‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 124 sur 149 · TOME III. l · texte numérisé non relu

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tégrité et au courage des promoteurs de cette grande réformation politique reçue par le peuple avec tant d'enthousiasme et de reconnaissance, nous éprouverons un pénible sentiment en voyant sitôt après ces principes mis en oubli , leurs défenseurs humiliés, et le despotisme triomphant.

A celte époque, le peuple anglais obtenait un sanglant triomphe dans une cause moins légitime ; et l'infortuné Charles Ier trouvait l'échafaudsur la route qui conduisit Louis XIV au pouvoir absolu. Pourquoi des fortunes si diverses dans des entreprises semblables ? Faut-il croire que les communes d'Angleterre furent redevables du succès à des passions furieuses, à de criminels excès; et que le parlement de Paris échoua parce qu'il s'était contenu dans les voies légales et n'avait réclamé que des droits imprescriptibles ? Loin de nous cette décourageante pensée. Dieu, qui réserve aux défenseurs de la justice et de la vertu un plus haut prix que le succès sur la terre , ne les a pourtant pas condamnés à y succomber toujours, et quand les victimes de la bonne cause périssent dans la lutte des partis, ils ne

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doivent accuser de leur défaite ni la modération de leur courage, ni les scrupules de leur conscience.

Les révolutions en effet ne sont point l'ouvrage des passions humaines; elles s'accomplissent inévitablement quand l'état de la société les a rendues nécessaires. Il n'est donné d'en marquer l'époque, ni aux conspirations des factieux, ni aux efforts de quelques sages, qui , devançant les lumières du siècle, voudraient introduire dans leur pays des améliorations prématurées. Lors de la minorité de Louis XIV, la société n'était point mûre pour un gouvernement légal en France. Il s'y trouvait, comme en Angleterre, d'illustres et puissans barons , des bourgeois riches et éclairés; mais ces élémens nécessaires de toute société politique existaient dans les deux pays à des conditions bien diverses.

Les hauts barons, dotés par Guillaume-le- Conquérant et trop faibles pour résister seuls à ses successeurs , avaient pris dès long-temps leur point d'appui sur les communes d'Angleterre, et s'étaient portés défenseurs des libertés publiques. En France, au contraire, la royauté était sortie du sein de la féodalité ;

et les descendant d'Adalbert de Talleyrand croyaient pouvoir demander encore au petitfils d'Hugues Capet : « Qui t'a fait Roi ? » Mais y désunis entre eux , objet de haine et de jalousie pour toutes les corporations bourgeoises, les grands seigneurs français ne conservaient qu'une clientelle de gentilshommes , assistés des serfs de leurs terres et de la populace de villes ; enfin les secours de l'étranger avec lequel ils entretenaient des intelligences habituelles.

Des différences non moins essentielles existaient entre les classes moyennes des deux royaumes. Les communes d'Angleterre formées, dès l'origine, des familles nobles qui n'avaient point trouvé place dans la Chambre haute , recevaient chaque jour dans leurs rangs les branches cadettes des plus illustres maisons, et devaient à de tels renforts une confiance etunehardiessepolitiques étrangères à la haute magistrature française , qui se recrutait le plus souvent de commerçans et de légistes. Grandie à l'ombre des fleurs de lis , émancipée par le pouvoir royal et protégée par lui contre les grands, la bourgeoisie ne se défendit jamais contre le trône qu'avec

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