‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 35 sur 52 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Iltari IV fi Philippe II. — Uéclaralioo de %^fit i CRspa^e. — lofuioD de la Pranebe- Comté. ~ Trf œbiccouri el sca Urraini . — Rarages dani le bailliage d'Amonl. — Violttion de la eapilalatioo de VeM>«il. — Noble «ncriflce dea Véaulieni . — Trembleeoorl deraol Beaaoçon. — Ivehee de d'Aïu- Minville defaol Salins. ~ ijt coonéuble de Caatille. — Eipoltion des Lorraiot. — Bataille de Fon* Uine-FraBcai«e. — Knirée de Heon IV eo Franche-Comté. — Ranire* daoi le bailliafe d*Afal. — ileori IV detant Beuocoo. — Le maréchal de lliroo et les Arboitieni. — Siéfe d'Arboia.— I^ capiutof Morel. — Héroïque défenae des Arboiaieot. — Capitulation. — Colère da maréelMl de Itiron. — Trairique épisode. — Le fieux tilleul. — Mot de Pichegni. — Entrée de Henri IV i Arbui»; kon raraclère. — Noble réponse des Salinois. — Henri IV i IH>lif ny ; l'échevin Jeto Maison ; b Vierfp en vermeil. — Henri IV à Uns-le-Saulnier. — Déloyauté de ce prinee. — Incendie de Loo^-le Saulnier. — Jugement sur la campagne de Henri IV en Franche-<Iomté.

On a (lit que Tliistoire des rois était le martyrologe des peuples, il y a dans ces mots une viTitô douloureuse : car c*est ranibition des rois, c'est leur orgueil on leur égoîsme, qui trop souvent ont amené les troubles et les révoltes, provoqué les luttes, allumé le feu des guerres; et ce sont les peuples qui toujours ont fait, xvec leurs mis^res et leur sang, les Tnis de ces inhumaines tragédies. I/année 1S95 Tut pour les Franc-Comtois une preuve cnielle de cette réflexion. Ils virent Tinvasion étrangère s'abattre chez eux, ensanglanter et rançonner leurs villes, désoler et ravager leurs campagnes, promener le fer et la flamme à travers leur sol; et pouri|uoir |iarce que la (|uerelle de deux têtes couronnées le voulait ainsi. Expliquonsnous. On sait combien la France eut à soiiiïrir, au seizième siècle, des guerres dites le religion ; on sait quelles agitations, quels bouleversements marquèrent b |)ériode k> la Ligue, C4>iti> redoutable confMération formée sous le prétexte de défendre la "eligion catholique, apostolique et romaine contre les huguenots, mais dont le but rentable était de su|)er|)Oser TÉglise à TKtat ; on sait aussi que le roi de Navarre, >!us t:ird Henri iV, fut un des chefs huguenots qui combattirent avec le plus «réclat es ligueurs; cpie ce prince rem|>orla sur eux les mémorables victoires de Coutras, ^n|ius et Ivr>, et qu'enlîn |K)ur s*aplanir le chemin au trône, il abjura solennelement Thérésie. Entre Talternative de rester roi de Navarre et protestant, ou de levenir rxn de France et catholique. If Béamaix, comme rappelaient les Kgueurs rétait pas homme à Italancer : c Paris vaut bien une messe, » avait-il dit. I^ con* rersion de Henri portait à la Ligue un coup sensible, mais cependant elle ne rabattit las. Il restait aux ligueurs, |>our les soutenir, l'appui du vieux roi d'Espagne Pliiippe 11, lequel travail cessé de combattre les huguenots, en même temps qu'il traraillait h fomenter des troubles en France, dans l'espoir de les voir tourner à son iront. D'autre |»art, la Ligue n\ait à sa tête un chef liabile, entre|>renaut, opiniâtre, H d'autant plus irréconciliable, qu'il avait cm lui-même hériter tie la coaroone : 'Vtait le duc di* Mayenne. Or, après Tabjuration de Henri, le dur de Mayenne vint /cnfeniMT d.ms la r»o(irgogne, avec l'intention fie demander au roi PNlippi* Il la

cession de cette belle province, et de la faire ériger en royaume : il pensait que Cft arrangement ser\irait la politique du monarque espagnol, qui ne croyait pas à la durée du règne de Henri IV et qui conservait toujours l'espoir de placer un prince de sa famille sur le trône d<^s Valois. Mais Henri IV allait déranger tous les calcnk. Maintenant qu'il éUiit roi de France, il avait à cœur de dessiner nettement sa position en face de ses ennemis; et, pour sortir de Tctat d*ambiguité où le plaçait \v parti des ligueui*s qui s'obstinaient a continuer la lutte, il comprenait la néccs>ilô d'en finir promptement avec eux. Toutefois, comme le roi d'Espape était Thoinnie en qui la Ligue avait toujours trouvé et trouvait encore son plus infatigable auxiliaire, Henri IV sentit (pie ses premiers coups devaient s'adresser h Philippe H. Se croyant donc assez fort pour prendre l'offensive, il résolut de provoquer eu ee prince l'implacable eimemi qui le poursuivait depuis l'enfance, et le 17 janvier 1595, il déclara solennellement la guerre h l'Espagne. En agissant ainsi, le roi de France donnait h sa politique un caractiTe pleinement national : il forçait par là ce qui restait de ligueins à se faire ou Français ou Espapols.

IMiilippe 11 éprouva comme un sentiment de rage à la nouvelle du défi tie Henri IV : il enjoignit à ses lieutenants de tout risquer, de tout oser pour punir l'audacieuse provocation du Béarnais; et le connétable de Caslille, don Femaodrie Vélasco, gouverneur du Milanais, reçut l'ordre de passer les Alpes avec dix mille soldats, puis d'entrer en Frauciie-Comté. C'était de ce côté*)à principalement que le roi de France, sur les instances de la belle et ambitieuse Gabrielle d'Eslrëes m maîtresse, avait porté l'effort de ses armes. Il faut dire que Gabrielle, toute-puissante sur l'esprit de Henri IV, venait de faire légitimer un fils qirelle avait en de lui ; et son intention en pressant son royal amant d'envahir la Franche-Comté était, une fois cette province enlev<'^ h TEspape, de faire nommer son fils comte de Boin^ gogne.

Vers les premiers jours du mois de février 1595 entniient en Franche-Comté sis mille soldats lorrains, passés au service de la France et conduits par deux anciens capitaines ligueurs, d'Àussonville et Louis de Beauvau-Tremblecourt. Ce fut dans la partie septentrionale de In Comté, autrement dit dans le bailliage d'Amont, qne les Lorrains se |)ortèrent. Tremblecourt ouvrit la campagne en attaquant le bourg de Jonvelle, sur la Saône, qui ne put résister malgré son cluKeau fort, et qui fut Uni au pillage. La petite ville de Jussey, vainement protégée par une pmison de deu\ cents honunes, un mur de fortifications et des fossés d'enceinte, n'eut pas nn sort plus heureux : obligée de capituler après une résistance vigoureuse, elle fut mise à sac. Àmance, que défendait son vieux cluUeau bâti par les comtes de Bourgogne an treizième siècle, et fortifié de dix tours ; Chariez, bourg enfermé dans une triple enceinte de nuirailles et protégé |)ar une forteresse flanquée de tours carrées ; Scey-sor- Saone, qu'entouraient des remparts et des fossés ; Vauvillers au pied des Vosfies, Oiselay, Mamay, Traves, ainsi que plusieurs autres bourgs et châteaux, tombèrent également au i)onvoir des Lorrains, qui procédaient partout en pillant, brdlaDt et détruisant. Lorsque Tremblecourt eut mis ces diverses places dans riropossibifilé de lui nuire, il vint inve^^tir VesonI avec toutes ses forces. Cette ville, dont les rempart^ étaient en mines, et qui n'avait pour gnmison que deux compagnies do milices l;OHr-

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geoises, ne se iroiivaii guère en i^Ut de tenir contre une année de six mille hommes : aussi monsieur de Somns, commandant de la place, aima-t-il mieux capituler dès la priMuitTe sommation, que (Fexposer ses compatriotes à subir la loi du vainqueur; el, |iour s.'itisfaiiv le chef des Lorrains, il consentit à lui payer une contribution de Kuerrc de douze mille écus, mais à la condition ({ue ses soldats ne commettraient ni \ols, ni violences, ni meurtres. Cette convention acceptée, Tremblecourt entra dans Visoul avei* ses gens, qui s*v livrèrent, malgré la foi jurée, h toutes sortes de désordres, vi s*\ comportî'rent comme en une ville prise d*assaut.

