CAVE D'ENFER
Li nouvelle du sac de Dole eut une influence décisive sur les dispositions des autres villes de la province : ce désastre les frapp d'un découragement d'autant l»lus grand, que déjà le pays manquait par lui-même des ressources et des moyens de «léfense nécessaires, et que le prince d'Orange, homme d'un caractère imprévoyant et mobile, ne savait remédier h rien. D'autre part, l'archiduc Maximilien ne [louvait venir au secours des Comtois, occupé qu'il était dans le nonl de la France. Salins se rendit sans coup férir : S;ilins devait un jour se relever glorieusement de cette faildesse. Louis XI, par une déclaration du 9 août liHO, transféra dans celte ville le parlement de Dole. Poligny fut livré par trahison. Cette place était sous le commandement du sire Hugues de Chalon-Cliatelguyon, le même que Georges de (Iraon avait fait prisonnier au combat du pont de Magny et que le roi Louis XI cherliiait depuis quchpie temps à gagner en lui promettant, s'il voulait passer à son MTvîce, de lui restituer les terres et seigneuries autrefois confisquées sur Louis II, comte de Tonnene; en lui promettant aussi de pœndre à sa charge les vingt-deux iwille écus d'or qui lui restaient à payer sur les cinquante-deux mille écus prix de >a rançon, et de lui donner en mariage sa nièce Louise de Savoie, dont il le savait ••pris. Le désastre de Dùle n'avait pas permis au sire de Cliàtelguyon de résister plus longtemps aux avances de Louis XI, et dès la tin de mai il trahissait la cause de sa souveraine pour celle du roi. Celte lâche défection ouvrit aux Français li»s portc*s tU' Poligny. Louis XI, par une déclaration du mois de juillet 1480, fit transfénT dan> celle ville l'université de Dôle.
ArJMjis ne se rendit qii'apivs avoir dignement fait son devoir. C'est la pnMniènî fi>i> ijue le nom «l'Aibois npparail avec un caractère historique tlans les événements militaires de la Franrhe-(>)mt4'* ; mais du moins cette ville débutait par une page
Ô09 FRANCHE -œMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
aussi glorieuse que patriotique. Au moment où le sire d*Amboise se pré|)araU à foire le siège de D()lc, il avait jugé prudent de s*assurer de la soumission des Arboisiens, réputés par leur courage, et dans ce but il avait envoyé un corps de troupes pour s emparer de leur ville. Le cher qui commandait ce détachement ne s'attendait pas à trouver de la résisLince; il fut vite détrompé : les Arboisiens lui parurent si résolus à défendre leurs murs, qu*il ne voulut pas commencer Tattaque avant d'avoir nut venir du canon. Plusieurs jours durant, Tartillerie battit furieusement les remparts ; et, comme le rapporte un vieux document, le canon c y Gt brèche en divers lieux jusques à la largeur de plus de trente toises. » Ce fut seulement alors que les Français tentèrent Tassant. Les Arboisiens, en défenseurs audacieux, se préseotèrent pour le repousser, et ils déployèrent, dans cette lutte inégale, tout ce que rhonneur et la bravoure étaient en droit d'attendre d'hommes de cœur : mais la fortune trahit leur vaillance. Ils se virent obligés de céder ; leur ville fut forcée, pillée, saccagée, et eux-mêmes mis à rançon. Toutefois ils ne s'avouèrent pas vaincus. Indignés de sentir leurs remparts aux mains d'une ganiison française, ils se soulevèrent, coururent aux armes et chassèrent les troupes royales. Ceci se passait quelques jours avant le sac de Dole. Lorsque Charles d'Amboise eut fait de c^ malheureuse cité une vaste ruine, il accourut avec son armé^ devant Arbois, entoura la place de tous côtés et la reprit après une résistance acharnée de la part des habitants. Li ville fut de nouveau pillée, rançonnée ; mais les Arboisiens, pour n'avoir pas à subir les Français, se retirèrent dans les montagnes. Furieux de n*é(re maître que d'une place vide, le sire d'Amboise parlait d*en faire un monceau de cendres; et l'exécution eut suivi de près la menace, sans l'intervention de quelques gens d'église. Le général français se laissa fléchir par leurs prières, à la condition cepeodaDt qu*on lui payerait sous trois semaines une somme de cinq mille florins, et que les murailles de la ville seraient abattues.
Ces satisfactions acconlées, Charles d'Amboise s'éloigna d'Arboîs. Où se dirigcat-il? C'est ce qu'on aurait de la peine à dire. Les historiens nous ont laissés dans Fignorance sur les mouvements de l'armée française en Franche-Comté ; ils nous apprennent seulement ([ue les soldats du roi faisaient partout la guerre d*une manière cruelle ; ils doiment le nom des places qui toml)èrent en leur iH)uvoir : mais ils ne nous renseignent ni sur la marche des ennemis à travers la province, ni sur la date qui marqua la prise des diverses villes et forteresses, ni sur l'ordre dans lequel ces places furent conquises. Ainsi, Ton voit qu'après la réduction de Dôle, Arbois, Poligny, Salins, ce sont les places et forteresses du bailliage d'Amont qui subissent la loi du vainquein* ; et si Ton cherche à s*expliquer comment l'armée du sire d'Amboise se trouve hrusqucuïcnt transportée d'un point de la province au point opposé, on est réduit à des conji'ctures. Faute de données précises, constatons que Cray, Luxeuil, Faucogncy, se rendirent tour à tour aux FRinçals; qu'Oiseby, Soroyl'Archevéque, 3h)ntjustin, lïéricourt et plusieurs autres places furent prises et trai- U'cs avec une extrême rigueur; (lu'à Vesoul, les habiL'uits résistèrent courageusement, mais qu ils ne purent, malgré la valeur du capitaine Nicolas Mont-Saint-Ligier et d'IIermann de Vaudrey, chargés tous deux de la défense, empêcher les soldats du roi d'emporter la place d'assaut et forcer le fameux ch;lteau du Marteroy, réputé
PRA?fCHE - COMTÉ ALLE^lANDl:. 307
iiii|>reiuiMe. Ia's vainqueurs Tirent passer la population au ni de répée, livrèrent ks maisons aux flammes el démolirent les murailles et les tours. Les archives de la ville, f|ue Ton avait dépose^ nu château du Marteroy comme en lieu de sûreté, res* lurent ensevelies sous les ruines de cette forteresse.
