CHAPITRE CINQUIÈME
ff^ix df Vfnins.— Souffrances et mon de Philippe II. ~ Sa fille l8at>ellc-(:laire-Eugénie, eomleMe lie Bounto^ne. — Ar(|uiftiiion dex salines de 5^lins par le domaine. — KléTatioo do parlement de Uùli* ; ahaiffseroent de la noblesse. — Le cardinal de Uiehelieu ; u politique. — Déflaratiio de guerre à I K^pagne. — IMiilippe IV, roi d'ICnpaftic et comte de Hourgofrne. — Le due de Lorraine m i.om\i ; plaintes au parlement — Allarliement des Franc-Comtoit à la maison d'EapafnM. — Meoare d'une invasion en Franche-Comté; élan i^énéral. — l«e parlement, orgaoisateor de la défen*e. — Force* militaire« du pays. — l^s corps-francs. — Le baron d'Amant; le colonel Yarroi ; le capitaine Laniron.— Guerre de dix ans. — Entrée des Français en Franche-Comté; manifeete royal. — Le prince de (U>nilé devant DOle. — Jean Uoyvin ; Girardot de Heaocbemin. — Ardeur de la population doloise. — Le siég:e; ses incidents; aea épisodes, u durée; boulets, bombes et mines.— (lonsiaoce héroïque des Uolois. — Désespoir du prince de Condé. — Retraite de< Français. — Joie dans la (k>[iilé. — (îloire et puissance du parlement. — Le poète Mairet, de Besançon.
Au coinniencoment du mois do ftHrier 1598, trois dék^f^ués de Philippe II, parmi les4|uols on reuiarquait Ir Franc-Conilois Jean Hichardot, président du conseil Mivi* des Pays-Bas, arrivèrent à Wrvins pour traiter avec les pl<^ni[K)tenUaircs de lenri tV, et aprt^s de vives et nombreuses contesLitions, la paix Tut conclue le i mai de la inèiiM* année : elle portait (jiie rKspagne et la France se restituaient muuelleuient letirs (conquêtes. Il dut en coriter l)eaucoup au vieiLX monarque espagnol le si;?ner une telle paix, si décevantt^ conclusion de ses quaninte années d*efrort<, le sncrilicis et de cruautés, (l'est (|ue l'implacable ennemi de la France s'avouait ainrii ; c'est que, désespérant d atteindn» le double but qu'il poursuivait, la rcslauation du catliolicisuM* cl l'établissement d'une monarchie universelle, Pbilip|»e II 'arrêtait l^risé sous le sentiment de son impuissance, et bris<* en même temps sous * poitls de la soiiiïrance physicjue. lUnliiit a ne plus sortir de sou morne palais de Kscurial, il s'y consumait en proie h des tortiiri^s si étran^jes, qu'elb'S semblaient
•e ♦'\|M.i(ion \eii^'eress<* des supplices qu'il avait pro<lign('*s à Lmt de victimes. 4* qu'il soufTril pendant plusieurs mois avant de mourir dépassa la nu^sure des l»reuvi*>i liiunaines : il avait le corj)s dess4Thé par l'étisie, rongé par la goutte et la mniiM*, creusé par tl'aiïreux idcères, et ce fut «u milieu d«s airoct'S douleurs de ette déroiuj)Osition jdiysiqiie qu'il expira le 13 septembre 1«%)8. Il mourut au moleni de Noir s'.ieconqdir un maria$;t» qu'il av;iit arrangé lui-même, et sur lequel il (|N*rail a^<4'oir l.i puissance de s;i maison : le mariage de l'infante Isalielle-Claireiigénie sa (ille avec l'arebiiluc Albert d'.Vutricbi'. L'infante et l'an'hidiic élaieiil ^j:i (lancés depuis quelque temps, et Philippe leur avait acconlé la jtossession des ays-li;is et de la IVanche-douité, sous la suzeraineté de rKsjiajrne. Kn effet, un lOis avant la n.orl du roi, c'est-à-dire h* 14 aoilt I51)K, les étals généraux d4*s ays-lhs s'ctaiml ns*ieinblrs à Pnixelles |>our prêter serinent ;i l'infante lsal>elle« laire-Kugéîiic inire les n ains de son futur éjioux ; et cette princesse avait égalelent été prfH'Iaméi* danv la Francbe-(!(uuté. Les historiens nous apiireniient que Li
490 FnANCIlE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
nonvello souveraine (^tail une femme iVun eœur aussi noble que d'un esprit supérieur; kHe iniellipenle et forle, elle avait donné «les preuves d'une raison si précoce, (|ue le roi Philii^pe W son père Tadmil, dit-on, au conseil dès l'Age d«' douze ans.
Isabelle, à Texeniple des archiduchesses qui l'avaient précétiée dans le gouvenirmenl des Pays-Ras el de la rranche-Comlé, résidait habituellement en Flandn». Bien que les Comtois ne la virent pas durant tout son règne, ils ne cessèrent d'avoir pour elle un sincère attachement : car elle leur témoigna toujours la plus grande estime; elle respecta scrupuleusement leurs libertés provinciales et municipales, et, chose inappréciable, elle éloigna la guerre rfe leurs foyers, en faisant renouveler le pacte de neutralité, souvent violé dans ces derniers temps. Ce renouvellement eut lieu en KHI : l'acte portait que la neutralité serait observée jusqu'en 16i0, mais elle ne le fut que jusqu'en 1636, |)ar suite des événements politiques qui survinrent, et dont nous parlerons bientôt.
Ce fut sous le règne de Claire-Eugénie que la propriété de toutes les salines de Salins passa dans le domaine des comtes de Bourgogne. Jusqu'à cette époque, k* puits à muire ou petite saline, par suite de donations que les sires de Salins et que les princes des maisons de Clialon et de Vienne avaient faites tant à des laïques qu'à des ecclésiastiques, était restée parutgée entre quelques seigneurs particuliers el plusieurs abbayes, prieurés et chapitres. Il est vrai que, vers 1590, le roi Piiilippe II, en sa qualité de comte de Bourgogne, avait essayé de réunir ces diverses portions, en s*objigeant de fournir à chaque propriétaire une certaine quanliu^ d*' sel; mais, sur la réclamation du clergé, qui se prétendait lésé par celte disposition, l'affaire avait été portée devant le pape Clément VIII. Li mort du pape et celle de Philip|)ell étant survenues, la question en resta là jusqu'au règne de Claire-Eugénie. Le successeur de Clément VIII nomma les évéques de Baie el de Cenève pour arranger le différend : ces deux prélats convertirent la quantité de sel réclamée par le clergé, en une sonmie d'argent que le domaine du souverain s'engagerait h payer, et dès lors la j)ropriélé des salines resta entre les mains des comtes de Bourgogne.
Mais tandis que les Franc-Comtois, garantis, par le renouvellement du pacte de neutralité, contre les agressions de l'extérieur, mettaient à profit les bienfaits de la p:iix pour réparer les désastres de l'invasion de IS95, à Tinlérieur se poursuivait une lutte intéressante, qui devait amener le triomphe de la iMHVgeoisie. Depuis Cliarles-Quint, la domination des rois d'Espagne sur la Francbe-Coroté n'avait gtière été que nominale : l'autorité réelle résidait dans les mains des parlementaires de Dôle et du gouverneur général de la province. Mais entre le gouverneur, qui représentait la caste aristocratique, et les iiarlementaires, en qui se personnifiait la classe bourgeoise, le pouvoir était plutôt tiraillé que partagé, et des conflits s*éievalent fréquemment. Or ces rivalités tournaient toujours à l'avantage des parionentaires : ils étaient sortis de chaque nouvelle lutte, plus puissants, plus confiants en eux-mêmes ; et, forts de leurs droits acquis, encourag<^ par les succès obtenus, ils ne montraient «lue plus d'ardeur à combattre encore, certains de gagner d*aulres victoires. O fut ainsi qu'en s'aidant de leur énergie, de leurs talents, de leur per* sévérance, ils nrrivèrenl de lutte en lutte, dr com|Uéte en conquête, h se superpo*
MT .iii\ grands Si'i^MKMii'N, à ItMir eiiIrNer riiillueiicc polirM|uc tluiil ih avaieiil joui ^1 loii^'UMiips, à s*eiii|>arer <les positions qirils occupaient; et vers les ileruièi'cs .innët*s ilu soiziîMne siècle la noblesse <l e|H'*e se trouvait avoir |»erdu t;int de terrain, «in'il ne reMait plus en s;i )K)ssession exclusive (|ue la cliar^r de gouverneur de la l»nnince, deux places d<* chevaliers (riionneur au parleuHînt et la capitainerie de r|url(|ues (liâteaux forts. Kn prrsence de ces résultats, les honunes de noble race durent comprendre que le temps des or;|^ueilleu\ dédains envers les hommes de la roture éuiit liasse; ils durent s*a|)(*rcevoir i|uVux-mênies n*a>aient que des noms, et que « ces prétendus paysans, |M)ur employer Tcxpression de M. Edouard Clerc, avaient en, connue viixw de ta Suiss4\ leurs journées de S4*m|»ach, de (iranson et fie Morat. » Les armes le cédaient à la toge ; toutefois Taristocratie ne |)0uvait consentir à s'avouer s;i défaite : elle s*indignait du triomphe de ces bourgeois sans iiaiss;mc(' et sans aïeux ; et, profondément humiliée de se voir reléguée au second plan, elle cherchait |Kir t(Mis les moyens à recou(|uérir son ancienne pré|)ondérance. r/est ce qu'elle essaya not^unmcnt en 1()li. Cette année-là, les états s*éLinl assemlik*s, elle eu protitii \m\r demander son entrée libre au parlement; en même temjis i*lte |>ria Tarchiduc Albert d'ordonner que lc*s gentilshounnes gradués tiendraient le jirtMuier rang |K«rmi les avocats, ot que, dans les présentations qui seraient faites au nii, la cour de I>ôle couq)lerait cha(|ue fois l'un de ces gentilshounnes. Mais les |>ré- Irntions de la noblesse ne réussirent pas mieux auprès des états qu'auprès de l'arrhidnc : la demande d'entrée libre ii la coin* souveraine fut rejetée, et l'archiduc re|>ondit que les iNirles du parlement resteraient ouvertes, comme \K\r le |Kissé, au iiN*rile |H.>rsonnel. Kn laiss;int ainsi les dignités et les euqiluis accessibles, sins listinction de naiss;uice, aux diverses classes , c'ét;iit trancher la question en faveur de la bourgeoisie, qui par ses aptitudes, ses mœurs et son «mucation, devait nfailtiblement remporter sur la nobles>e, élevée dans sts idées chevaleres<|ues el laii> rantipalhie traditionnelle de tout ce qui sentait lÏHhtoire.
Le rôle |K)litique des gnuids seigneurs touchait ù s;i tin ; la puissance de lopilioii publicjue t>assiit du côté des p«)rlementaire>, et c'était là |M)ur eux une cou- |uéte imnjens<\ Les po|)ulations, reconnniss;mtes des senices que ci»s généreux Magistral^ n'avaient ci*ss4' de rendre à la cause des |ietits et di*s opjirimésy se pn»ioneai«*nt unanimement en leur faveur; elles leur souhaitaient intérieurement la onti'-iMiissance, elles aspiraient ii les voir diriger eux-mêmes les alTain'S du |mvs. «ctte disiKisition générale des esprits rt''vr*lait asse^^ aux parlementain^s leur tôle iilur : ils avaient compris que cet appui moral ties niasses leur assurait la |M>ssesion du pouvoir, et ({ue pour en rester les maiire>il ne leur fallait plu> attendre qu'une iTca.Nion. Klle devait hieiiiôi se pnsenter. Au deluns se préparaient des événeiients dont la rranehe-Comté se trouvait destinée à ressentir le contre-coup; et ci»> vénements, en appelant les uienduvs du lurlemenl à prendre une jKitriolique iniiative, allaient leur permettre da* 'piérir le si'ul titre de gloire tpii leur manquât, mis apri's tie s'enqurer de raiilorité pn^que entièn».
La France à eelte é|M)(|ne axait |)onr ministre un de o'S hommes tailli*s à ta baueur d(s Charlema^i^ne ft des Na(N)lêon, et «jui changent la face d'un jiays quaDd ils liri:^*iil ses destmees. (! est nonuner le cardmal de Richelieu. Ce vaste el |»rofo»d
lOÎ FRANCHE - COMTK ANCIKiNNK KT MOUKUNK.
j;,'énic avait compris à quelle grandeur la France pouvait s*élever par le caractère de ses habitants, sa situation K(*ograplii<|ue, les richesses de son sol, les ressources dont elle dis|)osait, et il voulut que la France fût la première parmi les nations du monde. iMais un redoutable obstacle se dressait devant lui ()0ur l'arrêter dans ses desseins : c'était la maison d'Autriche. Celle-ci, depuis Cliarles-Quint, disputait à FAngleterre le renom de la plus mortelle rivale de la France : nulle puissance n*avait en Euro|)e retendue de la sienne; ses alliés étaient nombreux, ses |)ossessions immenses, et elle caressait toujours, malgré Texpérience, son rêve de monarchie universelle. Attaquer la maison impériale d'Autriche, lui jeter un implacable défi, c'était audacieux : Uichelieu eut cette audace. Il n'en vint pas là loutefois sans avoir mesuré ses forces, s:ins avoir préimré de longue main les coups qu'il destinait à sa puissante enneniie : il avait mûri dans sa pensée un plan gigantesque qui dénotait le grand homme de guerre, et pour rendre plus certaine rexécution de ce plan, il avait agi de manière à compter sur l'alliance de la Suède, de la Hollande, de la Suisse, de la Savoie, des confédérés italiens et des princes catholiques d'Allemagne. Assuré de ce concours, Richelieu mit sur pied deux flottes, et quatre années qui formaient cent vingt mille hommes : les deux flottes étaient destinées à protéger la Méditerranée, cette mer qui donne entrée à tous les États du monde ; les quatre armées étaient destinées h prendre position sur l'Escaut, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. L'armée de l'Escaut devait se réunir aux Hollandais; celle du Rhin, aux Suédois ; celle des Alpes, aux confédérés italiens ; la quatrième armée devait rester en observation sur les Pyrénées et se tenir sur la défensive, car il entrait dans la politique de Richelieu d'agir aussi contre l'Espagne. Celle-ci n'était pas seulement le bras droit de la maison d'Autriche, mais elle était l'eunemie directe de la France, dont elle fomentait depuis un siècle tous les troubles. Puis l'Espagne possédait le Roussillon, la Franclie-Comté, les Pays-Bas, et Richelieu convoilaic ardemment ces provinces pour former avec elles l'unité territoriale de la France. Ijt roi d'Espagne à cette époque était I^lippe IV ; il était en même temps, depub Tannée 1633, souverain des Pays-Bas et de la Franche-Comté : la mort dlsabelle- Claire-Eugénie décédée sans postérité l'avait rendu possesseur de ces belles pro* vinces, en vertu des conditions insérées dans la donation que le rei Philippe U en avait faite «^ sa Glle. Philippe IV était, depuis Othe-Guillaume, le trente-deuxièiDe comte souverain de la Franche-Comté ; il devait en être le dernier.
Un incident vint fournir à Richelieu l'occasion qu'il cherchait de roimpre avec l'Espagne. Au mois de mars 1635 un corps espagnol avait surpris Trêves, ville allemande défendue par une garnison française, et l'archevéque-électeur de Trêves avait été fait prisonnier. Richelieu ne pouvait souhaiter un meilleur prétexte pour la rupture désh^ée : il fit demander au gouverneur esp^ignol des Pays-Bas la mise en liberté de l'électeur-archevéïpie que la Franco avait pris sous sa protection; et, sur le refus du gotiverneur, il envoya aussitôt son héraut d'armes déclarer la guerre ouverte, par terre et par mer, au roi d*Espagne, dans la personne du prince qui le représentait à Bruxelles (19 mai 1635). Les hostilités suivirent de près cette déclaration ; des deux côtés on était prêt pour ce grand duel que Richeheu ne devait pas voir terminer, et (|ui partagea l'Europe en deux camps : dans l'un, la France avec
KnANciiK-<:oMTK i:si».u;.NnLi:. i-r,
ioii> ses nllit's; clans raïKre, le rui (l*Ks|Kij?nc avec l'eiiipemir (rAuliiclio, le roi (te Hongrie et le iluc de Lorrnine. On no s^attend pas à i*«' que nous racontions ici les é%èmunonts dr celte lutte inônioraldc» connue sous le nom de //ficr/r lif treille am; du reste, ils tiennent une pla(*e Imp éclatante dans les annales de la l'Vance [tour »\Hrv lias devenus classiques : notre rôle doit donc se horner :i rap|>eler counneiit la Kninclie-('ou)té se trouva mêlée à cette {grande épopée, et comment elle en sortit avec une auréole de gloire el de mallienr qui rayonnera toujours au frontispice de son histoire.
t'Jiarles iV, duc dt* l.orraine, que le roi de Irance Louis Mil avait dé|K)uillé de se» Kliils, sï'iait retliv à Besim^on avec quelques irou|)es restées lidêles à s;i fortune. L(* roi de France ne l'entendait pas ainsi : mécontent de ce (pie Resançon avait accueilli ikms ses murs le diic et ses troupes, il écrivit au |Kirlement \W Hôle |K)ur se plaindre des cours(*s faites par le duc (lliarles sur les teires de la couronne, <'t |K)ur ikMuander raisim de celte conduite. \j' parlement ré|)ondit quVn'ectivement le duc de Lorraine avait re«:u rhosi)it:dité c]w/. les CDUitois, avec quelques soldats attachés a la {çarde de s;i personne, mais que cela ne devait en aucune Uianière inq(û<''ter le roi de France, attendu qu*ii n'était pas permis nu duc de n'cruter des liommi^s «lans le pa\s; que, s'il y avait eu des courses de faites sur les l<Tres de la couronne, c-'i*tait jMir des tnuqies impériales, honi^roises <*l (M'o:ites, lesquelles n'avaient jkis |ihis ména;;é la t'iOmté elle-même que la iSom^ro^ne diuale ; (|(ra''nsi Ton accusait h tort les («omtois d'avoir violé le |)ac{e de neutralité, pacte qm' leur intérêt leur romniandait de maintenir. Le parlement sujqdiait donc S;i Majesté Tivs-Chrétienne lie ne jkis mettre en doute ses sentiments, el rmiss;iil en lui renouvelant tous ses rcsjK'cts. {'Ai lanira$:«' ne s:ilislit pas Louis Xlll, on piulôi son ministre Richelieu, i|ui ne cherchait qu'un prétexte pom' afi:ir contre la Franche-tlomté. U'ailleurs lîil'Iielieu savait que celte pruvincf* avait lourni quatre régiments .-lU roi d'Kspa^çne, et i|ne Tun ili; ces régiments, soil has^u'd, soit calcul, se trouvait avec le duc de Lorr:dne, qui s*en était servi pour d(''lop:er dé Porentruy des trou(H's françaises diri;;ées sur l'Alsace'. Richelieu vil là, de la |)art d(^ (.omtois. une violation llap'anle du fiarte de neutralité; et ceux-ci, reconnus cou|Kd)les d'avoir fom'ui des secours aux ennemis de In France, furent innnédiatemenl observés par un corps d'armée de vin^rt mille honunes, qui se massa derrii're la S^iône.
L-i Franche-C^omté dut si» préparer à la ^Mierre; rtle le lit, et la nouvelle lutte qu'elle allait soutenir contre la France devait dépass4M* df beaucoup rn éner;;ii' le caractère des lutt(*s précédentes, i/esl que les (iomtnis voûtaient moins que jamais
* Au printemps de raiinrc lir»"», li* dur dr Lnnaiiio <'i'(ait jelt* sur le (omlè de Monlbcliurd, qui n:enacé à la fuis par les K^pairnoUdu ilur de F«'ti;i. rt pjir !f^ liiipériHix du i:»''ni**ra! aulrirliien (ialas avait ai»|»flé à son sef^niirn le^ sidilats du roi de Krauce. I.t'^ ImMliiéN iiiaiiiliôliarduise^ qui curent le p|u« àMHitTrirde ceue InvaMon furiMU. cnlrr nuirez, KesrhLS-lr-r.fiàlel, (irand-dliaiiiionl. Marrhclavillen, Nominay, Kluliun. (■ran^'e<. ('.'iMirelle^, Taillecouil, Vnujaurourt, Vilanjuie. où les LArranis ne laissent après eux que la dL'va«talion el la Tunine. hcjà, «leux .ms ;iiiparavaiil. m ii\iil uriT», le \il- U/e de 4irand-(<liarmont avuii ôiê rava'^ê par le% troupo de Moniccuculli, qui >e rendaient en .Msare ; et au mois de septembre de la même année, les li^pa^nols du dm* de Kêria s'étaient livrés >ut-le territoire de Fesches-le-('liâtel à des dépitNJations inouïes. I.e maire de ceUo commune avait été pri< |Mr ru\ et emmené pieds et |Kiinp'< liés.
V>t KKANCIlE-COMrii ANCIKNNK KT MODKRNE.
entendre parler de la France : ils redoutaient son ^^ouvernenieni à privilèges, eux (|ni vivaient indépendants et libres sons un autre gouvernement; ils abbomtient le nom de Français, et le souvenir des invasions de 1 i77 â 1 479 sous Louis XI, Tiupression |)Ius récente de la conquête de 1595, n*ét;iient pas de nature à faire louiki leurs antipathies. !^our(|uoi, du reste, auraient-ils changé de maitrcs? I/Ëspagiie l(^s avait toujours traités avec une grande douceur : par leur éloiguemeDt de la utè tropole, ils ne ressentaient que fort indirectement Tinlluence du gouverneoienl central ; par la |)Osition géographi(|ue de leur province, enclavée au milieu de lem> étrangères <^t com|)létement séparée des autres jiossessions es|^gnoles, il leur était si facile de secouer le joug, que cette facilité les avait préser\'és du joug même; et rLspagne, qui les possédait moins qu*elle n*cmpêchait la France de les iiossêder, leur a\ ait tout accordé pour leur ôter tout désir de changer de conditiou. Ahisi, chez eux, les impôts étaient faibles, volés par les états et dépensés dans le lays; les libertés, franchises et privilèges étaient restés intacts malgré les guerres el les invasions; la sujétion réelle n*exisuit pas. La Franche-Comié, espèce de république S4.' gouvernant elle-mcme, ne relevait que nominalement du prince dont elle reconnaissait la suzeraineté, et le tribut qu*elle lui payait volonLnircmcnt se réduisait à peu de chose : par o\enq)le, elle devait fournir au roi d*Espagne trois r^iments, quel(|uefois quatre ; puis les états de la province accordaient au souverain, sous le nom de don gratuit, une somme en numéraire, qui ne dépassait guère deux cent mille livres pour trois ans. Il est vrai qu'au don gratuit venait s'ajouter le produit des sidines ; mais la Franche-Comté trouvait à ces sacrifices une glorieuse coiD|ieiisation : en niéme temps qu'elle fournissidt des gens de guerre h l'Ksiiagne, elle lui fournissait dos hommes d*Ktat; H Ton a vu,|)ar le nombre des Comtois qui brillèTeni au seizième siècle dans les fonctions de diplomates, d'ambassadeurs, de cliancelierF, de ministres, de présidents et de conseillers, en quelle estime on tenailleurs talents. Toutes ces considérations, jointes aux avantages incontestés que la dominatioa lie rKspagne offrait aux Franc-(k)mtois, avaient enraciné dans leurs dnies un altacbement profond pour les souverains de ce pays; et leur répulsion contre la domination de la France était d'autant plus forte, que lorsqu'ils venaient à mettre en parallèle les deux gouvernements, ils se rappelaient n'avoir connu l'un que par se> bienfaits, l'autre (|ue |)ar ses violences. Aussi la nouvelle de l'invasion dont le cardinal de Richelieu les menaçait les trouva-i-elle tous debout; h l'aspect du danger ils s'étaient levés comme im seul homme : jamais la nationalité franc-comtoise n'avait présenté ce caractère d'enseud)le et d'enthousiasme, et rien d'aussi grand ne s'était encore produit dans l'histoire de la province. Cette fois, ce n'est plus seulement, comme en ! i79, la noblesse (pii, fidèle à l'honneur du serment, et se fai.sjnl une religion du devoir, s'apprête à combattre ; mais la bourgeoisie elle-même s'esl arrachée aux habitudes pacifiques de son éducation pour ceindre l'épée et prends l'arquebuse; mais le peuple a laissé là sa charrue et sa cognée pour courir m armes et sauver l'indépendance du sol ou mourir libre. Nobles, bourgeois, paysjins tous font cause commune; les antipatliies, les rivalités, la distance des rangs l'inégalité des conditions et des naissances, tout s'est effacé devant la grandeur du péril, devant la solennité du moment.