Pondant que ces choses se passaient, Nicolas Comini, lieutenant de Tremblecourt, assiôge«iit Noroy-rArchevécpie, i>onrg à peu de distance de Vesoul, et menaçait les liabiLmls de ne faire qu'un monce^au de ruines de leurs maisons s*ils se refusaient à lui payer une forte somme. A cette nouvelle, les Vêsuliens, nms par un sentiment iPautant plus admirable qu*eux-m(^mes se trouvaient dans une position malheureuse, sVmpressî'rent de venir en aide h leurs voisins, en apportant à Comini leur or, leur argent, lair vaisselle, jusqu'aux anneaux et bracelets de leurs femmes. Mais le noble sacrifice des Vêsuliens pour sauver Noroy ne devait |)as empêcher la destruction de ce lH)urg : Cornini le traita militairement, sous prétexte que ki rançon n\ivait pas 4^é itayée dans le <lélai prescrit.

Lnxeuil, Flagy, Faverney, Chauvirey, F*ort-sur-Sa6ne, Faucogney avaient eu aussi h souffrir de la présence des soldats lorrains. F^ petite ville de Gy fut saccagée |>ar eux ; mais \h du moins la bravoure de ceux qui défendaient la place fit chèrement IKiyer aux ennemis leur victoire. Tout le bailliage dAmont, en un mot, se ressentit des c grandes pillrries, actes inhumains et cruautés inaudites » des Lorrains; et quand Tremblecourt ne vit plus rien à prendre ou détniire dans cette partie de In Franchc>(^«omté, il dirigea ses pas sur un autre point. S*étant approché de Besancon, li en\o>a son trompette pour enjoindre aux gouverneurs de recevoir le roi de France à titre de gardien de la cité, comme ils avaient reçu le roi d*Kspagne. l..es gouverneurs accueillirent avec dédain la sommation du messager et le chargèrent de din» i celui (|ui l'envoyait, que s'il se disjiosait à les attaquer, ils étaient prêts h lui ré|H)n4lre. TrembU^ourt sut à quoi s'en tenir; il n'essaya pas de pousser plus loiu t«on (entreprise rt il n^vint au ch.Ueau de Vesoul, mais seulenoent avec une partie de M-N iioii|M*s; il avait donné le reste au capitaine d'Aussonville pour que celui-ci S4* {lortât sur Salins et essayât d'enlever cette place. IVAussonville arriva devant Salins Uins la nuit du ^ au i mars : il s'établit près du couvent des Capucins, et trouvant la vilie sur S4*s ganb^, il la somma de se rendre au roi de France. Li réponse ne ^ laissi pas attendre : les bourgeois et les soldats de la garnison firent feu sur l'en- [H*U)i, et dans une sortie à l'arme blanche, ils le chargèrent si vigoureusement, pi'après un combat de deux heures ils le contraignirent de se retinT avtH* de^ pcrl«Hi 'unsjdérables. L<'s Lorrains se rabattirent sur (jningey, qui n'était pas en état de se Iffcndre; et lorsqu'ils se furent vengés sur cette ville de leur échec devant S:dins, ils S4' ré|Mndirent dans les montagnes, détruis;mt en tous lieux par le fer et le feu :e qui ne pouvait devenir objet de pillage.

.Sur c«^ entrefaites arriva W connétible de C;istille, don Femand de Vélasco, avec 1rs dix iiiilli* Kspagnols (pi'il amenait d'Italie. In nombn' à peu pn*s i*fpA de uiilicis

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franc-comloiscs, qui vinrent se joindre à lui, le placèrent à la tête d'une armée di* vingt mille hommes, et aussitôt il s*occu|)a de mettre un terme aux brigandages dos Lorrains. 11 leur ropril successivement les ch;Ueau\ qu'ils gardaient, entre autres k cliAtoau fort de Marnay, contre lequel il fallut employer le canon, et qui ne S4' rondil (praprcs une défense énergique ; mais les Lorrains renfermés dans la forteresse payiMVut chèrement leur résistance : ils furent tous faits prisonniers de guerre et |)endus au\ créneaux, à IVxception du capitaine, qui se racheta moyennant deux mille écus. 1 ne fois maître des diverses petites places dont rennemi s*était emiiaré, Ternand de Vélasco se dirigea sur Vesoid, oii Tremblecourt avait concentré le reste de ses troupes. Le connétable commença par attaquer avec le canon, et dès le prf^ niier jour il décida Tremblecourt à se retirer de la ville pour monter au château du Marteroy. La redoutable position de celte forteresse sur la Motte de Vesoul permit aux Lorrains de s'y défendre pendant un mois, et probablement ils s'y fUssent niaiiilenus longtemps encore sans la mort d'un des meilleurs lieutenants de Tremblecourt, et surtout sans le man(|ue d'eau. Les Lorrains se rendirent à discrétion an connétable de (lastille, qui leur fit subir le sort des vaincus.

La Franche-(!omté se trouvait délivrée de ces étrangers avides de pillage. Quant à Trembl(»court, il i)arviul à s'échapper et se réfugia chez l'une de ses parentes, abbessc de Remiremont. Informé que le connétable, profondément irrité contre lui, connaiss;iit le lieu de sa retraite et avait envoyé Tordre de s'assurer de sa persoDDf, il quitta nuitamment l'abbaye de Remiremont pour gagner l'autre côté de h Hosello; mais, on cherchant à traverser cette rivière, il s'y noya.

Quelques jours ai»rès la reddition du chAteau de Vesoul, don Femand de Vélasfo était à Cray, oii ses troupes purent donner la main à celles du duc de Mayenne. Eu apprenant que le fr«''néral es|)agnol venait de chasser les Lorrains de la Franche- Comté, et qu'avec Taidc dt* Mayenne il s'apprêtait à dégager les forteresses de Dijon, reprises depuis peu par le niaréchal de Biron aux ligueurs, Henri IV accourut en Bourgogne. Lo i juin il entrait h Dijon. Dès le lendemain il sortait de cette ville pour s'avancer avec quinze cents chevaux sur la route de tiray; mais, impatieflté de la diversité des rapports que lui faisaient ses éclaireurs, il ne voulut pas attendre le retour d'un détachement qu'il avait envoyé reconnaître la position des ennemis cl donnant rendez-vous à toutes ses compagnies au village de Fontaine-Françiise, il y arriva le |)remier avec le maréchal de Biron et trois cents cavaliers tout au plus. .\ peine avait-il dépassé Fontaine-Française, qu'il vit ses éclaireurs revenir au galop, poursuivis par des escadrons espagnols derrière lesquels s'avançait UNitf l'armée enntMnie, forte d'à peu près quinze mille hommes. Malgré l'énorme disproportion du nombre, Henri IV ne voulut pas battre en retraite; et l'héroïque témérilé dont il avait déjà donné tant de preuves dans le cours de sa carrière militaire allait cette fois encore le servir admirablement. A la tête de la poignée de cavaliers qui raccompagnaient, il n'hésita pas à fondre sur les Espagnols, il leur culbuta Fui après l'autre quatre corps de cavalerie bien plus nombreux que le sien ; et ce flit m renouvelant coups sur coups ces charges audacieuses, ce fut en exposant dix Arii » vil?, (|u'il attendit l'arrivée des compagnies auxquelles il avait donné rendef-vous ii Fontainr-FrauraiNC. Nélasco, étonné d'une telle résistance, n'osa rien entreprendn\

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ti cr;iiguil quel(|ue euilinche, el sans lenir compte dos vives instances du duc do Mayenoe, qui le suppliait d'engager une action générale, il s*occu|>a de raniener ses troufies à (tray. Vaioeiuent Mayenne le conjura-t-il d'entrer en Bourgogne |M)ur secourir les forteresses de Dijon : c Je n*ai d*autre mission, lui ré|)Oudit obstinément le connétable, que de protéger la Francbe-Comté; je ne dois rien entreprendre au delà. » Mayenne se sépara de Vélasco, rexas|)ération dans TAme ; et, s étant retiré à Chalon-sur-Saône, il conclut avec Henri IV une trêve, qui se termina bientôt |Mr un traité de i>alx. Dès ce moment, tout fut dit |)Our le parti de la Ligue : il perdait en Mayenne le chef qui seul |>ouvait lui donner encore quelcpie chance de durée ou de succès.

