‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 43 sur 52 · CAIS DEBOUT DEVANT LES TYRANS · texte numérisé non relu

CAIS DEBOUT DEVANT LES TYRANS

Telle fut la mesure que la Convention trouva contre les ennemis de Fextérieur ; elle en prit aussi contre les ennemis de Fintérieur : elle décréta qu'une année révolutionnaire de six mille honnues et de douze cents canonniers serait mise à la disiM>-

KHANCHE-COMThi FIlANCVISt. C33

sition du couiilé de sidut public pour faire res|)ectcr ses ordres par loute la France; elle porUi la terrible loi des suspccls, et sous ce nom étaient compris tous ceux (pd, |ur paroles, actions ou écrits, se montreraient partisans du royalisme ou du fédéralisnie, les |>arents des émigrés, les fonctionnaires destitués, etc. ; elle décida (]ue les arresUtîons seraient faites par les comités révolutionnaires établis dans toutes les coiBiDunes et les sections de communes, et que ceux-ci rendraient com|)te au comité de sûreté générale, charge de la police et des tribunaux ; elle fixa le maximum pour toutes les marchandises de preujière nécessité, |)our les journées de travail et la inaiD-d*œuvre; elle ordonna aux marchands de déclarer IVtiit de leurs magasins, de s'approvisionner, de vendre; elle décréta (pie rpiicontpie abandonnerait sou commerce serait réputé suspect, que quiconque ferait de Tagiotage ou de raccaparemeul serait puni de mort. La Convention compléta toutes ces mesures par le décret suivant : c Le gouvernement est déclaré révolutionnaire juscju à la paix. Le conseil ciéculif, les généraux, les cor|)s constitués sont placés sous la surveillance du cnmilé de salut public. > En face d*une situation (]ui faisait du besoin d'unité et de b promptitude d*action une nécessité suprême, la Convention n*hésilait |)as à livrer le pays, à se livrer elle-même aux mains d'un décemvirat composé des Jacobins les plus renommés par leur austérité politique, leur impitoyable énergie, leur dévouement fanatique à la Révolution, Barrère, Couiliun, Saint-Just, Uobert-Lindet, Prieur de la Marne, Prieur de la C6te-d*()r, Uobes[)ierre, Carnot, Dillaud-Varennes, Collol-dllerbois. Placée entre la lutte et la mort, mais prête à tous les sacrilices, déterminée à sauver la |>atrie ou à s'ensi'.velir la |)remière sous ses ruines, la Convention n*hésitail pas à créer une dictattu'e terrible qui ne marchanderait ni le sang ni la fortune des citoyens, (|ui tiendrait sous sa dé()endance Paris et les provinces, les armées et les généraux, disposerait do toules les personnes par la loi des sus|)ects, de toutes les existences par le tribunal révolutionnaire, de toutes les positions par les ré(|uisitions et le maxiuumi, et mettrait la terreur à Tordre du jour : la terreur^ mot sombre comme la mort, iujplacable connue la fat;dité; mot sinistre, que Ton prononce en palissant, et que notre génération ne se rappelle qu*en maudissant le temps, les noms, les actes qui jtorlenl le stygmale de 1K>. La terreur cependant ne fut pas un libre et cruel calcul appliqué de sang-froid comme moyen de gouvernement : elle était née de circon>tanees inexorables qui ne se reproduiront jamais ; elle ét;iit née d'une siltiatlun sans exenqile, et où les hommes et les choses se trouvaient dans des conditions exceptionnelles connue la situation ; clic était née du désespoir d*une Uévnlution «jui se sentait mourir et (|ui voulait vivre; elle était née dans un moment où la |)ensée du salut public devait étuufler toutes les autres pensées, dans un munjenl où le devoir liu dévouement à la (tatrie exigeait le sacrilicc de tous les intérêt> privés. Le régiuie de la terreur ne peut donc se juger d'après les règles ordinaires des gouvernemenis, et, sans l'absoudre de ses excès, il serait injuste de le condamner dans un sons absolu. L'inq)arliale histoire doit dire que ce régime était la consétpience forcir de l'état de guerre et de crise où se trouvait la Répuldique, que la grandeur du [léril, les dr(»its sacrés de la liberté, la certitude d'une contre-révolution impitoyable, légitimaient les moyens de salut, et que des violences, des barbaries, des fureurs étaient fatalement inséparables d'une

situation sans précédents; ne roublions pas, « chaque heure alors s*écoulai( dans une insomnie brùhinle; la tempête éclatait sur tous les points de Thori/on en fou. A peine était-il possible de distinguer un ami d*un ennemi, dans cette mêlée où h^s j)artis se transfiguraient et se confondaient au milieu des clameurs. Chaque citoyen, en se réveillant, pouvait croire venu le dernier jour de la France. Chaque courrier pouvait être un messager de mort. Qu'apportait-il ? le deuil ou la joie? la défaite ou la victoire? Doute terrible qui devait faire pâlir les plus braves. C'était le moment de vaincre ou de périr; il ne fallait ni compter les ennemis, ni mesurer les coups, ni se lasser*. » Et le comité de salut public croyait qu'il lui fallait la terreur révolutionnaire pour stimuler, entraîner, inspirer les passions et les dévouements, pour faire trembler les intentions hostiles et retremper l'énergie découragée, |)our armer tous les bras, pousser les masses aux frontières, arracher à la nation des efforts et des sacrifices, pour imposer la discipline aux armées, le devoir aux généraux, l'étonnement à l'Europe, ù tous et partout le sombre prestige de l'effroi. Les moyens étaient atroces ; mais le but .était saint : le résultat fut sublime.

Par la tyrannique énergie du comité dictateur, la République eut en peu de temps quatorze armées sur pied : la Convention trouva, dans ces mesures révolutionnaires, la ressource de faire face à tous ses ennemis, le secret de les attaquer tous à la fois, la puissance de les écraser presque tous en même temps, la gloire de sauver le pays par les victoires les plus nationales et les plus légitimes que jamais un peuple ait remportées. Et la Convention avait fait en quelques mois cette besogne de géants : avant la fin de l'année 1793, elle triomphait au nord et au midi, à l'est et à l'ouest, <^ l'intérieur et aux frontières. Bouchard, commandant de l'armée du Nord, remportait sur les Autrichiens la grande victoire d'Hondschoote et forçait les trentetrois mille hommes du duc d'York à lever ce célèbre siège de Dunkerque qui faisait dire au comité de salut public : < Là est l'honneur de la nation; > Houchard battait ensuite à Menin un corps d'armée de quinze mille Hollandais. Jourdan, successeur de Houchard, culbutait les Autrichiens à Wattignies, délivrait Maubeuge que bloquaient trente-cinq mille hommes, et par ces succès empêchait les coalisés de prendre position sur la Sambre, dont ils voulaient s'assurer pour marcher contre Paris. A la même époque, Kellermann, le vainqueur des Prussiens à Valmy, rejetait les Piémont;us au delà des Al|>es; le jeune et brillant Hoche, général en chef de raniiée de la Moselle, harcelait les troupes austro- prussiennes, faisait sa jonction avec l'armée du Rhin, commandée par un Jurassien qui allait grandir démesurément sur la scène militaire, par Pichegru ; et les deux généraux emportaient les fameuses lipes de Weissembourg, déblo(iuaient Landau que le comité de salut public avait ordonné de sauver à tout prix, forçaient les Autrichiens k repasser le Rhin, les Prussiens à se retirer sous Hayence, et prenaient leurs quartiers d'hiver dans le Palatinat.

