>arlement fut fîxé d*une manière déflnitive à Dôle en 142â, c'est-à-dire jmr Philippe le Bon, c à quoy, dit cet historien, le prince étoit de tant plus occasioné, que par tous les temps laissés, ses prédécesseurs assignoient presque toujours le [larlement en ladicte ville, et y prononçoient ou fesoient prononcer leurs arrests, comme en celle qui, |>our la commodité du lieUv abondance de vivres, clémence de l'air, et plusieurs grants services faits en guerre, étoit la mieux chérie. Joinct que plusieurs grants seigneurs y avoient leurs palais et maisons, comme en une patrie commune, à cause des rré<iuents séjours que les princes y fesoient, et pour l'administration de justice, qui pour l'ordinaire y séoit.... Puis le duc considérât qu'il étoit comme nécessaire que le |)arlemenl fusl arresté pour toujours, d*autant mesmes que |)Our fournir les factions guerrières il ne pouvoit toujours se treuver en l'assemblée, et jugeât qu'un lieu certain faciliteroit les estudes des juges et advocats, diminueroit les fraiz des poursuiiles, et que les subjets \m\r les despenses des paoures, les femmes jiour leurs boneurs, les orphelins pour leurs delfences, les estrangers pour leurs seurtés, les prisonniers pour leurs visites, et autres, seroient mieux gardés, sen is et deflendus. Oullre cOv qu'il n'y avoit chose plus mal séante que de voir ce siège, cpii doibt être ferme et constant ainsi que la justice est ferme et construite, aller rollant cl courant par lepaîs, et comme vagabondant cà et 1«^ incertainement.... Le duc luy donat (au parlement) toutes les puissances de la souveraineté, mesmes de adviser sur les constitutions du prince, |)Our les émologuer, publier, surseoir, \m\r dispenser contre les édictSv pour babiliUîr, proroger temps, doner restitutions en entier * ; enfui de eomroender ce que le prince conunenderoit, sauf pour les deniers |)ubli(|ues, légitimations de bastards, gnices pour délicls, dérogations à la coustume générale. » Voilà ce que dit Gollut. Cet historien se trom|>e en avançant (pie iMiili|)pe le Bon rendit le parienieut sédentaire à Dôle : ce ne fut jkis lui, mais bien son arrièrepetit-fils Philippe le Beau, qui lixa dans celte ville , pur des lettres patentes du lOaoùt 1302, la résidence de la cour souveniine ; seulement INiilip)>e le Bon, ennemi de la puissance des hauts barons, voulait, connue son ateid Philippe le Hardi, les tenir sous le joug des lois, et dans ce but il augmenta 1rs préro$]^;itivos du |Kirleinent,
< En termes de palaU, tUmntr restitution, ou plus sim|i1oinent, vettituer, «tignifle rt'lever quelqu'un d'un engagement qu'il « rontracté, le remelire dans Tétat où il était avant un acte, un jugemeal qui le trourent annulés : ainsi les mineurs sont rtstituahUa rontre les artrs par eux sousrrit<( en BÎBorilé, et dans lesquels ils sont \héii. — Habiliter, c'est rendre quelqu'un capable de faire une eboM, c'est lever les obstacles qui l'en empêchent : par exemple, on habilite un mioeor à contracter, une femme i plaider en son nom, c'est-à-dire à (poursuivre une action judiriaire, soit en dcaandaBi, soit en défendant ; ce qui s'appelle ester en Jugement. — Homologuer , c'est donner m tclca dits par des particuliers la force des actes faits en justice : on homologue un avis de ptrcttf, UM trusacUoo de mineurs, une sentence arbitrale, etc.
OÙ les plébéiens entrèrent en plus grand nombre. C'était uo plébéien que te duc avait nommé, en fiai, président de ce tribunal suprême : Guy Arménier, origiiiainï (le Montigny-les-Arbois. Homme d*une vigoureuse intelligence, avocat brillant, savant docteur en droit, Annénier avait promptement acquis une haute réputation. En 1304, Etienne, comte de Montbéliard, en avait fait son conseiller; plus tard, en 1107, Jcan-sans-Peur se Tétait attaché au même titre; et, lorsque Philippe leBoo eut mis sur sa tête la couronne ducale, il apprécia le caractère et les talents du célèbre jurisconsulte franc-comtois, en lui donnant toute sa confiance. Annénier mourui en 1430'; il kiissait plusieurs enfants. L*un d*eux entre autres, du nom d*Étienoe, fut créé bailli d*Aval et devint aussi président du parlement de Dôle.
La présidence du parlement était alors la première place de la aiafislralune, et I)endant tout le quinzième siècle cette éminente dignité ftit oonslammentrempfiepar des plébéiens : nommer Antoine ChaufRn, Guillaume le Clerc, Guy Aimàiier, Jeao Peluchet, Etienne Annénier, Gérard Plaine, Jean Jouard, Jean JacquebiD, Léonani Despotots, Thomas Plaine, Jacques Gondran, c'est dire leur origine. Dans le siède suivant, ce sont encore des plél>éiens que la confiance du prince investira de cette haute fonction ; et ces illustres parvenus, marchant sur les glorieuses traces de leun devanciers, porteront si loin la réputation du parimnent de Dôle, qu*on le citen comme le foyer de la science et des lumières ; que la piété, la probité, les vertus de ses membres lui mériteront le titre A* Aréopage chrétien. Une particularité qne nous a conservée la tradition est bien de nature k nous donner de ce tribunal Tidée la plus auguste : Lorsqu'un nouveau magistrat prenait phice au parlement, il était d*usage quMl choisit lui-même le lieu de sa sépulture, et là, se mettant en préseMe du tribunal suprême où les juges de la terre comparaîtront à leur tour, il se livriit h de sérieuses méditations sur les devoirs de cette vie et sur le sort de l'autre.
