‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 32 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I*hili|ipc le Ikau, archiduc d'Aulriche el corole de Bourirogne.— Privilèges accordén par l'emperear Ma&imilien. — Mariage de Philippe le Beau. — Passage de la Pranche-Comlé sooa la maison d*Esl»agnf — (^uveroemeot de Philippe le Beau. — Ses YÎsites en Francbe-Gomlé. — Olifier de li Marche. — Mort de Philippe le Beau. — Son fils Charles. — La eomtesse Margaerile; ses isforlunes; son caractère; son gouvernement. — La noblesse el la bourgeoisie. — Le président Gnaiinar^. «on attitude; son énergie. — Démission du président Guatinare; trait de son caractère. — Ntn |ia%iage en Piémont. — Guatinare, grand-chancelier de Flandre. - Le pact$ de neittraliti.

— I^A SuiAses en Franche-Comté. — Luther et Munier. — Les paysans allemands. — Guillaume Farel à Montbéliard. — La jacquerie frane-romtoise. — Noble conduite de Guatinare; sa mort —

— Philibert de Chalon, prince d'Orange; son éducation.— Tournoi de Nozeroy. — Philibert i li cour de France. — Philibert auprès de l'empereur Charles-Quint. — Prise et captivité de Philibert ; deuil cil Franche-Comlè. — PliiliLcrt en Italie. — Le connétable de Hourbon. — Prise de llome |tar les lm|iériaux. — Pliilibcrt généralissime. — Siège de Naples. — I*hilibert devant Florence.

— Sa mort; magnincence de ses funérailles. — Philiberte de Luxembourg. — Mort de lacomtcfi>e Marguerite. — L'cgiisc de Hrou.

L.I guerre de 1 i9i ir;ivait fuil (|tr;iggraver Tétai de la Franclic-Coiuté, encore /otite iiieiirtrie de la cruelle invasion de 1 47$). Cette province avait besoin, |K)ur cicatriS4*r >es blessures, de deux choses : d'un long re|>os et «Kune bonne administration. Kiie ;illait avoir l'un et l'antre, grâce à la |>olitlqiie intelligente d*une femme, de (Ttit* inêine Marguerite que nous venons de voir rendtie à son |)ère Maximilien |»ar le ir.iiié (le Senlis, et (juo nous retrouverons bientôt, consacrant au gouverneinenl «li'-i pays coiili 'S à ses soins li^s heureuses qualités (pi'elle eût portées sur le trône i\r I rance.

On se souvient qu'aux termes du traité d'Arras la dot de Marguerite devait être I iverNiblo à son Irêre iMiilippe, en cas de non-exécution du mariage de celte prin- (••ssi^ avi'c le roi de France Charles MIL (a; fut donc à IMiilippe qu'échut la |>osv'Nsion (le la Franclie-Coinlé ; mais la jeunesse de ce prince, à |>cine âgé de quatorze ans alors, ne lui |N'ru)Ottant pas de prendre en main la direction des afTaircs, Mifi (N'H* .Maximilien se chargea de gonvenier en son nom. .Maximilien sut se moninr rcconnai.ssant envers les Comtois de l'ardeur avec laquelle ils avaient défcmlu

4li FRANCHE -COMTÉ ANCIENNK KT MODKRNK.

sa oause : il les aida de sa bienveillance et de ses secours h relever les ruines de leur patrie; il fit à plusieurs villes des concessions importantes ou leur accorda des privil<^ges pour les indemniser des pertes de la guerre : Arbois, comme on Ta vu, obtint de ce prince une mairie avec justice, et raiïranchissement de ses vins; D6le obtint de lui que le siège du parlement serait fixé dans cette ville, et Tarchiduc Philippe son fils confirma cette faveur par des lettres patentes du mois d'août 1502; Gray fut doté par Maximilien d'une mairie, avec haute, moyenne et basse justice; Vesoul, siège du bailliage d*Amont, vit aussi étendre ses privilèges et rétablir ses murs et fortifications. La Franche-Comté, en un mot, eut à se louer de Maximilien: elle trouva en lui ce que Ton rencontre trop rarement chez les gouvernants, la reconnaissance des services rendus; et les Comtois durent regretter qu'il n'eût pas été loisible à ce prince de s'occuper davantage de leur pays : mais Maximilien avait à se partager entre des intérêts d'une bien plus haute importance. Revêtu de la pourpre impériale depuis la mort de son père Frédéric III, arrivée le 30 août 1493, il s'efforçait de lutter contre l'ordre de choses établi en Allemape, c'est-ànlire contre le vieux fédéralisme féodal qui là se maintenait encore dans toute sa vigueur et réduisait les empereurs à n'avoir qu'une puissance fictive, une autorité sans base, sans action, sans force. D'autre part, le nouvel empereur travaillait activement i sceller l'alliance de la maison d'Autriche avec la maison d'Espagne, par un double mariage qui, s'il se réalisait, devait assurer à ses enfants Philippe et Marguerite une position magnifique : Maximilien voulait amener Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, et sa femme Isabelle, reine de Castille, h marier l'infante Jeanne leur Glle avec rarchiduc Phihp|>e, et l'infant Juan leur fils avec l'archiduchesse Marguerite. L'empereur, après bien des efforts, avait vu ce grand projet réussir : un jour de l'anoce 1496, des vaisseaux étrangers parurent devant Anvers; c'était une flotte espagnole qui venait chercher l'archiduchesse Marguerite, la fiancée de l'héritier des Espagnes, en même tem|)s qu'elle amenait l'infante Jeanne, la fiancée de l'archiduc Philippe. Par le mariage de Philippe avec l'infante, la Franche-Comté se trouva rattachée à la branche que la maison d'Autriche venait de greffer sur la maison d'Espagne: cette province sortit de la mouvance de l'Empire, pour devenir un fief espagnol gouverné par des archiducs du Brabant, et Philippe allait être le dernier comte palatio de Bourgogne. On manque de documents pour indiquer d'une manière précise b date à laquelle le jeune archiduc prit en main le gouvernement de ses Etats; nub en ce qui touche la Franche-Comté, le premier acte que l'on connaisse de ce princf est du mois d'août 1 ii)5 : par cet acte, signé à Bruxelles, il donnait plein pouvoir au prince d'Orange de recevoir en son nom riiouunagc des vassaux de la Comb% Deux ans plus tard, on voit Philippe intervenir dans une question concernant les Saliuois. Jusqu'alors la ville de Salins éUiit restée partagée en deux bourgs, Bourg- Dessus et Bourg-Dessous, qui s'administraient chacun d'après ses règlements particuliers, l'iic sorte (le rivalité, née de cet éUit de choses, avait à plusieurs reprises amené de sanglantes collisions; lorsque les Salinois, mieux éclairés sur leurs vérit;d)les iiilércls, résolurent de mettre un terme à ces confiits, et dans ce but ils s'adressèrent à l'arcliiduc pour lui demander la réunion des deux l)0urgs en une seule commune; ce (|iie Pliiiippe leur accorda par une charte du mois de se|)tembrt 1497.

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A veiic ikilc, l^iilippe n*avait pas encore fail sa prise de possession oflicielle de la Krandie-CoiDt^; elle n'ait lieu qu'en juin H99, et les commissaires désignés pour f'Hte solennité furent le prince d'Orange, gouverneur de la province ; Guillaume de V.T^, maréchal de Bourgogne; Jacques Gondran, président du pariementde Dôle; «iirard Haine, conseiller et maître des reqnôtes; Hugues Oudcrne, secrélairc de rarchidtic.

l/histoire nous apprend que Philippe, surnommé le Beau, était un jeune homme (loué de brillantes qualités, et que les populations soumises à son obéissance avaient (MMir lui la plus vive sympathie. I/Cs Franc-Comtois lui |)ortaient une aiïeclion toute (Kirticulière ; ils ne le connurent jamais ceiicndant (pie d'une manière bien im- |mrf;ijte et ne le virent que deux fois durant son règne : la première fois, c'était en iriiKi. Philippe, arrivé dans la Franche-Comté vers la lin de juin, s'arrêta d*abord h 1.1 Cliaux en Montagne, chez Charies de Poupet, son premier sonunelier de corps ; ensuite il vint séjourner quelque temps au cliAleau de Vers, où Philiberte de |ji\eml>ourg, veuve du prince d'Orange, le traita d'une manière royale. Du château tW Vers il se rendit à Salins, qui lui ht une l>elle réception. Après un très-court séjour en cette ville, il prit la route de Dôle, dont les habitants déployèrent, pour le recevoir, toutes leurs ressources : les autorités munici|Miles s'étaient concertées avec les uiembres du parlement et de l'université i)Our ménager au prince une enin'Hî aussi pompeuse que le permeltaient les circonslances. Le pariement vint le saluer à cheval et en robes rouges au collège de Saint-Ji'rôme, où l'on avait préféré son logement. Philippe, durant son séjour dans la capitale de la (lomté, pré- >u\a les étals de la province. De Dôle il se dirigea sur Gray, et sa présence en cette \ill«* y fut ujarquœ par In confirmation de la mairie et des droits de justice que son fwTe .ivail acconlés aux Graylois en l'année 4494, L'archiduc pass;i de Gray à Viller- >e\el, puis de Villersexel à Héricourt, et, s'élant reposé quelques jours en cotte deniière ville, il gagna la haute Alsace.

DtMix ans avant cette visite de I^hilippe le fîeau en Franche-Comté, la province .<vait appris la mort d'un de ses plus illustres enfants : c'était Olivier de la Marche, « hevalirr distingué et chronicpieur remarquable. Olivier n'avait pas reçu le jour à Pnntarlier, connue le disent plusieurs auteurs : siMdement, son père Pliilip|>e de la Mirciie avant été nouuné en 1434 counnandant du chàleau de Joux, il amena son liN a\iM- lui. Olivier était alors un enfant de huit h neuf ans. Son \m'o le plaça chez liii ;,'euiilliomnie de Pontariicr, Pierre de Saint-Mauris, dont les lils et les neveux fréqucnlaienl l'école publi()ue, et le jeune Olivier y fut envoyé avec eux. Il demeura M(i(| ans a Ponlarlier, d'où il sortit pour entrer dans les pages dt- Pliilip|)e le Bon : il «Itvinl siKYessiseuient maître d'hôtel sous le duc Philippe, capitaine des gardes, h.j lli d'Aval ri niailre d'iiôlol sous Charles le Téméraire, sous Maximilien et .sous IMiilipp*^ II' Itran. Olivier élail un chevalier aussi brave que mode.sie, un écrivain .m^Nj plein (le naliinl (pic sincère. Il a laissé plusieurs ouvrages estimés, entre au- II is M s .Ménioiios liislori(inrs : ils connnentent à Tannée 1434, et concernent parti- I (ilhTcuieiit la maison de Bourgogne, dont Olivier avait pu sui\re la splendeur, le •l.riin el la rliiKe. (le célèbre Franc-Comtois mounit à Bnixelles. le ••' février 4f504, rhnr^e d'ans et laissant un beau nom.

iU FUANCIIE - COMTÉ ANCIENNK KT MODERNE.

Dans rété de 150i, Philippe le Beau revint en Franehe-Conilé. On le reçut partout iivec (le. vives démonstrations de joie ; en plusieurs villes on lui donna des fêtes. A Salins noLimment, qui savait toujours se distinguer par son esprit d'innovation, on joua devant le prince une pièce de théâtre où ne fijçurèrcnt pas moins de (|uarante-huit personnages. Elle avait pour titre : le Pèlerin de la vie humaine. C'était une de ces pièces dans le goût du temps, et que Ton appelait des moralité*.

l*hilippe ne quitta pas la Franchc-Comlé sans lui laisser des preuves de son allachement; mais il ne devait pas revoir celte province. \\\ moment de repasser d'Espagne en Flandre, il fut pris à Burgos d'une pleurésie (jui lit de rapides progrès el Teniporla le ^ septembre 150G. Il avait à peine vingt-huit ans. Sa femme, qui Taimait passionnément, devint folle de la douleur de c^^tte mort ; elle ne put jamais recouvrer la raison, et Thistoire ne connaît plus cette malheureuse princesse que sous le nom de Jeanne la Folle.

L'héritier direct de Philippe le Beau était un enfant de cinq ans, qui s*ap|R*lait Charles : laissons-le grandir cet enfant, car il porte avec lui de hautes destinées; attendons (|ue l'Age l'ait fait homme, et son ambition ne se contentera |)as d'avoir à gouverner les quelipies provinces léguées par son père; il aspirera, comme Charlemagne, à gouverner le monde. Cet enfant devait être Charles-Quint. Il était né i (>and, le i2i février de l'an 1500. Le testament de son |>ère lui désignait pour tuteur le roi de France Louis XII, et celui-ci chargea l'archevêque de Besancon, iean de Vergy, de l'éducation du petit Charles. L'empereur Maximilien, aïeul du jeune archiduc, eut la régence de ses États; mais Maximilien, tout occupé de ses guerres en Italie, a])andonna l'administration des Pays-Bas à sa fille Marguerite, et par des lettres patentes du 17 février 1508 il lui céda la jouissance viagère de la Franche-Comté. Marguerite entrait dans la vingt-huitième année de son Age, au moment où son jtcre lui remettait la direction des affaires. Toute jeune qu'était encore cette princesse, elle avait éprouvé bien cruellement déjà l'instabilité des choses humaines : flancéeà trois ans à Charles VIII, elle s'était vue répudiée à treize. Remariée à dix-huit ansà l'infant des Espagnes, elle s'embar(|ue pour aller trouver son époux; mais elle court un si grand péril dans la traversée, qu'elle manque de périr et fait au plus fort de la tempête son é|)iUq)he en ces mots :

Ci-|(it Margot , la gente damoisclle , Qu'eut deux maris et ci mourut pucelle.

Au bout de six mois de mariage, l'infant des Espagnes meurt. Après un vcuvaj;e de (|uatre ans, Marguerite se remarie en troisièmes noc^s à I^hilibert le Beau, duc de Savoie ■ ; elle s'attache de la passion la plus vive A ce nouvel époux, mais elle

* M. Pallu nous apprend, dans une brochure qinl vient de publier tout récemment (février 18^1 )t M>us le titre d'L'iM maison historique à Ddle^ que le maria|re par procuration entre Marguerite et Philippe le Ucau se lU en Thôlel Vurry à Dôle. Voici comment M. Pallu rapporte ce fait, d'après M. Le Glay, auteur d'une Notice sur Marguerite d'Autriche^ gouvernante des Pays-Bag :

« Sur la fin d'octobre ou de noYembie l'Oi, eut lieu dans Thôtel Vurry le mariage par procaittion entre Philippe le Beau, duc de Savoie, et Marguerite d'Autriche, flile de rempereur Maiioûlien ^^ René, bâtard de Savoie, était chargé d'épouser la princesse au nom de ioo frère utarci.:

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le |)erd l:i qiiairiëiiic aniK^e de son mariage; et deux ans plus tard, elle voit mourir à la fleur de IMge son frère IMiili|)|)e le Beau, qu'elle aimait d*une aiïeclion sans huiitâ*. Il fallail une âme forte et courageuse comme celle de Marguerite pour résisiiT à (vs cruels coups du sort; mais le malheur, au lieu de briser cette Ame, la retrt*in|»a : cherchant dès lors dans le noble domaine des choses intellectuelles une diMraclion aux souvenirs de son cœur, et dans le mouvement de la politique un alinicni aux Itesoins de son esprit, Marguerite se livra tour a tour, ou plutôt elle se con.s;iiTa tout à la fois h la diplomatie, à radmiuislration des affaires, aux lettres, aux art*;, à la science. Klle déploya dans la régence des pavs conHés h ses soins, dans M's rap|K)rL< avec les gouvernés et dans ses relations avec les cours étrangères, une intelligence consommée, une habileté qui fut presque du génie : en même iiMufis elh* ap|M'lait autour (i*elle les peintres, les sculpteurs, les architectes, les musiciens, les |ioétes, les littérateurs, les savants; et, les encourageant de ses lil>éraliti*s, les inspirant de son goût, elle ouvrit à plusieurs d'entre eux le chemin de la fortune et i\e la célébrité. Mais ce n'est pas h ces nobles préoccupations pour les Niii»nres et les arts que s'arrôLi Marguerite ; ce n'est pas là qu'elle laissa la plus ftirti' empreinte de sa grande âme. L'amour qui survécut dans son cœur à la perte d'un é|)oux bien-aimé devait léguer aux siècles un chef-il'œuvre : nous voulons parler <le cette merveille des merveilles tpii s'appelle l'église de Brou, et dont le iK>m reviendra plus loin sous notre plume.