FHAKCHR - COIITË KSPAGNOLe. A9r»
L<* |i;iri(iiietit île I^Alc nvait été chargé d*org3iniser la défense. Il s'acquiUa de oo nilo :i\i*f aiilaiil d*in(elli;;ence (|iie d*activilé; sa |)atriotiqiie sollicitude ne négligea nen de w qui (loiivait assurer le salut général : les forces et les ressources du pays furiMic passives en rovne; IVlat des villes reconnu; les fortifications visitées; les ré- {•anilions et constructions niVess^iires ordonnées; les commandants de places hien ciicûsis. Il fut tlécidé ()ue, la ^'amison des villes se trouvant généralement bien corn- |K»4''e, IfN liourgeois auraient la charge de défendre eux-mêmes leurs foyers. Le parli*mrnt nomma h*s conseillers Koyvin et liereur pour diriger les ré|»arations a faire •-•ux fortiticalions de l>61e : le corps de cette place se composait de sept bastions d'une hauteur extraordinaire, d'une é|>aisseur d'au moins dix pieds, et fondés presque iMriout sur huit pie<ls de roc. Par Tonire des deux conseillers, on rehaussa les lieux courtines du côté ^u Doubs, cpii leur signait de défense naturelle ; on éleva des |iara|N*u sur tous les boulevanls, avec di^s embrasures aux oreillons et aux faces, |MNir > |>oiiiter le canon ; ou élargit et Ton creusa les fossés; on perfectionna le cliemin couvert; on construisit devant les portes d'Anins et de Besam.on deux demilunis en terre bien Imttuc et fascini'^e, et ca|Kibles de contenir chacune cinq cents houiuHH;. Le conseiller Louis IVtrey, de Yesoul, fut envoyé à tèray {XHir achever le^ travaux de fortifications de cette place; et fingénieur Jean-Siaiirice Tissot, de hmtaiiier, que ses sen ices et si's blents avaient fait nommer inspecteur des arsenaux lie la province, fut rharjçî' de imurvoir aux l»esoins d*armes et d'olijets de guerre.
L«' fKirlenient se proiMira de l'argent en recourant à l'emprunt h cours de rentes ; il tu en uuin* ap|H'ler à hôle les neuf commissaires des trois éUils et les magi.Htnits JeN phnci|>ales villes, |)our se concerter avec eux sur les ex|M'Mlienls convenables ii [irendre dans la nécessité (présente; et les députés autorisèrent, |iar procuration, ib'> emprunts dont les deniers seraient versés à la caisse du |>arlenient.
L'iin|»ortante (piestion des approvisionnements ne fut pas négligi'*e : le |>artement it remplir de grains, de fourragi»s et d'auUres munitions néc*essaires, tous les magasins des \illes et |)lac(S fortes; il invitai les villes, b(mrgs et communautés à fain* *iMHluire leurs grains, argent et denrf''es, à t^niy |k>ur le bailliage d'.\monl, à Salins NMir le bailliag«* d'Aval, à hôle )M>ur le li.'iilliag«* de ce nom; il chargea les iiiagisrats de rrs >iiies d'établir des commis pour suneiller l'arrivage des grains, tenir lote de Ifiir qualité et quantité, ainsi que de l'ai'gent qui serait dé|)0sé, et en donner lis nvus, a\t*r pnuuisse de remboursement.
Uuaut à l'aruHH' aetive franc-<*om toise , laquelle se coni|Kisait a i*eitti époque If six mille hommes, répartis en trente enseignes ou compagnies de deux cents ioinme<;, le fKirlement en forma trois légions, qui prirent chacune le nom d'un des rois t>ailiia(;rs du |ki>> : la légion du bailliage d'Amont fut placée sous le commanlemt*nt du sin* d'Andelot-tilievigney ; celle du liailliage d'Aval, sous le coBOiiaiideiN'Ul du sire de Poitiers; et h légion du l>;iilliage tie hôle, sous le couiiiUiDdeaieni lu ^ieiir de (Il<ion-Vois4\v. Le |)arleuient nomma chef de la eavalerie Gérenl de loux, dit (le II nUei'illf, et mar<)uis de (lontlaus : en sus des com|Nignies, cbaeuiie le cent choan-ir'^'i'rs, (jui existaient déjà, on h*va H^it autres coaipagnies, doot n»is de ruiia^siers, aussi décent che\aux,et quatre tant d'arquebusiers à cbe^al 411C de r)M\:iU-lc;.'t T'^. l'iiis Ton con\o<pia l'arrière-lian et 1*011 invita UMs ce«\ qui
4% IRANCHE -COMTÉ ANCIEP^NR ET MODERNE.
avaient servi dans la cavalerie à se rendre auprès du maréchal de canop en qualité de volontaires. Enfin Ton ordonna que tons les hommes de dix-huit à soixante ans qnj avaient déjà porté les nnnes seraient obligés de les reprendre et se tiendraient prête à marcher.
Outre les troupes régulières, des corps-francs se formèrent sous la conduite de chefs braves et résolus, et appelés à rendre les plus grands services à la cause nationale, en donnant à ces compagnies de partisans une organisation intelligente et vigoureuse. Les partisans étaient presque tous des montagnards : hommes de fer, rompus à la fatigue, aux marches forcées, aux privations; insensibles aux influences de la température; bravant la mort sans y songer, et dévoués à leur pays jusqu'.iu fanatisme. Ces soldats improvisés n*avaient pas Tuniforme militaire; seulement ils portaient un costume auquel ils se reconnaissaient, et qui se ressemblait autant qm* possible : un chapeau de feutre rond, et relevé d'un côté; des hauts-de-chausses collants, recouverts jusqu*à mi-cuisse par des guêtres en cuir qui pressaient fortement la jambe et descendaient sur des souliers ferrés à semelle très-épaisse; un habit à larges basques, serré sur les hanches par une ceinture d*oii |)endaient le poignard et les pistolets ; un baudrier tombant en écharpe sur la poitrine et retenant une longue et lourde épée : tel était à peu près Taccoutrement des montagnards.
Un homme d*un grand courage et d*une haute intelligence vint se placer à leiir U^'te : c'était le baron César du Saix d'Amans. Il sortait d'une famille illustre, mal; • étrangère à la Franche-Comté. Né en Espagne, le baron d'Amans était venu, le^ premier de sa race, se fixer dans le Jura; et, comme tous ceux qui respirent ralurdes monlapes, il avait bientôt aimé sa nouvelle patrie. L'invasion française Icr? trouva prêt à tirer Pépée : son rang, sa fortune, ses talents firent songer à lui, e m l'Espagne le désigna pour commander les corps-francs, diriger leurs mouvcroenlsi» et leurs attaques, correspondre avec les chefs de l'armée et les gouverneurs des places du plat pays. César du Saix d'Amans ne trompa pas les hautes espéranci's (|u'on avait mises en lui : il devait allier, dans le poste qu'on lui confiait, la Imvoure du soldat h l'habileté du chef, et conquérir aux yeux des montagnards frunrcomtois une répuUition de courage et de patriotisme justement méritée.
A côté du baron d'Arnans, d'antres hommes qui n'avaient pas, comme lui, fédat du nom et de la naissance, étaient destinés à jouer un rôle remarquable. Il s'ei rencontra deux particulièrement qui se mirent promptement en relief et se déclarèrent chefs sans que personne songe«1t !\ leur contester le commandement : c'étaient Jean Varroz, d'Orgelet, et Jean-Claude Prost, simple affranchi de Longclmumois. Jean Varroz, vieux soldat dont l'intelligence et la valeur avaient brillé SfUr plus d'un champ de bataille, et qui devait à de loyaux services le titre de colonel, se charK^i d'organiser la cavalerie des corps-francs. En peu de temps il parvint à former une milice dévouée, qui dans le principe se composait d'à peu près cinq cents hommes^ mais qui s'éleva progressivement à plus de mille. Aidé de sa vieille expérience, le colonel Varroz sut tirer un habile parti de ses ressources, on façonnant ses vokNilaires h la guerre de montagne, en les habituant à combattre à pied comme à che^ali en leur apprenant à tenir contre les meilleures troupes. Si ce chef u'aoquit pas dans le rôle de ses .ittributions, toute la renommée que lui promettaient ses lalenis
KRANCHK- COMTÉ KSPAGNOI.E. 497
îliLiin's, o'«'s( (|iii' l.'i ilisposilion du hMTain vi l.i ;;i;imti' dt* uionlngiie ni* ponni*!iriir |KiN A II ravnliM il» (hs siiars aussi faciirs qu'à rinfnnteric : ( .'luMidanl Varn»/ I lit a<S('/ pour laisser iiiic inénioiiv |iopulaiii' parmi ses coinpalriolos; fi U* pays^iii
ra|»|M*llr t»iin»ro Ii; ion parlifulier a\«r Uvpiel ct» hravr rraiiiMIoiiitois, relraiirl:i' MIS uiu i^roiio ipii porto anjoiini'liiii son nom, répondait à l'enniMni <pii lui criait : Varp»/, h*nds-loi ! -- Non, <lr par tous les dial»l<'s, je ne ino rriidrai pas! » i'«- -Uit-il.
Jran-iilandc l'rosi appartenait à vette catr^orie d'homnn's «pii const^nti'nt à |)aN< r tiMir \ie dans rolisciirité -lors(|m* les événcn:enls ne viiMinent pas li's mettre ni lirt, i*t tpii S4> n'vMeni toiil rnKiers quand iim* grandi* |N.Misr'o les npi^Mle ou qu'uni* ssion $?rnéreuse les pousse à iléjilover lour ^^'nie. i>. ;(!orieu\ enfant des moul^iit'N du Jura n'avait guère plus de vin^l ans }oi*si|u*il commença smi existence ^innnanfrs tcmêrilés; mais il laissait déjà voir à cet .î;(e cpi'il était de taille à coulire un peuple iusiirpfé pour son indé|R'iidancc. Kn effet, il ne devait |ioint siMilrl'nt or^anis4*r avec une rare su|)ériorité et diriger avrc une admiraide ju>tesse dt^ le rin^urrectioii ctie/ les montagnanls jurassiens : ce qu'il devait faire de mieux II* d'organiser et de diriger, c*êtait de- savoir ranati>er. C^mme on Ta dit, pour i>sionner lt*s masses, il faut qu'un peu d'illusion se mêle à la vérité : la réalité ir elle-même est trop froide, elle a besoin de croiix* à des chost*s un |»eu plus grande> it* nature, et c'est ce qui produit le fanatisme, ce driire de la vcitii. Ji*an-Clautie rosi le comprit; il voulut mêler un peu d'illuxion à ht vii'iU', i*t le moyen cpiil iiploxa lui réussit. Il kiissa croire qu'ayant été voué, dans son enfance, à la Vouivre, .*lle-ci l'avait pris sous s:i protection. Tous U*s ri*anc-(>)mtois ont (*ntcndu ikiiI* r p la Voni\re, cet être magique qui glisse dans les airs comiiie une liirur rapide, m* li^ui* ilans les Ilots comme la fameuse fée Mélusine, et porte à <ou front une e>car- (iucle phis précieibe que l(* plus précieux des diamants. I a Vouivre * est, daii^ ujMuion itii peuple, une es|)écc de S4'r|»ent ailé, inuportel, qui liahite les grottes inlemines, |i>s mines des cliAteaux et des couvents, hes pa\saiis assurent l'avoir lie ira\i r<(r livs airs en forme de barre de feu, et disent que, «piand ellt* veut lioire la s«»un I' d'un ruisseau, elle dé|mse sur le rivage le diamant qu'elle porte au front, eureux I liomme adroit tpii, dans ce moment ou l'animal merveilleux ccs>e de \oir lair car <•' diamant est srm (eil), s'enqtarerait de ce talisman : sa fortime S(Ta:t iite; il viait le phiN puissant des hommes '. • hans l't^sprit de iMaiicoiip de geii<, I Vnui\r>* n'e>t autre cIkisc que l'euddéme de la fortune : par ses ailes elle en rerc^riile la rapidité; par sou e>earl)0ucle, l'éclat; jiar se> aniieaux chatoyants, les éli»ur\ ijpririeux. Le |)liiloM>plie ne \oit. dans cette nahe le vende de la Vouivre, u'une per>nnnitieatitiii du lionlienr parlait, \er^ leipiel Ibniniiie dirige tous ms fTort"^ sui> pnn\tiir janiai^^ l'atteindie.
l/n)»ininn «pie la Vtiuivre veillait sur PhinI eiunme >ou lK>n ange s'était n'pandue an> la mni)(a;;iie: v[ relie dpininn ne tarda pas à devenir une i'rn\aiui* générale )r<t\vv TroNt se tut \u\> à la têlt* des eorp^-traiirs. A la conduite qu'il tint, les iv^aiiN snpiTslilii'UX ne doulerint plus que la Voui\re était HUi Ihii uénie, qu'elle
I liront* MiiNMlh Ihi t ultf i/f» / sprilM daun lit >ri/i«fi»iir.
FRANCIlK-nOMTÉ KSP.Vr.NOLR. 4!»
quVn (rfinhiaiU : l.i hTr/nr dr ce nom iysl;i si ^'imimU' parmi eux, qn'ollo s'y porpcina plus criin siècle, et longtemps los Rivssainls répélÎMcnl dans leurs likinics du iiiatin et du soir : he Ut fièvre et //«• Ijuiizon délivrez-nous, Seiffueur!
Autant le capitaine Laen/on était redouté cliez ses ennemis, autant il était vénéré c}ie2ses comiuttriotes. On le re^'ardait connue le {ri'nie armé <!e In n!ontap[ne. Ses exploits, transmis de bouche en i)ouclie, prenaient des proportions K>rantos(|ues cl disaient de lui un être surnaturel. On hénissait son nom dans les |)riêres, on dressait des autels en son honneur. Il tut el restera la renonunée la {)lus populaire de son «foque. Si, dans la suite de ce récit, on ne le trouve pas plus souvent mêlé aux opérations militaires, c'est i|ue le frenre de guerre qu'il faisait, guerre toiiti* d'escarmouches, de surprises et d'embuscades, ne lui permettait |kis de livrer de ces hutailies qui défrayent l'historien ; mais on n*oid)liera jamais (pi'il fut l'un des Franc- Clooitois qui sauvèrent l'indépendance de leur pa^^ '.
Abordons à présent le grand drnnie où la Krancbe-Comlé joua un rôle si glorieux et si tragique, et au(|uel son liisloire a donné le nom de (luerre de dix ans.
\er& les derniers jours du mois île mai ItWr», le prince de C'ondé traversa la ^Nâônc avec une armée française, de trente mille lionmicset s'avança dans la (.omté. 1 1 s'ét«iil fait précéder p;ir un maniftrste royal qui rejetait sur les Comtois la violation «tu pacte de neutralité, et (|ui ju>tiliait la nécessité de mettre la province liorsirétat «II* secourir les ennemis de la Trance. Mai> il était enjoint, sous les peines les plus sévères, aux soldats du prince de se conq^ortcr dans les canq)agnes comme m pays :«iiii. Ces uiénageiuents envers les Cumtois n\ith>igi)irenl pas leur but, el le :28 mai le I triiicc de Cunde se présentait devant Dôle. Il avait axec lui vingt mille lantassins et liuil mille chevaux; le grand-maitre île rarlillrrie, la Mclileraye, cousin germain du « \inJinal de lîichclieu, lui servait de lieutenant. I.e prince établit son t|uarlier gêné- »"al à Saint-Ylie.
Les Dolois éUiient prêts à recevoir vigoureusement les Français. Le parlemeni, « 'Oinme on Ta vu, avait jtris les mesures les {dus conqtiètes pour assurer 1 résis- ^^nce, |K)ur ré|)ondre à toutes les éventualités : deux <le ses meudires entre autres, ■k)y\in et Cirardot de Ueauclicmin, s étaienl fait reuiarqiu'r par leur intelligence el leur énergie, el ils nous ont lé^uê dans deux livros immortels le souvenir de cetie ^'ande époque. Jean Boyvin était con>eiller au parlement. Né sans aïeux, il devait ^on élévation à son seul mérite, et la cour souveraine n'eut pas le magistral plus intègre et plus éclairé que lui. Le firand président run/vin, connue on l'appela plus tard, joignait à rérudilion du jurisconsulte le latent de récriv:iin : il i;uus n laissé rhistoire du siège de Dôle, ouvraîre «l'uii si\le inenrn'i't il v>{ \rai, mais naïf et pittoresque, et qui res|)ire les seiujntrnîs les plis patriiilii|ne>\ Jean (liranlid, seigneur de neaucliemiii, était de .Nn/ei'o>. .Ma^^'iMrat d'un caradiTe antiiiur, grand citoyen, il faisjiil marcber de front, a\ee hs (levi»lr> de sa eliar.-e, l'eiutle de> leîlres
■ NoUi* compalrioie l.oiii^ Jon^NerniHlol .1 pnhli» >f\r I..i<"u/un ilctix rom.iiH. Iiotoi i<{uc< pleine d'iBlcréi; ils sont inlituli'si : 1 1 Diamant dfli Vouirm-t h* i'.apH'iiuc Ijimmu. On y troino .lusfti •ur le colooei Varroz ci le trop rniuMix nbhé lie Wailevilio. des ili'luii.N ii(*s-runvu.\.
■ Cest en grande partie ir après cet ouvrage i|uc nuiw rrljinn^i le ^ié^'c «If Uule.
^M) Fï^ANClIE- COMTÉ ANCIENNIi: ET MODKUNE.
Cl (les sciences, il a\ail des connaissances très-élendiies, el, doné d'un jiijrenienl lucide, il tenait lortenieiit à ses opinions. CoM lui qui combattit un jour, d«in< !•' conseil siipcriein* charge de la défense du pays, mic certaine mesure et proiiosa île la faire remplacer par une anire, qu'il a|)puya de l'exemple de Scipion. I.Vvénemeni i»lant venu juslilier sa manière de voir, ses collè{çnes montrèrent dé.sonnais um* j-rande déférence à ses avis; et lorsqu'une question diflicile se présentait, ils n'ouhliaient pas de le consulter : a Monsieur de Bt^aucliemin, lui disaient-ils, irou\c/- I (:ns encore quelque scipionade. » On a de Girardot de Beaiicliemin une llistoiir de la (fume île tlb- nus, ouvrage' l'crit avec une élégance, une pureté de sl>lo Men ! .nos pour répoque.
Le parlement, pressentant (pie les premi4*res attaques des Fran(:ais seraient diri- ;:* es contre Dole, ca|Mtale de la Franche-Comté, avait approvisionné la ville d'une fiiaude «piantité de vivres et l'avait renforcée d'une g:irnison nombreuse. Il a\ait aussi invoqué le se(rours des Suisses, garants de la vieille neulralilé comtoise; mais Us Suissi^s. jjaiiués par l'arfrent de Hichelieu, s'étaient contentés d'oiïrir leur iiié «!:at:on. I.e parlement avait org:misé militairement la |K)pulation doloise : il Tavait iip.irtio en neuf co:npa£,Miies, dont sept devaient défendre les sept liaslions de la \i!!o: Ie< doux autres (H)uq)agnies devai(^nt se tenir à la halle ou sur la grande plao* oi riro pn*'to< à se porter sur les divers points où leur présence serait nécessaire. Viu'ua li:dMtant ne pouvait se dis|»enser de monter la garde, de trois jours Tiin, et ;\mi .i\.iii in(vrporé dans les compagnies les prêtres, les moines, les jeunes gen< .!o> ooolos, jusqu'aux étrang(»rs. Du reste, Tespril de la population était des u;. d.ours : la lM>ur;;ooisie se montrait unaninie |iour résister avec opiniâtreté, et n* .;*M ooninluiait beaucoup à snn^xciter les âmes, c'éLiit la contenance courageuse de> :* «Mibiv^ du parlomenl, c'était aussi la pn';sence du vénérable Fcnlinand de Kyo, I v'K*\oqne do ïl'sniooiu Iripiel était venu s'enfermer dans la |)lace, malgré ses ;: i:rr xm^isauN, (M promettait aux Dolois de vivre onde mourir avec eux. Tout, en . : ui>i. vo tli soldat poiu* n^pousser les soldats de la France; et, dans ce grand MMli'xomoni. ou d('\ait voir les femmes elles-mêmes dis|mter aux hommes le ino-
f.*'.' 0 do l'IloriMMUO.
\ s' iMiiuv \W i\ !id(*, établi dos le ±) mai au château de Sainl-Ylie, avait le leii- L lit \ n f.iK porior à h''>!o, par un trompette, des lettres de sa main, où il disait que M ; v'u \\^\\\m\ o(H)roror avec lui, on pourrait en toute sécurité députer à son quarlu I . noi.d 1 .1 ri*pou<o donutV, an nom du parlement, par le colonel de la Vi-rne, . •••M. inil.iMi uidii.nro iW la |daoe, ne laissa plus douter au chef de r<irmée fRin«:ais«^ u. il \toiiMio Nonto oii\rirait à ses soldats les portes de Ihjle : « Rien ne nous |ii.s.,\ M.iii dii to o«i|onot de la Venir au trompette; après un an de si(^ge nous wii n^ M'qiio nous .i\(»ns à (.liro. h Alors leoohmol français Tiassion dressa .sur ji» w\i\.\ piôH d'un ondnMl ajipilé Navmont, une lialt(M*ie de grossies pièces, |M>inlêi' ,(iiiiio Ion ui.mmhi'. de ta xdli* : il espérait (pie dos bourj;(îois peu habitués aux salves ,r uiillouo M'i.uoiii itnii « iiii>és par b's preuiièros décharges; mais, dès le débuije OrtudJtno do i.i.iinmoMl, un dos plus bravos ofluMiTS de la Comté, prouvait aux Fi«»n<»i^ ,pio los Pidois ii:i\aiont pas'jieur et suivaient se battre. 1-e i juin, (iram- . A II lélo di* lioi^ c« lits hommes, faisait une sortie; et tombant sur le régi-
HUNCHK-COUTK K-*1>A(;>I>I,K. Ml
iiK'nl (Je l'icanlio, il le i'li;irif(?;tit iriiiie iii.-iiiïi'n' si vi(;iiim-iis<', (|ti'il roMipiMil à*^ rx'iiler en ili'sonhv; il r(!{lOll^s(il m milix> un rsr.iilrnii arniiini imtir sniilciiir le n^inifiil Obiiiiilé, et ne st relirait ([ii':i l'arnït'i; ilc lit'iix iioiivi',iii\ csfadioiis, qui milaiitul laparlicpnr Irop inégale. lA'ciiiiiaine iluGi'aminoiiI,<'l1l-duaRl alors sa retraite en Imn onlre, ronirii dans la iilaci- avec |iros(|ii(> Itms s*'s p'ns : les Fnint:ai5 avaient [leriln liraMC(i(i|i des leurs. I.i> leiulcinain <lr (-elle sortie, cl lii's l>'s si'|ii Ix^ires ■tu malin, lugrosst.' liallerio du lerlre laisail Teii de toutes ses plères; niaisollo tiniil il |h;ii [tri'S sans snct'è^, landis ([w. les conlevrines dtdnises, |iiiiul(Vs sur les hauts tnMions, ilécouvi-aîent de l.'i les Iraiidiées citireniies , les niinait-iil , (liaient des iissii'';teanls.
i^- 1 JHiii, li>s Pmurnis dreïsi'rent deux nouvcllos UiUerit's. l'une à six cents \Kt> ie la iHtrie d'.VRins, l'aiitru à la nièuk- distam'e de la |iorle de Itusitnt'on, et le lendemain les trois batteries lirèrerit loni le jonr, sinis ilt^iu)iarer. contre les lours, le.» riTlisi-s, les loils des iitaisitus. ijiteli|nes eoups de <"tiion elllenW'rent li-s reniiiarts, ilanl iiii liivul cannaitre lu torce ei fa solidité : les houlds enduiuiuatieaient, il esl n'.d, la twssc sursaillaule de la TaGc extérieure; njais ils ne )i(iuvaienl enlamer ni )e neur ni le inut>lton des nuirs. Lis I)<d(iis avaient tant de eonlianee dans leur luniiie t-iitfinte i)»stionnée, «(n'ils la dis:iienl reui|)lic de l'esiiril inviniihle de l'einiiereur riiarles-ifniiit. C'est ce. souverain ii'ii l'avait fait eon.>lrniro,
l.e prinre de Ci.ini|é avait lH'au<-ou]) e(ini|ité sur l'eiïel îles liiiis batteries : iléeii ilaiis sou attente, il reiouritt à nn anlre inoven jxinr intiiniiler les Itulois. H'-s le )'• juin au matin, la Meilleraye, ^'rand-inaitre de l'ai tillerii-, lit pleuvoir sur la ville nne tri'éle de bniulies, nonvelle ol tuirilile inventiun due aux Hollandais, ipii l'avaient ini|Nirti''e en Kritiici', » invention, <li( Houin, ajoiilée ilo notre ii^v aux autres i|)i'* IVnfer a vomies pour l'extenninalion du i;eiii'i' tiuniain. > l.i's Dnlois, <|ui n'ataieui jamais vu de lionilies. eu Inrenl il'almrd ellrayés : ils Tii) aient à r:is|HTl de ces lioiili"* lie Ter rreuses, remplies de |ioiidre, et (|ui dans liiir explosion disparaissaient en lanranl par éclats la dfsirnction et la mort ; mais, la ph'niièii' fravcnr passée, les assii^ Ki-s s-' raiHiliarisi-renl proniptcini-nt avec le jeu de ces maeliines inleritales. L-s Imiiides jetées snr Ilôlc pesaient depuis eeiK jusiiu'à deux cent vingt livres : leur eliilte élail si luurdc, iiu'elk's écrasdeiit les toits, eiiliineaient les jilaiicliers et juirfnis les voftics des caves. a\ mit rpte le feu de la fusée eût v'a^né le cn'iir de la poudre: puis, ipiaiid il l'avait ;;lleinto, la hombe. eiuiiposée d'un fer aifire et cassant, l'vlatait avee mil' telle violenee, i)ire les tnif,'i)ieiits éliianlaieni jusrpraux murailles des iiiuiMiiis.
