‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 30 sur 52 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Mari« 4« Bovrfoffie il Loois XI. — DémeHibrement des ÉUiU boargvi^ons. — Le odm de Pri»H' eke-Onmté, — Réanion de la Bourfo^oe à It France. — ÉTéaemeoU en Picardie, en Artois, dans les Pays-Bas. — Hngonel et Himbereouri. — Feules de Louis XI. — Soulèvement de la Franche- Comi^. — Les étals de D6le. — Jean de Cbaloo-Arlay IV, prince d'Orans;e. — Le sire de Craon. — Intarrection de Dôle. — Condoile du prince d'Orange. — Il est nommé lieutenant général. — Organisation des moyens de défense. — Les Suisses auxiliaires. — Guillaume de Vaodrey, commandant de Vesovl. — Soeeès des Franc-Comtois. — Colèra de Louis XI contre le prince d*Oraage. — Bataille du pont de Magny. — 1^ sira de Craon i Besançon. —Siège de Dôle. — l^ettre d'un Gaieoo. ~ Défense des Dolois. — Claude de Vaudray i Gray. — Expulsion des Français de cette ville ; le capitaine Sallaiar.— Victoire des Dolois. — La procession commémorative et la devise. — Mariage de Marie de Bourgogne. — La Franche-Comté sous la maison d'Autriche. — Reprise des armes en Franche-Comté. — Charles d'Amboise. — Charles de Neofchftlel à l'assemblée de Zurich. — Nouveau siège de D6le. — Attitude des habitanU. — l^pisode de la forêt de Chaux. — Secoon envoyés par Sifismond d'Autriche. — Lâche trahison. — Sublime désespoir des Dolois. ~ Sac de Ddia. — L» cave d'enfer. — Soumission de Salins et de Poligny. — Courageuse résistance des Arboîsiens. — Soumission du bailliage d'Ainont. — Désastre de Vesoul. — Charles d'Amboii^ et les gouverneur» de Besançon. — Guerre dans la montagne. — Ëtat de la Franche-Comté. — Bataille de Guinegate. — l.oois XI à Saint-Claude.— Mort de Marie de Bourgogne. —Traité d'Arras. — Demiera jours de Louis XI; Jacques Coictier, de Poligny. — Charles VIII, successeur de Louis XI. — Lea èuu de Besançon. — Historique de l'imprimerie en Franche-Comté; Salins. — Maximilian d' Autriche et Anne de Bretagne. — Troisième guerra en Comté. — Succès de Maximilien. — Le traité d'oêêociation. — Le sira de Itaudricourt. — Journée de Dournon. — Paix de Senlis. — La Franche-Comté rendue i l'Autrirhe.

Il y a de ces hommes funestes qui n*apporlent avec eux qu*agitation et discordes et 110 laissent, après leur disparition, (|ue troubles et calamités : tel fut Charles le Témérniro. < Dieu veuille avoir votre Ame, beau cousin, disait le duc René de Lorraine on sapprochant du lit de parade où Ton avait déposé le cadavre du prince; \ous nous avez fait à tous bien des maux et des douleurs. » Trois siècles plus tard, lo roi do France l^uis \V, visitant à Bruges le tombeau de Charles et celui de sa lillo, s'écriait : c Voilà Torigine de toutes nos guerres. » Ce mot n'était que trop \rai.

L'4 fortune de la maison de Bourgogne, si rudement ébranlée |iar les fautes et les n'v<rs du dernier duc, avait plus que jamais liesoin d*un bras puissant |)Our la souttMiir; et ci'Uwi aux débiles mains d'une jeune lille de vingt ans, que la tache d*em- [H-rher le croulement de celte grande fortune se trouvait abandonnée. On comprend |i;ir la <|ue la noble maison de Bourgogne, c qui Lmt avait été riche, glorieuse et honorée de jirès et de loin, » selon l'expression de Comines, touchait à sa ruine : rar, d'un côté, la princesse Marie, faible femme sans expérience, sans éducation |Kjliii<|ue, ne |)oii\ait rien par elle-même; et, de Tautrc, cette jeune héritière ne de- \.iii voir j»ers<»nne si* lever en sa faveur, la conduite insensée de son |>ère ayant fait |i#'nr sur l(*s champs de bataille, ou réduit en captivité, ou jeté dans les bras de la FriiKt», les uieilleui-s chevaliers des Bourgognes et des Pays-Bas. Marie se trou-

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vait donc seule, sans appui, sans protecteurs ; et ie plus redoutable ennemi de su maison, celui qui depuis si longtemps travaillait à rabattre, Louis XI, était là qui n'attendait qu'un moment favorable pour lui porter le dernier coup. Ce moment tant désiré, tant épié, Louis XI le voyait enfin venu : la mort de Charles le Téméraire comblait tous ses désirs, en lui fournissant l'occasion de réunir le domaine bourguignon k sa couronne; et, par une circonstance unique, providentielle en quelque sorte, il pouvait réaliser cette inappréciable conquête, pacifiquement, sans secousse, sans effusion de sang : l'échange d'un simple anneau de mariage suffisait pour cela. La conduite de Louis se trouvait ici toute tracée : ce qu'il avait à faire, c'était de presser, de consacrer au plus tôt l'union de son fils Charles avec mademoiselle de Bourgogne; ce mariage donnait à la France les Pays-Bas tout entiers avec l'Artois, la Picardie et les deux Bourgognes. Le roi, malheureusemenl, ne comprit pas cette politique, ou plutôt il la comprit bien, mais il ne voulut pas la suivre : il craignit qu'une telle alliance ne rendit son fils trop puissant; et, manquant ainsi au rôle simple et national qu'il avait à jouer, il préféra recourir à ses moyens favoris, la perfidie et la ruse.

Charles le Téméraire était mort le 5 janvier 1477. Quatre jours après, Louis faisait partir pour l'Artois, la Picardie et les Pays-Bas, des commissaires chargés de c recevoir en l'obéissance du roi tous ceux (|ui s'y voudraient mettre. > En mènie temps il enjoignait à ses lieutenants Georges de Craon et Chaumont d'Amboise d'occuper militairement les deux Bourgognes, en leur recommandant d'annoncer à ceuj de la duché et à ckux de i.a Franche-Comté son intention d'unir le dauphin son fils à la princesse Marie. Cette expression, ceux de la Franche-Comté^ était excessivement adroite, de la part de Louis XL Le rusé monarque, qui se disposait h dépouiller mademoiselle de Bourgogne de son héritage, avait besoin, dans l'intérêt de ses perfides desseins, de gagner les Comtois par des cajoleries, et voilà pourquoi il donnait à leur pays le nom fialteur de Franche-Comté. Ce nom, à peu près oublié, étiut donc ici fort à i^ropos remis au jour ; comme il resta désormais à la province, nous la désignerons ainsi à l'avenir.

