‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 112 sur 149 · CHAPITRE XIX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. l

à s'y opposer , les Princes affectèrent une plus grande indignation que tous les autres, et, croyant avoir donné par ce procédé quelque satisfaction à la compagnie , M. le duc d'Orléans prit la parole. « Il déplora l'aveuglement » de la Reine , qui toujours préoccupée en fa- » veur du cardinal Mazarin , et disposée à lui » sacrifier le bien du Roi et de l'Etat , ne cher- » chait qu'à tromper le peuple par les vaines » promesses de l'éloignement dudit cardinal. » Il demanda l'autorisation de mettre des » impôts sur les habitans de la ville de Paris » à l'effet de continuer la guerre , et conclut » à ce que le Parlement , attendu la captivité » du Roi entre les mains du cardinal Maza- » rin et de ses adhérens , déclarât lui , duc >» d'Orléans, régent du royaume, et le prince » de Condé lieutenant-général et chef su- » prême des armées, m

Le vieux Broussel soutint cette demande par un avis qu'il avait, contre l'usage, apporté tout écrit , et dans lequel il proposa d'accorder aux Princes tant de droits considérés comme apanages inséparables de l'autorité royale , que le conseiller Catinat ' l'interrompit « pour 1 Pierre Catinat, mort doyen du Parlement en 1676.

» s'étonner qu'il oubliât de mettre dans son » avis que MM. les Princes auraient aussi » pouvoir de guérir les écrouelles. »

Le discours de Broussel causa dans l'assemblée une agitation si vive , que le duc d'Orléans n'osa passer outre et leva la séance ; le lendemain , la discussion fut reprise avec une égale chaleur. Le sieur Le Meunier de Lartiges, chef de l'avis opposé à celui des Princes, soutint que : « C'était crime de lèse- » majesté de déclarer un régent , alors que » le Roi avait été reconnu majeur eu Par- » lement ; que le prétexte du manque de » liberté était faux et futile, puisqu'il était » notoire que Sa Majesté avait tout pouvoir » d'éloigner le cardinal Mazarin de ses con- » seils, et qu'elle promettait même de donner » incessamment cette satisfaction à la com- » pagnie. »

La délibération se continua quinze jours , et pendant ce temps les Princes employèrent pour gagner des voix tous les moyens de sé-

II était fils de Catinat, aussi conseiller au parlement de Paris. De son mariage avec Françoise Poirle , dame de Saint-Gratien , Pierre Catinat eut seize enfans ; l'un d'entre eux fut Nicolas Catinat, maréchal de France.

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