‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 42 sur 52 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

i^in%«>fitioo njtionale. — ProclamaUon de !■ Ilépubbi|iic. — CaapafM4« Î19L — Lm GirMidiM tl lr« MoiiugnanU. — l»rocèt et mort de Louii XVI. — Voice deeiriBftcC wi déptlée ftioc-conlMt. — l>oliii«|iie de< Jacobine. ^ r^titioo de PEirofc eootrt U fnwcê. — BèvellM à Tïmlànmtt, — Mt-Mirr4 de 11 Convfotion. — Oéatioo da eoaité de sal«l piMic ^ SiUnliM de b fnutê, — Journrr du 3t mai; iniurrection dan» le« déperteoMOlk ^ Lm edaMitlralMre di ieni. ^Griet ilf la Hrpiiblique. — bécreu et meturei de le CoafeatîM. <* DiciMare d« eMUté 4ê iliat ^Mie ; Il terreur Cam|*a(ne de 1793. — U RéfttUi^M vidoriewe. — Décnu de la CMftatiM fiMlra h Jura Ijts repr«!>enUnu Bauat et Bernard de Saiiilce. — CteifeacsUde Maed* vUlet. — Wtr nanl i\e SainlM i Mootbéliard. ~ Kxcèe rétdutieoMtroe. ^ Ui bébertiilce. — UeltetbiM. — Campak-nr lie 1794. - Pifhegm, Micbaiid. MoMey. — TielMret de le BépiM^vt. — CaUelntbt du Vrmjeur — Situatioe i l'iutêriair. — ll«bcf|Merffe jene M mtmiom ûêm la BMle Seéae el h l>.»uliv — Scnùon Ams let eomitéa. ^ 2iéiMe du t tbamidic» — Chaltda Bibwyiirw. — !•§• ment nur lui.

La (:<»n\(Mitioii iiationole s*insulia dans une des salles des Tuileries; sou prenier ;iiU* fui ilalKilir la myaiiu* el Ae proclamer la Ré|Mililique« le il sepieoibre ITM; 4-e (|iii H! (il sans discussion el au milieu d'applaudisseneDls unanimes. La RépublH|iu*, (In rcsie, exisuit tle|iuis le 10 août; son éublissemenl n'était pas le résultai cl<* (liforics |K)lili(|ties, mais bien une nécessité de ta situation révolutionnaire : il 6Alait vviw forme iW KotivtMTiiemcDt k la Convention nationale |iour lui permeltre d*a(-(nn)|>lir ki grande œuva' qui a fait sa gloire, c'esl-i-dire le salut de l'indépetliaiu'o lin pa)s.

La (:4in\cniion inatiicnrait sous d*lieureux auspices sa mission révololionnaire : flit* axait tonn s;i |ircinii*rc séance le lendemain m«tee de la victoire de Valmy ; ei« IHMhlaiit lis jours ({ni suivirent, des courriers lui apportaient coup sur coup de gloiHiix hnlli'tins : \v. £) si*|»UMnbre« le général Montesquiou envahissait ta Savoie, qui at cncillaii avtr cnlliousiasine les soldats ré|iublicaiiis; le SH seplemlNne, ta géuéral Aiivlnii* (iitrait dans le comté de Nice et prenait Nice, Ibn Montalhan, Villefranche, nn il iiouxali (rininiriiM'sa|)pro\isi4mneaienbdreiit pièces d*artillerie;le8ociobne, W |iiinrr autrirhien tie Sa\e-Tesclicn repassait ta frontière, après un boahnwtanenl iniitilt* (il* ilon/e jours \miT se rendre maître ita Lille; le 21 ociokfe» k gàiéral i aiNiiiMN s'cin|iar.iit tIe Trêves, de Sfiire, de Mayence, el ta piésoaqiloeu BnuHwick, i|iii \tiul;nt r.inc de Pari^ nn monceau de cendres, refossait prcci|HtanHMM avec ses Pi iiN^itiiN il* lUiin à Colilenu ; le 6 no\eml»re, Dumouriei renportail sar tas Aniri* i tiKiiN Irt laiante \ictoire de Jemmaiies; il entrait eosniie k lions, à Bnueiles, à \.ir'^i\ laiiili^ (|iie la Bourdoniiaie prenait Usiende, Brvfes, Cand, Anvers, el Ir ;;<iM rai Valenc«> s>ni|iîirait de Namur et de Qurieroi. Pirlosl les annéei MuaiiM'N reprenaient roflensive; lortout ta Réiolotion était viciottenseï Les MllaiiiN ri rapiilrs sncivN de ta campagne de 17Si conslorDlffWl TéalgrallOB el les io>auir> abH>luiisti*s, mais ils conquirent à ta jeune RëpnbliqM trancitae les $/m^

6i4 FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

pulllics et radiuiration des peuples ; et la France, pleine de la coDnance la |)liis helliquense, se releva devant l'Europe, dans sa force et son prestige.