L'annonce du mariage du dauphin avec Marie n'était qu'une feinte : l^uis XI avait mis en avant cette union, parce qu'il suivait qu'on la désirait génémleineiit dans les Bourgognes, et qu'alors il |>ourrait se présenter comme ayant la garde noble de la jeune héritière. Mnis l'astucieux monanpie ne tarda pas à se démascfiier : dès le milieu de janvier 1177 il revendiquait nettement le duché de Bourgogne, en vertu du principe qui régissait les apanages, à savoir le retour à la couronne faute d'héritier maie. En vain Marie et son conseil firent-ils valoir que le duché n'était l>oint du domaine de la couronne ; (pie l'acte de donation du roi Jean 11 en faveur de son fils Pl)ilip|>e le Hardi n'avait pas stipulé l'exclusion des femmes; et qu'en admettant même (|ue les femmes ne fussent pas habiles à succétler, il existait encore un descendant mAle du duc Philippe, Jean de Bourgogne, comte de Nevers : toutes a;s raisons échouèrent devant la volonté du roi de France. C-elui-ci, du reste, avait mis dans ses intérêts les plus infiiients pei*sonnagcs du pays, entre autres Jean de Chalon-Arlay IV, prince d'Orange, dont Charles le Téméraire s'était aliéné les bonnes dispositions en lui retirant |)lusieurs de ses terres, et que Louis XI s'était

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rendu favorable en lui promettant, avec la restitution de ces mêmes terres, le gou- «cmomeot des deux Boiirpignes s'il y faisait recevoir des garnisons françaises. Or le prince d'Orange plaida si chaleureusement la cause du roi devant les états de Bourgogne, réunis i Dijon, que le 29 janvier ces états reconnurent c Louis pour leur souverain droiturier et naturel seigneur; > puis ils remirent en sa main le duelle avec toutes ses dépendances, c suppliant seulement le roi de garder k mademoiselle de Bourgogne son droit, ainsi (|u'il l'avait promis, b Voilà comment le Hudk* se trouva réuni d'une manière définitive à la France ; et c'est par lui que commença le démembrement des États de la maison de Bourgogne. Vint le tour de la I- rancbe-Comté ; mais avant de dire par quel moyen Louis XI obtint cette province, ra|>|telons en quelques lignes ce qui se passa dans les autres parties du domaine de Cbarles le Téméraire.

Kn Picardie, les succès du roi furent rapides. Les populations de cette contrée n'avaient jamais aimé la domination bourguignonne; et, restées françaises |iar k* cœur, elles ne demandaient qu'à le redevenir : aussi ne manquèrent-elles pas Toccasion qui se présentait. La plupart des villes se rendirent sans combat ; les autres arborèrent spontanément la bannière de France, ou bien ouvrirent volontairement leurs portes aux soldats de l'armée royale. En Artois, le roi rencontra de la n'sistance ; mais die ne fut pas assez sérieuse pour rem|>écber de réussir. Par force et par argent, il amena bientôt i soumission toutes les places de la provinns h l'exception cependant de SaintrOmer, qui ne voulut pas recevoir les Français. Quant aux Pays-Bas, les choses s'y passèrent autrement. Louis \I, fidèle à sa politiqiie tortueuse, avait fomenté des troubles dans ces provinces, en Flandre principalement, es|iérant de cette manière Ater à la princesse Marie tout moyen de résistance, et h n^luire à se jeter sans comlition entre ses bras. Les Flamands, du reste, n'avaient |Kis l»esoin des excitations du dehors : leurs transports de joie en apprenant la mort tie Charles le Téméraire disaient assez toute leur pensée contre la maison de Boor^ ;:ugne. Ils étiient résolus à secouer le joug de cette maison qui depuis qmtre-vingts ans iiesait si lourdement sur eux, et leur luine allait se déchaîner d'autant plus ?îo li*nte, qu'elle avait été plus longtem|)s contenue. A Gand, où résidait la princesse Marie, Tagitation était extrême : le peuple avait commencé par refuser les taxes et i^tlielles, et par s'em|)orter en paroles menaçantes contre tout ce qui tenait à l'aduiinistrjtion l)Ourguignonne, principalement contre les deux plus éminents serviteurs du feu duc, le chancelier Hugonet et le sire d'IIimbercourt, qui formaient le conseil prive de Marie et travaillaient de tout leur pouvoir au mariage de la jeune duchesse avec le dauphin. C'était là ce qui justement rendait ces deux seigneurs particulièrement odieux aux Flamands : ceux-ci ne voulaient pas de ce mariage, qui les plai;ait sous la domination directe de la France ; ce qu'ils voulaient, c'était que l'hériti«TP de Bourgogne é|)Ousât quelque prince allemand, pas trop puissant, et qui leur donnât l'apiMii de l'ICnipire sans |K)uvoir inquiéter leurs franchises et libertés. Knlin la ré\olte éclata : les t^antois, eutre autres, se firent remarquer par b violence de k'iir haine ; ils euiprisounêrent ou massacrèrent la phipart des officiers municipaux qui devaient leur nomination au dernier duc, ils imposèrent un conseil de bourgeois à .Varie et la tinrent presque captive. Celle-ci, |)Our apaiser les mécontents, leur rc^

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titua les libertés dont Charles ie Téméraire les avait dépouillés ; elle abolit les tailles et subsides, promit d*écarter de son conseil les anciens serviteurs de son père, et promit aussi de consulter en toutes choses les trois états de Flandre.

Pendant ce temps, Louis XI faisait entrer un corps d*armée dans le Hainaut. A cette nouvelle, les états de Flandre et du Brabant envoyèrent une ambassade au roi pour lui demander de surseoir aux hostilités, et pour traiter de la paix : mademoiselle de Bourgogne, venaient lui dire les députés, ne désirait rien tant que de vivre en bonne intelligence avec lui. Hais ce n'était pas là ce que voubit Louis XI ; il ne ciierchait, au contraire, qu*à fomenter le trouble et la discorde, dans res|)Oir d*y trouver son profit : c Je suis bien assuré, répondit-il aux envoyés, que vous souhaitez la paix ; et, si vous étiez maîtres des aiïaires, nous saurions assurément nous arranger ensemble pour le mieux. Hais quand vous prétendez que mademoiselle de Bourgogne ue fera rien que par vos conseils, il m*est avis que vous êtes mal informés ; j*en sais là-dessus plus long que vous, et tenez-vous pour certains qu'elle veut faire conduire ses aiïaires par d'autres qui ne veulent pas la paix. » Comme les députés se récriaient, I/)uis produisit une lettre qu'il avait reçue de Marie elle-même peu de jours auparavant, lettre où la duchesse lui disait qu'elle gardait ses deux ministres Hugonet et d'Himbercourt, et qu'il ne devait ajouter foi qu'aux propositions venant d'eux. Les députés repartirent, indignés; de retour à Gand, ils se présentèrent à l'audience de Marie, lui montrèrent la fatale lettre, et la lui remtreot devant tous ses conseillers. Mais l'incident ne se termina pas là : les deux ministres furent arrêtés, appliqués à la torture et condamnés à mort. En vain Marie demanda-t-elle grâce |)our ses vieux serviteurs; elle n'obtint rien. En vain, le jour de l'exécution, courut-elle, éplorée et les cheveux épars, sur la place où l'on avait dressé l'instrument du supplice : la malheureuse jeune fille vit tomber sous ses yeax les têtes de ses deux ministres, et leur sang alla rejaillir jusque sur elle ! Marie reolra dans sou palais, le cœur rempli d'une haine indicible contre Louis XI, dont la perfidie avait amené ce cruel dénouement; elle jura de tout souiïrir plutôt que d'^trer jamais dans la famille de cet homme, et l'espoir d'une alliance fut dès lors perdu sans retour.

L'abominable politique du roi n'avait donc produit cette fois qu'un résultat contraire à ses espérances ; mais il ne devait s'en prendre qu'à lui seul. La facilité de ses succès dans les Bourgognes, en Artois, en Picardie, l'avait tellement aveuglé, qu'il croyait déjà tenir sous sa main tout l'héritage de la princesse; et, s'éMgnan t de plus en plus des sentiers que lui tr«içait une droite politique, il ne s'arrêta pas qu'il ne se fût founoyé. Puis il compromit bientôt, par les fautes et les excès d'une folie confiance, la possession, à peine assurée, de ses nouvelles conquêtes : il avait choisi de préférence, pour gouverner les provinces soumises, des hommes aussi rapaces (|ue corrompus, et les exactions de ces espèces de proconsuls étaient devenues à la tin si révoltantes, que tes populations se soulevèrent. La réaction commença par la Franche- Comté. C'est ici le lieu de dire comment le roi de France avait obtenu cette province.