Le T juin, W Français allai|ui'reiil la enntr(siar|ie ipii couvrait la face du ba»liou du Yienx-t'liàteau ; le nilmiel llasston avait lait tranopoiter à Navmnul, [dus loin sur le revers du tertre, sa ballerie de {rrossi'^ piices, et de ce lien il incommodait irrandemnit le-; as>ié;rés: car celle reilontalile l>atterie l'iililait la cijiilrescar|ic et l'issue de la demi-lnin' luatiipiéc pour y arriver, ille rasait la l'ace du liaslion du Vieux-Cliàtcaii, emlioiteliail le Ihw el lis lialtehes du l)a>tinu il'Araus, et décoiirnit le pont |>itr lequel on sortait de ta ville. Les K et '.> juin, ta Lanoiinade et la niOUHlueiade n'arrétèrenl pas, pendant que les bombes continuaient à pleuvoir sur les maisons. Ui )iliis i;t'ande partie des archives du parluiiienl |it-nreiil |ur l'eUvl
502 FRVNGHE-OOMTÉ ANCIENNK KT MODERNK.
(l'un (le VOS projectiles deslruclcurs, qui mit le feu aux salles où elles ctaienl conservées. Le 10 juin, le régiment de Conti attacfua la contrescarpe d'Arans ; mais il se vit repoussé avec perte, et il eût été |)oursulvl jus<|u*au quartier du prince si des troupes fraîches ne fussent venues arrêter Télan des Dolois. Les trois Jours suivants se passèrent en canonnades. Pendant ce temps-là, le capitaine I^cuzon, poste il Saint-(>eor||?os avec un certain nombre de ses partisans, harcelait les détachements français (|ui ravageaient le |)ays des alentours, et il les empêchait de se répandre dans les montagnes.
Le prince de Condé, furieux de voir que le siège n^avançait pas, choisit Télite de ses troupes et prépara tout pour une nouvelle attaque contre la contrescarpe d*Arans ; mais le commandant de la Verne, instruit des dispositions des Français, par les signaux des sentinelles placées en observation sur le clocher de Téglise .Notre-Dame, avait immédiatement pris ses mesures pour recevoir l'assauL II était à peu . près cinq heures du soir (14 juin) lorsque les Français s*approchèrent de la contrescar[)e dWrans et l'attaquèrent avec leur impétuosité naturelle. Le premier choc fut terrible : on eût cru que les assiégés n'y résisteraient pas, ou que du moins ils ne le soutiendraient qu'au prix d'efforts désespérés. Mais les Dolois, ces vaillants hommes chez qui le courage était héréditaire, ne montrèrent jamais plus de bravoure qu'en cotte occasion suprême : ils déconcertèrent par Théroîsme de leur contenance la furie des assaillants et finirent par les repousser. I..es Français revinrent une seconde, une troisième fois à la charge, plus exaspérés, plus résolus à gagner la partie : les Dolois, toujours ardents et inébranlables, repoussèrent tous les assauts. A la fin, les Français se retirèrent, mais ils laissaient deux cents des leurs au pied de la contrescarpe, et parmi les morLs se trouvaient Li plupart des officiers du régiment de Picardie. Ce jour-là fut maniué, du côté des assiégés, par des actes de cour«ige extraordinaires; les femmes elles-mêmes se conduisirent en véritables héroïnes : on les voyait se jeter intrépidement à travers le péril, pour porter soit des rafraîchissements, soit des munitions, soit des armes aux défenseurs de la contrescarpe. Kntre plusieurs traits, Boyvin cite deux femmes qui portaient, Tune du vin, Pautrc des pierres dans un ouvrage avancé : la première ayant eu le corps coupé en deux par un boulet, et la seconde les jambes fracassées, une troisième, qui venait de vider sa charge de pierres, remplit avec sang-froid son panier des pierres de sa camarade renversée à terre, et les alla déposer à leur destination, aii milieu d*une grêle de balles.
I^ lendemain de celte grande attaque, il y eut une trêve de trois heures, demandée |)ar le prince de Condé pour enlever ses morts. La suspension expirée, les Français jetèrent de nouvelles bombes sur la place et dressèrent jusqu'à cinq batteries; mais ils dirigèrent |)rincipidement leur feu contre la tour de l'église NoU^Dame, d*où les sentinelles découvraient tous leurs mouvements. Les boulets et les bombes avaient beau faire des ravages : les bourgeois regardaient avec sang-froid llncendie de leurs maisons, et ils n'en montraient que |)lus de résolution à se défendre. Ils |)lais;intaienl même sur leurs désastn^ : < Les Français veulent sans doute entrer dans la ville par les lucarnes des greniers, > disaient-ils d'un ton railleur, en voyant que les boulets perçaient seulement la toiture des maisons.
PR AiNCH E - COMTÉ ESPAGNOLK. Wl
Ilans le nk^me tem|)s, le constiiiler l.ouis IVlrcy, qui avait (k^j;i enlevé aux Fninçais plusieurs châteaux sur les itonls de In S;iône, s'emparait de la ror^re «li* DrauiboD ', où se Tabriquaieut tes hoiubes, boulets et ^Mvnailes destinés au sir^^e de Dùk. IVlrey fit jeter dans les ronrneaux embrasés les bondies qu*il trouva ; il lit mettre en pièces les divers ustensiles, el, avant de s'éloif^ner, il livra tous les bâtiments aux Oaniiiics.
Cependant le prince de Condé commençait à déses|)éi'er ; le siéjre traînait ru loopieur, le dtVouragement se mettait |)armi les siens, ei le cardinal de Kiciielieu s*iinpaiientaiL Le prince ess;iya «robtenir |)ar la voie des négociations ce que lui refusait la fortune des annes : Sa Majesté, fit-il diiv aux magistrats, irexip* plus que la province se mette sous sa |)rotection; le roi se contentera du |)assage libre de ses troupes à travers le |)ays, et de la ville de (iray pour sûreté. Les magistrats nipondtrent que leur devoir ne leur permettait pas de livrer une seule des placc^s (brtes de la Francbe-Comté aux ennemis du roi leur nuutre it souverain, mais qu'ils voulaient bien entrer en conrérence, pourvu (|u'on ne leur propos;U rien de contraire à leurs serments de liilélité envers la couronne dM^^pagne. Les [tourparlers eu restèrent là.
Le surlendemain il juin, le ca|)itaine de (irammont faisait luie glorieuse sortie. Se trouvant de seniee à la demi-lune de Uesançon, il crut s*a|)ercevoir que les Iranciiées n'étaient |)as gardées couiuh* de coutume, et il voidut aller reconnaître lui-même l'état des tnivaux de l'ennemi. Le capitaine « sortit, dit Hoyvin, environ le midy, tout sur le bout de la contrescarpe devers la rivière, se glissa jus(|ues assez bas au |ienchant d*unc motte de terre et de rocbers, (pii couvre l'entrée du fosse, \is-à-visdu boulevard des Hénis; et là, se soutenant d'une pique, il s'alla coulant jusqu'à ce qu'il découvrit ceux qui gardoient les tranchées. Il remarqua (ju'ils étoient dans une grande nonchalance, occupés à dîner et atroupés allentour d'une bouteille et de quelques plats. Aussitôt il remonte et fait Hier une don/aine de nioiisi|uetaires des siens, jwur aller SLMvir d'un |»etit entremets et |)ortei' le fruit à ces messieurs qui se festoyoienl h leur aise. Plusieurs des bourgeois, et des soldats de la vieille garnison, qui étoient au corps de ^' irile de la même porte, sortirent de leur |»leiu gré pour le suivre, et jirendre part au déduit de sa chasse. » Le capitaine de (irauiuiont tomba sur le n'iiçiment de Tonneins, laissi* à 1 1 ;;arde des premiers retranchements de Tannée française; il le mit en désordre et liû prit plusieurs canons, qu'il se disposait à ramener dans la ville, lorsipie le prince de (londé, se |K)rtant en |)ersonne à cheval sur le lieu du coudât, lit reprendre la batterie par le régiment de Navanv. Le capitaine et les siens rentrèrent à W\k\ chai.:rés de dépoiiillt»s; à ce propos, un milicien qui revenait a\ec un manteau d'écarlate sur le's épaules, dis;iit lièremenl que, sorti paysan de la ville, il y rentrait gentilhomme.
Vers les derniers jours «lu mois de juin, le prince de Contlé, qui avait employé sans succès les boulets et b^s bond)es pour se rendre maître de la p'.ice, essa\a d'un dernier moyen : la sape et la mine. Sans ptiilre un instant, les assié;xés s'occupèrent de paralyser les travaux, en contre-minant dans les divers endroits oii l'on soiip-
> ViUage à cinq VitMti dr tiray, dans U* duclir de Uoiiiito^nte.
connaît la présence des mineurs. Il se livra mânoe, dans ces clieiniiis creusés sou& terre, plusieurs combats dont quehjues-uns cachèrent d\idDiirabIes actes de courage : tous ces actes cependant ne restèrent pas enrouis au fond des soutt^rrains oit ils snccomplirent. L'histoire a (*onservé le trait du brave caporal Oonneuf, qui, ilans rattacjiKî d'un chemin couvert, se défendit seul contre de nombreux assaillanis. Son arme s'élant brisét^ dans la lutte, il saisit vigoureusement deux de ses adversaires et s*en Ht un bouclier contre les autres^ Kn cet étal, Tintrêpide caporal recul plusieurs blessures à la tète et sur les bras; mais il ne cesssi de résister avec nu courage opiniâtre, et il tint ferme jusqu'au moment oii des camarades vinrent le dégnger. Ils le rapportèrent à la ville. La gravité des blessures rendit impuissant Part des chirurgiens : Donneuf mourut quelques jours après.
Les mint^urs n'avançaient que lentement dans leur besogne; ils étaient obligés, pour pouvoir travailler, de se mettre à couvert sous des galeries que Tingéuieur français avait fait établir : préc4Uition devenue indispensable, dit Boyvin, « car ks bourgeois étoicnt tout le lon;^^ de la journée aux aguets sur les bastions, aflustl'^ avec leurs mousquets et longues arquebuses de cbassc et de cible, dont plusieurN tenoient deux ou trois prêtes pour changer ; et ne voyoient paroitre une seule tête, sans qu'ils ne la saluassent à l'instant de cinq ou six balles. Entre ceux qu*ou > renconlroit pres(|ue à toutes les heures de la journée, étoit Tadvocat llichoutev : il étoit ordinairement en quehpie coin du lioulevard, la tête couverte d*uu pot h rhoii* groise et à l'épreuve, (pi'il avoii \;si\\sn6 sur Tennemy en une sortie, et, Tarquebusc en joué, il ne perdoit aucune comiiiodité de lâcher son coup si h propos, que Ton tient pour assuré qu'il en a fait mourir plus de soixante. » Enfin, le 10 de juillet, deux mines se trouvèrent achevres, serrées et amenées sous la contrescarpe devant le boidevard du Vieux-(]hâlcau : la première man(|ua; la seconde Ht sauter en Tair, avec un épouvanLd)le fracas, une partie du chemin couvert et des ouvrages voisins, et une vin^^taine d'hommes, au nombre desijuels était le brave capitaine de Grainmont. Le chemin couvert fut attaqué à l'insLiut; mais les bourgeois le défendirent avec tant d'opiniâlreli'*, que les assiégeants ne piu'ent s*y loger. Le combat dura jusqu'à la nuit. Le capitaine de (irammonl, que Ton avait retiré, tout meurtri et brisé, des décombres de la mine, mourut après dix-neuf jours de cruelles soufTrances. Cet intrépide et brillant oflicier fut profondément regretté.
Pendant les jours (|ul suivirent, les assiégés eurent h soutenir de fréqueiiLs assauts : l'armre royale venait d'être renforcée par les milices bourgeoises de b Bresse, lesquelles toutefois n'étaient pas ariivées au camp français sans avoir été vivement in(|uiétées par le caiiitaine Lacuzon. Le prince de Coudé ne laissait aux Uolois ni trêve ni répit : les lettres du cardinal de Richelieu le pressaient de terminer ce maudit sirge, et le prince multipliait les attaques; mais il le faisait sans grand succès, li avait tant (riuq)atience d'en finir, que lors(|ue les siens remportaient le moindre nvanlage, il hasardait aussitôt les sommations. Sa conduite devint si ridicule, (|iuî les Dolois le sommèrent lui-même |)ar raillerie de lever le siège. On lui fit dire (pie « s'il voulait se retirer, il lui serait aceoi*dé six jours francs, afin qu'il pût s'en aller en sùielé ave(* son armée ; (|ue s'il rejetait cette offre, il pourrait bien s'en trouver mal.— Et moi, s'écria le prince en colère, je ne recevrai point ceux
inANCHK-COMTl!: KSPAGNOLK. SUS
ik' I><Me à coiii|)osition, à moins ({u'ils ne me le vienneiil (iomniKlrr la corde au cou. > Les assiégés |K)ussî*n'ii( la raillerie plus loin : ils allîTcnl jusqu'à faire ji ter dans le camp fnjnC'iis (1rs lettns oii ils menaçaient le prince de rarrèlrr devant les Diursde I)ùle aussi longtemps qu'il était resté dans le ventre de sa mère, et de le forcer ensuite à lever le sié^e.
(liODdé ne sus|iendaii plus li>s altaqurs; de leur c<Mé, les a>si<''giN faisaient tous les jours des sorties, ri Irur lianliesse sY*lait accrue à tel |K>int, c qu'on a vu, dit Bo)vin, des ^^arçonnets de treize à quatorze ans, sortis de la ville |iour cou|)er de riirrln;, ra|)|K>rt4T des déjxHiilles ennemies, d, se joignant deux ou trois contre un, amener priMumiers des soldats robustes et hommes faits, qu'ils avoient désarmés. > Le H) juillet, une nouvelle mine partit, mais sans efTel; le "2 août suivant, uim; seconde mine, placée sous le bastion du Vieu\-('.hâteau, fut éventée. INiis, dans b nuit du 7 au 8 août, survint un orage épouvantable, qui fit crouler la partie supérieure du clocher de Notre- llame, déjà fortement endommagé par les boulets et les l)oml»es. 1^ vent soufllail si terrible, qu'il renversa les tentes, liaraqui^s et patillous des Français, et ceux-ci couraient de tous côtés pour chercher un abri : ib ne pouvaient plus rester au camp, dont les ouvrages s'étaient remplis d'eau. I..es Dolois eurent à .souffrir aussi de cet orage, mais du moins il leur donna quelques jours de réjut : ces braves gens en avaient grandement besoin, épuisés comme ils devaient l'être, et par les fatigues d'un siège qui durait depuis plus de deux mots, et par la peste qui régnait dans la ville, et par les privations qui commençaient à se faire sentir. Kn a*tte jiosition, les uîagiNtraLs s'adressèrent au marquis de Con* flans, |K)ur le pre>ser de venir au .secours de la place. 1^ cavalerie du manpiis ù$ Conflans se réunit aux tron|M's du duc Charies IV de Lorraine; et les deux cofiM, formant ensemble une année <Ie seize mille hommes, marchèrent sur Dôle. Le prince de (k>ndé a\ait été prévenu, depuis plu>icurs jours, de l'arrivit* de C(*s renforts; aus>i fuis;iit-il déployer la plus gran<le activité pour accélérer la iiesogne des mineurs : mais les Français étaient encore |)eu expérimentés dans cet art de la sape et de la luine, et li*s Dolois em|M'*ctiaicnt, par tous les moyens eu leur |)ouvoir« l'avancement des U*avaux. Ce|)endant, le 13 août, sur les six heures du soir, on mit le feu à une nouvelle mine : elle éclata d'une telle violence, que des morceaux de nicher et de maçiinuerie furent lancés à plus de cinquante pas au delà du Doubs; mais elle ne put faire sauter les |)ans de la mura.lle, laquelle a\ait cent cinquante pînU de hauteur et plus de dix pieits d'épaivM^ur, avec de pui>sanLs couU^orts. 1^ muraille, soulevée, eotda le long du terrain sau< se désunir et forma comme une r>tMre d<* nouveau mur dans le fosst^. Pendant ce tcmtts, les trou|»es du duc de lorraine s'établissaient à i»eu de distance du camp français; dans la matinée du 1 1 août, elles ii.irurent en bataille sur les hauteurs eiitre Authume et Rochefort. Li* duc de Lorraine \oubit attaquer iinmédiateiiient; mais il consentit à difTérer jusqu'au lendemain, sur les repréNeiitatioiis qu'on lui tit<]ue sou infanterie n'était pas encore arrivée, et ((ue l'aruMv io>ale m* dis|K).s;iit à la retraite. Fji elfet» le prince de Condé, pressé |ur Hiehrlieu de lexer le sie,;e de Ikile et d'eu\o\er à Paris l'élite de bcs n^giments, se décidait, non sins regret et sans dépit, à obcir : il fil d'abord partir son artillerie et h's Lai;a^«'s ; puis, dans la soin'e mène du 1 1 août, le gros
n06 FRANCHE -COMTE ANCIENNE ET MODERNE.
(le Tarniée se mit en route à dix heures. 1^ quartier général suivit de près; el le lendemain, jour de T Assomption, le duc de Lorraine entrait à Dôle, au milieu des cris de joie de la population.
Ainsi finit ce siège immortel; il avait duré douze semaines, pendant lesquelles riiéroique constance des Dolois ne s*était pas démentie un instant : ils avaient reçu dans leurs murs dix mille boulets et cinq cents bombes; ils avaient résisté à set>l mines; ils avaient perdu sept cents hommes : mais les Français laissaient au pied des remparts cinq mille cadavres, et parmi ces morts on comptait un grand nombre d'officiers de distinction.
L*échec du prince de Condé contraria vivement Uichelieu et réagit d'une manière lâcheuse sur ses |)rojcts militaires de Tannée 1636. Le roi d*Espagne, émeneillé de la conduite des Dolois, leur témoigna son admiration en les félicitant lui-même de leur magnifique résistance, en mêlant ses éloges aux acclamations qui sVlevaient de toutes parts en leur honneur; et le parlement atteignit dès lors Tapogée de son éclat et (le sa fortune : il fut proclamé le sauveur du pays. Ce titre, le seul qui manquât à sa gloire, lui conquit avec Tascendant moral la suprématie du pouvoir. Nous avons dit (|ue finri des membres les plus illustres de ce parlement, Jean Boniii, avait écrit pour la postérité Thistoiredu siège de Dôle : c'est dans ce livre qu'il faut admirer le courage, rhéroïsme, le dévouement avec lesquels se défendit cette glorieuse cité; mais, en lisant les pages patriotiques de Boyvin, on éprouve un regret, celui de savoir qu'au moment où la Franche-Comté tout entière applaudissait au triomphe des Dolois, la voix d'un célèbre enKmt du pays manquât à ces acclamations unanimes. C'était la voix du poète Mairet, l'auteur de Sophonisbe^ le prédécesseur de Corneille dans la carrière dramatique, et l'un des hommes à qui revieol rimmortel honneur d'avoir un des premiers révélé le caractère de la véritable tragédie. Mais, à l'époque où la Franche-Comté résistait aux armes de Richelieu, l'auteur de Sophonisbe se dévouait en courtisan à la fortune du cardinal ; et cependant, combien ne serait-il pas plus glorieux aujourd'hui pour le poète Mairet, d'avoir écrit des strophes eu l'honneur de ses compatriotes luttant pour leur indépendance, que d'avoir fait des sonnets à la louange de l'homme qui voulait les asservir!
FRANt.HK - COMTK RSPAGNOIJ». VÎT
<:hapitui: sixiemi:.
< jm|Mfiir d^ lir.T. — Sirpf »lr Sainl-Amour. — l-i ruml«ftic de Saint-Amour. — l-f docleor rha|Hii« — Sicff ri .%ac dr liOn*-le-Siiilnier. — Sir^^e et capitulation de Bletteraii<. ~ Beraanl de Nive -\> rimar , «^ conduite dan^ le liailliage d'Amont. — (^m|>afne de UiTiH. — |le>lnicliOD de Migny — Vn%t de divers rhiieaux. — Charles t)u«illet. — 1^ man|uu de Villenn devant IMIe. - Itr«inirti..n de Jon\ellr «t de f)hain|»littf . — Famine en (*^imti'. — (Um|»agne de îh%X — llernard «Ir \Vr>iiiar dan« le Jura. — Ri^%i»tanre de Morteau. — Sirpe de Poniarlier. — Helle défente Hro habitanu. — Violation de la rapitulatioo. — l*rifte de >otcn«} et du fort de Joiik. — Invasion d«>« Suëdoi« d»n% la mt»nLj^ne. — I^a rorp«-rranr<i. —Terreur et haine do nom Mêdou. — Vaste inrrndir -- Mort dv Weymar. - l>on Naruiiento, goutemeur de la Franrhe-Otinté. — ir.Vrnana et l^ru/t)ii j\f*r leurs corpt-frnnr^. - Villcroi sur le» bords de l'Ain. — Repiise de Noieroy. — f jni|»a'/nr de UiUi. - - M«-%urrfc ii^ourrii^es de Rirlielieu. — Tentative sur le fi»rt de .^inte-Anne; iraliiMin du baron d'VndrInt. — Nillerui rt les gatadour^ devant iMle. -- KpiM>de de la tour Saint- Mie — (iuerre dann la rnonlagnr. - Campagne de l(>4l. — Sorrês du rapitaine I^cuzon. — Nér'*<'iation« pour la paix — Sié^'e de \rM)ul. de Luieiiil et de Melisey. par Turenne. —Traita aver te ranimai de Ma/arin. — F.tat de la Kranrlie-4 Pointé.— Phrase du marquis de Moolglat.
