‹ Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, précédee d'une description de cette provinceChapitre 44 sur 52 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Réaction thermidorienne. — La jeanesse dorée. — La Gironde et le royalisme. — Compagnies de Jéhu.

— Massacres des républicains. — Les jéhuistes jugés par Cli. Nodier. — Progrès et espérances du royalisme. — \jii compagnons de Jéhu dans le Jura. — Assassinati. — Tabey, de Saint-Amour.

— Tragédie du pont de Jugnon. — Pichegru ; sa conquête de la Hollande. — Commencements de sa trahison ; sa négocation avec le prince de Condé. — Crime de Pichegru ; son rappel de l'année.

— Son séjour à Arbois ; ses relations avec Louis XVIIL — Le 18 froelidor. — Déportatioo de Pichegru à Cayenne ; son évasion. — Le général Lecourbe ; sa campagne de 1799.— Le général d'Arçon ; les batteries flottantes.— Bichat. — Desault. — Victor Hugo et Lamartine. — Cuvier.— Proodhon.- EncorePichegru.— Sa conspiration avec Cadoudal et Moreau.— Arrestation de Pichegru; son suicide.

On donna le nom de thermidoriens aux Montagnards qui avaient fait la journée du 9 thermidor et qui allèrent siéger au côté droit de rassemblée. Quant aux comités de salut public et de sûreté générale, ils s*aperçurent, dès le lendemain de leur victoire, qu*ils s'étaient tués eux-mêmes en sacrifiant Robespierre : ainsi, lorsque Barrore vint, le iO thermidor, annoncer à la Convention « que la force du gouvernement allait être centuplée par la chute du tyran, » et qu*il demanda le maintien des lois révolutionnaires, ses paroles Turent mal accueillies de toutes parts. Cest qu*on ne voulait plus de la dictature des comités, on ne voulait plus de la terreur; mais, par suite de révolution politique des thermidoriens, qui se lançaient dans une voie contre-révolutionnaire où ils entraînèrent avec eux la majorité de rassemblée, une autre terreur allait surgir. Depuis le 9 thermidor, la réaction relevait la tête : les partis hostiles aux comités et aux Jacobins commençaient à demander des vengeances, et de son côté la presse attaquait avec acharnement c la queue de Roliespierre : » VOrateur du Peuple, journal rédigé par Fréron, t invitait la jeunesse à sortir de son sommeil léthargique pour venger les vieillards, les femmes et les enfants, en exterminant les massacreurs. » Une foule de jeunes gens appartenant aux classes moyenne et riche, ou recrutés parmi les habitués de cafés et de spectacles, parmi cette tourbe de libertins égoïstes, désœuvrés et bruyants qui n*aimaient dans rhistoire de France que répo(|ue de la régence, répondirent à TapiHîl de Fréron. Ces jeunes gens, qu*on appela les muscadins ou h jeunesse dorée ^ se réunirent en groufies nombreux, et, parcourant les rues avec desb«1tons plombés, ils livrèrent aux agents (le la terreur, aux Jacobins, aux ouvriers des faubourgs, une guerre à outrance. Paris devint un champ de bataille. La Convention, par sa politique maladroite, secondait ces essais contre-révolutionnaires : ainsi, elle rappelait dans son sein les soixante-treize députés proscrits pour avoir protesté contre la journée du 31 mai, elle décidait (|ue les Girondins mis hors la loi cesseraient d*étre poursuivis, et elle décrétait d*arrestation les Jacobins les plus marquants; elle révoquait les mesures d'expulsion contre les prêtres et les nobles, et elle obligeait tous les membres des u)unicipalités et comités révolutionnaires à rendre compte de leur gestion; elle faisait ouvrir les prisons aux sus|)ects, et elle ordonnait la fermeture du fameux club

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des Jacobins, le défenseur o( le proïKigateur le pins inlluenl, depuis 1789, des principes et des idées de i:i Kévolution.

Ce qui se pass;iit à Paris se ré|>était dans les |)rovinces ; les représentants en mission y organisaient le mouvement réaclionnaire, selon les vues des thermidoriens : ils faisaient dissoudre les Sociétés |;opulaires, les comités, les conseils, les numicipalilés, enfin tout ce qui, dans Tordre administratif, judiciaire et politique, étail imprégné de Tesprit jacobin, et les reconstituaient avec les éléments du ()arti réacteur; Ils proscrivaient des administrations les républicains éjtrouvés, pour y pousser do fédéralistes; ils onlonnaient rélarglssement des détenus, et ils faisaient dés;irmer, arrêter, emprisonner les terroristes, comme on appelait les Jacobins et lesser\iteurs du gouvernement tond)é, ou plutôt connue on appelait tous ceux (|ui avaient participé d*une manière quelconque h rœuvre de 03. La réaction thermidorienne Diarcbait à |)as aussi violents que rapides : eih; devait être dépassée* ct^pendant. Derrière le parti des Girondins, (pii maintenant doudnait la Kévolution, a|)paraiss;iii le royalisme, qui ne cachait plus ni son (Irai>eau ni ses ]M)ignards; et tandis quVi Paris, la Gironde, Temportajd à son tour sur la Montagne, exerçait contre celle-ci de sanglantes représaUles, su|)pliciait, déportait, euqirisonnait.soixaute-deux dt; ses membres, à Test et dans le midi de la France le royalisme, croyant tout légitime contre les républicains, les poursuivait dans les rues et dans les promenades, les traquait jusque dans leur domicile, les éi^orgeait jusque dans les prisons ; il organisait une nouvelle terreur, sans autre motif (|ue la ven.n;eance; il enrégimentait, sou> le nom de compagnies de Jèliu ou du Soleil, des bandi*s couq)osées eu partie de fils de famille aux passions exaltées et violentes, en |)artie déjeunes gens ptTdu^ de débauches et de dettes ; et ces bandes ne cond)attaient |)as : elles assassinaient. Il y eut des villes, il y eut des dé|)artements où les couqKignons de Jéliu couunirent d*épouvantables atrocités : à Lyon, ils enfoncèrent les [)Ortes des prisons, massacrèrent quatrt*-vingt-dix-huit délenus et les jetèrent dans le Khûne; à Xinies, à Tarascon, à Aix, ils allèrent par deux t'ois chercher au fond tie leurs cachots une foule de cajdifs cou|)abIes de républicanisme, et après les avoir inq)ito\ablemeiit éj^orgés, ils dansèrent des farandoles autour de leurs cadavres; à Marseille, deux cents malheureux, entassés au fort S;iint-Jean, finvnt mitraillés, as|)hyxiés, massacrés dans leur prison, et les assassins marchèrent à cette boucherie humaine, le rrucitix en tête : à Tabomination i\\\ criuu\ c'était joindre ritorreur du sacrilège, liesmillieis de réjiublicains périrent dans cette Saint-Harthéh'my de patriotes. Chaque jéhuiste se (it bourreau, bourreau tuant sans raison connue sans nécessité, uniquement pour assouvir des inimitiés pers<innelles; et, ce (pi'il y avait de plus hideux dans ces hideuses tragédies, les meurtriers ne cachaient [wis le |Miignard qui fnip|»ait, ils le tenaient hors du fourreau; ils ne frémissaient pas à l'aspect du san;^' Versé ainsi, ils mettaient de l'or^^iieil à exagérer le nondire des victinu^s inunolécs de leur main. ^ (le fut, tlit (Charles Nodier, ce fut un étrange, ini é|»ouvantable spectacle! On n*a peut-être jamais \u aus<i ioiigtenqis chez un [leuple Fautorité légale mist* en interdit, et la vengeance arbitraire hardiment érigée en face île la loi. (!e nVtait pas une quesli(»n, c'était un droit! On exécutait un a^sissinat eounne un jugement, et hs gens (pii laissaient n'avaient rien :i dire. La llinihe du meurtre

(^tait montée dans les hautes classes. Il y avait dans les salons des secrets de mort qui épouvanteraient les bagnes. On faisait Charlemagne à la houillote pour une partie d'extermination, et on ne prenait pas la peine de parler bas, pour dire qu*ou allait tuer quelqu'un. On n'avait jamais vu tant d'assassins en bas de soie....

La classe proscrite, continue Nodier, s'était jetée d'abord avec enapressement dans les |)risons pour y chercher un asile. Quand cette triste sauvegarde de l'infortune eut été violée, comme tout ce qu'il y avait de sacré chez les homnaes, comme les temples et les tombeaux, l'administration essaya de pourvoir h la sûreté des victimes en les dépaysant, pour les soustraire au moins à l'action des vengeances particulières. On les envoyait à vingt, h trente lieues de leurs femmes et de leurs enfants, parmi des populations dont elles n'étaient connues ni par leurs noms ni par leurs actes, et la caravane fatale ne faisait que changer de sépulture. I..es jéhuistes se livraient lem* proie par échange d'un département à l'autre, avec la régularité du commerce. Jamais la conscience des afTaires ne fut portée aussi loin que dans cette horrible comptabilité. Jamais une de ces traites barbares qui se payaient en léles d'homme ne fut protestée à l'échéance. Aussitôt que la lettre de voiture était arrivée, on balançait froidement Vavoir et le devoir, on portait la créance en avance, et le mandat de sang était soldé à vue. C'était un spectacle dont la seule idée révolte l'Ame, et qui se renouvelait souvent. Qu'on se représente une de ces longues charrettes h ridelles sur lesquelles on entasse les veaux pour la boucherie, et là, pressés confusément, les pieds et les mains fortement noués de cordes, la tête pendante et battue par les cahots, la poitrine haletante de fatigue, de désespoir et de terreur, des honnnes dont le plus grand crime était presque toujours une folle exaltation dissipée en paroles monac^intes. Oh ! ne pensez pas qu'on leur eAt ménagé à leur entrée ni le repas libre des martyrs, ni les honneurs expiatoires du sacrifice, ni même la vainc consolation d*opposcr un moment une résistance impossible à une attaque sans péril. Le massacre les sur4)renait immobiles; on les égorgeait dans leurs liens, et Tassommoir rouge de sang retentissait encore longtemps sur des