De Dôle, Philippe se rendit h Besançon : il y renouvela le traité qui plaçait la ville impériale sous la garde des ducs et comtes de Bourgogne; ensuite il restitua soleinellementà l'archevêque Thiébaut de Rougemont la régalie, objet de tant de dèbals. De son côté, le prélat promit de n'aliéner jamais une seigneurie si importante k b tranquillité du pays ; et, d'autre part, les gouverneurs dégagèrent Philippe de toutes les promesses faites par le duc Jean son père relativement au transfert de b ehanrellerie, du pariement et de la cour des comptes dans leur ville. Mais, i œ momeiitlii, Besançon n'était |)as tranquille; il y régnait un sentiment d'inquiétude, ce plulAt une cerLaine exaspération, dont voici la cause : L'empereur Sigismond, flrère et successeur de Wenceslas, nourrissait le projet suranné de ressusciter l'andeR royaume de Bourgogne, et il venait de nommer vicaire d*Empire un bomnie qui réunissait tout en lui pour seconder ses vues : Louis de Chalon, prince d'Orange. Ce nom de Chalon, qui se trouve sans cesse mêlé aux événements du pays, semblait fatalement destiné à y être trop souvent un brandon de discorde. Louis de Chalon était le plus grand seigneur de la Comté de Bourgogne : prince aimable, valeureux, mapifique, il joignait à ces brillantes qualités un degré d'instruction jusqu'alors m-
> Son tombeau se Yoil encore dans l'éiçlise de Montigny. Arménier est qatliSé à» pr«Mt Bmr* tjundiœ, sur b pierre qui couvrait sa tombe, pierre gravée en l«llrM golhiqies et piritai !• Ma du défunt en anagramme.
ntANGHR- COMTÉ ALLEMANDE. 3S3
canon. 1^ jcnne Jouffroy remplissait cette chnireavec tant (l*éclal, qu'il fut invitii par \t |Ki|)c Eugène IV h venir au concile de Ferrare, et il prit plusieurs fois la parole dans celte imposante assemblée. A son retour dltalie, il revint à Luxeuil, vers 1 iil . L'abbé de Luxeuil renvoya au duc Philippe le Bon, pour demander à ce prince la conservation des privilèges de l'abbaye : la réputation de JoufTroy l'avait devancé à la cour du duc, qui ne tanla pas à l'honorer de sa confiance, en fit un de ses conseillers intimes et le chargea de plusieurs ambassades en Italie, en Espagne, en Portugal. Jouiïroy, esprit doué des plus éminentes facultés, brillait surtout par le génie diplomatique; mais il avait une ambition qui égalait ses talents et qui lui fit commettre des actes indignes. Ainsi, nommé évéque d'Arras, il se signala par tant d'atrocités, à l'époque du procès des malheureux vaudois, qu'on le surnomma le Diabk (tArras\ Cest que, non satisfait d'être évéque, il voulait être cantinal ; et le pape Nicolas V lui ayant promis le chapeau rouge s'il amenait Louis XI à révoquer la pragfnatique smtcîian^ Jouiïroy négocia cette grande aiïaire, que son habileté conduisit à bonne fin. La pragmatique sanction était cette fameuse ordonnance rendue en 1438 par le roi Charles VII, père de Louis XI, et dont voici les princii^aux artick*5 : L'autorité des conciles généraux est supérieure i celle du pape; — le saintsiépe est obligé d'assembler tous les ans un concile général ; — la liberté des élections CM rendue aux églises et aux abbayes; — les annates, réserves, expectatives, etc., sont interdites, et le droit d'appel au pape est limité ; — les bulles du pape ne seront reçues en France qu'avec l'approbation du roi.
Louis XI ayant consenti h révoquer la pnigmatique, Jouiïroy reçut en 1401 le chapeau de cardinal, unique objet de son ambition, mais non de son insatiable cupidité. Avec le cardinalat il se fit conférer l'évéché d'AIbi, et |)eu de temps après il se lounia contre le pape, irrité de ce que celui-ci lui avait refusé de joindre à l'évéché d'AIbi rarchevéché de Besançon, vacant par le décès de Quentin Ménanl. Depuis lors, Jouiïroy se montra aussi contraire à la cour de Rome qu'il lui avait éié jiisquf-lik favorable : on prétend même qu'il ne tint pas h lui de rétablir la pragmatique, après avoir tout fait pour ral>olir. Jouiïroy, intelligence d'élite, mais chez binel l'abaissement du caractère déparait les nobles dons de l'esprit, devint l'tme des Ames damnées de Louis XI : ce monarque, qui connaissait son ins;Uiabililé d'honneurs et de richesses, se l'était attaché par de l'argent et des faveurs, et il le mit dans le secret de sa politique d'extermination ; car, en l'envoyant dans le Midi pour anéantir la maison d'Armagnac, il le savait capable de rccevorr et d'exécuter (les onlrcs impitoyables. Jouiïroy ne servit que trop bien les vues de son terrible maltn\ Il vint mettre le siège devant la ville de Lectourc, où s'él;iit renfermé le rnml«î d'Amiagnac, le plus redoutable des seigneurs du Midi. D'Amiagnac se <l<'*ffudit vaillamment ; mais, obligé de capituler, il se rendit à Jouiïroy, qui lui promit «le mettre en sûreté sa personne et le lit |K)iKnarder sons les yeux de sa femme,
I On (lonoait, à celle époque, le nom de vaudois k une «ecte d'héréliqueji que l'on aecutait de !ie li«rrr. dant leur* réunions, aux débauciies les pluH iuon»lrueu»<*!(. Mais ces aceuitalion^ n'avaieol pai te rnoiodrc fonilfinf ni ; ellei n'éUienl que l'odieux prétexte dont certains hommes puissaoU >e ser ^aicol. soil pour exercer une vengeance, soit |»our assouvir un sentiment de cupidité; quelquefois (i^ur latKfairc l'une et l'autre.
du conseil, chargée de toutes les affaires des deux Bourgognes et du comté de Cbarolais, et à laquelle ressortissaient les parlements de Beaune, de Ddie et de Saint- Laurent. Cest à ce centre unique que tout dans les Bourgognes devait aboutir. L'intention de Philippe se révélait par cette institution, qui portait en elle la ruine de la puissance seigneuriale : les vues anti-féodales de ce prince, dit M. Clerc, se décelaient davantage ; il commençait à mettre en pratique le plan qu*il avait conçu dans le silence, et dont sa politique était de confier Pexécution à des plébâeiis. Guy Arménier fut le chef et le président du nouvel établissement ; Nicolas Rolio, fib d*un bourgeois d*Au(un, fut nommé chancelier.
