‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 34 sur 52 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Recommandations de Charles-Quint.— Philippe 11, roi d*Espa|rne et eomte de BoargOffBê. — Can^ tère de ce prince; sa politique. — Inquisition en Franche-Comté. — Série de ctlamitét. » U so^ cellerie et les sorciers. — Henri Boguet, ^rand-jug:e de Saint-Claode. — Les hommes eoapsMci. — Progrès de la Réforme en Franche- Comté. — La confrérie de Sainte-Barbe. — Les relifîoBDairM de Resançon. — Gilbert Cousin. — Persécution contre les religion naires de Besançon. — ÊdilîMpérial. — Rentrée nocturne des religionnaires à Resançon ; leur échec. — Atroce réaetion. — Chaason contre les huguenots. — Le V(b victis. — Mort de Claude III de la Baome, ircbeTéqne 4e Besançon.

Vei^s les premiers jours du mois de juin 1556, les états de la Franche-Comté s'étaient assemblés h Dôle : ils venaient recevoir le serment des trois commissaires que PhiliRpo II, le fils et successeur de Charles-Quint» avait chargés de prendre solennellement possession de la province. Ces trois commissaires étaient le sire Claude de Vergy, maréchal de Bourgogne, Jean de Poupet, seigneur de la Chaux, et Pierre Desbarres, président du parlement de DAIe. En présence des états, ils jurèrent, au nom du nouveau souverain, de maintenir intégralement les franchiseSy libertés et privilèges du pays, et les états leur accordèrent, selon l'usage, un don gratuit eo numéraire.

Quelques années auparavant, en 1oi8, Charles-Quint, dans une de ses dernières instructions à Philippe II, avait eu la bienveillance de lui recommander spécialeniest la Franche-Comté, non-seulcmenl parce que ses habitants étaient les plus anciens sujets de la maison de Bourgogne, mais h cause de leurs bons et loyaux services envers sa couronne : « Il y a en ces quartiers-là, disait Charles-Quint, la Comté de Bourgogne, qui est tant éloignée et écartée de nos autres États, qu*ii serait trop malaisé et coûteux de la secourir. C'est pourquoi j'ai toujours trouvé bon, pendant les guerres passées, qu'elle traitât et s'entretint en neutralité avec les Français et les Suisses. Mais comme il n'y a pas de quoi se fier aux Français, ni à ceux qui t«1chent de leur complaire, j'ai commandé de Tortifier la ville de DAIe, capitale du pays, et j'ai fait employer en cela les aides que l'on m'y a octroyées. Et vous devrez tenir la main que celte Torteresse s'achève, et celle de Gray aussi, et que le chiteaa de Joux soit réparé, et autres places fortiflées, et que tout ce que vous tirerez de b province soit destiné à cet usage, et pareillement pour fournir de provisions, d'artillerie, de munitions et autres choses nécessaires, afin de s'en aider au besoin. D'autant que cette Comté est le plus ancien patrimoine de la maison de Bourgogne, et en assiette fort avantageuse pour endommager les Français, selon les occurrences; de tant plus que les vassaux et sujets de ce pays ont toujours gardé et gardent une grande loyauté, et qu'ils se sont signalés par leurs services h nos devanciers et ) nous; et vous pareillement en pourrez être bien seni. Ainsi, je vous recomaiacde la fortification, défense et conservation de cet État. >

Ces conseils ét;ûent d'une grande sagesse et d'une Intelligente politique. Charles-

riuNciiK-coMTt; k-spagnolk. »■»

i »!miiikNinaDl, dil (H)llut, ôdicllcs, artillerie, Uuiilwiirs et autres clioses, \oire même, liiose iiK*rédcbile entre les Mleuiands, les t>outeilles et les biirils. »

Eu 1565, uue maladie |)estilentielle cause (raiïreux ravages dans la (>)iii(é. A IMt*, les trois quarts des liabitaiits désertent la ville ; et parmi les [lei'soiuies qui > resièreol, sept cents succonil>ent au Iléau.

Eii 13609 kl cherté des grains est telle, «iiie le bicliet de blé, c'est-îWlire les douze mesures, ne coûte |>as inoins de trente-six livres. Le vin se pave dans une pro|H)r* tion analogue.

Eu iS(i7« la maladie |)estilentielle de Tannée ir>(>o renouvelle ses ravages el se ttignalCv avant de cesser, par une recrudesi*ence si violente, (pie tous les villages de la province en ressenlenl les eiïets.

Kn celle uiéine année 15()7, le duc d* Allie, conduisant des troupes espagnoles dans les Pays-Bas, [lour y comprimer rinsurreclion, |>asse par la Franche-Comté, où ses soldats se livrent à de graves désordres.

En 1368, le duc des Deux-Ponts et le prince d'Orange travei-sent la Comté avec uue armée nombreuse, |)our venir au secours des calvinistes de France, et cette armée signale par des excès de toutes sortes son |>assage dans le pa\s.

En 1369« ce sont les bandes allemandes du duc de Wolfgang (jui traversent et désolent le bailliage (rAmonl, ravagent la campagne de Vesoul et brûlent plusieurs \illages, entre autres le bourg de Faverney.

Eu 1371, nouvelle épidémie.

Eu 1373, toutes les vignes de iU^sançon, ainsi tpic celles de la (^omtô, sont entièrement gelées.

En 1376, les soldats du prince de Condé commettent des désordres eu pass;int Mir les frontières du |iays |iour rentrer en France.

Eu la même année, survient une i:;rande |>este; elle enlève à Hes;inron |»lus de cinq cents |iersoiines.

En I577« une armée espagnole retournant dans son pays, et une autre armée espagnole tirant en Flandre, |)reiinent toutes deux leur chemin par la Fraïu^he- Comté, qui soufTre beaucoup de leur passiigo.

En 1578, les Français |iénèlrent dans la province du coté de Lons-le-Sauliiier; ils s*em|Kirent de Saint-Amour, puis de Saint-Laurent-Ia-Uoche. et répandent partout la désolation.