Marguerite, ayant à gouverner à la fois les Pays-Bas et la Franche-Comté, ne |Muiv;iit exercer une égale surveillance sur toutes ces provinces, sur la Franche- CfMulé particulièrement, qui se trouvait trop éloignée d'elle; Marguerite était obligéi' de résider constamment dans les l*ays-Ii;is, à cause de l'esprit inquiet et niiiuaiit ties populations. Or, cette princesse alîectionnait les Comtois, et |K)ur Tattacheuient qu'ils montraient à leurs souverains, et pour les services qu'ils avaient ren<lus à renq>ereur Maximilien son père. 1^ reconnaissance lui faisant un devoir de \eiller aux intérêts de ce peuple, elle regretta de ne pouvoir s'en occu|)er aussi direetemeiil qu'elle l'eût désiré, mais elle voulut du moins lui donner une haute iiiirqm* de son estime, celle de lui confier le soin de se gouverner lui-même. C'est et- «itt'elle lit : par des lettres patentes du mois de juillet 1510, elle autorisa CuilhiiiiM* de Vergy, maréchal de Bourgogne, et le parlement de Dôle à preiulre ni tnmmun le inniveniement de lu province. Ce droit que Marguerite donnait au parleineiit d'administrer les affaires du pays était une chose immense; la lK)urgeoisie r( la nobless<' le eom|)rirent bien, mais leur impression fut loin d'être la même : la iMnirgeoisie en frémit de joie, la noblesse de colère. Quoi! le parlement, cette assemb!«e de robins, viendrait s'immiscer dans des questions de gouveniement, de poli-

il uffrit à t.i t'iancée un cœur de diatiianU. .surmonlé d'une loarj^uerite très-ricJie. \ tt (iréMal, il ;ijouu uiir miilure ou reluiraient vin';t-»ix brillants, dix grandes escarboucles etdei narfueritet um% uotiibrr. Quand >in( le 5(oir. Wtnh de Savoie, suivant l'uiu^e des princes, se |>laçj laul armé Mr \t lit de )l.<r^tieriie. en prê>ence des seigneurs et des dames de la cour. Au bout de quctqtte* iasUaU, il a«*^rend du lit. !»'e\cu<iant d'avoir inierruui|Mi le sommeil de madame, et requiert un baiser ^«ir ^011 taUiie \.f bji^er lui e>t arronlé. l.e bâtard, lrans|M>rlé. s« jelte à i^cooux et jure «l'être à jaoïaû iuii lu^rfl serviteur Marj;ueriie le fait lever, lui souhaite une bonne nuit, non aaiu lui «irrir mn bnlljnt dr grand prix, cnrhâss^é dans un anneau d'or. •

il6 l HANCHE -COMTh' ANCIENNE ET MODERNE.

tique, de guerre, de rorlincations! Quoi! des plébéiens sans naissance se verraieot assimilés à d'illustres et puissants seigneurs, à des chevaliers bannerets, à des grands barons, à des élus de la Toison d*Or ! Quoi ! l'on serait le Tds d'un artisan, d'un uu^tayer ou d'un vigneron, Ton s'appellerait de noms comme ceux-ci, Guy David, Jean Prevot, Désiré Vieux, Pierre Jaillon, Etienne Moine, Jean Guillet, Jacques Buflbt, Jean Cer\in, Claude Louis, Jean Laurent, Louis Mongeot, Pierre Favre, et l'on serait placé au rang des Crammont, des Costebrune, des Tavannes, des Arlay, des Andelot, des Chauvirev, des Montaigu, des Oiselay, des Rochefort, des Vaudrey, des Toulongeon, des Villars, des l'Aubépin ; au rang des riches de Chalon, des nobles de Vienne, des preux de Vergy, des fkrs de NeufcliAtel, des botu baroiin de Beaurremonl! Non, cela ne pouvait pas être. Pour ces superi)es personnages, c'eût été ravaler le blason au niveau de l'écritoire que de s'associer Ix ces roturiers du parlement ; c'eût été déroger que d*acccpter le concours de ces viles gens sortis du peuple. Aussi parlaient-ils avec le mépris le moins déguisé des membres de Li cour; ils citaient en raillant le nom des villages et des bourgs qui les avaient vus naître ; ils dressaient leur généalogie pour en faire un objet de risée. Mais l'aristocratie avait beau se donner libre carrière : ses orgueilleux dédains et ses railleries insultantes ne devaient pas plus arrêter les parlementaires, que sa colère et ses menaces ne les avaient jadis intimidés. Il y parut bien lorsque Guillaume de Vergy, cbef de la noblesse, refusa de partager avec eux l'autorité, et que, sans tenir compte des ordres de Marguerite, il se mit h juger lui-même les procès. A cette époque, le parlement avait à sa tête un des bomuies les plus énei^iques et les plus indépendants que la magistrature eût produits : c'était Mercurin de Guatinare, descendant d'une famille originaire d'Arbois, mais né dans le Piémont, où ses aîeui avaient jadis suivi l'empereur Frédéric-Rarberousse. Il avait commencé par professer le droit h l'université de Dôle, où ses leçons brillantes attiraient la foule; puis il s'était élevé tout h coup h la présidence du parlement. Magistrat d'un caractère antique, d'une éf|uité sévère, d'une rigueur inflexible sur les principes, il reudait la justice sans passion, sans intérêt, surtout sans acception de personnes : le prestige d'un grand non) n'ayant rien qui pût l'éblouir, du haut de sa chaise curule il ne distinguait ni plébéiens ni patriciens, et pour lui, les lois étaient un niveau sous le(|uel devaient se courber toutes les têtes. Aussi, dans la position où se trouvait h* parlement par suite des résistances de la noblesse, le président Mercurin de Guatinare sut-il comprendre la gravité de son rôle et le remplir avec une fermeté courageuse. Il s'attendait bien à voir se déchaîner contre lui des haines vigoureuses, d'implacables ressentiments ; mais que lui importait : son devoir, sa réputalioo, l'honneur du corps qu'il représentait, et dont l'indépendance se trouvait engagée dans la question, tout lui commandait d'agir en magistrat digne de son rang; et puisqu'on le provo(iuait à la lutte, il se promit de la soutenir jusqu'au bout, dût-il y succomber. Ce fut sur le plus hautain et le plus puissant de tous ces grands seigneurs, sur Guillaume de Vergy, maréchal de Bourgogne et gouverneur de la province, que Guatinare frappa le premier coup. Le maréchal, au mépris des lettres de la comtesse Marguerite, ne consultait en rien le pariement, empiétait sur ses attributions et (ravaillait ostensil)lemenl, par ses actes et ses personnalités outrageantes, à

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lo miner dans ropinion publique. Guatinare rappelle à Guillaume de Vergy les droits de la cour souveraine, il annule les jugements rendus par lui et Foblige h parlager le pouvoir avec les parlementaires. Il ne s*arréte pas Ih. Le pays soufTrait beaucoup «k* la (url)ulence des grands, qui n'avaient pas encore perdu Thahitude des guerres privées : Guatinare ré|»rime leurs excès par des arrêts sévères, et trente mille livres d*an)end(^ prononcées contre eux dans Tespace de deux années viennent leur apprendre qu'il existait des lois au-dessus de leur audace. L'énergique conduite du pn^ident soulève parmi les nobles une initation violente; leur colère s'exlialc en cris de haine, lesquels se traduisent bientôt en une odieuse tentative. Il y avait, :i Cl* moment-là, des bandes d'aventuriers qui couraient la province : on les soudoie (Niur qu'ils enlèvent Guatinare. Hais le président échappe aux mains des brigands et Us fait arrêter eux-mêmes. I.,es ennemis de Guatinare essayent alors, envers lui, d'une amie plus redoutable que la pointe d'un Ter; c'est la calomnie. Ils le dénoncent à la comtesse Marguerite comme étant l'auteur des troubles qui remuaient lo pa>s; et même l'un d'eux, Guillaume de Verg\', va jusqu'à suborner une femme (lour lui faire déclarer que Guatinare et quelques autres parlementaires étaient pen- Nionu<'s secrètement |)ar le roi de France. Par bonheur, Marguerite connaissait le patriotisme et la loyauté de son président : le sachant inca|uible de tout ce dont on l'accusait, elle ferme l'oreille aux délations. Le courroux des patriciens était à son comble : dans leur dépit d'avoir échoué près de Marguerite, ils s'en prennent à la primvsse elle-même, ils conçoivent le projet de lui faire retirer la jouissance de la Kranche-Comté, et ils portent jusqu'au pied du trône de l'empereur Maximilien des nrlamations virulentes, des plaintes haineuses, où les membres du |>ariement étaient représentés sous les plus odieuses couleurs, (tuatinare relève le gant : il offre de se défendre en présence de l'empereur lui-même et demande que ses accusateurs soieut là pour entendre sa réponse : mais n'ayant obtenu que de les réfuter |iar tV!rit, il le fait dans un lang.tgc si noble et si vigoureux, que Maximilien lui donne gain de cause.

L'aristocratie éUiit vaincue; elle se retira du champ de baUille, mais en ajournani la reprisi» des armes. Ce fut en l'année loi7 que les hostilités recommencèrtiit, plus violentes, plus implacables que jamais; car cette fois la noblesse u'atta- .|uait |)his avec le dédain, la calomnie ou les récriminations, elle rouvrit la lutte par des cris de mort contre le pri^ident du parlement de Dole. Otte guerre d'amourpropre et lie caste à caste pouvait amener les plus graves complications : mais (Guatinare demeura impassible devant le dél)ordement de clameurs furieuses qui menaçaient ses jours; la gravité de la situation ne fit, au contraire, que grandir son énergie, et bravant l'orage en face, il se remit à frapper aviv plus de vigueur sur N*»s adversaires. La querelle prit bientôt un c^iraclère qui tint toute la province en a^ilaiioii. Du fond des Tays-Ris, la comtesse Marguerite s'inquiète; elle craint que la lemp^'ie soule\ée contre (iualinare ne linisse par reuqwrter, et dans sa sollicitude \t<nir le eounigi'ux président, elle le prie de donner sa démission. (lUatinare s y refuv. Li couilesse prie avec fdus d'instance, elle supplie presque; Guatinare refuM» encore. Alors elle destitue l'indexible magistrat. Mais, on le verra tout à l'heure, celle mesure n'avait (|ue les apparences de la disgnlce; elle n'était qu'une nouvelle

MH FRANCHE - COMTK; ANCIENNE ET MODERNE.

preuve de rcslime de Marguerite pour Tillustre président de Dôlc. En attendant, (iualinare devait étonner ses ennemis par un dernier trait de son grand canictèn». Vïï jour d'audience solennelle, il prend la parole, et dans une longue harangue il passe en revue sa vie de inngistrat, expose la conduite franche et loyale qu'il a tenue jusqu'alors, déclare qu'il a toujours rendu la justice sans prévention, sans partialité, tel que le lui prescrivait sa conscience d'honnête homme; et il termine son discours en annonçait que, redevenu siuiple citoyen, il va se retirer pendant quinze jours dans la ville pour attendre les accusations de ceux qui croiraient avoir à so plaindre de lui. iMais, avant de quitter son fauteuil, il appelle sur Tcstrade ses valets, se fait enlever par eux les ornements de sa charge, et, descendant ensuite ks degrés, il traverse l'enceinte du prétoire pour venir se placer derrière la terrière qui séparait le public des membres de la cour.

(lUatinare attendit quinze jours à Dôle les attaques dont il pourrait être l'objet; et lorsqu'il eut vu tout ce temps s'écouler sans qu'aucun accusateur se présentilt, il passa de Dôle à Besançon, où ses imrents, ses amis et ses partisans vinrent le recevoir à l'une des portes de la ville. O n'était pas à Besancon qu'il dc\'ail s'arr^ ter : il avait l'intention de regagner le Piémont, son pays natal ; mais ses amis voulurent l'escorter jusqu'à la frontière suisse, parce qu'ils craignaient pour lui quelque lAche dessein de la part de ses ennemis. On prétend, en efTet, qu'une troupe de nnsérables avait tramé le projet de l'assassiner dans les défilés des montagnes dn Jura, par où il devait passer, et qu'il leur échappa grAce à la protection de ceux qoi raccompagnaient, (juoi qu'il en soit, moins d'un an après la destitution dont Marguerite avait frappé Gualiuare, celui-ci sortait de la retraite qu'il s'était choisie, pour monter au poste le plus éminent de la hiérarchie judiciaire : en 1518, Farcfaiduc Charles, par les conseils de cette même Marguerite s:i tante, appelait Tex-président du parlement de la Franche-ConUé aux fonctions de grand-chancelier de Flandre. Cette nouvelle dignité plaçait Guatinare dans les meilleures conditions pour favoriser les hommes et les choses du ressort de la justice : il n'y manqua pas. I..e parlement dé Dôle eut une large part aux faveurs du nouveau chancelier : Gluitinare mit, à protéger cette illustre corporation, une bienveillance si constante, que l'on peut i juste titre le regarder, avec la comtesse Marguerite, comme le fondateur de la puissance parlementaire.

Avant d'aller plus loin dans la vie de ce glorieux magistrat, il importe de rappeler que si la cour souveraine de Dôle eut de la gratitude à lui témoigner, la Franche-Comté lui fut, h son tour, redevable d'un signalé service. Il faut dire que Guatinare, douloureusement afTecté des misères que les guerres avaient laissées dans b province, s'était toujours montré des plus ardents h conseiller les mesures qui mettraient le c paoure pays et comté de Bourgougne » h l'abri de nouvelles calamités; et lorsqu'on 1512 les commissaires du roi de France et ceux de l'empereur d'Allemagne s'étaient réunis à Saint-Jean-de-Losne pour conclure la neutralité des deux Bourgognes, la comtesse ]\[arguerite avait chargé Guatinare d'être l'un des négociateurs du tiaité. C'est ici le lieu de dire quelques mots de ce traité singulier, connu sous le nom de pacte de neutralité, et qui devait procurer la paix aux deux Bourgognes pendant pres(|ue toute la durée de la lutte entre les maisons de Praocf

FRANCIIK-COMrtÙ KSPAGNULK. il9

ri d*Aulriditf. Là preuiière trace du jKicie de ueulralité reinoiitaU au mois d*avril WM^ lors de la réunion i Salins des états de la province. Dans Tautomne de 1507, b Francbe-Cointé ayant été menacée d*unc invasion française, on s*élail occupé de pf^venir le retour de semblables craintes, el à cet eiïet les trois étais réunis à Salins ivaîeiil envoyé, du c<mseBtement de reHi|)creur Maxiniilien, des comniis&iires à SHut-Jean-de-Losue, où se trouvaient déjà les comnnssiiircs de Louis de la Tré- Boille, gouverneur de la Bourgogne ducale. l*n traité de neutralité pour les deux Bourgognes Tut conclu dans celte ville vei'S la (in d^avril 1508; mais rem|>ereur )la.\iiiiiUen ne Tavait |M)int encore ratifié an mois (roclobre, |)arce qu il voulait aUendre, disait-il, le résultat de certaines négociations. L'n nouvel accord» conclu le jSaoùl 15iâ, fut approuvé |>eu de temps après par la comtesse Marj^ucrite, et c*est ikms celte aflaire i|ue la princesse chargea Guatinare (rotre Tnn de ses négocialeuff^i. Ias |irincipales clauses de cette convention étiiient les suivantes :

La neutralité durera tniis ans, |»endant lesquels le territoire respectif des pro- \inces désignées dans le traité ne pourra être envahi ni par Tune ni par Tautre des (arties coutraclanles.

Le commerce entre les deux Bourgognes restera libre; seulement, si la nêcessii('> le requérait, la traite des grains serait int(M*dite.

Les Franc-Comtois refuseront le passa;;,'e aux ge.ns de ^uern* de Tempereur ou à ses alliés, dans le cas où ceux-ci voudraient attaquer la r»ourKo;^nic dneah*. De même* les Franc-Comtois ne |)Ourront faire aucune entrei^risc sur le duché; mais ils seront libres de servir Tenq^ereur, comme les Bour^i^ui^^nons de servir le roi, et «le guerroyer |iartout avec leurs souverains respectifs, excepté dans les pa\s de la Reulralité.

L«!S sujels de Tune et l'antn^ Bourgogne ne pouiroiil ronspin*r sur le tei riioire (le> provinces reconnues neutres.