Mais en ce moment le duc Philippe était en proie à de vives inquiétudes : sa filiale alliance avec TAngleterre portait son fruit, en attirant la guerre dans ses États. Les Français avaient envahi son comté de Nevers ; ils inquiétaient le Oiarolais et le Maçonnais ; ils s'emparaient de la Charité et faisaient promettre à la garnison de Cosne de capituler si dans un délai prescrit on ne l'avait secourue. Il Cdlait à tout prix arrêter le progrès des armes du dauphin. Le duc Philippe se bâte d*instniire son allié, Henri Y, du danger qui menaçait la ville de Cosne ; il lui r^Nrésente combien il importait de sauver cette place. Le roi anglais promet de venir en p^sonne au secours de Cosne et donne à Philippe rendex-vous à Troyes, où l'on attendait aussi des troupes flamandes ; mais, Henri Y étant tombé malade dans l'intenralle, il envoie son frère, le duc de Bedfort, avec une armée. Les Bourguignons et les Anglais réunis arrivèrent assez à temps devant Cosne pour délivrer cette place, et le dauphin, ne jugeant pas à propos de tenter les chances d'une bataille, repassa la Loire. A quelques jours de là, le 31 août 1422, le roi Henri V mourait au bois de Yincennes ; deux mois après, le 21 octobre, l'infortuné Charles VI le suivait dans la tombe. La mort de ces deux souverains suspend à peine les hostilités : le i" juillet 1423, les Français sont battus à Crevant par les Anglo-Boui|;uignons ; et le 17 août de Tannée suivante, les Français perdent encore la bataille de Veroeuil, où périssent huit mille des leurs.
Pendant ces guerres interminables, la malheureuse France descendait de jour en jour plus avant dans l'abime : ses souffrances n'avaient plus alors de terme coaiparable ; sa dépopulation devenait efTrayante : presque partout les campagnes étaient désertes, et de Paris à la Loire on ne rencontrait plus d'habitants! Les fléaux qui frappaient incessamment le royaume c depuis la démence de Charles VI, et surtout depuis le meurtre du duc d'Orléans, n'ont épargné aucun homme ni aucune classe. Un roi de France est mort fou, après de longues années de souflhinces; un autre roi est vaincu, proscrit, chasse de cité en cité par les usurpateurs de son héritage; la noblesse a été décimée dans les combats, traînée en captivité, placée entre la confiscation et une honteuse obéissance ; les clercs ont vu leurs églises ravagées, leurs bénéfices envahis par d'arrogants étrangers ; la bourgeoisie a subi la ruine du commerce et de l'industrie, la disette, les proscriptions, les exactions de tous les partis vainqueurs; mille calamités réunies ont dépeuplé les villes, sans fiiire grâce aux châteaux ; tous ont ainsi connu les angoisses et les larmes : mais toutes ces douleurs ensemble ne sont rien auprès des douleurs des paysans. Le peuple des campagnes, compté pour rien dans la société politique, et toujours opprimé dans les
PBANCn- COMTÉ ALLEMANDE. 3t7
loq» l« plus calmes, n*est plus maintenant courbé sous la main de ses maîtres, craié sous les pieds de mille tyrans mercenaires; il n'est plus baipé dans sa \ nais broyé dans son sang, couvert de crachats comme le Christ, ravalé audessous des brûles des forêts, parmi lesquelles il va, effaré, mutilé, chercher de siUTafes asiles. > (H. Martin, Hist. de France, t. VII, p. UO-61.)
Dans les Bourgognes aussi, les souffrances matérielles avaient atteint leur der« ■ière liniile : outre les ravages des gens de guerre, la famine et la |)este y sévissaient d'une manière si homicide, qu'en de certaines localités, des mallieureux se voyaient réduits à manger un pain fait d*argiie ; qu'en d*aulres endroits, de gros hiurgs ne comptaient plus que dix à douze feux. Une lettre, adressée en 1 iH au ÙÊt de Bourgogne par les religieux de Saint-Paul de Besançon, exposait c qu*uno gniMie partie de leurs héritages, tant en terres, prés, bois, qu'autres possessions, élJtt Ummée en liois, faute de culture par les guerres et mortalités. >
Celle époque calamiteuse fut cependant marquée pour la Comté de Bourgogne jKir Bse grande et bienfaisante innovation : au mois de juillet Ii24, V L'niverKiti' de JMUf s'ouvrait dans cette ville, au milieu d'un immense concours de peuple. La nou- Tdle institution était l'œuvre du duc Philippe le Bon et valut à son auteur le glorieux titre de restaurateur des lettres dans les Bourgognes. Les villes et les principiles bourgades comtoises avaient bien leurs écoles; mais le pays manquait d*uu élablissenieiit oii Ton pratiquât renseignement des hautes études, et Philippe combiail eeiie lacune par la création de funiversité de Dôle. Dès 1421, le duc avait obleoD du pape Martin V les privilèges nécessaires pour l'exécution de cette noble Mireprise; en avril 1422, les états réunis à Salins avaient alloué un subside de neuf ■ille six cent quatre-vingt-treize livres estevenantes an nouvel établissement; el rannée 1423 avait été consacrée à férection des bâtiments, salles, chapelles et autres constructions. Les habitants de Cray voyaient avec douleur s'élever h bôle les édifices destinés au siège de la nouvelle académie, car ils avaient espén* que ce grand établissement serait placé dans leur ville : ils se fondaient sur le diplôme donné en 1289 imr le comte Otlion IV, diplôme qui autorisait l'érection d'une université dans la Comté de Bourgogne et désignait Cray pour en être le siège. Hais il paratt que cette haute école ne fut psis même ouverte, et le duc Philippe avait préfiM au séjour de Cray celui de Dôle, capitale du pays; de plus, il avait déclaré que Tuniversité c ne seroit jamais retirée de cette ville, ayant recogneu à Teffect que là plus commodément elle seroit qu*en autre lieu de ses pais, à cause de la commodité que recevront les escoliers, par la présence de la cour du pariement, aOn que les eseoUers puissent adjoindre à la théorie l'usage et pratique judiciaire, qui est la plus certaine explicatrice des loix.... Et pour dresser Testât de ceste dame, que le prince appelle sa flile, l'on instituât une famille com|)os(re presqu'à la roïale ; car, oullre les recteurs, professeurs, escoliers et docteurs (gradués en icelle, l'un luy douât ses distributeurs, comme m«iistrc d'hostel, ses chapelains, ses secrétaires, ses thresoriers, ses bedeaux, ses massiers, ses laquais, ses sergens et vt^rgiers, ses imprimeurs, ses libraires, ses papetiers, ses |>archeminiers, ses tapissiers, et aultres officiers, en tel nombre que la grandeur des maisons grandes |>out roijuérir. > (Gollit.) Philippe institua deux conservateurs do l'université : l'un était l'archevêque de
s» FRANCHE-GOMTË ANCIRNNE ET MODERNE.