En 1386, nouvelle épidémie plus terrible que les précédtMiles : à Silins, le Iléau fra|i|)e cent vingt-cinq familles; à Ik^sanron, il enli.'ve quinze cents |K.M*sonnes; à Vesoul, il sévit avec une telle intensité, (pu* deux mois après son apparition dans la ville, il > restait à peine cinquante habitants, k-s :nihvs ayant fui «laiis les bois ou suc(-ombé.

En celte même année, la rherlé des grains v{ dos choses mcessairrs à la vio est si gramle, qu une partie du {leuple meurt de fiiiin.

cavjliisieDl même la {urlie hi*it de la \ille ri prcMMilciil r;i>|ii*rl d'un ^r.ind noii\f juMpi'a l.i Nioiie. Ce plicaomciie dure quelquefois l^ui^ jours. Peu k peu les eaux >e rtlireiil, le ^'ourfre se \ide. et lo UrrcBt cesse de couler, (knic source singulière se nomme Fra's-Vnits. > annuaire du dèpmle- Mcnl éÊ la Uatête Saône |»our l'année \H±rt, par MM. SicHitx el Uaii.^om; page 119, à la note.)

Wi) PUANCHL- COMTÉ ANCIENNE Kl MODERNE.

En 1587, les soldats du duc de Guise, sous prétexle de poursuivre une aroiée allemande qui venait au secours des calvinistes de France, et qui, n'ayant pu réusMr à faire sa jonction avec ces derniers, s'était rabattue sur la Franche-Comté, s'avancent jusqu'au cœur de la province ; et bien que leur entrée sur le sol franc-comtois fiit le résultat d'une convention, ils s'y livrent à des violences, des excès et des brigandages de toutes sortes. « Us attachoient, dit un témoin oculaire, à des poteaux fort estroitement des vieillards de trois-vingls et de quatre-vingts ans, auxquels ils brùloient la barbe et le visage avec des tisons de feu allumés, et, se gaudissant d'eux, les laissoient aucune fois la du tout. Les femmes et filles, (|uoique retirées dans les forêts ou cachées dans les buissons, étoient recherchées par ces méchants comuie la sauvagine par les veneurs. > En un mot, l'armée du duc de Uuise se comporta dans cette malheureuse province, comme l'eût fait une soldatesi|ue efTrénée el victorieuse.

Nous nous arrêtons : cette douloureuse série de dates en dit assez sur les souffrances et les calamités qui se réunirent pour accabler les Franc-Comtois ; et ce|)endant, comme s'il ne leur eût pas sufli de toutes ces misères, il fallait qu'un autre fléau vint encore les aflliger : nous voulons désigner ce préjugé funeste dont les générations actuelles sont, grâce a la diffusion des lumières, délivrées aujourd'hui, mais (|ui tenait encore, au seizième siècle, une grande place dans la vie des individus. Â cette épo(]ue, l'ignorance et la superstition faisaient croire à la sorcellerie, aux démons, aux maléfices; et ce n'était pas seulement parmi les classes inférieures de la société que les accusations absurdes de magie trouvaient créance : beaucoup de bons esprits partageaient les mêmes préventions. Or l'on sait où conduisaient ces malheureuses croyances, et combien elles firent de victimes : on ne se contentait pas de dépouiller et de ruiner les gens accusés de sorcellerie; mais ce ((u'il y avait de plus abominable, c'est qu'on les Uvrait à la torture, on les biiUait l>our la plus grande gloire de Dieu. Les infortunés sur qui pesait le soupçon d'un tel crime étaient traduits à la barre des grands-juges, et leur procès ne traînait pas en longueur : la crainte de la torture amenant pres(|ue toujours les accusés «^ faire l'aveu de secrets dont ils ne connaissaient pas le premier mot, ou de prati(|ue$ cakilisti(|ues auxquelles ils n'avaient jamais songé sans doute, et la su|)erstition ou fintérêt du juge admett^mt rexistence des démons et des sorciers, tout était dit; le tribunal condamnait au dernier supplice : on brûlait ces malheureux. C'est ain.vj qu'on en fit mourir une foule en Franche-Comté. Ou se le demande, comment pouvait-on croire à la sorcellerie de sorciers qui se laissaient toujours brûler sans qu'on vit jamais aucun d'eux exercer son art magique en se dérobant lui-uiduie aux

VowY se rendre com|Ke de l'inlluence que les idées de sorcellerie exerçaient eui'ore à cette époque sur l'esprit des masses, et pour bien comprendre à quel di-gn* rignorance et le fanatisme étaient poussés, il faut lire un ouvrage de ce teui|)S, intitulé : Discours exécrables des sorciers, ensemble leurs procès faits depuis (letix anSf arec nue Instru (ion pour un juge en fait de sorcellerie. L'auteur de cet ouvrage était un Franc-Couilois qui natiuit à Pieirecourt, aux environs de Cluuuplitte, (i qui jouit de son vivant d'une im|:osante renounure : on rappehit Henri Boguct;