Il en coûte de le dire : Marguerite eut le tort de ne pas respecter les elausi/s de ce Iraiié, ratitié par elle, et Ton va voir connnentja iireniière victime de ce manque de Uà fut la Frauclie-Conilé elle-même, l/aceonl du :2S aoùl \o\'2 stipulait expressrluenl que les Franc-Comtois ne pourraient faire anémie entreprise sur le duehé et qu'ils refuseraient le passage aux {cens de Tenqiereur ou à ses allies, dans le cas d'une attaque contre la Bourgogne : bien que le traité s'exprimât ainsi, la comtesse Marguerite s*associait dès i<'>i3 à renqierenr Mavimiiieii son |HM'e, pour en^apT les Suisses à faire une invasion en France; et les Suisses, aeeneillanl avec ardeur le (Htijet d'attaquer 1«« provinces du roi Louis XII, contre leqnel ils avaient de \ieu\ ;'riefs, entrèrent librement an nondue de dix-iinit Uillie en Franeiie-t.omlé. La vioiation du parle de neutralité était llaf^ranle. Les Snis>es \inrent se réunir sous lo murs lie l^*sançon et de là se diri^'î'rent sur (ira>, (;ii les altendaieiit la noblesse ■'iHUtoîse et des couq»;i;<nies de troupes aliemaniles; puis, quand tintes ees forées furent n^unies, elles se jiMèrent sur la ii^unyo^^n" ilneale e( arri\èrenl tlf\anl hijon. Ia* gouverneur du ilucbé, Louis de la ïri'>moilJe, trop failde ))onr résister à ses cintrluis, conclut avec eux un traite'^ qui donnait salisfaetion à lenr> r.meniies; et les Suisses reprirent le chemin de leurs inonta^^ms. Mais rien ne fnl pins odieux que Ir^ excès qui marquèrent leur retom en lrav<>rsan( la Franrlie-C.oinlc : il> tirent é(irou\er

4iO FIIANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODEKNE.

dos mauvais traitements de toutes sortes aux malheureux paysaus, pour leur arracher quelques écus; ils incendièrent, ils pillèrent; ils poussèrent la cupidité jusqu'à profaner les lieux saints pour en enlever les ornements, jusqu'à déterrer des cadavres pour les dépouiller de leurs modestes linceuls!

Les Suisses rachetèrent un peu plus tard, par leurs hons offia's envers la Franche-Comté, l'indignité d'une telle conduite : ainsi, en l'année 1522, ce fut leur médiation qui ménagea le renouvellement du pacte de neutralité entre les deux Bourgognes, le roi François 1*' stipulant pour la Bourgogne ducale, et la princesse Marguerite pour la Franche-Comté. De 1522 à 1011, cette convention fut renouvelée neuf fois, sans changement notable dans les clauses, mais toujours avec rentreinise des Suisses; et, comme on l'a dit précédemment, elle rendit les deux Bourgognes presque étrangères à la grande et longue guerre des maisons de France et d'Autriche. Ce n'est pas à dire toutefois que, durant cet intervalle, la Franche-Comté ne devait pas avoir d'autres mauvais jours à traverser ; loin de là, malheureusement : ainsi, dès l'année 1525, cette province ressentait le contre-coup des agitations terribles dont rÂllemagne était le théâtre. Quelques mots sont ici nécessaires pour expliquer la cause de ces agitations qui marquèrent l'une des phases les plus saisissantes de l'histoire humaine, et pour faire connaître comment la commotion s'étendit jusqu'aux villes et campagnes de la Franche-Comté.

Luther était apparu : d'abord simple moine qui, sous le nom de frère Augustin, croyait passer sa vie dans un cloître entre les verges et le cilice, Luther avait tout d'un coup changé de route pour se transformer en tribun révolutionnaire. C'est qu'il avait vu Rome; et le spectacle de débordements et de scandales qui là s'était ofTert à ses yeux, les infamies du trône pontifical, ses débauches sans nom, son impiété sans voiles, avaient soulevé son âme d'horreur et de dégoût : l( honteux tratic des indulgences avait surtout indigné sa conscience ; et, soutenu par l'esprit de révolte qui travaillait son siècle, il s'était mis à pousser contre le |)ape et contre la grande prostituée du catholickine un cri d'anathème que la moitié de l'Europe avait ré- |iété (1516). Mais Luther, en dénonçant au monde les infamies de la cour de Home et les turpitudes de la tiare, en appelant les peuples à l'émancipation religieuse, en venant proclamer au nom de l'intelligence les droits de la conscience et la théorie du libre examen, Luther ne s'était pas senti l'audace ou plutôt la franchise de jouer jusqu'au bout la partie de l'humanité. Ce fut là sa grande inconséquence. 11 savait bien qu'à côté de rhon)me religieux il y avait l'honune politique, qu'à côté de la servitude morale il y avait la servitude matérielle; et cependant, lui qui admettait, en religion, le droit de résistance à la tyrannie, il déniait ce droit, en politique : eu regardant le ciel, l'homme était libre; en regardant la terre, il était esclave. Luther, en un mot, ne voulait plus du pape, mais il voulait toujours de l'empereur. Id le grand réformateur cessait d'être logique : pouvait-il ignorer que la pensée qui s'est insurgée et (|ui marche ne s'arrête pas à mi-chemin, et ne voyait-il pas que l'homme qu'il avait affranchi de la tyrannie des papes allait vouloir s'arfrunchir de la t}Tannir des rois? C'est ce (|ui ne man(iua pas d'arriver. D'autres révolutionnaires, plus conséquents que Luther, se levèrent pour tirer hardiment la conclusion de sa doctriue: Luther avait atUiqué le chef spirituel de rÉglise; Munzer poussa droit aux maîtres

FIlAiNCHfci-COMTli F>PAGKOLE. IJl

{•HttfHiriTis de la kYre, aux princes, aux oppresseurs des peuples. Luther avait resininl aux choses du ciel ses princi|)es d'émancipation ; Munzer les étendit aux choses •iVi-Ins. Luther avait proclamé Tégalité devant Dieu ; Munzer proclama régalilë iie\jnt les hommes ; il brisa le moule de la senitude religieuse comme celui de la ^T^itode politique, et, rejetant toutes ces distinctions de rang, de naissance, de fiMloDe qui Tout les esclaves, les sujets, les pauvres, il vint dire aux classes opprimées : ■ Est-il juste que les uns meurent de faim tandis que les antres re^^orgent «ie nrbcs.<esT Jusqucs à quand tolérerez -vous le règne des impies? Jnsques à tpiand lous résignercz-vous à mener une existence pleine de tant de niisiTes et de tour- Hienls? La nature ne vous a pas destinées à la servitude, elle vous a créées libres. 1^ jour de râiovation est venu ; le temps des souffrances est |)assé ; le tem|)s de v'Iuire arrive. >

Au souffle de ces paroles, rAllemagne prit feu. Les paysans, (|ui gémissaient alors >oiis la plus impitoyable oppression seigneuriale, et chez lesciueis rermentail tonjoui-s le levain de la vieille liberté germanique, s'étaient sentis tressaillir jns(fu'au Tond di!» entrailles à Tespoir d'une délivrance prochaine: ils se levèrent en masses tuloDltiieuses et Trémissantes, et rinsurrection les trouva d'autnnt plus impatients, qu'ils étaient à lK)tit de souffrances. Cependant, avant d*engager cette partie suprême, ils tentèrent les voies d'une solution pacitique, et dans nn progrannne qu'ils dressèrent de leurs griefs, ils demandèrent, entre antres choses, le droit d'élii>; et lie défioser leurs pasteurs; la diminution des taxes ; raholilion des dîmes et des cor- \«rse\c*esslvcs; la restitution des biens connnunaux usurpes par ks riches et les mibles ; l'allégi^ment des services féodaux ;tni juste salaire pour leur travail; li lartîcipatîon an droit de chasse et de |Nk'he; le droit d'être jugés srlon les formalités autrefois suivies, mais non au gré de la faveur et de la haine.

Uu'cn aille au fond de ces réclamations, on les tiouvera modérées, niuiLdih's, OHiforiDes à l'esprit du christianisme. On n'en lintconqkle. Kt, faut-il le dire, o* fut Luther, lui qui le prender avait appelé les peuples à la ré\olte et à la liln'rté, ce fui l.iiUierquî se montra l'un des plus ardents à condamner les plaintes des p;i\saii>; il >'(*nq»orta même contre eux en termes pleins tle violence et d'injmes; il se mit a leur préclier avec une hauteur insolente la soumission à leurs maitres, le devoir des douleurs (mtieutes et de l'esclavage résigné. La modéralion des paysans était à bout ; leur colère éclata. L'Allemagne eut alors sa jactiucrie, comme la France avait eu la sienne. I^es insurgés se ré|Kmdirentdans la Souahe, la Thurin^^i', la Francimie, l'Alsace; Ils s:(ccagèrent et brrtlèrent un grand noml^re de convcnis vi de châteaux ; ils M? vengèrent de leur longue o|q»ression, et, connue l»'s J.icrjucs de France, iK imniolênent à leur fureur ceux des seigneurs qui leur lond>èrent enln* les mains. Mais la jacquerie allemande devait avoir le sort de la jacquerie française : princt^, électeurs, gentilshommes, luthériens, papistes, tous se liguèrent contre rennemi commun ; ils vinrent attatpier rinsurrection avec une armée ;i;ruerrie, cnumiandée par des chefs habiles etfortiliée par du canon. Les paysans, mal armés, maldisciplin<'s, l»nilég«'»s seulement par une ceinture de chariots, succoudièrent : ce ne fut pas une lutaille, mais une boucherie. On «Vrasa ces malheureux sous des décharges d'artillerie, on les broya sous le lued des chevaux v\ le fer des lances, on noya leur

4Si FRANCIIR'COMTh' ANGIENNK KT MODERNR.

chevalier accompli. On a (lé|)eii)t le jeune prince d*Orange < grand de corps, gros à Tavenant, robuste el adroit aux exercices du corps plus qu'autres de son temps, ayant terrassé tous ceux avec lesquels il s*étoit voulu éprouver. > Piiilibert avait, en effet, délmlé de la niauière la plus brillante a ce tournoi célèbre qu*il donna en 1519 dans son château de Nozeroy : quoique Agé de dix-sept ans à peine, il se montra si parfait chevalier à cette fête guerrière, (pfil remporta le prix du vainqncnr. Un s'mw manuscrit nous a transniis les détails de ce pas d*annes, et peut-être (roiivera-t-oii curieux dV'U lire ici le programme, tel qu*il fut proclamé par les hérauts :

« Or oyez, oh oyez, on oyez :

« Six gentilshommes font à s(;avoir à tous nobles hommes les choses qui sVnsuivent :

« A sravoir (|ue lesdits genlilshonmies ont entrepris h la gloire de Dieu, de b bienheureuse Vierge sa mère et de monseigneur saint Georges, bon chevalier;

« (rest que le lendemain de Noël ils se trouveront de bonne heure sur les rangs, armés de toutes pièces, on harnois de guerre, gardant une barrière, la lance au |K)ing, pour combattre ceux que venir y voudront, tant el si longuement que messieurs les juges à ce ordonnés voudront ;

« Que, le jour de monsieur saint Jean, ils se trouveront h ladite barrière pour donner et ruer un jet de pertuisane, et après combattront avec Tépéc k deux mains:

<c Le troisième jour, qui est le jour des SainU-Innocents, lesdits gentilsIiomnMN |)our rhonneur et révérence desdits saints, cessemnt leurs armes ;

c Le ({uatrième jour, ils se trouveront sur les rangs, armés de toutes pièces et h hache au poing ;

« Le cinquième jour, ils se trouveront en armes, la haute pièce traiglée à losanges, montés sur cheval de mesure et à selle rase, pour courre à lance ferrée et assyrée, à rencontre de tous ;

« I^ sixième, ils se trouveront en armes, gardant un bastillon élevé au vaux de Miéges, à rencontre de tous ceux que venir y voudront pour Tassaîllir;

« Le premier jour, au soUmI levant, se trouvera un arbre chaîné d*oranges et au-dessus d*iceluy seront posés et mis les blasons des armes des gcntilshoronKs soutenants;

« Les venants du dehors qui auront désir de combattre lesdits entreprenciins seront tenus d'apporter leurs écus armoyés de leurs armas, et icelles mettre en b main d'un héraut |)our les attacher et poser en Tarbre ci-dessus dit;

n Toutes lesdites armes achevées, seront délivrés prix |)ar les dames ik ceux qui mieux auront desservi. »

Allons, les trompettes ont sonné, la lice est ouveric. Entrez-y, jeunes chevaliers de la Franche-Comté, et vous les vétérans des champs de bataille, et vous fespoir des guerriers à venir; entrez-y le heaume en tête et la lance h la main. Faites briller toute votre bravoure : cVst maintenant qu*il faut montrer lequel de vous emportera la palme du triomphe; lequel de vous rendra plus orgueilleuse ou sa mère, ou sa sûMir, ou son amante; le(|uel de vous recueillera les bravos de la gloire et les sourires de la beauté. Mais hàtez-vous, brillants chevaliers, de conquérir l'estime de

ÏHANCIIK- COMTE KSPAGNOI.K. «r»

tlii \:iin<|iinir; ils pillèrent Talthaye de Belchanip, ils mirent n ranron le chapitre de Saiiil-MainlKPnf; ils inquiétèrent les monastères de fJeiicroissant, Lanthenans, S3ii»l-VaH>ert, Bitliaine, et les camp:»gnes avoisinant Kérieoiirl, Lnre, Vesoiil, t;niiijr«*<, Fancoîrney. Los nobles du pays, parmi lesquels ou remarqua le comte de l:i fUN-he-Saint-Hippolyte, les sires de Longepi«'rro, de Kay, de neaiu'egard, Kran- «"i** trArluMs, et Tarchev^^que de Besançon lui-mrme, montèrent à cheval pour «lompter l'insurret^tion : ils se jetèrent ii la jioursuite des paysans, les atteignireni uue pri'iiiière fois entre les villages de Presse et Ternuay, puis à Montbozou, puis à i|uelque dislance de Villersexel, et ne parvinrent qu'après bien des efforts à les «li>l»erser.

iriu* r^^volte fut à |)cu pri»s la seule que les guerres de religion amenèrent en Kranche-tlomté; mais les idées de la Kéforuie ne continuèrent jms moins à gagner «lu terrain dans le |>ays, malgré les rigueurs extrêmes dont on fit usage, h partir i\r ir;39, envers ceux que Ton souiH'onnail dVire t inltM lés de la maudite hérésie liiiht^ique, > et plus tird nous aurons à paiier (Kun événement qui faillit assurer, à Besanvon, le succès des religionnaires.

INiur en revenir à Mercurin de (iuatinarc, ajoutons i\m ses liunières, sa iirobiU', Li n(d)lt'5se de son caractère lui méritèrent constamment la conliance de (Iharles- ^lint, maïs en t«^3t> il se démit volontairement de ses fonctions «le grand-chancelier, |iarce qne s;i conscience ne lui permettait pas d'approuviT et dt» sceller de sa nuiin le fameux traité «le Madrid entre (Iharles-Ouint et Kranrois I", traité (|u'il iv- ;:.irdait comme tme faute, surtout en ce (pii concernait la restitution du duché dt^ Itoiugogne : « Votre Majesté, dit-il en <*elte circonstance à rempereiu*, peut m'ôter lr> S4*eaux et la vie, mais non m'obliger à rien faire contre ses intérêts. » l'ne telle conduite donne toute la mesure d'un homme. Les sceaux furent remis k un FranctJomtois qu'aulrefois (lUatinare avait remarqué connue un de ses |)lus brillants élèves .1 Tunivtrrsité de hùle, et qu'il avait lui-même fait nommer maitre des reqiuMes au fiarlement : c'était Nicolas Perrenot, celte grande illustration plébéienne sur lacpielle nous reviendrons en temps et lieu. Mais (iuatinare devait, avant de clore sa carrière, obtenir im ilernier et glorieux litre d'honneur : en lo^), il reçut des mains du pajie rjémeni VII le cha|)eau de cardinal. L'ex-chancelier de (Iharles-Quint m» jouit pas longtenq)s de sa nouvelle (li;(nité : il mourut l'année suivante à IMstoie en Ti>scane, le 5 juin, après avoir négocié, quel(|ues nmis auparavant, le traité de Boulogne entre le pa|»e, l'enipereur, la république de Venise et le «lue «le Milan, traité qui fut, au jugenient «lf*s diplomates, un chef-d'œuvre d'habileté politique, tînatinare a\ait vécu soixante ans.