Victorieuse aux frontières, la Révolution triomphait en même temps à l'intérieur. En Vendée, les royalistes étaient vaincus dans quatre Imtailles consécutives, et les républicains allaient gagner sur eux la dernière partie au combat de Savenay sur la

1 SoNMiiB» Histoire et la Révolution dans le Jura, page S96.

FRANCHE -COMTF' FRANÇAISE. 635

Loire; dans le Calvados, rarnice insurrectionneUe des Girondins iHait mise en Airoule à Vemon, les administrations départementales faisaient leur soumission, et les commissaires de la Convention entraient à Caen sans obstacle; dans le Midi, les Méralistes mettaient bas les armes ; h Bordeaux, à Marseille, à Toulon, le dra|)eau de la République déployait ses couleurs triomphantes ; Lyon ouvrait ^^ans condition ses portes aux représentants du peuple ; le Jura élait mis au ban de la nation. La Convention, fatiguée de voir son autorité méconnue par les administrateurs de ce département, avait enlin perdu patience, et, le il juillet ni)3, elle lançait sur eux un décret qui ordonnait la dissolution du comité de salut public ét:U)li h Loos«le- Saulnier; déclarait nuls les actes de ce comité; ordoimait la mise en liberté des |)airioies détenus, et la réouverture immédiate du club de la Société populaire ; rendait les autorités responsables de Texécution de ces mesures; enjoignait à la gendarmerie nationale et à la cavalerie fonnée |)ar le département, de se dissoudre, sous lieinede rébellion à la loi; réintégrait dans leurs charges les ofliciers munici|K)ux et tous les fonctionnaires dépossédés |)ar les fédéralistes ; mandait à la barre de la Convention neuf des administrateurs du départeu)ent, et déclarait rebelles à la patrie toutes les autorités constituées qui refuseraient de prêter leur concours à Texécution du présent décret.

Hais les administrateurs du Jura ne s*étaient pas inclinés devant cet arrêt de l'assemblée nationale : au lieu de se soumettre, ils avaient condannié à Tunanimité la Convention comme coupable d'avoir porté atteinte à leur inviolabilité ; et la Convention, indignée d'une rébellion si opiniâtre, écrasii dans un mouvement de colère ces vennisseilux (jui osaient lutter avec elle. Par un second décret à la date du 9 août, « tous les fonctionnaires publics du département, (|ui postérieurement au décret du 27 juillet avaient continué de prendre dt^s arrêtés et d*exercer les fonctions qu'ils s'étaient attribuées; ks commandants en chef des bataillons de district, de cavalerie et de garde nationale, ijui s'étaient op|)Osés à Texécution des décrets de la Convention, étaient déi'larés traîtres a la patrie et mis hors la loi. I^'adniinistration du dé- |iartement était supprimée, et une commission administrative devait être établie h Dôle, où serait aussi transféré le tribunal criminel; cette commission devait être composée de cinq membres. Les commissaires df la Convention étaient chargés de pounoir provisoin^ment à cette organisation. La force publiipie était liC(MicitH\ et tous les citoyens du Jura mis à la réquisition des commissaires de la (Convention. U's anciens fonctionnaires publics (pii avaient été chassés de leurs places et incarcérés devaient être mis en liberté et réintéKiés. La villr de Lons-le-Saulnier était déclarée en état de rébellion jus<|u'à re que les ilécrcts y eussent reçu une pleine exi'-cution; etc., etc. » — « Ttfllr l'ut, ajoute railleur de V Histoire delà Jhrnlutioii tlauxle Jura, la proscripticm (pic dt's administrateurs attirèrent sur un département signalé jusqu'alors pour sa fidélité et son dévouement à la cause populaire.... I^es décrets du î27 juillet et du î> août eurent les plus tristes conséciuences pour le Jura, qui se trouva parqué comme un lé))reu\ au miruu des autres dé|)artemrnts. fxtlui de Saùne-et-Loire interdit l'exportation de ses ilc^nrées dans W Jura, qu'on regardait et qu^on traitait comme un ))ays ennemi. Tu graml nombre de familles m* trouvaient atteintes par ces déin»ls; plnsiems d<» leurs meud^res furent réduits à s«^

cacher, ou bien, ce qui était pis, à émigrer pour se soustraire à la peine qu'ils avaient encourue * . »

Les représentants Bassal et Bernard de Saintes arrivèrent dans le Jura pour faire exécuter les décrets de la Convention : ils s'occupèrent de réintégrer dans leurs fondions les anciennes autorités et de réinstaller à leur poste les membres de In Société populaire; ils constituèrent la commission administrative destinée à remplacer les conseils et le directoire du département; ils désarmèrent les citoyens de Lons-le-Saulnier; ils frappèrent de réquisitions successives le département, [lour subvenir à l'équipement des volontaires. La République ne tenait tête à ses ennemis de rintérieur et de l'extérieur qu'au prix de souffrances infinies : elle mancpiait surtout des moyens matériels, et elle demandait aux riches une part de leur fortune comme elle demandait aux pauvres une part de leur travail. I^a ville de Lons-le- Saulnier prit, à cette époque, le nom de Franciade, qu'elle consens jusqu'au 9 thermidor. D'autres villes du Jura changèrent également de nom : Saint-Claude fut baptisé CAmilat-Montagne ; Saint-Amour s'appela Franc- Amour ; Saint-Julien devint Julien-le-Guerrier. Beaucoup de rues reçurent aussi des dénominations nouvelles. C'était une mode alors de sacrifier à la forme : on métamorphosait jusqu'aux noms des enfants; on eut un vocabulaire pour les noms des mois et <les jours. Par haine de l'ancien régime, on détruisait tout ce qui pouvait en rappeler le souvenir; par fanatisme révolutionnaire, on décrétait de républicanisme les mois comme les choses.