I^uis XI savait bien que la Franche-Comté relevait de l'Empire, ^ qu'à ce titre il ne devait rien y prétendre ; mais cela ne l'avait pas empêché» dès les premiers

nUNCaiB* COMTÉ ALUVARM. SB

de Jamrier 1 177» d'en réctaioer la garde c pour le bien du ptys el de madeoMicHe de Bourfogne, et en Civeur du nuuriage induiMlaMemont espéré de monseigneur e dauphin et de ladite demoiselie. » Le roi» »4h1 été dit, ne mettait en avant ce maiage que pour mieux arriver à ses fins; toutefois son astucieuse politique avait ailli ne pas avoir dans la Comté le même succès que dans le duché. Les trois états éonis à Dôle ne s'étaient d'abord montrés rien moins que favorables à ses vues : Is avaient repréwnté» d'une part, que le roi ne pouvait avoir aucun droit sur la jimté, fief fémbiin sous la mouvance de l'Empire ; de l'autre, ib avaient élevé des toutes sur la question concernant la garde du pays : car, dans une lettre à la date du B janvier 1477, adressée par Marie aux magistrats de Dijon pour leur recomnamler le surveiller les entreprises du roi sur les deux Bourgognes, fai jeune diKcbesne ^exprimait ainsi : c Uuant k fai garde de la Comté, il n'est pas besoin que eeux qui irélentient m*ôler mon bien d'un cAlé, se présentait comme pour me le garder d'un wÊTt. Je vous envoie lettres et instructions pour appointer avec les Allemands : hiles conduire la cbose par Simon de Cléron. Tenez donc, tant au duché qu'en la Vmîé^ le pays en mon obéissance autant que ponbie, dans le cas oh vous ne MMirriez mettre la chose en délai ; ce qu'il faut tlcher. RecomnandeMMi an préits, noblos et villes, auxquels je prie qu'ils retiennent toujours en leurs cœurs la bi il** Itour^ogne, quand bien même Ils seraient contraints de parier autrement. » IjCs étau de IMIc, mais principalement la cliambre du tiers et celle du dergé, 4us opposées au roi que ta chambre de la noblesse, inclinaient donc à se prononctT tans un sens contraire aux instnictions des commissaires royaux, lorsque Jean de Sfearion-Arlay, prince d'Orange, arriva. Il était écrit que ce nom de Chalou re|iaattrait h toutes les grandes phases de l'histoire de ta Pranche-Comié ; roab cette bis il se présentait avec le masque de la trahison. Acquis aux intérêts de ta France, e prince d'Orange lui vendait en retour son pays; et, comme il jouissait d'un grand vériit parmi la noblesse comtoise, il venait aux états de DAie pour y répéter le rMe pi'il avait joué devant les éuts de Dijon, c'est-à-dire pour y ptaider ta cause île imis XI. Le prince d'Orange s'attacha, dans un discours plein de force et d'adn'sse, I présenter sous le jour le plus favorable le mariage de nuMiemoiselle de Bourgogne ivec le dau|>hin et à faire ressortir les avantages que la Franche-Comté trouverait tans sa réunion h ta France, par suite de ce mariage. Ensuite il appeta Pattention 4ir la situntioii de ta province : il la montra prisée d'un cMé par les troupes -ovales, de Taiitrc par les bandes suisses et lorraines qui menaçaient de ravager ses ronti^rvs; il Ht considérer qu'elle n'était pas en état de résister; que rennemi pourait y pémUrer sans nul obstacle; que déjà le désordre et le pillage commençaient h le mettre chez elle, et que le roi seul avait assex de puissance pour assurer son relos et sa tranquillité. Enfin, tout en ayant Tair de ne défendre que les intérêts géléraux du pays, il sut plaider avec tant de force et d'éloquence les intérêts personids du roi, que ses paroles, vivement applaudies par ta noblesse, olitinreni gain de raose, malgré lYntTgique opposition iFun gi'ntilbomme franc-comtois dont Thisloire ne nous a |ins conservé le nom. Ce gentilhomme fit valoir fort judicieiiseflMmC qne le^ offres et los secours des Français seraient aussi préjodictabies au bien du pays lu'àceluideuK-NlfMiioisellode Bourgogne; qu'en cette albire le roi voyait son intérêt

propre, à Texclusion de toul autre ; que les états n'avaient pas le droit d*aceorder une telle demande, la souveraine pouvant seule en décider; qu*au surplus on ne devait pas s*en rapporter aux propos du prince d*Orange, lequel s'était montré l'ennemi du dernier duc; et qu'il fallait, avant de se prononcer, attendre le bon vouloir de mademoiselle de Bourgogne ; qu'en ce qui concernait les Suisses et les Lorrains, on n'avait rien h craindre d'eux, les premiers ne pouvant pas consentir à laisser la Franche-Comté aux mains des Français, les seconds étant retenus dans leur pays imr les exigences des Suisses depuis la bataille de Nancy; qu'enfin, si les deui Bourgognes voulaient se bien concerter et résister à forces communes, le roi de France verrait échouer ses desseins, ou du moins aurait de la peine à réussir; mais qu'en tous cas, on aurait la conscience d'avoir fait son devoir envers le pays comae envers la souveraine. Toutes ces représentations furent inutiles : la chambre de la noblesse s'élant rangée de l'avis du prince d'Orange, appuyé par sept cents lances du roi, les états, intimidés, se soumirent. Par un acte que ne put empêcher la duchesse Marie, ils firent à Louis XI la cession de la Comté pour la garder au profit de sa légitime héritière, et consentirent à ce que les villes de tiray, Dôlc et Salins admissent dans leurs murs des garnisons françaises. Cet acte fut signé le 18 février 1477, à Dole.

Les Franc-Comtois s'aperçurent bientôt que cette protection du roi n'était qu'une t}ranuie. A peine le sire de Craon, a qui l'on avait donné le gouvernement de l«ir province, se vit-il en possession de sa nouvelle charge, qu'il se mit k les traiter avec insolence, h les pressurer avec une impitoyable rigueur : il voulait par là les affaiblir en les appauvrissant. Mais si l'hypocrisie des oppresseurs ne tarda pas à se démasquer, la vengeance des opprimés ne se fit pas longtemps attendre. Dès la fin de février, la ville de Dole, « inaccoutumée aux écharpes blanches, b et qui n*avait reçu qu'à contre-cœur les soldats de Louis XI dans ses murs, se révoltait. Un matin, au son (le la cloche, les habitants coururent aux armes en criant : Bourgogne et Dôle! Vive dmne Marie et hourgogiiel se ruèrent sur les Français, tuèrent ceux qui voulurent opposer de la résistance et forcèrent le reste k sortir de la place. L*insu^ reclion ne s'arrêta pas à Dôle. Les autres villes de la province se soulevèrent à leur tour, sur une proclamation de l'empereur Frédéric III, qui leur rappelait leuis devoirs envers T Empire, dont elles n'avaient cessé de faire partie, et qui leur annonçait comme certain le mariage de son fils Maximilien avec la duchesse Harie. En eiïet, rem|)ereur n'avait jamais perdu de vue l'espoir de ce grand mariage.