Besançon, et l*âutre, le bailli de DAIe. Au premier il donna le titre de chancelier perpétuel ; le second partagea la juridiction avec le recteur. On créa d*abord neur chaires : deux pour le droit civil, deux pour le droit canon, une pour la lecture des Instituies, et quatre pour renseignement des arts (le mot arts s'entendait alors des humanités et de la philosophie). Plus tard on fonda la chaire de théologie, et celle de médecine c y fust puis après adjoustée, aOn que le mot d'université fût vraiment accomply; » car on sait qu'autrefois les quatre facultés étaient les arts, la médecine, le droit et la théologie. L'université moderne a changé ce programme, et l'on compte aujourd'hui cinq facultés, qui sont : la faculté de théologie, la faculté de droit, celle de médecine, celle des sciences et celle des lettres.
L'université de Dôlè, par le nom des professeurs éminents qu'elle sut s'adjoindre, par les mûres réflexions qu'elle apportait à leur choix, par les beaux privilèges (fu'elle attachait à leurs fonctions, acquit de jour en jour de l'éclat et de bi célébrité : sa réputation se répandit dans les deux Bourgognes, en France, en Allemagne, en Hollande, et de toutes parts la jeunesse accourut s'y instruire k la parole des maîtres. Digne sœur du parlement, l'université rendit, comme lui, d'inappréciables services «^ la province, et les soins qu'elle mit constamment h ne s'entourer que des hommes les plus distingués maintinrent longtemps la popularité de son enseignement. C'était un titre de recommandation que d'avoir étudié dans cette université.
Parmi les professeurs indigènes dont le nom appartient aux temps primitifs de l'université de Dôle, ou qui vécurent sous le règne de Philippe le Bon, on remarque, entre autres, Richard Ben i ;se, Philippe de Fragelans, Augustin et Jean Colombe, Raymond Harlian, Pierre de Clenal pour le droit canon et le droit civil ; Mainard Pichet, lierre Regnault, Jean Beaupère pour la théologie; Simon de la Rodie, Hugues Polier, Jean Dubois, Claude Thiébaut, Hugues Avenue, Jean de Vieille pour les arts. Et dans les temps qui suivirent, on vit fleurir Jean Guyon, Antoine de to Roche, Claude Chiflet, Jean Haberiin, François Talbert, Girard et Louis Vurr>% Pierre Faivre, Jean Vignod, Jean Catilinet, Jean Narté, Antoine Brognard, Guillaume Petit, Philippe Merceret, Guillaume Morand, Jean Colart, Thiébaut Bourgeois, Pierre Froissard, Claude Boisset, Jean de 8aint-Mauris, Etienne Strace et une foule d'autres : ces noms, si obscurs pour nous et presque tous oubliés aujourd'hui, briU lèrent la plupart d'un vif éclat aux beaux jours de l'université de DAIe. Mais le choix des professeurs ne s'était pas l>omé aux hommes érudits de la province ; dès les premières années à peu près de l'institution, on y avait appelé des divers pays les savants les plus distingués : en 1482, Anselme de Marenches quittait lltalie pour venir enseigner à DAIe le droit civil ; vers la même époque, on trouve la chaire «if droit cation occupée par un autre Italien, le docte Cinus, et par un Hollandais, Guillaume Obrecht. Au commencement du seizième siècle, en 1K09, le fameux Comellos Agrippa, de Cologne, dont la merveilleuse intelligence embrassait à la fois Fétude du droit, de la philosophie, de la théologie, de la médecine, des langues, et qui se rendit presque aussi célèbre par ses |)aradoxes que par runiversalité de ses counaissances, attirait à ses leçons tout le pariement de DAIe. Après Agrippa, que ses querelles avec les cordeliers de DAIe obligèrent de quitter la viHe, on voit Antoine Lullus d'Espagne, Bernardin Valpenoie du Piémont, Cornelhis Ruxennius des Pa>*s*
nUNCn- COMTÉ ALUEMAHDB. St7
temps les pli» câlmes, n*est plus maioteDant courbé sous la main de ses maîtres, mais écrasé sous les pieds de mille tyrans mercenaires; il n'est plus baigné dans sa sueur, mais broyé dans son sang, couvert de crachats comme le Christ, ravalé audessous des brutes des forêts, parmi lesquelles il va, eiïaré, mutilé, chercher de sauvages asiles. • (H. Martin, Hist. de France, t. VII, p. 60-61.)
I>ans les Bourgognes aussi, les souffrances matérielles avaient atteint leur dernière limite : outre les ravages des gens de guerre, la famine et la peste y sévissaient d*une manière si homicide, qu*cn de certaines localités, des maUieureux se voyaient réduits à manger un pain fait d'argile ; qu'en d'autres endroits, de gros bourgs ne comptaient plus que dix à douze feux. Une lettre, adressée en 1424 au duc de Bourgogne par les religieux de Saint-Paul de Besançon, exposait < qu'une grande partie de leurs héritages, tant en terres, prés, bois, qu'autres possessions, était tournée en bois, faute de culture par les guerres et mortalités. >
Celte époque calamiteuse fut cependant marquée pour la Comté de Bourgogne par une grande et bienfaisante innovation : au mois de juillet 1424, rUniveraité de IMe s'ouvrait dans cette ville, au milieu d'un immense concours de peuple. La nou* velle institution était l'œuvre du duc Philippe le Bon et valut à son auteur le glorieux titre de restaurateur des lettres dans les Bourgognes. I.,es villes et les princilales bourgades comtoises avaient bien leurs écoles ; mais le |)ays manquait d*un étabUssement oit l'on pratiquât l'enseignement des hautes études, et Philippe comblait cette lacune par la création de l'université de Dôle. Dès 1421, le duc avait obtenu du pape Martin V les privilèges nécessaires pour l'exécution de cette noble entreprise; en avril 1422, les états réunis à Salins avaient alloué un subside de neuf mille six cent quatre-vingt-treize livres estcvenantes au nouvel établissement; et Tannée 1423 avait été consacrée à rérection des bâtiments, salles, chapelles et autres constructions. Les habitants de Cray voyaient avec douleur s'élever i Dôle les édifices destinés au siège de la nouvelle académie, car ils avaient espéré que ce grand établissement serait placé dans leur ville : ils se fondaient sur le diplône donné en 1289 par le comte Othon IV, diplôme qui autorisait l'érection d'mie université dans la Comté de Bourgogne et désignait Gray pour en être le siège. Mais il parait que cette haute école ne fut pas même ouverte, et le duc Philippe avait préféré au séjour de Gray celui de Dôle, capitale du pays; de plus, il avait déclaré que l'université c ne seroil jamais retirée de cette ville, ayant recogneu il l'effeelque là plus commodément elle seroit qu'en autre lieu de ses pais, à cause de la commodité que recevront les escoliers, par la présence de la cour du parlement, afin que les escoiiers puissent adjoindre à la théorie Fusage et pratique judiciaire, qui est la plus certaine explicatrice des loix.... Et pour dresser Testât de ceste dame, que le prince appelle sa fdie. Ton instituât une famille composée presqu'à la roîale ; car, oultre les recteurs, professeurs^ escoliers et docteurs gradués en icelle. Ton luy donat ses distributeurs, comme maistrc d'hoslel, ses chapelains, ses secrétaires, ses thresoriers, ses bedeaux, ses massiers, ses laquais, ses sergenset vergiers, ses imprimeurs, S4^ libraires, ses papetiers, ses parcheminiers, ses tapissiers, et aultres officiers, en tel nombre que la grandeur des maisons grandes peut requérir. > (Gollit.) Philip|)e institua deux conservateurs de Tuniversilé : l'un était Tarcbevéque de
S50 FRANCnK - CONTI^. ANCIENNR ET MODERNE.