corps qui ne sentaient plus Tout cela ressemblait étrangement aux exécutions

des cannibales, et, cojnme chez eux, l'affreux sacrifice se passait au bruit des chants. Dans la liouche des tueurs, c'était le Jiéveil du Peuple, qui allait toujours augmentant d'éclat et de sauvage expression h mesure que les fumées du sang leur montaient au cerveau; c'était le refrain de la Marseillaise, qui expirait de mort en mon <lans la bouche des mourants.. . . L'aspect de ces tragédies devait être plus sinistre encore dans les cachots, où, à l'exception du geôlier consterné qui ouvrait là [)orte, l'action se passait tout entière entre Marins et le Cimbre. L'assassin s'arn^ tait quelque temps sur le seuil [)onr exercer son regard à l'obscurité du souterrain; il le |)romenait ensuite avec une cruelle avidité dans tous ses recoins, jusqu'à ce (|u'il eut à demi discerné sur une poignée de paille quelque chose qui palpitait d*é- ))Ouvante. Alors le tigre bondissait en poussant son cri de mort, et Ton n'entendait plus (lu'un gémissement. Quels adversaires, grand Dieu! quel combat! quel cbamp de bataille! quelle histoire! ' n

t Souvenirs et portraits de la Uévolution, pages 114, 150 et iuivanles, édiUoD de ISil.Oi trouvr dans ce liviv île iiotic nMirbir cuiiipalrioii' (Cti. Nodier élait, comme on je Mil, de &«••■(•■),

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l.'*s i'i)ii«Miiis<li' la KiAoliKinn ir.iNaiciit pliiH k* droit ilo (IrcInniiT contre les lioniiin-N «II- *X\, rjniiif ta itTHMir. «Mmtn* m'^ iiiiK^iaiTi"^, »it's iin\:i(li*s el ses fiisilladts : iN |i'^ a\.inM'i )!• pa'^Nrs. Si 1rs rMvs «ït-s conirr-rrxolutiuiiiiain'S irciirenl pas l«» »*ini^!i«' t'-ri.ii «il- n'\i\ t\rs J.iimImiis, c'f^l (|ii«* U*^ |in'iiiler^ fnn'iit, ruiiiiiu* on Ta <lil, di'N .jss.isNiii.iis sinir.ls ri isnirs, r! Ii's MToiiiN, (l<*s (*\tViiti(in< piiliiiqnrs elrcleniiss.ii)t«s \nili |Miiinpini riKirifiir «pii ^'aliarJM* an\ «'xènilions di* la ItTreur n'a p.is :iiiriiii lis jss:issiii:i(s ()i* la itMiiimi. ipioiqiic (vlle-ri n'il i'*(é plus 0(licMis«' cl Miniiis |,-;:iiiiiM'. \„{ tiTidir m''\ jssiit poiiF Naiivi.T lc [Kivs ; la r«*artion frappait |»oiii' SI' M'iiii:!'!'.

Ij-s l'iiiiip.i^'Tinns i|i* Jiliu poiivaii'iil iiiipnririn«Mit poursuivre le cours de leurs turfK'N iV)MiMiraiiirs; lis n*a\aieiit rien à craiudrr d(*s autorités, «pii e\cusaieut jfiirs :hti*s ni disant : •• \y peuple a cru |Hiu\oir donn«T la mort à ceux qui la lui dniiiiairiii dipiiis trop Inii^'tf'Uips. •• |lf >ou côlé, la <*on\eution, dominée |iar les (^irniidiiis, i.ijssaii i-i> nluits luijtuuis : < elle craignait moins, dit riiistorien Tliili.iiiiliMii iMrninift' sut hi (.niivriitinn , Ifs terroristes ro\au\ qih* les terroristes iv\n|utiniMiaires, et il iif lui M'iiait |ias à la |N-nsée que le n»>aliMni' \mi rena!tn> di* sCs (i-udn's. h A cettf époipir re|ifndani mai et juin i'M\, le roulisme faisait uiit'ux fpii* lie renaître, il cori^pirait ou\erlement; il dis:iit tout liant que c'en était fait ilii ^'niiNenicuietit iv|Hililicain. il parlait île la restauration de la maison de lUuir- Imiii, ciiiniie' iriiiir ciTtitudi* i|iii lie de\ait pas si* faire attendre six mni>. Le ro\a« lisiiif a\ait «taltli sun qnartit-r ^'«liéia! à L>(tn; il > a\ait S4»n cmiiité, sdn adiiiiuisliafinii, snii l'tat-inajoi ; il se reiiforrait chaque jiuir d'émigrés qui rentraient en FraiMi" a l'aiilf «!•• f.iu\ iia'-si'-jMiïis. ou i|ui sr rassemblaient sur la frontière suisse; il n!;:aiiisait d>ii\ arui('*i'S, riiui* daiis Irs iiiontaf;n«*s de rAuver;!ne. et l'autre dans I«s iiMiiiia;:ii<-s du Jura. Il entrait dans ii* plan des ri«>alist(*s di* fjirf du Jura une srnihili* \«'n«!if; l'est à rfiti* lin ipii* trois aiieiens ministres de Louis XVI s<» |«*iiaii'iil ( arlits au cliâtiMU di* r.hàlaiii, fii attendant l'IiiMire d'agir. La ville de IaiUn- I.-saiiliiiii riait !»• iviitir drs uii'n»'i's rn\alistf*> dans l'est, comuii* elle a\ait été, t\r\\\ Ils :(iipaîa\a!it, le f«»\rr di- la li^!ue OMJéialisii', ««t plusieurs fois ses lialiibnlN 1-lniifiis a\ati'iit |iii liif Niir \vs murs dfs plaranK iiicendiairfs ifui ap|M*laienI à la ir\o!ti- an iiiiiii df l.niijs \V|||. L«* royalisme ciqM*ndant, malgré v-s es|ki'*rances si haitiriiH lit rxpiiiiM'rs. allait atltrnlrc qiiilquexiigt nnsencon' a^ant de se reinstalle aii\ liiili-riis, a\«i I.i pnniisslnn de r^tranger : le grnie d«-\ait avoir la pn'-M'^nce siti II l.^'idiiiiic: II' loi p.ir la riutniif île l'épiV dr*\ait |M>ser a\ant le roi |»ar la

klà«'i* •!»• |)!f|l.

I.«>ns-1« -Viiilnii-r \i\ait alnrs vnis ta pressinn delà terriMir; car. il faula\oirle (iiiiiar'»- •{<- \r •iii'i-, le Jura posstdait aussi sis rompagmiiis di' JéliU, i|ui avaient lait d>- r''tt'- xil-t' rnuiinf jt-nr qiiarli'T général : c'i'tairut îles j«*iiiiis gcus de tiun inii t'i i\r Im'IIin i)iaiiirh-s, dissi|i,it> ui s ft tiirliuli^uts. pliis llUTtlus que dé|»nxés, SI i[is j.i.iii la pliipait i!r la 4 las^r aisit*. et auxquels m* trnu^aient uiélé> Jirs musra' ittny lit* ii-îii' |"'pulait' arisiiH laïf, srli-u l'iX[»n'ss|nn de Ni>«lii'r, qui counilde déjiain ÎM'^ •n «liliaih !i. s r[ iri-xusi-n rxi rs a|iri-'* t'arisiiH ratie de humi( et de lur-

.|«» pi, '^ l-.t!> fi r uji'ri. M.aii fh iiii^ine triii|i* bien mirante» « lire. %ur Itf^mr ilc la r<ilit« |lirrii.i<li>titlirir t| «ur ir^i^lrnir ilr« <<impvnif4 Je Jeliu-

tunes; du reste, les uns et les autres sans religion, sans convictions politiques, mais poussés par un I)esoin de vengeance et d*égorgement passé à l*état de fîëvre. Ces clicvaliers du brigandage et de Tassassinat étaient organisés eu bandes : ils avaient leurs cliers, leur discipline, leurs instructions, leur mot d'ordre, et ils n*agissaient pas dans Tonibre; ils marchaient à découvert, ils s^aflicbaient. Ils avaient commencé par insulter et menacer; ils finirent par assommer en pleine rue, égorger dans les l)risons, uïassacrcr sur les routes.

Après le 9 thermidor, un grand nombre de patriotes du Jura avaient été, les uns proscrits comme Jacobins, et ce mot répondait à tout, les autres arrêtés comme agents de la terreur et prévenus, h ce litre, d'avoir prévariqué dans Teiercice de leurs fonctions. Les premiers s'étaient réfugiés dans les bois, dans des asiles protecteurs, même dans les prisons; les seconds attendaient au fond des cachots, ou plutôt de cacliot en cachot, leur jugement ou la mort, car on les envoyait de Lonsle-Saulnier à Dole, de Dôle à Lons-le-Saulnier, de Lons-le-Saulnier à Bourg, de Itourg h Lons-Ie-Saulnier : ils furent traînés ainsi, pendant plus de six mois, de tribunaux en tribunaux, de prisons en prisons. Les imputations de vols, d'immoralités et d'actes sanguinaires, dont on les chargeait, ne pouvant être justiflées, malgré les efforts des juges et des accusateurs pour trouver oes crimes là où il n'y en avait pas, on n'osait pousser l'arbitraire jusqu'à frapper "de condamnations capitales des hommes qui n'étaient guère coupables que de leurs opinions; d'autre part, on ne voulait pas d'un acquittement : les compagnons de Jéhu tranchèrent la difficulté.