A la «late de \S'M) numrut égaleuM'Ut dans la Tostane un Franc-ilomtois illustre par l'éclat de sa naissance et l'héroïsme «le sa vie ; IMiilib«'rt «le Clialon, prince «l't^range. l/liiMorien ne passe pas sans s'arrêter quan«l il rencontre, «lans sa manhe à travers les é\én«*ments, un nom comme «elui-là. IMiiliberl «h' (Ihahm, prin«'e d'tlraiige, généralissime «h's Impériaux, vi«*e-roi de Naples «*l «lernier rej«'ton maie «le nOu éclatante race, «»tait né en ITiOiîau château deN«»/«»roy, six semaines seulement avant la mort de son père. Philiberte de Luxeudiourg sa mère, f«Mnme «fun gnnul (*anictère et d'un rare mérite, lui lit donner une «'>«lu(\Uion «pii le rendit bienl('»t un

4âi FRANCHE -COMTÏÎ ANCIENNE ET MODERNE.

chevalier accompli. On a dépeint le jeune prince (l*Oi*ange • grand de corps, gros à ravonant, robuste et adroit aux exercices du corps plus qu\'iulres de son temps, ayant terrassé tous ceux avec lesquels il s*étoit voulu éprouver. » Philibert avait, en eflet, débuté de la manière la plus brillante «^ ce tournoi célèbre qu*il donna en 1«%19 tians son chAteau de Nozeroy : quoique âgé de dix-sept ans à peine, il se montra si parfait chevalier à celte fête guerrière, (pril remporta le prix du vainqueur, l.'n vii^u\ manuscrit nous a transmis les détails de ce pas d*armes, et peut-être trouvera-t-on curieux d*en lire ici le programme, tel qu*il fut proclamé par les hérauts :

« Or oyez, or oyez, or oyez :

« Six gentilshommes font à scavoir à tous nobles hommes les choses qui sVnsiiivent :

« A sçavoir que lesdits gentilsliommes ont entrepris h la gloire do Dieu, de b bienheureuse Vierge sa mère et de monseigneur saint Georges, bon chevalier;

« C*est que le lendemain de Noël ils se trouveront de bonne heure sur les rangs, armés de toutes pièces, en harnois de guerre, gardant une barrière, la lance au l>oing, pour combattre ceux que venir y voudront, tant et si longuement que Die^ssieurs les juges k ce ordonnés voudront ;

« Que, le jour de monsieur saint Jean, ils se trouveront h ladite barrière |iour donner et ruer un jet de pertuisane, et après combattront avec Tépée à deux mains;

« Le troisième jour, qui est le jour des Sainls-Innocents, lesdits gentilsliommes, pour rhonneur et révérence desdits saints, cesseront leurs armes ;

< Le quatrième jour, ils se trouveront sur les rangs, armés de toutes pièces et la hache au poing ;

< Le cinquième jour, ils se trouveront en annes, la haute pièce traiglée à losanges, montés sur cheval de mesure et h selle rase, pour courre à lance ferrée et assyrée, à rencontre de tous ;

« Le sixième, ils se trouveront en armes, gardant un bastillon élevé au vaux de Miéges, à rencontre de tous ceux que venir y voudront pour Tassaillir;

« 1^ premier jour, au soleil levant, se trouvera un arbre chargé d*oranges, et au-dessus d*iceluy seront posés et mis les blasons des armes des gentilsbomnu*s soutenants;

« Les venants du dehors qui auront désir de combattre lesdits entrepreneurs seront tenus d*apporter leurs éciis armoyés de leurs armes, et icelles mettre en la main d'un héraut pour les attacher et poser en l'arbre ci-dessus dit;

< Toutes lesdites armes achevées, seront délivrés prix |)ar les dames ii ceux qui mieux auront desser>i. »

Allons, les trompettes ont sonné, la lice est ouverte. Entrez-y, jeunes chevaliers de la Franche-Comté, et vous les vétérans des champs de bataille, ei vous Tespoir des guerriers à venir; entrez-y le heaume en tète et la lance h la main. Faites briller toute votre bravoure : c'est maintenant qu'il faut montrer lequel de vous emportera kl palme du triomphe; lequel de vous rendra plus orgueilleuse ou sa mère, ou sa sœur, ou son amante; lequel de vous recueillera les bravos de la gloire et les sourires de la beauté. Mais h;)tez-vous, brillants chevaliers, de conquérir resUmo île

FRANCHE - COMTE KSPAGNOLË. 4»

m bieii-aîmées ; hilei-vous, avenUireux chàlelains, (ractiiit^rir Taveiirs et renom ; kJMei-TOus, Tieux guerriers, de signaler encore une fois la valeur de voire bras : rar c'en est fait, la lice va se Termer pour ne se rouvrir plus. Cette fête chevaleresque ea b dernière où les noides dames viendront applaudir h vos succès et vous disiribuer le prix de la vailbince ; ce pas d*armes est le dernier où vous viendrez rompn* des lances et croiser des é|)ées.

En effet, la Franche-Comté ne revit plus d'autres Tètes de ce p:enre : les iVhos Ai val de Miéges avaient recueilli le bniit de la dernière, et PliililKil de Clialon devait en emporter la tradition avec lui. Encore un fleuron qui se df^tacliait de la couronne lëodale. Sans doute, tant que Phililiert eût vécu, ses goûts chevalere^ques, scn'is par une opulente fortune, n'eussent pas laissé tomber en désuélude la pratique de ces joutes guerrières où la noblesse venait se retremper au métier dos arnies ; mais la mort prématurée du dernier des Chalon emporta ses projets dans la Mmlie. C'est à la narration rapide des événements qui maniuèrent la brillante et courte existence du jeune héros franc-comtois, que vont être consacn'>es les paK«*s suivantes.

On eonnalt l'incident auquel le prince d*Oran^e dut peut-être le chaudement do sa ilestinée : on sait que Philibert étant venu réclamer à la cour du roi François l'^, rnntre une décision qui plaçait sa principauté trOrange sous la suzeraineté de la couronne, le roi ne raccueillit fias avec les oganls dus à son rang, « et mosnies, dit Brantôme, le logis qu'on avoit marqué et donné h IMiilibort luy fust osté, et donné à un autre. Grande faute, certes, » ajoute Brantôme. (!et affront nimena lo jeune prince à son château de Nozeroy, mais il y re\enait rame irritiV et ouverte à h vengeance. La déclantion de guerre de François V^ à Cliarles-Onint vint lui fMUîilr l'occasion ipi'il désirait : aussitôt il partit de son château pour aller trouver l'empereur à Tournai et pour oiïrir à ce souverain des services qu'il semjiress:! d'accepter. En apprenant cette défection, le roi de Franco ordonna la confiscatimi ik? la princiiKiuté d'Onngo. Cliarles-Oiiiiit dodommagoa Philibert en lui donnant \r comté de Saint-Poi et plusieurs autres sei^'nenries. A (|ur!(pu* tonq)s de là, le jeune die\alier franc-comtois laissait en Kspaguf : il signala son courago à la n'prisi' do KonLiRiliie sur les Français, qui s y défendiront aussi longuement <|no vigourousoiMrnl, et uH^me il reçut une blessure durant les opérations du siégo. Ce fut lui (|ui ml riionncnr d'introiluire l'empereur (lharles-(Juint dans la plaoe oontpiise. l/fui- Irreur, qui avait deviné en IMûlibert de (Ihalou une iutoltigenro d'élittf vi les talents d'un homme de guerre, lui confia, malgré sa jeunesse, to rommandeniont d'un corps ik* troupes; et Philibert partit, avec cette petite armée, du port de Ibrrolone |)0ur venir rejoindre les Impériaux on Provence, tpiand une méprisr fatale fit tondK^r W vaisê^au qu'il montait, entre les mains du rélrbre amiral génois André Uoria, alors nn service du roi François P'. C^oi se passait au mois do juillet \i'd\. Philibert tut iruvové comme prisonnier en France, conduit sous bonne eso(»rtt' à la grande tour de Bourges, et de là transféré au château do Lusignan en Poitou. I.a mésavontun* arrivée au jeune prince avait été un événement pour la FranoluM'^omté; la nouxoNo «le sa captivité n'pandit un deuil général dans le pays. Philibert y était si vivement

afTectionné, que plusieurs villes députèrent auprès de sa mère, jiourjtrondre |)art au

ii6 FRANCHE COMTii ANCIEiNNK ITT MODERNE.

malheur qui la frappait et pour lui témoigner leur affliction. On alla plus loin : des prières publiques Turent ordonnées, des processions solennelles furent faites, alin d'obtenir du ciel la prompte délivrance du prince d'Orange. Les ligues suisses ellesmêmes s'intéressèrent au sort de Philibert et s*adressèrent à François I*"' pour qu*il lui rendit la liberté. Le roi n'en tint compte : mais survint un événement qui permit à Charles-Quint de parler en maître, et de faire ouvrir à Philibert de Chalon les portesdu château de Lusignan. La célèbre bataille de Pavie, perdue le 25 février i5fô par François l" en personne, et dans laquelle ce roi fut fait prisonnier, amena l«* traité de Madrid (14 janvier 1526), dont une des clauses stipulait la liberté du prince d'Orange, ainsi que la restitution du domaine qu'on lui avait confisqué. D'après h' n)éme traité, le roi de France s'engageait k céder à Charles-Quint la Bourgogne ducale : l'empereur chargea Philibert d'aller prendre |iossession du duché; mais le prince d'Orange ayant appris en route que François I*' refusait d*exécuter cet article du traité, il se rendit en Italie. A dater de cette é()oque, son existence se trouva mêlée à celle de ce trop fameux c<>nnétable de Bouri)on, que l'ingratitude de François I*"' et les ressentiments jaloux de h reine-mère Louise de Savoie avaient |M)uss«'* à la résolution fatale et coupable de mettre son épée au service des ennemis de s.'i |)atrie. On sait ce que fit le connétable : nommé par Charies-<juint lieutenant général des Impériaux, il vainquit h plusieurs reprises les Français en Italie, entre autres au passage de la Sésia, bataille où périt le grand chevalier Uayard, et a la journée de Pavie, qui fut couronnée par la prise et captivité de François I*'; (Hiis on le vil un peu plus tard marcher contre Rome. Ses soldats, qui l'adoraient et qui Feussenl suivi partout, s'avancèrent à Tassaul de la Ville éternelle, en chantant un chant ûe guerre composé par eux en l'honneur de leur général, et dont chaque strophe se terminait par le refrain :

Silence à vouf , Côsar, Annibal, Scipioii ! Vive la gloire de Bourbon !

C'est ainsi qu'ils arrivèrent, audacieux et résolus, devant les murs de Rome. Li* connétiible planta lui-même la première échelle au pied des remparts; mais dès It* commencement de l'attaque, il tomba, mortellement frappé d'un coup d'arquebuse. La mort de BouriK)n ne devait pas sauver la ville aux sept collines. I^es Impériaux proclamèrent généralissime un jeune homme de vingt-cinq ans, qui joignait aux talents d'un chef d'année la bravoure d'un soldat. C'était Philibert de Chalon, prince d'Orange. La brillante valeur du jeune guerrier franc-comtois, l'éloquence de sa (karole, le prestige de sa |)ersonne, l'attraction de ses manières, l'avaîenl rendu, comme Bourbon, l'idole des soldats. Il appartenait à cette lignée d'hommes d*éliU' dont la supériorité n'a pas l>esoin du contrôle de Tàge pour se faire reconnaicre et s'imposer, et qui possèdent le secret de s'attadier les âmes, de les dominer par Tascendant de leur force morale. Kn effet, pour que le jeune prinee d'Orange se vit déférer le commandement suprême, |)ar des gens de guerre de la trempe des Impériaux qui suivaient Bourbon, il fallait bien, comme dit Brantôme, c que Ton recognûl en ce seigneur je ne sais quoi d'admirable, de magnanime et généreux, plus qu'en tout autre. » Philibert était sur la brèche, l'épée k la main, lorsque les Impériaux le

(irof l«iiiii*renl ItMir clicf. Il til continuer Tassaut; et ses soldats, ini|ialienls de venger Li mort du connétalile, se nièrent k Tescalade, aux cris de eanwge! ramage! sang ! snngl Hourbiinl Bimrbonl La c^ipitale du catholicisme fut emportée, pillée, mise .i sac ; huit mille Romains périrent en un jour, et le pape Clément VII n'eut que le i<^ti|»s de se sauver au château Saint-Ange, pendant que le massacre, la dévastation v\ lo viol s*akittaient sur Rome épouvantée. Le prince d'Orange avait un moment essayé d'arrélor la fureur îles Impériaux : il eût voulu les em|Mîcher de déshonorer vnn triomiMie par des srandales, des sacrilèges et des profanations inutiles ; mais rettp fois sa voix, d'ordinaire obéie, les trouva rebelles, et leur soif de vengeance, .Hj^uilloniHk' |)ar une cupidité sans frein, ne recula devant aucun excès. \a prise de rtotne eut lieu le 6 mai 1527 : le 16 juin suivant, le prince d'Orange se rendait maître du château Saint-Ange, et le |»ape, réduit A l'impuissance, vint se remettre entre les mains du vainqueur.

lu coup d'aitiuelmse que le prince d'Orange avait re^Mi durant l'une des attaques dirigées contre le château le retint quelques mois â Rome; mais lorsque IMillibert hii nHabli de sa blessure, il s'occupa d'arracher ses soldats à la Campagne romaine, \nn\T les entraîner à la défense du royaume de Naples, où le général français l^utrec \cuait d'entrer à la tête de mille lances et vingt mille fantassins. 1^ prince d'Ornng«% dont les trou|)es se trouvaient réduites de moitié par les maladies et les dé- IkuicIr's, n'était pas en état de résister aux forces de son adversaire, et Ijiutrec eût l»n facilement, en lui poussant ré|)ée dans les reins, an&mtir d'un seul coup sa petiti* armée; mais il préféra c prendre d'alionl le reste du royaume, afîn d'avoir en- Muii* Naples la corde au cou ; » lactique maladroite qui donna au prince d'Orange W temps «le se replier sur cette «lemière ville et de s'y renfenner avec le vice-roi de .\a[»U*s, don Hugues de Moncade. Iie!29 avril 15:28, Lautrec, suivi d'une trentaine de mille houmies, se présenta devant Naples, qui ne comptait (|ue dix mille défenseurs : il rounncnça le siège ; mais, au lieu de le |)Ousser vigoureusement et d'employer ronln.» la |)lace la force ouverte, il se contenta de la serrer de pri's» espérant qu'avec l«* roiicoiirsde l'amiral Andn* Doria qui la bloquait du côté de In mer, il h réduirait bientôt par la famine. Kn effet, dès la tin du mois de juin, la ville sentait sii |K)siliou devenir de jour en jour tdus critique : tes vivres manquaient ; toutes les comumni- <alion> avec le dehors étaient interceptées; la Hotte na|K>litaine avait été déiniitepar r.ifiiiral André, et le via'-roi don Hugues de Monca«le avait été tué |)endant une s*>rtie malbeuriMise. Les .-issiégés commençaient à désespérer; et sans l'énergie du prime d'Orange, qui, nommé vice-roi en remplacement de Moncade, se multipliait |Mnir faire face aux exigences de la situation, ils n'eussent pas tenu longtemps cdrnn*. Par bonlMMir |)our eux, phisieurs circonstances Inattendues vinrent les senir. h'abonl, on cessa d'envoyer de l'argent n L;mtrec, et s<»s soldats se mutinèrent ; puis 1.1 jH'ste se mil parini eux; enfin l'amiral Doria, mécontent de François !•', .ihandonnason sirvire, iiél)lo(]ua Napli*set coupa les vivres à Liutrec. C^lte défec- (ion dr ramiral ^'«'^nois fut un coup mortel |K)ur la cause fnncaise : elle permit au piince d'Orange de rerevoir des renforts et des vivres et força Liutrec h le^Tr le si'/e de N;ip!«s. Pour roir.Me de disj^nke, Lautnr, atteint de la peste, languit linéiques jours et nioinul. S<hî année, «lémor.ilis»^ et réduite à moitié parles uwla-

1^ i'UANCHb: COMTÉ ANGIRNNb: El MODEKNfc:.

(lies, essaya de battre eu retraite; innis il ékdt trop lard. Le prince d*Oraiige se mil à s;) poui*suite : il détruisit Farriëre-garde, que commandait le fameux l^ro Navarro, l'un des plus grands capitaines de son siècle, et qui fut fait prisonnier; ensuite il harcela jusque sous les murs d'Averse les déluîs de cette armée, qui se virent obligés de capituler et s*en allèrent périr de misère et de faim dans des marais infects.

Le prince d'Orange, après avoir soumis le royaume de Naples, prit le commandement de Tannée impériale et passa dans la Toscane. Il vint mettre le siège devant Morence, la seule ville d'Italie qui résist;lt encore à Charies-Quint, et qui s*élaii attiré le courroux deremperdur pour une question où ce souverain ne jouait |kis, il faut le dire, le beau rôle. Florence lui denjandait la paix ; mais rempercur ne voulait raccorder que si les habitants consenUuent à se replacer sous la domination des Médicis : et les Florcnlins, qui lassés du despotisme de cette famille Tavaienl chassée de leurs murs, refusèrent de souscrire à cette condition. Alors ils s'étaient préparés à la résistance ; elle fut admirable et sublime comme le grand homme que ses compatriotes avaient chargé de la défense des remparts : c'était Michel-Ange.