ban de l'Empire, pour la punir de sa résistance au vicariat de Louis de Chalon. C'était la première fois que la cité impériale devenait Tohjet d*une mesure si sévère, et l'empereur espérait par ce moyen obtenir son obéissance. Il ftit décn dans son attente : la rébellion continua. Sigismond écrit lettres sur lettres, et il envoie des commissaires pour faire justice d'une opposition si opiniâtre; mais les officiers impériaux ne sont pas écoutés : le peuple, les bourgeois, les gouverneurs, l'archevêque, le duc de Bourgogne, tous n'ont qu'une voix pour protester contre le vicariat de Louis de Chalon. Sigismond, exaspéré, condamne l'archevêque à la perte de ses droits régaliens, condamne les Bisontins à une amende de quarante mille écus d'or, les prive de leur commune et révoque toutes leurs franchises. Cette étrange sentence répand l'inquiétude dans la cité. Il fallait ou se soumettre ou courir les chances d'une guerre avec l'Empire : on prit le parti d'envoyer jusqu'en Hongrie une ambassade à Sigismond. Devant le visage irrité de l'empereur, les députés s'humilièrent; mais ils parvinrent à désarmer le souverain, qui conseniit h lever Farrétde proscription, et h rétablir le prélat dans ses droits, et la ville dans ses franchises. Quant h l'amende des quarante mille écus d'or, elle fut maintenue, ainsi que le vicariat, origine de tous les troubles. Mais le duc Philippe ne pouvait se résigner à laisser subsister le vicariat dans ses terres, et il ne parlait rien moins que de bire confisquer la seigneurie de Jougne, siège de la cour impériale. Bien que Louis de Chalon promit au duc < de ne jamais user de ladite vicairie dans la Comté de Bourgogne, ni à rencontre de ses sujets, ni d'aucuns étant en sa garde, > Philippe ne s'en contenta pas, et en 1 i39 Louis de Chalon finit par renoncer sans bruit à cette dignité dont l'avait investi rempereur. Dès lors, il ne fut plus question de vicariat, malgré la colère de Sigismond.
Au sujet de Louis de Chalon, rappelons ici un trait qui lui fait honneur: en 1420, Henri V, roi d'Angleterre, l'ayant sommé de jurer l'observation du traité de Troyes, le prince d'Orange lui avait noblement répondu, c que, serviteur et vassal du due de Bourgogne, il était prêt à suivre ses ordres, mais qu'il ne pouvait ni ne voulait, en aucune façon du monde, flaire le serment demandé, ni ne se résoudrait jamais h aider à mettre le royaume de France entre les mains de son ancien ennemi. >
le coiffa, en signe de dérision, d'une roUre haute de deux pieds, et sur laquelle oo avait écrit le iMt NiîRiîsi arque: « Je me Télicite, dit-il avec douceur, de porter cette couronne d'opprobre, en ménoirr de Jésus, qui porta une couronne d*épines. » l^s bourreaux le saisirent pour le conduire an aappliee. Durant le trajet. Jean Hui^ chantait des psaumes, et il vit allumer son bûcher sans que cet horrible spectacle pût Tamencr à rétracter un mot de ses doctrines : • Jamais philosophe, dit Panteur dr VlUstoire de Itohéme, ne souffrit la mort avec tant de constance. » Les suprêmes aspiraUont de Jeaa Hus s'exhalèrent en cantiques au milieu des flammes. Ses cendres furent jetées dans le Rhin, nuii il lais^it des vengeurs : • l/uie, avait-il dit en Taisant allusion à son nom {hu* signifie oie), l'oie cit un oiseau modeste et qui ne vole pas très- haut. II en naîtra d'autres qui s'élèveront i Ure-d'ailrs au-dcitsus des pié^i^es des ennemis. » \\ ne se trompait pas. La cause qu'il avait défendue au prix de sa vie, et pour laquelle mourut aussi l'éloquent Jérôme de Prague son dîseiple, avait tant de grandeur, que la Uohème tout entière se sentit frappée dans la personne de ses deux martyrs. A la voix du fameux Jean Ziska, trente mille guerriers se levèrent au cri : /«a coupe au peuple! et alora coamenca cette lutte gigantesque, où Ton vil les terribles hussites anéanUr coup sur coup les armées que l'Allemagne envoyait contre eux. C'est cette guerre des hussites qui occupait tout entier Teropereur Sigismond (elle ne dura pas moins de seize ans), à l'époque de la révolte des Biaontint.