Au mois d'avril 1795, trente-six républicains détenus partaient des prisons de Bourg pour être conduits dans celles de Lons-le-Saulnier : à peine sortis de Bourg, ils furent assaillis par une bande armée de bAtons et de pistolets, et six d*enlre eux périrent massacrés. C'était la première page d'un drame qui devait s'écrire d'un bout h l'autre avec le sang des patriotes.

Au mois de mai, deux détenus sortaient, à quatre heures du matin, de la prison de Lons-Ie-Saulnier; on devait les mener h Bourg, mais ils étaient attendus. Dans la rue des Salines, les compagnons de Jéhu tombèrent sur eux, et, en présence de l'escorte, qui restait immobile, ils les meurtrirent à coups de bâtons, ils les tailladèrent à coups de sabre, ils les laissèrent pour morts. On coucha sur une charrette tes deux mutilés, qui furent traînés en cet état jusqu'.^ SaintrAmour; mais on ne put les transporter plus loin : ils allaient succomber si un chirurgien ne fût venu panser leurs blessures. Six jours après , un rassemblement nocturne se dirigeait sur la maison de justice de Lons-Ie-SauInier, où étaient enfermés d'autres patriotes : parmi eux se trouvait l'austère répu))licain Tabey, de Saint- Amour, l'un des cinq membres de l'ancienne commission administrative établie à Dôle par le décret de la Convention du 9 août 1793. Une trentaine de compagnons de Jéhu, car c'étaient eux qui allaient à la curée de nouvelles victimes, pénétrèrent dans l'enceinte de la prison et forcèrent le geôlier à leur livrer les clefs des cachots : quand ils se retirèrent, leur besogne de sang était faite. Ils revinrent la nuit suivante; ils se ruèrent dans l'intérieur delà prison, malgré une garde de cinquante liommes, et dès lors il devint impossible d'arrêter leur fureur : le sabre et le pistolet au poing, ils appelaient des noms voués h la mort, « parce que, dit le procès-verbal, ils ne voulaient pas rester plus long-

k»av:mk-«:omii. iu\v;\isk. «r.i

ii'iii|i> Nniii.is ;iii\ iii.iiirs ik'lt'iir> |N'n'N f^mr^i's, ijuj leur ilriiKUidairiil \tiipMiirr. > i'r fui il.tiis nttt' tmirihlr nuii i|iii' |HTii TalM\\, tlonl Ncxiier ranmle ainsi la lin }i«'n»hjiit' :

T.i)if\ ^isiit iiKiLnlr Mir un nianxais pliant ilnns nn <lts anglos les pins n'lir«'*s lit' l.i priNiiii. ProtiV<' i'*n' mmi rtat dt* sonllrante vi (Kir Ws l«*nt*)iri'> oîi on ra\.iil t .M'tif, li .i\.iit \ii «lix ftiis les l'^'orpurN |iass<T pivs ilt* Ini en allant an rarnap'; il ti'N :i\;iii xun (Ii\ toiN ifvt iiir sin^Hant'^. La tnMi|M* s't'ioignail. Tont à t'onp la mniiMir irtliir Ni-rs ^nii lii, r.'ir il> a\ai«'nl oiiliht; fpielt|nt* chose. « TalN'\ ! TaiN*) ï rricnl <les MH\ liirHiist'N. — Kl* \oi('i. ivptin<i-il i*n s^ snnirvant prniMi'nirnt >nr srs p'iionx; « 4 \'^t nnii (|iii nr.ippi'ilc lalicx. i* l'ni' hallt* |iart «'t lui fraraNM* |«* liras; ra^si«»>iii iii''\|t« I ui.iîili n'axail pas pris Ir t<'inpN iraju^ItT >a xiclinie. Tahe\ >o relr\r i*n s'ap-

I ii>.inl flr r;iutii' lira^ : -> ir n'isl pa> la. liit-il. rV>t la qu'il faut frapper, ^ et il >1 -roM\n' sa poitrine. i'.*\{r tnis, nn «Mit l'Iiunianitr de le (n«M' à bout |K)rtant '. >

Apii'N er eriuir, lis assaNMn> sr retin*n'nt tcimpiillrnient.

I.i- li'iii](Mii.'iiii, ranlniiti* iniuiiripale annonra, «lan> unr pmelaniation, (|uVlle um*r.iii lit' Ions leN idum'iis m son ponxou' (Hiiir >*op|Hiser âe«*s nnlnurs int'jrniMihtt's I inI II' nml (If hh lit V f/.xw}NN/rf///.s 4|u'ii laiiait rniploMT , mais elir >vu tint la; «»n pliili'i;, .111 lii'ii (]•' ii'i htTt lit'i' ji^ eoup.iiiles. ellt* lit jdiT en prison piusirurs ntt)\ens ^ii^pii |s (le jiirniinii^iiM' : < 'i-l.nt, m ipielqiit' sortt\ olfrir ite nnn\«'llt*s \n;!iines â la \< ii;:i Miirc iJiN Miuipa^'iiitii^ i!r Ji'liii. Ou U* \\{ ini'titôt. Lt*s scfUi s sih^lantes rernihiiM iiri Ti'îit ; 1rs piisniiH s,. tiMiixiornii'ri'nt en ImuhIhtm-»», Ii*^ «Iflenns ne furent iiiilir |i.iil .(NsMifs «II* li'itr {•'iiiliihaiti. ri pri.dant «r temps nn nime liomMe seronvMiiiiii.iil s|i|- j.i nuilr ilr Kmiii,:.

Puis I.i iMiil lin 1"* jinii I7!C». ili\ tirs piinri|iaii\ J.it'ohin^ du Jura paitairnt de r>«<iii/ ptiiir ir\tiiir.'i l.i>us|i-N;iiilniri' : 1rs piisoiiuiers, prrssiiitanl i\utt\\ tr>et>ii-

• -l^.ilt .1 I.I Mii'lt. .i\ait|ll pl.li I' sulls Irui's \i'lrliiru!s i|i-s i .itiii Ts «Ir |i.lplrr. alÏM dc

i.'-.i.jM'i |i-s (-oii)is iir> nini|ia^'iitinsf!t- Ji'jiii. .. Jonlrs priraiilions drxinicnl innldrs. \ iirif hi-iir (Ir P.'Mir^', Ir jtiur « tiiniiiriit-ait à paraitrr, — e'rlait an |»<int de Ju-

!iiiii, iLiiiN un t iiilitiit où la iitiilr riaii iMinJtv ijt* linis d^s dru\ et'>{i->, Ii*n priM»n- !iii l's SI- , nix.itrni v.nixfs, ipiaiiit nitr uiiiltiluile irinili%itliis maM]iirs irirtrlretinxiii,

' :mii> It n ;:i|ii|.iiimi-s iIi' m> iriiric. AJnrs un t pon\ant.d»lr earnai;!- a lirii; Ir^ pri-

-'■I hit I^ viiil iTlIiIrs ijr |i;|llfs. Mil s';i|hTi iiit i|U'iU |N>rti'llt soUs |i 111 % \rtrini'ilts di-s

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Parmi les victimes se trouvaient Rigueur et Bertbet, dont nous avons précédemluent parlé. Quant à leurs assassins, ils appartenaient à l'élite de la société. Ne cherchons pas à savoir leurs noms : pour Thonneur des familles, ils doivent rester ensevelis dans la boue sanglante qui les recouvre; car, si on les élevait à la hauteur du regard de Thistoire, il faudrait les marquer du fer rouge. Éloignons-nous de ces larves hideuses qui s*appelèrent compagnies de Jéhu; c*est assez et trop longtemps s'arrêter devant des monstruosités; et, pour cacher la page honteuse que des fils réprouvés de la Franche-Comté intcrpollaient dans Thistoire de leur pays, jetons sur elle quelques rayons de la gloire dont un autre enfant de la Franche-Comté venait de couvrir la France.

Charles Pichegru, Tillustre chef de Tarmée du Nord dans la campagne de 1794, n*était pas content de ses lauriers; il en voulait d*autres, et son génie méditait une entreprise audacieuse, la conquête de celte insaisissable Hollande contre laquelle avait échoué la fortune de Louis XIV : ce pays, que travaillaient les idées françaises, détestait son stathouder, vendu ù la politique de rAnglelerreetde la Prusse. Pichegru, ne se laissant arrêter ni par un froid de dix-sept degrés, ni par Tinextricable réseau de canaux et de fleuves qui protègent la Hollande, mit son armée en mouvement : le 2 janvier 1793, il franchissait le Wahal sur la glace, et entrait le même jour dans Thicitsans coup férir. Poursuivant sa marche, il se présentait en vainqueur i Utrech et dans d*autres villes, il forçait les Anglais à se retirer en désordre, le stathouder i fuir, et le âO janvier il entrait dans Amsterdam, au milieu des acclamations des habitants. En même temps il faisait ouvrir à ses trou|)e$ lès portes de Rotterdam et de la Haye, il envoyait des escadrons de huss;irds $*emparer de la flotte hollandaise, immobile dans les glaces du Texcl ; en dix jours, il était maître de toutes les Proviuces- Unies : Pichegru ne s*arrêUi qu'à Tendroit où il ne trouva plus de terres à conquérir.