Le brillant combat de Fontaine-Française reporta la guerre en Franche-Comté. \vrs la lin du mois de juin 1595, le roi de France entra dans cette province à la tête de vin^t-cinq mille hommes : ce fut [tar le siège de Champlitte, et par Tinvestissemenl des châteaux de Pesmes et de Kochefort, (|u*il ouvrit la campagne. Champlitte se délivra des Français en leur (payant une contribution de huit mille écus; mais Pesmes, que Henri IV fit attaquer en sa présence, é|>rouva, dit un historien, c (ont ce <|ue |>eut faire le vainqueur et tout ce que peut craindre le vaincu. > Uuant à liochefort, le roi n'en attendit pas la prise : craignant d'être arrêté trop longtemps devant cette place, défendue par une bonne garnison et de l'artillerie, il > laissa des forces suflisantes pour en continuer le siège, et il se porta de sa personne sur Ik'sançon, avec le gros de ses troupes. Ku même temps il Ut diriger des détachements sur les i>etites places fortes du bailliage d'Aval, car cette fois les hostilités eurent |)our i>rinci|»al théâtre la |)artie méridionale de la Franche-t>)mtê ; la p;irtie septentrionale, tant maltraitée |)endant l'invasion de Tremblecourt, ne vit que peu de soldau^ de l'armée royale. On ne |>eut que signaler sans chercher à l'explifjuer stratégiquement la marche des divers détachements français à travers le liailliagc* d'Aval, attendu que celte marche n'eut rien de coonlouné et de régulier, et que les o|)érations de ces corps de trou|>es étaient déiiourvues de caractère d'ensemble : agissant indé|>endannnent les uns des autres, ils se |H)rtaient sur les |)oinl> dont ils croyaient plus facilement pouvoir se rendre maîtres. C'est ainsi (|u ils attaquèrent un faubourg de Lons-le-Saiduier, Bletterans, Saint-.Vmour, Chàteau-Cbalon et d'autres places, qui furent plus ou moins maltraitées. Le Imron de Beaufrcmout, a\ec ses milices, ciiui cents honunes de troupes régulières et (luelques centaines de cavaliers, sortit ii plusieurs reprises de i^oligny, pour s'op|K)ser aux succès d<* l'ennemi ; le capitaine Pierre d'Kternoz lit, de son côté, des sorties avec la milicr lK)urg<H»ise de Salins, aiin de protéger les mouvements du baron : mais, maign* leurs efforts cond)inés, li'S dtMix chefs comtois n'aboutirent ^cuire qu'à des résultats uéj^ratif», si ce n'est i|u'ils iiM|uiétèrent assez vivement un corps de troupes françaises établi sous les murs de tlliàleau-(Mialon, et «pi'ils le forcèrent à s'éloigner de celte |iL«'e, où <lu reste il avait déjà eounnis des ra\af,^es. Toutefois rennemi ne p«Tdit l»as k^aucouj) à cette retraite : de Chàteau-tihalon il se ndKUtit sur SeelJières, qu'il i*m|K)rta d'escalade |>endant la nuit il(> juillet>. Tn autre détachement s*em|mra du L^iâtciu d'Oliferne près d'Arinthod, le(|uel avait résisté vigoureusement, et le déiniisit de fond en conibl*'. A Banm«^les-I)ames |)ar exeuqile, les Fiançais furent

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moins heureux. Un détachement s*étant présenté devant les murs, et le commandant de la troupe ayant sommé les autorités d'ouvrir leurs portes, Téchevln de la ville, nommé Plaid, lui répondit que ses concitoyens s'enseveliraient sous les débris de leurs maisons plutôt que de livrer la place. Le commandant français, surpris de tant de résolution, se retira sans rien entreprendre.

Pendant ce temps Henri IV s'approchait de Besançon. Le â9 juillet il parut sous les murs de la ville impériale, et lorsqu'il en eut formé l'investissement, il députa le baron de Luce aux gouverneurs pour leur demander le passage. Les gouverneurs répondirent d'une manière négative, en se retranchant derrière les instructions de l'empereur Maximilien, qui leur défendaient formellement de recevoir dans la ville des troupes étrangères. Le lendemain Henri IV renvoya le baron de Luce. Il le chargeait de dire que si l'on s'obstinait à lui refuser le passage, il saurait bien l'obtenir de force, et que, le cas échéant, il ferait chèrement payer aux habitants leur refus. Les gouverneurs s'étaient empressés d'avertir Femand de Vélasco du péril qui les menaçait; mais le connétable n'en avait pas tenu compte, et rien ne put le décider à bouger de son camp de Gray, où depuis le combat de Fontaine-Française il s*était enfermé sans donner signe de vie. En cette position, les gouverneurs offrirent au Béarnais cent mille francs pour qu'il respectât leur neutralité. Le Béarnais ne se fût probablement pas contenté de cette proposition, s'il n*avait su que les Suisses voulaient intervenir en faveur de la cité impériale : la crainte de se brouiller avec ces utiles et redoutables alliés lui fit donc accepter l'offre des Bisontins, et les cent mille francs lui furent apportés à Saint-Ferjeux.

Le 31 juillet, Henri IV se trouvait à Quingey, où l'avait précédé le maréchal de Biron, qui commandait l'avant-garde de l'armée royale. 1^ maréchal, après avoir rançonné les Quingeois et ruiné leurs murailles, s'était dirigé sur Arbois, croyant entrer sans coup férir dans cette ville. Il se trompait : les Àrboisiens étaient, au contraire, résolus a se défendre en hommes dignes de leurs aïeux, et ils le firent avec un héroïsme qui mériterait une place brillante dans les fastes militaires. Aux Arboisiens revint tout l'honneur de la campagne de Henri IV en Franche-Comté. Hais Phisloire est a peu près restée muette sur cet épisode ; et cependant, si elle eût voulu se rappeler que quelques hommes, dont la plupart encore savaient bien mieux manier la serpe du vigneron que le mousquet du soldat, tinrent quatre jours en échec ime armée nombreuse, aguerrie, Hère de ses victoires et commandée par un général qui se croyait le premier homme de guerre de son siècle, elle eût certaiueineiit admiré la noble témérité des Arboisiens. Racontons cette page, la plus belle de l'histoire militaire d'Ari)Ois, et l'une des plus glorieuses des annales frane-coailoises*.

A ré|)oquo 011 le maréchal de Birou vint assiéger Arbois, cette ville n'avait pas In physionomie (|n'elle présente aujourd'hui : < elle élait alors entourée, dit

* En IH56, M. E. Boussoii, ex-profesMur de rhétorique, a publié sout ee liU« : Le Capiiaim$ MortI ou le Siège d'Jrbois en 1 .%!)>, une relation détaillée de cet évéDement. L'aaleur, eooiaie il k 4 il dans M préface, s'est guidé principalement lur la Chronique d'un cootemporain, le doelMr imm llonli^mps (Diicoun tommairf et véritable de la ville d\irboi», etc.). Cest d'après la mène Chrunique que nous avons com|>osé notre récit.