Au commencement d'octobre 1793, Bernard de Saintes passa du Jura dans la Ilaute-Saône, et le 10 de ce même mois, il se présentait devant Montbéliard, à la tête d'une colonne de républicains. Montbéliard, fief des ducs de Wurtemberg, était encore en 1793 principauté souveraine et indépendante ; mais la Convention nationale avait ordonné d'en faire une ville française. Bernard de Saintes entra sans obstacle dans ses murs ; il planta le drapeau de la République au sommet de son vieux château, et prit ainsi possession de la ville. On eût dû s*en tenir k cette usurpation ; il ne fallait pas la déshonorer : c'est ce qne Ton fit, en dévastant les églises, en violant la sépulture des comtes de Hontt)éiiard, en dispersant leurs cendres au vent. De semblables impiétés furent commises à cette époque en plasieinrs endroit"^ de la Franche-Comté : h Pontarlier, à Saint-Hippolyte, à Saint-Claude, à Dôle, à Salins, à Lons-le-Saulnier, h Besançon et ailleurs, on mutila des monuments religieux, on brûla des reliques, on abattit les statues des saints et les croix des cimetières, on profana les églises et les tombes. Erreurs honteuses , qu'on ne saurait assez déplorer; extravagances sacrilèges, qui méritent une réprobation absolue. On comprend que les terribles et implacables niveleurs de 93 fissent disparaître tout ce qui rappelait ou glorifiait la trahison et le despotisme : mais s'en prendre à des symboles inoffensifs, mais s'acharner sur des pierres, mais se venger sur des reliques et des cendres, c'était aussi stupide qu'odieux, et c'était impolitique : on accréditiit ainsi ridée que la Révolution se constituait Tennemie de la religion, on compromettaft ainsi la cause républicaine aux yeux des masses, qui voulaient être révolution-

* SoMNicK, pofM 2r>7, Vi», 2nir

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n nn-v <;iiin rrssri* d'/lp- rliiflirniMS. O'Uv ir.irliftii .'inti-n*ligii*ll<i* rlîiil TuMUri' .|i*^ / inifriri on /n'/vr^v/fs, fintiori rrnii|MisiV iriiii mi):issi< ilo fous niiiqiiis. tW I'.hkIiI^, (It* MvliT.iis, riNiiin.irii l'ii rii\ loiiM's Ifs laissions iiiaiivaiHi's (oiiU*s \vs •-\lr.n;iu:iiH'f's Imriti'iisrs, tniis 1rs iiistiiir(s liniLiilX <|iir sniii(*\riit dcrruTe oll«*< I«n i'imimIiv I niiiiiintidiis sii(i;ilt'N ; iiiiiiiiiM's |ii(l(*ii\, (*4-utiio il«* |j l<«''Vtiliiiion, (»( (tont If i li.'t . I i.( nii rsrmr, riaji rrl ll«'lM»rl, riinriioiiilr rriLiitciir ilii /V/r hurht^uf, «!«• iiii'- li'iiin<- ijiii Niiihiaii ir criiiit* r\ \v siii^'. I.fs liHurrlisii-^ riis'iiciil oiivfrteiiiriil l>tc.'<'vsiiiti i|\iilM'i>iiii'. l'I (l.iiis Inir iiii:i^'iii:itHin iiiahi(Ii\«* ils n'x.iiml, :i rôle ilii -^\v[« iiM- |Hilihijiii» jr pliis ;i!n»rr , ji-s iiiiio\ allons n'li;rirnM*s lt*< plus |M*n'(*rsi*s : «tdiiiirr {loiir iiiii<|ii('^ iiisiitiiiiniis il |:i rir|iiiltii<iiif tics inlMiiiniiv rrvuliilionnaiivs, il» N rniniiiN n\nliiii«iiiiMiriN, «It's rinitn's n'*volii(ionri:iiri*s, tirK:iniMT l«i |»roscri|>lii>ii. rn^'i-r II' l<'rn>riNiiii* «n iniixen |tfiiiKiiM*ii( (W piiiviTiiciiiriit; alHiJir \v rhh^li.v iii^iiK', |M<M'l.niit-r If riilti' (If ta raiM»n fl en l'ain* la rflipun riationalo, voilà (V ilMiN \Hirlji. ni. M:iIIm itrni^iiîifiif, rfllr farlloii ii'rlail pas sans iiilliioïKV : HIe iloinrii.iii .1 l.i niiiiiintih' i!r iViii^, ilari< la |N*rM>iim* ilr^ ||i*IhtI. iIi*s (IhaiiiiM*(ti\ «les ISiiri^in. (lis An.irh.irNis r.Inni/; rllr roiiipt'iil de rM>iiilin*ii\ aillM'rfnl*^ |Kiniii Wk i'oii\ri)tii»iirii'|s: i-Mr :i\aii anii'in* rt'\r<)nf* «li* Paris lui-iiiriiif' et on/i* île *«•*< \irairfs ;t il'jMifr piiMnpirint'iil If rlirishaiiiMiK* *. «*ll(* a\ait tMilraiiit'* «Iniis s;\ \oie anli-reli- ^'ttiiM- iiiif paiiif (j.- j.i pnpnlalinii îles faiihoiir^'s ; Hlf fiil ttn iiioutcnt iiiallrr<si* ilf* Il lîi-Miliiiii.ii. r.II<- prtilita lif >fs ({nclipx's jours «It- ptrissinn* |iour «ililrr «^f^s rriniMi* llf^ i-r sitiphl«'N inhi's ' ;iinsi. la t-nniiiinrif* itf Paris iran^^fttruia IV^Iïm' Mi«*lr«tpn!i|:i:ni' df Ni>(rf>ll'iiiif i-ii IfUipIr de la l^ai^^oii. «'t \ lit «vlr ItriT lilK* fi-h* ndiiulc

• l'i I fiif i!n?i\flif dri'sM» i-t.iit rfpn'si'iiln' |Kir 1:1 fi*niih<* d'un fou^ufux hoh<Ttisti», M<'iii«>r(i. iiiipniiifiir nt* à pM^antim; la roniniunt' inli*nlil IVrcrrirr du rulli* (*:lllMH l■•!^f . l'Ilf tiff f'fia la l'frun liin* de»» f;rli^«*K i»i la uiiv* ru *(ur\«MllaiKT iW^ |iri'lrfs ; c!!'- ill* jiis'pt'.i d< I ri'ii't' la dfUiohiion <l*"^ cliNlirpi, « «|ui <i*iuldaH'nl. |»:ir leur <lo- M M' »!inii .111 ji'N iiiiiifs fijifiii's, roiiirariiT li-s pririri|if s de rf^'«'''il«'*. » «'Iff inMilu.'i d»"* trirv i|(ii d»'^'fFiiivrriii ni ij:riol»it**i sahirnales v\ vu iuiiiufrM»s hid#*u«i4>s. I/mipril^iod iHii- tnis ilntinrc .j l'aiiN. clli* «'rlt'Udll rapidi'uirul au dchniN : la plupart de^ I niMiii^Mifi s df la (!nii\('iilii»u, riflaiit à un fniraiiifin«*ni uimmini*, uiirrnt un yt*k

