CHAPITRE XIX. l65îi
» tables envers le monarque et les peuples. » Ces principes , qui jusqu'alors avaient réglé la conduite du Parlement, trouvèrent des contradicteurs. L'avocat-général Talon lui- » même soutint « que toutes sortes de ré- » sistance et de contradiction seraient dé- » sormais inutiles; la compagnie ne pouvait » plus faire le bien ni empêcher le mal. » Les Princes se montrant résolus à emporter » de gré ou de force toutes choses sans » rien excepter, il lui semblait plus hono- » rable et plus avantageux que ce qui était » à être fait se délibérât par un petit nombre » de Messieurs dont les suffrages seraient » suspects, que non pas par le plus grand » nombre de la compagnie ; quant à lui, il » était résolu à ne plus participer à rien par » sa présence, et il s'étonnait de voir tant de » gens bien intentionnés pour la tranquillité » publique, disposés à retourner dans de » telles assemblées. »
La cour s'applaudit de celte division. Persuadé que le Parlement perdrait toute sa force morale, et cesserait d'être une puissance dans l'État s'il se soumettait au parti des Princes, Mazarin fit jouer les ressorts de
sa politique pour diminuer le nombre des magistrats courageux qui voulaient se rendre à l'assemblée. Mathieu Mole le seconda dans des vues plus honorables, avertissant avec autorité ses confrères « que désormais l'hon- » neuret le devoir leur commandaient égale- » ment derompre toutcommerce avec un parti » devenu l'objet de l'exécration publique. »
Le plus grand nombre des présidens à mortier, le procureur-général Fouquet, les avocats-généraux Talon et Bignon cédèrent à ces instances. Ils se tinrent enfermés dans leurs maisons, et le jour de l'assemblée* on ne compta sur les bancs que cent dix conseillers des plus jeunes et des moins expérimentés de la compagnie.
Quand les Princes, accompagnés des ducs et pairs de leur parti, et des autres seigneurs qui avaient droit de séance , vinrent prendre leurs places, de violentes clameurs s'élevèrent dans la salle ; on leur reprocha durement le massacre de l'Hôtel-de-Ville, et la proposition fut faite d'informer contre les auteurs et complices de cet attentat. Loin de chercher
* i3 juillet.