Dix mois durant, les Florentins soutinrent avec une constance héroïque lesatta(pies des Impériaux : vingt combats acharnés avaient tenu la fortune en suspens; et. dans un dernier assaut où le ])rince d*Oi^nge, général des assiégeants, se conduisit avec rintrépidité d'un soldat, rien ne fut encore décidé.'Hais cette fois, les assaillants s'étaient retirés en remi>ortant dans leurs bras un précieux e«-idavrc : Philibert de Chalon venait de recevoir deux cou|)s d*arquebuse qui ravaienl élendn sms vie au pied des remparts. Cette mort du brave et Imllant prince d'Orange arriva le 5 août 1530. « H fut fort regretté et ploré de tous ceux de Tarmée, autant (les Ëspaignols que des Allemands, avec lesquels il avoit grande créance. > Ces deux lignes de Brantôme sont tout un panégyrique. Et ce n*esl pas seulement dans l'àme des honmies de guerre (jue le prince d'Orange laissa des regrets : la jeune et belle Marguerite de Montferrat, qu'il était sur le point d'épouser, garda longtemps au fond du cœur le souvenir de son noble et chevaleresque fiancé.

Voilà comment mourut à l'âge de vingt-huit ans Philibert de Chalon, prince d*Urange et de Melphe ; duc de (>ravina, seigneur de Nozeroy, Kougemonl, Orgelet, Montfaucon, Ariay ; vicomte de Besancon, comte de Charuy, Tonnerre et Penthiëvre; chevalier de la Toison d'Or et vice-roi de Naples. Son corps fut rapporté de Toscane en Franche-Comté, par le mont Saint-Bernard, et Ton Gt au prince des funérailles d'une magiiilicence dont on n'avait pas encore eu d'exemple. Il faut en lire le programme dans les Mémoires historiques de Collut : ainsi Ton y voit que plusieurs souverains représentés par leurs ambassadeurs, que toute la noblesse franc-comtoise, que des hauts digniUiires de l'Église, des députés de toutes les villes de la province, des députés des cantons helvétiipies, un immense concours de peuple, accompagnèrent, les uns depuis Saint-Claude, les autres depuis Orgelet et Conlié;ce jusqu'à Lons-le-Saulnier, les (léi)ouilles mortelles du héros. Quatre mille torches données par les villes et les seigneurs du pays éclairaient cette |K)mpe funèbre, et trois uiaitrcs des cérémonies conduisaient le deuil.

Des enfants de chœur et des écoliers, des prêtres et des religieux de divers onlnss,

KRANCUB-GOMTÊ KSPAGNOLK. I«)

W (^is des ecdésiasUques Atlachés à la clia|)elle du prince, les évéqucs de l^ingros ri fie i;eiièTe, rarchevéque de Besançon, et d'autres prélats, tous revêtus de leurs habits des grandes solennités, ouvraient la niarclie.

hiis venaient le peuple, les députés des cantons suisses, les députés des villes de l*oniariier, Vesoul, Gray, Poligny, Ddie, Arbois, Salins, Besançon ; puis un grand nombre de pauvres en habits de deuil et portant des torches armoriées. Ges derniers fm^cédaient les quatre massiers, qui conduisaient les officiers des seigneuries 1^ justices du prince, tels que baillis, procureurs, avocats, trésoriers, receveurs, /n'ffiors, secrétaires.

Venaient ensuite les trom|iettes avec leurs bannières penchées sur le dos, nn f<*uyer avec la cornette des couleurs de Phililiert, les pages d*honneur, les gentilshommes de la maison, les maîtres d*h6tel, et deux poursuivants d*annes, avant le eha|ierou sur la léte et le rameau de palme vert à Li main.

hrrrière eux s'avançait un gentilhomme du nom de Largillat, avec le guidon du IHiiire : il était suivi de trente-sept enseignes d'infanterie gagnées dans les batailles, et (|u*un nombre égal de senlteurs habillés de deuil laissaient traîner jusqu'à terre.

(ne iKinnière de cavalerie, le grand étendard du |>euple romain et cent autres t'iiM^ignes également conquises sur les ennemis, précé<laienl le cheval de main du drfiint, monté |mrun |>age et conduit en rênes |)ar deux écuyors. Après eux, le sire de VertaudKiz et le sire de Consen, le premier iiortant la grande enseigne de guerre du prince, et le second son grand étendani, marchaient dmant un autre |>age, monté sur un cheval bardé et ca|)araçonné, que deux éaiyers conduisaient («galenicnt |iar la main ; puis, derrière le sire de Falerans, qui |K)rtait le heaume i panaches, et le sire de Oevel, qui portait l'écu des joAtc», venaient deux nouveaux mi>ors, tenant un troisième cheval caparaçonné des couleurs de Phililiert, et que uioniait un page.

On voyait s'avancer ensuite le sire Marc de Vyt avec la liannière de RougomonI, qui (lortait d*or à l'aigle de gueules*, becqué et membre d'azur; le sire de Gramiitont-Fallon avec la iKinnière de Nozeroy, qui portait de gueules à la liande d'or, rt <{\r le tout un sapin de sinople embrassé par un ours au naturel; le sired'Arb>c A\*T la l>anni('re d'Orgelet, qui |>ortait d'azur à trois épis d'or; le sirt» de Thoraise .(\i'C la bannicre de Montfaucon, (|ui |)orlail de gueules à deux liarres d*or «idossées; II* >ire fie Champt^aux avec la bannière d'Arlay, qui portait de gueules à la bande d'or, rhargée d'une étoile d'azur; le sire de Manniaull d'Orange avec la liaonière de l;i \irouité de Kcsançon, qui |)ortait (for à un aigle de sable entre deux colonnes; 1*' ^ire de Gourchamps avec la iKinnière de la princi|Kiulé d'Orange, qui portait d'or :i trois branches d'oranges chargées de ponunesd'or, le chef d'or au cornet d*aziir;

> lU|>|>ciofi^ qu'en langage iiéraldiqti€, le gueules eU la couleur rou|ce, le $inopl€ la coulcvt \cric, W »ahle b roukui noire. — l*arini \t% autres (erine* du blason qui te rencontrent dans celle <!•»c ri|>iion iU% funérailles du prince d'Orange, le mot becqué sipnilW que le bec de l'oîseau était d'une couleur difr^rente de vvWe du ror\t% ; et le mot membre, que leti |ialtet difTéraieot aaiiai de e««lc«r 4%er le« jutre^ |»artie< du rort»«. — Le mol bilteté veut dire eJiarfé de ^Ulct Afvret c« hnmét rarre long. a|»|»eléei hitletiet. — l/expresaioo nrmti pieineê t'apfMique aux aroMt %m9 le dMvatitf |ivrtaa Icllei qu'elles êlaieol, »aos écarlelurc oi brîture.

iôO FUANCHK-COMTK ANCIKNNK ET MODËUNii:.

le sire de la Ibrrc uvee la bannière de Tonnerre, qui |)orlait de gueules à la bainiic (for; le sire de Coges nvee la bannière de Chamy, qui |K>rtail de gueules à trois (MUissons d'argent, ini en pointe et deux en chef; le sire de Montricliard avec la bannière de Ponlliieu, qui portait bandé d'or et azur en six pièces, au Gberd*iK*rmine, à la bordure de gueules ; le sire de Morbec avec la bannière de la principauté de Slel|)he, qui jiortait d'or au lion d'azur, langue et armé de gueules; le sia* de Beauchemin avec la bannière de Gravina, qui |)ortait bandé d'argent el de gueules eu six pièces, au chef d'or et d'argent, parti en face à la rose de gueules sur l'ar- ;^ent; i)uis enlin le régont d'Orange avec la bannière de cette principauté.

A la suite de ces bannièi^es marchaient une foule de chevaliers, i>arons et gentilshomnies. Ils avaient derrière eux un cheval housse des pleines armes du iHince et monté par un page, lequel |)récédait le sire de Gicon. Celui-ci portait une kiunièrc on champ d'azur billeté d'or au lion d'or : c'était la noble et vieille bannière de b Franche-CiOmté.

Après le sire de Gicon venaient le sire de Montrichard, portant le guidon de capil4iine général, où l'on voyait la devise de l'em|>ereur Charles-Quint : P/u« ouiie; le sire de Soire, avec le grand étendard des lm|)ériaux; le sire de Fertans, avec le pennon armorié des armes de l'empereur; le sire de Vaux, avec la grande bannière de général d'Italie; et le sire ile Vaudrey, avec la bannière pai»lc.

Des hérauts d'armes, tenant d'une main les bannières des princes qui s'étaient fait a*présenter aux funérailles, et de l'autre un rameau de |)atme vert, venaient ensuite. Deux de ces hérauts, Luxembourg et JS'ozeroy^ marchaient devaut le sire Joachim de Hye, les sires de Vècle et de Montfalconnet, portant, le premier l'éiiée du prince, le second un de ses lieaumes, le troisième son écu couronné. Deux autres hérauts, Savoie et Arlaïf, précédaient les sires de Uaisonval et de Courtaille, qui menaient en main le cheval d'honneur, caparaçonné de velours noir. Deux auues hérauts, Franche-Comté et Ponthieu, précédaient le sire de Rence» qui portait b grande bannière des armes du prince, et le sire Joachim de Chalon, qui portait sur une croix la riche cotte d'armes de Philibert. Deux autres hérauts, Autriche et Charny, étaient suivis des sires de Dauteville, Montfort et Falerans, qui portaient le sceptre de vice-roi de Naples, le chapeau ducal et le collier de la Toison d'Or. Deux autres hérauts encore. Orange et Salins^ marcliaicnl devant les sieurb do Montbardou et de Courlaoux, qui portaient, le premier la bannière de Beaufreuiont, et le second celle de Bretagne.

Ce (|ui venait après tout ce majestueux déploiement de bannières, de drapcaui et d'étendards, après tout cet éclat d'armures, de dra|)eries » de lumières et de richesses, après toute cette multitude de seigneurs, de clievaliers, de magistrats, d'olliciers, de serviteurs, de députés, de prélats, de prêtres, d'hommes du peuple, ans costumes tour à tour étincelants et sévères, c'était une litière supportée par deux nuUets empanachés, blasonnés au front et recouverts de housses en velours noir traînant jusqu'à terre : là reposait le corps du |)rince d'Orange, sous un drap de velours noir et d'or, parsemé de fleius et de cordelettes, et dont Tcxtérieur re|Mvsentaii le prince dans sa grandeur naturelle, en habit ducal de satin cramoisi fourré (l'hermine, avec ime couronne enrichie de pierreries et Tordre de la Toison d*Or. U

m^NClIRCOJmi ESPAGKOLR 431

niaréclial de Bourgof^e, les sires de Verf^, de Sombcrnon et de Montbis tenaient les cûiDs du poêle ; et derrière la litière, Bourgogne, roi d*armes de Tempereur, venait à chevai, ayant une baguette blanche k la main, comme conducteur du deuil. A|MTs le roi d^amies de l'empereur s'avançaient également h cheval, mais en manif^ut et le chef couvert d'un chaperon, René de Nassau, -fils de la sœur de Mdliberi, f*t l'héritier universel du prince ; Antoine de Luxembourg, Georges de Luxembourg, t^t plusieurs illustres personnages, accompagnés des ambassadeurs de Cliartes- Uiiint, du roi de Hongrie, du duc de Savoie, du duc de liOrraine, de la comtesse Marguerite, du comte de Montbéliard, du comte de Gaure, du vicomte de Martigiie, t*t d'autres, qui fermaient la marche du convoi.

1^* prince, à son arrivée au couvent de Saint-Françx)is il lx>ns-le-8aulnier, fut mis en cha|)elle ardente, avec le sceptre de vice-roi de Napies à sa droite, et son r|>ée à s;i gauche; et lorsqu'on eut achevé la célébration du service funèbre, on desi-emlit le corps de Philibert dans le caveau où reposaient les restes de son père. RnnuîIa; HourgiHjne^ le roi d'armes, appela les maîtres d*hôtel, qui vinrent briser leurs kitons sur le cercueil du prince; puis le président d'Orange vint à son tour briser II' sceau 4lu défunt. Après le président d'Orange, cinq autres seigneurs s'approrliirent avec les bannières et les armes de Chalon-Orange, qu'ils couchèrent le long du caveau funèbre; et, cela fait, Jtourgogne releva ces armes et ces bannières au uiuu du |»rince de Nassau, héritier du défunt.

Tout était dit : IMiililiert reposait dans la majesté de la U)ort, laissant aux vivants (lt*H regrets universels, et à son héritier un nom brillant d'éclat et de gloire. Quant .1 U iiiere <lu héros franc-comtois, elle ne put se consoler de la perte de son fds ; Hiais elle était si Itère d'avoir donné le jour à ce prince, (|u*elle n'en pariait jamais i|u*;iver l'orgueil de Cornélie parlant des Gracques ses Hls; et lorsqu'elle mounit, Hk' laissa de côté tous ses titres pour ne faire graver que ces mots sur le mariire <le !»ou mausolée : (A-gît PhiliberU de Luxembourg, niètr lie PhUibfrt (ie VJhalon. Www des épitaphes somptueuses, monuments de la vanité humaine, sont tomliées itjns l'oubli ; la simple épitaphe de la mère de Philibert est restée dans le souvenir lie riiistoire.

L'année qui manpia le terme des jours du prince d'Orange et du président Guatiiiare vit aussi liuir la bonne comtesse Marguerite. Dans la nuit du 30 novembre 1531^ Marguerite nchevail à .Malines, par une mort tragique, s;i vie de périjiéties et de tlouU'urs. (ne blessure légère (|u'elle s'était faite au pie<] avec un édat de verre, avant pris un caractère gangreneux, l'amputation de la jamlie fut déclarée nécess.iire. Mais, alin d'épargner à la princesse le sentiment i\^^ souffrances atroces qu'eniiaineut les o|)énilions de ce genre, on lui donna de l'opium. L'infortunée s'endormit l»<>iir ne pins se réveiller : la dose d'opium était trop forte; elle l'avait tuée. Marguerite se dis|)osait ù revenir à liourg-en-Hresse an moment où la mort la surprit. Klle eut désiré vivre iiiiel(|ue temps encore |>our voir s'achever le monument qu'elle élevait à la mémoire de son époux Philibert le Beau : œuvre de pierre écrite avec toute la pot-^if île son anie, avee toute la religieuse mélancolie de S4»s souvenirs, avec tonte l'histoire de ses regrets, et (pi'elle avait end>ellie de toutes les maguificeiices de l'art. L'rglise de Uroii, eummencée par cette princesse en I5H, ne fut terminée

ir>2 KRANCHfc: • COMTI'' ANCIENNE ET MODERNE.

qu^en 1336 : elle avait coulé près de dix millions, [/ensemble de cet édifice est «runc gnlce et d*iine tristesse infinies. On ne |)eiit regarder la façade extérietire sans (Hre frappé de Toriginalité qui distin$;ue son exécution. Trois frontons en couronnent le frontispice, et le ))lus élevé de ces frontons, celui du milieu, offre un caractère (fu'on ne rencontre pas dans les monuments de la Renaissance. Le |K)rtail, avi^ son arc surbaissé, avec ses ornements et ses arabes(|ues d*unc richesse de travail et (fune perfection de déUiils achevc^s, arrête longtemps la vue. Si Ton pénètre dans rintérieur deTégiise, on le trouve généralement simple; mais le chœur esld*une grande magnificence : le luxe orient<'U <|u*on y remarque, la pierre d'une blancheur éblouissante, le marbre le plus éclatant, les vitraux rehaussés par une infinité de couleurs et qui rellètent sous mille aspects le jeu pittoresque de la lumière, tout donne à ce sanctuaire un charme indicible. Il y a dans cette partie du chœur trois mausolées en marbre blanc, qu'on ne se lasse pas d*admirer pour la finesse de leur exécution et La perfection de leur style : le mausolée ù droite est celui de Mannierilt* de Bourbon, mère de Philibert le Beau ; vis-à-vis est celui de la comtesse Marguerite, ré[>ouse de Philibert; celui de ce prince est au milieu. Des boiseries d*une richesse extraordinaire, un jul>é de forme gothique, une clia|)elle revêtue de marbre avec des ornements d'une délicatesse irr(^|>rochable, et sur l'autel un immense lal»ernacle fait d'une espèce d'albâtre que recouvrent des sculptures délicieuses; toutes ces magniticences réunies achèvent d'imprimer au chœur de cette église un caractère de |K)ésie et d'originalité (|ue les yeux comprennent, mais que la pamli* est impuissante à traduire. Knfin, tout ce monument révèle aux regards Lint de séductions, d'enchantements et de meneilles, que malgré de légères imiierfectious qui tiennent au goût du siècle, il a traversé les ans sur l'aile de l'admiration : il est resté doublement populaire, et comme œuvre d'art, et comme symbole de h pli» toiu'hante des douleurs ; aussi le voyageur qui, de nos jours, s'approche des montagnes du Jura, n'oublie-t-il pas d'aller visiter Notre-Dame-de-Brou, c sanctuaire d'amour, couche de marbre où le chevalier dort entre sa femme et sa mère, la main couverte de son gantelet, le corps revêtu de son armure, comme s'il allait se i^ voilier |>our le combat; ou la jeune femme dort si belle et si calme, avec un front où la candeur respire, et des lèvres qui semblent s'être fermées en murmurant on mot d'amour ou une prière. Dans le travail de ces tombeaux, dans ki grice de res bas-reliefs, il y a tout le génie des artistes du moyen Age ; dans l'aspect imposant de cette chapelle, toute la gravité d'une pensée religieuse ; dans cette enceinte étroite, nù les é|K)ux rei)Osent derrière leur rideau de marbre éfmngé, tout le mystère d'une chambre nuptiale. Les lettres initiales de Philibert et de Marguerite s'enlacent avee des rubans et des guirlandes de fleurs ; riiirondelle vient là dé|ioser son nid, el, à travers ces riantes images, vous voyez se répéter celte triste devise : ForlirNc, «fortune, forl'une, que MargueriU^ s'était choisie après avoir subi tant de malhell^, après avoir perdu sou époux bien-aiu)é '. »

• XaviiT XIaruifr, Souvrnlrs de voyagrs. page St.