La situation cependant n'était pas belle à rintérieur : elle inquiétait plus qu'elle iw rassurait. Elle se tendait de jour en jour; elle montrait des tempêtes à l'horizon. Maintenant que la République existait, il s'agissait de préciser son caractiTc, de formuler sa doctrine; et c'était là le problème à résoudre, c'était le brûlant problème posé entre les deux grands partis politiques qui dirigeaient le mouvement révolutionnaire. Chacun de ces partis avait sa solution ; mais restait à l'appliquer ; or, les nombreuses questions sur lesquelles ils s'étaient trouvés si complètement en désaccord vers les derniers temps de la Législative, les dissidences éclatantes dont ils avaient donné le spectacle dès les premières semaines de l'existence de la Convention, montraient assez combien leurs moyens difTéreraient. C'est nommer les Girondins el les Montagnards. Les Girondins, ayant pour chefs à l'assemblée Vergniaud, Brissoi, Condorcet, Lanjuinais, etc., voulaient arrêter la Révolution au 10 août, c'est-àdire à la limite au delà de laquelle ils savaient que le mouvement les déborderait. Pour eux, la Révolution était terminée : elle avait supprimé le trône, l'église, la noblesse ; elle avait remplacé les puissances tombées, par l'aristocratie de l'intelligence, du talent, de la forlunc ; elle ne devait pas aller plus loin. Il suffisait d'avoir déblayé le sol, il ne fallait pas le creuser. A changer ce qui existai!, les Girondins n'eussent rien gagné; la place qu'ils s'étaient faite dans la Révolution ne serait jamais plus belle pour leur ambition, plus satisfaisante pour leur orgueil : en majorité à l'assemblée, ils avaient dans le pays l'appui des classes moyennes, éclairées cl riches; ils possédaient les ministères et les administrations départementales; ils dominaient par la plume, la presse et la parole. Ils se trouvaient au sommet de l'échelle sociale, et ils s'y voulaient maintenir; placés à cette hauteur, ils pourraient imprimer le mouvement, le diriger. La royauté d'un homme dispanie, ils prétendaient y substituer la suprématie d'une classe, et gouverner seuls, dans les idées et les intérêts de cette classe ; c'est-à-dire qu'ils voulaient établir une république sur le modèle des républiques antiques, où la liberté n'existait que pour les citoyens, où les masses vivaient esclaves. Ils laissaient ainsi subsister les injustices et les inégalités sociales, car la constitution qu'ils rêvaient eût refusé l'émancipation aux classes ignorantes et malheureuses des proléLiires, ces parias délaissés sous tous les régimes. La constitution des Girondins les eût mises en dehors des conditions électorales, des droits civiques, des fonctions publiques; elles les eût assimilées à la plèbe. Républicains de circonstance et non de principe, les Girondins voulaient, en un mot, absorber la démocratie au profit exclusif de la classe à laquelle ils appartenaient, la bourgeoisie.

I^s Montagnards, et à leur tête Danton et Robespierre, comprenaient autremenl la Révolution : ils n'y voyaient pas, comme les hommes d'État de la Gironde, un simple cliangement politique, mais une rénovation sociale. Selon eux, la Révolution procédant directement du peuple, c'est en lui que résidait son droit, c'est i lui qu'elle devait profiter : toutefois, dans leurs théories gouvernementales, ils n'excluaient ni ne sacrifiaient personne; ils voulaient une république qui eût pour princi|>e et pour base la justice et l'égalité réelle, fondées sur les droits de la nature. Dans