Au mouvement des villes comtoises se mêla l'appui de la noblesse du pays; et l'homme qui se mit à la tête de la révolte fut ce même prince d'Orange, si dévoué quelques jours auparavant à la cause de Louis XL Mais il faut dire que le prince d'Orange n'avait pas reçu de ses perfides services la récompense qu'il en attendait: lut qui venait de donner au roi les deux Bourgognes, lui qui devait avoir le goavernemeut de ces provinces, il s'était vu préférer le sire de Craon, il n'avait obtenu (|ue d'être le lieutenant de ce dernier; et blessé dans son amour-propre comme dans ses intérêts, il s'était immédiatement vengé de son royal obligé en en)brass^mt le parti de mademoiselle de Bourgogne, en gapant h la cause de la duchesse lo concours de la noblesse franc-comtoise. Parmi les chevaliers qui mireut

FRANCHE - GOMTÉ ALLEMAffDR. WÊS

lair épée au senice de la jeune souveraine, on comptait les seigneurs les plus illustres, tels que Guillaume de Vergy, Louis de Vienne, Guillaume de la Baume, Claude de Vaudrey, Claude de Toulongeon, Simon de Quingey, Charles de Chalon, Léonard de Chalon, les sires d*Andelot, de Digoine, de Ronchaux, de Montcley, et beaucoup d'autres gentilshommes de haute race. La duchesse Marie, reconnaissante envers le prince d*Orange, le nomma son lieutenant général et lui permit de prélever sur les revenus de son domaine jusqu'à la somme de quarante mille livres, c pour être employée h ses urgentes aiïaires, et spécialement au payement et solde des troupes. » Le prince, de son côté, s*était mis en mesure d'organiser promptement la défense : dès le mois de mars il se trouvait h Besançon, pour traiter avec les sires ilumbert du Vemoy, Antoine de Fallerans, Antoine de Courbouzon et Pierre de Jougne, mandataires de Hugues de Chalon-Ciiàtelguyon son oncle, de la remise des places tenues par ce dernier, afin d*y mettre garnisons « pour le service de mademoiselle de Bourgogne, auquel il voulait employer tous ses jours et pouvoir. » En même teuips il faisait faire des levées dans les villes et les campagnes, sans toutefois dégarnir les châteaux et forteresses ; et pour mieux mettre le pays en état de ré^ster aux forces du sire de Craon, il avait demandé des secours aux Suisses, dont les tlis|)ositions à Tégard des Comtois étaient en ce moment assez favorables. I^> prince savait (]ue les états de la |)rovince avaient envoyé naguère à rassemblée de Luceme (Charles de NeufchAtel, arctievéque de Besançon, |)Our essayer d*en obtenir une sus|)ension d*armes, et que cette suspension avait été consentie moyennant rançon. Ce|)endant, lors(|u*il s'était agi d'accorder des auxiliaires aux Comtois, rassemblée avait déclaré vouloir rester fidèle à ralliance du roi de France; et le prince d*Orange, n'ayant pas réussi près des députés des cantons, s*était retourné d*un autre cùté. Il avait chargé ses agents de s'aboucher avec les soldats suisses qui revenaient de leur exf)édition de Lorraine, tout orgueilleux de leur dernière victoire sur Charies le Téméraire, mais regrettant la plupart d'être obligés de rentrer dans leurs foyers |>our y reprendre la vie doniesti(|ue. Aussi n'avait-il pas été dillicile de gagner, par promesses d'argent, ces hommes avides de combat, de butin et d'émotions : ils avaient s:iisi avec empressement l'occasion qui se présentait, et, en dépit des avo\ers, quatre mille ù peu près d'enUre eux franchirent les montagnes du Jura pour accourir sons les bannières comtoises.

I.es premières o|K*rations de la guerre n'avaient pas été favorables aux armes françaLses. (Quelques jours après la révolte des Dolois, le sire de Craon s'était mis en mesure de reprendre Vesoiil, défendu par (•uillaume de Vaudrey, l'un des chevaliers comtois restés fidèles au parti de la duchesse de Bourgogne ; mais la tentative du sire de Craon eut pour résultat de tourner entièrement à sa honte. Par une sombn' nuit d'orage, Guillaume de Vaudrey lit une sortie à la tête des soldats de la ganiison el des habit;ints, vint atta(|uer l'ennemi jusque dans ses quartiers et le mit en pleine dérouu.*. In grand nombre de Français [H^rirent sous le fer des Vt'suliens, beaucoup de ceux qui réussirent à s'échapi)er se noyèrent en cherchant à traverser la Sadne, ou furent massacrés isolément par les gens des cam|»agnes; et le sire de Craon ne put qu'avec beaucoup tle |HMne rallier à (iray les débris de son armtH;. C^ette affaire avait eu lieu le 17 mars. Pendant que (•uillaume de Vaudrey battait le sire de Craon

k Yesoul, le prince d'Orange et Claude de Vaudrey obtenaient de leur cAté des avantages sur les Français; et partout les Comtois se comportaient si bravement, que dès la fin de mars ils avaient chassé du pays les troupes royales. Voici ce qu'écrivait de Besançon, à la date du 30 de ce mois, le sire Jean de Clèves à la duchesse de Bourgogne : c Ma très-redoutée souveraine dame et princesse, vous plaise savoir qu'il n'y a pour cette heure nul Français en votre Comté de Bourgogne, que les communes n'aient tous tués ou pris, résené Gray, où est monsieur de Craon. Ils sont par delà de la Saône, près dudit Gray, et n'osent entrer dans ladite Comté, de peur des Suisses. Monsieur le prince d'Orange se dit avoir de par vous la charge du gouvernement de Bourgogne, et à cette cause lève tous les deniers que possible lui est, tant de votre domaine que d'ailleurs. Messire Claude de Vaudrey se tient k Auxonne; il a repris Rochcfort et Montmirey. Guillaume de Vaudrey est toujours k Vesoul. »

Les affaires du roi n'allaient pas mieux dans le duché. Le brutal orgueil et les exactions du sire de Craon y avaient amené, comme en Franche-Comté, la révolte des villes, et presque toute la noblesse du pays s'était soulevée avec elles. La colère de Louis XI fut extrême en apprenant comment les choses se passaient dans les Bourgognes ; non-seulement il ne voulut pas recevoir un envoyé que lui dépêchait le prince d'Orange pour traiter, mais encore il écrivit au sire de Craon : c Si vous pouvez prendre ledit prince, faites-le brûler aussitôt, ou bien pendre, et brâler ensuite. > Ordre Tut donné d'instruire le procès du prince; et le parlement Payant condamné, comme faux et traître chevalier, à se voir pendu par les pieds, on le fit exécuter en effigie dans plusieurs des villes bourguignonnes.

Cependant le prince d'Orange n'en continuait pas moins à guerroyer : il s'était avancé sur Gray pour chasser les Français de cette ville, la dernière qu'ils occupassent encore en Franche-Comté ; mais, faute d'avoir k sa disposition des forces sufiisantes, il n'avait pas réussi dans son entreprise. A la suite d'une sortie vigoureuse du sire de Craon, le prince d'Orange s'était vu contraint de ^ renfermer dans le château de Gy pour y attendre les renforts que lui amenait son oncle Hugues de Chalon-Châtelguyon. Il importait d'empêcher la jonction des troupes comtoises ; c'esl ce que le sire de Craon se mit en devoir de faire : il prit la route de Besançon, et, s'étant avancé jusqu'à l'Ognon, il y trouva l'oncle du prince d'Orange et Claude de Vaudrey qui gardaient avec trois mille hommes la rive droite de cette rivière. Les Français essayèrent de la traverser au pont de Magny; mais, k mesure qu'ils cherchaient k déboucher par cet éti^oit passage, les Comtois tombaient sur eui et leur tuaient beaucoup de monde. Toutefois les Français ne se découragèrent pas : aprts plusieurs tenutives, ils parvinrent k gagner l'autre côté de la rivière, s'y rangèrent en bataille, et l'on en vint aux mains. Le combat fut vif et sanglant, et la victoire longtemps indécise. A la fin cependant, les Français l'emportèrent. Il est vrai que ce succès leur coûta cher : les Comtois n'avaient lâché prise que lorsqu'ils eurent perdu presque la moitié des leurs et qu'ils virent leur chef Hugues de Chalon être fait prisonnier.