Cette prodigieuse campagne, terminée en un mois, excita dans la France un enthousiasme qui tint du délire. La conquête de la Hollande mit le sceau a la réputation du général en chef de Tarmée du Nord ; elle flt de Pichegru le grand capitaine de la Révolution. Ah ! si cet homme eiU su se maintenir à la hauteur où l'avait élevé Tadmiration publique, s'il eût voulu se léguer à Thistoirc avec le prestige que son génie venait de lui conquérir, que son nom serait resté beau! La Révolution n*en aurait pas de plus glorieux à prononcer. Mais ce resplendissant soldat, mais ce guerrier épique se découronna lui-même de fauréole qu'il portait au front; il se précipita lui-même du piédestal que lui avait dressé la patrie reconnaissante. C'est que, chez Pichegiui, le citoyen ne valait pas Thomme de guerre, le cœur n'était pas ao niveau de rintoUigence. Sa rapide fortune militaire lui avait donné le vertige, et il puisa, dans renivroment de sa grandeur précoce, un désir immodéré de monter encore |)lus haut, une impatience hautaine qui lui rendit insupportable toute conUidiction, un orgueil maladif qui lui fit prendre en dédain toute autre renommée qoe la sienne. Cette disposition d^esprit de Pichegru, son mécontentement furent reuurqués par les agents rovalistes que Témigration entretenait près des quartiers généraux voisins de la frontière : Pichegru commandait alors Farmée de Rhin-e^Xoselle, et ses troupes, échelonnées sur la rive gauche du Rhin, depuis Huniogne

jii^(|n .1 \|.i\('iiri\ i.iis^ih'nt Uu'v à l'.-mih^* îles l'niîKrrs, (liss<'*iiiiiM-e le loii^ (l«* U rive •liiiiif. I 11 ilf s agciiis lit* la iniistiii <le |{oiirl»oii eonvnt la iK.'nNce «le in«*Uic 'À proHl II- \<iisiiij^'f. il s'a|)|irof li.i ilf IMilii^rriJ, il [Kininl jusqu'à lui; el l*i('lie$(ru, .UTiieill.nii les MiiM'itijiis fin'on lui f.iisiil. tMitaiii.i (li'snrgociali(»nsa\ei'leprinr«*de(^^n<lé, I lut ilf rt-iiti;!r.i[if»it. Lf jutnir lui oftrit It' lùtnri «le marêrhal de FYarict*, le goiivcriiriiH'iil •!•■ l'ANai r, W (tinloii nni^n-, \r r|i.it<*aii di* (^Jiaiiilionl a\er son |Mrr, un Miillmij 4 niiipt.iiir, (ifiix ci-ni inillt* li\res «Ii* n'nti', un linlcl à I*uri>, en outre re\«'in|H li'>ii •II' loiit iuj|ini. iMiMJaiit i|itiii/e ans, (lour s.'i ville naUile, qui aurait penhi le nom tl" \iM.iiis l'i M* fui iji'Noniiais a|HM*Ii'r |*n un. m .

( rs ntticN fiau-iit M'iliiix-iiiirs; rirJH'^Tii it'N arrepta, mais W prince tie t*.on(lê t \i^< a «liN ^M;ri'^ : par f\i*iiipt<\ il iliMuantla ipie le K*'iH'ral rèpubiit-ain lui li\ràt liuiiii^'iir it iiiah ii.ii Ntii Pans. iVudaiit que Pirhi^^ru ruUMUuniait su traliisou. Jounian, « II»! •!<' r.uiiHi' lit* Siiiiliri'H'i-M«*ii<i*, s'axaîM.ail ^nr Ma\enri* pinir nouer xs 0|NTa- Imiis .i\,i rrllt's di" raniH'i* <li* Kliin-i'l-MovIle; ri Pirlie^nt. (une de S4» lurllre en iiiMii\«hitiit. » i-Hiiiiiiit, piiiir noiiN M*r\ir du mot île NapoliMin, le plus ^ran<l crime qii'iiii iii'iiiiiif )»iiissr rniiinjt'ttrr mu la ItTrt* : • il lit «''r|iar|K:r deux de si*h di\i>ion'», atin (!«' (.iMiiivr l.i jonrln'ii i!i'n anun*>f nncuiir^, p lis il m» Uiissiï iKiltre par le u'**iMial aiiliii tih'ii tliirlavl a lliidilliiT;:, potut >lrat« (;iipie d«' la plus hauti- imiNtrlance. ( t> fiirriii la IfN lioiiiMi'N ^.ip'N \W la lr.diiM>n dr l'ieln'^'ru. Mainti-nant il N'a^is^ail 'II' rniit !nii- : ici. |i' i hfj dis i'iih^mi'n t( h* ;;i*ni'*ial de la Ki'puldiipii* i'«*>MTrul dt! s'en- (• iiiln'. Tu lii';:rii \niil.ii( (M^^str ^uv i.i ii\i' tlmiti' ilii Uliin, (;niii[MT uiitnur ile lui ratiiiir iiitritlihiiiii' il raiiiii't' tii> «'iiii^'n-'^, pmelamei laïui*» WIIL n'|i;(ssi>r le (!• M\i' .i i.i (i il ili (iHitiN srstitn-i's ft manlier ^^ur l'ari*^. Oindt* nji'lait w plan ; il \niil.nt <|iii riiiiiviii < nuiiiii'ni..U par lui li\nr lluniiiisnr, où Ir^ riMi;;n-N prinla- Miii.ih I.I t n\-iiii'iiits LiMii«« WIII ft .irlifucraii'iil If dra{HMu Idaiir ; le pnnir, aprfA I H I nni|i|iNv, ii,ii)| ijr ci-s pii'liiiiMiaurN. rnu>riiliiait à iitt'ii'r vn Ç«dita(> au\ sidilaU <r l'ii|>t>^iii. I n!;r uiaii I.I r t-i srinldr niïi ParÎN. Ola «st triNti* a tlire : daii> la dis- I ti^'^iMii «;<• 1 1 X piiijiis. If ^'1 II. rai 4lf la lîf))Uldiqui' uittiitr.i t iihhiih dV>prit nali«iii.il i|>ii- If ( li.-i iif riMiii^rraliiiii. M.ii^ il n'i-taii pa^ au |Niu\iMr irun ^'-niTjl fi'lnn «le < h.iir-i r .iiiisi ;, X df'^liiM'rv ilf la Kiaiiii' . li n i-tr.iiip'N n'\er"* île Pu'lii';;ni a\au*Dl

• .If !. N M.;.jH Mi.s lin jlHii luiii- : •|Nf!ijUi"» iiiditV'^ Mir li*»* liirlifeN ijin m* pfJli- •)M ■: hi. i^ii fi.i'hiil 1. s iiifiiiihf^ du ;:i>u\erii<'iiieiil ; et, dan> Ii-h pi einiiT^ jours '. iviil ITt*'i. iMili'viii "-c Ml iiittpiiif III) lit rap|H*Ii'. Il \u* reuonta inhuI re|NMidaiil à ^- ^ I :«,<i^ •>■ it'Hi.iiii.iiiiiii n>\.di^li' : iiiiiiiuii', ipiflqiir*» jtiiiiN .ipri'^ vm nip|M*i de 1 ii:ii' ' . i '.' 'MitM^^aili' il'- siii'di', il i. ftiva di* tpjitli'i l.i Kranee ft m* rrUra djn< M

• :! ' I .Il il< . • \i! K.*-. (lù \ini ii* rfiniinlie i:n dfs a^i-n:^ If s pliiNartirs ilu rt'>.i!isine, I • . :> I '!]•;• -II"!' i. If 1 l'ii'iiN liliiMiii- i|«' >i u:Vli.df 1 ipi'iin \M\ait SI M»u%eiil ae-

• .■ I .1 V >i - .i\ti In. iii.:iii:^i I it ^MiiN HiMi lir.i% fi une i'Mijv;>iralitMi tlans vi |KK*lie, i I i. >li^i[i!' lut N •!•• Iroii. ) .iiti t'fl^'rfl fi iiiii à ruIir^MU MtixanUMkiuio nulle i:vi- ^ • li • :. {••liii 'V |...it;(iii p.if !t 4 .i*»^' iif di- I.iiuin WIII. |Nirth»n par M. Wif-

ri. • !.. i< >:'l- ii\ .iii;;l.ii'^ .1 I i.iiii Niii. fi «'• iif Niiiiiiiif (lait dii'uui|u^iH*e d'iine iellre ■1 li'v'i i,>:i. .!•• j.'iuiN Wlll.diitl \iiiri N ^ primipaiix ita^NiK'''* -

J- iii-|iii^f I II \<«x in.iMis. Mi'iiMi'iii. ii*utf la plénitude de ma pni^ianee et de WH'^ liiniiN , (iitfN-rn Tuvi^r qui' \uu» iToirei ueccsMin* à iiiuu ^nice. n ks iDld-

65i FKANCIIE - COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

ligeiices précieuses que vous avez à Paris et dans les provinces, si vos lalenis et votre caractère surtout, pouvaient me permettre de craindre que quelque évéïiemeDt impossible à prévoir vous obligeât à sortir du royaume, c*est entre M. le prince de Coudé et moi que vous trouveriez votre place. Si j*en connaissais une plus digne, je vous Toffrirais.

« Je me flatte que M. Wickham continuera de fournir avec la même générosité les secours que vous pourrez désirer. Je sens combien ils deviennent nécessaires lors- (pf il faut plus que jamais former et diriger Topinion publique. Ne négligez rien pour produire cet effet, dont l'importance est si majeure....