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M. r*4)uss4in, (rime haute et forte iiiui*aille de six à sept pieils d'épaisseur, inlerrniiipue do distance en distance [lar des tours élevées, de forme ronde ou carrée, |ierec*e de meurtrières, au pied desquelles étaient des fossés larges el profonds, cnMis4*s sur toute leur étendue, exce|>té du côté du couchant, où la rivière en tenait heu. IKmix cliiUftiux, l'un à Torient, l'autre à l'occident, tous deux vastes et spacieux, fais;iient partie de ces fortiHcations. Deux faubourgs étaient en dehors des murailles : celui de (lourcclles, bâti sur la |>ente qui s'étend du côti* du nord, était le moins considérable et le moins populeux ; celui de Faramand, que la rivière se* lirait de la ville, comprenait près de cent vingt maisons. » Utiant à la |)Opulation d'Arbois, elle ne s'élevait guère alors au-<lessus de trois mille habitants; et lorsc|ue les autorités de la ville eurent achevé le recensement qui devait leur donner l«; chirTn* dt's cit()>ens en élit de défendre les umrs, elles ne tnnivèrent pas deux cents honunes sur lesquels on |K)uvait compter. Ce n'éuiit pas assez pour résister aux a^sîints (le toute une arnur. Kn cette conjoncture, les magistrats s'adressèrent h n.nide (le VtTgy, gouverneur de la Franche-Comté, alin d'en obtenir des secours; mais le sire de Vergy, (|ui n'avait que peu de troupes à sa disposition, ne put leur en\o>er qu'une cinquantaine d'hommes. Il est vrai que ce petit renfort avait pour chef un d(»s plus braves officiers de ce temps, et dont la présence [mrmi les Arboisiens devait rencontrer un accueil d'autant plus sympathi(|ue, qu'il était lui-même enfant de la ville. Il se nommait Joseph Morel. Né de parents obscurs, il avait embnissé jeune la profession des armes et s'('»tait élevé, par son courage et ses talents, M\ tinide de capil;iine dans les armées espagnoles. Si l'on se reporte .1 cette époque, oti le privilège de la naissance, bien plus (|ue le mérite, ouvrait le chemin des lion« neurs, où touit^s les avenues qui conduisaient aux hautes |>ositions d^ la hiérarchie iniliLiire étaient presque fermées aux plébt'iens, on comprendra que .Morel, l'enfant itu |»euple, avait i\\\ faire reconnaître en lui les (|ualités d'un éminent soldat pour obtenir un brevet de capitaine. Ses couq^agnons d*arm(*s l'avaient surnommé le hiiicf, sans doute à cause de sa bravoure, ou de Pascendant qu'il exerçait sur eux ; lauN tous les cas, ce surnom ne pouvait être pour lui qu'un éloge. Morel se trou\ait I H«'sanr(»n, lorsqu'il apprit (pic sa ville natale alkiit être assiégée, et, n'écoutant pit» von patriotisme, il av.iit sollicité l'honneur de venir la défendre. On n'a pas beioin d'ajouter que le capitaine, aircueilli par ses concitoyens avec l'expression du duN \ir enthousiasme, si^ vil à runanimiu^ choisi pour commander la place.

Le j»udi :\ août loiKS, Arbois aperçut les premiers coureurs de l'armée française». iv It^iid'Mnain, les hauteurs qui dominent la ville et l'environnent commencèrent à ie couvrir de troupes, et (|nel(iues conqiagnies vinrent occuper l'extrémité des deux allbollr^^^ <le Coiircelks et de Faramand, placés en dehors des renqKirts. Ces dlslo-^ilions prises, le uiaréchal de Biron envoya son troiniK?tle au capitaine Morel pour V souMiier d'ouvrir au roi de France c\ de Navarre les |>ortes de la ville : le maré- •lial |»rouicii;iii d'accorder une capitulation honorable, el de ne lever sur les habiant^ qu'une contribution mo(lér('*e; ajoutant qu'il serait téméraire de leur pari de <)iiger à se ijéfendre, qu'une n'*sistance ne les sauverait pas, qu'ils avaient autour t'eux huii mille liomine^, et (pie Henri IV allait arriver avec du canon et son arméf . i|(»n»! nnvo}.! le trompette en le char.'^eant de redire au man'H^hal que les défenseur

»78 rriANOlIK-COMTÊ ANCIENNE KT MODERNE.

(le l.'i |)Iace avaienl juré de mourir plutôt que de trahir leurs serments euvers le roi d'Espa^nio leur maitre vi souverain. Une demi-heure après le retour du |)arieiuentaire, Biron faisait approcher dos murailles deux ou trois de ses compaguies. Mais les Arboisiens étaient préparés à les recevoir : ils les laissèrent arriver jusqu'à |)orlée de leurs arquebuses; et, au signal donné, ils les accueillirent |)ar une décharirtf générale, cpii leur tua (luelques ollieiers et plusieurs soldats. Une seconde décliarge. puis une troisième, suivit ; et le feu des assaillants répondant au feu des assiégi'^, (|ui tiraient de différents points à la fois, des remparLs, des tours, des meurtrières, des clochers, il s*ctablit alors un échange de vives arquebiisades qui se traduisit en délinitivo par de nouvelles pertes du côté des Français.

Le maréchal de Uiron, irrité de cet éche^, lit resserrer plus étroitement la plact et remplir de soldats les maisons des faubourgs de Courcelles et de Faramand. Kii même temps il donna l'ordre de construire des barricades dans les rues de ces faubourgs, alin de prévenir toutes sorties : mais les assiégés empêchèrent ces travaux, en (hrigeant du haut de leurs remparts un feu continu sur les Français, qui se \i< rent ainsi forcés (rabandonner leurs barricades inachevées et de chercher dans les maisons un abri contre les balles. Le maréchal comprit alors que la résistance des Ari)oisiens él;ût sérieuse, (pfil avait à faire à des hommes déterminés, et qu'il loi serait difllcile d*en iinir avec eux s\\ n'agissait énergiquement. Toutefois, comme il tenait beaucoup à sVmpan*r de la ville avant l'arrivée de Henri IV, il voulut essayer de nouveau la voie des négociations : il renvoya donc son parlementaire, lui prescrivant de s'adresser non plus au connnandant de la place, mais aux magbtrats eux-mêmes. Le pariemenUnre fut amené à Thôtel de ville, où se trouvaieut réunis les mendires du conseil : il les somma de se rendre, sous |)eine d'exposer leui-s concitoyens à de terribles malheurs; il leur annonça que le roi s'avançait avec une puissante artillerie ; que s'ils le forçaient à la faire jouer contre leure murs, elle se serait bientôt ouvert un passi)gc, et qu'alors la place se verrait traitée couiiuc on traite les |)laces enqjortées d'assaut. Monsieur de Montrond, maire de la ville, fit à l'envoyé, au nom des magistrats, celte noble et courageuse ré|)onse, recueillie |Kir l'histoire : i Nous ne voulons \m\\i changer de prince ; ce n'est |)as à nous que ' la ville appartient, mais ii Sa Majesté Trcs-(^atholique : nous avons juré de la lui conserver, et nous ne fausserons point notre serment. Pour le service de notre rui, nous sommes i)réls à exposer et nos biens et nos vies. ■

A peine le messager était-il de retour, que Biron, transporté de colère, ordoniiail l'attaque. Les Français, s'él;uU emparés d'un groupe de maisons qui se trouvait ai bord (le la rivière, pn'Sfpi'en fiiec de la porte de Faramand, imaginèrent de percer dans les murs des es|)èees de meurtrières, et par ces ouvertures habilement ucna^é(*s, ils se mirent à diriger un feu vigoureux sur les défenseurs de Li plare. Il importait de chasser l'ennemi de cette position; mais le seul moyen de le forcera déloger, c'était de mettre le feu aux maisons où il se tenait : bien que ce fût là un parti extrême, on n'hésita pas à consommer le sacrifice. Des torches résineuses et d'autres matières inllammables ayant été pré|)arées, on les lança sur ces maisons, dont les toitures étaient en sa|)in : cette particularité, jointe à l'ardente chaleur de la saison, favorisa l'action comtmrante dos projectiles incendiaires, et le feu

FRANCHR- COMTÉ ESPAGNOLE. 479

fCaRfia nipiilement. 1^ Français essayèreut de Tétcindre ; quelques-uns même, plus audacieux, se hasardèrent à celle Bn sur les loils; mais les balles des assiégés k» am^taienl dans leur téméraire ascension et les faisaient rouler, sauglanls et meurtris, sur le sol de la rue. i/ennemi, furieux de rinsuccî's et des |>crtes qu*il venait dVfirouver, se vengoa d'une manière cruelle : maître du faubourg de Faramand, qui comprenait près de cent vingt maisons, il y nlluma le feu aux quatre coins. «