Otte série de revers avait amené la soumission de la Franche-Comté; il ne restait plus à (PAmboise, pour être maître de la province, qu\^ s*emparer de Besançon ; et d\\ml>oise, enorgueilli par ses succès, fit courir le bruit qu*il allait attaquer la ville impériale. En eiïet, il s*avança contre elle. Sans doute, les Bisontins eussent pu soutenir avec avantage un long siège : ils avaient des Forces considérables, de lionnes murailles, des vivres et des munitions en grande quantité; mais ils consilimèrent qu'ils allaient être pressés de tous côtés par les Français; mais ils voyaient b Franche-Comté conquise et ruinée, et dans cet état de choses ils préférèrent entrer en accommodement. Par un traité signé le 3 juillet 1479 entre d*Amboise et les gouvenieiirs de Besançon, il fut convenu que le roi de France serait nommé ganlien de la cité, sous la promesse de respecter les libertés et privilèges des citoyens ; qu'il aurait la moitié des gabelles et des amendes, et qifil pourrait établir dans la Tille un capitaine chargé de toute Taulorité militaire. Un siècle plus tôt, les Bisontins eussc*nt préféré une bataille h cet acte, qui rappelait trop le peu honorable traité (rasKociatiofi. Louis \l ratifia cette convention le 8 juillet de la même année: quelques jours après, ime ambassade bisontine étant venue le trouver h Montreuil, il rarciieillit avec bienveillance, lui déclara qu'il prenait sous sa sauvegarde les habitants de Ii4^sançon, et fil remise des cinq cents livres que la ville payait pour le droit fie ^.Mrdienneté. Un peu plus tard, aux mois de mars et d'août de l'année 1480, Louis Xi, alin de se mieux attacher les Bisontins, leur accorda des titres de naturalisation, avec toutes les immunités dont jouissaient les bourgeois de Paris; i\ leur octroya deux foires franches et leur permit, en outre, de négocier par tout le royaume, sans nul droit de gabelle. Louis XI agit aussi très-libéralement envers rarrlievé(|ue de Besançon, Charles de NeufchAtel en Franche-Comté. Ce prélat avait enrouni la disj^rdce de Maximilien, pour s'être montré favorable aux prétentions i\n roi de France sur la Comté, et par suite il s'était vu privé de la jouissance de son temi^orel, même de tout exercice de ses fonctions pastorales : Louis s'empressa de le drdummager en le nommant son conseiller et président des états des deux Bour- ^>gnes ; en outre, il lui accorda des lettres de naturalité et le pourvut de Fadminiî^tralion de l'évêché de Baveux.
.^ux termes de l'accord entre le roi de France et les Bisontins, le roi, vient-il dVirèlH^ |K)UYait éliiblir à B(*sançon un capitaine investi de toute l'autorité militaire. Lonis^XI confia ce poste au sire d'Amboise; et le 7 août ii79, le général français fit shrj entrée dans la ville, à la tête de dix mille hommes. Il n'y séjounia f»a^ lonp:temps; les événements ap|R'lèrent sa présence ailleurs. Ia résistance n'avait jkis dit son dernier mot en Franche-Comté; le pays était vaincu, mais non soumis : du s(Mn des villes, la guerre s'était reportée dans les montignes. Plusieurs dos gentilshommes de la province, tels que Claude de Toulongeon, Guillaume de Vaudre>, les sires d'Arban, de Ray, de Beaufremont, d'Oiselay, de Digoine, qui tenaient toujours la foi de Hourgogur, n'avaient pas déposé les armes. Retirés dans
les Torteresses du haut pays, ils 8*y dércudaient opiniâtrement, et même avec succès. Ainsi^ Claude de Toulongeon avait repris aux Français le château de Montsaugeoo et quelques autres places; ainsi le sire d*Arban, qui commandait le fort de Joux, repoussait avec avant^ige toutes les attaques des soldats royaux, tandis que d*autres seipeurs rentraient eu possession des châteaux de Vercel, Rougemont, Cusance, Belvoir, Maizikres, Scey-en-Varais, Châtillon-sous-Maiche, et que Guillaume de Vnudrey reprenait Faucogney. Malheureusement, cette guerre de forteresse à forteresse se faisait d*une manière aussi meurtrière que ruineuse : on se battait de part et d*autre avec une implacable animosité. Les Comtois n'accordaient pas de quartier à ceux qui tombaient entre leurs mains; les Français se vengeaient, par le ravage et rinccndie, des pertes qu*ils éprouvaient chaque jour, de la résistance achamce (|u*ils rencontraient : et ce fut au milieu de ces cruelles représailles que s*aclieva Tannée li79, sans que les armes eussent rien décidé. Lorsque la saison le permit, on recommença k guerroyer. Les Français attaquèrent Rougemont, dont ils se rendirent maîtres, et qu*ils livrèrent aux flammes. Ils s'emparèrent aussi du château d*0iselay, qui leur avait opposé la plus vigoureuse résistance. Le seigneur de ce château fut fait prisonnier avec sa femme, « dame de cœur viril et douée de grandeur de corps et de forces d'amazone, » que Ton avait vue, une hallebarde en main, combattre vaillamment sur la brèche. Les Français reprirent encore Châtillon-sous- Malche, et, s*étant saisis du sire Chrétien de Digoine, qui commandait la forteresse, ils le décapitèrent. T^ même sort attendait Guillaume de Vaudrey» lequel s*était renfermé dans le château de Faucogney, où il fut pris après une défense opiniâtre. On conduisit ce valeureux seigneur à Luxeuil, et là le bourreau lui trancha la tête, « car les Français, dit Gollut, pensoient qu*il étoit nécessaire d'intimider la noblesse par ce genre de mort. » Le fort de Joux capitula. Il eût pu» grâce à sa formidable [position dans la montagne, se maintenir longtemps contre toutes les attaques, et même fatiguer les eiïorts de Tennemi ; malheureusement, il vint a manquer de vivres: et ce motif, ntais non la trahison, comme Tinsinue Thistorien Gollut, décida le seigneur d'Arban, commandant du fort, h composer avec les Français. Les conditiODs proposées |)ar le sire d*Andelot, chargé de traiter au nom du roi de France, pouvant être acceptées sans déshonneur, le château de Joux ouvrit ses portes aux troupes royales. La reddition eut lieu le il avril 1480. Quant aux châteaux de Belvoir, Vercel, Cusance, Maizières, Scey-en-Varais et plusieurs autres, ils finirent aussi par une capitulation, après avoir résisté jusqu'aux mois d'avril et de mai : les chefs ne s'étaient décidés à se rendre que lorsque, réduiLs aux dernières extrémités, et désespérant d'être secourus, ils virent qu'il leur devenait impossible de tenir plus longtemps.
Dès lors la guerre fut terminée : la Franche-Comté, cette fois, se trouvait entièrement soumise; mais, hélas! ce n'était plus qu'une vaste ruine. Ce malheureux sol n'avait été conquis qu'au prix de ravages et de dévastations dont le souvenir resta longtemps ineffaçable dans la mémoire des vaincus : les Français avaient saccagé plusieurs villes ; ils avaient détruit par le fer et le feu un grand nombre de villages. et la plupart des cliâteaux que le pays possédait ; ils s'étaient comportés partout avec une insigne cruauté. Par suite de cette horrible guerre, la population avait
hlANCHE- COMTE ALLEMilNDB. im
Hé tellement décima, qu*une foule de villages restèrent de longues années sans hahiianbi, et qu*en plusieurs endroits, des terres labourables se changèrent en forêts, lante de cultivateurs ! Que les peuples ont i souffrir de Tainbition des grands !
Il semblait que la France pouvait désormais compter une province de plus au nonjbre de celles que lui avait déjà conquises la politique de son roi : la Francbe- (lomté cependant ne devait pas rester longtemps entre les mains de ses nouveaux maîtres. L*lieure de sa ftision dans la grande famille française n'était pas encore venue, et la suite des événements va nous apprendre comment la Franche-Comté « trouva replacée sous Tobéissance de la maison d'Autriche.
