CHAPITRE XIX. l
duction et de terreur. Le duc d'Orléans parla plusieurs fois avec l'adresse et la facilité qui le rendaient populaire. Le prince de Condé contint ses emportemens ordinaires, et il lui en coûta de si grands efforts, que sur les bancs même de la grand'Chambre il fut saisi d'une fièvre ardente. On l'emporta sans connaissance ; le lendemain il revint cependant prendre sa place. De leur côté , les défenseurs de l'ordre légal et de l'indépendance des magistrats prolongèrent une généreuse résistance. Plusieurs de ceux qui s'étaient absentés au commencement de la délibération , vinrent reprendre leurs places , et le jour où l'on compta les voix pour donner arrêt, cent quarante-trois conseillers étaient présens : soixantedix -huit votèrent pour l'avis de Le Meunier de Lartiges. La proposition des Princes allait ainsi être rejetée, s'ils n'eussent trouvé moyen d'ajourner au lendemainle prononcé de l'arrêt. Pendant la nuit ils firent jouer tant de ressorts , que Lartiges lui-même abandonna son parti et entraîna dans sa défection huit de ses amis.
L'avis de Broussel réunissant alors le plus grand nombre de suffrages , l'arrêt rendu
à la majorité de soixante - quatorze voix contre soixante -neuf, porta : « Qu'attendu » la captivité du Roi , M. le duc d'Orléans » serait déclaré régent du royaume , et sup- » plié d'employer son autorité pour met- » tre en liberté la personne dudit seigneur » Roi ; que M. le prince de Condé serait prié » d'accepter le commandement des armées ; » qu'il serait écrit à tous les Parlemens pour » les inviter à rendre de pareils arrêts, et » aux villes principales du royaume pour leur » enjoindre de s'y conformer. »
En sortant du Parlement, les Princes se rendirent à la Chambre des comptes et à la Cour des aides : les pouvoirs qui venaient de leur être conférés y furent reconnus sans contradiction. Ils présidèrent ensuite à l'Hôtel-de-Ville une assemblée de notables bourgeois, et en obtinrent l'autorisation de faire dans Paris des levées de soldats et de deniers.
' Une somme de huit cent mille francs fut mise à leur disposition pour y pourvoir , ladite somme fournie au moyen d'une imposition de soixante-quinze francs sur chaque porte-cochère de la ville et des faubourgs ; de trente francs sur chaque boutique de marchand , et de dix francs sur les petites portes.