I.jI jM'jMi- I p|n|.a;:tr dalis 1rs di'partiMIM' Uls li'S llorlnut's |lr|HTtls|l*s ; II» ifraihl

rif'inl'it' ilf |>rr')fs i-allinliifiirs ipii ddnnèrrnt alt^ix I** <4*auilal«* dt* ra|MistiHii», m ii'iiMiit ft ii.i^ptifMiaiit If l'ulrt* ipi'iK a\aii>n( si*ni. rnniril'urrriil for «vt «'Xfmiili* ., i>'r\i'ii r !•■ ^fi>s iiHiral dfs uia^si^s. i*t rallirMin* s*- iMipul.iri^a. Mjk il loinha 11" !!?••( :i\i(' -' N apM'ri's ; Ir iiiniiï»- iU' ^aliil piiMir si* tUi lara t'onirr lo lit*lH*rlis|i^ : < I- i::r lîi)i«iv|,i, rfi' inn Ifiir ptirla Ifs pifUiiffv roups : < lit* (|nrl droit, tlil-d. îles

I iiji-N ininitritis jnvipTajois dans la rarrifrf d«* h ltf\«»luli«m \MMulrnit*nt-iU irnii-

!•!' \ il il! t rfi d*^ ( tiJiiN .1(1 iiiiMi df la IiUtIi- ri alLHiiuT l«* fanatiMne par un fjualiNtr.'- ii<iii\(>ari ' lli* ifiii'l diml ffraifUl-Hs dfp'nêfrr Ifs hniuinairf^ ri'lHlus à |j \«^ I I. ■.■,!.• I II il. V Ijîii's fitinfllfs fi ri«lii'idt»s .' On a snppiKr «{u'en an'unllanl 4k*s

• il r.ihii^ < .\i>;iti >. : I ( i>ti\' itipiti a\ait pi mm ni le niitt* ralhotifiur ; mm. la liiuiien- (i<n I. a |»>iii fui (i-iif df III iTi lif teiiiiTaire. i-lli* ne la fen jiuiai^. • Kt. Mir Li iiM.t:' Il -I' riniMNpi.jii- .'a (.nii\rnli(iu ifiidil INI divn*l i|Ui diTeihLiil Inule \ii»lenre ( iiiiii Mit lit lil'fil*- ii'^ fiilics M'iiriiN t)e (Vllf allatliie, les lirlM-rtisirs rlirn'lKTTDI

65a FRANCHR - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

à soulever le peuple; mais le peuple ne répondit point à leur attente, et 5>aint-Just vint, au nom du comité de salut public, demander à la Convention la mise en juge* ment des chefs de la faction. L*assemblée ayant déclaré traître à la patrie quiconque aurait favorisé dans la République le plan de corruption des citoyens, de subversion du pouvoir et de Tesprit public, les athées les plus décriés, tels qu*Hébert, Ronsin, Anacbarsis Clootz, Vincent, Momoro, et quelques autres, furent arrêtés, traduits devant le tribunal révolutionnaire, condamnés à mort et menés à Téchafaud.

L*écliafaud, devenu Tarme du gouvernement à cette époque de luttes implacables et de fiévreuses colères qui faisaient vivre la France d'une vie convulsive , l'échafaud ne comptait plus ses victimes : épée de Damoclës menaçante pour tous les fronts, il fonctionnait alors avec une rapidité sinistre, il dévorait chaque jour des proies nouvelles. Les têtes les plus hautes étaient venues tour k tour lui porter leur tribut de sang : des généraux, des ministres, des magistrats, des savants, des ducs, des princes, une reine, avaient été immolés; les Girondins avaient précédé les hébertistes, et après ceux-ci, les juges du tribunal révolutionnaire envoyèrent à la mon Danton et ses amis, ou parti des modérés, qui demandaient la cessation du régime de la terreur, qui demandaient, à la place d'une dictature impitoyable, un gouvernement de modération et d'indulgence, et qui étaient devenus, par leur opposition intempestive, un embarras pour la politique des Jacobins. Les Jacobins ne voulaient, pas plus que les Montagnards, perpétuer le système de rigueur qu'ils regardaient comme l'unique moyen de sauver la Révolution, mais ils voulaient le maintenir jusqu'à ce qu'ils eussent dompté toutes les passions contre-révolutionnaires, jusqu'à et* qu'ils eussent écrasé tous les ennemis de la République. Et ces hommes, inaccessibles à la peur, supérieurs au remords, |)oursui valent avec une audace imperturbable, avec une persévérance impitoyablement logique, l'idée à laquelle ils subordonnaient et sacrifiaient tout, le salut et l'afTranchissement du peuple : car, s*ils avaient les colères de la Révolution, ils en avaient aussi les aspirations généreuses. S'ils disaient : « Nous immolerons sans pitié tout ce qui regrette la tyrannie, tout ce qui est intéressé à la venger, tout ce qui peut la faire revivre parmi nous, i ils disaient aussi : c Nous voulons un ordre de choses où toutes les passions basses et cruelles soient enchaînées, toutes les passions bienfaisantes et généreuses éveilléts par les lois, où la patrie assure le bien-être de chaque individu» où chaque individu jouisse de la prospérité de la patrie. Nous voulons substituer la morale à l'égoïsme, le mépris du vice au mépris du malheur, l'amour de la gloire à l'amour de l'argent. Nous voulons, en un mot, remplir les vœux de la nature, accomplir les destinées de l'humanité, tenir les promesses de la philosophie, absoudre la Providence du long règne du crime et de la tyrannie. > Ils avaient la hache dans une main, mais ils tenaient leur évangile dans l'autre : chez eux, l'apôtre marchait à côté du bourreau. Certes, il y avait quelque chose de sinistre dans la logique de ces hoinines qui s'avançaient à leur but, sans souci des moyens, sans pitié pour les souffrances, sans trêve devant les ressentiments et les haines; mais il y avait dans ces mêmes hommes, qui résumaient en eux une classe déshéritée depuis des siècles et livrée à toutes les misères, qui sacrifiaient fortune, affections, paix du cœur, qui prenaient pour eux la partie funeste de la Révolution vi ne s'inquiétaient ni de léguer leur