La prise d'armes des Français contre la maison de Bourgogne n'avait pas ea partout le même succès qu'en Franche-Comté. Dans l'Artois par exemple, où Maxiiiiilien d'Autriche guerroyait avec vingt-sept mille hommes, le résultat des opérations Diilftafaies était loin d'avoir répondu aux espérances de Louis XI : ainsi, la bataille de Guinegate, livrée le 7 août i479, le jour même où Chartes d'Ambotse faisait son entrée à Besancon, avait profondément irrité le roi, bien que cette bataille n*eiU été qu'une répétition de celle de Hontihéri, où des deux parts l'on s'était attribué la victoire ; mais Louis XI n'en avait pas moins regardé cet engagement comme une défaite, parce que, pour lui, les demi-succès ne décidaient rien, et qu'en fin de compte l'honneur de la journée semblait appartenir à l'archiduc Maxlniilien, lecpiel était resté maître du champ de bataille. Après raiïaire de Guinegate, la guerre continua pendant une année par des surprises de villes et des combats in* signifiants : ce que voyant Louis XI, qui se sentait vieux et malade, et qui tenait à consener les riches lambeaux arrachés par lui à la maison de Bourgogne, il se résolut à traiter. A cet effet, il conclut d'abord avec Slaximilien, le 27 août 1480, une trêve portant sus|)ension des hostilités pendant sept mois; et, quand il vit la trêve sur le |H)int d'expirer, il entama des négociations pour une jKiix définitive : mais, sdon sa vieille tactique, il traîna le temps en longueur, dans l'espoir que quelque événement favorable viendrait en aide à sa politique tortueuse. Il ne se trompait point : il reçut un jour des Pays-Bas la nouvelle que, Madame Marie de Bourgope ayant été renversée de cheval pendant une partie de chasse, elle avait succomb4*, le il mars 1 483, aux suites de la blessure secrète qu'elle s'était faite dans sa chutis f t qu'un sentiment de pudeur touchante mais déraisonnable, l'avait empêchée, diton, de laisser examiner et traiter. L'infortunée princesse n'était âgée que de vingtcm\ ans.
Au moment où Louis XI apprit cette mort, il revenait de son pèlerinage de Saint- Claude, où il était allé accomplir un vœu que quelques-uns de ses serviteurs avaient fait [MHir sa guérison, pendant une maladie à laquelle on craignait de le voir sitrrouiber; eti^ ce pro|)os, le sujierstitieux monarque avait fondé, durant son séjour à Saint-Claude, une messe perpétuelle c |)our la disposition de son estomach, que vin ne aultres viandes ne lui puissent nuire ; » ce qui ne TemptVha pas, comme on le dira bientùt, de mourir l'an d'après : mais il avait payé d'avance, et la messe fut célébrée jusqu'en !78ÎK
Kri attendant, Louis XI s'était senti transporté d'une joie profonde \ la nonveHe de Li fin tragique de Marie : la duchesse a peine expirée, il avait vu les Gantois
s*emparer de ses deux petits eorants Philippe et Marguerite, imposer ud conseil de régence et de tutelle h Maximilien, et, sans même consulter ce prince, ouvrir directement avec lui, le roi, dos négociations pour faire épouser au dauphin la jeune Marguerite. Rien ne pouvait sourire davantage aux désirs du monarque français qu'une telle alliance : aussi se montra-t-il très-empressé de conclure une paix qui réalisait tous ses projets sur les pays du domaine bourguignon. De leur côté les états de Flandre, du Brabant et du Ilainaut forcèrent Tarchiduc Maximilien h signer le traité d'Arras, du 22 décembre 1482, par lequel il fut arrêté que le marùige du dau|)hin avec Marguerite, enfant de deux ans, serait « solennisé ladite demoiselle venue en âge requis, » et qu'elle apporterait en dot <^ son mari les provinces de langue française, c'est-à-dire la Franche-Ck)mté, TArtois, les seigneuries de Salins, Màcon, Auxerre, Bar-sur-Seine, Noyers; à la condition toutefois que cette dot reviendrait à Philippe, frère de Marguerite, dans le cas où le mariage ue s'accomplirait pas, ou que Marguerite mourrait sans enfants. Quant aux provinces de langue allemande, telles que la Flandre, le Ilainaut, le Brabant, le Luxembourg, la Gueldre, la Frise, la Hollande, la Zélande, etc., elles devaient rester h Maximilien, au nom de son fils Philippe.
Pour Louis XI, ce traité d'Arras était une glorieuse paix : en même temps qu'elle consommait le démembrement de la puissante et redoutable maison de Bourgogne, elle permettait à la France de s'asseoir comme nation à l'intérieur et h rextérieur. Louis XI avait donc atteint le but de ses vingt-cinq années d'intrigues et de ruses; mais il ne devait pas jouir longtemps de son triomphe. Déjà la mort étendait la maio sur lui : il avait beau vouloir cacher qu'il déclinait; il avait beau déployer une énergie fébrile au milieu des plus vives souffrances, et cela pour avoir Tair d'être toujours travaillant, toujours impassible, toujours debout : la mort n'avançait pas moia< à grands pas. Louis XI, du reste, éprouvait à l'approche de cette inévitable ennemie, une terreur indicible : jamais homme n'eut autant que lui de peine à mourir. A mesure qu'il se croyait plus près du moment fatal, il redoublait de superstitions et de prières; il se recommandait à tous les saints et saintes du paradis, et cherchait à se les rendre favorables en couvrant leurs autels de richesses et de dons ; il s'entourait de reliques et d'images; il remplissait son chapeau d'amulettes et de petites l)onnes vierges en |)lomb ; il ordonnait à des ermites qu'il faisait venir de loin, de prolonger ses jours; il allait jusqu'à marchander sa vie au ciel. Mais ni ses oraisons, ni ses amidcttes, ni ses lil)éralités ne rem|)êchaient de s'affaisser de jour en jour sous la pression du mal qui le tuait, et qui l'avait réduit à n'être plus qu*un hideux squelette, un fantôme ambulant. Toutefois, au milieu de la décomposition de ses facultés physiques, il ne perdait rien de son activité fiévreuse, il continuait à s'occu- |)er avec ardeur du gouvernement; mais, devenu |)lus cruel, plus méflant, plus impitoyable (|ue jamais, et renfermé dans son château de Plessis-les-Tours, qu'il avait fait hérissiT de gibets, de trappes et de soldats, il imprimait une sombre terreur autour de lui. On redoutait de l'aborder, dans la crainte qu'il ne vous soupçonnât de le trahir, lui qui voyait des traîtres et des ennemis partout, et l'on savait que re soupçon coûtait la tête. Cet ombrageux tyran ne mettait plus de limite à Temportement san^aûuaire de ses caprices et de ses méfiances; il en était venu, dans sa
FRANCHE-COMlK ALLEMANDE. iOI
iDOiioinanie farouche, à n^avoir pins d*autrc coinniaiuleinenl que cette parole sauvage : « Kl sur voire vie, obéissez. » Aussi, malheur à celui qui contrevenait à ses ordres, ou qui seulement ne les exécutait pas selon ses désirs : la dague du prévôt Tristan rilerniite, ou tout au moins une cage de fer se trouvait là pour satisfaire l'implacalile ressentiment du maître.