Ca^ fut vers les huit heures du soir que l'on aperçut les |)rcmières lueurs de Tincoodii» ; une heure après, l'embrasement du faul)Ourg était général : les flammes avaient gagné le faite des maisons, et les ombres de la nuit prêtant à ces flammes une clarté plus sinistre, rendaient ce s|)eclacle effrayant. A la vue des tourbillons de feu sous lesquels s'abîmait un faubourg tout entier, de longs cris de douleur et di* dés«es|»oir s'élevèrent des remparts ; mais bientôt la fureur domina tous les autres sentiments : la foule refendue sur les murs s'indigna de rester plus longtemps spei*latrti^ de ce dés;islre sans tirer vengeance de ceux qui le causaient ; et, iiouillonnaole J'imiMtience et de colère, elle demandait à grands cris A faire une sortie. Le commandant More! eut l'intelligent courage de ne pas céder aux inspirations de cette légitime il est vrai, mais imprudente colère : malgré toutes les clameurs, il refusai lie laisser ouvrir les |)ortes. C'est que sn vieille ex|)ériencc militaire lui faisait voir les choses d'autre manière que ses compatriotes ; et, s'il eût écouté leur anieur irrélérhie, l'ennemi se fiU dès la nuit même emparé de la ville. I.es Français n'étaienl lias n*stés in.'KMifs pendant l'incendie du Taubourg de Faramand : (lensaot que ce lésastre absori»erait toute ralteuiion des assiégeas, ils s'avancèrent silencieusement, ï la faveur des ténèbres, sur un autre |)oint des remparts, et ils dressèrent leurs rbelles. I>a vigilance de Morel fit échouer l'entreprise : trop Instruit des pratiques le b guem* pour ne pas soupçonner quel(|ue dessein de Li part des Français, il l'étAit tenu sur ses gardes. Au moment donc où Tennenii, plein de confiance, st* lisposiiii à trnter l'escalade, les Arboisiens se trouvèrent là |KHir le désa)>us<;r : il.s ihaissèrent leurs armes, une terrible décharge de mous4|uoterie partit, laquelle ri»n- :ersa les premiers assaillants sur ceux qui les suivaient ; et les Français, surpri>. léconcertés, se retirèrent en désordre, arquebuses (Kir les gens des remiorLs et rainant a|)rès eux un grand nombre de blessés.

1^ maréclial de Biron ressentit de ce nouvel écliec uu dé|Ht d'autant plus violent, |ue Henri IV venait d'arriver h Montigny, village à demi-lieue noni d'Artiois, et Hï liiron avait établi sou quartier général. Le roi s'était montré élrangeuieiit surpris i«* voir qu'apri's deux jours d'attaque, son avanl-ganle ne fût pas encore maitressi* Tune |>etiu* pkice comme Art>ois. Or, |H'ndant (pie Henri IV s'installait au ehàu^ii le Montigny, le man^chnl de Biron attendait le retour de son trom|)ette, qu'il avait l«* nouveau n^nvoyi* pK's des assiég<'*s |K)ur leur annoncer l'arrivée du roi, et pour eur déclarer que s'ils ne cessaient à l'instant une résistance inutile, ils expieraient *ruelleinent leur témérité. Mais c«' tniiMèuie message n'ayant pas eu plus <le succès |ue les deux premiers, Biron courut à .Montigny demander au roi son artillerie, lui ais;int entendre qu'il fallait absolument du canon |)our venir à IkhiI de b ville. (!eh -ontrnria viveiiieiK Henri IV, qui se voyait ainsi n'Linlé dans sa iiuirche; cependant I i-iivoMi l'ordre dr rameiuM' t*ii loule liAte l'artillerie, que l'un venait de diriger sur

Salins. Elle ne fut de retour à Montigny que très-avant dans la soiroe ; mais on la lit rouler toute la nuit afin qu*aux premières heures du jour elle se trouvât devant Arbois, et que Ton pût immédiatement ouvrir la brioche. En effet, dès le grand matin du 7 août, les assiégés aperçurent six pièces de 36, dressées en batterie dans un verger au nord de la ville. Aussitôt que le capitaine Morel eut reconnu le point d'attaque des Français, il s'occupa de protéger la partie menacée, en faisant pratiquer derrière le rempart une tranchée de dix pieds tant en largeur qu'en profondeur, et surmontée d'une muraille à hauteur d'homme. Cette fortiiication fut prom|>tement achevée, grâce à l'intelligente ardeur avec laquelle toute la population se mit à l'œuvre.

I.e moment des grandes épreuves et des fortes résolutions était venu pour h^ Arboisiens : le maréchal de Biron, irrité de ses échecs, se tenait là devant leurs remparts, avec ses canons prêts à vomir la destruction et la mort, avec dix mille soldats impatients de se ruer à l'assaut. Cependant Biron, avant d'ouvrir le feu, veut tenter encore la constance des assiégés, et pour la quatrième fois il leur renvoie son parlementaire. Malgré refTrayant tableau que le messager leur trace des calamités auxquelles la ville s'expose par sa résistance, il n'a qu'une réponse négative à reporter au maréchal. Le retour de l'envoyé est le signal de l'attaque : les artilleurs s'approchent de leurs pièces; une première décharge de toute la batterie éclate et vient s'abattre contre la muraille; d'autres décharges suivent, pressées et terribles. L'action répétée des boulets ébranle le mur, puis en détache les pierres, puis bientôt en fait crouler des pans entiers. L'artillerie de la place répond à celle des assaillants : malheureusement, les Arboisiens n'avaient à leur disposition que deux pièces en fer, lesquelles encore ne pouvaient qu'inquiéter faiblement la batterie française, et qui même ne tardèrent pas !) cesser leur feu ; l'ennemi, les ayant remarquées, pointa deux de ses canons sur la tour de Vautravers d'où elles tiraient, et les mit en quel- (|ues instants hors de service.

Cependant l'attaque ne se ralentit pas : les boulets français continuent à foudroyer la muraille; a chaque détonation, la brèche s'élargit. En cette position extrême, les Arboisiens se montrent dignes d'eux-mêmes, dignes du brave chef qui les commande : leur Ame s'élève à la hauteur du danger, et l'ardeur virile qui les anime ne doit plus s'appeler de la résolution, c'est l'enthousiasme de Théroisme. Toute la |K)pulation est accounn^ sur le lieu menacé : hommes, enfants, vieillards, malades même, chacim rivalise de zèle et d'intrépidité pour prévenir ou atténuer le ravage des boulets et réparer les brèches faites k la muraille ; chacun apporte à l'œuvre de la défense commune son contingent de patriotisme et de dévouement. Il n'est |uis jusqu'aux femmes qui ne sentent vibrer en elles la fibre du courage et qui ne veuillent jouer leur rôle dans cette partie suprême : on les voit s'avancer résolAmenl sous le feu de la batterie française, et porter, les unes des munitions à ceux qui combattent, les autres de la terre et des pierres à ceux qui travaillent aux fortiRcations. A ce moment il se t)ass:i même quelque chose de sublime : ime jeune femme s*approchaitdu rempart avec un panier rempli de terre, lorsqu'un lioulet vient lui fracasser le bras. L'héroi(|ue mutilée reprend son panier du bras qui lui reste; et» continuant sa march«', elle va déposer son fardeau sur le rempart. L'histoire et la poi>sii*

MUNCIIR - COMTE RSPAGNOIJ:. 4AI

ont immorlalis4' lo nom de hicn <k^s Tennncs dont lonle la rrlrhriu* no vani |»a.^ ri* irail-lâ.