Le sire de Craon poursuivit les Comtois jusque sous les murs de Besançon ; il manifesta l'intention d'assiéger cette ville, parce qu'elle avait fourni de rartillerie aux Dolois, et la menaça, si elle refusait d'ouvrir ses portes, de la mettre, selon son

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expression, doiu w étal à y faire passer la charrue. Ces menaces nMntimklèrent pas les gouverneurs de ùi ciie : pour toute réponse ils se contentèrenl de montrer à Tenmé du sire de Craon deux corps de troupes fort imposants, placés Tun à Chamars, rautre sur la montagne Saint-Étienne, et des approvisionnements en grande quantité. Le sire de Craon se retira sans plus attendre : il reprit la route de Gray ; mais à peine reatré dans cette ville, il se vit obligé d*en repartir pour accourir à Dijon, où le peuple s*était mis en pleine révolte et venait de massacrer messire Jean Jouard, de Gny, que Louis M avait nommé premier président du parlement de Bourgogne. Le été de Craon réprima bcilement la sédition, parce que la noblesse n*avait pas secondé le p^ple dans son mouvement ; et lorsqu'il eut remis en bon état dans le diicbé les affaires du roi, il tourna ses efforts contre la Franche-Comté. Dès la fin (fat mois de juillet il paraissait devant Dôle, à la tète de quatorze mille hommes el suivi d*une forte artillerie. Sa victoire du pont de Magny, la promptitude avec laquelle il venait de soumettre le duché, avaient rempli son cœur d'une telle présomption, qu'il croyait déjà tenir en son pouvoir cette ville el toute la province; un avan- Uige qu'il remporta presqu'en se présentant sous les murs de la place acheva de Taveugier. Et la confiance des siens n'était pas moins grande, si l'on en juge d'après la lettre suivante, qu'un certain Gaston du Lion, sénécJial de Toulouse, adres- &ail aux officiers de sa juridiction. On y reconnaîtra le genre rodomont particulier MU gens du Midi :

€ Jeudi, dernier jour de juillet, je fus, avec une compagnie tant seulement, courir devant Dôle, et je mis une embûche. Ils saillirent bien de mille à onze cents bomnies, dont il y avait sept ou huit cents Suisses, des meilleurs de ceux qui avaient tiaé le duc de Bourgogne, et se vantaient d'afToler tout le monde; mais je vous assure que. Dieu merci, pour ce jour ils n'eurent pas le meilleur, car il y eut huit ou neuf cents hommes d'armes morts sur le champ de bataille. Je vous assure que les Suisses ; demeurèrent tous sans qu'un seul en échappAt, et vous jure ma foi que je ne perdis pas un seul homme, hors un page et un coutillier ' qui se noyèrent dans la rivière en les chassant ; mais il y en eut de blessés un nombre, et des chevaux tués. Par Notre-Ikime! nous n'étions pas plus de quaUre cents comlmttants. Le porteur pourra vous en |)arler plus à plein ; il arriva le lendemain que la chose fut faite. Dieu merci, nous Hiisons très-bien nos besognes |)ar delà, et j'ai espérance que bientôi

nous aurons toute celte Comté Par trois fois nous avons trouvé les Suisses

devant nous, et nous les avons toujours battus. On disait qu'ils ne fuyaient pas, mais nous leur en avons bien fait trouver la coutume. Je m'en vais présentement pour donner sur le siège qu'ils tiennent dt'vant Conflandey, en laquelle sont nos gens, et ils sont bien trois mille Ames. Kntre ci et jeudi, s'ils nous attendent, nous verrons, s'il p\'A\{ à Dieu, quels sont les mieux nourris. »

I^x mieux nourris ne devaient pas être ceux qui avaient tant de jactance.

Fin tK>mmes prudents, les Dolois n'avaient |)as attendu Tarrivée du sire de Craon jiour s'occuper de leurs moyens de défense. Renfermés dans leur ville qu'entouraient detix larges fossés et de bonnes murailles tianquées de bastions, ils s'étaient mis en mesure, depuis leur dernière révolte, de répondre à l'agression prévue des

* 5^ldat armé d'une eoutille, sorte d'épée lar^e et pUle, cooime la dague par exempte.

Français, car ils pensaient bien que d*un jour à l'autre ceux-ci se présenteraient devant leurs murs afin de venger la mort de leurs compatriotes. Les Dolois avaient donc fait tous leurs préparatifs : ils ne s'étaient pas contentés de se pounoir de munitions, de vivres, en un mot des choses nécessaires à la guerre, et de placer leur ville sous la ])rotection d'une garnison; ils avaient en outre appelé un millier de Suisses à leur aide, ils s'étaient occupés de former un corps de miliciens qui s'exerçaient chaque jour au maniement des armes ; puis, pour mieux assurer la résistance, ils avaient confié les postes les plus importants au patriotisme des principaux bourgeois, en leur adjoignant des ofliciers versés dans la science militaire. La garnison se trouvait sous les ordres du sire de Montbaillon, homme] d'exécution et d'expérience, et un chevalier bernois, célèbre par sa bravoure, commandait les Suisses. Il avait été décidé que ceux d'entre les habitants qui voudraient sortir de la place pour n'avoir pas h supporter les fatigues et les dangers d'un siège contribueraient de leurs deniers h couvrir une partie des frais que nécessiterait Pentretien des trou[)es.

Le sire de Craon, après l'avantage remporté sur les Dolois et les Suisses, croyait, dans sa présomptueuse confiance, qu'il lui suffirait de se présenter devant la ville pour s'en rendre maître, et sans grande précaution il vint s'établir à peu de distance de l'église Saint-Marlin. Mais les dispoisitions avec lesquelles on l'accueillit ne tardèrent pas à lui prouver qu'il avait trop facilement compté sur le succte : les sorties continuelles des assiégés commencèrent par l'inquiéter si vivement, qu'il resta presqu'une semaine avant de pouvoir asseoir ses batteries. C'était principalement contre le quartier Montroland qu'il en avait dirigé le feu. Il battit les murailles pendant une dizaine de jours; et quand la brèche se trouva suffisamment ouverte, il commanda rass;iut. Si l'attaque fut vaillamment engagée, elle fut plus vaillamment soutenue; car les Français, malgré leurs efforts et leur impétuosité, ne purent remporter sur le courage calme des Dolois et des Suisses, et se virent repoussés avec des pertes énormes. Un nouvel assaut ne fut pas plus heureux que le premier. Cjù double échec coûta près d'un millier d'hommes au sire de Craon et refroidit singulièrement l'ardeur des siens ; mais son orgueil à lui ne fit que s'en irriter. Toutefois il changea de tactique : désespérant d'entrer de vive force dans la place, il convertit le siège en blocus, afin de prendre les habitants par la famme, et il se mit à ravager le pays environnant. Or, tandis qu'il attendait, plein de confiance, le résultat de son nouveau plan, un événement se préparait, qui devait ruiner ses espérances.

Les sires Guillaimie et Claude de Vaudrey n'avaient cessé de tenir la campagne et de harceler les Français jusque dans les forteresses et châteaux tombés en leur pouvoir; en même temps Claude de Vaudrey entretenait avec les boui^peois de Gray de secrètes intelligences, à l'effet d'expulser les troupes royales de celte ville : l'absence du gouverneur, occupé devant Dôle, lui semblait une occasion favorable à Texéeution de son dessein, lorsqu'un marchand graylbis vint le trouver pour lui dire qu'il se charge;iit de le faire entrer dans la place, malgré la garnison qui la défendait. Cette garnison, forte de dix-huit cents hommes, ét;iit sous les ordres du vieux et fameux capitaine écossais Salla/ar, à qui le sire de Craon en avait confié le coiu-

