‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 125 sur 149 · CHAPITRE XIX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. l

une timidité respectueuse ; et elle redoutait au fond bien davantage le retour de l'anarchie féodale, que rétablissement du despotisme.

La conséquence naturelle de ces positions si contraires, fut qu'en Angleterre, lors de la révolution, il se forma seulement deux partis ; tandis qu'en France , dès le commencement de la régence d'Anne d'Autriche , nous en avons signalé trois : celui delà cour, celui des grands de l'Etat et celui de la magistrature. A la vérité ces deux derniers voulaient également limiter l'autorité absolue, mais le voulant dans des intérêts opposés, ils ne purent s'entendre sur les moyens. L'habileté du cardinal Mazarin fut de s'allier successivement à chacun d'eux , pour les détruire enfin l'un par l'autre. Ainsi, en 1649, secondé par le prince de Condé et par la majorité de la noblesse, il avait soutenu la guerre contre le Parlement. En i65o, avec le secours du Parlement, il avait fait emprisonner et proscrire les chefs de cette même noblesse; il n'avait pu résister, en i65i, aux attaques combinées des deux partis réunis , mais cette coalition , promptement rompue , lui avait permis de rentrer en

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France en i652, et depuis lors chacun des trois partis, élevant sa bannière , faisait la guerre aux deux autres et poursuivait un but différent.

Dans cette lutte de tous contre tous, les ennemis les plus acharnés se portèrent les coups les plus violens. Opprimés à Paris et à Bordeaux, les magistrats et les bourgeois sentirent que la protection du trône leur était plus que jamais nécessaire ; ils prirent en profond dégoût la déclaration du 24 octobre, impuissante pour les protéger; et convaincus que Pétat du pays ne comportait pas de semblables innovations ', ils employèrent ce qui leur restait de forces pour secouer le joug des Princes et hâter le retour du Roi dans Paris.

1 Nous le répéterons encore, nous ne voulons pas dire que les grands seigneurs, les magistrats , ou même le cardinal Mazarin , eussent des théories politiques arrêtées; qu'ils jugeassent les événemens d'après des idées générales , et en déduisissent des conséquences rigoureuses comme les publicistes de nos jours. Rien assurément n'était moins dans les mœurs et dans l'esprit du temps ; mais chacun , à cette époque, avait le sentiment de son intérêt; et les positions sociales étant beaucoup plus arrêtées qu'elles ne l'ont été depuis , le calcul individuel de chacun aboutissait à un but commun, et formait le lien des partis.

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