iiMiiMiin* à raiiatlHMiK* i\v> nires riitures, ni (te vouer leur nom k Tinbuiie fioiirvu i|iir liiirs |»rinri|Ns ilo régrniTiition sociale trioni|iliatteul« il y avait dans ce rAle, dans rr sioiciMiic, dans ve (l(^voik*nient sans eiemple ei sans égal« quek|ue chose fil* ^raiMlios«*. Ils ('talent, conunt' on Ta dit, les dévots de la chose |Hibllque; lenr re- !ii:ion avait, il est \rai, le raractôre sombre de leur époque, mats elle avait son ciel vUnlv ilanN !<• lointain. La Kévointion prit entre leurs mains une empreinte que rieo n'i*fT.H'rr.i : Us vonlairnt nraire Téilucation morale du peuple, et celle pensée ne les .ihaiHloiina jamais; ils oss;iyaient, au milieu des tempêtes, de poser les bases d'une riMlisition nonvfllr; ils cr«*aient la doctrine, inconnue jusqu'alors, du sacrifice de rinicitt }iri\r à lintruH pMi^'ial; ils élevaient à la hauteur d'une religion le devoir fin flt*\<Mirnii>nt à la patrie ; ils pnUendaient rendre i rhumanité ses droits et sa di- ;;iiit(''. haiiN uni* Toiile do leurs discours, de leurs discussions, de leurs décrets, od triMiw' un «sprit do justiro, de rratemilé et de philanthropie, des pensées et des |iriii<'i|MS (|iit sonddenl une émanation de TEvangile. Ils fléirissaieni régoïsine. Ils liiinoniiotii le niatlifur. Ils n*!ovaiont de sa lionle b maternité illicite. Ils protégeaieni l.i fadHcsso ot Tonraiioo. Ils M*countient Findifijent et l'opprimé. Ils prodamaieot TaFrriiirliiNS4Mnont dos coiiscit^noos. Ils niettaiait â l'ordre du jour b vertu, la probité* la jiistiro. Ils iirmaieiit la morale universelle pour tvfie des lois. Ils invoquaient la (niiMjfiico du ^tMiro liuinaln ooinnie la loi suprême. Ce sont ces principes et ces doririiios (|iii n'odotit la Révolution si grande, malgré ses erreurs et ses excès. < S«'s dngiiMs étaiont si s:iinls, que si l'on on avait efbcé l'imiiression de h main s'iiigiaiKr qui los avait signô>, on aurait pu les croire rédigés |iar le génie de Sornit* on |Mr la rhariu* do Fônélon. C'est |iar cette raison (|ue les théories n'«voluliofiu.-nri's, un niomont dô|»o|mlarisées fiar les douleurs dont leur eobnieuient a tra\adl<' la Franco, revivent ot revivront de plus en plus dans les asptationsdes lioiiimos. Kilos ont otô souillées, mais elles sont divines. Efbcez le sang; il mie 1.1 mtIIi". •

lu liistoriou ni' saurait trop le redin» : |iour juger avec inipartulilé les révolu* fKMin.iirtN {\o {VA, il ui* Tant |kis «router les firévonlions qui |ièsentsur leur mémoire» il uf* i.M pis |>n'*ior r<»mlle aux maléilictions qui bourdonnent depuis un demi* >«irf II- .niioiir ilo lour souvonir. Il est vrai que, s'ils ont sulii les emportements du M.'niif sDiN nii^uro, ils ont aussi été loués sans restriction; mais l'emiionenieut M ju^^t' l«;iN, i) in<ulto on il oxaKôro. C'est b froide raison qui doit leuir b baboee; et (|iianil vWv a |k*h4* avoo oalmt* l«*s aot4*s de ces révolutionnaires, quand elle a pUo* vo|i|ii(iuouirut aual>s«'* l'iouvro (|u'ils avaient entreprise, quand ellea m biit b purt di> tiiM ossjti's r.i(al(*s oii ils se U^uvaient, elle ne peut pas absoudre knrs mojrtas, maiN «MIc no |hmiI pas oondamnor leurs intentions, et elle se place eniro b létriHOT «>t ta ;:lnrirKMiiou : ollo o\ous<* ces bouillies qui voubieni accomplir une révoirtion <»ii la IninitTo hrillorait à tous los |H>ints, ces hommes qui combatlaicnl pour b df la raison humauio, |Mmr élargir le domaine de Pidée, pour ouvrir à h pensée, mal d«' \r*riit'\ des niutt*s infinité : s'ils rhi|>paient avecltoremr, c'est qn'ib \aitni dt*\an( v\ï\, autour dVux, des résistances et des obstacles aoM

• !.%■ MiTm . liittoirt de$ OnomdiHê, tMM V, pift 401.

(»40 FRANCHK- COMTÉ ANCIENNE ET MOUKUNE.

puissants; s*ils se défendaient avec des armes terribles, c'est qu'ils étaient sûrs d'être exterminés s'ils n'exterminaient. (3es rudes et indomptables champions, qui renouvelaient entre eux, avec le pays et avec le monde, la lutte des géants, avaient pris h tâche les travaux d'Hercule : « Douze armées à diriger, le poids de l'Europe entière à porter, partout des traîtres à démas(|uer, des émissaires soudoyés par l'or des puissances étrangères à déjouer, des administrateurs inOdèles à suneiller, à |)Oursuivre; partout à aplanir des obstacles et des entraves à l'exécution des plus sages mesures; tous les tyrans à combattre, tous les conspirateurs «^ intimider, telles sont nos fonctions, • disait le comité de salut public à la Convention, au commencement de 1794.

I^s puissances de TEuroiMî, un moment déconcertées par les résultats de la dernière campagne, avaient repris les armes. Mais le vigilant comité s'était occu|)é avec sa robuste énergie de la grande œuvre qui lui a mérité la recounaissance de l'histoire : le salut de la patrie. Pour faire face à la coalition et pour l'écraser, il avait employé à la guerre tous les bras de la République, toutes les richesses du |>a}s, toutes les ressources de la science ; il avait tiré des manufactures d'armes un million de fusils, trouvé dans les fonderies une artillerie formidable, arraché au sol des caves douze millions de hvres de salpêtre ; il avait levé douze cent mille baiionnettes et envoyé aux armées des généraux actifs, audacieux, résolus, presque tous sortis des rangs du peuple : Jounlan commandait l'armée de Sambre-et-Meuse ; Pichegru, l'armée <lu Nord; Michaud, l'armée de la Moselle et du haut Rhin; Moreau et Souhau), l'armée de Lille ; Desjardins et Charbonnier, celle de la Sambre ; Dumerbion, celle des Alpes; Dugommier et Moncey, celle des Pyrénées. Moncey, Michaud, Pichegru, noms de trois Franc-Comtois que leurs talents supéneurs avaient promptemcnt élevés aux commandements militaires, et qui devaient jouer uo rôle brillant dans l'immortelle campagne de 1791. Michaud, né à la Chaux-Neuve en 1751, s'ét;ïit présenté Tim des premiers en 1791 pour s'inscrire comme volontaire; et porté, par le suffrage de ses compatriotes, au grade de capitaine dans Tune des compagnies du second bataillon du Doubs, il avait fait un cliemin rapide : en mai 1793, Michaud était général de brigade à l'armée du Rhin ; avant la Gd de la méuR* année, il commandait une division. Il se distinguait a la reprise des lignes de Weissembourg et contribuait puissamment au déblocus de Landau.