« M. Louis Fauche-Borel vous remettra cet'.e lettre; je lui ai donné mes pouvoirs, aiin que, dans le cas oii vous jugerez à propos de faire faire des démarches auprès des généraux de Tarmée d'Italie, elles n'éprouvent pas le moindre retard. Tous êtes le maître de décider à cet égard. »

La lettre de Louis XVIII portait la date du 9 juin 1796. A partir de ce jour, Piclicgru accepta résolument le rôle de chef politique de la contre-révolution, et décide à renverser le gouvernement républicain à l'aide même des pouvoirs chargés de le maintenir, il se fit nommer par ses compatriotes, lors des élections de Tan v (mars 1797), député au conseil des Cinq-Cents. Depuis la nouvelle constitution, promulguée en l'an m de la République (octobre 179o), le pouvoir législatif était représenté par deux conseils, celui des CAnq-Cents et celui Ans Anciens, et le pouvoir exécutif résidait dans les mains d'un Directoire composé de cinq membres. Pichegru avait besoin, pour arriver à son but, d'obtenir la uiajorité dans les deux conseils : il s*occupa donc de rallier autour de lui, non-seulement les partisans de Tancien régime et les monarchistes constitutionnels, mais encore les républicains repus ; et, lorsqu'il crut pouvoir compter sur l'appui de la représentation nationale, il fixa la matinée du 18 fructidor an v (i septembre 1797) pour l'exécution d'un coup d*Ëtat en faveur des royalistes. Ici encore, Pichegru fut trom[)é dans ses coui)ables espérances.

Le 17 fructidor au soir, un député vint révéler aux membres du Directoire le secret de la conspiration ; et, sans perdre un instant, les directeurs firent cerner les maisons des principaux chefs du mouvement; ils firent en même temps entrer dans Paris douze mille hommes et quarante canons. Le gouvernement avait, en cette circonstance, agi d'une manière si prompte, que le 18 fructidor, avant six heures du matin, toutes les arrestations étaient terminées, et toutes les dispositions prises pour empêcher le succès de la contre-révolution : le royalisme désespéré vit ses projets de restauration indéfiniment ajournés.

Pichegru, ainsi que soixante-quatre membres des deux conseils, furent condamnés à la déi)ortation et conduits, les uns à l'ile d*01éron, les autres à Cayenne. Picliegru se trouvait parmi ces derniers. Embarqué à Rochefort sur la corvette la Vaillante, il eut cruellement à sourfrir durant la traversée; le commandant du navire Favaitiait jeter à fond de cale avec trois autres déportés, en leur disant : c Pour vous quatre, < messieurs, voilà le logement (]ui vous est destiné. > Les proscrits, à leur arrivée dans l'Ile de Cayenne, furent enfermés au fort de Sinnamari et partagés en diverses cases. Après six mois de tortures passés sur cette terre inhospitalière, Pichegru e^ sept de ses compagnons d'exil formèrent le projet de s'évader. Une nuit que tout dor-

FRjlNCIIK- COMTE MIAMÇAISE. IIS5

mail trun prorohil soiihikmI, ili» si* rciiuirviii prî^i de la porte du fort de Sioiiaouul. s'a^surîTiMii tlu fariionnaire, lui prirent ses anoes, le coinpriaièreDt â b gorge pour r4Mij|r<'lit'r (11* rrier, puis ils coururent se jeter dans une pirogue qui les atleodail. Ils parvinrent, à travers <l(^ pcrib sins nombre, à gagner la colonie hollandaise de Surinam, d'oii lis se firent lranH|M)rt4*r en Angleterre. Pichcgru descendit Londres, eli«*z .M. Wickham ; di's lors il se mit h la solde du cabinet britannique et prit part h tf Mlles les maehinations contre la Frann*.

.Nous retrouverons plus tard sur notre clieuiiu cet illustre coupable pour le voir tri^tem(*ni finir dans ravortement d*un complot d'assassinat uue existence sur b« quelle axait niyonné tant de gloire ; mais â présent, il nous Tant suivre au milieu de M*s trioiii|»hes un antre enfant du JuRi que son audacieux génie militaire venait d'élever au raii^ des pn*miers hounnes de guerre fie la République : car, si la Kraiiche-Coiiité eut fliunneur de donner à la Révolution, en Fichegni son plus grand cj|ii(aiiie a|>r«*s I^Hia|iar((\ en Moncey Tun de ses guerriers les plus purs, en Uirhaud Tun de ses ^'énéniux les plus braves, elle lui donna dans Claude-Joseph Leniiirlie un de si'.s plus pn»«ligieu\ soldais. Lecourbe, né k Lons-le-Saulnier en 1700, IKirtit ea|»iiaiiie au sepiièiue bataillon des volontaires du Jura. Son avancement Ait rapide : il était ireiiii»é |N)ur devenir un de ces guerriers historiques qui restent dans It* suuxenir eomnie un t>|»e de bravoure chevaleresque et de sublime audace. Pré* M*ni à toutes les ^Tandes kitaillt^s tpie les armées de la République livrèrent sur le l;iiiiK la Sainlire, la Moselle, la Meuse, l.erouri»e y man|ua chaque pas de sa carrière par un trait d'intrépidité |»ersonnelle, par un épisode héroïque : k la Journée dllonds4*lioote, oii il eonimandait un bataillon, on l'avait vu repousser la cavalerie banoviicnne, (|ui reniourait, en détruire une partie et laire le reste prisonnier; au dé- Id<i4 us de Mauiienge, il se si^nialaii h Tadmiratiou des chefs et des soldais en entrut It* prtiiiier, un fusil à la main, dans It^ ligues de Wattignies; i Fleunis, il afrêlait |M iidant M'|it heures et demie, avec trois bataillons, une colonne de douie mille Antrirhirns vi déridait |»:ir là le succès de cette immortelle journée; à la letnite de Ma\eneeen 1795, le colonel Ixcourbe se soutenait, pendant fingt- quatre heures, r<»niii* un eorps d'aruuV (|ui Tenveloppait de toutes parts, il s'ouvrait, à Ibree d'f* iHT^'ie et d'audace, un passage à travers les rangs ennemis, et reparaissait à la lile <lr son ré^'inient, aux acckimations des ut>u|ies émerveillées de le revoir; à h ha* laille lit* Uastadi en ITIM», Ragm'« par Moreau sur Tarchiduc Charles, le général et liriK^le Leeourhe repouss^iit quatre fois les grenadiers hongrois qui voulaient r^ pnndre un Iniur^ fortiflé ; et h là journée de Xeresheim, Lecourbe résiUail avec une i»|iini:Ureté >i sttùtiue aux attaques d'une redoutable colonne autrichienne, qne Tarrhiiluc Charles t^n était lui-même frappé d*éionnement. L'homme qui eomplait de si bhll.iuts faits d'armes avait le droit d'aspirer aux commandements supérîews : on le iKiiuuia plierai tie divi>ion, et bienlM il jusiifiait, non plus par des partiadariléi hénH.|Ufs, iuai> par dts \ letoircs prodigieuses, le grade que l'on conCfarail à tes In-

Imls ! l â sCN siTviees.

Celait en MW, Li^ puissances de f Europe venaient de repitndre k$ wrmm roture 1 1 Fninee : elles avaient sur |»ied huit armées Ibmiani ensemble linii CM nii'Pi.inii* mille Iminmes , et celte fois HIes croyaient en Onir avec h Réynfaliqne,

r>6 FRANCHE - COMTli ANCIENNE ET MODERNE.

qui ne comptait pas des forces aussi supérieures. L*Autriche avait dans la Bavière soixante-dix mille soldats, dans le Voralberg vingt-cinq mille, dans le Tyrol quarante-cinq mille, sur TAdige soixante mille ; et, tandis qu'une année anglo-russe de (luarante mille Iionnnes débarquait en Hollande pour se porter sur les frontières du nord de la France, une autre armée austro-russe de soixante-quinze mille hommes, conmiandée par le tenible Smvarof, pénétrait en Suisse et menaçait la Franclic-Comlé. La nouvelle coalition cependant ne devait pas être plus beureiiso que les précédentes. Kn Hollande, le général Brune, avec vingt-cinq mille hommes, battait à Bergen le duc d*York, qui se rembarquait honteusement; en Suisse, Masséna, par une série de combats prodigieux, contraignait les Austro-Russes à repasser les Alpes. Mais cette merveilleuse campagne, qui est restée la couronne de gloire de Masséna, et qui lui valut le titre de Sauveur de la patrie^ fut aussi b couronne de gloire de Lecourbc : elle avait révélé dans notre compatriote des talents militaires de premier ordre. Lecourbe commandait l'aile droite de Masséna, pendant cette guerre au sommet des montagnes helvétiques, guerre toute nouvelle où les Français et les Austro-Russes se disputèrent avec un acharnement sans exemple les crêtes les plus élevées et les glaciers les plus sauvages de FEurope. C'était une stratégie qui convenait parfaitement au génie de Lecourbe. Actif et audacieux, infatigable et opiniAtre, intrépide comme un soldat, prudent comme uu chef; tacticien novateur au coup d'œil sûr, aux combinaisons promptes, à l'exécution rapide, à rintelligcnce qui s'illuminait au moment précis et comprenait admirablement l'ensemble d'un plan de bataille, le général franc-comtois sembhit né tout exprès ])Our la guerre de montagnes : ses conceptions s'agrandissaient devant les obstacles, son génie multipliait les ressources, et il n'excellait pas seulement i deviner les desseins de l'ennemi, il savait en prévenir les efTets. Masséna, le général en clief de l'armée d'Hclvétie, avait chargé Lecourbe de garder avec douze mille hommes les passages du Saint-Gothard et de la Reuss : Lecourbe en disputa pied à pied, aux soldats deSuwarof, chaque gorge, chaque rocher, chaque torrent; avec ses douze mille braves, dispersés dans les vallées les plus profondes et les montagnes les plus hautes des Alpes, il combla de cadavres russes les cavités de b Reuss, le Trou- d'Un, le Ponl-du-Diable, et à force d'habileté, à force d*opiniâtreté, à force d'audace, il triompha de Suwarof, ce Scythe farouche, célèbre par ses batailles sur les Turcs, plus horriblement célèbre encore par ses atroces victoires sur les Polonais : «c Lecourbe, dit le général Lamarque dans ses Mémoires, Lecourbe, qui avait été chargé de défendre le Golhard et de ralentir la marohe de Suwarof, faisait, dans ces hautes régions, des combinaisons audacieuses inaccoutumées, qui créaient un nouvel art de la guerre des montagnes; traversant les glaciers, franchissant les précipices, il livra, pendant quinze jours, des combats de géant, terribles comme la nature sauvage et colossale qui, pour la première fois, leur servait de théâtre. i> Pendant ces grandes batailles, Masséna détruisait en quarante heuKS, à Zurich, Tannée autrichienne de l'archiduc Chartes, l'armée russe du généial Koi'sakof, et toutes ces victoires sauvaient la France de l'invasion des Barbares du Nord (septembre 1799).