Kii <M*tt(' pniH'f \{uM\ la Iummmiiv dv^ rr.'ino-(.oiiiU)i> "^ inorUni imiloiil adiiiinhlr, iii.iis v]U* no fut |kis |)art(iiii liiMirciisi'. A ri*\(V|ilinnili» I» |»otile ville do <!li.implillf>, *|iio Ir ranjiiial «If l/i\alfth' Nint assirj:»T. ri «jiii n'si>lail tirjù ilcfiiiis Irois jours Iiin*f|iMH;.ilas, ;:iMiiiahlfs lin|M'riaii\, arroiirul à si lirlivraiico, l«'s niiln»s plao-s nirciii iMMiironp à soiifrrlr ilrs aniu^ fraiiraiv*^. Ainsi, l«» iiiar<|iiis «le lirancey m» nriilit iiiaitn* df l.i:rf, (i<mt il aUiiidoniia It* pillap* à sos >olilnts; et le iii.in|uis dr VilitMoi i-iniuirla d'assaiil Uiiinjfe>, i|iril rnliiisil rn «tihIivs. \a* s<>rl ile cvs vilks riiiiii la iiiiii- \h's rraiuMiomln:»;, inaJN rlN' ir^hranla pas leur n'»s^»liili<in de rom- ImIIiv jiiN(]ir.i 11 (In iiiiTi* rMU'iiiilf pliilôl que de pliiT miiis la main d«''U*:(l(V de i;i IVann' : lamirr KkJT le pr(Mi\a. Au mois de mars, le tliie de LdUKUoville ouvril la i.iiiipatiiif par W sii-ji:»' de Saiiil-Amoiir : ce fui un siôge où la rovistance Veleva jUNipiaiix pn>|K)rlioiis d«' rhênu^im*. Sainl-Amour, p»'lil«' plare ^ans (rnrnivin, ii'a\.iii à o|»|)(iM'r au\ soldaU a;;urrris d»» la France tpie (|iiHipie> rontaines del>our- ^'.ois l'Iran^'» In au iiH'litT di»N armeN; mais la \illc n*nfeniiail, |>oiir evall^r U^ p.i>'*i<in> l'i ^MMiidir moraleinenl Ifs forrt»^. une femme à l'iiilellifc^^nee \inle, au mur inlnpid»', el tpii **e fil Tàme ile la défense. La jimiih* rt Mie romtesv dr S.iinl-Vimmr m* s'fiail |>as impiirtir do riiisunisiinre d«' m»s uioxrns d'action; ellf n'axail »r<.nh* ipi»* Il xnix d«' l'Iioiinriir, qui lui commandait «!»• rointiattro les«»n\alii'^M iirN il- il ri.nirJH-Cnuil»', cl, doiiuaiil rll«»-mriiie rr\eii»pl«» tlu eouraj?**, ellf m: mollira piVlf.i Limnit imis |,s pfiils. Ijs liahiUnh df Sainl-Anmiir, #• îfctris^^s pr la ft»ndinlf «If Niir j»ime conilfs!M\ s*- lin-nl un df\f»ir d'fle\fr leur patriolisnH» à la li.nifiiu «il- **nn «I. \oiieuifnl; iK jurirriil tU' iiMiurir fMiur la di-feUM* de leurs fiiMT**, «l diiiaiil piiisifurN jours ih rf|M»uss«'rfnl mulfs Is aUa«|u<*s dfs Français. L.I \illf «.iMiid.iril iif pou\ailpas esjHrfr df soriir \iclorii«Mîde la lutte. I^conNeil de ^cucrrc. \o\ani rini|Mi>>ibiiilé d'une longue n'*sistancc, sVuil assemble pour de*
Jm l'IWNCnE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
libérer, et, dans le but d*éparper aux assiégés les malheurs d'une place prise d*assaut, il se prononça pour la capitulation. Mais tel n*était pas Pavis de la comtesse et du |)euple de Saint-Amour : leur espoir d'être secounis à temps par le duc de Lorraine ou |)ar les milices comtoises les excitait à se défendre jusqu'à Farrivée des secours.
Il se pa >sa sur ces entrefaites im trait de dévouement trop chevaleresque pour nï'tre pas rappelé : riiistorien est toujoui*s heureux quand il trouve roccasion de mentionner quelqu'un de ces actes qui conquièrent à leurs auteurs réternité de Tadmiration, en mcnic temps qu'ils font honneur à Thumanité. Le docteur Chapuis, chiru.^^'ien de l'hôpila! de Saint-Amour, revenait de Lyon à sa ville natale, au onoment où les Français la blo(|uaient. Chapuis n'avait aucun doute sur l'issue du siège : il voyait bien que Saint- Amour ne résisterait pas longtemps aux troupes aguerries et nombreuses qui Tentouraient; mais il ne voulut pas séparer son sort de celui de ses compatriotes. Du reste, son devoir de chirurgien ne Tappclait-il pas au milieu d'eux? dans aucune circonstance de s;i vie il ne pourrait leur être plus utile. Chapuis va donc trouver le duc de Longueville à son quartier; il lui fait connaître son nom et sa profession, et le supplie de vouloir bien lui permettre de rentrer dans ses foyers, afin de porter à ses compatriotes les secours de son art. Le duc de Longtieville y consent : « Allez, dit-il au docteur, et transmettez à vos concitoyens le sahitaire avis de se rendre sur-le-champ s'ils veulent s'épargner de grands nialbeurs.— Je ne saurais vous le promettre, répond Chapuis; je ne puis que soigner mes compatriotes et mourir fidèle avec eux. » Le noble docteur tint parole.
La ville continuait à repousser bravement les assauts des Français : toute la population s'était armée ; les femmes elles-mêmes se montraient animées des sentiments les plus virils : elles apportaient jusqu'au milieu de la mêlée des munidons aux combatUmts, et plusieurs d'entre elles reçurent, dans l'accomplissement de ces périlleux devoirs, de glorieuses blessures. Elles étaient entraînées par Texerople de rhéroïque comtesse de Saint-Amour, qui ne cessait de prodiguer à tous et partent son courage et ses soins; qui tantôt courait dans les rangs, avec de Feau-de-vie, de la poudre et du plomb pour les défenseurs, avec des band^iges et des secoun pour les blessés ; et tantôt se mettiiit à la léte des bourgeois pour repousser les assauts. Cependant, m.dgré l'admirable dévouement de cette femme et les courageux eiïorts de la population, il fallait succomber. Le siège durait déjà depuis une semaine, lorsque les Fnmrais pénétrèrent de vive force dans la place ; mais ils fureol étrangenïcnt surpris ùo n'y trouver, au lieu de garnison, que des bourgeois qni leur disputèrent chaquo rue |)ied h pied, et chaque maison l'une après l'autre. Tant d'héroïsme avait foiicln'' le duc de Longueville : il épargna Saint-Amour.
La ville de Lons-le-Sanlnier fut moins heureuse. Vers les premiers jours de jdId, Longueville se pn'scnla devant ses murs, et l'ayant vainement sommée d'ouvrirses portes, il en comnioiiça le siège. De la part des Lédoniens, un essai de résistance étiût un acte de coura^^e d'autant plus grand, qu'ils n'avaient pour se défendre qM des ressources insuflisantcs, quelques soldats et quelques compagnies bourgeoises; mais le sentiment de l'honneur national et la haine du nom français parlaient plus haut, chez eux, que l'intérêt de leurs vies et de leurs biens : ils se dévouèrent donc
KRANCHK- COMTÉ DSPACNOLK. .W»
à Iciir sort. Pendanl irois semaines enlieres ils re|)Oiissi'renl avec rrnergie du désespoir tontes les attaques des Français; c'était de la bravoure inutile : la faiblesse de leurs ressources et le iKîtitnonibre des combattants les condamnaient rorcément â snccomber, et le 27 juin leur ville fut prise (Kassaul. I-es Français y entii»rent par trois l)rèches; ils portîTeul partout la llaunne et le fer, la destruction et la mort; jb Srent de Lons-le-Saulnier un amas de cendres et de mines, triste monument du coarigc de ses habiunts. La résistance du château de Montaign, le(|uel domine d*un cAlé b vallée de Lons-le-Saulnier, et de Tautre le vallon de Vernantois, ne fut pas Dioins héroïque. Les soldats qui le défendaient ne se décidèrent à capituler que qoand rartillerie eut em|)orté toute la partie extérieure des fortifications. La ^arlison obtint des conditions honorables. Ia' général français, nejugeantpasà propos de placer des troupes dans cette forteresse, ordonna de la détruire et de n*T pas bisser pierre sur pierre ; mais le baron (A*sar dit S;nx d*Arnans la fit relever h la hite, et il en confia le commandement au ca|ntaine Lacu/on, (|ui le défendit plus lard ï deux reprisi*s avec un succès égal à son intrépidité.
l-,cs Français rencontraient partout une résistance opiniAtre. An (commencement dn mois de septembre, le duc de Longueville, dont l<* ({uarlier /général était â illiilly, village aux environs de Lous-le-Sîiulnier, avait chargé Tun de ses officiers do faire les approches de RIetterans. ('ette ville, que protégeait sa |)Osiliou au milieu de marais impraticables, pouvait tenir longtem|>s, et la garnison résolut de se défendre avec énergie, malgré la peste cpii régnait parmi la population. Le sire Vagnaud de Visemal, homme d'une grande ex|)érience, commandait la place. Pendant plusieurs jours il repousssi toutes les altaques; mais sur ces entrefaites il fut atteint de la mabdie épi<lémique, et il en mourut, ('.et iiccident privait les défenseurs de RIetterans de riiomnie qui leur éfut le plus nécessaire dans la conjoncture présente ; cependant ils continuèrent la résisLmce, et s'ils eussent été plus nombreux, si la contagion n'eût pas, en même temps (jne les balles françaises, fait trop de vides dans leurs rangs, ils auraient peut-être rendu inutiles toutes les attaques. Les assaillants n*eu> {lorlèrent Bleîlerans (pie le \ octobre, c'est-à-dire après un uïois presque (rcITorls cODiinus. Les bourgeois, forcés dans leurs murs, ne consentirent |)as à s'avouer vaincus : ils allumèrent de leurs propres mains Tincendie de leurs maisons et ils monti'rent h la citadelle; là ils s(* défendirent a>s<'Z vaillanmient encore, pour qu'on leur propos;ît une capitulation des plus honorables. Ils racceptèrent.
D'autres |ilaces plus ou moins importantes, toiles que .Montmorot, (]ourlanu\, Maynal, Saint-Laurent la Hoche, Orgelet, étaient ('gaiement tombées au pouvoir du duc de Longueville. Cor.uno on lo voit, les génénnix Iraiiç.iis avaient changi' de tactique : au lieu de s'attaipier aux grandes places, ils s*atta(inai(*nt aux |)etites, ils en prenaient le plus possible, y niciiaient^arnivon et s'/tablissaient ainsi nulitairemenl dans le fuiys. Le plan de coniiuéto suivi par Longceville dans la partie méridionale de la Franche- (lomté était le mén)c dans la partie sepiontrionale : là, le général (|ui commandait s'appelait Bt.Tnard de vS^ixc-Weymar, et ce nom dit assez cond)ieu les populations du bailliage d'Amont eurent à souiïrir des malheurs de la guerre; car, si Bernard de S;ixe-\Veymar ('*tait un des plus grands capitaines de son temps, il était ainsi Tun des plus cni'ls, le plus cruel peut-être. Consacrons, en passant.
quelques mots à cet homme de guenc : on verra plus loin combien son génie fut fatal à la Franche-Comté, et quels souvenirs inefTaçables y laissa le nom de ses soldats.
Hemard, prince de Saxe-Weymar, avait niis son épée et ses talents «iii semcedn roi de Suède (aisLive-Adolphe, à Tépoque où ce glorieux guerrier ébranlait par ses conquêtes la puissante maison d'Autriche. Après la mort de Gustave-Adolphe, lue le lo novembre 1032 à la bataille de Lutzen, Weymar recueillit riiéritage du héro^ expiré : il prit le commandement de Tarmée suédoise, impatiente de venger son illustre cher, et il remporta sur les Impériaux une victoire complète. Plus tard, h cardinal de Richelieu s'alt;ïcha Weymar : par un traité du 27 octobre 16*î, ce dernier s*engageait, moyennant une fiension annuelle de qualie millions, à tenir sur pied douze mille fantassins allemands et six mille cavaliers, avec une artillerie proportionnée, et à servir secrètement le roi de France envers et contre tous. Voilà comment Weymar devint Tun des généraux chargés de soumettre la Franche-Comté. ].(*s soldais weymariens, redoutables par leur valeur, ne connaissaient d'autre souverain (|ue leur chef; ils Tadoraient, |)arce qu*il les avait habitués h la victoire et (|u*il leur laissait la liberté de vivre à discrétion sur le pays ennemi : ce sont ces mêmes soldats qui firent tant de mal h la Franche-Comté ; ce sont eux que Ton v désignait sous le nom de Suédois^ bien qifils fussent presque tous allemands; être nom a laissé dans la province des souvenirs si cruels et si odieux, qu'aujourd'hui encore un |)ays;in de la vieille Franche-Comté se croit gravement insulté quand on ra|)pelle suédois.
i.a présence de Weymar dans le bailliage d*Ainonl fut un fléau pour leshabilaoLs : ce redoutable allié de Richelieu pillait, rançonnait, dévastait tout sur son passage, et comme le duc de Longueviile, il ne s'attaquait qu aux petites places. Entre autres, Weymar se rendit maître de Jonvelle et de Jussey, qui s'étaient vaillamiuent défendus; il livra Pierrecourt aux flammes et flt passer les habitants de ce village au fil de Pépée, pour les chAlier d*avoir tué quelques hommes de son avant-ganle; il entra dans Cham|)Htte, qui n'avait capitulé qu'après trois cents coups de canon; il s'empara de plusieurs forteresses près de la Saône. Weymar s'était aussi présenlé devant Ornans, qu'il traita selon sa coutume ; mais il se retira sans avoir pu forci r le château de cotte ville, défendu par une intrépide garnison et protégé par son avantageuse position sur un roc escarpé. Vers la fin de 1(>37, Weymar passa de la Franche-Comté en Alsace. Avant de quitter les bords de la Saône pour le Rhin, il avait laissé lo jeune vicomte de Turenne à Jussey, oii les Français se proposaient d'établir un ma^^sin de vivres et de provisions; mais Turenne, en apprenant que les Impériaux de Calas projetaient de reprendre le bourg de Jussey, ne jugea pasii propos de sacritler inutilement ses soldats à la défense d'une petite place sans fortifications, et il l'abandonna, (ialas y fil mettre le feu, pour enlever aux Français Li commodité de ce poste. Les Impériaux reprirent également Jonvelle, Cliamplitte et d'autres places. Malgré ces succès et quelques avantages remjiortés dans la montagne par les corps-francs, l'année 1637 n'avait |)as été l)onne pour les Comtois : l'année suivante devait leur apporter de cruelles souflrances.
Au commencement de 1C38, le roi d'Espagne nomma Charles IV, duc de I^-
Fit ANCIIË - a)MTF: KSPAr.NOUl r.i t
ninc, (ToiixiTiHMir siipmiH* de la Fraiiclio-CIoinlé, el lo baron delà RaiiineMonCrevel eut le tiiiv i\v manVIinl de Ikninro^nu*; mais (Charles di* lorraine, t|iioique doué de ;:raniN talcnls militaires, coiniMa plus de revri^ que de siicri^s. Le duc de l^ngti«*- \ilit\ <)iii [KUirstiivail s;i rniiqiiète du bailliage d* A val, avant reiieonln' T.harles de Lorraine aunUssus de Poli^ny, le défit complètement el vint ensuite mettre le sïé^v dr\anl r«*tlr \ille. Les INdinois m; d(*fendirent avec l'Ii^îsme du déses|mir : tvdniiN, après plusitMirs assiuts glorieusement repoussés, à un |»elit nombre de ma- Litlfs o( uiéuK* i\v iHstiférés, ils se tirent tuer sur la brèche, pn^férant la mort au jou;; frincais. Longuevilli* traita Poli^ny avec uite rigueur Kirliare : il en ordonna le s,ir el la di'structioii. A la suite de cette catastrophe, la ville resta six ans inh;ilHltt\ cl un siècle plus l^ird elle n'était |)as encore entièrement reK'Uie !
Le c'Iiâleau de (^riuioiit sur INili|?ny fut aussi emiiorti* par le t^énéral français, lue fois maître de cette im|iortaiite forteressi*, il y établit un |)Osti* de soldats, qui ne ees>èreiil pendant plusieuiN ann('*es de désoler par leurs courses tout le \ms d'j\.d. ArlKiis faiitil avdir le sort de Poli^ny; mais le duc de Lorgiieville se rap|)elail NjuN doute l'opiniâtre ré>istance des AriMiisiens en ITiiCi, et il se contenta de l<*s meiiactM . Il alla prendn* le eliàteaii de Vadans, puis il s*approclia du territtûre d4* I>ôle, où il s'empara de <!haussin (*t de Kalion. 1^ prist* du château de Kahon fut man|uée par un fiinèhre épisode. Le commandant de cette forteri'sse était Charles liusdlet, capitaine au n ^'iuieiit de la Venie : cet héroïque Franc (loin lois, que Ton a Mirnomuté le marhfr df rhonueur, a\ait refusé de capituler, bien qu*il ne comptât que eiuquanle homiiie> a>ec lui |K)ur soutenir l'assaut d«*s Franv^is, et il si' défendit juN4|u'a la dernière extrémité. Sa clie\aleres4|ue opiniâtreté lui fut fatale. Lorsipie le ilur de Lon;;ue\ille «Mit ein|H)rté de vive force le château, il fit {lemlre husillet à l'une des tours du donjon, et jeter ensuite son cadavre dans un puits. U*s rois d'K^|ia^iie lioiiorèient la mémoire de cette noble et uialheureiisi* victime en érigeant fh li«T héréditaire dans la famille de husillet le lieu luênie où il a\ail subi son su|>pltee. Mais ce ipie le défeiiMMir du chàtiMU de Rahon laissait de plus h<'au à «<i famille, c'était S4)ii surnom de martyr de l'hunneur, qui lui a été dt^emé |iar la ret onnai^sance de l'histoire.
Knliardi par si's succès, le duc de l«ongiieville alla entreprendre li* siège de Nalth<. L:i \ieille cité renfermait une |K>|mlation vaillante et n^olue : les descendants de^ vainqueurs do llournon defendin*nt gluiieiiseiiM*nt leurs murailles. U> uarquK de Villeroi, entré en Franche-Comte à la tète de trois mille fantassins et de si\ cents cavaliers, marcha surS;dins |>our renforcer l'année assiégeante; malgré ce serours, Luiii'tiexille dut renoncer à Tesitriir de S4' n*ndre maître de la pbee. Villeroi ceftend.int axait failli s'eiii|Kirer d(*s forts qui protégeaient la ville; mais, découvert dans ^Mi projet, il s'i loi^nia de Salins {Miur venir séjourner devant DiMe. i^es deux m*uiaiiies i|u'il \ passi furent emplo>(*es |Kir m*> soldats à cou|mt trois ou quatre renls arjHMils t!e bhs encon* verts, et ces dégâts sauvages eussent été poussés {dus loin >ans Icn sortîtes conliiiutlles de la ;2aniis4>n de iNîle, qui forci*rent Villeroi à lever
le lauip.
liaiis le I)ailliat2:e d'Amont, divei-M^s |ietit(*s places tonilNivnt aussi lu imavoir de> FraiK ais : le marquis de Crancey n*prit Jonvelle, en lit démolir le diileau ft
SIt FRANCllI;; - COMTF. ANCIENNE ET MUUERNB.
incendier le bourg, qui ne s'est plus relevé de cette catastrophe ; de son côté, le duc d'Angoulémc reprit Cliainplitle après plusieurs assauts, attaqua la citadelle, où les habitants s'éUiienl retirés pour continuer la défense, et, les ayant contraints de se rendre, il ne s*éloigna (|u*après avoir livré aux flammes la forteresse et la ville. Le malheureux bailliage d'Amont n'avait |)as seulement h souiïrir du côté des Français ; il était aussi bien ravagé et dévoré par ses amis que par ses ennemis : les soldats indisciplinés du duc de lorraine s'y comportaient en véritables pillards, et la famine générale qui désolait alors la Franche-Comté mettait le comble à tant de maux, c La famine, dit Girardot de Beauchemin, l'auteur de la Guerre de dix ans, commença en i638, année de déplorable mémoire, où les paysans, retirés dans k-s villes, y étaient entassés et sans ouvrage ; le grain se vendait au plus haut pris; on vivait d'herbages et d'animaux immondes. Les hommes, hâves et mourants de faim, mangeaient au besoin de la chair humaine ; les soldats tués au combat étaient encore utiles dans cette extrême nécessité : la mort se présentait sous toutes les formes. De grandes émigrations eurent lieu ; un curé se rendit à Rome avec cinq cents de ses paroissiens, et le pape lui donna une église, qu'un appela Saint-Claude des Bourguignons. > A Vesoul et à Luxeuil notamment, la famine était telle, que les troupes de Charles de Lorraine, cantonnées dans les environs, déterraient le bétail pour s'en nourrir. Les historiens parlent d'un chirurgien qui, venant de faire i un soldat Tamputation d'une main, la demanda pour son salaire et la mangea!
L'année 1(>38 se ferma dans la guerre et la famine; l'année 1639 s*ouvrit avec un troisième fléau : la peste. Les fatigues qu*éprouv;dent les gens de guerre, leun privations, leur mauvaise nourriture avaient vicié leur sang; et une maladie contagieuse s'étanl déclarée parmi eux, elle se répandit promptement dans les villes, ov elle nmltiplia les victimes en raison des souiïrances physiques et morales des individus ; en quelques endroits, la mortalité fut enrayante. La peste» la guerre et la famine, une famine qui continuait h décimer les populations, une guerre qui allait mettre à sang et à feu les montagnes du Jura, une peste qui ne devait pas disparaître de longtemps, voilà sous quels auspices les Franc-Comtois commencèrent Faonée 1639. Malgré cette funèbre perspective, ils ne songeaient pas à déposer les armes, et le cardinal de Richelieu était résolu, de son côté, à ne pas abandonner la partie. Richelieu voulait la Franche-Comté : sans doute, il avait été loin de s'attendre à une résistance aussi opiniâtre de la part des habitants ; sans doute, il ne croyait pas qu'au bout de trois ans d'une guerre où il avait employé ses meilleurs soldats et ses meilleurs généraux, la Franche-Comté resterait encore à soumettre : mais il était décidé h conquérir cette province. A cette fin il gagna plusieurs des siMgneurs influents du pays; il se ménagea de secrètes intelligences à Besancon, à Dôle, à Salins, h Cray, parmi de certains chefs indignes de commander à leurs nobles comi)atriotes; il agit de manière à se croire à peu près assuré delà possession du plat pays : Richelieu cependant sentait qu'il n'aurait rien en Franche-Comté, tant que les montagnes ne seraient pas soumises. Il lui fallait tout ce massif du Jura qui va de Saint-Hippoly te h Saint-Claude : mais là, l'énergie des mouuiguards, les accidents du terrain, raccos périlleux des rochers rendaient la conquête aussi difficile qu'incertaine; mais il y avait, dans cette partie des montagnes, deux
KRANCIIK - COMTI^ KSPAGNOLK. 5ir>
tii)iiiiiic*s siiHoiiI, le h:iron dAniaiis et It* caiûlaine Lacuzon, qui étaicnl rcdoutabits l»«iiir ia Franre : n^s dciix hommes tenaient en leurs mains les destinées de h\ I nnehi'-Comti*.