KRANCHK r^lMTE KSP\GNOI£. 461

il ruil graïui-juKc à Saint-Oyaii de Joux, en la terre de Sainl-Claude. Son livre esl itn nrneil des iiiterro|çu(oirt's (in'il avait lui-même fait suliir aux individus sou|N;onn<'*N ()u crime de sorcellerie, et cet ouvrage se termine, comme son titre l'indique*, |iar des avis adressés aux jeunes légistes sur la matière. Nous ne savons si ce mal* hfMin'ux Ko'^iet croyait à la sorcellerie, et si les conseils qu'il donne sont de bonne foi : son langage, ses raisonnements, la fermeté de ses arrêts, tout semblerait le lat>ser à |»enser; mais, à coup sûr, son livre est le plus cniel (|ue jamais homme ait rcril. l/auteur y disserte sur tes diverses applications de la peine de mort, avec une st^rénitt* qui fait peur; il y parle de soumettre de malheureux prévenus ii la question, rt de les condamner au supplice de la liart ou du fagot, absolument comme s*il s'agissait de la chose la plus simple du monde. La lorlure et la mort, \oilà rinvariable conclusion à la(|uelle aboutissent tous ses raisonnements, voilà toute s;i manière de procéder contre ceux qu'il suspecte d'être sorciers; car, (lour lui, l(*s sorci(*rs existent, il les connaît à la première inspection, il les devine à leurs g(*st4*s, il leur démarche, à leur regard, <^ leur son de voix. Aux yeux de Boguel, les sfirciers ^ont de plus grands criminels tpie les malfaiteurs et les assassins; aussi n*conm)ande-t-il de se débarrasser promptement d'eux : qu'on les applique d'aboni à la lorlure i>our les forcer d'avouer leur commerce avec le diable ; puis cet aveu fait, qu'on se dé|)éclie de les brûler : tout le scrupule de Boguet, c'est de savoir si l'on doit les brûler vifs, ou les étrangler premièrement et les brûler ensuite L'inmx-enrc de Tàgo ne trouve pas même grâce devant lui : « De savants docteurs, ditil, avancent qu'on ne doit pas procéder à condamnation contre les enfants accusi^ (te Nirc«'llrri(', et qui n'auraient pas atteint leurs seize ans. Je suis d'une 0|»inioii toiiii* contraire, car j'estime que non-seulement il faut faiœ mourir l'enfant sorcier qui t*>t en ;)g4* de puberté, mais encore celui (pii est en lias âge, si Ton reconnaît ipi'il > a fie In malice en lui. Hien est vni que je ne voudrais piis pratiquer en ce ras la fH'inc des sorciers, mais quel(|ue autre plus douce, comme la rortif, » Kn lisant de >einb!ahies lignes, on n<* s;iit si le sentiment que l'on éprouve est de Fimli* ^'nation ou de la douleur; mais, quand on vient à songer que Itogiiet ékiit gQiuljii;;** de la jiidicature <le Saiiit-diaiiile, et qu'à ce titre il avait le droit de n^mire des .irr«'l^, on fn.Miiit, on redoute de siivoir le nombre des victimes t|ue dut sacrifier a*t l:o!iiiiii\ qui trouvait (*t voyait juirtout des preuves de sorcellerie, et qui condamnait ^ur II* inoimlre indice, l/exeuiple suivant nous montrera combien il lui falkiit |ieu «b: cIiom; pour conelure à la |)eine de mort:

I rie nuit, un |iays;in crut remarquer que sa femme, coiicImV à ciMé de lui, ne respirait ni ne lHni:;eaif. Il sr met à l'appeler à jdusieurs rejirises, il cherche à l'éveiller : impo>sil»Ie d'en \e:nr à bout. Mais voilà (pi'aux priMiiiers ra}ons du jour, la femme M* i've en )K)usNa!it un soupir ou un cri. Le mari, dans son li-ouble, va trouver P t^iiet \m\v lui ecHiter l'aventure. Uoguct fait venir l\ femme et rinterroge. Sur la tépoii^^e <Ie eille-ci, (|ne la *^\'i\ï\i\c fatigue (|u'elle avait ressentie la veille eu tra* \aillaiit aux eliamps était la seule cause de son profond sommeil : • .Mauvais moyen de jusiitiiationl » s'écria Hogiiet; et la malheureuse fut brûlée, t'/esl lioguel hiiiiiêiue oui rapporte le fait ; c'e>t lui ipii, sur des indices de cette nature, envoyait une cié:itur<' liumaine au bûclitT. L*) main tremble à l'historien en écrivant le chlflre

4G3 KUANCIIE-COMn-!; ANCIËNNI*: KT MODKRM::.

des inforUinés que le grand-juge de Saiut-Ciaude rendit vicliiues de sa iiiouoiuauie sinistre : le malheureux ! il ne fit |>as brûler moins de quinze cetiU permnnn m dix ans, et il s*en vantait ! Si l*on demande comment les abbés de Saint-Claude pouvaient tolérer sous leurs yeux cet assassinat juridique de t;int dVtres fomiés à rimagc de Dieu, à cela Ton répondra que chaque condamnation de prétendu sorcier valait aux seigneurs prélats un droit d'écbute. Le plus souvent, ces sorciers n'étaient antres (pie des bourgeois ou des cultivateurs qui avaient le courage de déieudre leurs droits ou leurs biens contre le des|>otisme ou la cupidité des moines de Siiint-Claude.

Disons-le : ils étaient vraiment coupables, ceux de ces hommes qui se constituaient les représentants de Dieu sur la terre, et qui laissaient s'accomplir de telles barbaries. ]V*étail-ce pas leur devoir de protester, au nom de rhumanité, contre ces absurdes et cruelles sentences qui révoltaient la conscience et la raison ei eiivoyaieol d*innocentes créatures expier dans les bûchers un crime imaginaire? Est-ce que leur u)ission de prêtres, leur caractère, leur dignité ne leur commandaient pas de dcndner du cœur des populations ces grossiers préjugés qui se traduisaient en condaBiiiations homicides, ces ridicules croyances qui dégradaient l'intelligence humaine, égaraient les Ames et ne tendaient (|u'à leur inspirer une fausse idée de leurs dévoila, une fausse crainte de Dieu? Cela leur eût été si facile cependant! Ils avaieul (les auditoires attenlirs qui recueillaient les paroles tombées de leurs lèvres catholiques, comme le sol des foréLs recueille la graine qui tombe des arbres au souflle du vent; ils avaient la confiance de ceux qui souiïraient, hi reconnaissance de ceux qui priaient, le respect de ceux qui croyaient; ils étaient le gouvernement moral des âmes. Mais ils se refusaient à mettre leur iulluence au service de ces généreux cl féconds principes qui font pénétrer la vérité dans les esprits, les moralisent, le> élèvent et les éclairent : en indignes ministres de l'Évangile, ils aimaient mieux tenir la lumière sous le boisseau, parce que la superstition et Tiguorance leur assuraient l'empire des âmes; et, pour conserver leur domination, |)eu leur importail (|ne (les milliers de malheureux, victimes de cette su|)erstition et de cette ignorance, lussent condamnés, brûlés, stigmatisés et maudits. Encore une fois, ils étaient bieu coupables ; car, en entretenant par système l'ij^niorance, ils commettaient le |»lus !;rand des crimes, un crime de lèse-humanité. Non, ils ne voulaient pas que la lumière se fil; ils la craignaient, et voilà |>our()uoi ils n'avaient pas assez de colènd (*t (le malédictions contre les libres penseurs et les hardis philosophes qui, rompant en visière avec les traditions du vieux monde, vouaient leur plume et leur parole à dessiller les yeux des peuples, à leur faire entrevoir des vérités inconnues, i leur ouvrir des horizons nouveaux ; voilà pounpioi ils n'épargnèrent pas plus les persécutions que les calomnies et les anathèmes à ces glorieux a|»ôtres de l'avenir : et bientôt ce ne fut plus sur eux seuls qu'ils firent tomber leurs ressentiments; ih& en imursuivirent tous ceux qui, frappés des révélations soudaines que leur aiiporlaieut CCS révolutionnaires de la pensée, se rallièrent à leurs doctrines. Pour étoufTer les idées nouvelles, les ennemis de la lumière n'oublièrent pas d'intéresser les rois dans la (piestion, parce que les rois avaient à leurs ordres la force brutale, cette éternelle ressource de la tvrannie contre la liberté. Il v en eut un de ces souverains, Pbi*