l/ariilliTie de Biron l)att:dt toujours avec furie la muraille : soi\anli'Hlouze coii|k de tanon avaient été lires, et les Arhoisiens, malgré rinfaligable énergie de leuis fflorls |K>ur arrêter raelion destructive des boulets, voyaient (|ue la brèciie continuait à >Vlargir : elle pnVnta bientôt jus<|u'à trente-six |ne<ls d'ouverture. Jlais les dôfensiMirN de la place iie|M*rdent rien de leur nssunmce : ils sont là, calmes et résoltis, jltendaut l'assiiiit «run pied ferme, ij' maréclial de Biron a remarqué (|U*im secoml renjpari s*él«'ve derrière celui qu*il vient d'abattre, et qu'une tranchée profonde, f:.imie dliommes, sépare les deux murs : alors il ordonne <le clianger la position lie la batt«Tie, c'est-à-ilire qu'il la fait placer de manière h ce qu'elle prenne en flanc crux d«> assiégés qui se prépareiit à défendre la brèche. i.«* capitaine Morel a mesuré d'un coup d'cril tout le danger de cette manceuvre : il a conquis qu'elle renflait inutile une plus longue résistance, car II n'avait ni canons |H)ur contre-l»atlri' le feu des pièces françaises, ni se^cours à es|N'rer du dehors ; et le trop petit iioudin* d'hommes dont il disposait ne lui laissait ikis même la n'ssoiirce de ré|)an^r les |iertes ipii le menaçaient. C'en était fait : la fortune contrain* des armes tournait eoQlreles ArlHusiens; ils se voyaient iuqmiss:ints à sauver leur ville des désaslns d'un dernier assaut victorieux. Leur courageuse résistance, leur fidélité, leur dévouement, méritaient cependant un meilleur sort! c Mais, dit M. Bousson, ils ne chercheront |K)intà conjurer l'orage; ces âmes de brfmze ne s'abaisseront |)as à avouer l(*s premiers leur défaite : il faudia que Biron renvoie son tronqtette pour la cinquième fois. Ià" tnMn|>etti^ ne s«' fait pas longlenqis attendre; «i enfîn, céilant noblement à la l(»i i\{\ plus fort, 1rs ArlK>isiens consentent à capituler, à <*ondilion que la v;r des soldats et des habitants sera r(»sp4»ctiV, et l'honneur îles fi'mmrs g:iranti. >

Le maréchal accepte la capitidation dans ces tenues, il la signe de si main et s'entsaj;!* à la faire ratifier |Kir le roi son maître. En attendant, il envoie quelques-unes lie M^s comjKignies prendre iK)ssession des [>ort<*sdela ville, avec injonction aux habitants de se retirer dans leurs niaisons ou dans l'église ; puis il ordonne cpie le> •^idats de la garnison et les l>ourgeois qin défendaient la plac^ soient désarm4'*s et *ouduits devant lui commi; prisonniers de guerre. On ol>éit. Le maréchal s'était maginé que la ville renfermait une garnison nombreuse; mais h ta vue de la |ioi- ^ïït'e d'houimes qui venaient de le tenir quatre jours en iVbe<*, lui le nmnrhnl de liirfiu, lui que la guerre avait illustré par d'éclatantes victoires, la rougeur de la Huite lui monte au front : il promène sur les ArlM)isiens des reganU élincelants di* 'olère, les arréti* sur le capitaine Morel et lui demande d'un ton véht'*men( si ce sont a tous les défenseurs. Morel ayant ré|>onilii d'ime manière aflirmative, le marédial ;iiss4.» érialer s.i fureur : il s'eni|)orte en a|»os(n»tdies insolentes coiitn' ces liravtHi :i*ns, qui n'étaient coujiables (jue d'avoir noblement accompli leur devoir; dans son *\a'^|H ration il va jusqu'à les menacer tous de la corde. L'aiidacieusi» n'*sislanre de 'f-> qiiebpies hommes d(*vant ties forces si su}N'Tieures lui semblait un outrage ii s;i gloire militaire, et le ressentiment de l'aniour-pnqire blessé lui fit coniineUre un rime qui n'.i pas en tW retenliNsrmenl dauN riiisloin' il est vrai, mais qui mMlait

48i PHANGHB COMTE ANCIENNE ET MODERNE.

dépendant d'y trouver place pour la flétrissure ineflaçable de son :iiiteur; car ce fut un odieux et lâche assassinat! Biron voulait une vengeance; il a désigné Morel comme la victime qu*il doit immoler à son orgueil ; et, sans respect pour les lois de la guerre, sans égard pour la capitulation signée de sa main, il ordonne à des valeiN d*nruies de s*em|)arer du brave ofGcier, de le garrotter de cordes comme un criminel et de le pendre. Tn arbre, qui se trouvait là près, senit au supplice de Tinfortuné capitaine. On rapporte que Morel, en passant devant son bourreau, lut dit qu'un jour il envierait sa mort. Les paroles des mourants sont prophétiques, nou> enseignent les poètes : la prédiction vengeresse de Morel se réalisa ! I.e noble capitaine mourut en martyr du devoir et du patriotisme, et son nom est un de ceux qui se prononceront toujours avec un religieux respect; tandis que le sceau de Pinfamie restera toujours sur le nom du maréchal de Biron, dont h tête tomba le 31 juillet 160a, sous un coup de hache, parce qu1l avait trahi son pays et son souverain.

il y a une douzaine d'années, on voyait encore, dans une promenade au noni d'Arbois, Tarbre auquel fut pendu le capitaine Morel. C'était un vieux tilleul que le sentiment populaire révérait comme un objet sacré; et, chose merveilleuse I malgré sa vétusté, malgré les deux siècles et demi d'âge qui pesaient sur lui, le printénips l'avait toujours trouvé prêt à reverdir, les hivers avaient .^ peine énervé la vigueur de son feuillage, le parfum de sa fleur. Cet arbre méritait h Jamais d*élre entouré de tout le respect qu'inspire un noble vieillard qui va descendre dans la tombe. Faut-il le dire? il se rencontra des hommes qui ne le comprirent pas ainsi, et qui ne craignirent pas de porter une main profane sur cet arbre séculaire que le tenifis semblait se complaire à laisser debout. Pour ces hommes, la poésie des choses et des enseipen>ents du passé s'effaça devant une prosaïque question de commodité domestique : ils décidèrent un jour que le terrain où s'élevait le vieux tilleul servirait ù l'emplacement d'une fontaine, et le vieux tilleul tomba sous la cognée. Ce* fut un acte sacrilège, ce fut du vandaUsme : oi^ devait respecter cet arbre comme un uionument deux fois sacré, car il portait au front l'empreinte de deox signes augustes, celui du temps et celui du malheur : le malheur avait fait de son feuillage un symbole vénéré ; le temps avait écrit sur son écorce une page historique. Debout In depuis deux cent cinquante ans, il semblait une protestation viviDle oontre le crime d'un assassin. Depuis deux cent cinquante ans il restait \h^ rappelait aux générations un drame émouvant et triste, un souvenir glorieux et ftinèbre. Pour les enfants, c'était un épisode touchant qu'ils aimaient h se redire ; pour les boiDDMS, c'était le récit d'une des luttes les plus courageuses de leurs compatriotes d*UB autre âge ; pour les femmes, c'était la sainte douleur d'une mère qui aviit vu là sur cet arbre agoniser et mourir le fils de ses entrailles ; pour tous, le noMe lUieHi était un objet de culte, en même temps qu'un titre d'orgueil : il rappehut le Hunlyre d*UD homme de cœur mort pour sa patrie ; il perpétuait la mémoire d'un héroïque soUat qui laissait un digne exemple à suivre, un beau nom à prononcer. Ge n'est pas sios doute un de ces noms éclalants que l'histoire jette à tous les éeiios du neide; pour la France même, le capitaine Joseph Morel est une existence iguerée, perdue dans la |K>iissièro des siècles comme une de ces pièces d*or sur hqiieile les géuéralMMis

KHANrj|K-<.OMTli KSPAr.fiOLK. MT»

passent s»iis Taiiorcevuir : mais \m\r ArtH)is, Mord était plus (priiu hôro.s c'était lin palrioce martyr. A ce titre sacre, Tod devait r«*ligieusenient conserver ce qui restait «te lui; la nny^nnaissanco, le juilriolisme, la iraditioD, les droits du malheur, tout en faisait un devoir. On ne Ta |»as compris. Il fallait au moins, avant de porter la liache sur le glorieux tilleul où Morel avait souffert Tagonie, il fallait au moins relire ces quatre vers (Vrhapiiés à la plume naïve d'un de ses contemporains témoin de son su|)pliee, et jieul-^tre que ces vers, qui traduisaient la pensée su|)réme du «oldat martyr, eussent em|MVhé la consommation d*un scie sacrilège :

Ne vous travaillez pas a me (aire un tombeau , Mes chors amis dWrbois, de porphyre ou de nurbic. Assex m* honorera ou je fus peudu 1* arbre. iNis vous ne iii*c:i pourriez ériger uu plus Immu.