FHANCHE- COMTE AIXS VIANDE. 531
A Trpoqiie oit Louis de CliakNi abdiquait son vicarial dEinpire, la lualheureuiie tnaoe, brâée par une )M.^rie de sounraDccs surbuouioes, se oioiiraii : elle éiait perdue si la inix ne veaaii Tarracber à son agonie, ou si le ciel ue faisaii um miracle pour la saurer. La paix, elle dépeiidaii du duc de Bourgogne, et Unis ses servileurs, s«^ liareots, ses aiuis Tadjuraicot de la conclure. Le pape Martin V luinuéuie ne ce3»&ait de Vy exhorter : c Nous ne crevons pas que les motifs humains, lui écrivaitil, puissenl avoir assex de force pour être préfères à un si grand et si universi-J iMeofait, surloiil lorsque le salut de (on âme y est attaché ; loi*sque lu es luenacé de la ffeffdition étemelle» si, pouvant donner la paix aux lidèles désolés, lu la leur refiisrs. Tu diras peut-être qu*il te faut garder tes firomesses et les alliances. Mais, ivfiOflidroos*BOUs, à sup|)Oser qu'elles n*ofrensi*nt point Dieu, que tu dois rcs|>ecler |ilii> que les hommes, esl-ce que Tamour de ta patrie, la restaumlion du royaume de li's aïeux, h» liens du sang ne doivent pas te toucher davant;igelf Ei, |iar-dessus toutes les ailections moudaines, ne dois-tu |kis être ému de la crainte de Dieu, dont le jugemem est plus fonniihible que les propos et les langages humains, toujours Heiiis de passions et éUrangcrs à b vérité? Le bonheur de cette fiaix tant désirée inr le |N*uple chrétien sera si grand, que, si tu en es Tauteur, ton nom aura désormais une gloire sans tadiCt sera illustre à jamais, et à Tégai des plus grands princes. > Ix* duc, malgré les prières des siens, malgré les touchantes instances du souverain IMitiie, restait inébranlable : il croyait n*a\oir point encore asse2 vengé le meurtre de sou père. Ijk France cependant était si malheureuse! et Philip|»e, témoin des d«»uleurs de celte auguste iiifortumVs eiU recueilli d'elle tant de bénéilictions, en lui sicrifiant un ressentiment qu'elle ne méritait pas après tout ! Mais rien ne put fléchir MNi âme. 'Il faut donc que la France sticcoml>e! Tous les signes avant-coureurs de la luort semblent annoncer que st lin est proi'iie ; < toutes les forais |>olitiques rt socûiles sont dissoutes : la royauté, épuisée |Uir ciuquante ans de démence, n'est plus UN*uie caïKilde de mourir avec gloire ; la noblesse, précipitée de défaite eu défaite |iar son téméraire orgueil et |>ar son esprit de désordre, a passé d'uia* présonq»tion fatak* k un allaitement plus fatal encore; le clergé gallican, dépouillé, par ses fautes, de la domination qu'il avait jadis exercée sur les os|)rits, s'est laiS5é annuler dans la lutte des deux |)euples et n'a pas su premlre dans la défense k* rôle que le clergé anglaisa pris dans l'attaque...; la bourgeoisie elle-même, la base vi la |ioitMiii la plus vi\ace et la plus nationale de la uatmn {lohtique, a succtmibé moralement à son tour ; l^aris, la U'te et le cœur du tiers état (H de ki Frame, Paris a failU aux destinées de la |uitrie, Paris a subi l'Anglais et porte au fix)nt les stigoiates de la .servitude.... La mission du grand pays qui a enfanté la clievalerie, les croisades, la |M>ésie, les arts du moyen àgt^ ; qui a été, durant des siècles, te lien de la repubhque clirétirnne, riuitialeur du mouvement europt^en, celte mission \a-t-ellepassiT à une race nouvelle, éclose du mélange des Saxons et des Normands? Le rùle de la Franc»; est-il fini ^Kirmi les nations? L'Angleterre le iHPOclame, etrKuro|»e commena* à le croire. * •
Non, It' rôk' iW la grande France n'était [las fini ! Qu'elle agonise dans les convulsions de la guerre civile el de la guerre étrangère ; que les souffrances, les épreures,
• llfori M*ftTn, //iifoVre de France, lonic Vît. pfre .%9.
les fléaux de toutes sortes se liguent pour Faceabler; que TAnglais se gorge de son sang et de ses larmes ; que Philippe de Bourgogne soit impassible devant ses infortunes ; que la royaiué, que la noblesse, que le elergé, que tous semblent prendre à tâche de consommer sa ruine : elle ne périra pas cependant I II lui restait Dieu pour la soutenir, le Peuple pour la sauver. Le peuple, lui qui depuis un siècle avait d^à tant soufTert des querelles, des tyrannies et des crimes de ses matures ; le peuple, qui n'attendait plus rien ni des rois, ni des nobles, ni des prêtres, s'était, dans ses tristesses et ses angoisses, tourné vers Dieu pour lui demander force et courage, conOance et foi. Selon sa croyance h lui, tous les maux delà patrie depuis cent aus provenaient de ranalhème lancé par le pape Boniface VIII sur la Tamille royale jusqu'à la cinquième génération : c Or, disait-il, la cinquième génération est passée, et c*estle tenne des malheurs de la France. » Dieu tint compte au peuple de l'espoir qu'il avait mis en sa miséricorde : du haut des cieux il laissa tomber sur lui une de ces saintes étincelles qui embrasent les cœurs de dévouement, de patriotisme et d'inspiration ; et, mystère des mystères ! ce dévouemeut, cette inspiration, ce |atriotisme allaient se personnilier dans le plus inOme des êtres, dans une femme, dans une gardeuse de moutons I
Salut à la sublime bergère ! salut à l'immortelle Tdle du Peuple ! Oh ! que rhistorien est heureux quand il voit apparaître, à travers ies larmes de la France, la figure de cette sainte héroïne! qu'il est heureux d'avoir h raconter une existence comme celle-là, oii se résume tout ce que le peuple renferme en lui de grand, de noble et de généreux !