FRANCHE -COMTE RSPAGNOLE. 435

|iaiieiiK*nl, Li iioiiiination des capitaines de Besancon, Dùlc cl Gray, celle des iKiillis, «le> odiriers de la p'iierie el de U s;uiiierie; le droit de conliscatioD, de rémission ei de grâce; les Icltres de noblesse, de chevalerie eld*érection de seigneuries en dipiiti?>; la rc'foniiation des ordonnances et coutumes du pays; la convocation des f laLs, le |)ouvoir de faire des lois, le renouvellement du pacie de neutralité, les traités de |»aix et de trêve, étaient résen'és par le souverain. Malgré ces restrictions, la part de gouvernement Iaiss4*e aux parlenientaires éLiit bien belle encore; et |)Our ces iionimos la plupart sortis des rangs du peuple, il im|K)rtait, avant tout, que le souverain conservât au pays une forme politique qui les élevait au niveau de la noblesse, r/est ce que lit Charles-Quint : il alla même plus loin. Après avoir, dans ile> premièns lettres |>at(^ntes, conlinué les franchises, liliertés et privilèges de la <lonit4'% et maintenu le mode de gouvernement établi |>ar Marguerite depuis 1510, il autorisa, dans d*nutres lettres patentes, le parlement de la province k s\'issembler vt à continuer de siéger en la ville de Ddie; et |>ar les mêmes lettres il augmentait les pn'TOgatives de la cour souveraine. A quelque temps de là, Charles-Onint faisait, en faveur des Franc-(^omtois, une déclaration des plus honorables : il eutendait qu*à l'avenir « il y eût toujoui's en son conseil privé des Pays-B;is, avec vuix et séance, un personaige de liourgongne, (rex|>értence, sçavoir et intégrité. » t)r remjiereur et ses successeurs avaient si bien trouvé cliez les ]}ermnaige$ de Hourgongne cette exiKTience, ce savoir, celte intégrité, qu'en Mlo le comte de Nerri, chancelier de Rruxelles, disait encore h dom Rertho^l : « l^es Pays-Bas ne doivent jamais oublier ce qu'ils doivent aux (^rondi^let, aux IVirenot, aux Hirhanlot : le ministère de ces grands hommes a été Tàge d*or de nos provinces. > Pro|K)s aussi (latteur \\o\\v ces illustres Kranc-(*.ouitois que |)0ur les souverains qui en a\ aient fait leurs ministres. Nous les reti*ouverons tout à riieure, ces noms des I Vrrenot, des Hichardot et de be;iucoiip d'autres jK'rsonnages qui furent l'orgueil de la Franche-Comté i\\\ seizième siècle; mais, avant de passer en revue leur brillante piialaiii^'e, il faut dire les bienfaits pro<ligués par (^haries-Quint à sa province fatHtiîl(\ comme on ap|>elait sa Comté de liour^ogne.

A la ville fie Poligny reuq»ereuracxorda le ih-oji de haute justice, avec le privili'jii: d»' rivxercer sur tout son tenitoire. Aux villes de Salins et de bùU\ il conlirma ce m«'Mne droit, en l'étendant aussi sur leui*s ressortissants. Au prolit des habitants (!(* Luxeuil, il ratifia un acte p:ir lequel l'abbé du monastère, renoneant aux droits ré- ;caiiens dont il avait joui jusrju'alors, nronnaissait la suzeraineté du comte de Bourj:ogne. A la \ille de Vesoul, l'enqierenr, c en consittération de ce qu'elle avait été \}\\>4\ l:i dernière de tonle la (.omlé lors disj^nerres «le Louis \I, »• acconîa le droit de niaiiie et «le \iconité; puis, toujours larj^'e en ses f;i>eurs, il attribua au maire la connai>since el la décision des affaires tant civiles cpie crluiinelles, dans la ville et xm territoire, avec hante, basse et nunenne justice. A (iray, Cliarles-Onint étabht le silure d'un bailliage composé de cent ((nalre-vingt-<piatre coutmunes, el qui devait envoxer chaque anmV s(s remontrances au siège principal du Itailliage d'Amont, c'«'st-â-dire à Vesoul, char^'é (!«» les présenltT à la cour. Mais Besanv(m fut la ville que ce souverain condila littéralement de ses faveurs. Sans doute, son intérêt connue emixTeur et conmie comte de Bourgogne lui dL<ail de s'attacher cctic

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graode cité, qu*il appelait lui-même dans un diplôme la dtadflle la plm forte et le bouclier le plus sûr cmUre les nmemis de l'Empire; toutefois il eût pu lui donner moins de preuves de sa royale libéralité, qu'elle se fât encore estimée heureuse de sa part de bienraits : Charles-Quinl ne se contenta point de protéger son commerce et son industrie ; il donna de nobles encouragements à ses écoles. Il fit mieux qui* de lui conQrmer tous ses privilèges ; il en ajouta d'autres : par exemple, il lui accorda l'insigne faveur d'un h6tel des monnaies, avec l'autorisation de frapper des espèces en tout métal, marquées d'un côté à l'efligie impériale, et de l'autre aux armes de la ville. En reconnaissance de cet éclatant bienfait, les Bisontins érigèrent à Charles^uint une statue colossale qui avait été coulée en bronze par un de leurs compatriotes, Claude Lhuillier, artiste dont le nom mériterait d'être moins ignoré. L'empereur était représenté assis sur l'aigle impériale, et tenant dans sa maio droite répée, dans l'autre le globe traditionnel. Ce privilège de battre monnaie n'était pas seulement, pour les citoyens de Iksançon, une question de prospérité matérielle, mais encore une victoire manifeste rem|)ortée sur leurs étemels rivaux, les archevêques. En effet, ceux-ci n'eurent pas à se dissimuler que la concession de l'empereur portait à leurs prérogatives une atteinte irréparable : ils sentirent qu'il suffirait aux gouverneurs de jeter dans la circulation une monnaie de belle fabrication et de bon aloi, pour décrier la leur. Les gouverneurs n'y manquèrent pas, et la monnaie des prélats tomba dans le discrédit pour ne plus se relever. Les Bisontins avaieot en outre obtenu de Charles-Quint le droit d'ajouter à l'écu de leur ville la principale pièce des armes de ce prince : < dès lors , l'aigle bisontine porta dans ses serres deox colonnes, signe de sa force, avec cette devise, signe de son espoir et de ses vceox chrétiens : Plût à Dieu ! ' >

Toutes ces faveurs qui pleuvaient sur l'heureuse cité impériale y développèrent un bien-être, une activité depuis de longues années inconnus ; et avec les goAts de luxe, avec le mouvement de l'industrie, se réveilla le goût des études et le besom de se retremper aux nobles sources de l'intelligence. Ixs sciences, les lettres, les arts reprirent leur marche, trop longtemps interrompue par les divisions intestines et le bruit des guerres ; et les brillantes écoles de Besancon refleurirent bientôt avec cet éclat qui les avait rendues célèbres au moyen âge et dans rantiquité.

Ce que Charies-Quint faisait pour les villes de la Franche-Comté, il le disait aussi pour le reste de la province; c'est-à-dire qu'il n'entendait pas drcoiiscrire aux grandes localités seulement le bénéfice de ses munificences, il voulait que ce bénéfice s'étendit au pays tout entier. On le sait, les deux éléments prwdpattx qui Tivi-

* PaiMge exlrail du Discours que M. Alex. Guenard a lu le 28 janvier 1850, Ion de sa réetptâoii à l'Académie de Besançon. Ce diseours présente en esquisse rbistoire de Besancon ; mais Taitevr irsYnille depuis plusieurs années à nous donner une histoire complète de eeUe cilé célèbre. Ko«s remettons bien vivement, pour notre pari, que Tœuvre de M. (inenard n'ait pu encore vu le jovr, car elle nous eût été, sans aucun doute, d'une immense reseoarce pour la conpoeition de ootro Ihrre. Quoi qu'il en soit, nous saisissons avec bonlicur ici l'occasion de remercier M. Goeaird, ■■ deaos ^» distinj^ués compalriote^t, et eu qui nous avons constamment trouvé remproaseoMOt le plos afCiMe à nous aider de son érudition. Nous n'oublierons pas, dans notre vive reconnaissance, M. Ch. Weis», Ir ron^ervaleur des richcsaes littéraires de notie province, et qui |K>ssède en M. Guenard an awûlïMK si pK-eieux.

rHANCHR - COVrË KSI^AGNOLe. 437

Aem une conlrée M>nt l'agriculture et Phidustrie : elles impriment une impulsion ^uuire au déveioppeiiient de la riciiesse pubK<|iie, parce que de leur double source ^'échappent tous ces courants qui font circuler une vie active du centre à la circonférence, de la circonférence au centre, et répandent sur Pexistence collective d*nn peu|)le une plus grande somme de bien-être. Malheureusement, en Franche-Comté, run de ces deux éléments ne pénétra que trop tard chez elle pour la féconder : si ragriculture, grice a» nombreux défrichements, y porta de bonne heure ses fruits et suivit une marche ascendante en raison des besoins de la population, il n*en fut pQis de même de rindiistrie. Trop longtemps les descendants des vieux Séquanais restèrent attachés ayx coutumes barbares implantées dans leur sol par les races conquérantes du Nord ; trop longtemps ils s'habituèrent à ne rien désirer au delà de rt que réclamaient les instincts de leur consenation, les nécessités de la vie animale : qu'ils pussent, i l'aide de simples échanges, se procurer les choses Indispensables à leur existence ; que le lait et la chair des troupeaux leur donnassent une nonrriturc suffisante ; qu'ils eussent des |ieaux de bétes pour se couvrir, ou qu'un AI brut, entremêlé d'un peu de laine, se trouvât sous leurs mains pour en faire le grossier tissu de leurs vêtements : voilà tout ce qu'ils demandaient. Il est vrai que Phorizon de leurs désirs ne pouvait guère s'étendre plus loin : l'oppression du régime féodal avec son cortège de droits arbitraires, les barrières insurmontables qui s'opposaient au développement des facultés de rinlelligence, tout défendait au peuple d'aspirer à iIp phis hautes destinées et de s'élancer dans la sphère des iilées et du progrès. \a voix <les privilégiés de la naissance disait à ceux qui portaient au front la marque plêl»êîenne : Vous êtes faits pour nmis ; et les fils de la glèbe ne pouvaient que se n'si^oier en attendant des jours meilleurs. Il fallut que la bienveillance de princes moins égoïstes ou plus intelligents que leurs semblables vint ouvrir l'ère de ces jours meilleurs, et donner par des encouragements un libre essor aux inspirations du travail : c'est ce que fit notamment, pour l'industrie en Franche-Comté, la princesse Jeanne II. On a vu qu'en 1318 elle avait, au moyen de larges gratiflcations, ik^-idé des tisserands et des drapiers de Paris h venir se fixer en Franche-Comté : li*s établissements ouverts par eux h (tray avaient exercé sur le \m% une heureuse influtuce; bienuU chaque ville a\'ait voulu posséder sa manufacture, et parmi k*s «4;il)lissements de ce genre il y en eut qui prirent une extension considérable. D'un nu(roc^)té, les {>ossessetirs de fiefs imitèrent le niou^'ement des villes : à leur tour ils attirèrent des artisans dans leurs terres, et les rouets, les battants, les métiers, les fabriques de drap et de laine s'élevèrent partout avec une activité presque rapiile. Malheureusement, la nouvelle industrie rencontrait, dans les conditions défavorables fhi soi franc-comtois et dans Tétat misérable de ses habitants, des obstacles qui rt»mï)êchaient de se dévclopjjer sur une grande échelle : le pays ne fournissait pas en abondance la matière première, et il devenait trop dispendieux de la thw du dehors; puis Pabsencc de relations bien ét;ibliis de peuple il |»eu|)le, de province â province, cnle\ait aux fabricants la ressource d'écouler leurs marchandises à l'extérieur. I>e cette manière les ouvriers durent se l)omerà ne prudunr leurs tissus de dni|H, toiles et drogtiets tju'en raison de la consommation qui se Msait de ces objets dans l'inti^rieiir du pays. ()r la consonmmtion se trouvait très-restreinte, pnr

Ar^ FU ANCHE - COMTIî: ANCIENNE ET MODERNE.

le iiiotif qirà cette é|K)qiic furgent monnayé ét«'iit excessivement rare, et que les cultivateurs, réduits à vendre au plus vil prix leui's denrées, ne pouvaient aciieter des (HofîTes et continuaient à s*en Tabriquer eux-mêmes. Le numéraire manquant, le commerce man(|uait de son principal élément de prospérité. Malgré ces entraves cependant, l'industrie franc-comtoise fit, avec les années, des progrès notables. Poligny se flatta longtemps d'avoir la manuracture la plus belle et la plus florissante (le la province ; et, dès le quinzième siècle. Salins possédait, à c^té de ses fabriques d'orfèvrerie, d'annures et de sels, des magasins de soieries, de broderies, de draps d'or et d'argent. Et l'impulsion donnée par la cx)mtesse Jeanne II avait, en éveillant les désirs et lesLesoins, élargi le cercle des idées, car le propre d'une industrie qui l>rend naissance dans un pays est d'en ap|)eler plusieurs autres. On a vu que dès le (|uator/ième siècle, les ouvriers de Plancher-les-Hines travaillaient k l'exploitalion d'une mine de plomb, et qu'à la même époque Pesprit positif des Franc-Coiutois se tournait vers celle des industries que la nature avait en quelque sorte placée sous leur main : le sol où Dieu les avait fait naître, étalant au front de ses montagnes une luxuriante couronne de forêts, il leur sembla que les bois, peu rcchercliés jusqu'alors, étaient destinés h devenir une importante branche de commerce; et, mus par ce besoin qui pousse l'homme à chercher les moyens d'améliorer sa condition, ils dirigèrent leur activité de ce côté. La ville de Pontarlier fut la première qui entra dans la voie. La nouvelle industrie eut le sort des industries naissantes : elle ne se développa qu'avec lenteur et difliculté, d'alK)rd à cause de la rareté du numéraire et du manque de débouchés, ensuite par l'absence de garanties et d'institutions protectrices. Mais les temps marchent, la voie était ouverte; et, le travail des années aidant, la Franche-Comté devait trouver un jour dans l'exploitation des buis une féconde source de richesse.

