CHAPITRE XVI. l65l
et envoya l'ordre au maréchal d'Aumont de licencier sans délai les régimens de Condé , de Conti et d'Enghien. La plupart des officiers et soldats refusèrent d'obéir, et se mirent en route pour Stenay, sous la conduite du comte de Tavanne : mais attaqués en chemin par les troupes royalistes , ils perdirent beaucoup de monde , et Tavanne n'amena que des débris sous le canon de Stenay.
La guerre civile était ainsi commencée. M. le Prince en reçut la nouvelle à Try , chez le duc de Longueville qu'il avait été solliciter de se déclarer en sa faveur. Le duc, fort mécontent de sa femme, était peu disposé à s'engager dans le même parti qu'elle. Averti d'ailleurs, par l'exemple de l'année précédente, du peu de fond qu'il pouvait faire sur les peuples et les places de son gouvernement, il voulait conserver une exacte neutralité. Il promit cependant à son beau-frère de lever des troupes contre le Roi, si, pour garantie des frais de la guerre , on lui livrait les pierreries de la duchesse de Longueville ; mais celle-ci n'avait garde de se dessaisir d'une ressource si précieuse, dans un temps où les princesses, « toujours engagées dans les ha-
» sards, marchaient le plus souvent comme » les héroïnes de roman , avec force pierreries » et peu d'argent comptant \ »
Les négociations de Lenet à Madrid obtinrent plus de succès. Un traité y fut conclu aux conditions suivantes : « Que Sa Majesté » catholique et S. A. le prince de Condé ne » concluraient point de paix sans obtenir sa- » tisfaction pour les intérêts de tous les deux; » que Sadite Majesté catholique fournirait » cinq cent mille écus au Prince pour lever » des troupes , et enverrait à l'embouchure de » la Gironde une flotte suffisante pour assu- » rer la navigation depuis Bordeaux jusqu'à » la côte de Biscaye ;"
» Que le prince de Condé resterait en pos- » session de toutes les places dont il se renn draijt maître ; que néanmoins il livrerait » un port de mer pour la sûreté de la flotte » espagnole, lequel port le roi Philippe re- » mettrait, lors de la paix générale , moyen- » nant une indemnité fixée à l'amiable; que » partout où le prince de Condé se trou- » verait en personne , il commanderait aux
' Mémoires d'Hortense Mancini , duchesse Mazarin.