Dundeiiieot avant son départ pour Dijon. Claude de Vaudrey réunil à la Mie un iniiiier de soldats, avec lesquels il traverse la SaAne à la faveur d*une nuit d*orage ; il s'avance jusqu'au pied des murailles, Tait dresser les échelles, monte en silence et prend ainsi la ville d*escalade, sans que le mouvement des moulins et le bruit du vent (lennettent aux Français de rien entendre. Ce|)endant la garnison s*éveille, elle court aux armes, et c*est bientôt un désordre, une confusion que redouble robsciirité de Li nuit. « Allumez ! allumez ! > criaient les Français. Ils courent de tous côtés .i\ec des torches, des flambeaux, des lanternes; mais partout ils rencontrent des tiintMnis qui les am^tent, des bras qui les frappent. Assaillis en même temps et par Ifs lK>urgeois et par les gens du sire de Vaudrey, ils sentent qu'ils sont tous perdus N il> ne (larviennent à réunir leurs forces ; et, recourant au seul moyen de salut qui Kiir reste, ils mettent le feu h la ville, afm de pouvoir, aux réverbérations de Tincendii', se distinguer entre eux. A la vue de leurs maisons en flammes, les Graylois, i^res de fureur et de vengeance, ne connaissent plus rien : ils se ruent comme des lions sur les Français, les forceul, après une lutte acharnée, à se réfugier dans la cttidelle, et, résolus à les exterminer jus(|u'au dernier, ils embrasent d'eux-mêmes la ;a"ande tour du château. Les Français comprirent alors toute Thorreur de leur siuiation : la mort était autour d'eux, inévitable et cruelle. Résister, c'était inutile : rien ne pouvait les soustraire à la furie des flammes, qui montaient toujours; capituler, il était trop tard : le fer de leurs ennemis rendus implacables parie spectacle de leurs maisons en feu, ne devait leur accorder ni pitié ni merci. En cette extrémité, le capitaine Sallazar prend une de ces résolutions suprêmes que dicte le dése;^ [Kiir : il se met à la tête des soldats qui lui restent, et, s'élançant au mUieu des flammes, il se fraye, l'épée à la main, une route sanglante à travers tous les obstacles. C%*st ainsi qu'il panient h s'échapper de la ville, le cor|)s à moitié brûlé et criblé de blessures : mais ils furent |)eu nombnrux, ceux de ses compagnons qui purent le sui\a* jusqu'au bout de son itinéraire.

(.ray venait à peine de se débarrasser des troupes royales, qu'il se passait à Ddic un événement plus désastreux encore pour les Français. Deux jours après la mésaventure du capitaine Sallazar, le sire de Craon éprouvait à son tour un échec qui de\ait lui faire retirer le gouvernement des deux Bourgognes. Par une sombre nuit d'orage et île pluie, les Dolois, sous la conduite de (pielques chefs déterminés, sor- (iniit eu silence de leurs murs : ils trompèrent la vigilance des sentinelles ennemies, ioud»èrent à Timproviste sur le camp français, le forcèrent et s'en rendirent maîtres. Le sire de Craon s'enfuit précipitamment vers le duché, laissant aux mains des iKiIois toute son artillerie et comptant parmi les siens une perte de deux mille hommes ; car il Tut harcelé dans su retraite par un corps de troupes comtoises qui lui tuait l>eaucoup de monde.

L'histoire ne dit pas si messire Gaston du Lion trouva que les Dolois étaieni bku nourris, |K>ur parler son langage.

Ia' premier dimanche du mois d'octobre il77 est resté la date de cette victoire, en commémoration de laquelle une procession anniversaire fut établie à Dôlc par lt > dames tie la ville. On connaît l'origine de cette procession : on sait que, (Mandant la sortie des Dolois, les dames sétaient réunies dans l'êglisi' collégiale aGn

(l*appeler sur les armes des leurs la proteclion d'en haut, et qu'elles s'engagèraii, s'il plaisait au ciel d'exaucer leurs prières, à faire tous les ans à pareil jour une pn>* cession solennelle. Le succès ayant, comme on vient de le voir, couronné rentreprise, les dames se rappelèrent leur promesse; et depuis lors la procession a totqoufs été fidèlement maintenue, jusqu'à la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV. Ce fut h l'occasion du même événement que la cité prit, dit-on, sa belle devise: JusUtiâ et armis Dola ; jalouse de montrer par là qu'elle était aussi fière du coonie et du patriotisme de ses enfants que de la réputation de justice et d'impartialité qn distin^ait son parlement.

Après le double échec que les Français venaient d'éprouver, il ne leur restau plus rien en Franche-Comté, et Louis XI fut d'autant plus sensible aux revers des siens dans cette province, qu'il se l'était vue enlever, peu de temps auparavant, par un événement que redoutait sa politique. Vers les premiers jours du mois d'août 1477, l'héritière de Bourgogne avait déclaré ne vouloir d'autre mari que Maximilien d'Autriche, le nis de l'empereur Frédéric Ilf, et le 18 de ce même mois l'arcbiduc Haximilien arrivait à Gand au milieu des transports de joie des Flamands et des Brabançons : le lendemain il épousait la fille de Charles le Téméraire. Ce fatal mariage devait coûter des torrents de sang à l'Europe : c'est lui qui commença la gnuémx de la maison d'Autriche ; c'est lui qui retarda de deux siècles l'agrégation de la Franche-Comté h la France.

Mais ce n'était pas seulement en Franche-Comté que les affaires de Louis XI allaient mal. Pendant qu'il perdait cette province, le prince d'Orange Pinquiélait i l'endroit de son duché de Bourgogne, où soufflait de nouveau l'esprit de révolte; et, d'autre part, l'archiduc Maximilien se soutenait avec succès en Artois contre les troupes royales. Louis XI alors prit le parti de conclure une trêve, qui Itot signée le 6 juillet 1478, et par laquelle il s'engageait à restituer au prince Maximilies « toutes les places qu'il tenait ou pouvait tenir dans la Comté de Bourgogne. > A l'expiration de la trêve les hostilités recommencèrent. Maximilien Gt entrer dans le duché de Bourgogne une petite armée, qui s'empara de Beaune, Châtillon-sur-Seîne, Mont-SaintnJean, Semur, Bar-sur-Seine et d'autres places, et qui peut-être se fit rendue maltresse de toute la province si le vieil empereur Frédéric n'ràt, par avarice, laissé son fils manquer de soldats et d'argent. Charles d'Amboise, bomme prudent et sage que Louis XI avait nommé successeur du sire de Crara dans le gouvernement des deux Bourgognes, profita de ces circonstances pour ramener en quelques jours le duché sous l'obéissance du roi.

Quant à la Franche-Comté, la reprise des armes ne tourna pas non plus k son avanLigo. Sans doute, les âpres montagnes du Jura n'étaient pas aussi faciles i subjuguer ({ue les plaines et les collines du duché : mais si les Franc-Comtois ne purent, durant cette seconde phase de la guerre, défendre leur province avec autant de bonheur qu'ils l'avaient fait dans la première lutte, il ne faut en accuser ni leur courage ni leur dévouement : s'ils succombèrent, c'est que la partie qu'ils jouaient n'était pas égale, et qu'en outre ils furent victimes de la plus lâche des trahisons.

Après avoir rétabli les affaires du roi dans le duché, Charles d'Amboise s'était mis en mesure de reprendre l'offensive en Franche*Comté. Il avait à sa disposition

PRANCBE-GOlITi ALLBMAIIDB.

beaticoup d'argeot, oe nerf de la guerre, une puissante artillerie, une nombreuse et belle armée composée en grande partie des nobles du ban et de Tanière-ban, et six ■Hle Suisses k titre d*au\iliaires. Cest avec ces forces imposantes que, vers les derniers jours d*avril 1479, il s*avança dans la Franche- Comté, dont la conquête lui semblait d'autant plus facile, que les éléments d*une résistance longtemps possible manquaient au pays. I^ position des Comtois était, en eiïet, des plus critiques : les ressources qu'ils trouvaient chez eux ne répondaient pas i la grandeur du péril qui les menaçait ; et, de plus, par une circonstance malheureuse, les secours sur lesquels ils croyaient pouvoir compter leur firent défaut. Il est nécessaire d'expliquer comoient ib furent en ce dernier point trompés dans leurs espérances.