L'Anglais n'avait plus qu'à se rendre maître d'Orléans, et la France lui appartenait. Dieu ne pouvait le permettre. Il ne pouvait permettre que la nation Y|ui représente en Euro|)e l'amour el le dévouement devint la vassale de la nation égoïste |Nir excellence. Ce|>endant Orléans ne se soutenait plus qu'à force d'héroïsme, et déjà les âmes patriotiques couunençaient à désespérer de son salut, lorsqu*appanit tout à coup une jeune tille de vingt ans, annonçant qu'elle avait mission de Dieu pour délivrer Orléans et Taire sacrer Charles VII à Reims. Elle se nommait Jeanne Darc. Née au village de Domremi en Lorraine, de laboureurs simples et pieux, elle était belle, forte, énergique, d'une foi sincère, d'une vertu sans tache, c Mes voix^ répétait-elle, m'ont révélé la volonté céleste. » Un jour de l'année 1429, elle va trouver le sire Robert de B;mdricourt, capitaine de Vaucouleurs, et lui demande de la conduire près du roi : < Il Faut, lui dit-elle, que je sois devers lui avant la mi-carëme, dussé-je user mes jambes jusqu'aux genoux pour y aller. Personne que moi au monde, ni roi, ni ducs, ni aucun autre, ne peut relever le royaume de France. J*aimerais pourtant mieux rester à Tder près de ma pauvre mère, car ce n*est pas là mon ouvrage; mais il faut que j'aille. Messire (mon Seigneur) lèvent.» Baudricourt, qui d'abord l'avait crue folle, fliiit par être touché de sa candeur et de sa Temieté. Deux autn>s gentilshommes, Jean de Novelonpont et Bertrand de Poulengi, entraînés par l'accent inspiré de Jeanne, ajoutèrent foi dans ses paroles, et se chargèrent de la conduire à Chinon, oii se trouvait alors Charles VII. Amenée devant le prince, Jeanne s'incline humblement : < Ce n'est |)as moi qui suis le roi, lui dit-il en lui montrant un de ses seigneurs; le voilà. — Par mon Dieu, gentil sire, repreud-eile.
FRAN< -GOMTË ALLEXANDB. SB
:t»i \<His ei noo ai . • V ajoute : c Très-noble uphin J*ai no
leione la Piicdlc el suis tnivoyee ue pa u ir hr ' et vt ro;
i feure guerre à 1* Anglais.... Pourquo cro; i I ? Je yo que
iieii a iiitié de vous, de votre royaume et de ' \ )ie, < t Louis (
BMigne sont ii geooux devant lui en faisant pour V( » C la
iNiiie, s'entretient secrètement avec elle, et la ju de* ré| s, I
leioe de sens, rémerveillent. Il la fait examiner | * < ^,
es juristes, des matrones, pour s'assurer de la vé de s< iration ; c
e irouvent en die c que humilité, virginité, dévotion, ipl . > La se
M%erseUe autour du roi. La reine, les dames de la c les | s, t :
aio qui la voyaient et Teiiteudaient parier, se L do ,
ir le clianiie de sa voix attractive et douce, I pr de sa entlM
iwle et belle. Elle ne s'attribuait cependant aucun p< oir i c,
vait en sa mission une confiance absolue : « n » < itn i "e.
t «lois sauver la France. • Après Dieu, la Fn tout ur : t ( to;
osire le saint royaume de France, disait-elle ;ore, c*( er le
di Jésus. >
Uiaries lui Ot donner une armure complète et l'envoya rejoindre ses capitaines à Mots. Aussitôt le bruit se répand dans les deux armées qu'un être doué d'une inliieoce surnaturelle va combattre pour le roi, va faire des miracles. Cet événement nppe les Anglais d'une terreur superstitieuse, et relève le courage des Français. La onliance gagne les cœurs : une foule de soldats accourent sous les drapeaux de Iharies ; le pays tressaille d'espoir et de joie.
On donne à Jeanne une petite armée chargée d'amener un convoi de provisions «x Orléanais, qui depuis sept mois que durait le siège de leur ville, n'avaient cessé le déployer la constance cl le |)alriolisme le plus admirables. Jeanne arrive, et les knglais, tout troublés à son approche, la laissent presque sans combat entrer dans a place avec son convoi. Les Orléanais la reçurent en triomphe : le peuple, les getis le guerre, les femmes, les enfants, les vieillards, tous se pressaient autour d'elle, ous la saluaient comme une libératrice, comme un ange de Dieu ; c'était à qui lourrait se jeter à ses pieds pour les embrasser, h qui pourrait toucher ou sa banlière, ou son armure, ou ses vêtements, ou son clieval : et la jeune fille, toiyours impie, toujours |)ieuse, avait pour tous des paroles douces et bonnes, ne savait lu'exliorter chacun à prier Dieu, de qui l'on devait attendre une prompte délivrance. M effet, neuf jours no s'étaient pas écoulés depuis l'entrée de Jeanne dans Orléans, |ue les Anglais en levaient le siège, abandonnant leurs bastilles pleines de vivres, rartillerie, de munitions, et se trouvant réduits à quatre mille hommes, de douie niUe «prils se com|)taient au conanencemenl de l'entreprise. Mais, dans les sorties |u'on avait faites durant ces neuf jours, la Pucelle d'Orléans s'était vaillamment tHDportée : la première à l'attaque, la dernière h b retraite, ou lavait vue, l'étenlanl à la main, se jeter inu^épidement au plus fort de la mêlée, entraîner tout avec ile et braver le dangtT avec un courage qui étonnait les plus vieux capitaines.
D'Orléans, la IHicelle vint à Tours pour raudre compte à son c gentil sire » de ce lu'elle avait fait, et pour l'engager à marciier sur Reims, la ville IradUioaneBe du
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sacre des rois : c Je ne durerai qifiin an, disait-elie à Charles; il me Tant bien employer. > Marcher sur Reims, c'était tenter une entre|)rise difficile, car il ne s'agissait rien moins que de traverser quatre- vingts lieues de pays occupé pur les liXNipes eunemies. Cependant on se décida : quatre mille hommes vinrent mettre le siège devant Jargeau, ville où les Anglais s'étaient retirés après leur départ d'Orléans. (]omme on hésitait à livrer bataille avec des forces si peu nombreuses : t Ne fidies point difficulté de donner assaut à ces Anglais, dit la Pticelle, car Dieu conduit votre ceuvre; et n'était cela, j'aimerais mieux garder mes brebis que de venir en Cek périls. » On fit ainsi qu'elle conseillait : elle monta la preniëre sur la brèche, et Jargean fut emporté d'assaut. De cette ville, les Français s'avancèrent sur Beavgency, qui ne put tenir, et se rendit. Par ces succès, le royaume se trouvait délivré des étrangers au sud de la Loire. Les Anglais remontèrent vers la Beauce. Jearne insista pour qu'on les poursuivit, et fit décider qu'on leur présenterait b bataille : « Quand ils seraient pendus aux nues, dit-elle, nous les aurons^ car Dieu nous a envoyés pour les punir. Le gentil roi aura aujourd'hui la pins grande victoire qu'il . ait janMiis eue : mon conseil m'a dit qu'ils étaient à nous. Chevauchons hardiment t On atteignit près de Patai les ennemis, on se jeta sur eux avec ftireur, on les mit ai pleine déroute : deux mille cinq cents Anglais furent tués ; le fameux Talbot, qui les commandait, fut fait prisonnier. Cette victoire eut un retenfissement immense : elle accrut la renommée de la Pucelle ; on ne douta plus que cette merveHIeiMe fille ne fAt envoyée par le ciel pour délivrer le royaume, et les Anglais, terrifiés, commaicèrent à désespérer de leur cause.