Au milieu de Teflroi général qu'inspirait ce moribond sanglant, il y avait un bounue ro|K'ndant qui ne tremblait pas devant lui ; loin de là : de la part de cet homme au contraire, il suflisait (fun regard pour faire frissonner le terrible despote, il suffisait d*une proie pour lui remplir Tâme d'épouvante. Cet homme était un Kranc-Comtois, fils d'un petit bourgeois de Poligny : c'était Jacques Coictier. Louis XI Tavait clioisi |K)ur son médecin ; et, par une singularité que justifiait fort peu le mérite de ce disciple d*Hip|)Ocrate, le roi n'accordait qu'à lui seul sa confiance; il la |K>ussait même si loin, qu'il croyait devoir à l'art de Coictier, au moins autant qu'à la protection des Siiints et des reliques dont il s'entourait, la prolongation de sa vie. i\T, maiire Jacques Coiclier, dans l'esprit duquel l'amour des richesses tenait une bien plus largo place que l'amour de la science, avait deviné tout le parti que sa cupidité {courrait tirer de l'ascendant qu'il exerçait sur le superstitieux monarque : mettant donc à profit cette influence, il avait compris que le meilleur moyen de liattre monnaie avec la crédulité de son royal malade, c'était de le prendre par la l^uT, d'exploiter ses appréhensions de la mort, d'exagérer son mal, et d'abuser ainsi ^\e ses terreurs |>our lui faire payer chèrement les soins qu'il lui rendait. Voilà de (juclle manière Coictier tirait chaque jour du roi des sommes énormes : et qu'on ne croie pas que la douceur, la flatterie, les bons procédés raclietaient chez le médecin du roi l'indignité d'aussi grossières manœuvres; non : c'était par des |>aroles ifnne rudessi» brutale, c'était sous la pression de la menace, qu'il arrachait à sa virtime effrayée les marques de munificence que sa cupidité convoitait : il n'avait |icHir son maître ni pitié ni ménagements; il ne se fût pas montré plus insolent à r«^ard dun valet. Kt le roi venait-il, par hasard, à se fiîcher : c Oh! je sais bien, lui n*|K>ndait Coicti(T, qu'un matin vous m'enverrez où vous en avez envoyé tant d'antn's; mais, par la mort-Dieu ! vous ne vivrez pas huit jours après. » Et le roi de trombler devant cet homme, devenu son tyran : il le flattait, il l'accablait de cart*sses, de présents surtout ; il n'avait plus rien à lui refuser. Connue on le i)eDse bien, rins;ilial)le docteur ne se lassait pas de demander : c'est ainsi, par exemple, qu'il s'était fait donner la seigneurie de Rouvre, celle de Saint-Je;m-de-Losne, celle de .Siinl (iennain-en-Laye; que, non content de ces munificences, il s'était fait donner en outre, avec les revenus du greffe du bailliage d'Aval en Franche-Comté, la première présidence de la chambre des couiples, et qu'il avait obtenu |K)ur son iH\eu l'évéché d'Amiens. Ajoutons que, durant les huit derniers mois de la vie ilu roi, les honoraires de l'avide médecin ne montèrent pas à moins de (|uatre-vingt nulle écns d'or!
Mais vint enliu l'heure terrible, tant redoutée |>ar Louis XI, et que ni la science de Coictier ni les reli(|ues ne ilevaient conjurer. C'en était fait; la mort ne voulait pluN attendre : en vain le Uionarque se cram|>onnait-il d'une main cris|)ée au boni de SI tombe ; il fallait > descendre, et ce fut le samedi 3i) aoàt i483, à huit heures
du soir, qu'elle se refenua sur lui. Cet homme, unique dans rhistoire, avait ?écu soixante et un ans.
Quant à Jacques Coiciier, on ne lui permit pas de jouir impunément de la fabuleuse fortune qu'il avait extorquée au défunt. A peine le roi fut-il enseveli, que Foo rechercha son médecin pour ses exactions ; et mattre Coictier ne se tira d'afbire qu'en restituant cinquante mille écus h la couronne, qu'en rendant ses cliâteaux et seigneuries.
Le fils que laissait Louis XI lui succéda sous le nom de Charles VIII, enbnt d'une quinzaine d'années, faible de corps et n'annonçant rien d'un homme supérieur : aussi, nul ne pouvait-il prévoir les conséquences de la réaction qui s'opéra tout d'abord contre le gouvernement tyrannique de son père, et le terme de la lutte qu'allaient engager des ambitions rivales. On ne s'attend pas sans doute à ce que nous parlions ici de ces événements : notre rôle devant se borner k ne prendre dans le règne de Chartes VIII que ce qui a trait à l'histoire de la Franche-Comté, ainsi allons-nous faire.
Dès le mois de décembre 1483, les trois états de la province s'étaient assemblés à Besançon, bien que cette ville, relevant de l'Empire, ne fit pas, politiquement pariant, partie de la Comté ; mais après les cruelles guerres de 4477 et 1479, nul autre endroit, pas même Dôle, ne se trouvait assez commode ni spacieux pour recevoir les états. Louis XI, constant dans sa haine contre les Dolois, ne s'était pas contenté de leur enlever l'université pour la transférer à Poligny, le parlement pour l'établir à Salins; mais il leur avait refusé toute sa vie l'autorisation de relever leurs murailles et même leurs maisons.
Les états réunis à Besançon montrèrent une grande sollicitude pour les inléréui du pays. Après en avoir délibéré, ils arrêtèrent :
Que Charles VIII serait reconnu pour le souverain du pays et qu'on lui prêienit le serment de fidélité;
Qu'on lui représenterait la misérable situation de la Comté, dégarnie de ses habitants, villes et villages, et qu'on lui demanderait la confirmation de tous les privilèges, tant publics que particuliers, comme ils existaient au temps du dne Philippe le Bon ;
En outre, que la province serait seulement soumise aux redevances accoutumées, sans pouvoir être grevée d'aucune servitude réelle ou personnelle ;
Que les charges extraordinaires imposées par le roi Louis XI, contrairement aux franchises et libertés du pays, seraient entièrement levées ;
Que tous les sièges de justices seraient remis en leur résidence accoutumée ;
Que, sous aucun prétexte, les habitants de la Comté ne seraient distraits du pavs pour procès ;
Que, suivant l'ancien usage, la confiscation du corps n'emporterait pas celle do bien, et qu'aucune évocation ne pourrait être arbitrairement accordée;
Que les amendes d'appel seraient réduites à moitié, et les frais des lettres de cbancellerie réglés ;
Que les expéditions des jugements seraient remises en Franche-Gorolé, sans obliger les parties à les aller chercher au duché ni ailleurs;
UiK^ les sujets de b Comté seraient traités en France comme les Français, et que s'ils ven;iienl à décéder dans le royaume, les droits de leurs parents ou de leurs héritiers ti*slamentaires resteraient entiers ;
Que r université de Dôle serait rétablie en son siège, et que le parlement resterait dans la province, comme au temps des ducs de Bourgogne ;
Que les ganiisons françaises établies dans les villes et cbdteaiix de la province seraient rappelées;
Que les Comtois auraient le droit de relever leurs murailles et leurs tours, avec lil»erté de se garder eux-mêmes, comme avant la guerre ;
Une les soldats allemands seraient renvoyés du pays, sans que Ton fût tenu de leur rien payer;
Uue les Comtois qui avaient prêté de Targent à la dudiesse Marie ou à son époux Maximilien seraient remboursés et dédommagés;
Knfm, que le droit d*élire les prélats serait conservé dans les villes où cette coutume était encore en usage.