l>ès avant la conclusion de la trêve entre Louis XI et Maximilien, les états de la Cûoité s'étaient, en prévision de Favenir, occupés de concilier au pays raimtié des Suisses, et dans ce but ils avaient h plusieurs reprises cluu'gé Chartes de Neuf> ckâiel, archevêque de Besançon, d'entrer en négociation avec ces puissants auxiliaires. Chartes de Neufchâtel s'était tour à tour rendu aux diverses assemblées des cantons, et chaque fois il s'était acquitté de sa mission avec autant d'habileté que de lUe : par des considérations pleines de justice et d'humanité, il avait amené les Suisses à s'intéresser k la Comté de Bourgogne; par l'instance de ses prières, il leur avait fait accepter des propositions de paix; et dans une dernière assemblée des canioDs, tenue à Zurich, assemblée où Chartes de Neufchâtel se trouvait avec les aaiiiassadeurs du roi Louis XI, de Tempereur Frédéric Ili, du duc Sigismond d'Au* triche et de toutes les villes libres d'Alsace, les confédérés avaient mis fin k la guerre eo concluant avec Marie et Maximilien une paix perpétuelle que l'on désigna sous le nom de ligue héréditaire. Ce traité d'union, qui devait être juré de dix ans en dix ans, garantissait pleinement et réciproquement les possessions des diverses parties contractantes; il stipulait que les bourgs, châteaux et forteresses oceupés par les annes resteraient aux mains de ceux qui les avaient conquis : mais toutes prétentions sur la Comté de Bourgogne, résultant du droit de la guerre, devaient être annulées moyennant une somme de cent cinquante mille florins du Bhin, que les Comtois s'engageaient à payer en diiïérents termes assez rapprochés. Les amhassa^leurs du roi de France s'étaient efforcés, par tous les moyens en leur pouvoir, d*empécher la conclusion de ce pacte : ils avaient offert aux Suisses de fortes soomies ; ils leur avaient même proposé de garder une grande partie de la Franche- Comté lorsque celte province serait conquise. Les Suisses, sans abandonner cependant l'alliance de Louis XI, mais décidés à ne prendre aucune part à la guerre, s'étaient refusés à tout pour s'en tenir à la promesse des cent cinquante mille florins faite par les Comtois. Malheureusement, les circonstances ne permirent pas à ces derniers de remplir leurs engagements : les termes s'écoulèrent sans qu'il leur fflt possible de payer ; et les Suisses, qui ne se piquaient pas d'être très-scrupuleux quand il s'agissait d'argent, se montrèrent d'autant plus accessibles aux nouvelles pro()ositions du roi de France, qu'il les avait accrues de cinquante mille florins. Voilà comment il se fit qu'à la reprise des hostilités un corps de six mille Suisses passa de préférence au senice de Charles d'Amboise, et comment il arriva que les Comtoi'i, qui comptaient sur leur secours, se trouvèrent réduits h lairs propres

ses FRANCHE -CONTÉ ANCIENNE LT MODERNE.

forces. Pour le général français, c'était une belle partie à jouer ; cependant il l.i gagna d*une manière bien honteuse, comme on en jugera.

Parmi les villes de la Franche-Comté, il y en avait une qui s'était attiré la colère de Louis XI, à cause et de l'antipathie profonde qu'elle montrait aux Français, et de la double humiliation qu'elle avait fait éprouver à leurs armes pendant la dernière guerre : c'est nommer Dôle. C'est dire en même temps que si le roi venait quelque jour à se rendre maître de cette place, il n'oublierait pas d'être impitoyable à son égard : aussi, lorsque les hostilités se rouvrirent, vit-on Louis XI, fidèle à son ressentiment, donner l'ordre au sire d'Amboise de se porter d'abord sur Dôle et d'en presser vigoureusement le siège. D'Amboise obéit, en ne s'approcbant toutefois que graduellement de cette place : il se rappelait la mésaventure du sire de Craon ; et, pour prévenir tout mécompte, pour éviter une surprise semblable à relie de son prédécesseur, il commença par s'assurer de plusieurs châteaux des environs de Dôle, ainsi que de quelques autres lieux fortiOés d'où pouvaient venir des secours. Cette tactique n'échappa point aux Dolois : ils comprirent combien il leur serait difficile de se défendre avec succès contre uu adversaire aussi prudent et qui disposait en outre de forces considérables, tandis qu'eux n'avaient dans leurs murs qu*une garnison peu nombreuse. Alais les vaillants Dolois n'en étaient pas moins décidés à faire bonne contenance, et tous, ils se montraient animés de l'ardeur la plus belliqueuse, les bourgeois comme les hommes du peuple, les jeunes gens de la ville comme les écoliers de l'université. Malheureusement, dans leur impatience de prouver aux Français qu'ils ne se laisseraient pas plus intimider par eux que par les gens du sire de Craon, ils ne surent pas toujours se tenir assez en garde contre les pièges qu'on leur tendit : ainsi, quelques jours avant de commencer le siège de la place, le sire d'Amboise ayant charge deux ou trois cents des siens de faire semblant d'enlever un troupeau de bœufs que l'on entretenait pour la provision et qui paissaient dans la forêt de Chaux , les étudiants de l'université sortirent en niasse des remparts, puis se jetèrent avec une ardeur irréfléchie à la poursuite des fourrageurs. C'est là ce qu'attendait Charles d'Amboise. Il avait fait dresser une forte embuscade dans la forêt; et lorsque ces malheureux jeunes gens, qui ne se doutaient pas du stratagème, voulurent revenir en arrière, ils trouvèrent fermé le chemin de la retraite. On tomba sur eux ; on en tua le plus grand nombre : ceux qui réussirent à s*échapper furent assommés dans les villages, ou jetés dans le Doubs. Cette perte était bien sensible pour les Dolois, qui, réduits à ne compter que sur eux, avaient besoin de tous les bras pour résister à leur puissant ennemi.

Le désastre de la forêt de Chaux fut suivi de la prise de Rocbefort *, dont les Français s'emparèrent malgré la courageuse défense de son commandant Claude de Vaudrey, c le preux et très-renommé chevalier, » selon l'expression de l^radin. Ib se rendirent également maîtres du château de Gendrey^ et le sire d'Amboise pul dès

' Rocbefort, sur la ri? e droite du Doubt, éuit une ancienne aei^pieurie qui a donné son nom i 4e«i ebaoeeliert de France, GuiUauroe de Rocbefort, en 1483, et Guy de Rocbefort, en Ii97. U y avait i Rorbefort une forterease où fut enfermée en 147G, par ordre de (^barlet le Téméraire, la doelMsse Yolande de SaToie. Ce village eat béti au pied de • rocbert inpoaanta et pittoresquen, aar leaynli ]i*élèvent les ? estiges de Taneienne forteresse. 1/aspeet de ce» rocbert réveille de péniblet ftoivMir« :

lors investir Dôle avec toutes ses forces. Son artillerie se mil à battre d*une manière furieuse les murailles ; lorsqu'elle y eut ouvert de larges brèches, les Français tenlèrent Tassant. Mais les Dolois les reçurent avec une ferme vaillance ; ils les re|ioussërent. D'autres assauts n'eurent pas plus de succès que le premier; et méuie, dans une de leurs sorties, les assiégés reprirent le cliâteau de Bonchamp, qui écait cependant bien gardé.

L'avantage avec lequel se défendaient les Dolois semblait de nature sans doute h leur donner confiance; ils ne s'abusaient pas néanmoins sur leur position. Bien qu'ils fussent abondamment pourvus de munitions de guerre et de bouche, ils comprenaient que la dispro|K)r(ion du nombre ne leur permettrait pas de résister toujours à l'armée française, et qu'ils finiraient par s'épuiser. Des secours leur devenant absolument nécessaires, ils s'adressèrent, |>our en obtenir, à Sigismond d'Autriche, qui consentit à leur envoyer un corps d'Alsaciens et de Ferrettois. Ces auxiliaires se Mirent en nuirche ; ils arrivèrent bientôt en vue de Dôle : mais plût à Dieu que les Dolois n'eussent pas appelé ce secours ! car ces déloyaux étrangers venaient de eommettre la plus lâche des actions ; ils venaient de se laisser aciieter par l'or du sire d'Amboise, pour trahir la cause qu'on les appelait à défendre ; et, |M)ussant ki félonie jusqu'au bout, ils avaient reçu dans leurs rangs un certain nombre de solfbts français travestis, qui devaient entrer h Dôle avec eux.