Moncey, né à Besançon en 1751, d'une bonne famille de robe, Moncey, apfieié à fournir une carrière militaire si longue et si pure, avait commencé le métier de soldat à un âge où l'homme n'est encore qu'un enfant : à quinze ans il s*écbapi)ait du collège pour s'enrôler dans un régiment d'infanterie, il y resta six mois, revint à Besançon, disparut de nouveau du foyer paternel, se réengagea dans un autre régiment où il servit trois ans comme simple grenadier, jeta encore le mousquet, rentra dans sa famille une seconde fois, se mit à l'étude du droit, dont il se dégoûta bientôt, et reprit enlin l'épaulette pour ne plus la quitter. Sous-lieutcnaot de dragons en 1778, il était lieutenant en 178â, capitaine en 1791, chef de bataillon au commencement de 1793, général de brigade peu de temps après; et daos les premiers mois de 1791, le comité de salut public le nommait général de division à l'armée des Pyrénées Occidentales. Moncey allait s'y couvrir de gloire.

Oiuinl h Pichogni, ce fut le grand lioiinnc de guorre de cette époque, si fertilo en capitaines Immortels; sa vie, son nom, ses actes occupent dans l'histoire une de ces places qui im|)Osent à récrivain le tribut d'une juste admiration, mais aussi le contrôle d'une juste sév<^rité. Charles Piclu^gru na(|uit le M) lévrier lT(>i à Arboîs, d'une famille de modestes cultivateurs « (|u*on appelait Vichcijrn, dit Nodier, parce qu'ils tiraient le grn ou la graine au bout du ])k ou du hoyau. Noblesse qui en valait une autre, • ajoute l'auteur des Souvenirs et porlraitsde la lUrolutiou. Ses (larents étant trop pauvres pour lui donner de l'éducation, il trouva dans une de ses tantes, sœur de charité, une protectrice qui le (it entrer au colb'ge d'Arbois, dirigé alors |kar les frères Minimes. Le jeune homme attira bientôt l'attention des maîtres par la npidité de ses progrès, et les Minimes renvoyèrent à leurs frais à l'école uïîlilaire de Brienne. Dès que l'âge de Pichegru permit de lui conférer un grade, on le nomma maître de quartier, puis, peu de temps après, ré])étiteur de mathématicpies. Parmi ses élèves il s'en trouvait un dont te nom est resté le |)lus retentissant des temps modernes : Na|)oléon. Le hasîud avait rapproché ces deux existences qui devaient plus tard suivre des routes si différentes. IMchegru sortit de Hri(*nne en 1 783, conmu^ sergent au premier régiment d'arlillerie; en IT80 il devenait sergent-major : pour un roturier, c'était alors l'ultiniatinn de ravancement. Il fit avec distinction la dernière campagne d'Amérique, obtint le ;<rade d'adjudant, et il touchait à répaulett<' t|uand la Révolution éclata. Pichr^Tu en avait embrasst' les principes avec une ardeur qui lui valut d'être nommé président de la Société populaire de Hesaneon : ce rôle politique fut le marchepied de sa fortune militaire. Kn \li)\ passait à Besancon un liataillon de volontaires du (tard (|ui se trouvait n'avoir |)as de chef : il ])rit au club Pichrgrii pour son commandant, ei Piche^îni le conduisit à la frontière. Deux ans après, rex-|>résidentde la Société populaire commandait l'armée du Khin. Son génie, son extérieur républicain , son empire sur les hounnes, lui avaient promptement conquis le respect et radmiralion des soldais : Sainl-Jusl, llobespierre, Collotil'Herbois eux-mêmes s'étaient laissés irigner par la calme gravité de sou caractère et la rude simplicité de son maintien, (pii lui tioniiaient quel<|ue chose d'antique. \U voyaient en lui un <le ci*s hounnes tels (|u'ils les voulaient : ()leins d<' génie, mai^ modestes; capables de bien servir, mais incapables d'onusqu^r. tiénéral en chi*f ch* l'arnur du Rhin dans la canqKigne de ITîKJ, Pichegru, n'ayant tpie de jeunes bataillons de volontaires inaguerris à mettre en iHVsence de vieilh's troupes disciplinées, avait inventé cette ;;nerre <r«.*s(:annouches et de tirailleurs, ce système d'attaques nmlli|diées (pu déroutaient la tactique des généraux île raneienne érob*, et en deux mois il avait, d«* concert avec Hoche, rrdoniié à la Franc»» ses limites nalureltfS A Touverlure d<^ la campagne de ITÎH, Pieln'j^ru, couïmandanl dr l'armée du N»»nl, combiut» SJ's opérali(nis avec cfllrs de Join'dan, j:énéral en elirr«b' l'aruaV di* la Moselle; et tandis qu<' le premier nièm' les Français vu vainnieni's à (lassel, à tlourtrai, à Menin, à Rousselaér, à lloo^rlrdi', Ir sfcinid niarcln' de succès en succès, que couronne la radieuse victoire de Flcnrns . Iiî juin I7!li). Pichegru |)oursui( ses conquêtes : il s'enq)are de lîruges, d'Osleiide, de tiand, se réunit un moment à Jourdau sous les uiurs de lîruxelles, laisse son coIlr{;ne battre les Autrichiens à l.ouvain, les battre de nouveau au passai:;*- ilv t'Oiirtln' ei suv la Uinr, les pousser

/îii FRANCHE.- COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

jusqu*au Rhin, s^emparer de Cologne, et lui, il se porte sur Malines, culbute les Anglais à Boxtel, les rejette derrière la Meuse, prend Berg-op-Zoom, Bréda, Boisle-Diic, Vanloo, enfin couronne cette série de victoires par la prise de Nimègut», le 8 novembre 1794, qui rend Tarmée du Nord maîtresse de la ligne du Rhin.

Le contre-coup do ces heureux événements se fit sentir aux armées de la Moselle et du haut Rhin, coniuiandées par le général Michaud. Celui-ci bat les Prussiens, se dirige sur Trêves dont il s'empare, force Tennemi à rétrograder sur Coblentz, investit Mayence et Luxembourg et prend position sur le Rhin, où ses deux armées donnent la main aux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse.