Mais non. tout cela ne valait |ias une fontaine, «*t l'arbre séculaire, l'arhn* histo* nipie fut siicrillé.

Rafiprochement singulier ! Ueux siècles juste après la mort du capitaine Morel, un autre enfant d*Arbois, qui eu est resté le plus illustre, mais non le plus pur, disait, en s'arrélant devant le vieux tilleul oii Biron avait supplicié s:i victime : c Con-

st*nivi bien c(*t art>re-là Le brave Morel a joui d*un bonheur qui est Tobjet île

tous mes désirs. Il est mort |M>ur sa iKitrie. » L*liomme qui |»ariail ainsi s*appelait Charles INchegru. Kt Tannée même où de si |)ieuses (laroles tombaient de ses lèvrc^, il commençait à jouer ce rôle impie qui devait le conduire de la tnihison au siiicHie !

t^ifiendaiil le martrlial de Biron u*étail fms satisfait; le supplice de Morel ira^ait l>as assou\i le ressentiment de son or;;ueil : ou Tentendait murmurer des mol« rniels, et de temps en teuips il jetait sur la ville des reganis qui traliiss:iient une |K*nsi'e sinistre. Il ne voulait rien moins que faire d*AriM)is uu monceau île cendres : pntjet sauvage qu*il eiU exécuté sans nu oi*dre du roi, qui lui prescrivait de surseoir à toute mesure conceriiaiil les Ariniisiens, avant d'avoir reçu île nouvelles iustriicti4»ns. L** marécbul ne dissiujula pas sa colère à la lecture <le ce message; toutefuis il se soumit ; mais, en :»ttendanl« ses soldats se livrèrent dans la ville a la bnilalitê de leurs instincLs : ils pillaient les maisons, ils dé|M)uillaicnt Us habitants; îN iiP res|»er(aient lieu, si ce n*est la \ie des hommes ei riioniN*iir des femmes, places S4HIS 1j sauvegarde du traité.

ÏA* lendemain de la reddition dWiiKiis, le roi \ lit mmi euiri*e, en i*om|iagnie di*^ fhi«'s dr Montmorency, dr (^nis«\ de h Tivmoille et d'autres grands noms de France. U*s magistrats de la v\U'\ suivis (Tune fnule noudmMise, vinrent au-4levant ik* Henri IV |Kiur implorer sa ;(énérosilé. Airivés en sa pn'sence, ils lui demandèrent \uvm, le snppliîMvnl de prendre en considération que s'ils avaient essayé de lui li'- ^ister malgré leur |H*tit nombre, ils n'avaient fait qu oiMMr à rinqK^rietisc nécessité d«*^ circonslances ; cprils n'auniient pu, s;ms manquer à leurs devoirs et Ji leurs Moments envers l(*ur Muivorain l't leur |»a\s, lonir une conduite différente ; que, du resti*. ils éUiienl ass«'/ (nullement punis \\i\r rineeiNlie d*un faulKNirg tout entier, |iar It* sac de leur viijr et |Mr l.i mort du capitaine Morel leur compatriote. On rap-

iîJ* FRANCHE -COMTÉ ANCIKXNt Kl MODEUNK.

|K)rlc que le roi leur répondit en termes presque bienveillants, et (pie même il ne put s'empêcher de rire d'une naïveté (piMI entendit au moment où Ton venait de lui présenter le vin d'honneur. Comme il l'avait trouvé bon, et qifil en faisait compliment : V 11 est vrai rpril est bon, lui fut-ii ré|)ondu, mais nous en avons encore du meilleur. — Vous le g.irde/ sans doute pour une meilleure occasion, » avait repli- (pié le spirituel monanpie, en accompagnant sa repartie de ce sourire finement mo- (pieur dont il possédait le secret.

Ce bon mot du roi, l'accueil favorable qu'il venait de faire aux magistrats arl)oisiens, laissaient augurer ii ceux-ci que leur ville serait traitée avec ménagement; ils se trompaient. Nul n'était plus prodigue que Henri IV de ces traits d'esprit, de ces démonstrations extérieures de bonhomie, qui Pont rendu si [M)pulaire : les [laroles bienveillantes, les sourires affables, les manières familières ne lui coûtaient rien ; mais sous c«s dehoi^ attractifs se cachait une dissimulation profondément habile : la gaieté comme la franchise, les épanchements comme les bons mots, tout était artilicieux et calculé chez ce prince, que l'on représente cependant avec un caractère si loyal, si spontané, si ouvert. Il suffit d'étudier attentivement son histoire* et de le suivre dans les diverses évolutions de sa vie, pour savoir à quoi s'en tenir sur ce point. Son langage respirait toujours les plus généreuses intentions; ses actes démentaient (onslamment les paroles. N'est-ce pas lui, par exemple, qui voubit (jue le paysan mit cha(pie dimanche la |)oule au pot? et sous son rëgue le paysan ne mangeait pas six fois de la viande dans une année. N'est-ce pas lui encore qui parlait sans cesse de soulager le sort de son pauvre peuple? et sous son règne, le |»eiq)le, tiillable et corvéable à merci, imyait des impôts énonnes. Vis-à-vis des Arl)oisiens, c'est encore b même tactique. Il les accueille avec bonté, il leur dit <|uel<|ues mots flatteurs sur leur courageuse résistance, sur la fidélité de leurs sentiments envers la couronne d'Espagne ; il leur fait entendre qu'il usera modérément des droits de la guerre à leur égard, et qu'il se contentera d'une simple rançon pour les besoins de son année : or, pendant ce temps, il laissait enlever des caves de la ville tout le vin qu'elles renfermaient, il en permettait la vente à son profit, et dans une seule journée le produit de cette vente lui rapportait quatorze mille écus. Puis il fixa la rançon des habitants à dix mille écus; mais il ki réduisit k sept inilk\ sur l'exposé qui lui fut fait (pie la ville, épuisée, ruinée, se trouvait dans rim|K>ssibilité matérielle d'acquitter une contribution plus forte.

La l)elle défense des Arboisiens sauva les Salinois d*une attaque de TariDée française. On se rappelle, en effet, que l'artillerie dont le maréchal de Biron avait en l>esoin pour réduire Arbois était primitivement dirigée sur Salins. Le Béarnais se dis|)osait à venir en personne assiéger cette dernière ville, parce que Payant fait sonnner, dès le premier jour de son arrivée à Montigny, de se rendre sous peine des plus sévères châtiments, il avait reçu des magistrats cette noble et patriotique ré|K)nsc : « IMutùt (|ue de contrevenir à notre devoir, obligation et fidélité, ihhis nous disposerons aux événemenb et succès qu'il plaira à Dieu nous adresser. » Salins, bien protégé, bien défendu par ses forts, ses rem|)arts, ses cooipaguies bourgeoises, et par une garnison de douze cents Suisses sous les ordres du colonel Coin« H* préparait donc à résister vigoureusement : mais le Béarnais, privé, d'uu cAlé, 4le

M»ii artillerie, presse* traiiire |i;irt d'arriver à Lyon, où ratieiMbit Gabrieile «rKsirées sa iiinilresse, laissa tranquille les Salinois, présumant que le siège de leur ville Tarivti'rait trop longUMn|)S.

\a* jour où les derniëroîî troii|)os françaises quittaient Arbois, c'est-ù-dirc le ii août, lliMiri IV se présentant sons les murs de Poligny. I.es liabitanLH, sommés ilouvrir leurs portes s'ils voubient s*é|Kirgner les malheurs d*im assaut victorieux, t'nvovt'rent au prince une députation compoi^ des plus notables citoyens, parmi k*S4|uels st* trouvait Jean Alasson, un des échevins de la ville. Olui-ei Tut chargé de |K>rt(T la parole ; et dans un langage aussi plein de mesure que de dignité, il fit fonnaitre au roi les intentions de ses eouq»atriol(s : « Sire, lui dit-il, si c'est une ( oiitribution que Votre .Majesté demande , nous sommes prêts à la donner pour |in'*\enir le ravage de nos terres, sauver l'honneur de nos femmes et la vie de mis f iifanls ; mais si c'est un serment de fidélité que Votre Majesté exige, nous souHues dis|)Osés h nous enst'velir sous les ruines de notre ville, plutôt que de manquer à celle qu(* nous avons jurée à notre souverain. »

Il y avait vraiment qtielque chose de chevaleres(|ue dans celte noble fidélité dont rhaque ville comtoise venait à tour de rôle exprimer la pensée en face de l'invasion rlranK<*re : chez un |K*uple animé de pareils sentiments, l'honneur et le patriolisnH* sont à Tiirdre du jour.