L'exemple de la comtesse Jeanne avait eu des imitateurs. Ses filles Jeanne 111 et Marguerite P«, également couitesses de Bourgogne, les ducs-comtes Philipiie le Hardi et Philippe le Bon, les archiducs Haximilien et Philippe le Beau, secondant tour à tour le mouvement industriel en Franche-Comté, lui firent faire de sensibles progrès. Ce fut principalement par la multiplication des foires et des marchés établis h jour fixe et dans des lieux désignés, que ces princes entretinrent au sein du |ay> une activité vivifiante, une émulation salutaire dont les eiïets se traduisaient en bien-être pour les masses. L'usage des foires et marchés existait depuis longtemps en Franchc-r«omté : dans les comuiena*ments du treizième siècle Salins possédait déjà les siens, et Besançon en possédait dès le milieu du onzième siècle. C*élail d'habitude dans les centres populeux, dans les villes et les bourgs, que se tenaient ces marchés publics ; lorsqu'arrivait le jour de leur ouverture, on y voyait accourir artisans, n)archands, cultivateurs; et là, par échange ou |)ar vente, ils écoulaient, Tun ses denrées, l'autre ses marchandises, l'artisan celui des produits qui rentraient dans sa spécialité, tels par exemple (|ue des objets en menuiserie, boissellerie» tonnellerie, sellerie, charrounage, ferrage, habillements. Rien n'était plus favorable ans transactions commerciales que h création de ces bazars industriels : malheureusement, les agitations de l'intérieur ou les guerres empêchaient souvent la tenue régulière de ces marchés publics ; et, d'autre part, la prime onéreuse que le droit

FIlAhCHC - OÛilTÊ IISPAGNOUL VA

fiscal 4lfs seigneurs prélevait sur les marchandises causait un préjudice trop réel aux ïniéréLs des producteurs et des consommateurs. Quelques-unes de ces foires jouissaient, il est vrai, du privilège d*étre exemptes de tout droit fiscal; et la ville de Salins, entre autres, devait à la munificence du duc Philippe le Bon d*en posséder deii\ qui étaient franches. Besançon en avait aussi qui jouissaient du même privilège.

ilrAce aux lil>éralilés des gouvernants comme aux efTorts intelligents des travailleurs, l'industrie franc-comtoise grandissait : bientôt vint le moment oh le besoin tie it>nserver le dépôt des connaissances acquises et de vulgariser la pratique ûes procédés découverts ou des méthodes inventées, se fit sentir. L'imprimerie apparut pour répomlre à ce besoin, et les bienfaits de cette immortelle conquête du génie huuain accélérèrent, eu Franche-Comté, la marche des idées et du progrès. Maintenant, qu'un homme se présentât, qui prit en affection ce coin de terre, et des lors la Franche-Comté se trouvait dans des conditions de bien-être aussi favorahli's que le permettait le régime de ces temps difficiles : Tempereur Charies-Unint fut cet homme. Il faut reconnaître, à la vérité, que Charles-Quinl, en interdisant, dans son iiiiiTét politique, toutes les relations de cette province avec les provinces où ngnaient les idées de la Réforme, portait un coup sensible à l'industrie du pays ; tuais, |>ar compensation, il s'efforça d*y fixer le commerce, et dans ce but il prit des ntesures empreintes de sagesse. Ainsi, Philippe le I^au son |M're avait permis aux villes comtoises d'ouvrir des magasins publics, des boulangeries, des bouclieries, des merceries, des halles aux draps, ou les habitants eussent la facilité de pounoir à leurs liesoins domestiques : (Charles-Quint ne se bonia point à maintenir ces importantes concessions ; il les affranchit de tons droits fiscaux. A cette épo<|ue il n'existait presque pas de forges dans les montagnes du Jura, les possesseurs de fiefs refusant d'en laisser élever : Charies-Quint encouragea cette brandie (rindustrie, et bientôt plusieurs forges se montrèrent sur divers |)OinLs, entre auun*s b rt>rge de Champagnole, qui devait prendre plus tard un si grand dévelop|)ement sTMis la direction intelligente de Gabriel Arliel.

Cliaries-Qiiint s'occupa aussi de l'administration de la Fnnche-Comté : il y K*gla b procétiure civile et criminelle; il établit des tarifs; il limita le nombre des liaillis; il taxa les honoraires des juges et des officiers de justice ; il onlonna (|ue les grands ctiemins tracés dans les bois fussent libres et découverts ; il prohilni ki cliasse à cer Liines é|K>qnes ; il prit diverses autres ntesures nt'cessaires à la consenalion des personnes et des choses. Sous son règne, la Franche-(k)mté s'enrichit de b |»rérieuse ressource du blé de Turquie, plante originaire de l'Amérique du Sud.

(l'était ave<* des encouragements donnés au commerce et à Tindustrie, et |ar des UMfMires où l'intérêt public trouvait son compte, que Charies-Quint témoignait sa bien\i'illance aux enfants de la Franche-Comté. Aussi, tout se vivifiait-il sous l'in- Ouence du sonfTIe protecteur de ce prince : à mesure «lue le commerce élevait k* niveau des fortunes, les lettres et les arts renaissaient et se développaic^nt; de nombn*ux ét«iblissements s'ouvraient et commençaient à revêtir un certain cacliet d*éh''« ^ance; le ^oùt |)énétrait au sein des villes : on visait à les emMIir, i les n^larisi*r, à leur donner une physionomie agréable ; et c'était par l'érection de statues, de fotitaiues, de Mionnuients, d'é<lifices de toutes sortis, que l'on |Nnocédâit à cfis

4i0 FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

intelligentes innovations. Enfin la province entière, villes et eampapes, liommes et choses, semblait reprendre une vie nouvelle.

Kn même temps Charles-Quint s*occupait d'organiser militairement la FninciMS (k)mté et de la mettre en état de se défendre par ses propres forces» dans révenlualité d*unc invasion. Il faut en convenir, le pays avait grandement besoin d'une réforme militaire, car il était resté jnsqu*aloi^ sans armée proprement dite. I..orsi|iH' survenait une guerre, ou lorsqu'il s'agissait de repousser une attaque, que faisaiton? (.es barons réunissaient sous leur I)annière leurs vassaux respectifs dont le nombre variait selon rimportance du fief, et, suivis de cette petite troupe, ils marchaient h l'ennemi. Voilà de quelle manière se recrutait l'année en Frandie^ Comté. Maximilion avait essayé de changer cet ordre de choses : il avait voulu donner au pays un état militaire assez im|)Osaut pour lui permettre de suffire par lui-même à sa défense ; mais les guerres de 1 177 et 1479 avaient tellement déciBir les populations, qu'il dut renoncer à ses projets de réforme : ce prince, à l'époque de sa campagne en Franche-Comté, n'y avait trouvé que trois légions de milidens et quelques com|K)gnies fournies par les gentilshommes.

Lorsque Charles-Uuint entreprit à son tour de donner à la Comté une organisatioo militaire, Tétat des choses se trouvait bien changé. Des jours meilleurs étaient venus : quarante années d'une paix presque continuelle avaient comblé les vides laissés |)ar les guerres ; et, d'après les documents, la province comptait alors i jKi près trois cent cinquante mille habitants. Ce chiffre parait faible en companùMii de ce qu'il est à présent; n>|iis il ne faut pas oublier que nos pères n'étaient pas, i lieaucoup près, dans des conditions aussi heureuses que les nôtres pour b prapagation de l'espèce : des guerres fréquentes, des mahidies contagieuses et des disettes forcÀ^s, surtout la mauvaise composition de Li vie matérielle, l'ignorance des lois de l'hygiène et de la science économique, une grande partie des terres qui manquaient de culture ou qui étaient mal cultivées, le commerce et l'industrie qui commençaient seulement ù se régulariser, mille causes enfin empêchaient aux géaèrations d'alors de suivre dans leur i*enouvellement la progression des races modernes; et, tout considéré, le chifTre de trois cent cinquante mille âmes, parlequd on représentait la population franc*comtoise sous le règne de Cliarlea-Quini, était normal |)Our l'époque. L'empereur calcula que sur cette population il pouvait, saos porter atteinte aux intérêts agricoles et commerciaux, prélever une armëe aetive de douze mille hommes qui veilleraient à la garde du sol, et voici ce qu'il ordonna : dix mille cinq cents hommes, pris paraii les artisans, les paysans et les gens sias profession, devaient composer l'infanlerie en se répartissant de la manière suivante: 4000 piquiers, 3900 arquebusiei-s, 3000 mousquetaires, 300 ballebardiers et WO ronda(;hiers, ainsi nommés parce qu'ils portaient une es|)èce de grand boudier appelé voudache. Les quinze cents autres hommes, choisis parmi les noblea, les (ïcuyers et les gens de leur suite, devaient former la cavalerie : les nobles et hs écuyers se serviraient de la lance ; les gens de leur suite auraient une hallehardei rouet. En outre, un corps de réserve serait créé pour tenir toujours au complet le cadre de l'armée active, c'est-à-dire pour remplacer au fur et à mesure des besoins li'S homnu^ qui, par suite do maladie ou de moil, manqueraient aux drapeanx

PiANGHE * COMTE ESPAGNOLE. Ml

Tout en organisant le |>ays sur ce pied militaire, Charles-QuiBt soBgeaît aux \\\U^ : il voulut ks mettre eu état de se défendre elle^mémes eo cas d*attaque. Cest à cette lin, par exemple, qu'il fit environner Champlitte de bonnes murailles, lit» (ilusitMirs tours et de larges fossés. A IMMe il envoya l'ingénieur génois François de Précipiano, pour commencer des travaux importants. On eiiloiira la ville d'une foile courtine, k la(|uelle se reliaient sept bastions trës-élevés et placés à des distances k peu près égales les uns des autres ; à ces ouvrages vint s'ajouter un fo*^ l>roron(l, avec sa contrescarpe et son chemin couvert. D'importants travaux fun»Dt aussi exécutés au château de Joux et à Gray. L'empereur, vivement préoccupé de b position stratégique de cette dernière ville, en fit réparer les fortifications. Il avait chargé de ce. soin Ambroise de Précipiano, fils de François.

VoiU |>ar quels moyens Charles-Quint veillait à la sécnrilé de sa (>)mté de Bourgogne; et, tandis qu'il lui ténK>ignait ainsi sa sollicitude, il se plaisait h s'entourer des liomuies de cette province, à leur donner des preuves uon équivoques de sa contianc(\ à les adnœttre au partage de son intimité. Parmi les officiers de sa maison on trouve bien des noms franc-comtois : Jean d'Andelot était son premier éfu>er; Mathieu Vaulchier, d'Arlay, l'un de ses rois d'armes sous le nom dt* Franchf'iUmIé; Gaude de Vienne, un de ses chaml>ellans ; Joachim de Rye, son premier sommelier de corps ; et Philibert de Montfalconnet, son maître d'bAtel. Vandenesse, de Cray, devint aussi maître d'hôtel de l'emperetir, dont il écrivit k*s voyages; Claude de la Baume et Laurent de Gorrevo<l furent, le premier, chambellan de ce prince ; le second, grand-maltre de sa maison, et tous deux, maréchaux de Bourgogne. Otaries Poupet, de la Chaux en Montagne, dont les aïeux étaient de modotes iKiysans des environs de Salins, eut l'honneur insigne d'être nommé, par Charies-Quint, gouverneur de son frère l'infnnt Fenlinand, depuis roi des Romains et em{»ereur d'Allemagne. Ferry (luyon, de Bletterans, soldat sans iKiissance, mais l^ein de mérite et d'intrépidité, fut élevé par l'empereur au gra<le de lieutenant général dans ses aniN^. Philibert de la Palu, seigneur de la Roche, et Guillaume de Ma ndre accompagnèrent ce souverain dans presijue toutes ses cam|)agi)es ; et lorsque Charies vint :i Bologne recevoir la couronne impériale, Jean de la Kilu se trouvait fkanni les oftii iers de sa suite. Charies-Quint anoblit Laurent Cliiflet, recteur de l'université de DAIe, et le premier de celte famille illustrt'^e |>ar une merveilleuse succession de savant*».

Mais nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des Franc-Comtois en qui (^luirtes* Quint mit si confiance . (Gérant Plaine, nommé s«*igneur de la Roche, eut la |)résidenct* du constMl |M*ivé des Pays-Bas. Après sa mort, Jean Carondelet, de Poligny, le remplaça dans cette éniinenle dignité. Jean Lillemand, de D<Me, d'abord s^vrétiire de la comtesse Marguerite et de Charles-Onint, fut employé par ce souverain à plusieurs né;,M>( ialions ini|»ortantes, entre autn>s h ceWes du traité de Madrid. J.tctpNS Chanihrier, consiMller lan|i:e au parlement de lK*»le, fut Tun des m'*gocialeurs (1«* Cliarle>-C^uir.t auprès des cantons catholiques de la Suiss4\ Nii*olâs Gilley, >eigrieur de Marnoz et capitaine de la ville de Salins, eut rambassa4ie de Suède. Simon RenanI, de Vesoul,Vt sur le<piel nous reviendrons, remplit h pinsieun rel»ri«*^ des fonctions diplomalitpN's, soit en France, .soit en Angleterre. Jean de

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si flaltcurs, dans ses armées, dans ses conseils, dans ses ambassades, dans son palais, jusque dans ses secrets et ses aflections, il fallait bien qu'il leur reconnût des qualités précieuses, d'incontestables vertus. Or, tandis que la Franche-Comté s*enor$:;ueillissait de voir quelques-uns de ses enfants s'illustrer et TillustriT au service de la couronne d'Espagne, elle était toute ficre aussi d*en compter plusieurs autres qui, s' élançant dans h sphère des sciences, des lettres et des arts, y trouvaient la renommée cl s'associaient ainsi noblement au magnifique mouvement intellectuel du seizième siècle, de ce siècle d'inspiration et de renouvellement, de splendeur et de prodiges, de grands hommes et de grandes choses. La Franche- Comté, il est vrai, ne produisit pas alors quelqu'un de ces noms éclatants qui rayonnent sur toute une époque et font la gloire d'une nation ; elle n'eut pas le bonheur de compter parmi ses savants, ses écrivains et ses artistes de la Renaissance, quelque poète comme le Tasse, ou l'Arioste, ou Clément Harot ; quelque peintre comme Jean Cousin, ou le Titien, ou Raphaël; quelque sculpteur comme Jean Goujon ou Germain Pilon ; quehjue penseur comme Érasme ou Montaigne ; quelque historien comme leGuichardin ou Théodore de Bèze ; quelque Jurisconsuiti* comme Alciat, ou Cujas, ou Michel de l'Hôpital : car ils sont en petit nombre caix h qui Dieu met au front le sceau du génie. Mais à côté de ces glorieuses individualités il s'en présente d'autres qui, sans avoir l'éclat des premières, n'appartiennent pas moins à la famille des hautes et belles intelligences, et c'est dans les rangs de ces individualités-là que la Franche-Comté du seizième siècle s'honora de voir figurer plusieurs des siens. Ainsi, pendant que les Philibert de la Baume, les Bonvalot, les Saint-Mauris, les Renard, les deux Granvelle brillaient dans la carrière diplomatique, et que l'éloquence sacrée trouvait dans François Richardot un pathétique interprète, Vandenesse écrivait avec talent son Journal de CharlrS'Quint ; Philibert l^oissenot, de Jouhe, rapport^iit de ses voyages d'Allemagne et d'Italie une foule de précieux manuscrits dont il enrichissait la bibliothèque du collège Sainl- Jérônte à Dôle, et il publiait le grand ouvrage de Guillaume de Tyr, VHutoire df la (jueire sacrée des Chrétiens en Orient et Palestine ; Antoine Pinel, de Nozeroy, et Jean Millet, de Saint-Amour, faisaient paraître, le premier sa traduction de Plini* le naturaliste, le second sa traduction des Chroniques de l'historien grec Jean Zonare, et celle des Conquêtes, origine et empire des Turcs; Jean Matai, de Pdigny, qui devait à son érudition l'amitié des savants les plus renommés de l'Europe, se faisait remaniuer par ses travaux archéologiques, devenait l'un ^des correcteurs des Pandertes ftorentines de I^lio Torelli, l'éminent jurisconsulte îulien, et corrigeait aussi les Inscriptions étrusques du philologue flamand Gruter; le profond Jean-Jacques Boissird, de Be^sancon, rom|)osait son Théâtre de la Vie humaine et se rendait célèbre dans la science des antiquités; Jean Gilley, de Salins, tout a la fois historien, poète et naturaliste, écrivait ses livres d'histoire et créait en mémo temps son jardin botanicpie de Marnoz, l'un des plus anciens et peut-être le plus ancien de rKnro|)e; Edouard Dumonin, de Gy, tête encyclopédique, intelligence prodigieuse où venaient s'entasser les connaissances les plus diverses, la Uiéologie, les l»elles-lettres, la mathématique, la philosophie, la linguistique, la médecine, menait au jour ses poésies, qui n'étaient qu'esprit et feu, selon l'expression de Gabriel

KRANCHK- COMTÉ KSPAGNOLK. Vil

.Viudc (I;in9 son Aiwlntjic drs r.rawls Hommes; (Jiiillaiiinc UiiiIImt vi k p*an«l artisie Franrois Liiulry, tous tltMix do Salins, (iêvoiiaient lonr vie à la sciiIpUiro, ri leur habile ciseau ininsformait en slalnos Talbàtrc des carrières de l»oiss«»l ; les harpenl iKîreet lils, de Ues;un;on, nionlraienl Télrgance de leur pnU dans la |MMulure dt*s vitraux de IV^Iise Monthenoit et faisaient admirer le coloris de leurs laldeaux rplii;ieu\; Ckiude (ioudiiuel, aussi de Htîsançon, siunonuiié le phénix des musiciens, nielUit en musique les psîunnes du roi David traduits par (llénioiit Marut, et avait riioooeur de devenir le niaitre du };rand Palestrina; rilluslre <>ilhert (^.ousin, de Xoieroy, le secrétaire et Tami dKnisme, déployait dans ses nombreux écrits une pràce, une pureté renianiuables, et donnait sa Ih^scriptiou du (Inmtê de lUnmjogne, kl plus ancienne i|ue Ton connaisse, mais où Ton regrette de voir Tauleur, emporté |iar son amour envers son pa\s natal, j)résenler sons un jour trop pnéticpie les boDimeset les choses tlont il parle ; Louis (iollut, de Pesmes, professiiit la littérature latine à Tuniversité de Dôle et f'aisiût rechercher ses Mémoires historiques de In République séquamiise et des priures de la Franche-Comté de llounjotjnc^ ouvrage déreclueux sous bien des rap))orts s;ins doute, mais où Ton aime à retrouver cette précieuse naïveté, celte bonhomie de style qui restèrent le secri?l dts écrivains du seizième siècle. Parmi les jurisconsultes, Antoine (^olondtet, de S;iint-Amnur, doDDait au public un livre ori^nnal sur la Mainmorte; Pierre Loriot, tle Salins, écrivait ses nombreux Traités, entre autres son 7'/7/i7c' de la (Ihieane, dont Stnicc son élève se lit Téditeur ; et Claude (Ihitlet, Tnn des premiers de celle illustre famille qui DC compt'i pas moins de don/e savants distingués, Claude Cliillet jetait un si vif éclat, que le grand Cujas rappelait un autre lui-même : i^'vUûi dire qu'il y avait <bns le légiste franc-comtois rétofle d'un homme de génie ; malheureusement, la niort fenleva trop jeune ))our lui laisser le temps d'amasser unr rc|mtation connue celle des Cujas, ties Dumoulin, des Michel de rilopital.

