CHAPITRE XVI. l65l
» troupes coalisées ; que huit mille Espa- » gnols entreraient en Champagne , conu duits par un général français du choix » du prince de Condé ; que six cent mille écus » de subsides annuels seraient payés par le » Roi pour la solde de ses auxiliaires ; enfin , » que si le duc de Longueville se dçclarait » en Normandie , il lui serait envoyé des » forces de terre et de mer proportionnées à » ses besoins. »
As.suré de ces puissans secours , M. le Prince conçut largement son plan d'opération. Il voulait presser la capitale entre une armée qui s'avancerait par les plaines de Champagne, et une autre armée qui , partie de Bordeaux , ne rencontrerait apparemment aucun obstacle jusqu'à la Loire. Lui-même devait conduire l'attaque du Midi, et il se proposait de confier celle du Nord au vicomte de Turenne , dont il espérait vaincre les scrupules par le don de Stenay : la possession de cette place fournissant des moyens de surprendre Sedan, objet constant des regrets et des espérances de la maison de Bouillon.
Au moment de partir pour la Guyenne , M. le Prince tenta cependant encore une dé-
marche de conciliation; il écrivit au duc d'Orléans pour l'avertir « qu'il cheminerait lente- » ment , et attendrait de ses nouvelles au » château d'Augerville ; il remettait ses inté- » rets entre les mains de S. A. R., protestant » qu'il était prêt à accepter un accommode- » ment , si des conditions raisonnables lui m étaient proposées. » Gaston, toujours épouvanté des conséquences des partis extrêmes , désirait éviter une rupture entre la Reine et le prince de Condé : il négocia avec zèle , et ayant obtenu des termes qui lui parurent acceptables, il écrivit à M. le Prince , et chargea de son message le sieur de Croissy , conseiller au Parlement.
Par une bizarre inadvertance , M. de Croissy lut mal l'adresse de la lettre dont il était chargé , et fut chercher M. le Prince à Angerville près d'Etampes, pendant que celui-ci attendait impatiemment la réponse de Gaston à Augerville en Gatinois ' . Fort irrité du mépris que parais-
* Augerville-la-Rivière était un château en Gatinois , appartenant au marquis de Sainte-A ulaire, premier écuyer de M. le Prince , et qui avait épousé la fille du président Pérault, de la Chambre des comptes, homme d'affaires de la maison de Condé.