Triomphante à Test et au nord, la République remportait également sur les autres points : aux Alpes, le général Dumerbion s'ouvrait ITtalie par la brillante victoire de Saorgio; aux Pyrénées Orientales, Dugommier attaquait de Tront le formidable camp du Boulou, mettait les Espagnols en pleine déroute et leur prenait cent quarante canons; aux Pyrénées Occidentales, Moncey descendait au pas de charge dans la vallée de Roneevaux, renversait, au cri de Vive la République, la pyramide élevée en riionneur d(^ la défaite des preux de Cbarlemagne , pénétrait dans la Péninsule, emportait les redoutes de Saint-Martial eld*Irun, faisait capituler Fontarabie, Saint- Sébastien, Tolosc et assurait la conquête du Guipuzcoa : c Quelles victoires que celles (|ùe nous venons de remporter! écrivait à la Convention le représentant Carrau. Trente redoutes hérissées de canons, une ville de guerre (Fontarabie) dite pucelle, devant laquelle Rerwick faillit perdre sa gloire et son armée, dix h douze mille hommes pour soutenir et défendre tous ces ouvrages, une rivière à passer sous des batteries nombreuses et supérieurement placées : eh bien, tout cela a été pris et enlevé par six mille républicains, dans Tespace de dix à douze jours ! Les soldats de cette armée ne sont pas des hommes, mais des démons ou des dieux. » La nouvelle de ces rapides triomphes avait été accueillie «^ Paris par les bravos de Tentliousiasme ; et comme ces victoires étaient dues en grande partie au général Moncey, les représentants proposèrent de lui conférer le commandement en chef. Le noble Monce> écrivit pour refuser ; mais les représentants insistèrent, et la Convention proclama te vainqueur de Roneevaux général en chef malgré lui.

Tant de victoires remportées en une seule campagne furent poétisées par un désastre beau comme Théroîsme, par Timmortelle catastrophe du vaisseau le Vetigeuv. Un convoi de grains, chargé sur cent seize navires, et parti de Saint-Domingue, approchait des côtes de France, escorté seulement par trois fré^tes. On savait que l'amiral anglais Ilowe croisait dans le golfe de Gascogne avec trente-huit vaisseaux pour capturer la précieuse denrée, destinée à nourrir la France alors en proie à la plus affreuse disette. L'escadre de Brest, forte de vingt-six vaisseaux de ligne commandés par Villaret-Jo}euse, reçut l'ordre de se porter au-devant du convoi et de l'accompagner jusqu'à sii destination. Villaret-Joyeuse rencontra l'amiral anglais à cent lieues des côtes ; et le 1-' juin 179*, les deux flottes se heurtèrent dans une dos |)Ius terribles batailles qui se soient livrées sur les mers. FiCs marins de la République, malgré leur bravoure furieuse, se virent i)ercés sur leur centre, écrasés sur leur gauche, forcés à l'immobilité sur leur droite, et ils perdirent sept de leurs vaisseaux ; mais Tnn d'eux, le vais*;*\iu le leiujeui\ près de dis|>arattre dans rabime, n'fusa A»

se rendre : il encloii;i Min |Mvillon, fli feu de foules ses baUeries» puis se bissa eooler ba%, au cri suprême de Vive la République ! Saisis d*adiniralioii et d'épomrania à r^ispefi de tant d*héroîsme, les Anglab eessèreot les premiers te combal; du reste, leur noue avait tellement souffert, qu'elle fkit obligée de regagner ses ports, et le convoi de SaintrlHHiiingue continua sa route pour la France, oit il arriva sain et sauf.

1^ prodigieuse cam|>agne de 1794, compléniient de celle de 1798, avait assuré la prospérité de la République i l'extérieur ; mab à rintérieur, les souRIraDoes nuh ic'HiHIes et morales redoublaient : rindustrie el le commeree étaient anéantis ; la plu|iart des denrées premières avaient disparu des marchés ; la Tamine oeeasioonait des troubles fréquents , malgré les mesures du comité de salut public, qui déployait autant de vigueur que de vigilance pour mettre Tordre dans te gouverBe* ment, emiNîcher la disette et assurer Texécution des lois relatives à rémission des assignats, au maxinmm, aux marchandises, etc. Mais en même temps, la lerreor continuait : le comité ne voubit s'arrêter que lorsqu'il en aurait Uni avec les ennemis de la République, et les exécutions se multiplbient h Paris et dans les provinces. Nous sommes heureux de récrire, les départements de Tandenne ftanchetlomté furent de cetix où b lucbe révolutionnaire frappa le moins de têtes : k Tex* ception de douze des |irinci|iaux chefii du fédénlisme dans le Jura, qui moururent sur FcThafaud au mois de juillet 1704, peu de familles eurent des victimes à pleurer. Robespierre le jeune ayant été envoyé par son fMte en mission dans h Hante-SaAne et le houbs, « ce jeune homme, dit Umartine, ne se servit de b touteiNiissanee qiN* lui donnait son nom que |)Our modérer ses collègnes, réprimer las supplices, ouvrir les prisons. Apres un discours de clémence prononcé à b Société poputaira de \vsm\, il rendit la liberté i huit cents détenin. Cette indulgence ne larda pas k scandaliser son coll(*giic BemanI de Saintes. Le Jeune représcttant poursuivit ai mission de clômence. Ia' président du club de Besancon, noble de naisaance, M ayant parié un jour en séance de rillnstration de sa bmilte, appelée k de hmitea des(int'*os : « 1^ senlces que mon firère a rendus k b Révolution, répoMHC Robes* c piem* le jeune, sont tout {lersonnels. L*amour du peuple en a été le prix. Je n'ai « rien à en revi*ndii|uer pour moi-même.... Tu parles, i^ta-t-fl, b bngM de Ta* € risiornitte. Sou iem|K n*e5t plus. Ne présides4u pas celte Société, loi qui es ué « (rnn rnn;; arislocniique, et qiri comptes un frère parmi les traîtres k b pMie? « Si I.* nom de mon fri-re me donnait ici un privUége, te nom du lieu t*eBvemdl k « la mort. ■ Kiitourê des |iartnts des détenus, qui lui représentaieal ha hjMieea et les tyrannies de ses collègues, mais sans pouvoir bon des limHetdu àtpmUmÊtà Roliespierre le jeune leur promit de porter leurs pbintes k b CouvcttHou, et de rqi iMjrter la jiisiire. • Je reviendrai ici avec te rameau d*olivier, ou Je moaml pour • \ oii*i, leur (lit-il, car je vais défendre k b fois ma lête el «Ha de vus purauù *• » Bernanl de Saintis, imligné du système de eondlbtion et dImMgeuea et mm eol> lêcne, Tavait déiionrê au i*omité de satui puUte, comme trallre k b puMa.