HUNCIIIC-CDMTii FRANÇAIS^K. 01%

IfMirs |ii.iii> (l'or^aiiis^itioii, ils iréukiissaient |»as de calégorii*», ils ne créaient pas tW taslo, ils ciiianciii^iitMit In nation tout enliëa*. Ils faisaient de cliaque hoiiiiiie un riio)n)« lie chaque citoyen un souverain ayant sa |iart égale <le souveraineté; et a t ôti* «lt> ri'galili' <l<*s droits ils uiett^iient l'égalité des devoirs : ils ré|iartisftaient d*une uianiîTe éi|uitablo, entre toutes les conditions et tous les individu>, les bénéfices de rassof'iation commune ; mais ils en n'*|Kirtissaient, dans une proportion é<piilal>le auNM, lt*s charges et les s;icrilices; ils cliercliaient des lob qui, tendant sans cesse an ni\rll«'nirnt des fortunes, t feraient sortir le puvre de sa misère ; > une révolutiun, pchs^iit Kolx'spierre, une n'*volution qui n*a ins |MMir but d'améliorer profondrm<*nt le M»rt du |N*uple ii*est i|u*un crime éclatant remplaçant un autre crime. c:<»nnnc le dit l^martine, cc*s doctrines politiques des Montagnards avaient des ooiiililice> dans toutes les injustices, dans toutes les inégalités, dans toutes les souf* frances des clasM*s déshéritées de la fortune et du pouvoir, et dans toutes les aspirations généreuses des hommes. Voili pourquoi le peuple voyait dans les Monta- KuanN dcN hlM*rateurs, tandis qu'il ne voyait dans les Girondins que des ambitieux. Il y avait donc, entre les Girondins et les Montagnards, une difréreoce de principes incnnciliai»le : leurs dissentiments |N)litiques se traduisaient chaque jour par des att;i4|U(*s virulenli^s, |tar des récriminations où les deux partis s'accusaient rédproi|ueuieni de conspirer contre la Révolution ou de la trahir; et ces détials orageux, engagés à la tribune nationale, avaient un profond retentissement dans le pays, maJN il> n'y faisiient [kis ce|»eiidant oublier une question d'uue autre natun*. Celte qui'Ntion, au ctmtraire, préoccupait tous les esprits, absorbait toutes les pensées, rtMiiiiNsiit tous le> vomix : cViait le sort de Louis XVi. Ile tous lt*s |ioints de la Kt|Mihii<|ue, l'asseuddée ret evait des |iélitions et des adresses qui provo(|uaieiit le jnp ini ni du roi déchu ; et les Montagnards, prenant l'initiative, demandèrent qu'on s'iMi (Mcupâi iniméiliatcment (13 novembn* I79ii. Alors b discussion s'engagea sur ces «liiiv |K)ini> : c Louis |ieut-ii être jugé? — Quel tribunal prononcera le jugenirni f - Il n'était pas à mettre en doute que le roi n'eût trahi la nation par ses inielli;;ence> avec fétranger : la correspondance secrète découverte aux Tuileries d.uis la lauit MiM' armoire de fer, d'autres fiapiers trouvés tians les bureaux de la liste ci\iif. ili?siient A>si*i tous les conqdols et toutes k*s intrigues de la cour contre la lifMiltihon; mais, aux terme> de la constitution de 1701, LouLs, comme roi. était iii\ioial>le; de pins, il était déchu, et l'on ne pouvait le condamner pour des actes juieneur^ à sa dé^liéance : « nul, disait la constiuition, ne peut être puni qu*en \t I tu irinie loi éuddie et promulguée antérieurement au délit. » Il n'y avait donc pis li«u à jii^'i'ineni. Li Convention ne Fentendait pas ainsi : nommée pour abolir la in\.in(t* v[ innder la république, elle ne se croyait nullement liée par la cooslitulion de ITiH , il quelques voix sculeiiH'nt osîTent |Miendre la défense de rinviolabililé du rni. l.e :( décemlire, il fut décidé que Loub serait jugé par la Convenlk»; le 1 1 (It r« iiibri\ 11* monaripie ihVhu était cité i comparaître devant elle, sous le nom de Louis c^im^ : le IT janvier 1703, sur sept cent vingt et un votants, trois crat qnireun|»'i-M*|>t so pronoih.-aient |M>ur la mort immédiate, trois cent tmie-qualre po«r le l>aniii>MMnent, la tiétention ou la mort conditionnelle; et le il janvier, Louis éliil exrculc Mir la place de la Uévolutiou.

If

Parmi les vingt et un représenLints que les départements du Jura, du F)oul)s et <le la Hautc^aônc avaient envoyés à la Convention nationale, un seul, Bongiiiod (du Jura), vota pour la détention perpétuelle; huit, Laurenceot, Vemier, Babev (du Jura), Quirot, Seguin (du Doubs), Vigneron, Chanvier, Balivet (de la Hanle- Saône), volèrent pour la détention et le bannissement à la paix ; et les douze autres, Ferroux, Grenol, Prost, Amyon (du Jura), Michaud, Monnot, Vernerey, Besson (du Doubs), Gourdan, Siblot, Dornier, Bolot (de la Haute-Saône), se prononcèrent pour la peine capitale.

Les Girondins auraient voulu sauver le roi : ils regardaient sa mort comme une vengeance inutile, comme un imprudent défl porté à l'Europe, et ils craignaient une guerre civile au dénouement de cette tragédie; mais, placés entre leur indulgence pour Louis XVI et la crainte d'être accusés de royalisme, ils se montrèrent, pendant la durée et les débats du procès, faibles, irrésolus, inconséquents, et ils finirent par une lâcheté : la plupart laissèrent tomber de leurs lèvres le mot fatal ; quelques-uns y ajoutèrent : c la mort avec sursis. » Quant aux Montagnarde, ils avaient tous voti* la mort, ils l'auraient même voulue sans jugement : pour eux, Louis XVI était un traitre coupable au premier chef, coupable du plus grand des crimes; il avait cherché à pousser la Révolution sous le glaive des rois de l'Europe, il avait apf>elé /'étranger : il devait périr. Pour eux, la mort de Louis XVI était une mesure de salut public à prendre, était une nécessité des circonstances, était Tunique moyen de rompre à jamais avec le passé, d'ouvrir un abime entre la monarchie et la république, et de jeter tellement la Révolution en avant qu'elle ne pourrait plus revenir en arrière.