Ces demandes équitables furent accueillies comme elles le méritaient, et des lettres patentes de Charles VIII, à la date de février 1484, vinrent conGrmer et ratifier, pour lui et ses successeurs, c les droits, franchises, immunités, prérogatives, libertés, coutumes et usages dont les bonnes villes, le plat pays, les églises, les manants et habitants du Franc-Comté de Hourgogne ont dûment joui de toute ancienneté. »
I/année suivante (1485), h Franche-Comté vit s*introduire chez elle une imionation que le monde scientifique et littéraire avait accueillie par des cris d'enthousiasme et des transports de reconnaissance : Tbipni^iERiE *, ce don du ciel^ comme
> \ji (IfcottTerle de rimprimcrie vers lilO est due, comme chacun sait, i Jean Gulenberg. né à )layefice. Golenberg, ayant conçu ridée de sobstitner aux planches ^vées des caractères mobiles, Iroitta djni sa ville natale les ressources nécessaires à la réalisation de son projet: Jean Fott, ricke orfèvrt de }U\ence, lui fournit les capitaux, et Pierre ScliœfTer, serviteur de Jean Fusl, perfeetioaBa la dé* rouverte de GuienUerg par rinveoLion des poinçons d'acier gravés, la frappe des matrices et la fabrication des moules. liC premier ouvrage sorti de l'atelier typographique des trois associés fut la fa mtuse Bible latine, en deux volumes in folio. Celte édition, prototype de tous les livres imprimés, parut à Mayenre. avant liVS. L'art nouveau se répandit bientôt dans toute riCurupe. griee à ractivité d habiles ouvriers allemands. En France, Paris eut la première imprimerie : en 14(21. trois ouvtiert de Jean Fo«t. l'inch Gering. Martin Craotz et Michel Friburger. arrivèrent dans fjetta ville, oô les avait appelés 4;uillaumc Fichet, recteur de l'université ; et ils établirent leur atelier dans le collège de .S)rl)onne. 1>* premier livre imprimé par eux parait avoir éié le Rec4jeil des FlpUres deGaspario lianifa. l'un des plus renommés laiinifites de l'Italie. Angers, Caen cl Lyon suivirent de près l'exemple lie l^iri< ; Tonlou<ie, Troves en Champagne, Vienne en Danphiné, Rouen, Rennes eurent bientôt aussi leur4 aleliers typographique>. ~ On doit s'étonner, ou plutôt on doit déplorer que Khistoirede rimpnmene M)il encore à faire, et qu'un écrivain de génie n'ait pas dévoué sa plume i la glorification il une découverte qui a tant conlnbuô au développement de l'esprit humain. En attendant la réparahoo ik celle grande ingratitude, on ne lira pa^ sans intérêt le Traité hittori*fu€ et critiqw de Fourmer jeune, sur l'origine et le» progrès de l'imprimerie; les Études typographiques deCrapelet. qui devaient paraître en deux volunien. mais dont un ^eul a vu le jour, la mort de M. Crapelet étant venue l'arrêter au milieu de »on œuvre; enflu, la savante Sotice historique sur l'imprimerie^ de M l^aiil Dupont, un de^ nom^ les plu<« honorables de la typographie {larisiennc, et qtii fc ratlach« é\t< ditiinrlion à rin;,^cnieuse el récente déiouveilc du procédé litbo typographique.
iOi FRANCHE - COMTK ANCIENNE ET MODERNE.
rappelèrent les poêles contemporains, cette invention révélée au genre humain par une inspiration divine, comme récrivait plus tard le grand rérorniateur Mélanchlon, Fimprimerie vint apprendre en 1*83 ses secrets aux Franc-Comtois émerveillés. Ce fut Salins qui eut Thonneur et le mérite de produire la première œuvre due à cette découverte sublime. Parmi les villes de la Franclie-Comté, celle de Salins semblait vraiment choisie pour avoir le privilège des choses nouvelles : ainsi, eu 1249, elle avait obtenu de Jean de Chalon l'Antique les premières lettres de franchises délivrées à une ville de la province; en 1363, elle avait vu s'établir chez elle, sous le nom de Mont-deSalinSy le premier mont-de-piété quVit eu TEurope; en 1 185, c'était l'imprimerie qui venait s'installer dans ses murs. Plus tard. Salins devait prendre l'initiative pour la représentation des mystères et des tragédies; plus tard encore, il devait posséder son jardin botanique, Tun des plus anciens que l'on connaisse.
La première presse parue à Salins en 1 185 y avait été dressée par Jean Dupré ou Després, que l'on croit originaire de cette ville, sans qu'il soit possible de raflirmer cependant ; et, dès la même année, l'actif imprimeur achevait un volume in-folio qui passa pour un chef-d'œuvre de typographie : c'était un Missel k Tusagedu diocèse de Besancon •. N'oublions pas de rappeler que Després n'avait pas été seul pour l'exécution de ce beau travail ; il s'était aidé du concours de deux hommes intelligents, Claude Baudrand et Benoit Bigot, l'un et l'autre nés i Salins, et qui le secondèrent habilement : leurs eiïorts ayant été communs, il est juste de confondre leurs noms dans le même titre de reconnaissance. L'impression du Missel avait été commandée à Després par son protecteur, l'archevêque de Besançon Charles de Nenfchàtel, un de ces grands prélats de la lignée de Hugues i®', que possédait l'amour des nobles choses, et (|ui, tout en donnant ses soins à la réformation des mœurs, encourageait de ses libéralités Tétude des lettres. Le 3IisseI k l'usage du diocèse de Besancon fut le seul ouvrage que Després fit paraître h Salins : cet imprimeur, ne trouvant |)as assez de ressources en Franche-Comté pour entretenir l'activité de ses presses, vint à Paris, où le suivit la protection de son noble patron Charles de Ncufchsilel, qui lui donna les moyens de mettre au jour deux œuvres importantes, le Bréviaire et les Statuts svnodaux du diocèse.
Mais l'imprimerie ne resta pas sans représentants eu Franche-Comté par l'absence de Jean Després : l'année même où cet imprimeur quittait Salins, Jean Comtet arrivait à Bes^inron, où il faisait paraître en 1187 une édition de l'École de Saleme, et en 1488, divers opuscules religieux et scientifiques; puis en 1-190, un nouvel imprimeur, Pierre .Metlin^<.T, qui s'était établi a Dùle, faisait sortir de ses presses une édition des Ordonnances de la Franche-Comté. Ce dernier ne demeura que deux ans dans le pays : le temps n'étiut guère propice aux travaux de rintelligence. La
t Vn exemplaire de ce Missel, devenu très-rare aujourdMiui, se trouve dans la rieht eollectitB de M. le président Uourgon de Besançon, un de ces magistrats de la vieUle roche qui hisaicBi ■a^ cher de front la science des l(»is et la noble passion des livres. M. Bourgon s'est voaé à ooe mvrc dont raccomplissemenl lui restera comme un titre à la reconnaissance de ses compatriotes : dcpiis \\n^\ nus, il poursuit l.i grande et précieuse idée de recueillir lous les ouvrages qui oot clé posés par des plumes franc-comtoises.