A vrai dirr, les Dolois s'étaient montrés surpris de voir ces Alsaciens et ces Ferreilols arriver ainsi jusqu'aux portes de leur ville, sans que le sire d'Amboise eût rien fait |)our les arrêter au juissage : cela leur avait donné quelque méfiance; mais ib étaient loin cependant de soupçonner toute l'infamie du complot ourdi cmtre eux ; et, d'un autre côté, le besoin qu'ils avaient du secours de ces étrangers, dont ik allaient se faire des ennemis s'ils leur refusaient l'entrée dans leurs murs, était si grand, qu'ils crurent devoir les accueillir : toutefois il fut décidé qu'on ne les admettrait |Kis avant de s'être assuré de leur fidélité, c'est-à-dire avant de leur avoir Ul jurer à la face du ciel qu'ils venaient défendre la ville de Dôle et qu'ils s'engageaieiit à se conduire en hommes d'honneur. A cet effet, les habitants dressèrent sous une des portes de la ville, dite la porte du Pont, un autel sur lequel on |ios:i le saint-sacrement. Plusieurs membres du clergé, revêtus de leurs haliits sacerih»taux, vinrent se placer autour de l'autel ; à quelques pas se tenaient debout, et la tête découverte, le magistrat et les notables de la cité. Les auxiliaires se prêtèrent k la cérémonie : à mesure que leurs com|)agnies défilaient, un prêtre présentait le sainl-sarrement aux ofliciers, et ceux-( i juraient, la main sur l'ostensoir, de défendre avec honneur et loyauté la place contre l'ennemi. Les soldats ne prononçaient pas d4* serment; ils approuvaient en levant leurs chapeaux et leurs piques. Aussitôt que ces étrangers étaient entités dans la ville, on leur offrait à chacun du pain et du vin, comme symbole de l'alliance et de la confraten)ité qui devait exister entre

etàmi qui domine une modeste chapelle ombragée de quelques ormes, et qui surplombe de sa hau- Vmr menaçante le cours du l)oubs, porte le nom de Saut-de-la-PueeUe, et le doit, dit-on, i la ré- •olutioa héroïque d'une jeune flile, qui. poursuivie par des soldais efflrèoés, et foreée de choisir entre la nort et le dé»bonneur. %t précipiu du haut de ce rocher dans lablmet en infoquant le mnh de la Vierfe. • (GuiJf jrilt'tretqiie ilu Voyatjeur in Franct, livraison Ji lu.)

Sd4 BRANCHE -COMTE ANCIENNE ET MODERNE.

eux elles Dolois; ensuite, on les faisait asseoir à des tables abondantes qu'on avait dressées pour la circonstance.

Ce fut au milieu de cet accueil tout cordial que les auxiliaires entrèrent k Dôle et se virent confier la défense de la place ; mais cela ne devait pas les arrêter dans Taceomplissement de leur projet trois fois infâme : à peine eurent-ils pris possession de la porte du Pont, qu'ils se mirent à crier : Ville gagnée! France! France! A ces acclamations sacrilèges, les bourgeois courent aux armes ; ils se réunirent aux deux grandes compagnies dites de TArc et de TArquebuse, qui se tenaient devant Féglise de Notre-Dame, et par des efforts héroïques ils cherchent à rejeter les traîtres hors de la ville. Lutte désespérée ! bravoure inutile ! Déjà les Français a|H paraissaient à toutes les portes, et leur nombre allait toujours croissant. En cette position, les Dolois comprirent qu'il ne leur restait plus qu'à mourir ; mais du moins ils ne voulurent pas tomber sans avoir fait chèrement payer à leurs parjures alliés le prix d'une aussi lâche trahison. Ils vinrent se ranger en bataille sur la grande place ; et, soutenus par l'énergie de la vengeance, ils ne succombèrent que sous In supériorité du nombre, mais après une résistance fatale aux perfides soldats de d'Amboise et aux soldats maudits de Sigismond. Si, dans cette lutte suprême du désespoir et du (latriotisme, les magnanimes Dolois périrent presque tous, ils emportèrent du moins avec eux la consolation des grandes âmes, celle de léguer à l'histoire le souvenir d'un dévouement immortel.

Louis XI dut être content lorsqu'il apprit comment les siens le vengèrent de sa haine contre l'héroïque cité doloise. Les vainqueurs couronnèrent par le spectacle d'une sauvagerie sans nom le triomphe qu'ils venaient d'acheter à des conditions si déshonorantes : ils passèrent au fil de l'épée les vieillards, les femmes, les enfants, les prêtres ; et si Ton excepte du massacre ceux que l'on épargna pour en tirer une rançon ; si l'on ajoute à ce petit nombre ceux des habitants qui parvinrent à se sauver dans les campagnes ou dans les bois, il ne resta de toute b population qu'une dizaine de citoyens dont l'indomptable courage avait fatigué l'acharnement de leurs ennemis. Ces quelques hommes s'étaient retranchés dans une cave, où, résolus k combattre jusqu'à la mort, ils soutenaient avec tant d'opiniâtreté l'assaut des Français, que le sire d'Amboise, attiré de ce côté, fit cesser l'attaque en disant c qu'on pouvait bien laisser ces enragés-là pour graine. >

Après le massacre vint le pillage; après le pillage, l'incendie. Les Frauçtis ne s'occupèrent, pendant deux jours, qu'à se charger de butin; et, quand leur copîdite fut satisfaite, ils saccagèrent la ville, ils y mirent le feu : les édifices, les maisons religieuses, l'église de Notre-Dame et celle de Saint-Martin, le beau palais de rempereur Frédéric-Barberousse, le palais construit par le comte Louis de Maie pour les séances du parlement, tout fut détruit : il ne resta debout, dans b noUe cité, que l'église des Cordeliers, la tour de Vergy et la maison Vurry, où d*AiiH boise avait son logement. On ne connaît pas d'une manière précise le jour du sac de Dôle : est-ce le 3 ou le f!5 mai 1479 (|u'eut lieu cette grande catastrophe? I^es auteurs ne sont pas d'accord à ce sujet ; cependant une délibération du conseil municipal de Salins semblerait indiquer que la date de ce désastre se place entre le 10 et le 15 de mai. Un contemporain a fait, sur la mine de cette ville, le quatrain suivant :

FRANCHK-GOMTÉ AIXEUANDE. »05

L*an mil quatre cens neuf et septante I ost prinse DMe, qui se deult.

Par l'armée du roy très-puissante :

Contre puissant, foible ne peut.

Pour consacrer le souvenir de cette funèbre journée, la reconnaissance publique éleva plus tard, sur la place où les braves Dolois étaient tombés les armes h la main, une croix qui reçut longtemps le tribut d*hommages et de respect des générations; mais on voit encore aujourd'hui, au bas de la rue Besançon, la cave où vinrent se réfugier les derniers défenseurs de la cité trahie. Sur le marbre qui surmonte l'entrée (le cette cave, la main de l'histoire a gravé ces mots :

En MCCCCLXXIX

DÔLE, QLI APPARTEXOIT A LA DOMINATION D'AUTRICHE, FCST PRmSE TRAITREUSEMENT PAR L'aRMÉR DE LoiS XI,

Ensliste brislée et destruite, qlelques haritaxs se retirèrent dans ceste cave

Et FIRENT UNG FEU SI VIF QU'ON NE Pl'ST LES EN DESLOOER.

Ce lieu DEPl'IS FUST APELÉ

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