La condamnation de Louis XVI, approuvée par la majorité de la nation, eut le résultat qu'en attendaient les Jacobins, qui étaient, avec les Montagnards, les ins[)irateurs et les directeurs du mouvement révolutionnaire. La tête du dernier Ca|)étien était, suivant l'expression de Danton, le gant jeté à la vieille Europe : cette tête, en tombant au milieu des royautés, les réveilla pleines de terreur et de colère. « C'est la guerre des opinions armées, » avait dit le ministre anglais Pitt, et il ameuta toute l'Europe contre la France : il fit entrer dans la coalition la Prusse, l'Autriche, la Hollande, la Sardaigne, l'Espagne, le Portugal, le roi de Naples, le pa|)e, la Diète germanique, (|ui mirent sur pied quatre cent mille soldats. La France révolutionnaire ne s'effraya pas des ennemis qu'elle avait provo(|ués : rassurée par ses premières victoires, exaltée par la grandeur de la situation, elle accueillit avec enthousiasme un décret de la Convention nationale (H février 1793) qui mettait toutes les gardes nationales de la République en état de réquisition permanente, et ordonnait une levée immédiate de trois cent mille hommes. On sentait qu'il fallait vaincre ou périr ; mais on voulait vaincre, et pour cela, toute la France avait besoin de ne faire qu'un soldat. Il y eut malheureusement des scissions éclatantes : si dans les départements de l'est et du nord, du sud et du sud-ouest, on était prêt à se dévouer (lour la cause de la Révolution, dans le sud-est et surtout dans l'ouest, la Révolution trouvait des rebelles; en Vendée par exemple, pays de vieille foi catliolique el féodale, oij les nobles et les prêtres avaient conservé toute leur influence sur Tesprit inculte des paysans, la ré<iuisition des trois cent mille houimes fit éclater un soulè-

FRANCHE - COMTÉ IHANÇAISE. 037

wiuenl général (mars 1793) : le tocsin de rinsurreclion sonna dans plus de six cents villages, el dès lors coniiiicnca entre le royalisme et la république cette Tatale lutte veDiléenne qui dévora tant d*homines et laissa tant d*l)ornbles souvenirs. La bataille de Nenvinde, perdue le 18 mars par Dinnourioz contre les Autrichiens; Tévacualion de la Belgique |)ar suite de celte défaite, Tépouvantable trahison de Duinourie/, consommée quchpies jours après, vinrent, avec l'insurrection des Vendéens, tripler les dangers de la Képubli(|ue et jeter Paris dans un état d'eiïervescence inexprimable.

1^ Convention s'établit en permanence : elle déclara Dumouriez tniître à la |)alrie; elle mit sa létc à prix, et les Montagnards (irenl décréter les mesures les plus rigoureuses contre les ])rétres et les nobles, la mise hors la loi de ceux qui se mêleraient k des attroupements contre-révolutionnaires, le désnrmement des suspects, Tobligation pour chaque citoyen d'inscrire son nom sur la porte de s:) maison ; ils firent décréter aussi que la Convention s'emparerait du |)ouvoir exécutif; que les représentants soupçonnés jle complicité avec les ennemis de la Républupie seraient Induits devant le tribunal révolutionnaire; que trois représentants résilieraient cooslamment auprès de cha(pie armée pour surveiller la conduite des généraux, concerter les opérations, levt-r les gardes nationales, mettre les fonctionnaires en m|iusi!ion, et qu'enfin un comité de salut public, investi d'une dictature sans bonies et composé de neuf membres qui se renouvelleraient tous les mois, serait établi pour surveiller, accélérer ou suspendre Tactiori du pouvoir exécutif, prendre d*urgence les mesures de défense extérieure et intérieure, correspondre avec les connnissaires de la Convention. Telle fnl l'origine de ce fameux comité de salut public, qui devait jouer un rôle si terrible dans le drame révolutionnaire, et se sentit le courage, pour sauver la France, d'assumer sur lui une respons;d)ililé cpii donne le frisson à nos souvenirs, des malédictions qui durent encore.

Dans la situation où se trouvait la Ué|Kil)li(|ne, les conventionnels avaient conquis qu'il fallait épouvnnter, pour briser et vaincre les résist;HU*es, pour iuiposer silence aux laissions et volontés ennemies : mais, mal^'ré la terrible énergie des moyens, h* |)éril croissait s;UKs cesse, les nouvelles fatales arrivaient <le toutes parts. En Vendée, l'insurrection prenait des |)roportions formidai^les; les paysins batt^iient les trou|>e.s républicaines à Chollet, à Saint-Vincent, à Coron, à Heau|)réau ; et l'on annonçait que la Bretagne et même la Normandie allaient se révolter. Ikrns le nord, les Autrichiens chassaient les Français dii camp de Famars, les rejetaient derrière l'FLscaul el investissaient Valenciennes ; sur le Ubin, les Prussiens bloquaient Mayence ; aux Pyrénées, les Espagnols s'emparaient du cam|) de Sarre et mettaient en pleine déroute, à Mas^l'Eu, les volontaires du général Dellers; dans le comté de .\i«-e, les Piémontais repoussaient victorieusement les attaques des bataillons républicains.