niANCBK-GOint R8PA0N0US. ê»

lip|M> If, qui accepta le rAle d'exécuteur de la pensée, eC qni se sentit asset de haine au cQ*ur pour dépenser quarante années de sa vie k combattre par le fer eC par le feu les progrès de Tesprit humain : Phistoire nous apprend i quelles sangtantes l'-pretives il so«imit ses sujets, dans Fespoir de réaliser ce rêve homicide; mais lo bnâtique monarque eut beau se montrer bnpitoyaMe, organiser b terreur, épuiser les formules de la violence et de la cruauté : malgré ses soklais, ses inqulsitears, ses bourreaux, ses éilits, ses échafauds et ses béchers, il ne put arrêter la marche des iiViH, et in Réforme, ce cauchemar qui ne lui laissait ni repos ni sommeil, eonlinna «le f^igner les sympathies des populations. A ne parler ici que de la Francbe^^iOmté, pays tout imprégné cepemkiot de principes catholiques, la Réforme y avait bR «le grands pas, et à la fln ses progrès y étaient devenus asseï encourageants pour donner aux rcligîonuaircs l'espoir «le dominer la province : c'est ce que fiiilHt prouver révénement qui sera relaté ci-après, quand nous aurons dit comment il ht prépan^ et amem^

On a vu que Guillaume Rirel avait le premier, en 1524, commencé de prêcher la RM>rme dans le Montbéliard. U fiimeux Théodore de Bèie et d'antres roiaaionnairfs tinrent à leur tour semer en Franche-Comté les nouvelles doctrines; mais ce Ait ik Besançon surtout qu'ils cherchèrent h faire des prosélytes, lueurs discours avaient oMenu tant de succès, que dès 1539 on jugeait nécessaire, à Besancon, d'exercer des poursuites contre les partisans de la Réforme; et quetqnes années plus tant, rkMnie luthérique^ comme on disait alors, avait gagné Uni de terrain, que de sévères informations étaient ordonnées contre un grand uombre de citoyens, même contre plusieurs étrangers établis dans la ville. Hais les rigueurs et les persécutions n'arrêtèrent ni les progrès de la Réforme, ni le lèle des prédicants qai venaient chique année faire de la |>ropagande, et qui rencontrèrent des sympathies Jusque lamii k^ membres du gouvernement. A la même époque, les nonveiies opinions ns ligîctises avaient déjà pris des racines si profondes dans le comté de MombéUifri, qu'en 1539 le prince régnant y stipprinmit officiellement le culte eathoRqne pour hri substituer le culte protestant; et, d'autre part, la Réforme Ihisait un chemin si rapiile en Fninchc-ComtiS qu'elle recruuit de nombreux adhérents parmi les noMi*s de la province, tes conseillers du parlement de D6le et hs hommes de b kanti* bourgeoisie. On notait particulièrement les conseillers Henri Colin, Etienne le derr , Nicolas Diicerf, Claude Sonnet, Nicolas Duchamp, Jenn Chapuis, etc. ; les sires t:iaude-Anioine de Vaudrey, baron de Clervant; Nicolas de Vaudrey, son Aère, seigneur de Vauvillers; Marc de Rye, marquis «le Varembon, colonel d*nn régiment Itanc-comtois au ser\ Ice de l'Kspagne ; son flis Cbude-Francois de Rye» baron de Ymltafans et ca|Htaine de chevau-légers ; et plusieurs autres. La plu|iart des ndbérenu un peu notables faisaient partie d'une association qu'on appebit la camfrérif ilr Sainte-Barbf, laquelle avait été fondée sous un prétexte religieux, mab dont k* iHit secret ('*tait d'amener en Franche^kHnté le triomphe des Mées nouvelles, et d*bitroduire dans celte province di^s changements |)Olitiqiies semblables k eeux que préméditaient les prolestants des Pays-Bas : les niemlires de la confrérie de Sainle- Kariie comspondaient avec ces derniers, à l'efTct de s'aider mutuellement el de tout iliN|H^*r pour h missiti» dis mouvi^ents «lu'ils pré|karaient. L'insuccès des proies-

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tants dans les Pays-Bas fut une des principales causes qui empêchèrent les réformés franc-comtois d*exécuter leurs desseins : ils attendirent des jours plus favorables; mais les événements qui se passèrent h Besançon vinrent ruiner leurs espérances.