Le surlendemain de la journée de Patai, Jeanne, de retour vers le roi, ramchait enfin à son indolence et l'entraînait h Reims pour la solennité du sacre. On arriva devant Troyes, qu'occupait une garnison bourguiponne résolue i se bien défendre. L'armée royale, dépourvue de munitions et d'artillerie, se trouvait fbrt embarrassée, €t déjà le conseil de guerre pariait de retraite. Mais la Pucelle intervint : < Serai-je crue de ce que je dirai? demanda-t-elle au roi. — Si vous dites des choses raisonnables et profitables, je vous croirai, lui répondit Charles, — Seral-je crue? repritelle avec force. — Oui, selon ce que vous direz. — Eh bien, noble dauphin, dites k vos gens de venir et d'assaillir la ville; car, par mon Dieu, vous entrerez en la viHe de Troyes par amour ou par puissance, d'ici h deux jours, et les traîtres de Bourguignons en seront tout consternés. — Jeanne, dit le roi, qui serait certain de l'a^w dans six jours, il attendrait bien ; mais je ne sais si ce que vous dites est véritable. —Oui, répliqua-t-elle, vous en serez maître demain. »
L'événement suivit la prédiction. Au second jour, Troyes ouvrait ses portés, et les habitant*; se rendaient au roi, sous condition d'une amnistie générale. De celle ville, l'année vint h ClhlIons-sur-Marne, qui ne fit aucune résistance : i'évéque et le peuple s'étaient portés au-devant de Charies pour lui présenter leur soumissiOD. Enfin, l'on arriva devant Reims : les habitants refusèrent de se défendre ; ils forcèrent même les chefs bourguignons k sortir de la ville, et Charles y Ot son entrée solennelle. Le lendemain dimanche (17 juillet 1429), l'archevêque le sacrait dans h cathédrale. Pendant la cérémonie, Jeanne s'était tenue près du maltre-autei, debout et l'étendard à la main. Après le couronnement, elle s'avança vers le prince^ et lui
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dit, eo anbrasfluit ses genoux : c J'ai accompli ce que Diea m'avait eomroaiulé, qui était de lever le siège d'Orléans et de faire sacrer le gentil roi. Je voudrais bien MaMtenant qu'on ne fit ramener auprès mes père et mère à garder leurs breliis et bétail. » Noble llle, elle venait de relever un trône, de sauver un pays ; et pour toute récompense, elle oe demandait qu'à se faire oublier!
Malgré ses prières cependant, le roi refusa de la laisser partir : son nom et sa présence pouvaient encore lui gagner des victoires. Jeanne consentit à rester ; elle obéisaatt i regret : depuis lors, elle montra bien le même courage dans les combats, le même dévouement, la même piété ; mais elle se sentait inquiète et troublée : elle a'avait plus la même confiance en elle.
Ce fut au siège de Compiègne que la fortune abandonna Jeanne. La Jeune gnerrièff« s'était jetée dans cetie ville pour exciter la garnison à se défendre vtgoureiiscit contre les Anglo-Bourguignons, et le jour même de son arrivée elle avait fait sortie. Elle se vit repoussée, malgré des prodiges de valeur, car jamais peut-être rhéroîque fille ne s'était montrée plus intrépide. Par trois fois elle avait Ait plier les Mmemis; mais, leur nombre croissant incessamment, elle comprit qu'il fallait rentrer dans la ville, et se retira la dernière, se retournant à chaque pas pour fliire tve, et s oubliant, comme à son ordinaire, pour le sahit des autres. Arrivée devant b barrière du boulevard, elle la trouva fermée! Jeanne gagna le bord du fossé du boulevard, d'où elle se mit à crier : A l'aide ! Personne ne répondit à rappel de cette voix qui avait sauvé la France, et rhéroîne tomba entre les mains des Bourguiguoos, qui l'amenèrent au quartier du sire de Luxembourg.
Cette fatale nouvelle saisit d'une douleur indicible le œur de la France pauriotique, en même temps qu'elle excita parmi les Anglais les tressaillements d'une joie barbare : on eût dit qu'ils venaient de remporter la plus glorieuse des victoires, el croirait-on que le Te Deum fut solennellement chanté dans toutes les églises d'Anglderre, dans tous les États du duc de Bourgogne, pour célébrer la capture de cette pauvre fille des champs ! Jeanne n'était pas |)risonnière depuis trois jours, que TinqutsitiOD, ce tribimal de toutes les souillures, la réclamait c comme vébémentenHsnf soupçonnée de plusieurs crimes sentant hérésie, et pour être procédé contre eHe, selon le droit. > L'évêque de Beauvais, le trop fameux Pierre Cauchoo, ce prêtire ignoble et mawiit vendu à l'Angleterre, et sur le terrikûre ecdésiafitique duquel Jeanne avait été prise, devint le principal juge de la glorieuse victime.
Après six mois passés dans diverses prisons, Jeanne Ait vendue aui Anglais par le sire de Luxembourg. El non-seulement l'ingrat Charles VII ne mourut pas de bonté en apprenant ce marché de sang, mais il ne fit rien pour sauver celle qui lui avait remis la couronne sur la tête, et il pouvait la sauver moyennant quelques péèees d'or! D*apri*sun usage féodal, le roi de France avait le privilège de racheter lel prisonnier que ce fût, au maximum de dix mille livres. Charles VU avait bien autre chose à faire que de s'occuper de celte paysanne : il songeait k ses maluesaes et i ses plaisirs !
(Juoi qu'il en soit, depuis la captivité de la Pucelle, les affaires des Anglo-Bourguignons n'allaient [kis mieux. D'abonI, ils échouèrent à Compiègne, dout b ffii* nison avait, par son opiiii.iUie résistance, lassé leurs efforts; et, quelques jours