A mesure que ces désastreuses nouvelles arrivai^iit à la Convention nationale, les récriminations entre h's (lirondins et les Montagnards prenaient un caractère plus menaçant : les deux partis s'.iccnsaient ninlucllement (bN malheurs de la patrie; ils sit vouaient tour à tour aux malédictions de la {iostérité. A la lin, la lutte devint elTroyable : elle aboutit à la journée insTIrrectionnelle du 31 mai, qui fut le Itiaoùl de la (flironde, et au décret du :2 juin, qui mettait en arrestation vin;it-quatre des

plus induents Girondins. Mais les Girondins, vaincus à la Convention, ne déscspén*rent pas de leur cause : ceux d'entre eux qui s'étaient soustraits parla fuite au déoref (l'arrestation allèrent soulever les départements contre Paris et la représentation nationale. L'Eure et le Calvados donnèrent le signal de la révolte. Une assemblée* insurrectionnelle, établie à Caen, ordonna la formation d'une armée, fil de la vilitd'Évreux le rendez-vous des forces des insurgés et gagna dans peu de temps à la cause girondine la complicité de plus de soixante départements. A Bordeaux, à Toulon, à Nîmes, à Montauban, h Lyon, à Mâcon, dans l'Lsère, dans l'Ain, dans W Jura, de Strasbourg aux Alpes, du Languedoc à la Franche-Comté, la revoit»» armait des milliers de bras. La ville de Lons-le-Saulnier était devenue l'un des foyers les plus actifs de la ligue fédéraliste. Les administrateurs du Jura, nommés dans la classe moyenne et partisans des doctrines de la Gironde, n'avaient pas attendu la journée du 31 mai pour se prononcer contre la politique des Jacobins et des Montagnards : depuis longtemps ils accusaient des tendances qui témoignaient de leur antipathie pour le régime purement démocratique, et, h mesure que le parti girondin perdait du terrain à la Convention, les administrateurs du Jura se montraient plus ouvertement hostiles. Vers les derniers jours de mai, ils éclatèrent ; ils formulèrent une vraie déclaration de guerre contre la Convention, dans une délii>ération qui mérite d'être citée à la barre de l'histoire. La voici :

t Le conseil du département, pénétré de l'affliction qu'éprouvent tous les vrais patriotes, en apprenant par chaque courrier le degré progressif d'avilissement et <le servitude où la représentation nationale est réduite par une faction scélérate et des tribunes insolentes ;

€ Considérant que le mal est pan^enu au point où il est nécessaire de prévenir la dissolution totale de la Convention ; que les dangers imminents qu'elle court ont été solennellement déclarés par son président, annoncés par tous les journalistes ;

« Considérant que les adresses énergiques et multipliées contre le parti désorganisateur ont été jusqu'ici sans succès ;

c A résolu d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour maintenir la République une et indivisible, pour contribuer, en cas de dissolution de la Convention par de criminels complots, à son remplacement provisoire par les suppléants, et, dans ce cas, k mettre en action la souveraineté du peuple par le choix des membres d'une nouvelle Cotivention nationale;

€ Arrête en conséquence que les suppléants de son ressort sont requis, au non) du salut de la patrie, de se rendre à Bourges où ils seront accompapés par une compagnie de grenadiers et un détachement de cavalerie nationale; qu'il sera fait un appel h tous les départements de la République pour les engager k prendre la même mesure, pour sauver la patrie, qui est dans les plus imminents périls. »

Cette délibération portait la date du ii mai i793. Le même jour, le conseil du district de Lons-le-Saulnier envoyait à la Convention, sous forme d*adresse, la philippique suivante :

t Représentants du Souverain, armez- vous de la foudre, écrasez sans pitié ces hommes de s;mg qui, dans leur afTreux délire, ont voulu ériger rimmomlité en principe, constituer l'anarchie, légaliser te meurtre et le brigandage lancez un

FRANCHK-rOMTÉ PRAM;.USE.

«Iccri't rxliTiiiinndMir <iir ces Irtes coii|Nililes, ot que h li^iche dos lois s*appoMnliAï(e sur (*lit>>! VonKenncc à la uaiioii outragée! vengeance! qu*OD les fosse dégorger»

rt*N \nnipirrs engraissés du sang humain et des sueurs de la France et de suite

t|iii* i*es adniinJNlraltMirs iuipios soient conduits à récbafaiid Paris, écrasé sous

M's ilf'ToiiihrcN, expierait bit*n son |iatricide. »