Des troubles éclataient fréquemment dans la ville impériale : les intelligences tic plusieurs des membres du gouvernement avec les sectateurs de la liberté reiigieust*, et la tolérance de Tarchevëque Claude III de la Baume, partisan lui-même des nouvelles doctrines, enhardissaient Tanimosité toujours croissante enlre les catholiques <*! les réformés; de sorte que le moindre prétexte amenait une collision : une statue de saint que Ton trouvait un matin renversée ou mutilée, un défunt suspect d*liérésie et que Ton inhumait hors des murs en terre profane, une plaisanterie à l'endroit de la religion, cela sufQsait pour faire naître des querelles; et dans ces conflits il était rare que le sang ne coulât pas. Un soir entre autres, la ville fut mise en grand émoi : quelques huguenots (pour nous servir de Tépithète que Ton donnait alors aux partisans de la Rérorme), quelques huguenots n*ayant fait aucunes révérences au moment où le saint-sacrement passait, un coup de pistolet partit, et la balle vint frapper au front Tun d^entjc eux, nommé Pierre Grandjean, qui tomba roide mort. Aussitôt Talarme se répand ; les huguenots courent aux armes, en criant : !>»ijeancel on a tué l'un des nôtres! les chaînes se tendent, les arquel)uses se chargent, on entend le bruit de détonations ; et sans la nuit qui survint, une lutte sérieuse se fût engagée.

Ceci se passait au mois de juin 1872, Tannée même où mourait dans les eaclioLs de rinquisition, à Besançon, Fillustre Gilbert Cousin, chanoine de Noieroy. 1^ pape Pie V Pavait fait enfermer comme suspect d*hérésie; mais Gilbert Cousin n'était coupable que d'avoir écrit quelques pages où l'on pouvait, en équivoquant sur les mots, trouver matière h l'accuser de tolérance religieuse, et d'avoir, dans un autre de ses ouvTages, montré trop d*admiration pour le grand Érasme, son patron et son ami. Que l'on ajoute à ces misérables chicanes une plaisanterie que le clianoine de Nozeroy s'était permise contre les membres de son chapitre ', et l'on saura pourquoi le pape l'avait fait jeter en prison. Gilbert Cousin n*en sortit pas : il y mourut avant qu'on eût terminé l'instruction de son procès.

Cependant les agitations continuelles de la cité impériale, et le nomlire toujours croissant des huguenoL«i, avaient éveillé les inquiétudes dans les régions du pouvoir. L'empereur Maximilien H, fils et successeur de Fenlinand au trône d'Allemagne, fut averti que, s'il ne prenait de promptes mesures, c toute la ville était en danger de changer de religion; » et Maximilien, cé<lant aux alannes des catboli- (|ucs, envoya le baron de Hontfort et le comte de Bolwiller à Besançon pour faiit" une enquête sur Tétat des choses. Les deux commissaires impériaux se livrèrent ;iux plus sévères investigations : ils informèrent contre une foule de dloyens accusés d'hérésie, et p:irmi ceux-ci, quelques-uns furent pendus, d'autrea emprisonnés d'autres condamnils au bannissement ; les plus compromis se dérobèrent aux poursuites en allant se réfugier soit à Montliéliard, soit h Genève ou à Neufcbild. Au

* P.ir allusion h r^ chapitre, rompo^é d'un doyen el de lix chanoines* Gilbert Cousin avtit peint nnr un de» murs de «a mai«>n une cnriraiure représentant réfrli^ de 5%aint -Antoine avee wmf tnie et siv eochon<.

FRANCHE-COMTF'; ESPAGNOLE. 46r»

nombre des fugitifs se trouvaient des membres du gonvemement, tels que Pierre Grosperrin, Henri P:tris, Simon Relin, Antoine le Goux. Les conm)issaires de l'empereur prirent les mesures les plus rigoureuses |)Our ramener lu ville à Tortliodoxie ; ec, ces mesures ne les rassurant |)as complètement, ils firent publier un peu plus uni, h b date du 9 juin 1573, un Mit par lequel non-seulement il (^tait enjoint aux Bisontins, nous peine de ronfinvaiion de corps et de biens, de vivre en bons catlioliqnes, mais encore où l'on ordonnait à tous ceux qui connaitniient des personnes suspectes d'hén'»sie, de venir aussitôt les dénoncer sous peine des mêmes chdtimetHn. l/esprit de Tinquisition avait, comme on le voit, passé par là. Du reste, voici cet cdit ; il est aussi précieux h recueillir que curieux à connaître :

Édit de Sa Majrst^: Imp^.iualr Maximujkx II, Publié en la cité de Besançon, le î) juin 1373.

« NonSv I'lric.u, comte de Montfort et Rotlienfels, et Jkax, baron de Roiwiller, rooimissaires de Sa Sacrée Majesté lmp(''riale, notre souverain prince et sei$2;neur, loàjours Auguste ;

c Et nous, gouverneurs de cette cité de Besançon ,

• Faisons savoir h tous connue il suit : Que dès le temps (pie Sadiie Majesté Impériale serait iKirvenue à ladite cité et cbef du Saint-Kmpire Komain, elle aurait princi|ialement dressé le but de ses actions à Texaltalion et bonneur de Dieu, repos, union et utilité de ses sujets. Icelle (Sa Majesté) étant avertie que dans cette cité de Besançon se serait non-seulement préclié, mais fait actes contraires à la foi et religion catliolique, apostolique et romaine, qui de toute ancienneté a été obsenée dans ladite cité, mais aussi à Toccasion de divers cliangements de religion qui auraient troublé la vraie [k\\\, union et concorde qui doivent être en toute républiipie qui veut se consener et s*agrandir, qui auraient aussi semé beaucoup de liaines et de rancunes, d'iniquités, de discussions, de querelles, même de meurtres; c*est pourquoi Sa Majesté nous aurait ordonné de nous informer non-setdement des causes de tous ces désordres et malbeurs, mais encore de pounoir aux moyens nécessiiires pour les arrêter.

« Pourquoi ayant unanimement et j)ar ensemble pesé et éplucbé le tout, et ayant consulté les vingt-huit (notables) et un Irès-graml nond)re de iiot^tbles et [MMiple de cette cité ;

• Nous défendons et prohibons, de la part de Sa Majesté, connue en ayant de très-expresses ordonnances et counnandements, à tous citoyens, manants et habitants de cette ville, de quel état, degré et profession qu'ils soient, publier, divulguer, semer ou enseigner en général ou eu particulier, publi(|uement ou secrètement, soit en manière d'enseignement, disputes ou devises, par conversations, d'aucunes doctrines qui soient contre la foi et reli;^'ion catholique et romaine ; mais nous leur ordonnons de viva» et demeurer fermes en ladite foi, <le hanter et frécpienter les églises et divers services, et recevoir les saints-sacrements selon les institution et tradition de notre mère sainte Kglise, connue du passé ont fait leurs prinlécesseurs, le tout à

lieine de confiscation de corps et de biens. < Plus, il est prohibé à tous, sous la même peine, de cliantrr chansons en franco

çais, soit spirituelles ou autres, non accoutum(fes en TÉglise catholique et romaim*. ni user de paroles dérisoires ou diflamatoires attouchant à Tbonneur des personnes d'église ou autres.