(«<> fut Tallir de Kiclielieii, ce fut liornard de Saxe-Weymar, qui se chargea de w>uui«*tlri* la montairne. liiTuard avait passé fannt^ UulH en Alsaei* ave<r ses terlihIe.N Sii«nl(»is : nr |)Ou\ant plus vivre sur le Khin, il s'était rappnN'hédf* la Franebe- (U»uil«', \rrs irs derniers jours de déci-udire WùiH, pour refaire son armée aux tii|i<*n< d(* ce pa>>, et il aborda le Jura MJ(N'*rieur, moins épuisi* que la plaine, où ri trnait uneeiïro>able misî'i'e. Otte anuéc-là, i'bixer était sec et froid, mais presque N^MiH ncip's; circonstance fav<»ralde à la marche des Suéilois, qui n'avaient pas ain>i à lutter contre la diflicullé des chemins. \Ve\mar entra dans la Comté |»ar la l'ranche-Monta^ne, du coté de Sainl-llippolvte; si's soldais ndifut le feu h cette \dlt\ après s'en être reu<lus maitns; et les habiUints, éfMUivautés de la eruaulé des Suéiiois, M* réfuKJêient dans la caxenu* du château de la Hoche, oîi ion voit encon* a i^n-siMil lis v*^tip»s des forlilicalions (pi'ils y tirent |>our se protéger. Au commencement de janvier UVMK Weymar arriva devant Morteaii. Les habitants de cetti* (N)ur.i;:euse petite ville se mirent en devoir de résister jus4pr;i la mort : à la vue îles Siinlois, ils se précipitèrent dans la valb'i* (tour défendre Teiitrét* du |Mint placé sur le lioubs entre eux et les assaillants, ils brisèrent la ;;lace au-d«ssus et aii-d«*s&ous de et* p(M)t et s'en tirent une barricade. Mais fN^ndant qu'ils tenaient vadiaminent ti'le à une partie des trou|H'S weymariennes, IVrnard donnait l'ordre h d'autres soldats de Si* i(liss4T s;ins bruit ii* lon^' des deux rivodu Doubs, de traverser la rivière à l'endroit où les places n'avaient pas été rompues, puis de toudMT sur li*s .Mortuaciens. Ceux-i'i alors m* \in>ntcenu'*sde toutes |iarts et massacrés. La \ille se soutint des braves ipii étaient morts si |>atriotiquement pour s,'i défens4* : une messe comnn^ murati\e fut foinbe en leur honneur, et une inscription latine consacra leur acte île dé\ouemeiil sur une pierre tuuudaire ipie l'on érip-a dans l'édise (laroissiale de Morteau.
.\l»rès cette cruelle victoire, \Ve\mar s'avança contre IVmIarlier : \v. 17 jan\ier. s4^ eclairenrs parurent sur les hauteurs qui dominent la ville; le IH. neuf mille d.* S4's Suédois SI* montraient sur diiïerents iNiints; le lendemain, il souuuait le coinmaiideur dt^S^iinl-Mauris, ^'oiiverneur |Niiir le n»i d'Ks|»aune, de lui remettre la place, lui déclarant que, si elle résistait, il sa\ait ce qu'il aurait à faire : « ,'i quoi le commandeur re|H)ndit que, S;i Majesté Catholique lui a>ant contie celte place |iour en faire carde »•! vu rendre couqiie, il savait aussi ce qu'il avait à fain\ » Le j<), commenta le sie^o de iNiiiiarlier ' : ce jour-là, rennemi s'em|)ura des faulMuirgs S.iinl- Kticniie et S.iii)t-IMeiTe, qu'il reilliisil en ceiidns, et dans la nuit du il» au ai, Il
* 1^% lit IjiU •)ti«' ii*Mi« ilonriofi^ »iir re *u'^t iumiI tiré* m {larlie Ue \'èlpt*t»*h ctt lu (Mtterrt «/• «lix «nj. p-u (•ii.iiilot iii tli'uuiljftii il. «ri (Je lj llrLitiuii tlu durirur Mi^rl. maiinlr |*uDUrlirr «a lltS*».
U-|i)rl ;i H'U,\ «•••i. Il (Il sur \vs iloi uiiitMit*» jiilhriilii|Uf« lruu%r» «Ijhi lr« ar(lii%r« Je U ^iil«, etd 4-
^Tt% W- tinir- lie «•»!. |>ric r( ili %nii ofirli*. trr« li<in'ira|iir*« fn..||ristral«. Icin<iin« «imljirtt de I évMi*- Okrfit iU« «nurn** )irf-nt'u<»ex iinui uni rtc* iitdH|ii«-r« par uo ite ■o« jrunet ecnfamt dv pt)». M Kdmofiit (^iri'il. di* Poiitarlier. (|u« dimi^ prioas dr vouloir bien arcfplrr hm rrHwrrlaeiU povr U rjrr ulih^rAi'^*' •*««'«' l'i«|tH'llr il Douo a aide \\e mr» rfcherrhr» en celle circoa «User.
•su FUANCIIE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
livra jus(|u*à trois hissants ; mais (rois fois il échoua devant la conteDanee hérolquf des Pontissalicns. Weymar, qui s*é(ait flatté d'emporter la place d*emblée, se vit obligé (lïHablir sur divers points des fours de mines. Pendant ce temps, les attaques et les tentatives d'escalades ne ralentissaient pas : de commandeur de Saint-1 dit Cirardot de neauotieniin, soutenait de rechef maint assaut, ou plutôt était à main tous les jours avec l'ennemi. » Mais l'ennemi comptait moins de succès qne de revers : du haut des parapets, les assiégés l'accablaient sous une grêle de balles et de projectiles, et chaque fois il se retirait la rage dans le cœur, des cadavres dini les bras. Weymar eu était pâle de colère. Il fll donner un nouvel et terrible assani, du côté du quartier Morioux; il fit en même temps incendier le faubourg du Pont: mais les bourgeois attendaient de pied ferme sur les remparts; ils avaient laissé à leurs femmes et à leui*s enfants le soin d'arrêter le ravage des flammes, pour s'occuper de tenir tête à l'ennemi, qui se vit encore repoussé. Weynnar, désespérant (le vaincre par le feu et l'escalade, recourut au canon : il flt dresser une batterie au haut d'une cminence, et les boulets commencèrent à sillonner la ville; pendant ce temps, le travail des mineurs avançait : bientôt une mine se trouva prête.
Les Pontissalicns frémirent : ils vo>aient leurs maisons incendiées, ils voyaient leurs remparts ouverts par le canon, leurs forces diminuées par les combats et les l'atigues du siège; ils allaient manquer de munitions de guerre, ils n'espéraient plus être secourus du dehors : le duc do Lorraine, qui campait avec ses troupes à trois lieues de leur ville, au val de Maillot, avait été vainement conjuré deux fois devenir les délivrer. Il fallait donc succomber. Mais les Pontissallens pouvaient sans boDlf céder à la loi du plus fort : ils avaient fait leur devoir, ils avaient noblennent soutenu rhouneur du vieux drapeau comtois. Le lundi 34 janvier, ils envoyèrent au quartier de Weymar un des leurs, le docteur Jean Miget, pour traiter. La capitulation qnlls obtinrent était honorable : elle portail que la ville ne serait point pillée et ne aenli pas obligée de payer rançon ; elle maintenait les bourgeois dans la possession de leurs biens it privilèges ; elle s^uivegardait l'honneur des femmes et des religieuses; elle stipulait que le duc ne ferait entrer dans la place que trois cents hommes. O traité fut odieusement violé. Dès le lendemain 25, Weymar enjoignait aux habitants, sous peine de mort, de porter leurs armes à feu dans la maison de ville; le SB, il entrait à Pontarlier avec deux mille cinq cents hommes, au lieu de trois cents; il autorisait ses gens h vivre à discrétion chez les boui*geois, et les weymariens, npporte la Relation du docteur Miget, « y commirent toutes les insolences et lesesa^ lions dont Tavarice du soldat est capable quand celui qui le commande ne met aucun frein ;\ sa licence. » \Veymar signitia ensuite au maire et aux échevins, qn% eussent ù lui payer, dans le délai de huit jours, soixante mille écus pour la ranfOD de leur ville, faute de quoi il sévirait par les plus rudes traitements, même par b peine de mnrl. Le terme des huit jours étant arrivé sans qu'il eût été possible aux Pontissalicns de réunir |)lus de dix mille écus, le cruel Weymar ordonna de faire eouper le nez et les oreilles à huit des principaux citoyens, qu'il gardait comme prisonniers au mépris de la capiiulation : l'absence fortuite du bourreau de l'armée sauva seule ces malheureux du supplice atroce qu'on leur réservait; mais Wamar les lit mutiler par une longue et douloureuse bastonnade. Pendant les six mois qae
FRANCHE -COMTÉ ESPAGNOLK. .ni.%
I4 soldatesque ueyinarienne (lovait séjourner h Pont.niior, les liabitonts eurent à «ooninr des vexations et des violences inexprimables, (|ni Turent couronnées par riocendie et le massacre. Tne supplique adressée en lOir» au roi dT.spagno exposait, eolre autres inrortunes, que les Suédois, « après a\oir allumé le feu aux endroits d*où h flamme pouvait Tacilement s^atlacher à toutes les maisons de la ville, Tavaienl embrasée et réduite en cendres, sans y avoir laissé un seul couvert; voire, qui plus est, bit passer par le feu et les flammes plus de cinq cents bourgeois; que ceux qui ûcbap|)èrent miraculeusement avaient été tués, du moins la plupart meurtris, mutilés H maltraités ; que les l)Ourgeois restants, après avoir été comnie exilés Tespace de cinq ans dans les provinces voisines, commençaient seulement à se remettre à couvert, autant que pouvait le permettre le peu de force qui leur restait. i> Dans une autre supplique de 1650, adressée comme la première au roi d*Kspagne, pour obtenir de ce monarque les moyens de rebâtir Pontarlier, il était dit (|ue la ville se trouvait obérée de plus de deux cent mille livres ; (|ue les murailles, ouvertes en plus de cinquante endroits, menavaientd^une ruine totale ; et (|ue la plus grande partie des bourgeois ^vatt péri parla cruauté des Suédois, par la peste et la famine.
Peu de jours après la capitulation de Pontarlier, le comte de (lUébriant, un des meilleurs ofliciers de Weymar et commandant des régiments français associés aux troupes suédoises, attaquait le duc de Lorraine, lui faisait éprouver un écbee, puis venait mettre le siège devant Nozcroy. Cetle place se défendit avec coura^'o ; mais, malgré sa fameuse bomlmrde de dix-huit pieds de lon;^ et (pii lançait des quartiers de pierre de trois cent trente livres, elle finit |)ar siiccondier. (lUélirianl y entra le -i février, en abandonna le pillage à ses soldats, lit ensuite incendier un grand nombre de maisons et laissa une ^arnisrn dans le ch.'it(*au. \Vi>\Niar, de son coté, assiégeait le fort de Joux, (|ui se rendit \v li féviier, iHVsqne sans résistance. Sa liosition formidable lui |H.Tmettaii c^'pendant de se défendre avec sueeès; inai*^ Toflicier qui y commandait était un Wallon d'ori,Tiue, vieux soldat couvert trintinnités : soit qu*il fiU de com|dicité avec rennemi, soit (|tril eût été effrayé des souimalions de Weymar, il abandonna la place, et Ton n'entendit plus parler i\v lui. La forteresse de la Chaux et le vieux cbàleau dT/ie toud)èrent aussi au pouvoir des Suédois : l,i, du moins, les chefs ^étaient di^nicnienl comportés; ils n'a\ aient rédé qu'à la fortune coulraire des armes. Maîtres de cette p;irtie du Jura, \Vr\njar ei ses Sué<!ois «^e rêimndirent dans la montagne : leur invasion ressembla aux invasion*^ des r>arbares, tant elle laissii de douleurs cl de maux sur son pass:i;r<'. L<"^ eniels Sui'nloi^ nvageaicnt, pillaient, incendiaient tout ; ils ne res|)<'Claient ni les abbayes ni les rglise.s ils en enlevaient jus(iu'aux cloches, jus(|u\iux ferrures despnrleN, jiMju'aiix objets sacrés du culte. A lein* approche, les malheureux paysans s'enfuyaient dans les liois, ou couraient chercher un rehip' dans les caveriifs, euqiorlaul a\eeeux ce (pi'ils |K>uvaient soustraire à l'inexorable rapacité de ces maiveiiux IVuban'S. Hien n'erhap- |iait à leur fureur: la ville de S;iint-<liaude, perdue au fond de ses rochers, se croyait bien à Fabrides désastres qui locdaicnt avec tant d'acharnenimt sur h'S autre.^ parties de la monta;^ne, et elle n'avait lait aucuns prépar.itits de tli^tens*'. Weymar tomba tout à coup devant Saint-(^Jaude, en Inuiva les {tories ouvertes, pénétra dans la ville, et bien qu*elle ne lui opi^osât jkis la moindre ré^i^lanel^ il y fil
51ti FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
inctlre lo feu. L'al)bayc seule fut épargnée; mais les moines durent payer une rançon au vainqueur.
Toulefois Woyiuar n'avait pas parcouru la montagne s:uîs rencontrer des obstacles, sans y laisser nombre de ses soldats : le baron d* Amans et le capitaine Licuzon, avec leui*s compagnies de corps-francs, s'étaient attachés aux Suédois, et tantôt ih les harcelaient, tantôt ils les attendaient dans les gorges des vallées, tantôt ils tonbaienl sur eux comme une avalanche terrible. Les partisans engagèrent ainsi el soutinrent plus d*une lutte glorieuse : malheureusement ils n'étaient pas assez nombreux pour atTéter la marche des ennemis ; mais, du moins, ils leur rendirent diflicile l'occupation des montagnes, et leur prouvèrent qu'ils n'étaient pas encore disposés a céder le terrain.
Cependant, fier de ses succès en Comté, Weymar se croyait près de réaliser les projets de souveraineté (iu*il avait sur ce pays ; il s'intitulait déjà comte deBourgth gne. Mais Salins et Besancon n'étaient pas en son pouvoir, el il importait de se faire ouvrir les portes de ces villes : Weymar l'essaya; il vil bientôt l'inutilité de son entreprise. Désespérant alors de s'emparer de ces deux places, et furieux 4e la résistance indomptable du peu de Frauc-C^mtois qu*il avait à combattre, il se vengea d'une nianière cruelle : il lit brûler toutes les communes des montagnes, depuis Salins jusqu'à Pontarlier. I/incendie était si vaste et si général, que du fort de Sainte-Anne, au-dessus de Salins, on voyait, dit Girardot, « de jour la fumée en ]iombre d'endroits, et de nuit la lueur de plusieurs cent«iines de villages et d'habitations isolées, brûlant à la fois et répandant autant de clarté que le soleil. > Le massacre et rincendie, telle était pour Weymar la manière de procéder : on n'avait jamais fait la guerre d'une f:u;on plus sauvage, et le souvenir des cruautés de cet honune devait se graver si profondément dans la mémoire des n)0ntagnards jurassiens, que les générations se sont transmis d'âge en âge le mot proverbial : méchant comme Wejfmar. Mais la mort allait venger la Franche-Comté de celui qni lui avait apporté tant do douleurs et la traitait avec tant de barbarie : le 15 juillet IG3i), Weymar toud)ait malade; trois joui*s a|)rès, l'épidémie l'enlevait à la fleur de rage : il avait à peine trente-six ans.
I /épidémie faisait à la même époque de cruels nivales dans la Comté : à Salins f>ar exemple, sur quinze cents hommes, tant bourgeois que soldats, qui gardaient le fort de Sainte-Anne, mille soixante succombèrent au fléau pendant les mois de juin et de juillet. Au bourg de Conliégo, la peste jointe à la famine reduisait la population il cinq familles; car la famine était pennanente et rendait les paysans fous de lage et de misère : ceux d'entre eux qui avaient abandonné la culture des lenvs pour se soustraire à la cruauté des Suédois, couraient indifféremment sur l'ami et sur Trunomi, rlicrchant ainsi à se procurer de quoi vivre. • La |)Oslérité ne lecroin pa^, dit riiistorien de celte funèbre épojjue, les charognes des Wtes mortes élaicnl rocherchées aux voiries, niais cette table ne denieura pas longtemps mise; les chiens et les chats éiaient morceaux délicats; puis les rats furent de re(|uise.... « VA'i\ possible (|ne des hommes aient tant à souffrir !
La Franche-Comté cependant n'éUiit pas au terme de ses misères.
Uichelieu voulait plus que jamais celte province ; les Franc-Comtois voulaient
KH ANr.HK - ri)MTÈ F>PAr.N4iLK. .517
ii'i qin» j.iin:hs i)t xiMiir rr;mr.ii< : |. s rxrrs ilrs Siinlois avnirni .'illiiiiié (hiiis leurs < uni' h.iiiii* iiHli«'il»li' vouïre tout ivqiii rnp|N'lait la Francf!. f,;i ;nii'iTe ronlinu:i r. f.'- iiianjiiis ilt* Villcroi rriiipl.ir.i WVwiiiir ; ir.iiitiv (Kirl, !•' mi irKs|iagne, mé- [cu\ (1(1 «liir lit' I.nrr:iiiH\ dniii l(*s S4)l<)al> si* coin|)ortaient moins rn Aiiiis qu'en ^iHis. lui niiiM le ('niiiiii.-iiMJi'iiri'nt Mipiviiir il«: In (jiiiité cl lui donna |»oursuc- 4Mir ilnii AiilMiiji» lie Sarinicntn, ronit«* dt* (livscente, avrr pliMu |>ouvoir de idn* tniiiiN 11 N iiirMin-s qnl lui iiaiaitraiciil utiles à la défende du pays. Le nou- I piiiv.riit'iir • tail un niiiilairr tk Uilfut ; mais !<* roi d'K^^pagne renvoyait sans aN. Vni\>' iI.iiin la prn\inre, don Antonio n'y trouva de ti'ou|K*s régulièn*s que IriirlN i!. > iiiilh IN rniiiiiiisi-s : il Irs n'Mmil, lfs rrnfona de quelques eouq»aKnie> es iKiruii U'^ LratiiJNniiN r| d<' qnt'iqurs pays^ms déitTuiinrs, et du toitl il se foniM N'tit «nifis il'aiMii't* a\<M' Inpirl il tint la eauq»a^ne. Il essjiya prineifialrment de |>0Nf r.,i iii.tri|iiis di* Villrroi. qui à la ti'tededfux mille eiiiq eenls rant;issins et
rt'iitN i-.ix.diiT^, panourail en tous sens le hailliap* d*A\al, v\\ proeédanl à la iî»iv d«- WfMiiiii. Kii iiirinr Irinps l«'s hardis ror|»s-frani'N se jetaient sur li> s mal ;:.ii(lii> r[ cluirliaii ni a les reprendre soit |'ar la nisi* t*t Taudaee, soit li'S atii:i'N. on hwu IIn sr |ifMt.iii*iit ^wv W"^ points où l'enniMui devait |i;is*>(T avei* enn\<»^. ou iiicu eiirorr iU .it.upiaind les f'a; nisons fram/aises rtalilies dans les e< rniiiiuiM'^. (i'i'sl alliai (jiri* ji* liamn dWriiaU'», aid/* du capitaine l.aeu/on, illit C.nMii.iniiN, loiiiTis^r pirN d<' IjiUs-le-SauInier vi plae«V **iir la mulr de hans. I.i ult(' \\r I. 'milans M'i'\.iit d'riiln'jtnt à l'anm'r franraiNi*. L«* piu\«*r- ' d<' ('.•iMil.inu\ viil .t priiii' II* !i'Ui)»s de >t* siiu>trairi* à la main audarifust* du »n «rVrii.itiN, i;iii :i\,iit Lnlli l'rnit'xer au uuuufnt oji il pa>s;iit la ie\u«' de m*s jM's. I. -^ t nrjiN-fi.iiiis n')iiiiriil ISeaufnrt, rliâtcau appart«M)ant à (!liTailhiii de ;^n\, liaiM:i ri»ni!n> lu Nivin* de la Iram f, et > liri'iil un luitin cniisiilcraMe. « !•• ui> inr U'iu[t< ipii'iqn.N MuJals du hanm d*Ai naos enlt-\ai«*nt le ptuvcrnrur l'iiv ()•• >.iiiit-AinMui', qui :<sNi^tiil à une un'^si* au t'ou\rnt i\v^ r^qiuein>, sitiN*
d«'^ ui M * ilr h \:;ii*; r.* ;: Mixcmeur ue s<* rarlu'ti qu'au prix dr di'U\ rrhl'* dt-^. I. > ( ••i|is.|i.nieN •taw'i.i |*artoul:ils iianolaient \i{rouit iiM*m«*iilrt >.ins ne- »» [f i.'i iiiMiN (••• Villi'n»i ; i'»* anvtaii'ut m*s «lUiiois, ils épiii^^aient sl'^ trou|rN. i- Ni^ \'i:''i il>i Sarnii d AinaiiN tpii ne lui l.ii'^v.iii ni irfMis ni trt'\(\ A dieroi !nl i\r ;->i(iM I. f. r •( li liauiuit* ilan^ la hanuinic d<' Vin* (ili.îlel, i]Ui* le rliel rompt- :ii'N fiMiii h.s posM-.l.iii vnr )»•> liords de l'Ain : et, j c**{ filet, • le j;.*ncranr.i^. .n rnuipr^'in" du \ii ouile df (lourval, ruînnel m)u> v*s ordres, |ijrtil de s-l«'-N.'i!iini- If '21 anûi |iî;îî>, si» dirip'ant >ur nr,:el«'t p;H' le vallon de (lonli^e,
il iir I- i! I.iui* piiNiMiir du i'Ai\n\\ sur la mimtaj^ui'. à eauM* de la liifGcult*'* du iiin. Af:i\«- à hniirpi.Tn\ il ^"••tiMit dans o* \i'la?i' et > pas^a la nuit. I.«* ont i; • ■ Ci •!.iii^ <M;:<'i. I. ••( le '2\ il inxiMil l' eliâieau «lu luiron d'Amans, ■,\\a\[ • m II |»if.-.u:ii..ii *W h»' pas s*\ ri'nft'imtT. Li fori«Tesse de Viri'-t'.h;Uel. aiil «l'iuri ■ NI iilf i\i iiî;.'. r!;iii .i l'ijiri'uxe di* l'arldl'Tie et tri'vHlinii'ile h snri>!ri' . ^i pi'>::i'iii il lin (i.iii , .Mis !• ras tir faiP' longue rt vi,:ouri'Use ri*sistince; * lc> iiitiii'(i.i;i> liM iiiaii<|uai« ni . i-ll** fut prise, (li-nl Cinquante Uious«|uetairos de it'ie-li.iu. • ••uiuiainifN pii r.niinal, et MUili'nus en eas d'insunisance par un incnl ilr h.: h «^ Ir'ss.iiii s, .{iii' 11* iiiar-piis de \dteroi a\att auicDiVs» à sa suili;.
s*en emparèrent. La déinolilion immédiate de celle place .fut ordonnée, ainsi qne l*incendie de cinq villages des environs, Taisant parliede labaronnie de Vire-Chitd. Ces flammes allumaient le désir d*une prompte vengeance dans le cœur dn chef coÉilois, qui, de Taiitre côlo de TAin, était témoin du mai que les Français faisaient a ses paysans et à ses propriétés ; car, le lendemain de la prise de Vire-Cldld, Villeroi avait forcé les châteaux de la Villette et de Fétigny qu*il réduisit en cendres, ainsi que pour vingt mille écus de grains, alors si précieux et si rares.... Le marquis de Villeroi avec ses oflicicrs se retira, poursuivi par les troupes franches, qui le fali- {louèrent d*arquebusades, seul dédommagement h de si grands désastres et à tant de cruautés. Villeroi rejoignit à Dijon le roi de France et son ministre Riclielieu, qui avaient ordonné la destruction de toutes les places de la Comté de Bourgogne, situées sur les frontières de la Bresse et du Bugey. Sur ces entrefaites, don Sanniento essayait sa petite armée contre Pontarlier et faisait le siège de Joux; mais, vers les derniers jours de septembre, attaqué par la troupe que Villeroi avait laissée en Comté, TEspagnol se relira en Suisse avec ses soldats, et d'Amans à CliAteauvibin avec quelques-uns des siens. Nozeroy avait été repris par ces deux commandant^ Tranc-comlois sur les soldats de Cnébriant, qui perdirent aussi la forteresse de la ('baux. Les Français en refirent le siège le là octobre et tirèrent sur le cbjleau quelques coups de canon d*un petit calibre, à défaut de pièces plus fortes: le régimont de Saint-Luc futcliargé de Tattaque et perdit soixante hommes, parmi lesquels son major, le ciievalier de Vendy. La nécessité de |)orler des secours en Italie fit rappeler ce régiment à Tannée dont il était détaché, et le siège fut levé. Le départ des troupes du roi de France rendit courage aux corps-francs, qui les fatiguèrent dans leur retraite ; mais, malgré leurs efforts, le cliAteau de Colonne, qui gênait Bletlerans et Poligny, fut repris par les Français '. »
Les dernières opérations militaires de Tannée 1639 avaient ranimé Tardcur des Franc-ComtoiS) et don Sanniento prit de nouvelles dispositions pour Tannée 1640: il obtint le changement de (pielques chefs dont il soupçonnait la fidélité ou qu*il trouvait trop mous contre Tennemi ; il fil remplacer le maréchal de Saint-Martin par Claude de Beaufremont; le comte de Grammont, gouverneur de la place de Salins par le commandeur de Montbrison, et il fit donner le commandement de Dôle au brave comte de la Verne.