Dans r(*ti4* a<lresse et dans cette dôliMration, il y avait de tout, de riliégalité et (t<* riiMirp;i(ion« ilo la provocation et de Fanarchie, de la révolte et de la guerre v\\\U'\ il \ av.'iit pins : cïiait de Textravagance. Et l'administration départemen* i:il«* du Jura ne s*cn tint |)as aux mots, elle prépara les moyens de passer aux .'ii'tt'N : vWo romhina ses plans pour favoriser rinsurrection prévue des Girondins, pour cna'^tT la furlion scélérate et let hommet de sang^ comme on avait Tbalii* tihic irapiN'ItT It's Jaroliiiis et les Montagnards; elle s*entoura de soldats et do I jnoiis, v\U' ron\0()na les ganles nationaux des districts, elle décréta Pacbat de <pi.iiri'-\ii)^M niille lK)uk*ts et la fabrication de six mille fusils, elle institua de son aiitontr pri\<*4> un roniih* de salut {Hddic; elle se chercha partout dos alliés et des aii\iluiir<*N. vu vmuyimi dr^ commissaires à Bourg, à Clialon, à Dijon, à Besancon, à VrMiiil. ilans le but d'organiser une force aniii^ et de marcher sur Paris, dont le nom 11 riiinii(>n( e «'talent aliliorrés des Girondins et de leurs partisans. Les admiiMNii.ittMiiN (lu Jura travaillaient avec une intrépide activité à soulever les esprite ( outre le f»:iiti ({iii \i>ulail toutes les conséquences de b RévolutiOD, qui voulait Niii iinit cmprclKT !(* niorcelliMnt'nt de l'unité nationale, et iK clierebaieiit k faire do ItMii ihpnrti nient une de^ têtes de colonne du fédéralisme dans Test. Quelques jnuFN av.ii.t le :(1 niai« plusieurs d'entre eux étaient venus à Vesoul, pour proposer :ni\ nu iiilirt'*; dn (■ons<>il ilé|>arlemenlal et du directoire de la llaute-SaAoe d'entrer il.iiis l.i «o.'iliiion fédéraliste, et pour les engager à ne plus exéctiter les lois «le ta tiniixtMiiioii ; mais les administrateurs de la llaute-Saôoe, quoiqu'ils fussent du parti ite l.i (;irniHle, rep(»uss(*rent ces pro|»osilions avec un empressement indigné. Après l.i jnnriiée ilii ai mai, les infaiigabli's directeurs du Jura tentèrent d'amenor leurs «iilii ^ne^ ilii hiiulis à leurs idtVs, c*esf-à-4iire au projel d'organiser une année poar m.irrlnr ^nr Paris, et ils envoyèrent en nM*me temps un des leurs dans les départe* n.eriiN lie l'Ain et de S;iône-et-I^Mn% t |iour s'y concerter sur les moyens d*arrétof liN |irM;;res de raiiareliie ; » mais les administrateurs du Doulis, c craignant de donnt'i le si^r,);i| ^\^^ |;, ^ruerro civile, > refusèrent leur adhésion et leur appui : ib re* riiniinret.i s4Mili*ment que la Convention n'avait pas été libre au 31 nai, et ib rédi- ^' rriii niif :iilre<s4' aux repH^sc^ntants fiour les inviter i rapporter Ica décrets contre

li's (•irnnilnis.

liitMi Ml* «léeoiirageaii l'anleur des administrateurs dn Jura : ib étaient résohis k jont-r jn«|u*an ImmiI la |tartie. Quand ils apprirent révénoroent du 31 mai, ibdéctoirnnt. .iprrN iiétilnTation, qu'ils ne reconnaîtraient pas les décret rendus dopnb Lit'* jonrntv, ei iK exprimèrent de nouveau la pensée île convoquer les asaqttbiées l>t ini:nrt>s pnnr li^unnitT une autre re|>résenlation nationale qui se rradriil toetNMi* hent :i lionrp'N; iK renouvelèrent le vœu de former UM armée poar AardNf mt V.w is : lis lin reièreiit Vvu\o\ de commissaires à Bordeaut, à llarseile« daM ta GAie- «iMr, If hnnliH .1 i:i ||:mtt*.S;iiW; iK mirent en réquisiikNi loalcs les prdos Mlto-

OriO FRANCHE - COMTE ANCIENNE ET MODERNE.

nales du Jiirn ; ils rcconimandèreul aux chefs de légion d'éudilir le service le plus actif dans les communes populeuses.