« Davantage, prohil)ons et défendons h tous, sous les peines susdites, tenir, communiquer, vendre ou acheter aucuns livres sus|)ects grand ou petit, venant de lieux suspects et contraires à fancienne religion romaine; ordonnant à tous ceux qui en ont, dans vingt-quatre heures, de les jeter au feu, sous |>eine de punition corporelle et châtiment exemplaire.

« Item, il est ordonné à tous citoyens, manants et résidants en celte ville, qui ont des serviteurs et servantes, ou autres personnes qui résident, de ne point leur permettre de tenir des livres suspects et défendus, de chanter des chansons comme il est défendu ci-dessus, ou de faire quelques actes contraires à la sainte foi, et de nous en avertir, à peine d*en être punis eux-mêmes, ensemble lesdits serviteurs et senantes, ou autres résidants en leurs maisons.

« En outre, il est ordonné à tous ceux qui sauront et connaîtront quelques personnes qui auraient contrevenu h cette ordonnance impériale, en quelque sorte que ce soit, (le les venir révéler et déclarer, et ce, dans vingt-quatre heures après, h nous commissaires, et, en notre absence, aux magistrats de cette ville, à peine d*élre punis eux-mêmes comme infracteurs des ordonnances de Sa Majesté. Et pour faire connaître et éclater la grande bonté, douceur et clémence de Sadite Majesté, en cas que, dans ladite cité, il y aurait quelques |)ersonnes qui, par légèreté ou persuasion, se seraient écartées de la vraie foi catholique, apostolique et romaine, et auraient suivi quelque doctrine nouvelle et contraire à Torlhodoxe, lequel sans feintise et dissimulation se reconnaisse, et mette ou prête serment entre nos mains, ou celles de ceux que nous commettrons h ce sujet, de sortir sans feintise ou dissimublîon de cette secte et de ses erreurs, et de s*unir étroitement à Tobéissance de notre mère rËglise catholique et romaine, selon qu'il est porté à ses édits et décrets ; nous, en ce cas, leur avons quitté, remis et pardonné, quittons, remettons et pardonnons entièrement les peine et ofTense pour cette fois.

« Mais à tous autres, tant résidants que citoyens, de quel sexe et qualité qu'ils soient, qui ne voudront vivre et se comporter en l'obéissance de la foi catholique, apostolique et romaine, selon qu'il en est ci-devant contenu, ordonné et prescrit, leur ordonnons et enjoignons qu'ils aient à sortir de cette cité, banlieue el territoire d'icelle, h savoir : quant aux étrangers n'étant habitants ou domiciliés, dans trois jours prochains; les autres citoyens et habitants, dans dix jours prochains, à compter dès le jour de la publication, sans espérance d'y jamais rentrer ou retourner, à peine d'être pimis comme il est déclaré ci-dessus.

c Leur permettant néanmoins, de grâce spéciale, de prendre, emporter» retirer et transporter tous el singuliers leurs biens ailleurs, où bon leur semblera, sans être empêchés, molestés ou recherchés par qui que ce soit, ni en leurs biens ni en leurs personnes, ni directement ni indirectement.

« Et quant a ceux qui, avant la luiblication du présent édit, se sont de leur propre instinct et mouvement retirés hors de la cité, comme aussi ceux qui par nous lesdits gouverneurs en ont été rhassés et bannis, qu'ils ne jouiront de cette grâce et pardon

FRANCHE-GOMTK KSPAliNOLK, iiî7

(ie Sa 3Lijesté, iiKiis ne seront j.iniais remis ni rcrns en ciUte rilé, hanlienc et lerriloire d*icclle, sans Texpre^se onlonnanee el pennission de Sa Majesté Impériale. »

En lisant cel édil, on eroirail tenir nne pa{ço empruntée aux statuts fie Tinquisition : que le roi Philippe II, le ranati(|uc champion du catliolicisme, eût ajiposé son nom au bas d*nn tel acte, cela se conroit parraitement ; mais que le si^nataiie de cettt* ordonnance ait été Temitereur Maximilien II, ce prince |)hilosoplie (pii avait failli abjurer le catholicisme et qui avait constamment respecté la liberté religieuse, on a de h peine h le comprendre. Maximilien s*était toujours montré de la plus coniplëte idënince à regard des partisans de la Réforme : les religionnaires bisontins, bannis |iar redit du 9 juin, ou réfn^riés h Montbéliard ou en Suisse, ie savaient si bien, (|U*ils s'étaient adressés à ce prince |K>ur en obtenir rautorisalion de rentrer dans leurs foyers; et, surpris de voir Maximilien leur refuser formellement celte |)ermission, ils résolurent, après de nouvelles et vaines instances, de s*ouvrir par la force les jiortes de la cité.

