CHAPITRE XIX. l
des-requêtes, l'autre conseiller de la grand'- Chambre, se sauvaient ensemble, protégés par des bandits auxquels ils avaient promis chacun trente pistoles. A quelque distance de l'Hôtel-de-Ville, ils furent reconnus et poignardés presque sous les yeux du duc de Beaufort ' ; Gilbert-Desvoisins, ami particulier de M. le Prince, fut dépouillé et laissé pour mort sur la place. Le conseiller Ferrand, fils du doyen de la grand'Chambre, fut égorgé de sang-froid. Le brave Miron \ échappé de l'Hôtel- de -Ville, courait dans son quartier pour réunir sa compagnie et venir au secours de ses confrères, il fut assailli et percé de coups. Sa femme, animée d'une haine furieuse contre la cour, témoignait peu de souci de ce tumulte : « Ce n'était pas grand mal- » heur, disait-elle, que quelques Mazarins » fussent maltraités par le peuple. » Quand elle reconnut son mari qu'on rapportait mort sur un brancard, un accès de douleur frénétique la saisit et elle ne recouvra jamais la raison.
1 Le duc de Beaufort empêcha qu'on achevât Doujat qui était de ses amis.
* Voir la note de la page 1&2 de ce volume.
2l4 HISTOIKE DE LA FRONDE.
Les Princes , enfermés au Luxembourg' 1 écoutaient avec indifférence le récit de ces scènes de carnage, sans même se mettre en peine de leurs serviteurs compromis dans la mêlée. M. de Goulas, secrétaire du duc d'Orléans, s'étant arrêté à l'Hôtel-de-Ville quelques momens après le départ de son maître, y fut retenu comme otage. Menacé de périr avec les députés s'il ne parvenait aies sauver, il écrivit à Gaston dans les termes les plus pressans. Le duc répondit froidement au messager « qu'il était bien marri de ce qui ar- >» rivait, mais qu'il n'en pouvait mais , et » qu'on devait s'adresser au duc de Beaufort. » Le prince de Condé ajouta d'un ton plus dégagé « qu'il n'entendait rien aux séditions » et y était fort poltron. » Mademoiselle seule témoigna quelque pitié. Elle sortit même du Luxembourg pour porter secours à l'Hôtelde-Ville, mais son attention fut distraite par des rencontres ridicules dont elle s'amusa en chemin ', et elle n'arriva pas jusqu'à la place de Grève.
* « La dame Le Riche , vendeuse de rubans , se prome- » nait en chemise avec le bedeau de Saint-Jacqucs-la-Bou- >• chérie qui lui-même était en caleçons ; tous deux accos-