Lecourbe re^ut pour récompense de ses héroïques ser>ices un commandenienl

FRANaiR • COMTE FRANÇAISE. iST

itxIt'fN^ndant n ramiéi' du lUiin. Dans la campagne de 1800, il se eoorril de gloire sous nilustro (r(Mu*ral en cher de celle année, sous Moretu, qui lui afiit eonBé b division iU* Taiit' droite. lA*courtic liaiiit l*enneini presqii*aiissi souvent qif il le rea* coiiirn : S(*s deux faits d*annes les plus éclaUnts furent la victoire nnnportée sur les Aulrirhiens en avant de Slokacb, ville auprès de laquelle Jourdan avait été battu ranntV piV*e«^denie |Kir l'arcliiduc Qiaries, et la prise de FeMliircli, cette formidible plare du IVrol où les efforts de Masséna lui-même étaient venus se briser un an an- |iarav:inl.

La prise de Feldkirek par (..ecourlie eut lieu le 15 du mois de Juillet 1800, tu

niouieiit où v(*nait de mourir un Franc-Comtois célèbre, le génénl Lemioemd

dArom, né a Pontariier en 1733, d'une famille qui le destinait à l'état aedérias-

ti<pie, niais qui renonea hientAt à lui donner une éducation incompatible avec ses

Koùts. Le jtMine il'Arcon niontrati dès son enfance une passion pnmoneée pour les

arnitHi ; il aimait l»eaucoup mieux dessiner ou tracer des ouvrages de (brtiflcation,

que dViiidier le grer ou le latin, et il avait mis de Tesprit Jusque dans sa manière

de laiss4T deviner ms inclinations naturelles : ses parents Payant Mt peindre en

costume d'al»l»é, il substitua de sa propre main un babil d'ingénieur à Phabit sous

le<|uel rartisie l'avait repri^nu^. IVArcon fut envoyé par son père k Téeole de Mé-

zières en 1754; Tannée suivante, il était reçu ingénieur, et dès lors il s'occupa

d*une (HMisiV (|ui ne devait plus Tahandonner : le moyen de perfectumner Tart de la

gtiern*. l'ne iuiaKination inépuisable, senie par une activité qui ne se fatiguait pas,

lui fournil une ftiule d'idées neuves, quelquefois des eouceptioos d'une hardiesse

exirénie : tell«* est sa fameuse invention des batteries flottantes, qui Ht tant de bruit

en Kuro|>e et (|ui donna du retentissement i sou nom. En 1780, une lotte espa-

gnolt> de trente vaisseaux et une anrn^ de terre de quarante mille hoames s'étaient

réunii^s h la Hotte française pour reprendre (fibraltar auv Anglais; nnis lo«s les ef-

f(»rts avaient écliou«'* contre ce roc inaliordable. D'Airon, convaincu que tosatinqu»

de terre ne |m)u valent |ias réussir, conçut Taiidacieuse pensée d'établir des batteries

insnhinersildes et incombustibles qui feraient brèche au corps de plaee du cAléde la

iiitT. en inéine temps (|iie d'autres batteries avanoées sur le continent prendraient

de revers it^s otivragi^s attaqut'*s de front. Ce projet Ait aecneilli avec endiouilawif

l»:ir la cour (rKs|iain>e, et Ton coustniisil dix de ees machines, dont dnq k deux

ni)»rs de JKitterie, I«n einq autres à un seul rang, le tout Ibrmant une artitole de

cent rin(|iiante pièces.

L'expédition eut lieu le 13 seplemlm 1782; ma» elle ne fkit pas hemwae. La j.-ilouNie d*iine |i:irt, la mésintelligence qui, d'autre part, e&istait entre les olMers es|MKiiols v{ français, tirent mant|iier cette entreprise : on laissa briler par h» lM>ulits rougir :ii'^'l:iis deux des liatteries flottantes, et Ton donna Fordre de décrrire les huit :iutiis, sotis |»n*te\u* qu ellfs pourraient tomber au pouvoir de reincaiL ir.Virnii t 11 r|irou\;i un violrut chagnn, qui lui bissa toujours du resaeatime^t au fi»nil lit- lïiine. A ré|i«H|ue «le la Kévoluiioii, ses talents flmt songer i M: ei 17U, un le rhar^tsi de faire une aHH>u naissance au mont Saint-Bernard; ei I7V5» il Am < hfM^i |H)ui e\rcuti-r le plan d'invasion de b lloiiande« et il enleva plualeM» placw .iu\ t-nnemis; mais, tienuncé au gouvernement, il ae retira dans la aaliaflet iil

s'occupa de rédiger son grand ouvrage des Considérations militaires et p(ditiques sur les fortifications. Celle œuvre élail comme le résumé des nombreux mémoires et des nombreuses brochures qu'il avait publiés sur Fart de la guerre. D*Arcon fut enlevé à la science le i^' juillet 1800, dans sa soixante-septième année; mais il ne mourut pas sans avoir obtenu la récom|)ense de ses services : Bonaparte, mailre du gouvernement après son audacieux coup d'État du 18 brumaire (10 novembre 1799), avait appelé autour de lui les sommités de la France dans les arts, les lettres, les sciences, les armes, et il s'était souvenu du général d'Arçon en le faisant porter sur la liste des candidats présentés au choix du Sénat, qui nommait lui-même ses membres'. D'Arçon fut reçu par acclamation : ce glorieux honunage rendu i ses talents le vengea noblement des dégoûts dont on l'avait abreuvé.

Deux ans plus tard, en juillet 1802, la France savante apprenait la mort d*UD jeune homme né dans les montagnes du Jura, mais qui avait assez vécu pour révéler en lui un des plus beaux génies des temps modernes et pour laisser à son nom une réputation scientifique européenne. Ce jeune homme s'était dit : « Je serai médecin, et il faut qu'à moi seul j'accomplisse en médecine une révolution équivalente a la révolution politique qui a constitué la nation par un bouleversement inouï. Tespère à moi seul pouvoir tout embrasser et faire plus qu'eux tous ensemble, tels que Boyer, Cavard, Sabatier, (jui de l'anatomie n'ont pas su donner des vues capitales; la physiologie négligée, Barlliez l'obscurcit, Dumas la rabaisse; Haller n'est plus consulté, Chaussier en a fait des tableaux synoptiques et arides, plutôt faits pour remémorer que pour instruire. En thérapeutique, Derbois de Rochefort est sans lumière et sans portée, Peyrilhe est sans instruction. En médecine, Pinel suit trop servilement les naturalistes en fait de classification; on ne classe pas des maladies comme des insectes. Halle dilate disproportionnément l'hygiène sans en tracer les limites ni en poser les fondements. Corvisarl n'a ni assez de loisirs, ni assez d'études, ni assez de réflexion et de patience pour faire un bon livre et pour lier des idées en doctrine. Cabanis ne laissera que des paraphrases physiologiques. S je réussis, je mériterai qu'on dise un jour : Vers la fin du dix-huitième siècle, la médecine était, en France, assujettie à la physique quant aux dogmes, et comme esclave de la chirurgie quant à la pratique de l'art. Détournée des voies sûres de l'obsei*vation, et tributaire de la cliimie ; livrée à la médiocrité et aux sophismes, seule, entre les sciences humaines, elle restait sans progrès. Un jeune homme la sortit de cette ornière, et ce jeune homme n'avait pas trente ans. »

Quel éUiit donc le prince de la science, quel était le docteur illustre» ou le professeur éniérite, ou l'académicien célèbre, qui tenait cet orgueilleux langage? Celui qui parlait ainsi n'était alors ni professeur ni académicien; il n'était pas même docteur : c'était un jeune liomme né dans l'obscur village de Thoirette du Jura, le 11 novembre 1771, un jeune homme inconnu ailleurs qu'à l'Hôtel-Dieu de Paris:

< Le Sénat se composait de quatre-vingts membres inamovibles et à vie ; \\ était chargé d*aaDvler ou de maintenir tous les actes que le gouvernement lui déférait comme inconstitntionBela. Célail le Sénat qui élisait les consuls, les membres du Tribunal, les membres du Corpa légîalatif, sur me liste nationale renfermant cinq mille noms et formée par les voles de einquante mine individu, désignés eux-mêmes par cinq r^nt mille autres, qui étaient nommés par tous lea citojeis.