Uaus la nuit du i\ juin io7r> ils parurent sous Uesamjon, assistés de leurs coreligionnaires allemands et fnnrais, et conduits par un p:entill)OUime lorniin, nommé l*aul de Biraujeu : ils se réunirent à la porte de Initiant; puis, à Taide de |)etites barques, quelques-uns d*entre eux traversèrent le hoiibs, escaladèrent la nuuaille, se saisirent du g:mlien de la p(»rte, lui eu lirent donner les clefs et coururent rouvrir, l-eurs com|Kignons entrèrent aussiiùt. (leux-ci s'emparèrent des pièces (rartillerie qui se trouvaient sur le rempart, ils les transportèrent s;ms bruit jusqu'au vieux (lontde Ii:ill;ml, et les y braquèrent. Cela fait, quelques bonunes furent laissés à la jnrdc du |K)nt : le reste de la troupe, armé (ranpiebuses et de pistolets, se répandit dans la ville, au cri «le Virtoirel vivtnirc! r IùwhjUc ! se partaj^c'a en d<Mix bandes, qui suivirent Tune la (irandYne, Taulre la rue desdran^es; et conlraiiii^nant tous l'eux qifils rencontraient à leur prêter main-forte, recrutant sur leur ]>assage plusieurs de leurs coreligionnaires, (|ui n'avaient pas quitté lit^sanron malgré Tédit, les iosurja's vinrent si>. réimir en masse sur la place de Saint-Uuentin : mais ils ne devaient pas aller plus loin. Au premier bruit de cette attaque nocturne, le sire François de Vciçy, lieutenant général el gouverneur de la Franclu'-Comté, cpii se tn»uvait par liasanl en ce moment à Kes;nH;on, avait prouqMement pris ses mesures. irautre part, rarclievèque Claude III de la Baume était accouru près do M. de Verj:} |iour le seconder dans ses disi»ositions; car, de|)uis quelque tem|is, monsei;ïneur do la Baume, prélat à la conscience élastique, se nxtnlrait animé (Puno ardein* Kuite lielliqneuse contre les huguenots. H ne se rappelail plus sans doute (pfil sortait luimême rallié jadis h la Hi'fonnf, qu'il avait :issi>té iilnsieurs foi< aux prêches dr Lyon, qu'il avait été l'un «les mendires Ifs plus inllumts (\o la confrérii' de Sainti'- RarlN?. Mais antres t«'nq)S, auhv manière dt* penser et d'aj^ir. Le révi-n'uilissiuie archevêque aspirait à devenir cardinal; et, pour gajriier le chajieau rouge, il f;dlait hifU se poser en zélé défenseur de la religion : or, à cette époipie, ie meilleur moyen lie passer pour bon catholique aux yeux du saint-[)ère, c'était de travailler à l'extermination des hérétiques; voilà pourquoi Claude de la r>aimie, en apprenant la tenutive des religionnaires de Besançon, était allé, l'épée et la n)n<lelle au pnin^, se mettre à la disposition du sire de Vergy.

468 FRANCHE - COMTÉ ANaENNE ET MODERNE.

Lorsque les réformés Turent arrivés sur la place Saiot-QueDliu, ils s*y virent accueillis par le feu d'une batterie qu'avait fait dresser en cet endroit le sire de Vergy, et qui leur tua plusieurs hommes. Les réformés ne s'étaient pas attendus à cette attaque ; cependant ils ripostèrent vigoureusement à coups d'arquebuses, ils essayèrent même de s'emparer de la batterie, et peut-être eussent-ils réussi sans l'arrivée des gens de la bannière Saint-Quentin, qui se mirent à tirailler sur eux. Leur position devenait critique. Pris entre deux feux, ils sentirent qu'il ne leur restait plus qu'à vendre chèrement leur vie, ou qu'à battre en retraite : ils s'arrêtèrent à ce dernier parti. Un moment leur retraite se fit en assez bon ordre; mais un citoyen du nom de Jean Mairet, aïeul du célèbre auteur de Sophonisbe, ayant blessé d'un coup de pique le chef de la troupe, tout alors se mit à la débandade. Les réformés, assaillis d'un côté par l'artillerie, de l'autre par les hommes qui les an|uebusaient à travers les soupiraux des caves, et par les femmes elles-mêmes, (|ui du haut des greniers faisaient pleuvoir sur leurs têtes une foule de projectiles, ne purent regagner qu'avec peine la porte de Battant, par laquelle ils étaient entrés : pour comble de disgrâce, lorsqu'ils arrivèrent à cette porte, ils en trouvèrent la lierse abattue. Ces malheureux se voyaient ainsi privés de tout moyen de salut : quelquesuns, dans l'espoir d'échapper à la mort, essayèrent de traverser le Doubs à la nage, et s'y noyèrent ; un grand nombre fut massacré ; d'autres enfin, demeurés prisonniers et livrés incontinent à la justice des gouverneurs, furent ou pendus, ou décapités, ou écartelés, ou traînés sur la claie, et l'on attacha les membres de plusieurs d'entre eux à des poteaux d'infamie dressés hors des murs de la ville.

L'échec des religionnaires de Besançon atterra leurs partisans et remplit d'usé joie sinistre les catholiques. Ces derniers ne manquèrent pas d'exploiter la victoire au profit de leurs rancunes et de leurs anhuosités : Ils y puisèrent des arme:! pour soulever les passions contre leurs adversaires vaincus, pour appeler sur leum têtes les vengeances et les colères. Ce fut alors une réaction atroce* On ne rechercha pas seulement les citoyens que l'on soupçonnait d'avoir favorisé Penlreprise de$ religionnaires, mais encore on poursuivit ceux que Ton suspectait d'hérésie : on condanma les uns au ehàiiment des traîtres, on bannit ou l'on emprisonna les au* très ; plusieurs eurent leurs maisons pillées. Les autorités civiles et religieuses s'attachèrent à donner le plus grand éclat à la victoire remportée sur les hérétiques : do: messes solennelles furent dites dans les églises de SaintrEtienne et de Saiut-Jean et, pour |)er|)éluer le souvenir de cet événement, les magistrats de Besançon décré lèrent que le :2i juin de chaque année serait célébré |)ar une procession générale oî l'on rendrait grâces à Dieu d'avoir délivré la cité. On composa dans le temps, surb défaite des huguenots, une chanson qu'on nous saura gré de reproduire ici ' :

Piciids louange au roi des deux,

Kn tons lieux, 0 Uesauçon, ville antique ;

Puisqu'à la faveur des saiuls.

Leurs desseins N'ont servi aux hérétiques.

< OUe pièce se trouve insérée au tome l*'' des Mémoires et DocutnenU pour $$rvtr à fkiê toire de la Franche-Comté, (/est de là que nous l'afons tirée, ainti que Tééit rtpporté fkwà kMl

KItliNCHi:: COMT£ E.SPAGNOLK.