KolHHipiem* jeune no revint pas. Victime d*uo rare dévouement, il BMunil, tnÊÊ

• laiàBTnc. Hiâluirê éti Ciron^iiu, Ioom Vil, pift 3S7. Ob Uwit, diM kl traité dt la IlévoUtton. de (Ji. NoJier, ém éklaik otfWvt «r li mmkm éê cl tic Ikrnard «le SaiDlc«, dati Ict ééftrttanaf <a Unbt tt ds li

6f4 FRANCHE -COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

mois plus Uird, avec son frère. Depuis quelque temps, un parti s'était formé contre Robespierre aine, Saint-Just et Couthon, et travaillait en secret h les|)erdre. Robespierre, par la nouvelle direction politique et religieuse qu'il voulait donner à ta Révolution, avait blessé quelques-uns de ses collègues du comité de salut public et du comité de sûreté générale, dont il combattait, chez les premiers le système d'extermination, chez les seconds l'esprit d'athéisme; d'autre part, il avait fait trembler, par des allusions où ils s'étaient reconnus, certains Montagnards gorgés de dél)auches et de rapines, et qu'il appelait lui-même les immoraux, tels, entre autres, (|ue les Tallien, les Lcgendre, les Bourdon (de l'Oise), les Fouché, les Barras. Mais ceux-ci, appuyés dans le comité de salut public par Collot-d'Herbois et Billaud-Varennes, soutenus dans le comité de sûreté générale par Vadier, Vouland, Amar, attendaient l'occasion de frapper le grand coup. Robespierre la leur fournit. Le 8 thermi<Ior (26 juillet 1791), il prononçait à la Convention un discours oii il attaquait les deux comités ; le lendemain, jour de la fameuse séance du 9 thermidor, la lutte s'engage. Collot-d'Herbois, ennemi de Robespierre, occupait le fauteuil de la présidence; le côté droit de l'assemblée, le plus nombreux en suffrages, et de qui dépendait l'issue de la lutte, était gagné depuis la veille par les Montagnards compromis. Tallien et Billaud-Varennes commencent l'attaque : le premier demande c que le rideau soit entièrement déchiré; » le second, â défaut de preuves, entasse contre Robespierre les accusations les plus vagues; et lorsque Robespierre [)arait à la tribune pour ré- |)Ondre, les cris : A bas le tyran ! couvrent sa voix dès les premiers mots. Tallien reprend la parole : il renouvelle les accusations de Billaud-Varennes, il agite dans ses mains un poignard, destiné, dit-il, à percer le cœur du nouveau Crotnwell; il fait décréter la permanence de l'assemblée et l'arrestation du commandant de la force armée, Henriot, dévoué à Robespierre. Barrère parle à son tour : il demande que la commune de Paris, où dominait Robespierre, soit tenue de veiller au salut de la représentation nationale, et qu'elle réponde, sur sa tête, de la tranquillité publique. La proposition de Barrère est adoptée sur-le-champ. Robespierre remonte h la tribune et cherche à se faire entendre : sa voix est étouffée par les bruyantes clameurs de l'assemblée. « Occupons-nous du tyran, » reprend Tallien, qui continue ses aausations. Robespierre l'interrompant : c C'est faux! je.... > mais une explosion de cris l'empêche de poursuivre. L'assemblée ne voulait prêter l'oreille qu'à ses accusateurs. Épuisé des efforts inutiles qu'il faisait depuis une heure pour obtenir la parole, Robespierre arrête ses regards sur les Montagnards les plus ardents : quelques-uns détournent la tête; d'autres sont comme |)étririés. Alors, promenant ses yeux abattus sur les divers côtés de l'assemblée : < C'est à vous, hommes purs, qui* je m'adresse, dit-il, et non pas aux brigands.... > On lui répond |)ar de nouveaux cris. Il fait encore un effort : c Président des assassins, dit-il, pour la dernière fois je te demande la parole. — Tu ne l'auras qu'à ton tour, • lui répond le président ; et Robespierre, aux abois, parcourt les bancs de l'assemblée, qui le repoussent; il revient à sa place, é|)uisé de fatigue; sa voix s'éteint, sa langue s'épaissit, sa bouche écume : « Le sang de Danton l'étonlfe! s'écrie un député. —C'est donc Danton que vous voulez venger, réplique Robespierre. — Le décret d'arrestation contre Robespierre! > s'écrie un autre député; et l'arrestation, mise aux voix, est adoptée au

FKANCHI:: - COMTÉ FUANÇAISi;:. 6|.%

milieu (le luinuUiioux nppL'iudissoiiicnts, suivis du cri de « Vive la RJ/mblique! — La République, reprend ninèreineiit RoI)Cspierre, elle est perdue; leshrig.-mds Irioinphenl. » Cest à ce moment rpie Robespierre jeune, qui n*étail pas «ircusé, prononça CCS nobles paroles : « Je suis coupaldc comnie n)on frère ; je partage ses vertus, je veux partager son sort. Je demande aussi le décret d'accus;ition contir nN>i. » l/assemblée déclare qu'elle coni|>rend dans le décret Uobespierre jeune ; elle V joint Coulhon et Saint-Just, qui assistaient à la séance, calmes et impassibles; elle y ajoute l^bas, qui avait aussi deman<lé à partager le sort de KolK'spierre ; et les cinq députés sont saisis par les gendarmes, amenés à la barre, conduiLs ensuite au comité de sdieté gt*nérale, et de là en diverses prisons.

Le lendemain, Robespierre comparaissait devant le tribunal révolutionnaire, avec son frère, Lebas, ses deux collègues Saint-Just et Coulhon, et <lix-sept autres proscrits, au nombre desquels se trouvait RiMié-François Dumas, de Lons*le-Saulnier, ex-président du tribunal révolutionnaire. Le tribunal constata seulement Tidentité des vingt-deux accusés, et dans Taprès-midi du iO thermidor, il les faisait conduire à la place de la Révolution, où Tinstrument du supplice éUdt dressé. Robespierre monta le dernier sur Féchafaud ; un instant après, sa uHe tondiait.

Ainsi mourut, à trcnte-cini] ans, Thomme le plus considérable de la Révolution, et qui Tavait assez ren)|)lie du bruit de son non) pour en rester le représentant. < Robespierre était incorruidible et incapable de voter ou de causer la mort de qui que ce fût par inimitié personnelle ou par désir de s'enrichir. C'était un enthousiaste, mais il croyait a^r selon la justice, et il ne laissa pas im sou h sii mort. Il avait |dus lie suite et de conception qu'on ne pensait, et, après avoir renversé les factions effrénées qu'il avait eu h combattre, son intention était de revenir à l'ordre et à la modération.... On lui a inquité tons les crimes commis par Hébert, Coiloi-d'lierbois et autres. Ils ont tout jeté sur lui. d

L'homme qui portait ce ju^rmenl sur Robespierre était l'enq^ereur Napoléon.

6i6 KRANCHE-COMTÉ ANCIENNE KX MODERNE.

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