KiUNCHR- COMTÉ ALLEMANDE. MKi
Kniiiclicmomlé se ressentait vivement encore des misères (|iry avait laissées In doiihif invasion des armées de Louis XI, et rimprimerie disparut pour de longues anm^ de la province : les généreux eiïorts de Tarchevériue Charles de Neurchâtel cl ilu riergé en général n'avaient qu'incomplètement réussi à y Taire naître le goiU des (*nides littéraires. De nouvelles imprimeries ne se rouvrirent en Franche-Comté que dans le courant de l'année i588; mais, Il faut le dire, le bel art typographique y nurctia toujours à pas trop lents, et ne s'y éleva jamais à ce degré de perfection et «k* poùt qui conquiert l'admiration * .
Maintenant, l'histoire va nous ap|)ren(lre ce que devint la Franche-Comté sous Charles VIII.
Li bienveillance que ce prince ou ses conseillers montraient pour cette proviiir<>; la sagesse et la douceur avec lesquelles le sire Jean de Baudricourt, noiiuué gouverneur après la mort de Chartes d'Aud)oise, se conduisait envers les habiuinls, commençaient à les accoutumer à la domination française; et peutéiri* les (>)mtois eussent-ils fini par s'attacher h leurs nouveaux maîtres, si les ê\énemenLs politiques ne fussent venus remettre tout en question. On se rapfielle qu'aux termes du traité d'Arras, Charles VIII devait épouser Marguerite, 1.1 tille de Maximilien, aussitôt qu'elle aurait l'dge requis, et que, dans le cas où le mariage n'aurait |)as lieu. In dot de Marguerite retournerait à son frère Pliilipi»e. Ajoutons qu*il était stipulé dans le même traité, que Marguerite serait con • «iniic à 1.1 cour <le France, qu'on l'y élèverait avec le titre et les honneurs de reine; ei, |K)ur ne rien omettre, mentionnons que les fiançailles des deux jeunes princes .i\ aient été célébrées à Paris (|uelque temps après la ratification de l'acte. 3lais voici ce qui arriva : le 18 novembre 1491, (Chartes VIII se fiançait secri'tement à h duchesse Anne de Bretagne, et le IH décembre de la même année, il l'épousait >olt*nnel!ement dans le château de Langeais en Touraine. Quant h Marguerite, elle fut retenue en France jusqu'à nouvel ordre, et, sans avoir nul égani aux conditions du traité d'Arras, on garda les provinces qui constituaient la dot de la jeune fille. S'il est facile de comprendre le ressentiment de .Maximilien h la nouvelle d'un U'I affront, on manquera de termes pour qualifier ce ressentiment lorsqu'on saura (|ue c'était lui, Maximilien, qui devait se marier avec cette même Anne de Bretagne, et qu'il avait, dès Tannée précédente, envoyé le comte de Nassau près de la duchesse pour l'épouser en son nom. L'histoire nous a consené sur ce maria;:e |>ar procuration un déUiil aussi curieux que bizarre : Anne fut mise au lit, et le roiiite de Nassau introduisit sa janibt; nue dans la couche nuptiale, en tenant k la iiuiin la procuration de Maximilien; cérémonie qui tendait h donner au mariage un raracliTo in<lissoluble. Mais on vient de voir que les choses s'étaient laissées tout aiiin incnt.
I I.c ^.lont père L.aire, noire compatriote, a publié un opuscule in 8<* sur l'urigioe de l' imprimerie rn Franche Comté; el ilc son cOté. M. Charles \Vei«< **esl oceupé «le recherche* historiques sor le même ^ujet. mais elles sont rtsives en manuscrit. On espère qu'elles paraîtront dan« une disMrUtion i|ui d<Mt préct^ier le dialogue des incunables de la bibliothèque de llesancon. Kn alleodant, on n apprendra pas !^ns intérêt que les détails rapportés, dans nolrt texte, i^*w l'histoiit de rîmprîiiierie t-n Kranche-4lomté, nous ont été communiqués par M. Wetu lui-même, tomourt ai bieBvtillaBt ei «I eœprev«é pour aider ou encourager ceux de ses compatriotes qui se livrent à Pétode des lettres.
OMi tU.VNCliK-COMTh ANCiENNK KT MODKRM:.
Ce double afTronl Tait à Maximilien ouvrait son âme aux inspirations de la veo- (<cance, et s'il n'entra |>as iuunédiatement en canipiigne, c'est que les diflicullés de* si\ position l'en euipécliërent : mais aussitôt que des circonstances plus favorables le lui |)ermirent, il reprit les armes. En Franche-Comté, les populations le servirent avec anieur dans ses ressentiments : les Comtois, qui voyaient toujours en ce prince le représentant de leur indépendance, ne s'étaient plus considérés comme sujets de la France en apprenant que le roi Charles Vill venait de répudier la fille de Marie de Bourgogne, et l'insurrection avait été générale parmi eux. Les Bisontins euxmêmes étaient entrés dans le mouvement.
Vers le milieu du mois de novembre Itôâ, Maximilien, à la tète de huit mille hommes Umt allemands (|ue suisses, partit de la haute Alsace pour passer en Franche-Comté. Il établit d'abord son quartier général à Lure, ville relevant de TEidpire, et y resta près d'un mois sans rien entreprendre, à cause des rigueurs de la saison. Lorsqu'il fut entré dans le pays, la conquête marcha rapidement : la présence de l'archiduc avait rencontré partout les plus vives sympathies; c on allait, dit un chroniqueur, à belles processions au-devant de lui. » On comprend combien ces dis|)ositioiis des habitants durent rendre à Maximilien le succès facile : en eflel, il lui sufTit de quel(|ues jours pour reprendre aux Français les places de Faucogney, Noroy, Rougen)ont, Amance, ^lontmartin, Vesoul, enlin tout le bailliage d'Amont, â l'exception de Cray cependant, où la garnison royale se défendit avec vigueur et resL'i maîtresse de la ville.