Il nous serait facile d'ajouter d'antres noms à cette liste; mais nous ne la pousse* rons |ias plus loin : telle (jumelle est, elle nous montrera <pic tout<*s les sciences connues au seizième siècle eurent leurs représentants en Francln'-Comlr. IVapiielons seulement que, durant cette j^lorieuse période, riiislruction lit d'immenses prOj'rrès dans les villes de la province, ;:r.îce aux \asles |>roportions<pry prit renseignoinent public. (lillKTl Cousin, riche des connaissinces (pi'il avait puisées dans le <'onunerce des savants de rKuro|Hî, ouvrit à Nozemy une école où les jeunes gens accoururent en foule |>our entendre la parole du maiire. A S;dins, le collège lut réorganisé sur de plus largi*s bases, et le couvent des (Capucins s'enrichit d'une bibliothètpie publique. A Dôle, qui posMMiait déjà son collège de Saint- Jérôme, Us jésnii«'> coinini'ncèri'ut cet établissement drvenu si célèbre, lro|> céif'bn* prul-élre, son^ h* nom de coll«''ire de TArc. A |{«*sançon, les magistrats dotèrent la cité d'unr cliain' df droit, r{ IVtndr des langues orientahs vint s'ajouk-r à renseignement libéral x\\w donnaient h's professeurs de cette ville. Tout li* pa\s cnlin >e r»'sseiiiil «le l'impnKion viL'oun'Use qui marqua a*tte grande époque de la Ib'naissaiire et réxiilla I«>s intelligences de leur tn»p long sommeil, pour les lancer dans la voie de l'avenir, liemercions, r\\ pass;mt, nos compatriotes du sei/ième siècle, remercions-It-s de n'élre j»as restés en arrière dans cette noble route ouverte au.x progrès de l'esprit hun;:!in : lioniiriir à leur méniune.

4S% FRANCHE - COMTÉ ANaENNË ET MODERNE.

Si nous n*avons rien dit jusqu'à présent des événemeuts politiques et militaires do la Franche-Conoté pendant le règne de Charles-Quint, c*est que, sous ce rapport, riiistoire de la province oiïre peu d'intérêt : tout s'y réduit pour elle à quelques faits accidentels et sans liaison. D'abord, durant les quarante années de ce règne, la guerre ne visita pas le pays, protégé qu'il était par le pacte de neutralité ; quant à la |)olitique, le rôle qu'elle y joua fut un rôle tout passif et qui ne changea rien i\ l'état des choses. Ainsi, dans le courant de 1540, la Franche-Comté faillit passer sous le gouvernement d'un prince de la maison de France, et voici comment : L'empereur Charles- Quint destinait la domination exclusive de l'Italie à Philippe II son fils; mais le roi François I*' avait sur l'Italie des prétentions qu'il soutenait à main armée contre Charles-Quint, et depuis vingt ans bientôt que s'agitait entre ces deux tètes couronnées la grande question relative à la possession de ce pays, rien n'était encore décidé. Or l'empereur, ne pouvant se résigner à partager l'Italie avec son rival, avait conçu le projet de transaction suivant, par lequel il espérait éblouir François I^' : il lui proposa de renoncer au Milanais, ainsi qu'à tous ses droits de suzeraineté sur la Flandre et le comté d'Artois ; s'il y consentait, l'empereur offrait, de son côté, de renoncer à toutes ses prétentions sur le duché de Bourgogne et de marier sa fille ainée au duc d'Orléans, en lui donnant pour dot les Ihiys-Bas et la Franche-Comté, qui pourraient être érigés en royaume. Les jeunes époux auraient provisoirement le gouvernement de ces provinces ; puis, après la mort de l'empereur, ils en jouiraient en pleine possession. François I*' ferait au duc d'Orléans son fils une part digne d'une telle alliance, à la proximité des pays cédés à V épousée : par exemple, le prince Philippe d'Espagne épouserait Jeanne d' Albret, fille unique de la sœur de François I*' et du roi titulaire de Navarre. Dans le cas où la fille de Charles-Quint mourrait sans enfants, l'empereur ou ses héritiers reprendraient tout. C'était, comme on le voit, la reconstitution de l'ancien royaume de Bourgogne,' mais cette fois sous la protection de l'Empire et de l'Espagne. Ici, les avantages se trouvaient trop du côté de Charles- Quint, pour que le roi François I*' acceptât la question posée en ces termes, et le mariage n'eut pas lieu.

Trois ans après, Dôle courut à son insu le danger de tomber au pouvoir de la France : celle-ci désirait vivement s'emparer de la Franche-Comté, et en 15i3 elle organisa contre la capitale de cette province, une conspiration qui avait pour chef un Dijonnais (Jean Viron), établi à Dôle. Le coup de main projeté manqua, par reflet des révélations d'un artisan nommé Jean Michel, armurier de son état; mais les conspirateurs furent arrêtés et punis exemplairement. Les magistrats de Dôle reconnurent le service qu'avait rendu Jean Michel à la cité, en le déclarant exempt, sa vie durant, de la garde et du guet, ainsi que de tous impôts (délibération du 23 septembre 1343) ; et plus tard, le roi d*Espagne Philippe II le récompensa largement à son tour : par une letlre du 1(> janvier 1558, il lui accorda trente journaux de terre à prendre dans la foret de Chaux, derrière le village de la Love ; en même temps il lui permit de se construire, au lieu ap|>elé la Tinclie-Kobin, une forge c convenalile à forger épées et tous autres instruments de guerre, » comme dit la lettre d'octroi *.

I Cette pièce est rapportée en entier dans une brochure récente de M. IHJIa, iotilolée : Comipi^ Tdlion contre DâU «n 1343, par lu François; fait kUîoriqm incmmit à imu lu AiffaKiM éê

Ss^

FRANCHE - COMTÉ KSIUCNOLt:. 453

Lors du fameux traité de Crcpy en Valois, c*est-à-dire en to4i, Cliarles-Quiiit revint sur sou projet de mariage : Teoipereur doDuait au duc (fOrléans l*infantc Harie sa Glle, ou la seconde de ses uièces, Tille de sop frère Ferdinand, roi des Kooaios. Si le duc d'Orléans épousait Tinfanle Marie, elle aurail pour dot les Pays- Ras et la Franchc-Coiuté ; s'il prenait la lille de Ferdinand, celle-ci aurait le Milanais, auquel renoncerait le prince Philippe d*Espagne. François 1*"% de son côté, renoncerait k toutes prétentions sur le royaume de Naples et le duché de Milan, ainsi qu'à la suzeraineté de h Flandre et de l'Artois ; et l'empereur abandonnerait ses droits sur la Bourgogne ducale. C'éLiit le projt^ de loiO, mais modifié. Cette fois, Cbarles-Quint faisait des concessions, supprimait (pielques clauses qui renflaient ia transaction«plus acceptable ; et Fran(:ois P' consentit au mariage de son lils, lorsqu'un événeuient vint rompre tous les projets : le duc d'Orléans mounit, subitement emporté par une maladie contagieuse.

La Franche-Comté resta donc à l'Espagne; mais quatre ans plus tard, à la fajueuse diète d'Àugsbourg, Charles-Uuint la lit agréger au corps germanique. Le :26 juin 13 18, il formait do cette province et des di.\-Si'|)t provinces des Pays-Bas, le dixième llercle de liourgogne, « pour demeurer sous la protection, tutelle et conservation du Saint-Empire, et jouir des prérogatives et droits connmms à tous ses membres. » Ihir réciprocité, le nouveau Cercle de Bourgogne devait partager avec les états de l'Allemagne les charges imposées et y contribuer dans la pro|)ortion d'un double contingent électoral ; toutefois il ét;ûl exempt de la juridiction de l'Empire, et chacune des provinces composant le Corde conservait son indépendance, sa constitution particulière, l/année suivante, remporour étant à Bruxelles régla le mode de succession à la souveraineté dos I^ays-l^as et de la Franche-Comté : il déclara que les descendants nulles et femelles de s;i famille c s'y succé<leraient tant en ligne directe que collatérale, jusqu'à l'inlini, nonobstant toute loi ou coutume contraire. » A cette date de 1519 s'arrête le dernier acte politique de CJiarles-Quint en ce qui concerne la Franche-Comté : mais avant d'entrer dans le récit tles faits relatifs à cette province sous le règne de Philippe II, on nous permettra de ne |)as nous sé|>arer de Charles-Quint sans rappeler comment ce prince descendit volontairement du trône le plus puissant de rEuro|>e pour venir s'enfermer dans la cellule d'un couvent.

Après quarante années d'etforts, de travaux et de coinbab qui l'avaient usé avant 1 âge, Charles-Uuint se voyait obligé de renoncer au but suprême de son ambition, à son rêve de domination universelle. C'était dans sa propre famille qu'il avait rencontré les premiers obstacles à la réalisation do si's pruji^ts : depuis longtem|»s il couvait, au fond de l'àmo, la pensée do réunir la couronne d'Allemagne aux couronnes d'Espagne, d'Italie et des Pays-Bas, pour les placer sur la tête de Philippe son lils ; et, comptant sur la soumission qu'a\ait toujours montrée a ses volontés

Im yrancke-Comti, tt publié par un paléofjraphe dolois. Kn effet, aucun des historiens francconlois n'a parlé de cette conspiNtivin, et nous regrettons, avec l'auteur, qu'elle <uit restée complète- ■califaorie; mais en recherchant dans les archives du parlement de Franche -(^mtè, déposées à ia prAbdorc «la déptriemcnl du Doubs, ou trouverait sans doute de précieux détails à recueUlir sur ttUL

son frère Ferdinand, roi des Romains, il croyait aisément le décider à rési^^ier ce titre de roi des Romains en faveur de Philippe. Hais Ferdinand ne voulut pas faire ce siicrifice à la grandeur de la branche ainée de sa maison ; il refusa de se prêter à I élection de son neveu comme second roi des Romains, et cette opposition inattendue avait douloureusement affecté Charles-Quint. La guerre que Fempereur entreprit ensuite contre les princes protestants d'Allemagne, Tinsuccës de ses armes, le désastre dlnspruck, qui fut pour son orgueil une blessure profonde, portèrent un coup sensible au découragement dont son âme était déjà saisie : les souffi'ancM^ physiques qui le tourmentaient, jointes à la fatigue d'une lutte sans lin qu'il ne se senudt plus la force de continuer ni par le glaive ni par la plume, achevèrent de briser la puissante activité de son esprit; et dès lors il résolnt d'étonner FEurope par une détennination dont l'histoire offre bien peu d'exemples. Le 25 octobre lSo5, il convo(|ua les états des Pay^Bas et de la Franche-Comté dans la grande salle du palais de Bruxelles; et là, entouré de rois, de reines, de ducs, de chevaliers, il lit lire un acte d'abdication par lequel il transmettait à sou (ils Philippe la graodemaitrise de l'ordre de la Toison d'Or et la souveraineté de la Comté de Bourgogne et des Pays-Bas. Cette lecture achevée, l'empereur se leva pour prononcer un discours où tous les actes de sa vie étaient passés en revue; où, demandant panlon k ses sujets des fautes et des erreurs de son gouvernement, et déclarant qu'il allait consacrer au service de Dieu ce qui lui restait de jours, il finissait par ces touchantes paroles adressées à son lils : c Puisque votre père a voulu, pour ainsi dire, mourir avant le temps, pour vous faire jouir par avance du bénéfice de sa mort, je vous demande avec raison que vous donniez au soin et à l'amour de vos peuples tout ce que vous semblez me devoir pour vous avoir devancé la jouissance de l'empire. Les autres se réjouissent d'avoir donné la vie à leurs enfants et de leur pouvoir laisser des royaumes; mais j'ai voulu ôter à la mort la gloire de vous faire ce présent, m'imaginant recevoir une double joie si, comme vous vivez par moi, je vous voyais régner par moi. » Lorsque Charles-Quint eut dit, il embrassa son fils, et, lui posant la mm sur la tête, il le proclama souverain des Pays-Bas et de la Franche- Comté. Mais à ce moment Charles-Quint ne put résister à l'émotion dont son ànio était pleine : les larmes s'échappèrent de ses yeux, larmes qui provoquèrent celles de tous les assistants. Ce fut un Franc-Comtois, le cardinal de Granvelie, que Philippe chargea de répondre à la harangue de l'empereur; et Granvelie sut noblement s'acquitter de cette tâche aussi flatteuse que difficile.

Deux mois vingt jours après cette première abdication, Charles-Quint convoqua, dans ce même palais de Bruxelles, tous les grands d'Espagne, et, en leur présence, il transmit à son Tds les couronnes des Espagnes et des Indes. Il ne lui restait plus qu'un sacrifice à faire, celui de renoncer au sceptre impérial; mais ce dernier sacrilice sembla lui coûter beaucou)) plus que les antres : il hésita longtemps avant de pouvoir se décider à consommer cette abdic^Uion suprême. Enfin il s'y résigna. Ijc :Î7 août 1555, il chargea le prince d'Orange de porter à son frère Ferdinand, roi (les Romains, sa couronne, le sceptre et le globe de l'Empire; et, trois seoiaines après, il s'embarquait pour l'Espagne. A quelques mois de là, le superbe béritier des Césars, rorgueilleux émule de Charlemagne allait s'enfermer, sous rhuinbk

nom de frère Arsène, dans ce couvent de Saint-Jiist (|ue ï^i retraite a rendu si célî*bre, el qui s'appelle aujourd'hui rKscurial. Le monarque déoouronné irouva-t-il nu fond de sa solitude le calme de IVnue après lequel il soupirait? On en peut douter : i Juries-Onint était une de Ci^s natures qui ne devaient se reposer que dans la londie. WJle s'ouvrit sur lui le âl septend)re ir>58, et lorsqu'il n'avait pas encore achevé la cinqiidDie-neuvième année de son %e.

On rapporte de ce prince, durant sa retraite à Sainl-Just, une |mrole qui, s'il l'eût luîse en pratique au temps de sa puissance, aurait rendu bien moins lourde |K)ur lui la responsabilité de ses actes devant Thistoire, la char^^e de ses comptes devant INeii. Charles-Quint, dans sa soliliule, passait souvent de longues heures h s'oo- «ni|ier de mécanique : comme il se plaisiiit surtout à manier des horloges, à les •uonler, à les démonter, pour éprouver leurs rouages et pour tâcher de les Taire Jouer avec harmonie, il lui prit fantaisie un jour d'ess^iyer s'il ne senit i)i)s |>ossible «le donner à deux |)eudules un mouvement égal. Après avoir longtentps réfléchi, longtemps cherché, sans pouvoir arriver à la solution du problème (|ui le préoceufail : « Eh tpioi, s'écria-t-il, je nv puis réussir à régler deux pendules; comment clone a-l-il pu me venir l'idée de jeter dans un même moule la raison et la conscience •le tant de milliers d'hommes! »

Cette idée, malheureusement, il l'avait nourrie {Mandant quarante ans et l'avait f loursuivie |Kir tous les moyens, aux tléi^ens du repos et du s;uig des peuples.

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