La campagne de 1040, commencée dès le mois de janvier, s*ouvrit par un incendie : le baron de Castellier, gouverneur français de Poligny, attaqua Scellièrcs, s*en rendit maître et mit le feu à cette petite ville, parce qu*elle gênait les communications de la Bourgogne avec Bletterans; place où les Français avaient leurs magasins. Le baron de Castellier, posté au château de Grimont, avec un nombreux cor]» de (roupes, faisait de là de fréquentes excursions sur Dôle et sur Salins, coupait par des détachements les chemins qui conduisaient des montagnes à ces villes bloquées et interce|)Uiit tous les secours qui leur permettraient de tenir longtemps encore. Les î^arnisons de Dôle et de Salins ne vivaient guère que du blé semé sous les remparts, dans un rayon égal à la portée du canon : on ne pouvait plus qu'à travers d'extrêmes
< I^ docteur Ptot, Statistique générale du Jura y pages 78 ù 80.
KRANCIIË - COMTÉ ESPAGNOLE. 5ir>
hommes surtout, le baron d*Arn.ins ot le capiuiine Lacuzon, (|iii étaient redoutables pour la France : ces deux hommes tenaient on leurs mains les destinées de In KraDChe-Cooité.
O Alt rallié de lUchelieu, ce Au Iternard de Saxe-Weymar, qui se chart^oa de soumetlre la montagne. Ikrnard avait passé l*année l<>vi8 en Alsace avec ses terribles Sutilois : ne |K)uvant plus vivre sur le Hhin, il s*éUiit r:ip[)ro(ih'* de la Franchel^onité. vers li^ derniers jours de décend^re 1(S38, pour refaire son armée aux liëpens de ce pays, et il aborda le Jura su|)crieur, moins épuisé que la (daine, oii rvguait une effroyable misère. Cette aniiéo-lfi, Thiver était sec et Troid, mais presque sans neiges; circonsLnnce favorable à la marche des Suédois, (pii n*avaient pas ainsi à lutter contre la difliculté des chemins. Weymar entra dans la Comté par la Franche-Montagne, du côté de Saint-Hippolyte; ses soldats mirent le Teu h cetle vBle, après s*en être rendus maîtres; et les habitants, épouvantés de la cruauté des Suédois, se réfugièrent dans la caverne du château de la Roche, où Ton voit encore à présent les vestiges des fortifications qu*ils y firent |)our se prolé{.'er. Au commencement de janvier 1G39, Weymar arriva devant Morteau. Les habitants de cette eoorageuse petite ville se mirent en devoir de résister jusqu'à la mort : à la vue des Suédois, ils se précipitèrent dans la vallét* pour défendre rentrée du |)ont placé sur le Uoubs entre eux et les assaillants, ils brisèrent la p:lace au-dessus et au-dessous de ce pont et s*en firent une barricade. Mais pendant (|u*ils tenaient vaillamment Me i une |)artie des trou|)es weymariennes, l»ernard flonnait Tordre h d\iuires soldats de se glisser sans bruit le louj; des deux rives du Doubs, de traverser la rivière à l'endroit où les glaces n*avaient pas été rompues, puis de toud)er sur Irs Mortuaciens. Ceux-ci alors se virent cernés de toutes parts et inass^icrés. La ville se souvint des braves qui étalent morts si patriotiquement pour sa défense : nue messe connnt'morath'e fut fondée en leur honneur, et une inscription latine consacra leur acte de dévouement sur une pierre tunndairc que Ton érigea dans Tégliso paroissiale de Morteau.
Après celte cruelle victoire, NVeymar s'avança contre ronlarlicr : le 17 jan\ier, ses éclaircurs parurent sur les hauteurs qui dominent la ville; le IS, neuf mille do ses Suédois se montraient sur différents points; le lendemain, il sonunait le couimandeur de Saint-Mauris, gouverneur pour le roi d'F.spa^ne, de lui remettre la place, lui déclarant que, si elle résistait, il savait ce qu'il aurait à faire : » à (pioi le coniroandeur ré|H)ndJt que, S;i Majesté C;ilhoIi(pie lui ayant conlîé cette place |iour en faire gante et en rendre compte, il savait aussi ce (|u*il avait à faire, i* Le ii), commença le siège de Pontariier ' : ce jour-là, l'ennemi s'empara des faubourgs S.-iint- Êtienne et Saint-Pierre, qu'il réduisit en cendres, et dans la nuit du ûi) au il, il
• Le» délails t\ue nous litmnons sur re sirj^e sont liré> «'n iiarlio île Vt'.piuhh de ta iMucrre 'le tfixciiM, |»ar (lirunlul lie Ik'auelieinin, elde laUelution tlii dt»cteur Miget. iitanetie Ponlarher «n ICs i, le(|uel a coiupo»é son lêril sur Ii*.n ilorumenls nullioiilii(ue< trouvés dans le^^ nrcln\e> de la ville, ctd'a- |irèi les noirs de son |>èrfî cl de son oncle, lrè<-li<moraliks inutrislrals, témoins oeiiluires de l'événe- ■ent. Cet *ourreti prérieuses nous uni élé indH|uées par un de nos jeunes écrivains du pa)». M. Edmond Giiwl, de Pontariier, que nous prions de vouloir bien arcepler nos remerciments pour la rare obliyeaiice avec lai|uelle il nous a aidé tie S4'& rechcivlies eu celle circon^lance.
et lui demanda s*il fallait cependant le dérendre. Sur Tordre que lui envoya le comk de la Verne de s*y maintenir, il n'hésita pas à se dévouer. Les Français rayant sommé de se rendre, son arquebuse et celles de ses quinze compagnons répondimt par une décharge vigoureuse. Mais cette décharge fut suivie d*une explosion terrihic : un accident avait mis le feu aux banques de poudre placées sous la voûte, d tout avait sauU'; en Tair, les seize hommes avec la tour. Le caporal retomba, sanglant et meiulri ; la télé seule et le bras droit étaient intacts. Eu cet état, Tintrépide mutilé eut encore le courage de résister h ses adversaires; et, vaincu dans cette lutte qui n'en était plus une, il rejeLi dédaigneusement la proposition qu'on lui faisait d*étre parjure : alors un soldat français lui enfonça sa hallebarde dans la goi]ge.
Cependant le marquis de Yilleroi et les gAtadours continuaient leurs ravages daos les alentours d(^ DôIe; mais ce mode de guerroyer leur devenait «^ la Gn plus funeste qifavanLngeux : les batteries de la place leur rendaient très-difficile rapproche des remparts, et les sorties de jour et de nuit de la garnison leur faisaient beaucoup de mal. Une colonne de paysans de la Bresse chalonnaise étant venue les rejoindre, ik s'éloignèrent d>> Dôle pour se jeter sur Rocbefort et sur Pesmes, dont ils désolèrent les campagnes. Par représailles, le baron d*Arnans et le capitaine Lacuzon se précipitèrent sur la Bresse à la télc de leurs compagnies franches, et ils en rançonnèrent les |)opulalions, ils les frappèrent d*ime terreur profonde. De grandes inondations survinrent, qui ralentirent pendant les mois de juillet et d'août les naouvements militaires dans le plat pays; mais, dans les montagnes, la guerre continua. Les Français se mirent en devoir de re])rendre Nozeroy, que le baron d'Amans leur avait enlevé Tannée précédente; ils étaient en force, et toutes les chances étaient pour eux : les Comtois, voyant qu'ils ne pouvaient ni garder ni défendre cette place, Tabandonnèrent après Favoir livrée aux flammes, pour empêcher renneroi' de s\ établir. Les Français vinrent assiéger le chAteau de Baume-les-Moines, qui se défendit longtemps : le chef des assaillants laissai beaucoup des siens au pied des rochers avant de s'emparer de cette forteresse; comme il lui fallut aussi sacrifier bien des soldaLs pour emporter le château de Publy, à quelque distance de Conliége. Les vainqueurs se vengèrent de la résistance fatigante qu'ils rencontraient partout, eo ravageant cruellement les campagnes ; les habiLints de Revigny, entre autres, titrent excessivement maltraités : pour échapper à la colère des Français, ils se retirèrent dans la fameuse baume située au levant de leur commune et s'y tinrent renfermés jusqu'à ce que les partis^ins du capitaine Lacuzon vinssent les délivrer.
L'année 1641 devait être glorieuse pour les corps-francs : Lacuzon, toujours îdCitigable, toujours audacieux et intrépide, tint constamment la campagne et fut presque partout heureux. Attaqué une seconde fois dans son clidteau de Montaigu, il fatigua l'ennemi par son opiniâtreté et l'étonna par sa hardiesse. Il défendit aussi le vieux château de Crillat, placé sous son commandement. Il surprit par escalade b redoutable forteresse de Saint-Laurent la Hoche et en fit toute la garnison prisonnière. Peu de temps après, dans une sortie il poursuivit et battit sur le pont de Montmorot un corps de cavalerie commandé par le sire d'Autrac. A Saint-É tienne de Coldre, à Maynal, à Courlaoux, il remporta l'avantage sur les Français. Il reprit Arlay par la ruse. Avoc deux cents liouunes d'infanterie et vingt c;ivaliers. it attaqua
FIIANCHK- COMTÉ KSPAGNOU. Ul
ju\ oininiDs de Loulians un corps considrnihle <l«^ troii|Mîs fraiiç^iises, tint (|iuilre hriireN <•( ik* m* n*iira ()l^al>ri•^ uvoir fait des |>risoniiiors. Licuzoïi se rondit maitn* (k* 4luiM>aii t'I de l-ronlcnaux, villa|(i*s de la KresM* clialoiiiiaist' ; il lit dr fréqueDU^s e&i*in>i(inN dans co |»a\s; il y fra|>|u de U*rreiir cl de contribulions nue foule de eoniiiinnan(«s. l/infati^^ahie et hardi dief uionl;if:nard était (Kirtout, remiait iiartout son |»a^^;l^'e ou >a iirfsrnee nMlonlable : inspirant de TefFroi à ses enneujis, tie i*enllioiisiasnie â ses coinjia^'nons (rann(*s, il utilisait Tanleur des uns, il profitait de la craintr des aulres, [Hiur |ioursni\re ses siieeès, et il se |>assait |)eu de jours sans qu'on apprit de lui (pielipie tentative ou quelque victoire, l'ar rasceudant de sou uoiu et iKir l'appui de ses corps-francs, il nnlonnait force et coura^çe aux po|Hilalions du Jura ; il ramenait dans li*ur> foyei*s les malheureux '|)a\ sans cachés |»anni le.s lioisel les rochers; il conirihuait au rêt.diliss4*nient des tribunaux de justice susjienduN liepuis plusieurs années; il rassurait les autorit<'*s, naguère réduites à fuir; il se faisait pn>clamer, iKir la reconnaissance publique, le restauniteur du bailliage d*Aval. Kûiielieu comprit qu'il ne \aincrait |»as cet homme, et il ne se trouqiait |ias : Uiche* lieu mourut ^ans avoir la rranrhe-Couité. In jour, le {glorieux capitiiine des monlairnes de\ail être traduit dexant le parlement de Dùle comme accusé d'avoir nuronnu se» dr\olrs de chef mililain*, lui l'un des sauveurs, avec le baron d* Amans, de Tindé|M*n«lancr franc-i'omtoise ; mais, ce jour-là, les dénonciateurs du grand |ialriote entendirent la voix des ma^fisirats iléclarer à la face du fiavs, qu'après l^ieu, le Jura devait a Ijicuxou le rélabliss<*uient de l'ordn' et de la justice.
(^*|»entlanl les Kninç;iis conliimaient toujours la guenv, et riiérotque KrancbclUiiuté ne se lass^iii \k\s de leur rt'*sis(er, malgn^ la famine et les uialadit*s coutagieus4's (pu diH'imaient s<*s défenseurs; il est vrai i|ue k's uièmes fléaux déciuiaicnt é|(alement >e> ad\ersaires, et le roi de France, ayant à suuli*nir une lutte |»resque euro|MH*nne, ne |Miu\ait plus cnv«)\er de nou\elles troupes dans celle province. Il en (allait ce|)endant |K>ur reluire les plac(*s dont on n'avait pas encore |»u se laire ouvrir leN |M)rlt*s; il fallait des garnisons pour occuper le grand nombre de cliiteaux et forteresH*s enlevés aux Comtois; il fallait aussi de» colonms mobiles |K)ur coou^ir lt>s c.nnpa^^nes, et d(*s n^iuients nouveaux |K)ur renforcer ceux qui suncillaii-nt les y\\\i^ hhhpitvs; et ce n*étai<*nt |»as vingt à vingt-cinq uidle iMNunies ciHinne Us compUut l'armée ro\ale, qui fiouvaient faire face à tant de liesoins. La giiern* linil donc par m* convertir «*n une <iccu|iation militaire. lK*s négociatious ^ou\ rirent |K>ur la paix; mais, sur ce> entrefaites, le roi de Fniuce iMurui le 1 1 nui fl(»i;i, un |KU plus de cinq mois apri's son ministri' le cardinal «le Hichdieu.
1^ priiiiieiv aniMM' du noii\eau ri*gne, ou |KHir mieux dire, de la régence d'.\nne d'Aiitnch«\ v«'ii\e tb* Louis Mil, s'écoula sans que k*s diplomates eussent rien conclu relati\eiiient â la paix. Or, |>i*ndant que l'on disi*utait, les lHH4ilités se n*veillai«'iit en Krain-lie-Cniiiié. In iHir|>s de Su<*dois, sous b* c*omiiiaiidemenl du colonel ltoi)si*n, reparaissait dans U's en\ irons de lUume-les-Hameset m* signalait par ilesexci's; en même teuqx, le man'^chal de Tiireime, qui se n*ndait en .\lleinagne avec un»' armée, assii-^jeiit Vesoul, le lî> mars 1H4I. Il força la ville i ca|Hliilcr: mais il souilla sa ^Mtiire en laiss;iiit ses soldais égorger, au UK^pris des termes de b «apitiilatitm. un ;:rand ntiinbre il'enfants et de femmes qui s'étaient Mirés au
MA FRANCnii;- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
s'en emparèrent. La dcinoIKion inimédiale de cette place. fut ordonnée, ainsi que Tincendic de cinq villages des environs, Taisant partie de laharonnie de Virc-Cliâtel. C(*s flammes allumaient le désir d*une prompte vengeance dans le cœur du chef cOÉilois, qui, de Tautre côté de TAin, était témoin du mal que les Français faisaient il ses paysans et à ses propriétés; car, le lendemain de la prise de Vire-Cliàtel, Villeroi avait forcé les châteaux de la Villetteet de Fétigny qu*il réduisit en cendres, ainsi que pour vingt mille écus de grains, alors si précieux et si rares.... Le marquis de Villeroi avec ses ofliciers se retira, poursuivi par les trou|)es franches, qui le fali- ;3[uèrent d*arquel)usades, seul dédonnnagemenl h de si grands désastres et à tant de cruautés. Villeroi rejoignit à Dijon le roi de France et son ministre Richelieu, qui avaient ordonné la destruction de toutes les places de la Comté fie Bourgc^e, situées sur les frontières de la Bresse et du Bugey. Sur ces entrefaites, don Sarmiento essayait sa petite armée contre Pontariier et faisait le siège de Joux; mais, vers les derniers jours de se[)tembre, attaqué par la troupe que Villeroi avait laisse'^ en Comté, TEspaj^nol se retira en Suisse avec ses soldats, et d*Amans à Châteauvilain avec quelques-uns des siens. No/eroy avait été repris par ces deux coniftiandants Tranc-comtois sur les soldats de Guébriant, qui perdirent aussi la forteresse de la Chaux. Les Fiançais en refirent le siège le 12 octobre et tirèrent sur le château quelques coups de canon d*un petit calibre, à défaut de pièces plus fortes : le régimont de Saint-Luc fut chargé de Patlaqueet perdit soixante hommes, |)anui les<|uelN son major, le chevalier de Vendy. La nécessité de |)orter des secours en Italie fit rnjtpeler ce régiment à farniée dont il était détaché, et le siège fut levé. Le départ des troupes du roi do France rendit courage aux corps-francs, qui les fati^nièrent dans leur retraite ; mais, malgré leurs efTorts, le chAteau de Colonne, qui gênait Bletterans et Poligny, fut repris par les Fmnçais '. »
Les dernières opérations militaires de Tannée 1639 avaient ranimé Pardeur des Franc-(*omtois ^t don Sanniento prit de nouvelles dispositions pour l'année IGIO : il obtint le changement de quelques chefs dont il soupçonnait la fidélité ou qu'il trouvait trop mous contre rennenii; il fit remplacer le maréchal de Saint-Martin par Claude de Beaurremont; le comte de Grammont, gouverneur de la place de Salins, par le conmiandeur de Montbrison, et il fit donner le commandement de Dôlc au brave comte de la Verne.
r^a cam|)agne de 1G40, commencée dès le mois de janvier, s'ouvrit par un incendie : le baron de Castellier, gouverneur français de Poligny, att;iqua àScellièrcs, s>n rendit maitrc el mit le feu à cette jielite ville, (Kirce qu'elle gênait les conmiunicalions de la Bourgogne avec Bletterans; place oii les Français avaient leurs magasins. Le baron de Castellier, posté au château de (irimont, avec un nombreux corps de troupes, faisait de là de fréquentes excursions sur Dole et sur Salins, coupait |)ar des détachements les chemins <|ui conduisaient des montagnes à ces villes bloquées, et interceptait tous les secours qui leur permettraient de tenir longtemps encore. Les garnisons de Dôle et de S;ilins ne vivaient guère que du blé semé sous les reiii|)ans, <lans un rayon égal ;\ la portée du canon : on ne |)Ouvait plus (|u'à travers d'extrêmes
< lie docteur Ptot, Statistique générale du Jtirn, pagei 78 m ft).
diflBcullés et en s'exposant à de grands périls, tirer du grain de la Suisse ou de la Savoie. Le canlinal de Riclielieu, dans l'espoir d'afTamer les quatre principales villes comtoises qui s*obstinaient ù ne pas ouvrir leurs portes, avait fait dt^fense aux hahi- UiDts d*outre-Sadne, sous peine de connscalion et d*aniendes, de vendre aucunes céréales aux places de Gray et de Dole; et pour forcer les Comtois h lui demander merci, il avait fait couper les herbes et les blés avant Tépoque de leur maturité. Milgré l'exécution de ces cruelles mesures, les Franc-Comtois ne devaient pas demander merci; et c'est par leur inébranla])le résolution <le se laisser tuer jusqu'au dernier avant de céder, comme Ta écrit d'eux le manpiis de Mont;;lat, qu'ils ont dit passer en proverite le vieux dicton rimé :
('.ODitois, rends-toi!
— Neuiii , 111 j foi !
1^ baron de Ciisteilier essaya de surprendre le fort de Sainte-Anne, qui renfermait un magasin h poudre : cette tentative échoua, bien que le baron d'Andelot-Coli:^ny, gouvemeiir de Sainte-Anne, fût d'intelligence avec les Français. Ce siigneur, indigiir de porter le noble nom de Franc-Comtois, ne borna |M)int iâ sa trahison. Sidin^ manquait de farine : le baron d'Andelot en proposai a^nt cin(|nante chariots que l'on prendrait, disait-il, dans ses terres. Le marché fut conclu. Le convoi se mit en marche, et chaque voiture s'avançait, conduite par deux hommes. Ces trois cents charretiers n'étaient autres que trois cents soldats français dé;(uisés,qui devaient, une fols le convoi introduit dans la ville, s'emparer de l'uni; des portes, en obstruer Ic^ avenues & l'aide des chevaux et des voilures, puis attendre l'arrivée de leurs camarades. I^ strat^igème fut découvert; et le marquis de Villeroi, qui ac('OU)pagnait le eonvoi, se retira en toute hâte. A quel(|ues jours de là, Villeroi, apprenant qu'tui corps de Croates au service de la Franche-Comté, se disposait à investir Polipfii\, expédia promptement un détachement de cavalerie au secours de la ville uienacée : pette troupe, aidée de gens de pied sous la conduite du colonel Courval, surprit 1rs Croates, leur enleva deux pièces et six fauconneaux, et lit ainsi manquer l'entreprise. I^e colonel essaya ensuite de reprendre le chAteau de Montaigu, au-ilessus de Lons-lc-Saulnier ; mais le commandant de celte forteresse s'appelait Lacuzon : il se défendit avec tant de bravoure et d'habileté, rpie Courval abandonna la partie.
Le marquis de Villeroi, en s'éloignant de S:dins, était venu, comme en l()37, nivager de nouveau le territoire de Dôle : outre ses compagnies, il avait avec lui une troupe d'audacieux bandits ou gdtadours, lescpiels s'avançaient le plus près possible des remparts et cotq)aient les biï'S sur pied pour affamer la garnison. Il se passa, sur ces entrefaites, un trait adnnrable cpii mériterait à son auteur, au même titre qu'à Chartes iMisillet, le notu de martyr de l'honneur. A l'approche du marquis de Villeroi, le comte de la Verne, gouverneur de la place de Dôle, avait établi un poste avancé i\ Saint-Ylie, dans une vieille tour que sup|)ortait une votttc Ce poste se composait de quin/e soldats seulement : le caporal char<^é de les commander n'a pas dit son nom à l'histoire, et ron doit le regretter, car ce Franc- Comtois fut un homme héroïque. Se voyant |)rès d'être assailli par toute une compagnie française, il Kt prévenir le comte de la Verne «lue le poste n'était pas tenable.
celle force aclive qui avaient élevé si haut la fortune de la classe moyeDDC en Fninche-Conilé ; et bienlAl on ne rcconnailra plus les héritiers de ces fiers et patriotiques magistrats dont Tindéfiendance de caractère avait fait de grands citoyens. (^est que les fils dégénérés de ces glorieux pères n*auroDt plus la conscience de kur valeur : en laissant s'afTaiblir Tesprit national, en cessant de résumer en eux la |)ensL'edu pays, ils dévieront de la ligne politique qui conduisait leurs aïeux a la considération et h la gloire, ils perdront tout prestige, ils s*aliâtardiront ; et viendn le moment où, pour conserver les |)ositions acquises, ils se feront les complices de rétranger. La bourgf*oisie parlementaire de Dôle allait la première donner Texemple de celle décadence morale ; la bourgeoisie répid)licaine de Besançon va protester une dernière fois en faveur de sa vieille indépendance, et puis elle s'endormira dans le culte des intérêts matériels. Kap|)elons ce dernier acte de la vie politique de la bourgeoisie bisontine.