La conduite des administrateurs fut dénoncée à deux reprises, le 13 et le 17 juin, à la Convention nationale; ils y répondirent en faisant braquer des canons devant le lieu de leurs séances, en excitant les citoyens « k ne pas courtier lâchement la téie sous le joug de quelques brigands teinLs et altérés de sang, avides et affamés de pillage. » Puis, quelques jours après, ils réunissaient autour d*eux, à Lons-le- Saulnier, vingt mille volontaires des districts, soldats recrutés pour Tinsurrection, à Faide de fables et de calomnies qui représentaient les Jacobins comme des traîtres vendus à rétranger , comme des scélérats se faisant un jeu de déshonorer la Révolution. Dès lors la terreur régna dans la ville : les passions politiques, sous la protection de la force matérielle, éclatèrent en menaces furieuses ou en espérances coupables ; les brutalités et les violences commencèrent. Les citoyens signalés pour la franchise de leurs opinions républicaines furent arrêtés, maltraités, jetés en prison ; la Société populaire, créée à Lons-le-Saulnier en 1790 et composée des patriotes les plus prononcés, fut dissoute par la force : on arrêta deux de ses princii>aux chefs, Rigueur et Buchot; le premier, pauvre ouvrier sellier qui cachait une belle ame sous son enveloppe plébéienne, et qui servait la République avec autant de courage que de désintéressement; le second, homme éclairé et convaincu, qui avait embrassé avec ferveur les principes de la Révolution, et qui s*était fait à Lons-le- Saulnier une grande réputation par la rigidité de son patriotisme et la probité de ses mœurs. I^s deux républicains furent entraînés violemment au club, où on les (it monter sur Tautel dressé dans la salle ; ensuite on les força de tenir de chaque main une chandelle, pendant qu*on leur donnait lecture du registre de la Société ; on les força même de moucher ces chandelles avec leurs dents ; on alla jusqu*à leur brûler la barbe, et il se trouvait là des mains et des voix nombreuses pour applaudir.

Le lendemain de cette honteuse scène. Rigueur fut attaché sur un âne dont on lui mit la queue entre les dents ; on eut le triste courage de le promener en cet état |)ar les rues de la ville ; et, tout le temps que dura cette cruelle bouffonnerie, des bouches et des mains immondes jetaient de la bouc et des crachats sur le malheureux Rigueur; des voix forcenées hurlaient autour de lui d'horribles refrains mêU'*s à des cris de mort. Un autre patriote, du nom de Berthet, juge de paix du district* fut recherché en son domicile : on ne Vy trouva pas; mais on se vengea sur son père, vieillard de soixante-quinze ans, qu*on insulta dans ses cheveux blancs, et qui vit des pistolets dirigés sur sa poitrine pour le forcer à dénoncer son fiLs.

Ces abominables épisodes se passèrent du 25 au 27 juin. Le 28, les représentants Garnier (<le TAube) et Bassal, ancien curé de Versailles, envoyés dans le Jura |>ar la Convention, arrivèrent à Lons-le-Saulnier : ils venaient avec la mission de pacifier la contrée, avec Tespoir de calmer les esprits ; mais leurs paroles concdiantes e empreintes de modération échouèrent devant une résistance systématique : ils essayèrent d*abord de faire rendre la liberté aux citoyens détenus; Fadministration s'y refusa. Ils exhibèrent leurs pouvoirs ; Tadministration ne voulut pas les reconnaître. Ils eurent recours aux conseils de la raison, aux avis salutaires, à tous les moyens capables d'éclairer le département sur ses vrais intérêts; FadmiDistration

KUA.NCIlE-COMli: niAVAlSE. («51

leur répondit par des menaces et des injures; elle lenr dicta même des ordres; elle leur fit entendre < (|iie la Convention devait se liàter de réparer des erreurs Tuoestes. • C'était donc la guerre que Ton voulait. En présence (Kune rébellion si persévérante, il fallait nécessairement songer aux mesures énergi(|ues et coercitives : cependant la Convention temporisa encore, mais les administrateurs du Jura ne linrenl nul compte de cette patience; ils continuèrent par leurs actes à compromettre davantage, vis-a-vis de la République, un dé|)artement où Ton aimait la Révolution : ils gardaient sous la main les nond)reux bataillons de volontaires «prils avaient associés à la ligue fédéraliste et qu*ils tenaient |)réts à marcher sur Paris; ils applaudissaient en même tem|)s à la résistance des royalistes qui se battaient en relielles dans les murs de Lyon, et ils leur promettaient des secours de toute espèce; ils corres|K)ndaient activement avec les cbefs d'im corps de (|uatre mille émigrés, qui devait pénétrer en Franche-Comté par les montagnes du district de Pontarlier, faire Acs trois déimrtements du Jura, du Doubs et de la Haute-Saône une autre Vfndée^ et se joindre ensuite au prince de Coudé, le(|ucl se tenait tout |)rét avec son armée à franchir la frontière suisse pour entrer en France et s'avancer vers Lyon*. Dans leur aversion contre les Jacobins, les administrateurs du Jura tendaient la main à tous ceux qui voulaient la u)orl de la Révolution ou son avortement : i)eu leur importait qu*ils s'appelassent fédéralistes, royalistes, émigrés; ils trouvaient en eux des ennemis de leurs ennemis, et ce titre suflisait. Polili(iue insensée et coupable, (pii devait attirer la foudre sur le Jura. Mais les administrateui^ ne croyaient pas alors à la possibilité d'une catastrophe : la Répul)li(|ue leur ap()aniissait trop près de sa ruine, pour qu'ils n'eussent pas confiance en l'avenir. La République, en efTet, semblait condamnée à mourir : elle ne voyait et sentait autour d'elle que dangers, trahisons, révoltes, colères; et [>our se sauver, elle avait besoin de sortir des limites du possible, de s'emporter à l'un de ces accès hors nature qui transfigurent le désespoir, car elle se trouvait dans une crise uni(iue : à Tinlérieur, les trois (|uarts de la France soulevés, la Vendée victorieuse, la Bretagne en feu, Caen et Bordeaux aux («irondins, Marseille et Lyon aux royalistes, Toulon aux Anglais, partout la guerre civile, le désordre, la souffrance; à l'extérieur, ties armées découragées, sans habits, sans pain, sans discipline, les Prussiens maîtres de Maycnce, les Autrichiens maîtres de Valenciennes, les Piémontais prêts à descendre les Alpes, les Espagnols prêts à envahir le Roussillon, des ennemis siu' toutes les frontières, la France cernée \v\v terre et par mer, uu»nacée d'une conlre-

