CHAPITRE XIX. l65ïi
Peu de jours après son arrivée, le Roi annonça l'intention de rappeler son ministre; mais au milieu de la soumission générale, le cardinal de Retz inquiétait encore la cour. A travers la réserve dont il enveloppait sa conduite, les vices et les vertus de son caractère le signalaient comme le plus redoutable adversaire d'un ministre favori et d'un maître despote. Mazarin ne s'y trompa point , et Anne d'Autriche se persuada facilement qu'il lui importait de se venger. Le cardinal de Retz fut arrêté au Louvre * et conduit au château de Vincennes. Quelques semaines après , le cardinal Mazarin revint à Paris **, le Roi et la Reine allèrent au-devant de fui jusqu'au Bourget et le conduisirent au Louvre où ses nièces furent aussilogées et traite'es avec une pompe royale. L'union de l'une d'elles avec le prince de Conti , fut le prix de la pacification de Bordeaux. M. le Prince ne conserva plus alors aucun point d'appui dans le royaume : toutes ses places s'étaient rendues, tous ses amis l'avaient abandonné; déclaré criminel de lèse-
* 28 octobre.
" 3 février i653.
majesté , condamné à mort par arrêt de tous les Parlemens du royaume, il persista dans la révolte et ne revint en France qu'après la paix des Pyrénées.
A son retour, Paris et la cour présentaient une face nouvelle. Ceux des acteurs principaux de la Fronde qui vivaient encore avaient étrangement changé de rôles. Madame de Longueville et la princesse palatine édifiaient la France par les exemples de la plus haute vertu. Le duc de La Rochefoucault ne prétendait plus qu'au titre de courtisan parfaitement poli. Le cardinal de Retz acheva sa vie dans les exercices d'une piété sincère, et par une métamorphose plus extraordinaire encore, le prince de Condé lui-même plaça toute sa gloire à obtenir la faveur d'un maître et des honneurs à la cour.
Sans doute, il y eut une grandeur et une force réelle dans le caractère du monarque qui sut plier ainsi les esprits les plus puissans entre ses contemporains et les jeter hors de leurs voies. Louis XIV donna son nom au siècle et commençauneèrenouvelleen France. L'empreinte que les institutions de l'ancienne monarchie avaient laissée dans les mœurs , fut