CHAPITRE TROISIÈME
Recommandations de Charles-Quint.— Philippe 11, roi d'Espafrne et eomte de Bonrgoffoe. — Caractère de ce prince; sa politique. — Inquisition en Franche-Comté. — Série de calamités. — Iji sorcellerie et les sorciers. — Henri Bof^net, ^nnà-ju^t de Sainl-Claode. — Les hommes coupables. — Progrès de la Réforme en Franche- Comté. — La confrérie de Sainte-Barbe. ^ Les relif ionnaireit de Besançon. — Gilbert Cousin. ^ Persécution contre les religionnaires de Besançon. — l^it impérial. ^ Rentrée nocturne des religionnaires à Besançon ; leur échec. — Atroce réaction. — Chanson contre les huguenots. — Le V(b victis. ^ Mort de Claude 111 de la Baume, archeTèqoe de Besançon.
Vei^s les premiers jours du mois de juin 1556, les états de la Franche-Comté s*étaient assemblés à D6le : ils venaient recevoir le serment des trois commissaires que Philippe II, le flis et successeur de Charles-Quint» avait chargés de prendre solennellement possession de la province. Ces trois commissaires étaient le sire Clauile de Vergy, man^chal de Bourgogne, Jean de Poupet, seigneur de la Chaux, et Pierre Desbarres, président du parlement de DAIe. En présence des états, ils jurèrent, au nom du nouveau souverain, de maintenir intégralement les franchises, libertés et privilèges du pays, et les états leur accordèrent, selon Tusage, un don gratuit en numéraire.
Quelques années auparavant, en 15i8, Charles-Quint, dans une de ses dernières instructions à Philippe II, avait eu la bienveillance de lui recommander spécialement la Franche-Comté, non-sculemenl parce que ses habitants étaient les plus anciens sujets de la maison de Bourgogne, mais h cause de leurs bons et loyaux senices envers sa couronne : « Il y a on ces quartiers-là, disait Charles-Quiut, la Comté de Bourgogne, qui est tant éloignée et écartée de nos autres États, qu*il serait trop malaisé et coûteux de la secourir. C*est pourquoi j'ai toujours trouvé bon, pendant les guerres passées, qu'elle traitât et s'entretint en neutralité avec les Français et les Suisses. Mais comme il n*y a pas de quoi se fier aux Français, ni à ceux qui t«1chent de leur complaire, j*ai commandé de fortifier la ville de DAIe, capitale du pays, et j*ai fait employer en cela les aides que Ton m*y a octroyées. Et vous devrez tenir In main que cette forteresse s^achève, et celle de Cray aussi, et que le cblteau de Joux soit réparé, et autres places fortifiées, et que tout ce que vous tirerez de la province soit destiné à cet usage, et pareillement pour fournir de provisions, d*artillerie, de munitions et autres choses nécessaires, afin de s*en aider au besoin. D'autant que cette Comté est le plus ancien patrimoine de la maison de Bourgogne, et en assiette fort avantageuse pour endommager les Français, selon les occurreDces; de tant plus (|iie les vassaux et sujets de ce pays ont toujours gardé et gardent une grande loyauté, et qu'ils se sont signalés par leurs services h nos devanciers et à nous; et vous pareillement en pourrez être bien seni. Ainsi, je vous recomouiDde la fortification, défense et consenation de cet État. >
Ces conseils étaient d'une grande sagesse et d'une intelligente politique. Chartes-
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Quint le romprcnait bien : la Franclu'-Cointé avait tiesoin pins (|if aucune autre, pciur se soutenir, «Fune protection enicace et continue. Kncl;ivée entre In Suisse, la France et rAlleuiagne, et vivant isoloe <le ses mnitros, loin de leur présence, loin de leur contrôle, elle se trouvait dans une condition tout :i Tait n part entre les posi^essions espgnoles. UntlacluV aux Pays-lVis, mais en riant s(''parée par des provinces étrangères, elle n'avait puèro avec eux de relations que sous le l»on plaisir lies princi^ (lu voisinafi^e; et cette situation anormale ne pouvait quVngendrer, entre l«s niitoriti'S franc-comtoises et flamandes, des snjiis continuels de mécontentement ou de mésintelligence. C'était pour in<lenmiser la Comté de lk)ur$;ognc des inconvénients inhérents à cette disposition géographique, que Cliarles-Uuint avait toujours été prodigue de faveurs et de bienfaits envers ce pavs, et voilà pourquoi tr prince le recommandait parliculicrement à la sollicitude de son lils. Mais Philippe II ne devait pas se ressouvenir des instructions palornelles. Lorsqu*il eut sur la tête b couronne des Ii]s|)agnes et des Pays-Ras, il ne songea plus qu*à poursuivre roNivre de destruction et de mort dont il nourrissait <léjà la pensée avant l'abdicaliOD de son |»ère; et, s il s*occnpa de la Francln*-(Iomté, ce ne fut qu*en vue d'y «iaMir Tinquisition, ce tribimal inventé pour ass:issiner la conscience humaine. Aussi les Franc-(]omtois eurent-ils le pressenti njont que le règne de leur nouveau ^souverain ne se passerait pas pour eux sans leur ap)M)rler de grandes souffrances : INHivaient-ils attendre autre chose de Philippe II, de ce monarque à la pâle et sinistre figure, et qui, se posant devant rKuro))e connue le champion du catholicisme, comme le bras arme de rk;;lise, seud)lait venu sur la terre |>our étoniïer tout élan, toute lumière, toute liberté de conscience, pour anéantir tout ce qui m* parLigerait pas sa foi fanatiipie; îcénie sombre, fatal, implacable, monomane coufftmné, qui ne devait reculer devant aucune violence, aucune perfulie, aucun crime, <\\n devait sacrilier sa vie, ses trésors, ses sujets, jusqu'à sa famille, pour assouvir sa haine inquîsitoriale contre Thérésie, et pour arriver à rec<)ustituer une œuvre désormais impossible : Tunité politique et religieuse.
On conçoit que cette idée fixe chez Philippe II fennait son âme à toute autre pensée. Les besoins et les souffrances des peu|)ies soumis à sji domination ne le touchaient |)as : ces i^euples étaient-ils pour Luther ou pour le pa|M>, voilà tout ce qu'il tenait à savoir de leur existence. Qu'importaient les réformes administratives, les mesures d'utilité publnpie, les questions d'industrie, de commerce, d'intérêt gé*mTal; qu'importait le sort des populations, à l'homme qui préférait régner sur ties caiLivres que sur des luthériens, à l'homme qui poussa le fanatisnic catholique jusqu'à laisser mettre à mort son propre fds, soupeoimé d'hérésie! (^.e (|ui pn^occiqKiil Pliilippe, ce n'était pas le bien-4**ire ou la misère de ses sujets, mais leurs tendances Higieuses : en ce derin'er point, il se montrait à leur é;rartl d'une inlnléranrr inexorable; et lorsqu'il les snspt*ctail de p;irtager nu seulement de ne pas abhorrer lesidtVs réformistes, ses ordres impiloyables ne se faisaient pas plus attendre, qi.e le zî'le de ses inquisitem-s n'avail lesnin d'être stimulé pour trouver des victimes. Ou ne s'étonnera donc pa^ «pi'avec de tels principes, le roi cntlmUqur se soit fort peu soucié diH; reconunandations de Charles-Uuint à l'endroit de la Franche-(!nmlè; et, comme nous l'avons dit, s'il daigna s'oe(*up(T un moment df rrlte province, oii