Lorsque les rois d'Espagne furent devenus souverains de la Franche-Comté, la cité de Besançon les reconnut à titre de |)rotecteurs librement choisis. Cet état de choses dura sans modifications jusqu*en 1651, époque à laquelle rempercur d'Allemagne et la diète germanique transmirent h Pliili|)pe IV le droit de souveraineté sur Besançon, pour indemniser le monarque espagnol des perles qu'il avait faites pendant la guerre de trente ans. Les Bisontins se récrièrent; cependant ils finirent par reconnaître la nouvelle souveraineté, à la condition que leur indépendance resterait entière. Mais en i6oi Tempcreur F(;rdinand III céda Besançon au roi PhiKppe IV, en échange de Frankendal, ville du Palatinat, et cet échange fut ratifié la même année à la diète de Ratisbonne. La mort de Ferdinand étant venue suspendre les négociations, on ne les reprit qu'en 1660. Invités par I^pold !•», successeur de Ferdinand, à ratilier cet arrangement, les magistrats de Besançon s*y refusèrent: ils n'entendaient pas qu'on disposai de leur ville comme d'un fief, ils voulaient conserver tous leurs droits. Kn vain Léopold I**^ leur écrivit-il pour les requérir mee clémence et leur ordonner avec douceur (ce sont les termes de sa lettre) de reconn-iitre le roi d'Espagne comnie leur prince souverain et seigneur immédiat; eu vain Philippe IV lui-même délégua-t-il des commissaires pour prendre possession de la ville en son nom : les magistrats renouvelèrent leurs protestations contre la violation (le leur charte. A leur tour ils envoyèrent en 1663 une ambassadejà Madrid, et les députés, reçus en audience par Philippe IV et son conseil, ne présentèrvut pas sans un sentiment d'orgtreil le tableau des titres qui constataient l'antique indépendance (le leur ville : ils ])rouvèrent cette indépendance par le témoignage de plosiem*s historiens, assurant que Besançon ne fera partie de l'empire d'Allemagne qu*à la condition de rester dans son entière liberté; par la déclaration authentique d'un grand nombre (Kenipereurs; par un usiige continuel de l'autorité supérieure ; par le pouvoir de faire des lois, de prononcer en dernier ressort sur le civil et le criminel, de condamner à nïorl et de faire grAce, de battre monnaie d'or, d'argent v\ de tout autre aloi, d'exiger le serment des archevêques avant leur entrée en possession, d'avoir la préséance siu' les conimissaircs impériaux, de ne reconnaître aucun vicaire d'Kmpire, d'avoir le souverain us;ige de i'épée, d'armer et de désarmer pour et contre (|ui bon semblerait; enfin, par beaucoup d'autres actes possessibqui
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iiiiri|iiait'iii iiii* jinidirtioii lihrc, tMiliîTt* et souveraine. l.rs ambassadeurs UTiiiiii.ii»*n! par ir!t«Ml*Vlaralioii, qui» li'iir ville, ni arceplaiit le prolerloral des roisd'Ks- }wj:ni\ avait pn'^tendii i-nns4»r\er iniis ses droits et privllrpes; mais, i\ travers leurs d»*i iiit-n**» {taroles ils laisN4*iviii \wnu*T un stMiliment qui pn*sn;!e;itt îles coneessions : d< ilrMi.inili'rcnt i|n«' if |t:irl>iiM'n( dt* f>'>le, ohjet d'tnie vieille jalousit», fût tfansférê dans liMir \ill<*. Li- raliiiirl d«* .Madrid promit le parlement; il promit aussi de res- \mH*{vr li»^ privili'*;ri> dr la riir : MMdiMuiMit le roi irKs|Ki)(ue se n'^siTvait le droit de noinntiT rih<| st'*nal«Mirs qui re\ isiM'aient les sentences des jiigt*s miinin|>aux. (^cUnt nn pr«MMi(T \yA<\ d'aiitn's allaient suivn* : et li* rt'*snltat de nouvelles uégoeiatiofls fiiiipren KKii le m.inpils dr tlislel-Kodrigo arrivait â li4*s;m(;on [»our prendre po<(- M^ssion fil' la cité .m nom d«* Philippe IV.
IMnIipiM* ne de\ai( \ki< jouir lon^^tiMups de s;i nou\elle souveraineté : la si*rif de mallienrs adxenns NfHis son n^nie, U*s revers (pie les Portugais faisaient 4*|»fo«ver (onp <nr cotip à sts anm'rs, axaient j«*léson Ame dans une sombre mélaneolie, ef mit* d'Tiiii're \irioire ivmporice fiar eif\ le 17 Juin KUm, i Valladolid, était venut* ciimldtT la mesure de st*s cli;!^'ijiis : jo malheureux monan|ue laissa lomherla lettre ipii contenait la fatale iioii\elle, en s*écriaiit : • iMeii k* veut! » et miné par une donleur iiiroiisoialde, il iiiottnit Iroi^t mois après, le I7'septendire KMm. Son lN*ritier était le fivl«* v\ dêliile tihaiies II. cette espèce dVnfant vieilhinl qui ne devait |iaH a\otr tW \iriliti'', et qui «semblait pi-rsoniiilier en lui la diVadenee toujours croissante de la rai'f et de la iiioiiarcliie tie (iharb'H-tjiiinl. (itmmiera dit nn t'rrivain moderne, tlInrii'S-Oniiil a\aitete «général et roi, P!ijlip|N* Il n'avait été que nii, IMiilip|ie III et IMiihpiM'IV iraxairiit été ni riin ni Tantre, et t*JiarU*sll ne fut fus m«*nMr un homme :
il ne jMit pas sr repiniillirt*.
l.'KNpa;:ri \ «'piiivi* par m's re\er<, ruinée, ilépi'iipItV, vins finances, >ansniann««, ^aiis soldats, l'i pour coinble tombé' aux mains d*un enfant presque inilM*cile, sotis la tiid'lle d'une inére incapable que ;;oii\ernait un jésmle aussi incaiiable quVIle, de\i'na>t nue proie facile à saisjr : Ltmis \|V son^i*a dés lors à s'en em|ian*r, ou pliiti'tl il épiait depuis qui*lqiie temps déjà roccasion de sVii apprf»prirr un moiTcau, tel qne \vs P.!\s.|(is<l la Kraiicln*-t; iiiité. A qui-ls titn»^, le voici : Louis XIV a\ai( époiis. M<ri>'-riié ès\ tille d!i premier lit de IMiilipfie IV; mais, en h* niahaul, .Mnie-Tiinési- fixait renoncé, mouMinant une dot qu'on lui |i;i>erait, à tous liNbifn> l'i sinT.ss:ii!i< iirs rtïis dK^^pi^ue. (a>mme on laissa |ia*^r b*s trois temM?s fivs par le coniraf. vins que le cabinri de Madrid m* tilt même occufié d'eulrer m coiiipie, I iiiis \|V \ii dans cette iion-e\é*cntion un premier litre à fain* \aloir. H eti l.Mii\a d'antres, lue coutniue des Pivs-Ris et de la Krancht^-Oomté disait : • M
iifi lioiMini* el nue (éiiiineoiii di's enfants, et que l'un d'eux \ieiine à mourir, la pri»pfiet-' ile< li«!s Miiaiit fin (Ole du jilus \i\aiil passe à renfaiil ou aux entants de ce Pi ii:;i^'''. et le plus \i\anl n'a plus niéuM* aux liet> qu'un usufruit héri'ditain*. • l«a oiéiiif cni:tiiiiie ajiuitatt que <• les enfants du M*cond ht étaient exclus |ur ceux dll iri'itit -I . ^.iii> que les iiiii'es dll second pussent exclure le> lllb's du premier lit. • ih d'ni r. »lili.i/.ir. Irire iifenn île .\larit»-ilieri's«», étant ib'céilè s^uis posiériti*, Slariiliii'iesi- ri'Ni.iii .i;ii>i la soûle ciifant du premier mariage de Philippe IV ; et le nii i.oiiis \|\ . ( {..iii\ de .Marie-Tliérèse, s*autorisiil de ce droit de dé\uintion en uaagv
5â6 FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
aux Pays-Bas et dans la Franche-Cointé, |)Our se croire habile à succéder, par le chef (le sa femme, aux droits de don Balthazar. Selon le roi de France, non-seulement la renonciation de Marie-Thérèse se trouvait nulle pour le cas où le petit ni Charles II viendrait à mourir; mais encore les droits de la reine de France étaient pleinement échus sur les provinces qui, d*après la coutume, revenaicDt à la fille di premier lit de préférence a Tenfant mAle du second.
I^ cabinet de Madrid combattait les prétentions de la France en rappelant que Marie-Thérèse avait renoncé, lors de son mariage, à tous héritages et sucœssiofis de leurs majestés catholiques, que c'était même une des clauses du traité des Pyrénées en 1659 ; que, de plus, la succession aux souverainetés ne se réglait pas par le simple droit coutumicr ; que les souverainetés des Pays-Bas et de la Franche-Comté devaient passer aux mâles, de préférence aux Hlles du premier lit, ainsi qu*il avait été pratiqué de tout temps, et que le testament de Philippe IV, en défendant d'aliéner un seul village des Pays-Bas et de la Franche-Comté, dénotait par là l'intention formelle de disposer de ces provinces en faveur de Charles II.
(>n des hommes qui défendirent le plus chaleureusement, dans cette circonstance, les droits du cabinet de Madrid, fut le baron Lisola, de Salins, t Lisola, dit Pellisson, avait seul conservé dans ses écrits la vigueur de TKspagne, morte et éteinte partout ailleurs. » Il répondit aux prétentions de Louis XiV par des manifestes éloquents et pleins de feu, entre autres par la fameuse brochure intitulée le BaucUer d'État et de justice, (|ui valut à Tauteur non-seulement des réfutations, mais des pamphlets ou Ton ne ménageait pas s^sl personne. Paul-François, baron de Lisob, dont le père ou Taîeul avait été scribe h Poligny, était né à Salins en 1613. Il se fit promptement remarquer par son esprit, sa |)énétration et sa grande facilité de parole. A Tage où les autres hommes n*ont pas encore eu le temps de se faire ooonaitrc, Lisola commençait à devenir célèbre : il n*avait guère plus de vingt-six ans, que Tempereur d'Allemagne le nommait son résident à la cour de LiMidres; et le jeune diplomate salinois s*acquitta si bien de sa charge, qu'on la lui continua jus- ((u'au moment où Tempereur le rappela pour lui conlier des missions plus importantes. Lisola fut envoyé, comme négociateur, en Pologne : il séduisit par son esprit le monarque et la reine de ce pays, mais il s'y mêla de quelques intrigues qui le rendirent suspect, et l'empereur le fit revenir. Ou doit croire cependant que Lisob discufpa sa conduite auprès de son maître, puisque, peu de temps après son retour de Pologne, on le retrouve 5 la cour de Madrid, en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Il remplit plusieurs autres missions; et lorsque la mort le surprit en 1677, l'empereur venait de l'appeler à Vienne, pour l'élever aux premières dignités, en récompense de ses services. Les biographes impartiaux du baron do Lisola s'accordent généralement a le rej)résonter comme un diplomate souple, adroit, insinuant, i\ qui tous les ressorts de la politique étaient familiers ; mais ils lui reprodient une conduite qui ne fut pas toujours d'une extrême franchise, un esprit plus propre à compli(iuer les aiïaires qu'«i les résoudre, une humeur emportée et satirique qui rcnlratna parfois à méconnaître les convenances. Cela lui attira bien des attaques (|u'il eut pu s'épargner, cl qui tirent longtemps peser de Relieuses préventions sur sa mémoire.
KKiNniK-cîosrrfi ksi»\<;noi.k 5*7
T.nnii^ (|iie h* rnliiiiel il«' Madrid |»roU*stilt coiitn* les pnHt*nlions de Louis \IV, n*lin-ri tr.ivaill.iil à s'assurer la iiN)iti«^ des possessions es|ia(;noles. Il voyait en Ctiarit-s II tin Mifant toujours près de rt-ndre ràine, et, Clinrlesll mort, il ne restait d'Iirntirrt's jr^ntiiiirs tie IMiili|>|Hf IV (|iie s:i fille aim'-e Marie-Tliért^se, puis sa fille rndritc niariiv depuis itw;«> -i i.t'f»pold I", e»i|»ereur d'Alleinat?n« : or Louis \IV, d«> !«• coiiinieiireiiitMil de lt*rf»7, prop<»sait à Lropold de ré|;ler à ravaiice entre eux k- ikirtagi* ê\entU4>l tle la uionareliie e>|»a|rnole. LiVipold avait refusé d*abonl, mais faddeuieiii. rar il S(*iit:nt riiii|>ossil»ililê de utaintenir eu princifN*, au profit de Fini* (lérati ICI* NI fciiiiiie, la renoiicialiou de Marie-Thérèst* ; et les né|(ociatioDS en étaient à re fNiinl d'iiidfrision, lorsipie ihins les premiers joui*» de mai IfiKT Louis \|V sîgnili.iil au ra^inet de Mailrid sa rcsoliitioii « «le* marelier en |N»rsonne, à la lin de ce nKiis, -\ la tête dtf son aniuv fioiir essayer de se iiiettn* en |Mtssession de ce qui lui appartenait dans le> Payvltas, du ehef de si reiniiie, ou d*un équivah'ut. » L*l*Ispn)(u«*, iiieiian'e de se vtur enlever ses provinces par la Knince, apfieia tout** TKuro|H' à von aide : on iitv'x'i'i lieaiieoiip, mais en lin de compte |)ersonne ne se trouva prêt nu 4lis|MKi'>à s'armer pour rKs|Kigne. Le cabinet de Madrid invmpia l'empereur et rr.mpire en faveur du (!errl«* de liourKo^ne, qui comprenait, avons-iNHis dit, les l^ys-Hus rt la Kranche-rnmtê; mais l^uis \IV avait pris les devants aiqir^s de la dit*!** K^M inaniipir, en lui proiiieitant de ne |»as soustraire à la dê|H*ndance de VKmpire lis places dont il st* pMnlrait maita* ilans le Cercle de Kourgfoi^ne ; ef Ir âll mat \M1 le mi di' Krance entrait aux Pays-lt;is avec uneaniiiifde trente-dmt mille lioinnif^ eoniniaiides |)ar le maréchal de Turenne. Les Français s'emiKirèrent siicct'ssivcment dWniientit'ns, de Lharleroi, de lleri^ues, de Kiirnes, de Tournai, do iMujai. de 4!(»urtrai, d*t hidenanle, puis enfin de Lille. Apri's la prise de cette dernitTc ville, Louis XIV s'arrcla, dcclaranl qu'il se contentait dis (*onqtiéles qu'il avait fait»*s ; mais il n'a^^iNsait ainsi que [Mnir m* |ias compmmeltre les m^gociations avec renqiin'ur Li'opoid i**'. Le dernier mol île ces myociations aboutit h un tniti* s^ret. si;rnt^ le li* janvier Uk]H entre li* roi de France et ri*iii|ier«ur : on y slipulaii, paniii d'aiitn's clauses, que »ii le roi d*Ks|i;ifm<* <!harles II venait i mourir sins eii« buts, et qiif rrm|)eriMir d'AII<*inagne et le mi île Fnince lui siinri'*ciissefii, le roi de Fnnci* on st*s :i>ants droit auraient les Pays^llasel la FnnchiM^onilé, la Navanv, les iiiMix-Siciles v\ les Iles Philipfiines: et qtie remfiereur d* A llimiairnp aurait l'Espapii\ le Milanais, les pnside*^ de Toscane, les Iles Raléarfs^, la Sardaipie, le» Iles Cannrit*^ (*t xmU^ les Indes occidentales. Le traité devait être valable tant que le roi d'K>p.ifme n'atiniit pas un enfant de si\ an«.
iVri'Iant que ces choses <e |ia«i<aieut entre Léopold et Louis \l\\ lecabiiielile Madrid clitTch.iii à ^r^K'^^*'' <l" tcm|»s, croyant que rhiver serait un o^staeie i la n'phs>'- de^ hoNtilitr< et déciderait tous les cabinets jalont de la France à se n'-unir rontnM*lif. M:iis Loiii> \|V ne devait p;is se laisser arrêter par la saison : il bisait entrer Nt^MvtciiMMU en Ii4iiip^n»;;nt* vinpt mille homiues, il donnait le itHimiandenient lie criic .iiince an prince di* Lonili'\ trouveriH'iir du duché et tils di* ivltii qiir le$ IMuis .i\aii'nt en I(kU> force île le\cr le siépc de leur ville, et le mi laissait an prince toute la coiidiiite de l:i cauqiairne qu'il fimjetait : ces finet mille homme?! éfairal ilesliiii's il taire rin\:iNiMn de l:i Fraiiclie-r.oiulé.
rM FRANCHE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
Il importe dVxposer ici quelle était alors la situatioD de cette province.
I^s Français, en signant la paix <lc Munster, n*avaient pas abandonoé letirs viks sur la Franche-Comté : à tout prix ils en voulaient devenir maîtres, parœ que la possession de la frontière du Jura leur assurait le Rhin, nouvellement conquis par Richelieu. Mais la Franche-Comté n*était pas facile i soumettre; Richelieu Pavait éprouvé trente ans auparavant, et l'insuccès de son entreprise n*encourageait pas les héritiers de sa politique n recommencer la tentative par les mânes moyens. Louis XIV eu avait employé d'autres : depuis plusieurs années il entretenait dans b province des émissaires qui travaillaient à lui ménager des partisans. De brillaDies promesses à la bouche et de Tor h la main, ces agents s'adressèrent à la cupidité des uns, au ressentiment des autres. Comme le dit Voltaire dans son BitUrire in siècle (le Louis AVF, < on gagna d'abord quelques citoyens par des présents et des espérances, on acheUi quelques magistrats, quelques officiers. » La noblesse, humiliée de l'abaissement de son influence et supportant avec peine la justice formaliste des parlements, se laissai facilement acheter : maître pour maître, elle préférait le despotisme d'une autorité royale au despotisme d'une oligarchie bourgeoise. De son côté, la bourgeoisie franc-comtoise, si rudement éprouvée durant les dernières guerres, ne se rappelait |)as sans frémir les jours malheureux qu'elle avait traversés : elle ne se sentait plus l'énergie de renouveler l'héroïque sacrifice de 1636 ; et, Hnfluence des trente années de paix qui venaient de s'écouler, ayant amorti chez elle la vivacité du sentiment national, elle ne demandait qu'à vivre tranquille pour s'adonner tout entière aux soins de ses intérêts privés : aussi n'avait-il pas été difficile aux agents de la France de recruter de nombreux partisans dans ses rangs. Cet affaiblissement du sens patriotique ne se rencontrait pas seulement parmi les nobles et les bourgeois : le peuple franc-comtois, ou du moins le peuple des villes de b plaine, n'était plus le même qu'à l'époque de la guerre de dix ans; ses mceurs avaient perdu cette énergie, cette Apre fierté qui le rendaient jadis si susceptible pour tout ce qui touchait à l'honneur du pays : les grands principes au nom desqueb il s'élait levé comme un seul homme en 1636 n'avaient plus en 4668 que de fiiibles racines dans son cœur ; il se sentait comme fatigué sous le poids des efTorts du passé, et les idées de bien-être matériel le préoccupaient davantage alors que les questions d'indépendance nationale : le peuple cependant, il faut le dire Ison honneur, n'entendait pas qu'on alhU jusqu'à faire litière de la dignité du pays. Si l'amour de la |)atrie existait encore quelque part dans toute sa vigueur en Franche- Comté, c'était parmi ces rudes et primitifs montagnards du Jura, que n'avaient pu ni dompter ni soumettre les armes et les cruautés des soldats de Weymar; ar il o.st dans le caractère de Tliabitant des montagnes de rester plus longtemps Idèlr aux vieilles dominations et de se montrer plus longtemps attaché aux vieilles mœms des aïeux, que l'habitant des plaines; puis les montagnards jurassiens comptaieit au milieu d'eux un homme qui, résumant en lui l'esprit de la nationalité Ihmccomtoise, leur avait inculqué sa haine vigoureuse contre l'étranger : cet bouime était le capitaine Lacuzon. Ce sublime |)aysan, dont le patriotisme avait fait un bériB, soufTrait de voir les Franc-Comtois du pays plat abandonner les grandes traditions des aïeux et |)réparer par leur indiiïérence le succès des amies de Louis XIV; mais
niANCHR COMTi-' KSPAGNOUS. TM
il V.* |irfiiii«*ii:ii(, (\mu\ à lui, de ik* pas transiger avi'O son devoir, c( tant (|ne sa uiaui tiendrait unt» qn'e, il s;iurait, aidé de ses lidèles montagnards, disputera Ten* m^itii lo terrain do la n)ère-|»atrie.
On n'ignorail pas autonr de l.ouis XIV cond)icn était in'ande dans les montagnes ilu Jura rinduenee du capitaine f.acu7on; on savait aussi (|ne, du jouroii in Franchetuante Ne verrait de nouveau menacée, il serait le pmnierà n^prendre lis armes, et «ju'îl n'aurait i|if un mot à dire pour rallier autour de lui une foule de liras prêts à défendre rindé|HMidanee du pays. I.e ea|>itain(f Laruzon éLiit donc un liomme dont il iin|NirUiil de s*as^urer, et Ton n'avait ri(*n négliKé ikuis ce but : les propositions les plus siiluis^intes lui furent fait<*s de la |»;irt de Louis XIV; ce monan|iie alla même jusipi'à lui offrir le grand cordon s*il voulait sirrvir les intérêts de sa imlitiipie. Mais Laru/ou axait re|>oussé touti*s li*s avances: il était un de ci*s hommes magnanimes i|ui ne eonnaissi'Ut qu'une chose, le devoir; (jui n'ont qu'une fKission, Famourde In [latrie, et qui mourront mille fois avant de trahir Tun on l'autre. <>|>endant on \oidait à tout prix neutralisiT son iniluence : quand on vil qu'il fallait n*noiicer à le ga;;uer par la corru|)tion, on ess:iyade le |N*rdre |)ar la calomnie. On imagina d*iHcnuiiner s:i conduite durant la guerre de dix ans; on lui reprocha de sVtre à cette é|N»que rendu cou|Kd)N* di* concussicms, ile pillages, de sorcellerie Uiême, et Ton cita 1«* gnind [latriote devant la cour du |)arlement. Lnciizon fiartit |Mur U<)le, arnunpagné siMilement d'un de si's anciens frèns d*ann(*s; mais son voyage fut une marche triouqihale : partout sur son juissage les montignanls act*ounjrent sfiontaiHMuent p(Mir l'escorter de leurs sym|Kithies et |K>ur venir dé|Nn»er en sa faveur. I^)rs«|ue le capitaine entra dans Ih'de, il était suivi di*s dé|Mitations de plus de quarante vilLigfs. Fort de s^i conscience et de sa |)robité, f^iciizon panit devant ses jugi'N . il uv lui fut |»as diflicile de faire crouler l'échafaudage de dénonciations inveiitivs |N»ur It* fHTdre, et il S4irtil du prétoire, après avoir cnt4*ndn le tribunal di*elan.T qu'afirès Dieu on lui devait le rét;d>liss(*uient de la jnstiiv et de Tonire ibLS le liaillia;;e d'Aval. Uicu/on n*gagna triomphalement se> montagni*s, où |iendani huit jour^ nu célébra mui retour |>ur d(^ fêtes et des feux de joie.
Tandis «pie ce n(dde enfant du |M*uple rejetait lUilaigneusement k's offres les plus l)rdlant(*s, et n'hésitait |kis à livrer s;i |N*rs(mne aux juges plutôt que de vendre sa conscience a la politique fianeaisi\ d'auta*s Franc- (iomtois, dlustres par la naissiiiee, tenaient une conduite bien différente; on en citait ikMix {larticulièrement qui S4- siT\aienl de leur iniluence dans le [lays |Miur se faire les a|mtres de la conquête : c'était II* marquis de r.\ulN*pin, chevalier d'honneur an lurlementde lli'de, et l'abbé don Jean de Waileville, prieur tie iliume-les-Moines. Le premier travaillait à gagner la hmii ;:inisif ; le sec<ind, à s'assunT de la noblesse. Louis \iV sVlait allât tji* le inarqiiiN de IWiibépin eu le mariant à mademois4*lte de Vauliecoiir, tille d'Iimmeiir de la reine, puis en tenant plus tant mmi pn*inier-ne sur les fonts !ia|»tisiiiaux ; l'i le marquis. ret'oiinaiss.'int th» celte insigne fa\eur, était entré tout rntierdans les \ne> i|ue le in\al parrain de M»n enfant nourrissait à l'emiroit de b Frafiehi-tJHiite. II iniii^nia, il jKiila, il ecrnit, |>oiir arriver à former au S(*iD du pays «e i)u'on ap|M'la Ir parti français; il lit de ses brillants salons de iK'de le ceotredri^ id'«'s iM»u\elles, If io\er d'où rayonnaient tont«*s hr< |iensees antMiatioDales(. Celait
partie gagna peu à peu la première peute des coteaux voisins, si douce encore et si aisée, qu'on ne s'aperçoit jkis de monter, mais d'être monté. Ainsi le Doubs D'environné plus Besançon, mais passe au milieu de la même forme de fer à cheval, et l'on peut dire ou que la grandeur de la ville fait désormais sa faiblesse, ou qu'elle n*est pas encore assez grande pour être Uen forte.... Les mes en tous les quartiers sont grandes et belles, les maisons bien bâties, accompagnées pour la plupart de parterres, de jardins et de bosquets, ce qui augmente beaucoup sa décoration et son enceinte. On y voit encore diverses traces de la grandeur romaine, des restes magnifiques d'un arc de triomphe, des morceaux de colonnes et d'autres ouvrages anciens, des lieux dont les noms, quoique changés h demi par la longue suite des années, laissent entrevoir leur origine de ce temps-là, et que cette ville alors florissante affectait d'imiter en beaucoup de choses celle qui était la maîtresse et Li capitale du monde. Elle a, par exemple, encore aujourd'hui son Cliau-Mars (le chamars), c'est-à-dire champ de Mars, place renfermée dans son enceinte sur le bord du Uoubs, partie plantée d'arbres, partie laissée en prairie, et destinée aux promenades et aux exercices des citoyens, comme celle qui portait ce nom à Rome sur le bord du Tibre. On y trouve le Chau-Mus, champ des Muses; et sous de pareib changements, la rue de Vénus, le mont des Grâces, la colline de Diane, et quantité d'autres semblables.