ÏAur Muislre voloulé Mais Diea, qui e^l notre port,

A êlé Kl support,

l«a ciU" meilre an pillagr. Suscita noire archevesquc,

Lt's litMix sacrés embrasés Qui repoussa hardiment,

Kl pillés, Vaillammeut,

Tour y faire un brigaudai^c. Uur rage el fureur turquesque.

Ainsi brassoienl sur les clianips

Lt's niêchauls Tel complol abominable ; Kiiflii ces vrais eonctuis

Uni vomi Leur Irabisou déleslable.

T6l après on vit veni

Preux Vcrgy, Lequel, d'un cœur roagnanime.

Fil lèlc au premier assaut.

Qu'en sursaut Nous donna cette vermine.

De juin vingl-uuième jour,

S4ir le jour Ces ^ucux suiveut Tcnlrepriso ; rtaçanl bateaux k l'enlour

D'une tour.

Par llallaal ils l'oul surprise.

Kux entrés en grand' fureur.

Kl clameur, Taul clic\aux qu'infanterie, (rioieul: Kiéres, armez-vous,

Sui\ez-uous; Câlinons lût rartillerie.

Leur lapitaine Reaujen,

ii-aitre a Dieu, l'.oiidiiisoil celle canaille, Liitmlnoil ces laids ^làtin^,

Le> uiulius, (.i> Uinuis, cette rdcatlle.

Iliuucliaut loi> tous entre eux

Kn c«^s lieux, L«'> ronjnn's btMcliques Ont, par d(*s traits inbnmain>,

Toinl leurs ntain;»

Pu siu^' lie?» bons callioliquo.

Cesl un fait miraculeux.

Merveilleux, Que par bien petite troupe l^es buguenots sont cbasséh.

Repoussés, Kt soudain mis en déroute.

Celui qui, l'enseigne au poing,

Korl en point IV>rloil avec grand courage, Forcé de la mettre bas,

De ce |»as Au plus i6t plia bagage.

Bcaujeu étoit flanc a flanc

Par les rangs ; Voyant des siens la défaite*, Promptement tourna le dos,

A pro|ios, l*our n'être pas de la fêle.

Celle retraite ne fut.

Qu'il n'y eut De massacrés un grand nombre ; Ou les alloit abattant

Par BalUnl, Kt ou en fai>oit décembre.

V|au'tiai)t Ifs '^n\b île iliovanv.

Par niunceaux, li.ins la ville avec bravade, Ont l»ra<|ue cinq gros canons

Sur le pont, Atteadaul leurs camarades.

Plusieurs payent aux |Hiis$on$

l^'ur rauçon.

Dont ils flrent leur pâture; ijkT avec les bons cbrétioos.

Ces coquins Ne prétendoteot sépoltur««

En ces termes furent pris

Et surpris Plusieurs qui resloient pour gage :

Gascons, Français, Allemands,

Tous truands.

Finirent par le cordage.

Besançon, lu as senti

Ce moment-ci, Des huguenots la surprise, Puis eu cette hostilité

Assisté, Garde-toi d'une entreprise.

Donc extirpe entièrement,

Promptement ; Car, si justice n'est Taitc,

• •••••••• (Ce*vm manqiir-^

Tout à droit.

Pour un il en naîtra mille.

Or, Seigneur Dieu, Rédempteur,

Protecteur, Ta main soit une muraille.

Ton bras soit un boulevard

Et rempart Pour garder tes pauvres ouailles.

Si ces couplets sont loin de briller par la richesse poétique, on voit qu'en revanche l'auteur s*y montre d*une rare prodigalité d'épithëtes à Tadresse des religioonaires : il ne lui suffit pas de les traiter d*ennemis, de inécliants, d'impies; il les présente tour à tour comme de la vermine, de la canaille, de la racaille, des truands, des î^ueux, des coquins, des brigands, des pillards, bons tout au plus à jeter en pâture aux poissons. Et qu'avaient-ils fait pour mériter cette avalanche d'injures? quels crimes avaient-ils commis? Leur crime, c'était de professer des opinions qui admett^iient la liberté de conscience ; c'était ensuite d'avoir voulu rentrer dans leurs foyers, d'où les avait chassés un édit arbitraire. Certes ils pouvaient être, tout en croyant à Luther, d'aussi braves gens que ceux qui croyaient au pape ; mais, condamnés a s'insurger pour avoir le droit de penser librement, ils eurent le malheur d'être vaincus, et il leur fallut payer tribut à l'inexorable Vœ victis : en religion comme en politique, les vaincus ne sont pas seulement des adversaires que Ton frappe, ce sont des victimes que l'on calomnie. Telle est la destinée de ceux qui jouent aux révolutions : quand ils gagnent la partie, ce sont des héros; quaud ils la l>erdent, ce sont des infâmes. Combien de fois cela s'est-il vu dans nos temps modernes! Il en fut de méuie pour les réformés de Besançon : vainqueurs, ils eussent été proclamés les héroïques défenseurs de la liberté religieuse; vaincus, on ne se contenta pas de leur sang ; on couvrit de boue et d'outrages leur mémoire maudite. Les couplets qui précèdent le montrent assez. Et n'est-il pas curieux de voir Hauteur de ces couplets glorifier l'archevêque Claude de la Baume d'avoir repoussé hardiment, vaillamment, les hérétiques? lui ce même prélat qui s'était fait inscrire parmi les membres de la confrérie de Sainte-Barbe, lui qui si longtemps avait encouragé les idées de la Réforme. Puisque monseigneur de la Baume éprouva plus tard le besoin de redevenir bon catholique, il eût bien dû changer aussi sa manière (le vivre ; Ciir ses biographes nous le montrent comme un homme sans moralilé, sans principes, adonné aux femmes, dissipateur h l'excès, et qui ne cessa d*étre le même jus(|u'à la fin : c 11 est mort sans confession, rapporte le cardinal de Granvelle; on l'ensevelit en une pauvre et trouée nappe de cuisine au lieu d'un Unceux, une inltre de papier, huit torches et six petites chandelles. » Voilà comment mourut à Ari)ois, le 13 juin 1584, monseigneur l'archevêque Claude III de la Baume.

KRANCHK-COlITIv RSPAGNOI.E. 471

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