Dans le bailliage d'Aval, on ne se prononçait pas avec moins d'ardeur en faveur de Maximilien. Salins lit api)el à toutes ses forces et allait s'illustrer par une glorieuse victoire. Arbois, conservant toujours ses ressentiments contre les Français, s*empressa de chasser la garnison et reçut dans ses murs une compagnie de soldats allemands, afin de mieux assurer h résistance en cas d'attaque. A Poligny, les bou^ geois levèrent également l'étendard de la révolte; mais moins heureux queleor» couiiKitriotes des villes voisines, ils échouèrent dans leur mouvement. Il en fut de même à Dôle. Celte valeureuse cité commençait alors à sortir de ses ruines, grice au dévouement de ceux de ses habitants que la fuite avait fait échapper à la mort en 147!), et qui, ne pouvant oublier leur pairie, y étaient rentrés pour s'établir au milieu des décombres. Tant qu'avait vécu le rancuneux Louis XI, ces malheureux s'étiiient condamnés à ne piis quitter les c;ives et les souterrains qui leur senaieat d'asile ; mais, après In mort de ce prince, ils avaient proOté des bienveillantes disposillons du roi Ch;irles V III à l'égard de la Franche-Comté, pour commencer à bâtir quelques njaisons dans le quartier de l'ancien palais de Frédéric-Barberousse. Ils s'ét^iient mis h l'œuvre avec une ardeur si patrioli(|ue, que les constructions s'élevèrent rapidement : ce n'élaienl guère, il est vrai, que des masures, que de mesquines habilalions se rossonUmt de la pauvreté de ceux qui se dévouaient à cetli' œuvre; malgré cela ce|)endant, neuf années de travaux consécutifs avalent eu pour résultat de donner à la nouvelle ville un aspect sous lequel s'eiïacait de jour en jour l'image des ruines : une |)artie des remparLs avait été relevée; le nombre des maisons s'était accru dans une proportion rapide; et déjà la population se trouvait assez nombreuse, à l'époque de la guerre de Maximilien en Franche-Comté, pour que hs
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holois, toujours coura^^ciix, toujours prêts h défendre la cause nationale, essayassent i\e chasser la garnison Traneaise qu*on avait replacée dans leurs murs : inalheureii* Manient la fortune ne servit pas leur dévouement; mais ils devaient bientôt prendre leur revanche.
Maximilien, poursuivant le cours de ses succès, s*était présenté devant Besançon, el la ville impériale n'avait pu refuser d'ouvrir ses portes au roi des Romains : Mjximilien portait depuis plusieurs années ce titre, qu'il n'avait obtenu qu'après bien des efforts; son élection remontait au 16 février 1486. Le ii décembre 1492, k' roi des Romains, accompapé de deux mille chevaux, fit son entrée à Besançon : k's g«>uverneurs le reçurent avec pom|)e et lui donnèrent pour logement le palais de l'arclievéché. Durant les quelques jours qu'il s'arrêta dans cette ville, il en confirma les franchises et privilèges; ce qm' nous remet en mémoire que, vers le commencement de la même année il avait renoncé, moyennant une somme de dix mille six cents livres, au bénéfice de ce fameux traité d'ajtsociation, dont nous avons parlé pn'wlemment. On se le rappelle, c'est avec Thiébaut de NeufchîUel, maréchal do Bourgogne sous le duc Philippe le Bon, que les notables avaient conclu en 1451 ce traiti^ qui portait aux libertés de la ville impériale un coup si funeste. Dès le tem|is df Philippe le Bon, les notables en avaient demandé l'abrogation à ce prince; mais iM)ilip|)e n'avait pas voulu la leur accorder. Après sa mort, ils s'adressèrent h son fils Charles le Téméraire, lequel k son tour avait refusé de faire droit i leurs réflimations. Plus tant , les notal)les curent recours à la princesse Marie : celles! ayant soumis la question aux magistrats des bailliages d'Amont et de Ddie, ces derniers entendirent sous le sceau du serment vingt-sept évéques, abbés, chanoines, gentilshommes, qui tous attestèrent la violence du duc Philippe. Mais stn*\int la mort imprévue de Marie; et raffaire en resta là. Plusieurs années s'écoulèrent encore av:int que la cité pût s'afTranchir du traité d'association : ce ne fut que le 14 février I WH qu'elle en olitint l'annulation de Maximilien et de son fils l'archkluc Philippe, en leur payant une somme de dix mille six cents livres. Ceux-ci, toutefois, s'étaient n^né le droit, pendant l'espace de vingt-cinq ans, et moyennant la restitution des dix mille six cents livres, de faire revivre le traité; ce qui eut lieu dans un certain si'us ; car, le ^ juin 1504, les Bisontins concltirent avec l'archiduc Philippe un nouveau u^ité de gardienneté qui devait durer autant que bi vie de ce prince et celle de sou fils aîné. Ce fils était un enfant du nom de Charies : nous le retrouverons plus l:ird; mais alors il s'appellera Charles-Quint.
La rapidité des succès de Maximilien avait fait comprendre à Jean de Baudricourt, le j^oiivemenr de la Franche-Comté au nom du roi de France, tout le péril de la situation. Baudricourt, qui commandait la place de Salins, ne disposait que de forces [leu nombreuses; cl, dans l'impossibilité de résister k l'armée ennemie, il avait pris le parti de se retirer à Poligny, laissant au capitaine normand Henri de Hailk>t, homme d'intelligence et de courage, la défense du vieux ch;Ueau de Bracon. Sur ces entrefaites, Philip|)e de Loite, s«'igneur d'Aresches, h la ti-te d'une com|iagnie fhmccomtoise renforcée d'auxiliaires allemands, se présenta devant Salins, qui le reçut à bras ouverts. UneUpies jours après, le 24 décembre 1492, Maximilien arrivait dans cette ville, en n*metlail le commandement h Philippe de Ix)ite, et sans perdre de
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temps il courait demander du renrort h son allie ic comte de Ferrelle, qui lui fournil un corps de cinq cents lansquenets et de rartillerie.
De son côté, Jean de Baudricourl s'occupait de rassembler à Poligny les détachements éparpilles dans les forteresses voisines, et en formait une année qu'il avait bientôt vue s*élever h sept ou huit mille hommes. La tactique de Baudricourl ne manquait pas d*habileté : ce que voulait faire le gouverneur, c'était de secourir le fort de Bracon et de rentrer dans Salins avant Tarrivée des lansquenets ferrettois; et, lorsque ceux-ci se présenteraient, il se trouverait eu mesure de leur répondre. Mais les Ferrettois étaient en route : s'ils n'apparaissaient point encore, c'est qu'ils avaient pris leur chemin k travers les montagnes, par des sentiers difficiles et couverts de broussailles, afin d'éviter la rencontre des soldats français. Pendant ce temps-là, Philippe de Loite ne restait pas inactif. Averti que Baudricourl allait se mettre en mouvement avec toutes ses forces, il sort de Salins à la tête de ses compagnies et des bourgeois de la ville, devance l'arrivée des Français, ce qui lui donne le temps de choisir ses positions et de ranger ses troupes sur les deux cAtés d'un chemin long, étroit, couvert de halliers, qui se trouvait entre Dournou et Sainte- Anne, et par lequel l'ennemi devait passer; puis, ces dispositions prises, il attend. Les Français, qui ne se méfiaient de rien, s'avancent en colonnes : c cstans donc arrivés, dit Collut, et cstans entrés dedans ce long chemin, ils se treuvèrent subitement chatouillés par les flancs et arrêtés en tête ; de telle sorte que leur cavalerie, qui marchoit la première, ne pouvoit advancer ny passer outre, et ne pouvoit retorner bride, parce que du dedans des halliers et buissons pleuvoit une grêle de flèches tant épaisse, et qui ne donnoit autre part sinon au ventre des chevaux, que tout le chemin se ireuvat en un instant jonché de corps de chevaux et de homes d'armes péle-mélés ensemble. Toutefois le reste de la cavalerie, qui n'étoit encore CDgaigêo en ces fourches caudines, voulut contorner \m\v venir enfoncer ceux qui fesoieol cette roussiade tint sanglante; > mais en ce moment arrivaient les lansquenets du comte de Ferrette, sous la conduite de Frédéric Capler, gentilhomme de la haute Alsace : ils déploient leur artillerie, et en un clin d'oeil ils balayent ce qui restait de l'armée de Baudricourt, lequel s'enfuit < laissant les victorieux plus chargés de malédictions que de plaies, et leur quittant le chemin libre jnsques à Salins. > Les Comtois, par excès de prudence, passèrent la nuit sur le champ de bataille; ils rentrèrent le lendemain triomphalement dans la ville, avec les cinq cents laosquenote et les canons du comte de Ferrette.