> Ce qui vieiil d'être dit sur radiniuistratiun dé|i:irtomL'ntalo du Jura en ITOri &c retrouve, avec de^ dêUîli infiniment plus cumpleis et des rensei^ncmeut< |Mii.sé< à bonne source, dans un des ouvra^rcs i|ue nuus av4»n« consultés pour apprécier les événements de cette p!ia>e crili«{ue de la UéMdution : ctaiVHiitoire de la Iiévotntion ilans le Jura, piir AntiMne Suinuiier. Livre cuuray^eux et consciencieux : courageux, car il N'exprime francliement >\iv les lii»:nmes et les rliuses, et n'hésite jamais à dire ce qu'il croit être la vérité ; consciencieux, parce qu'il n'est pas, comme l'écrit l'auteur lui-mémc dan» M préface, - un recueil des traditions, des rapp(M*t>, des récits plus ou moins infldeles, plu^ on moins erronés, répandus par les in»trumnits tm U> victimes ile la UévulutHin ; mais c'est dans les lémoijfnages écrits et signés, dans les actes enregistrés, dans les répertoires administratifs, dans les proeès-Terliaux authentiques, dan^ les journaux et les brochures, dép(it> divers de tous le» événemenU, de tous les railsel de toutes les opinions, ■ que l'auteur a puisé les matériaux de »ou hvie.

63i FHANCHE- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

révolulion par les émigrés, trun démembrement par les élrangers, voilà (jiielic était la situation vers le milieu de Tannée 1793. Il ne restait à la Convention que (piinze à vingt départements, et Paris : pour ne pas désespérer de la lutte que la Ré|)ul)lique avait à soutenir, « il fallait, comme le dit Lamartine, porter dans son âme toute la foi de la nation dans la liberté. La Convention avait cette foi; elle se dévoua, et elle dévoua la France ou à la mort ou à son œuvre. Ce fut sa gloire, son excuse et son salut. Danton et Robespierre, la commune de Paris et les Jacobins soutinrent son énergie au niveau de ses périls, tantôt par Fenthousiasme, tantôt par la terreur qu'ils lui imprimèrent. Ils la placèrent entre la contre-révolution et Férbafaud : elle n*eut que le choix de la mort, elle choisit la mort glorieuse. »

Les périls de la République avaient allumé dans les âmes une fièvre de dévouement et de fureur, unique comme la situation. La Convention s*était levée, saisie d'une sublime colère et résolue h triompher au prix de tous les sacrilices, même à la condition de se voir maudire du pays et de la postérité. Périssent ms mémoires pourvu que la pairie soit sauvée, avaient dit les conventionnels, et ils s'étaient unis dans le serment auguste et terrible de se vouer tous à la mort ou d'extermioer tous les ennemis de la République. Les mesures répondirent à la tyrannique nécessité des circonstances. Sur la proposition de Barrère, la Convention vota, au milieu (Fun sombre enthousiasme, le décret suivant :

c Jusqu'au jour où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes hommes iront au combat ; les hommes mariés forgeront des armes et transporteront des subsistances; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et l'amour de la République. Les maisons nationales seront converties en casernes, les places publiques en ateliers d'armes; le sol des caves sera lessivé pour en extraire le salpêtre. Les chevaux de selle seront requis pour le ser\'ice de la cavalerie; les chevaux de trait conduiront Fartillerie et les vivres. Tous les artistes et ouvriers sont à la disposition du comité de salut public pour la fabrication des armes. Les propriétaires, fermiers et possesseurs de grains sont requis de payer les deux tiers de leurs contributions en nature pour assurer la subsistance des armées. Le comité de salut public est chargé de tout créer, de tout organiser, de tout requérir dans toute la République, hommes et choses, pour Fexécution de ces mesures. Les représentants du peuple, envoyés dans leurs arrondissements respectifs, sont investis de pouvoirs absolus pour cet objet. La levée sera générale. Les citoyens non mariés ou veufs, sans enfants, de dix-huit à vingt-cinq ans, marcheront les premiers. Ils se rendront immédiatement au chef-lieu de leur district, et y seront exercés au maniement des armes jusqu'au jour de leur départ pour les armées. I^ bannière de chaque bataillon organisé portera pour inscription : « Le peuple riiA.N-

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