cViail ce prodih'iciit llirhnl, qiip Im AUeffltMk conpanleBt i Inir Kraixl Bo^ liaavc; (tichal, dont chn\ue hciirc d'olMemtioa inlt enhcbt b iKienre d'une dé- «Hivefle; Bichii. •|iii avaii iniphtné i It nédeetiw, 1 b drireffM-, I ranalnmie, i l» phyiMologie uiti' miimKion noiivf llr ; (fiil anti porU! b luari^ tt oA réifinim b rtonlc cl les l^T"'i,ir% ; i)i)i ariH mnu* diM don Ilw» iti<wm|ttrab(M, «« Brfherrhf» tw ia m- ^r la nutt n son .tniifomù générale apfUnuéf à ta phgritititgie fl à la méAtrinr. \n\\\ im inonile •li^ iM^és InronDiMi; RkhM, ([\\i anlt Ml â htk seul le travail d'une p^nrration de «vanis; lui avait aaonij* ai luMpctw? I> révohition rêvée |iar '•«u fl'aiv, l'I qui n'avail |u.« fnrorev^-o UrBlP-<lipai an tiuml b mort [>0M sur Sf ^n front le fvcraii htal : i lUchal vifiil d»' mwiirir, ^rinfl Ir niMtdn 1>irvisart au coiinil Bonaiurlc. Il vt umiM uir ui Glianiii Je iKttaille ipii exife ausM du ((nnp^ v\. ronplc r^iis iTme virtioïc- Pn-aram' «n ri prai^ rmpa n'a fuit taut lie ch(i»r\ t'iauwi Mm.i Oaaimpte* uDlseoMmUnit Bichal leiit «ntier; mais njouions <]u'iU hnitoraieiil Corvbart ; Df iMovliienl cba loi tue iiw DDUe et uns envie : c'élnll hraii de le voir rvndra t» Id boiUMge I nM qtri n'avait |iai toujours appréci'' d'uno uianlftn! étofieme aa vibiir ideNUIqM.

Otiaudon parli' .te Bictiat. wi dp pwrt prwwiew b ■■» <■ cl Jnwaweawnibb icnno homme wiiit y aiaoeior b NMTCrt' (l'ai ftoMîoaHb qat flMlMri boo pir l« ru'ur que ricin' i»ar la iéte : c'a! Denuli, pwbwr nwqHMe, cMrHftai (tmineni, et cré:<ii'ur des dhii<|iMS « Franeft. Oewill a«M «to^bé Bfetel: H inK cnirovti son Kénf i travers k» luDiMiMK MsppMs iToM InfirovhutoB i|M ee jeune liomiiie rais;iii un jour ea la pf^^num, M 4a ee noMOK le fnttmmt wMfett ^ire l'ami di> s»» Av\t: it dettit ww praleriHr <( «» UnUlour. U b mtta riHiitiK- un ni<t Ncn-aMn^. r.*r»t 6 M iine Dendt, Au* m TMie ai^UiélB*, .iilri-sK;iil de pnSlilL-i-tiiin s«« jarolM: c'«M en M i]a*H avall ni Wd rivrilr éê b M'ifiicf. nichai sf' monira rrroniubuiil : aiw^ b mort de M» vbUK ywiftwwir. H ilcvini .'i son loiir te f>niterl«ur de u veuve rt le pire de «il Ib; • U nwtal ntar, di( l'aulair des Jwrouiirwi rrmMiunrfiiNo, pnlotgrr M qudqw ««V Tn^KUaot di' son hicnfaiieiir m pahllanl Im ftiwerm thinufkilln dr OmmII. » Lp boUc lien qui avuil iini cvs ilem inmnf* (H^Uiit bar vb M ■■ devoir k ta idnir* île ne [US \f< •<é\atrr a\<Ti^ ttor mort, et l'on «lit mrtn MNH Ia dteie» ée flMw! HiiMi (le Paris la laMi- de marhre où lutnt rAub b* dmt »on« de DNwk el da itirli:il. Mail la r'-roiiiui'AaiKV naUonab eU «Bée filM Mb : rib l'en dk tfâtt fulhii un linmmaiie Milcnnel i m» dou b nteoln e* bs mvam MnbBt boMMir .i leur jiavs; et il y a peu d'anndet, b Ftioct (RM(linit i BouTf <pMR|ni i Itoiir'i:. <■! tinn ii loni-k-SaulnierTl u iBOMHWfH rrprtent»! m ^nbi Imnhw (|ui ><iudi>' Mir ï'fntioee b noncMaideb vbet qil Hoebe d« |iM n caÉMn il m"lii.' <lt<s<<c|n<^ : r Vtait b slatiu de IHctal ; nm fm dt MWpa, b vM» de Um VI' «tresser dam Mn eeesbite M we—eat rq>«Mami tm «taSini M ftOH inii»- |>;ir h peiuM : ce wn b attlue dtt DnaiMl.

i;:iuiin> df la mort de lAdM. mfaadi II Bbuuiqm m nlM qw b iudMimi <irjt:iii.iijii'- 1)<- sno bictit doUuii I bir« use r^vijliUiw diM b MMnture, eeuK Bit tiai en avait bile une diM la nMedoe : ca htm Movab» ébtt b pcnsair k Ti- [iiaKinaiion pnni ijicine tptl «'ippdb aujowd'bai Vktor Ui^, b Mm m iietBS, Is

frère en éloquence de cet autre prodige d'imagination et de splendeur qui s*ap|)elle Alphonse Lamartine ' .

Cest une terre prodigue en personnages historiques, que cette terre de Franche- Comté; elle Toisonne de ces noms qui arrivent à Toreille des peuples sur Taile de la renommée; à chaque pas que Ton fait sur ce merveilleux sol, on y coudoie une existence célèbre : c'est Pichegru, c'est Moncey, c'est d'Arçon, c'est I^courbe, c'est Travot, et la plume pourrait écrire bien d'autres noms illustrés par l'épée; c'est Rouget de Lisie, c'est Victor Hugo, c'est Charles Nodier, et c'est Bicbat, c'est Desault, ce sont les grands chirurgiens militaires Tissot et Percy, émules desLarrey et des Desgenettes; tout à l'heure ce sera le jurisconsulte Proudhon, plus tard le réformateur Charles Fourier ; mais voici un homme dont le nom suflit à l'orgueil de la Franche-Comté, comme il suffit à la gloire d'une nation et d'un siècle : Georges Cuvier ! Intelligence qui menait de front, comme les Newton, les Leibnitz et les Galilée, toutes les sciences; génie qui atteignit d'un bond les limites du monde ; esprit organisé pour tout savoir, pour tout exprimer avec bonheur, pour tout classer avec méthode, pour tout débrouiller, pour tout agrandir ; anatomiste incomparablt^, naturaliste incomparable, savant incomparable; homme qui fut à lui seul presque toute la science : voilà Cuvier, une des têtes les mieux faites qui soient sorties des mains du Créateur pour rayonner dans l'humanité ; Cuvier, qui a renouvelé la zoologie, qui a renouvelé l'anatomie comparée, et qui, en remontant jusqu'aux époques les plus reculées de l'histoire de la terre, en comptant et fixant ces époques, en |)énélrant dans le mystère de la création, en exhumant du sol des générations et des races disparues, a refait l'histoire des sciences naturelles et déterminé dans leur marche une révolution complète, a étendu la portée de l'esprit humain et élargi le domaine du génie. Ah ! quand une existence de cet ordre-là disparait, le monde savant prend le deuil et déclare à juste titre qu'il se sent blessé au cœur.

Georges Cuvier, avant de donner à sa gloire l'univers pour patrie, était né en 1769 à Montbéliard, d'une famille originaire d'un village du Jura, qui |K)rte encore le nom même de Cuvier, Il avait eu pour premier maître sa mère, femme d'un esprit supérieur et cultivé. Elle le faisait travailler sous ses yeux, elle l'instruisait dans l'art du dessin, elle le guidait dans le choix de ses lectures, elle l'interrogeait souvent sur l'histoire ; et c'est ainsi qu'elle lui mit au cerveau cette tenace passion des livres, cette âpre curiosité de tout savoir, qui ont fait, comme l'a dit Cuvier luimême, le ressort principal de sa vie. Il n'est pas nécessaire de suivre plus loin ce demi-dieu de la science : Cuvier est un de ces génies que la famille des savanLs connaît par cœur.

Après un tel nom, il n'en faudrait plus |)rononcer d'autres; mais la Franche- Comté cependant ne |>eut oublier que si l'honneur de compter Cuvier au nombre do ses fils met le comble à son orgueil, elle est Hère aussi d'avoir donné le jour à un

* Lamartine est né à Màcon eo 179:2, mais la Franche-Comté a le droit de rcTeodiqaer uoe part de cette g^rande renommée : la mère de Lamartine appartient à une famille de Saiot-Claude, tille où file a reçu le jour, et le nom même de Ijamartiiu est celui d'une terre des montagnes do Jura. Lu Bourgogne est assez riche de ses gloires pour abandonner à la Franche-Comté sa vieille amie , quelque chose de celle-là.