Henri IV pndmblement ne se fût gucre inquiété de la ferme résolution des Polinois de mourir \ïo\\t la maison d'Ks|»agne, s'il n'etït craint de |ierdre encore plii- Mcurs jouiN à faire le sié^o de leur ville ; et comme, à tout preiulre, il se souciiiit nioin> (le leurs serments que de leur at*gent, il fixa leur rançon à \inët mille tVus. Ia> l'olinois couMMitirent h |»a>er cette contribution de guerre; mais, n'ayant pu nhinir la situnne exij^s'ée, ils oiïrinMit au nionan|ue, à défaut de valeur monnayiN*. une st;itne de Li Vierge, en vermeil, d*un riche travail et d'un ;;nind jH-ix. 1^ K'^arnais, qui préférait de l'argent à une statue en vermeil, se tira de là |iar une de ci*> pliniM>s {rasroiines dont les ressources infinies de son esprit lui foumissaient lonjonr> l'à-propos : « A hieu ne plaise, s'é(Tia-t-il, que je retienne b mère de im>n lu.iitie; . et les Polinois en furent quitti*s |>our livrer, en garantie «le la S4»umi«* roiivenne, «pialre ota^CN qui suivirent le roi jUMpi'à l'enti^T |Kiyement des vingt mille i*( us.

An sortir de Poligny, Henri IV si» dirigea sur Loiis-le-S;udnier. Chemin faisanl. i! v'enquiro du hourg d'ANay, qui fut mis au pilbge et rançonné, puis de ChâteauiJialoii, (|ui fut n'dnit en cendres; et, (tendant que d(^ détachements altaquaieiil ii*s forteresses (le la montagne, le roi venait, le 18 août, |Kirqner son aitilterie au rli.'ite.Mi du Pin. peu distant de Lons-le-S;iulnier. Il arrivait devant celle ville avec des tlis|K)s!rions )>en liienveillantes, car il se sent;iit mû d'une \iolenle cdere conin* le b.iro i de Pyinorin. coniniandanl do la pl;H'e, leipiel s'était exprimé sur sa royale pers<»nne en lennes blessant*^. Pymorin Tavait ap(»elé le Ik'armû*, (bus une lettre intene|»tée qti'd adres^siil à monsieur de Verg>, gouverneur de la Franche-Conlé ; et le nionanpu; avait jnrf d«* faire pendre i\\morin pour se venger de cette dénomination de Ii4 arnais, qu'il reganlait comme une injure. I>e leur côté, les l^édooieiis, cnii;.Miant de s'exposer an courroux du iv\ s'ils tentaient de lui résister, envoyèreiil

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une (lépiilaiion à sou quartier général. Il était presi|ue nuit lors4|ue les envoyés se présentèrent. Le prince les reçut avec hauteur ; il voulut à peine les entendre et leur dicta ses conditions : moyennant une rançon de vingt-cinq mille écus, la caution do douze otages, Tadmission de quarante Suisses dans la place, et surtout la promesf^' de lui livrer le baron de Pymorin, il s'engageait à passer outre sans entrer dans la ville. Ces conditions Turent acceptées; mais les députés n'avaient promis de livrer i\vniorin que parce qu'ils le savaient hors de péril. Cet officier, prévenu des mauvais desseins du Béarnais contre sa personne, s'était sans plus attendre échappé (h* la ville sous un déguisement de femme.

I^es conditions passées entre les envoyés et le roi n'avaient pas été signées : la nuit étant survenue durant les pouri^arlers, on s'était contenté de donner de part et d'autre sii parole, et dès le soir même, les quarante Suisses furent reçus dans la ville. Les dé|>utés s'occupèrent, aussitôt leur retour à Lons-le-Sauinier, de réunir la somme convenue; mais, le numéraire ne se trouvant pas en quantité sufTisanti*, les familles se dépouillèrent de leur argenterie, les femmes de leurs bijoux, |KNir aider à former une valeur à-compte de la contribution. Le lendemain, au point du jour, les députés retournèrent au quartier général, traînant à leur suite deux charrettes qui |)ortinent la rançon. Quelle ne fut pas leur surprise, lorsqu'arrivés à michemin, ils virent l'armée royale tout entière en marche sur LoDS-lerSaulnîer. L'un d'eux, le docteur Guillaume Desprels, prit la parole et se permit de rappeler au roi, dans les termes les plus respectueux, les conventions de la veille. On ne réeotita pas. Comme il insistait et faisait entendre qu'un roi n'a que sa parole, Heuri IV bignaça l'orateur de le brancher au premier arbre s'il ne se taisait aussitôt. Le Bésu*nais, dit-on, eu apprenant l'évasion de Pymorin, évasion qu'il soupçonnait les tK)urgeois d'avoir favorisée, était devenu furieux, et il avait immédîaleuieiit fait sonner le tK)ute-sel pour marcher sur Lons-le-Saulnier.

Kn présence de ce bruLil accueil, les députés se retirèrent ; ils rentrèrent dans kt ville , afin de prendre à la liAte des dispositions pour la défense ; ei les l^oniens, cxas|>érés par l'insigne mauvaise foi du Uéaniais, se préparèrent à résister jusqu'à la mort. Mais Henri IV savait que la place n'était ni en mesure ni en état de soutenir un siège : un homme à l'âme de valet, un homme indigne d'être né en Franche- Comté, la terre de l'honneur (il se nommait Thiébaut Maguin, d'Arbojs), s'éUiit présenté aux Lédoniens sous prétexte de leur rendre quelques services, avait |)eiiidement abusé de leur confiant, pour surprendre le secret de leur mauvaise situation et pour tout apprendre au roi; de plus, les quarante Suisses admis depuis la veille dans Lons-le-Saiilnier, et qui en occupaient les portes, les ouvrirent à l'arnKv fninçaise (juand elle se présenta. Ce fut un dimanche dO août que le roi de Fmnce lit son entrée à Lons-le-Saulnier ; il en partit le même jour, impatient qu'il était d'arriver à Lyon pour y rejoindre Cabrielle d'Kstrées : mais il emportait avec lui l'or et les bijoux des Lédoniens et de leurs femmes! Cette manière d'agir était impudente, et rien ne |>cui l'excuser ; elle mérite d'autant plus d'être Oéirie, qu'elle fut l'œuvre de ce même llenri IV dont on a fait le type de la lo)'auté. Garder l'argent (fu'une ville |>ayait pour sa rançon, quand on venait déjà de manquer à sa parole d'honneur, c'était par trop méconnaître le respect qu'on se doit k soî-aiéHie. Il ne

PRANCHK-COmt t:sPAGNOUS. êtJ

rfsuii plus au roi quh inaliraiter les habitants de cH\e Tille et à brAler lenn maisons. In (le ses lieutenants se chargea de cette besogne. Henri IV avait laissé le rommandement de ses troupes h d*Aussonvilie, cet ancien capitaine ligueur dont MUS avons parlé précédemment : or d*Aussonville se ressouvenait de Péchee qu*il avait éprouvé cinq mois auparavant devant Salins, et il s'en vengea sur l^ns-le- Saulnier, en y autorisant touli's sortes de désordres et de violeuces de In part de ses soldats, en traitant l(*s lH)urp:cois avec une excessive dureté |)Our leur extorquer de Targeni, enfin en se comportant dans cette ville comme s*il Tedt prise d'assaut; et ce fui aux lueurs de Tincendie qu'il évacua la place, h la nouvelle que le connéLtble de tlasiille arrivait. Ot incendie dévora deux Taubourgs : celui des Dames, oii se trouvait le célèbre couvent de Sainle-Claire, et celui de Saint-Désiré, où se tronvait Vé^Wse de ce nom.

I.es I.é<loniens consacrèrent le souvenir de cette grande catastrophe, par l'in- S4Tiptioa suivante, qui resta pemiant longtemps au Tronlispice de Tuue des portes de la \ille :

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