4 Les particuliers y sont plus riches que partout ailleurs, principalement à cause du commerce des blés et d'autres denrées, dont cette ville est comme un magasin pour le reste de la Comté. » Après avoir dit quelques mots du caractère des Bisontins, de leur zèle pour la religion, de l'antiquité de leurs libertés, de leur jalousie contre DôIe à cause de son parlement et de son titre de capitale de la province, l^ellisson arrive au gouvernement républicain de Besançon : t Tous les citoyens, dit-il, de quelque condition qu'ils soient, peuvent aspirer à la suprême magistraturp. Ils sont partagés en sept bannières ou paroisses, dont chacune, tous les ansàb pluralité des voix, nomme quatre citoyens, qui sont en tout vingt-huit. Ces vingthuit, mêlés de toutes sortes de conditions, de la plus haute et de la plus basse, comme il a plu à ceux qui les ont nommés, représentent tout le fieuple, et, ayant un pouvoir assez semblable à celui des tribuns romains, n'entrent pas dans le détail des affaires ordinaires et civiles, mais choisissent seulement entre les personnages les plus considérables, quatorze autres magistrats annuels, nommés gouverneurs, dont chacun est à la tête de ses treize collègues pour une semaine el tour à tour. Ceux-ci connaissent également de la justice^ de la police et de toutes choses, mais non pas des procès criminels qu'avec les vingt-huit, qu'ils sont obligés d'appeler en toutes les afTaires de conséquence et qui regardent l'État; ce qui fait un consdl de quarante-deux, b On voit, d'après ces lignes, que la forme du gouvemerncBl n'avait pas changé depuis le douzième siècle : or l'existence de ces institutions dé mocrali(|ues, maintenue jusqu'au milieu du dix-septième siècle dans la cité impériale de Besançon, était quehpie chose de bien remarquable, si l'on considère que b plupiirt des villes impériales avaient depuis longtemps tourné à l'oligarchie.
Ce fut le 6 février au soir que le prince de Condé investit Besançon et somma les habitantes de se rendre. Le conseil des quarante-deux est aussitôt convoqué; les
;:• mil M*i;:mMir, ilii l>r.iii lnNl»l, s;i vit* n'avait v\r i)iriiiu* l(iii|;iii» pnlinoiiio, on piiiii'it i|n*nnt* indolente ini|Mini(é : .'iinbilipnx de tous les lionniMirs, a|M)sUit de toutes |«H roli^ion^^, (nitrt* à toutes srs |ialrii>s, ou l'avait vu tour à tour moine en Trancheciouiti*, roionrlni Ks|»a^Mie, cliartriMix ii Paris, mnsnluiaii à (jmsiantinopk. Il y a flans Ifs MtMuojns ilu inan|uis «l<* S^iinl-Siniou uni* page où rauti'ur nous a laissé 11' |H>rirait t\v crt aliln* de Wattt'vilh*; l'tlr est trop curieusi* pour ne pas trouver place iri :
- I.rs \Vatte\illi\ dit S;iint-Sinion dans son *^t\l«* original, srmt drs ;;<*nsde qiuiliif di* Kramiif-(!onil4'* : rHui dont il s\>;rit se fit rbartrrux tie iHinm* heure, et, apiis SI pii»rt*ssion, l'ut ordonné jirrtre. Il avait l»eaui*oup d'esprit, mais un t*S(»ril hl»rt\ im|N'tuiMi\, ipii s*impatienta bientôt du joiiK qtril avait pris. Inra|)alde de ilnururtM' plus lou^'leuips ^oiuiiis à de si panantes olisenanees, il sonf;ea à s*en af- Tranrliir. Il trouva moyen d'avoir des liabitN séculiers, dt* Taitrent, des pistolrts, et un i*lii'\al à |HMi dr dislann*. Tout n'Ia peut-être n'avait jui si» pratiqniT sans donner <|iit'l(pM> sou|M;(m : sim supiTii'ur rn «Mit, vi a\ee un passc-partout, va ouvrir s.'i <'«'l!ult\ i>t le trouvr imi habit srcujii*r. stu' um; échrlb*, qui allait saiiliT le^ murs. Vodâ II* prieur à rriiT ; l'autre, ^ans sVmou\oir. le turd'un coup de pistolet «*t m* saii\i'. A ilfux ou trois journée^ de là, il s'arr«**le, pf»ur dîner, à un méchant cabaret, «u'id dans la campa/iit', parce ipfil évitait tant qu'il |K>uvait d«* s'arri'*ter dans des 1m-u\ habiles; uiei picil i\ tcnv, demande ce qu'il > a au lo^is. I.'hôte lui répond : -* lu ^iu'd cl un cha|M)n. Kon, répond m<»n défro^pié; mettez-les à la bitxiie. » l.'linif lui \iMil n*uionlrer que c'est trop des deux |mur lui s<*ul, et qu'il n'a que cela, pour tout, chez lui. I.e moine se fâche et lid dit ipi'en |»;i>ant c'i*st bien le moin^ •r.ixiur ce que l'mi \ru(. et t]ii*il a a<<e/ bon ap|N'*lil pour tout man;:er. I.'hôte n'o>e répliquer, et embriN'he. llonnue le rôti sVn allait cuit, arri\e un autre homme à ili>*\aL seul au>si, pour diuer ilans cecal»arel. Il en deiu.mde, d trouve qn'd n'y a ipioi que ce voit que ce iiu'il \i)M prêt à éln* tiré de la briM'he. Il s'informe couddfii iN snni l.'iHJrssus, it ^' trou\e bien éiiuiné «pie ce mmI |N»iir un s«*ul homme. Il propoM*. m ikiyanl. d'en iuan;;i'r s;i (Mft, et est eiicon* plus MirpriMb* la rêpiuiNije riinif, i|iii l'assure qu'il eu doute, a l'air de relui qui a coiiimandé le dlu«T. Lâilc^Mis le Vdxa^iiir monte, parb* civilement à \Vatti*\ille et le prie de troii\ei bon que, puisqu'il ii') a rien ilan"^ le lii^fls que ce qu'il a retenu, il puiss«\ en payant, diner a\ec lui. \V;i(ti-\ilIf u*\ \eut |ms consentir, hispiiie. Klle >'échiuire. Iti-cf. le luoiiic t-n lise coiiiuie a\ec son sU)N'-ririir, et tue mui homme d'un coup ilc pi>inlH. I! desif iid. ^iprés, liaiiqiiilleuieiit, et, au milieu de l'elfroi de l'hôte et de l'hôlrlltrrif*, se f.n( st r\ir le ;:i;rni et le chapon, luaiip* l'un et l'aulri* jusqu'aux os, |»a>e, refiMiule .1 ctie\.il e( lire pa\s.
Ne sat h.iiil que de\enir. il s'en \a eu I iirquie. el, pour le faire Court, preuii h* tnib.iii et s'eii;;;ip' daiis la iitilice. S>ii leiiiement ra\aiice; son esprit et >a \aleur le dts|i!i;:iieiit : il de\iiit bat lia et >e cniiiluisii m bien a\ec U-^ turcs, qu'il se crut • Il t Lit de tirer parti de s.i situation, d.iiis li juelle il ne |Niu\ait se tnnuer à son .iM*. Il i-iit des ii(n>ens de f.iire parler .111 piu\eriiement tle la république de Veiiisi* t*i de f.iiri' son ui.in lie avec lui. Il promit xerbaleinenl île li\rer force |ilaus el <ecreL< lies liircs. uii)\eiiiiaiil «lu'oii bu rapportât en lionne forme rabsidiition du |ki|ii* de
:^t FRANCHE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
tous les méfails de s;i vie, de ses meiirires, de son aposUisie, sûreté entière contre les chartreux, et de ne pouvoir être remis dans aucun autre ordre, d*étre restitué pléuièrenientau siècle et à Tcxercice de son ordre de prêtrise, avec pouvoir de posséder tous bénélices quelconques.... Le pape crut l'intérêt de l'Église assez grand â favoriser les chrétiens contre les Turcs; il accorda de bonne grâce toutes les demandes du bâcha. Quand celui-ci fut bien assuré que toutes les expéditions étaient arrivées au gouvernement en In meilleure forme, il prit si bien ses mesures, qu*il exécuta parfaitement tout ce à (|uoi il s'était engagé envers les Vénitiens. Aussitôt après il fut à Rome; le pape le reçut bien, et, pleinement assuré, il s'en revint en Kranche-Comté, dans sa famille.
« Des événements si singuliers le firent connaître à la première conquête de b Franche-Comté; on le jup:ea homme de main et dlntrigue; il en lia directement avec la reine-mère, puis avec les ministres.... Il rendit de grands services, mais non pour rien : il avait stipulé Tarchevêché de Besançon, et en effet il y fut nommé. Mais le pape ne put se résoudre à lui donner des bulles; il se récria au meurtre, à l'apostasie : le roi entra dans les raisons du pape, et il capitula avec Tabbé de Watteville, qui se contenta de l'abbaye de ftmme, la deuxième de la Franclie-Comlé, d'une autre bonne en Picardie, et de divers autres avantages. Il vécut depuis, partie dans son abbaye de Baume, partie dans ses terres, quelquefois à Besançon, ranement à Paris. Il avait partout beaucoup d'éipiipage, grande chère, une belle meute, grande table et bonne compagnie. Il ne se contraignait sur aucun point et vivait non-seulement en grand seigneur, et fort respecté, mais à Tancienne mode, tyrannisait fort ses terres, celles de ses abbayes, et quel(|uefois ses voisins; surtout chez lui, fort absolu. Les intendants pliaient les épaules, et, par ordre exprès de la cour, t^nt qu'il vécut, le laissaient faire et n'osaient le choquer en rien, ni sur les impositions qu'il réglait à peu près comme bon lui semblait dans toutes ses dépendances, ni sur ses entreprises, assez souvent violentes. Il vécut de la sorte, et toujours dans la même licence, juscprà près de quatre-vingt-dix ans. »
Tel fut rhomme dont on se servit pour détruire Tesprit de nationalité chez les Franc-Comtois, et surtout pour pousser la noblesse à trahir TEspagnc. Il n'y réussi! (\[\Q troi) bie^i. La noblesse, fatiguée du despotisme de la bourgeoisie, et subjuguée par les récits merveilleux que l'abbé de Watteville lui faisait de la cour de Louis XIV, de ses splendeurs, de ses fêtes brillantes, de ses plaisirs sans cesse renaissants, voulut devenir française. Watteville avait bien joué sii partie; cependant il cherclu, comme tous les traîtres, à se disculper du crime de trahison que la rumeur publique lui imputait. Si Tliistoire a le droit de soupçonner sans évidence, mais s'il est de son devoir de ne jamais accuser sans preuves, ici l'histoire n'a {k&s à balancer : Watteville a lul-mrnie fourni les pièces de sa condamnation. On a de lui, sous le titre de Lettre d'un tymic-Comtois écrite à un sieti ami de Bruxelles, une brochure où, tout on essayant do se justilier, il avoue qu'il s'est employé fortement â soumettre la province au roi Louis XIV, et il s'en fait un titre aux faveurs de « inonan]ue. Au reste, pràce à Watteville, la Franche-Comté ne pouvait manquer de passer dans des mains élranj;'*res, car ce n'était ps seulement en France qu'il lai cherchait des ac(|néTcurs. Il eviste à la Bibliotlièque nationale de Paris un Mémoini
KKA.NCIIE-COMTK l-^spAGMiLE. 53S
iiiJiiiMTit, M^'iit* \V;itU*vilk\ oii l'on voil (|iie rri lioiiime néfaste, qui lralii|uuil de M»n |ia>s rrniinio de si ronscienci*, ;ivait le projet de Uiïre de la Kranrlie-()oinlé un i|ualf>r/i**iii(* iMnloii suisse; e(, « |>our appuyer re projet, dit M. llésiré Monnier d:iiiH Sfin livre ili*> Jurassinis nrnmmaïuiablfs^ Watleville en développait les avant i^rcs pi»nr \v< tn*i/(* r:<nt«»ns. !/• Mémoire (|u*il dressa à celte m'casion élaldit une rtMi)|>;ir;iiMMi eiitn* jrs AI|n's, oii tout nmiii|ue aux lN*soins 1rs plus essentiels de la \if. f( la Knintlii'-Conité, iloni li*s riches plaines siéraient |)onr les Suissi?s un vaste ;:n iiiiT d'alNiiHJanci*, et dont 1rs c(»lean\ couverts d'un riche vi^nohle leur offriraient tifv n*NMiiirci*s non moins précieuM'S. Les s;dines, ajoiil;iit-il, leur doun«*raienl tout 11* Nfl ijoiit ils ont hcsitii) et iprils ne (MMivent 4|u*à {rrands frais tirer d(*s nites inariiniM'N. Kniin, le ter (jne pro^lnisent nos mines leur tiendniit lieu de celui qu'ils allait'ijt cherclier juv|ue dans la Sni^le. irun autre côté, Watteville exjNisait aux ciMnmi>>aires dis trois états (|tii m* tenaient à Dôle, que TtNpagne paraissiûl nous .i\«Mr ahantlonné.s; «pie, les Traurais sVtant rendus maitns de la Lorraine et de l'Alvice, la voie de conimunication avi*i' les Pays-lias se trouvait c(»n|iée; que le prmce de Condé était à Uijon; que ses trou|ies si! dis|)Osaient à franchir la fron* tiére; i\\\v nos |»laces étaient sans ^.irnison, nos fortilications en ruines, notre trésor s^inv ar;;ent. Il avançait qn*en tlevenant un quatorzième canton suisse, la Kranche- (litmté se trouvait aussitôt proté((ée, défendtie par une nation qui ne souffre |»as impunément tpie ses cfMifi'dérés reçoivent aucune insulte; qu*un avankiire tn*s-im- |M)rlant résulterait pour nous de cettiï ass^tciation, savoir : qm* les pnNluits de notre si»l. qui souvent péris<4*nt entre les mains di^ cultivateurs faute de gramits n>uti*» « t lie ileiMMirliés, auraient alors un déliit certain, ce qui feniit circuler chez nous tout Toi d<* la Suisse et relèverait à la fois ra^M'icultun*, le commerce et Tindusthe. \\\i((f\illr repars** les nionts, fait convoquer une diète; mais au moment oii Ton deldiere, on reçoit l:i nouvelle de ruivasitm dt*s Français dans la Kranclie-romtê. Le député rexient; il rencontre sous le fort de Joux le |;énéral français manpiis de NoiN\, :i\fc lequel il eiiin* en de nouvelh*s né)(iK*ialioiis ; et d(*s ce moment le ci'^ ielife atihé ne s'oecupe plus ipn' îles intérêts dt* Louis le tîrand. »
L'IiiMoue n'a qu'un nom pour les lumunes qui se conduisent ainsi; elle le< a|K |N*ilf dis traiiro et les \oue a la vengeance ilu mépris.
A\ee lies Watlevilie et «les rAul>epin à la léte du pays, avec une noblesse de;:éiitTi r, une liourp-oisie apathique, un iKirlement vemioulii, un peuple fatigtié et di-^mite de ceux i|ui le {^onvemalenL la Franche-<^omte se trouvait moralement T'inquis*' a\an( l'arrivée des Français, h'un autre côté, rK<|vi|nie travail rien faîl jKiur a >nri>r li liéfeuNede la pro\iniY : elle n*y a\ait eX|Hilié ni truu|MS ni subsnles; ille ne s. 'lut miupre ni d'en garnir les placi»^, ni d'eu n'le\er les ft>rtiDcaiiiiiiH iniiires ili pni> les ileinieres ;!Uerns. ni de prévenir Louis \IV aupri*sdes Niis^es |H.nr les ijerider à garantir la vieille neutralité comtoise. L'Ks|tagDe semblait .l'iaiiilniiniT le |»:i\s à liii-inrine : elle <e conti*nta d'y en\o\er le marquis d'YeniK*. ili' l.i ni.iiMin de la rt.uinie-Sjiiit-Ainonr, vienxscddat tout lier de S(*s \iD(rH|uatre cjiiqi^i;:iit's en l- landre, mais hnisque et prompt en ses mouvements, léger et iiiolitie i-n >es ri'sniutions, parlant JNNUicoup, écoulant |»eu; du ri*sle, sans lêlc, sans g'-nje, SUIS \ loueur, et qui tlevait linir |ur se laisser gagner.
55i FIIAIHCHE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.
Quant aux forces militaires de la Franche-Comté, la France en savait Tétat exact, et elle avait fait reconnaître (l*avance par ses émissaires la situation des places : presque point de troupes régulières, si ce n*était de faibles garnisons à Dôle, àGray, à Salins, à Besançon et dans les principales forteresses des montagnes ; en outre de ces quelques soldats, huit à neuf mille hommes de milices bourgeoises, qu*avec un peu d^efforls on pouvait porter à dix mille hommes, peut-être k douze mille, en y comprenant les quelques nobles de l'arriëre-ban, restés fidèles au drapeau national : voila (pielles étaient les ressources défensives du pays. Encore toutes ces forces ne se trouvaient-elles pas prêtes, car les Franc-Comtois se croyaient si loin crétre en péril imminent de guerre, qu'ils venaient de s'adresser à M. Houlier, résident de France en Suisse, afin d*obtenir le renouvellement de leur vieille neutralité, et ils avaient même envoyé quelques-uns des leurs au prince de Condé, pour k prier d'en accélérer la conclusion. Le prince amusa les Comtois de Fespoirque le roi son maître consentirait, moyennant une forte somme, à renouveler la neulraiilé; et pendant ce temps il faisait liler en secret ses soldats vers la Bourgogne, il y amassait à petit bruit des munitions de guerre et de bouche. Il préparait le moment d'agir.
(^pendant le gouverneur général des Pays-Bas et de la Franche-Comté, le marquis de Castel-Kodrigo, qui voyait venir l'orage, écrivait au parlement de Dôle de se tenir sur ses gardes ; il lui donnait l'ordre d'armer, il faisait même établir dans la province un conseil de guerre chargé de prendre les mesures de défense el d'employer à cet ciïet, s'il en était besoin, les revenus du domaine. Mais Tamour-propre, la trahison plutôt, vint se mettre en travers pour entraver la formation de ce conseil. Castei-Rodrigo en ayant nommé membres le président du parlement et le gouverneur particulier marquis d'Yenne, le parlement s'oflensa de ce que cette création le dépouillait des attributions qu'il avait le droit de partager avec le gouverneur particulier, et de son côté le marquis d'Yenne regarda sa nomination comme un pi^ : il crut y voir riulontion de le rendre responsable des événements, dans le cas où le pays, attaqué, ne réussirait pas à se défendre avec les ressources însuffisanles dont il disposait. Pendant que les autorités comtoises se livraient à ces misérables rivalités, le prince de Condé frappait le grand coup : le 1«' février 1668, ses troupes ri*anchissaienl la Saône, accompagnées d'une proclamation qui sommait les Frane- Comlois de se soumettre à Louis XIV comme à leur légitime souverain; et dès le 3 février, Condé prenait roflensive. On l'avait informé que le marquis d'Yenne et le parlement de Dôle venaient de convoquer pour le 8 février les milices boQ^ geoises et l'arrière-ban, et d'envoyer Tabbé de Watteville demander un prompt secours aux Suisses.
Le plan de campagne atiopté par le prince était des plus habilement couças: pour le bien comprendre, il faut, nous dit Pellisson AinnssoiïHiMoiredf Louis XIV, se représenter la Franche-Comté connue un ovale allant du midi au nord. Presque toute la partie septentrionale de cet ovale appartient au bailliage d'Amont, qui va de Cray a Vesoul et Baume-les-Dames. Presque toute la partie méridionale appi^ tient au bailliage d'Aval, (pii comprend Salins, Arbois, PoHgny, Château-ChalOB, Lons-le-Saulnier, Nozoroy, BIctterans, etc. Entre ces deux bailliages se trouve odri
tilANCIIK - COMTÉ KSPA(;Ni)Li:. 535
BUDUscril, signé Watteville, où l'on voit que cet hoinme iiérasle, qui trafiquait de son inys comiiic de sa conscience, avait le projet de fiiire de la Franche-I^inté un qualorziènie canton suisse; et, « ))Our appuyer ce projet, dit M. Désiré Monnier dans son livre des Jurastiiens revommaiulahles, Watteville en développait les avantages pour les treize cantons. \j* Mémoire (|u*il dressa à celte occasion établit une roDiparaison entre les AI|)es, où tout niiifique aux besoins les plus essentiels de la vie, et la Kranche-llomté, dont les riches plaines Siéraient |)onr les Suisses un vaste grenier d*abondance, et dont les coteaux couverts d'un riche vj^nioble leur offriraient des ressources non moins précieuses. J.es salines, ajoulait-il, leur donneraient tout le sel dont ils ont besoin et (prils ne peuvent i\[\i\ sriands frais tirer des côtes maritimes. Entin, le Ter que produisent nos mines leur tiendrait lieu de celui qu'ils albient cherclier jusque dans la Sucde. I>*un autre côté, Watteville exposait aux comiiiiss;iires des trois états qui se tenaient à hôle, que rKs|)agne paraiss;(it nous avoir abandonnés; que, les Franous s*étant rendus maitres de la Lorraine et de TAIsace, la voie de communication avec les Pays-Bas se trouvait cou[>ée; que le prince de Condé était à Dijon; que ses troupes se disposaient à franchir la frontière; que nos places étaient sans garnison, nos fortilications en ruines, notre ti*ésor sans argent. Il avançait qu\Mi devenant un quatorzième canton suisse, la Knmche- Couilé se trouvait aussitôt proté{^ée, défendue par une nation qui ne souiïre pas impunément que ses confédérés reçoivent aucune insulte; cpi'un avantagt* ircs-impoHant résulterait pour nous de celte association, savoir : que les produits de notre sol, qui souvent périssent entre les mains des cultivateui's faute de grandes routes et de débouchés, auraient alors un débit certain, ce qui feniit circuler chez nous tout l'or de la Suisse et relèverait à ta fois ragriculture, le commerce et Tindustrie. Watteville repass<* les monls, fait convoquer une diète; mais au moment où Ton délibère, on reçoit la nouvelle de Tinvasion des Français dans la Franciie-domté. liC député revient; il renconire sous le fort de Joux le p}néral français manpiis de Noisy, avec lequel il enire en de nouvclhîs négociations ; et dès ce moment le i*<'lèhre abl)é ne s* occupe plus ipie des intérêts de Louis le (îrand. »
L'histoire n*a qn*un nom pour les hommes qui se conduisent ainsi ; elle les a|>- |ielle des traîtres et les voue à la vengeance du mé|U'is.
Avec des Watteville el des TAubépin à la tête du pays, avec une noblesse dé?**uénre, une bourgeoisie apathique, un parlement vermoulu, un peuple fatigué el dégoûté de ceux (|ui le gouvernaient, la Franche-t^omlé se trouvait moralenient conquise avant l'arrivée des Français. D'un autre côté, rKs|)iigne n'avait rien fait pour assurer la défense de la province : elle n'y avait expinlié ni trouj^es ni subsides; elle ne s'était occupi-e ni d'en garnir les places, ni d'eu relever les forlifiealious ruinées depuis les dernières ^^uerres, ni de prévenir Louis XIV auprès des Suisses |H)ur les décider à uaranlir la vieille neutralité comtoise. L'Kspagne semblait abandonner le |mys à lui-même : elle se contenta «l'y envoyer le marquis d'Yenne, de la maison de la Itaumc-Sainl-Amour, vieux solilat tout lier de sin> vingt-quatre canipgnes en Flandre, mais brusque et pronqd en ses mouvements, léger et mobile en ses résolutions, pailant beaucoup, écoutant peu ; du reste, sans tête, sans géniCt sans vigueur, el ([ui devait Unir ]Kir se laisser gagner.