Cette glorieuse affaire avait eu lieu le 17 janvier 1493 : on ne l'appela plus que la journée de Dounton, et le peuple salinois rendit grâces à Dieu de cette victoire en l'inaugurant par une manifestation solennelle. Il faut dire que, le jour même où Philippe de Loite était sorti de Salins à la tête de ses compagnies, les uiagisinu avaient porté les clefs de la ville sur les reliques de saint Analoile, et qu'ils avaient fait vœu, si leurs concitoyens revenaient vainqueurs, d'instituer une procession solennelle que Ton célébrerait chaque année à pareille époque, en témoignage de reconnaiss;nice. Cet usagt' fut depuis lors religieusement maintenu jusqu'à la cod<|ucI(; de la province par Louis XIV. Quant aux vainqueurs de Dournon, ils s'étaient oocih |)és, aussitôt après la défaite do Baudricourt, de compléter leur triomphe, c'esl-à-
rRANCHE-œUTI-; ALLUIANDK. 4Û9
«tire fie re|>reD(lre Bracon, où les Français paraissaient disposi^s à se défendre vigoureiisiMuent. Le siège du fort commença donc : les gens du roi se mainlinreut avec succt*s dans leur |K)sition; et les opérations du siège menaçaient de traîner en ion- (Tueur, lors(|u'un jour le capitaine Henri de Maillot, se promenant à cheval devant ks |K>rtes de la forteresse, fut atteint mortellement à la télé par Tarquebuse d*un ^lourgeois de Salins. Cet événement décida les Français ii se retirer, et le 8 février ils évacuèrent le château.
1^ nouvelle de la bataille de Doumon avait excité par toute la Franclie-Conilé de (rrands transports de joie. A Dôle, les habitants ue Teurenlpas plutôt apprise, qu*ils SI* soulevèrent de nouveau, se jetèrent sur la garnison française, et, Payant chassée de leurs murs, ils relevèrent les armes de Bourgogne. Plusieurs autres places suivirent le courageux exemple des Dolois ; ce qui lit espérer à Maximilien que bientAi mut le pays serait replacé sous son obéissance.
\ji victoire de Doumon est la plus belle page de Thistoire militaire de Salins : la peinture, la religion, la poésie, le théâtre Tout célébrée tour â tour; mais, tout en reconnaissant que Thonneur de cette journée revient aux braves Salinois, il ne serait |as juste de passer sous silence la part glorieuse qu*y prirent les habitants d'une viUe voisine, les Arboisiens : c ils y firent tel devoir, rapporte un vieil annaliste ', qu'on leur donna sei)t journaux de terre au lieu même où fut livrée la bataille; récompense bien que [letite, toutefois très-honorable, et semblable à celle (|u'on donnait aux premiers Romains. » Maximilien, de son côté, sut tenir compte aux Arboisiens de leur patriotisme : autant |)our les récompenser de leur conduite pendant la guerre, que |M»ur le.s indenmiser des dommages qu'ils avaient ressentis de la part des auxiliaires .'illemands en garnison dans leur ville, le prince autrichien leur fit deux concessions remarquables : la première portait institution d*une mairie avec justice civile et do |M)lice; la seconde aiïranchissait les vins du territoire arboisien de toutes gabelles, ilroiis de lonlieu et autres dans retendue de la Franche-Comté.
Charles Vlll, en apprenant comment les choses se passaient dans cette province, lit demander la paix. Il eût pu sans doute ne |)as abandonner ainsi la \u\Ti\e au premier iVtiec; MKiis il avait hâte d'en linirde ce côté pour donner un libre essor aux \;i>les projeLs (|ue son iuuginalion nourrissait depuis quelque temps. La tête pleine •il- leehires romanesques, le jeune roi, qui se croyait un nouveau Charlemagne, cLiil iuqMtienl de se livrer tout entier ù sa passion d'aventures lointaines et d'ex|>édilions héroï<|iies, car il ne songeait rien moins alors (ju'à con(|uérir l'Italie, puis Consbniitiople, puis Jérusalem ! \ qui rêvait une épopée si magnifique, un coin de terre romme la Fnnthe-Comié importait bien peu. Charies VIII s'empressii doncdecon- (iure la p.iix : elle fut signée le :23 mai I 493, à Senlis. Parce traité, le roi rendait à M.ixîuiilien, et sa fille Marp;uerite que l'on gardait encore à la cour de France, et la dot lit' l:i jeune priiieesM», c'esl-à-<lire la Franche-Comté et l'Artois. In autre homme que Charles VIII n'eut jamais consenti à laisser ainsi détacher de s;i comcmne ces deux ÏH'MW lleurons : pom les jijanler, il eiU fait du mariage de Marguerite avec quelqire
« J<>an nonlfm|>«, auteur d'une relation intitulée: Ditcotn sommaire el vérilabh d§ la ri7/f il'Jrboii. ei(. Jean ltonlrn<|«i. né à Aibois, et nvocal fi^^cal au bailliage de rrlie ville, éUit ud Mvaiil i1><leiir r» druiU.
prince français une condition absolue delà paix, ou bien il eût inséré dans le traité quelque réserve de ce genre; mais il n*en fut rien : Cbarles VIII avait rimagination pleine de ses conquêtes en Orient, et il laiss<) partir Marguerite, emportant avec elle les deux provinces.
La Franche-Comté se trouvait pour la troisième fois séparée du duché de Bourgogne. Rendue à la maison d*Autriche par le traité de Senlis, on va la voir changer de maîtres et continuer son existence isolée. C*est en elle dorénavant que se |>ersonnifiera le génie de la vieille nationalité bourguignonne, c'est elle qui s'en montrera la dernière expression ; et lorsque viendra le jour où la logique de Thistoire aura marqué sa place dans le grand cycle de la France, elle gardera longtemps encore sa physionomie originale, son vieil esprit traditionnel. Nous venons de la laisser à la tin d'une lutte courageuse, et qui ne devait pas être la dernière : aussi jalouse de ses libertés que dévouée à ses princes, la Franche-Comté, « plus grande en sa réputation qu'en son étendue, » comme a dit un historien, ne reculera devant aucun sacrifice pour rester digne et de son antique renom et de l'estime de ses souverains; elle va se soutenir pendant deux siècles avant de trouver son maitre : encore faudra-t-il, pour la dompter, que la forte épée de la France vienne h trois reprises s'abattre sur elle, et les honmies qui la tiendront cette épée, s'appelleront Henri IV, Richelieu, Louis XIV.