jurisconsulte <|ui nirniMiKail. vcn lei pn—ttHij— éW du 4is-MUvl^M nitdB, ;ï prendre rang iiimil k» mnAi URtM» tft li ftMW ^ JMM-Bnnirtf-Victof Proui||>on, lioinme de h IIkii^ i)t« HerfiB, ils TraMbet, tt§ TaoBier. Il u<|iitl fo (TW <biis lin \ill3ge aiiv (>nvironi) il'Ornanii, Sa bmiltr avall dirigé m pnwûfcrea ModM \ers )a (bt^ologie -i |p licMiiiail k létal McUséaMiqie; nab c'^tl tme TOcaUmi tpri n':illait jus i ses -vmjiatltic»: U «iiiuiit qu'âne roiw il'aTocal lui tlérail mieui riu'iinp soulane d'.il))><^ Il vint i UaancoB. y lï^innib les rwirs <k Li raeullé de droit et se At n'cv^oir iIocl^Mir en l'M0. Il cnivMt hiittv le barreau : la ctrcwslances iin|iriiiièreiil une anire direction à us vws (t'avralr. Duu ks pnnbèfv ;inn<'i-<i de la K('^<lllltilln, Itu MiflhiK» de Ms coRciWjreiu Tafipelhwt, k AniMl refirises, aux foniunn^ dv^iigedi) pali, dejimeii prtaMfB iMUMt; elptaittrd. à l'i'pogue où le i;uu«eninuenl t'occupa de la irdalktn dM total enonfas de d^ |urtL-uiciit.s. PruiiillKMi rut noium^ i b dMirc d« r<k-ole du Doiilii. Tm jtanUi eWiv cl t ivr, iiiie profonde coHuaiHauoe de ta weHa du droii, mw «aRitin lucide d'evr st'iKix'r, allirèn-iil aui h-com de rteUwal mtewur uùe unÊâbniué jeuMtat, pd> (ilihiTt- de inngisiratx, d'avotab, de jwriaoMHilla fioiir l'anatr; M ta ré|iillillM (le l'roudlion, circbB»rril(-> jitM|u'alon dais le* liniiu» iTuae pnniBCe. l'MeadU liicnlût du la Kraurc k l'Kuiojw, |kar la iiUm an Joar du Traita de Uftâlatim a 4g jurispruiieiue. connu » pi^Miit mu» le litre de Omn 4$ droit /hiHfW*. ouTTigB <|iif rmniltion i<>iii|KfM pmdaut «on profcBMral k Véalé eeurale de 0flUH<aa. AfirN'li'. peu de !• ii<)m aprisi, ft rue dei chaires de b bailid dt draM <le tniam, le ('■■Irlia- |jrofes>eiii' Ht accourir à m |ivoI« um hutcIIc jeiiMMC, qui se praaea 4k» l'IIS rli;i(|UL> iinm'-i- aulouT de lui |di» mmJinmê H flm NlbooMaHe ; et e'cM %, daiisTullu niéuie rhaindeDlioD.tpke PniiidliaDdenii «Mrtr, enlouiédela téaé* r^ltiJii di' ses disciples, céttm «o tUiropt pcv rinpoiUiioe de m» innu. d immi ti<-iiriju\ jH>ur <]u'un deM»béqf[ii(dmdtaede lui : ■ Tout rv iiue b angKlralMn 01 I)' larn MU ilt- Fraïu-tie-ContA (ion|>leeMore aHicwnritiil d'Iioaiws diaUns»». t'Mt r<innr- ;iii\ lct,-ons do M. t^uudlMMi. •

1.J J'i jiu'hc-t:o4ut(^ uMMhnK cet ridM ni ^unMwaaHe» : k» LtbcMt. 1» Vt)[Mron. Us l>r»i, ks CunsMa. k» Ilailoi. taa Bn^al, tont dk beau mbu k eoirs; on ir< l'ite ave<; otRiinl M fou mi evBMita arec can du Pilftafe d'un autre mmi qU .luMii i>u rt?sler htrii icnud d'U cftl «Mihi H prder pur : c'cal aeaes du* <|M Thi^ loin; notis ra|)i>elle tvrs k rou{abta PiclM(r>, foOT te sidvn dua ha deiBière» Ifr iris-urfs il(! sa vii'.

li'itJiriKiie l'i) inintiue. lViw|ni«nll Mpar UMlwr dn rdta dfl chef peUéficiH i<>l<' il<- consiijrjlrijr ; l'ifiit Malt deveuM U^ oolde pour u md», il prêtait le i">i^ii.ird. Il -^ ■■uiit i-tiBcwt^ avec taftiwm liencaii t'jdwital ei d'atrea royilMaa, l'Miir s.'ijir à l';ui». y tiatit 4m% aia rtiew. iMf ta pwwer puaiul etnaHMr k- li.>'irlK>iis; Kuts ta oMiUv-cétvfeMîN M pMnwt rtnaif . HlM htàegra, <iu\<v <'c l';i|>|<ui d'itn Kro^ril iHiiMttM «ar raroé* « «r rapItÉe^ U anlt ésritA Moiviin, <|ui. ileiiiin tr IH imiaaifiB. iMuit UM epfilliii VWMaitn i« pmwfiK-jiK'iii lit' lUiriai'jfte fi M-riail de nioira i lOM lea néoealeBU. Morne dceala P^ ('!iti:rii ; Mou-^u iv|v-u>lai)l ne soefcaa pea t reUre b royauté de LMua XVUI, U \oiiljil st-nk-uk'ui n-ntcr»«r UaaepaïUcl NONttn à sa pbcv. bas» le» dcratan

jours du mois d'août 1803, Pichcgru, Geotges Cadoudal, les deux frères Polignac et plusieurs royalistes s'embarquèrent l'un après Tautre sur un bâtiment anglais, (jui les descendit secrètement près de Dieppe ; et, au commencement de janvier i804, Pichcgru se glissa dans Paris, où il se cacha sous le nom de Charles, en attendant le moment d'agir. Mais la police de Bonaparte eut vent du complot; en outre, elle apprit, par les révélations d'un des conspirateurs, que Cadoudal et Pichcgru étaient h Paris , et qu'ils avaient Moreau pour complice. Bonaparte en fut stupéfait : c Le seul homme, s*écria-t-il en parlant de Moreau, le seul homme qui pût me donner des inquiétudes, le seul qui eût des chances contre moi , se perdre si maladroitement! >

Le 48 février, on arrêta Moreau; le 48, Pichegru; les jours suivants, Georges Cadoudal, les deux Polipac, puis quarante-trois autres complices. Mais Pichegru avait été livré à la police par la plus infâme trahison. Il s'était réftigié me Chabannais, chez un ami intime, qui s'appelait Leblanc. Cet homme, ce misérable, vaut-il mieux dire, car le nom d'homme n'appartint jamais à des êtres de cette hideur-là, ce misérable avait accueilli avec empressement son hôte, et la veille il était allé le vendre pour cent mille francs! Le lendemain, dans la nuit, la police courait à sa proie. Quand elle arriva devant la porte de la chambre de Pichegru, celui-ci dormait, une paire de pistolets à côté de lui, et sur la table de nuit, une lumière. On ouvrit doucement la porte à l'aide de fausses clefs que Leblanc avait fait fabriquer, on éteignit la lumière, et dix hommes tombèrent sur Pichegru, qui venait de s'éveiller en sursaut. Pichegru était très-fort ; il se défendit comme un lion. Accablé par le nombre, il fut renversé sous les pieds, lié de cordes et emporté moitié nu. Il rugissait comme un taureau. Dans son premier iuterrogatoire, il répondit d'une manière âpre et brutale, refusa de dire son nom paternel , ne voulut rien signer et nia tout. On le traduisit, avec Cadoudal, Moreau et leurs complices, devant le tribunal criminel de Paris. Cadoudal fut condamné à mort et envoyé au supplice ; Moreau fut condamné à la prison et obtint de passer en Amérique. Quant à Pichegru, il ne parut pas devant ses juges : un matin, on le trouva mort dans sa prison du Temple (6 avril 1804); il s'était étranglé avec sa cravate. Pichegru n'avait pas osé braver l'édat d'un procès où sa complicité avec l'étranger et l'émigration eût été publiquement divulguée; oii il eût figuré, lui ancien général des armées de la République, au milieu de chouans devenus ses compapons de conspiration. D'un autre côté, il savait que sa tête appartenait désormais au bourreau ; et pour échapper à l'abîme de honte ouvert devant lui, pour se dérober à l'infamie de l'échafand, il s'était fait son destin. L'esprit de |>artî accusa Bonaparte de la naort de Pirhegrii : accusation trop absurde, pour qu'elle mérite d'être relevée, t Que pouvais-je y gagner? disait Bonaparte à ce propos. Un homme de mon caractère n'agit pas sans de grands motifs, jra-t-on jamais vu verser le sang par caprice? Quelques efTorts que l'on ait faits pour noircir ma vie et dénaturer mon caractère, ceux qui me connaissent savent que mon organisation est étrangère au crime.... Tout bonnement, c'est que Pichegru se vit dans une situation sans ressource : son âme forte ne put envisager l'inramie du supplice ; il désespéra de ma clémence ou la dédaipa, et il se donna la mort. Pichegru, une fois démasqué comme traître à la nation, n'avait

FRANCHE -COMTÉ FRANÇAISE. 6ar>

plus rmtéhft de personne ; bien plus, ses seuls rapports avec Morenu sufTirent pour perdre celui*ci ; une foule de ses partisans l'abandonnèrent : tant, dans la lutte des partis, la masse s'occupait bien plus de la patrie que des individus. >

Il s'est trouvé un jour, en France, un gouvernement qui voulut contraindre le seDtimeDt national i honorer Picliegru comme un martyr; mais ce gouvernement s'aperçut que l'estime pul)li(|ue ne se décrétait pas : Pichegru n*a laissé de place daas le cœur que pour la pitié; et Ton a vainement essayé d'innocenter ce grand coupable, d'en faire un bonimc probe comme Aristide, désintéressé comme Fabridus, modéré comme Scipion, stoîque comme Caton d'Utique : tous les sophism«'s ne valent pas une ligne d'histoire, et Thistoire reprochera toujours à Pidiegru d'avoir méconnu ses devoirs comme citoyen, d'avoir tratû ses serments comiiii* soldat.

66i FRANCHE • COMTÉ ANCIENNE ET MODERNE.

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