‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 128 sur 149 · TOME III. 1Q · texte numérisé non relu

TOME III. 1Q

monde sans les pouuoir forcer , et la ville de Glocestci cependant est rauitailléc, et le Roy contraint de prendre d'antres brisées.

» Ce zèle du bourgeois de Londres , et la bonne discipline que le Parlement a fait exercer dans ses armées, en payant bien les soldats, et empcschant toute sorte de violence , a fait enfin triompher ce foible party , dont la cause estoit iniuste et le but tyrannique, puis qu'ils ont renuersé la religion de l'Estat , persécute cruellement les catholiques , et ehangé la monarchie en vn gouvernement monstrueux : aussi n'ont- ils pas joûy du fruict de leur victoire , et Dieu a permis que leurs propres troupes vengeassent le Roy et le public.

» Outre cette cause surnaturelle, il y en a vne autre de tnauuaise conduite, qui a beaucoup contribué au malheur des parlementaires de Londres : qui est qu'ils ont |>;ivé d'ingratitude leurs généraux d'armée, comme le milord d'Essex qui auoit rompu la glace, et plusieurs autres, et qu'ils ont refusé toute sorte d'vnionauec la noblesse, qui estoit attachée de sang ou d'interest à la personne du Roy. Par là ils n'ont pas seulement augmenté le nombre de leurs ennemis , mais encore ont rompu ce lien qui, les attachant à leur prince, empeschoit cette dissolution des parties, qui forment le corps et la tranquillité d'vn Estât : car la véritable noblesse , qui ne peut souffrir l'insolence des favoris, ny la tyrannie des mauuais ministres, ne souffre pas aussi le mespris et l'anéantissement des monarques , ausquels ils ont vne pareille dépendance que les ravons au soleil. Il y a vne telle distance entre le peuple et le souverain , qu'ils ne peuuent s'entendre. Et la timidité de l'vn et la grandeur de l'autre empeschent

souuent des accommodements, qui seroient faciles, s'il y auoit des arbitres , qui eussent quelque attachement aux deux partis; cela manquant au peuple de Londres, il s'est porté à des extremitez , iusques à destruire vne ancienne monarchie, et condamner son prince à vne éternelle prison. Fairfax leur gênerai détestant d'abord, ou du moins feignant de détester cette iniustice, secoue l'obéissance du Parlement , se saisit de la personne du Roy , emprisonne deux cents testes du Parlement, et donne la loy à toute l'Angleterre ; mais il n'est pas si-tost en cet estât victorieux, qu'il est contraint de suiure les maximes du Parlement qui est tombé par les mesmes raisons que ie viens de déduire.

» Ores la vraye noblesse n'estant pas capable de ces violences et de ces infidelitez, nous ne deuons pas craindre vn semblable succez de nostre querelle , puis que nous auons de nostre party des princes du sang royal , et des seigneurs qui ont de si grands attaehemens auprès du Roy, et tant de iustioe et de zèle pour le bien des peuples, qu'il est impossible que le malheur des Anglois tombe sur la France. Outre que le Parlement de Paris , bien loin d'opprimer les peuples et leurs libertez , qu'il n'est armé que pour la deffendre; et enfin bien loin d'en vouloir à la personne royale, que son plus grand desplaisir est de le voir obsédé de ses ennemis; et enfin bien loin de forcer les consciences et d'attaquer la religion, qu'il a desia obligé le clergé à se déclarer et a leuer les armes pour sa défense. le ne parle point des religionnaires , qu'on ne contraint pas comme on faisoit les catholiques en Angleterre, et au contraire, qu'on tasehc de deliurer comme le reste des François , de la tyrannie rfvn

2g2 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Espagnol , qui cstoit capable d'introduire l'inquisition , que sa nation a inuentëe pour la gesnc des consciences.

» L'issue du combat ne peut estre aduantageuse aux princes de Sainct Germain, puisque la victoire mesme ne sçauroit accroistre leur condition, ny leur fortune; bien au contraire, leur liurant les villes dont ils sont desia les maistres , elle leur peut rauir les cœurs , que la force ne sçauroit conquérir. Ils deuroient donc se conserver ce respect et cet amour des sujets, par lesquels ils régnent plus absolument que par la force des armes , et destourner ce premier choc qui leur couste plus que la perte d'vne importante bataille; car les armes entre les sujets et le souverain ressemblent à la pudeur des filles , qui se rendent facilement dissolues , lorsqu'elles ont vne fois prostitué leur honneur ; et le pis est, que la difficulté de se lier les vns aux autres, porte souuent les affaires à des extremitez déplorables. Que les princes de Sainct Germain ne poussent pas donc, dans la nécessité de se deffendre, vn peuple si obéissant à ses Roys , et si affectionné à leur sang , vn peuple qui ne s'est pas plaint d'vne oppression de trente ans, parce que son Roy estoit en aage d'authoriser ses ministres, qui l'empeschoient d'oùirles gémissements de ses sujets. Que monseigneur le Prince ne trempe pas sa main dans le sang françois, qui luy a aidé à gagner de si signalées victoires; qu'il ne ternisse pas par une fausse valeur , la plus héroïque qui fut iamais ; qu'il tourne plustost les traits de sa fureur contre les ennemis de l'Estat, qui commencent desia à se rire et à profiter de nos diuisions ; et enfin après avoir donné une santé sj parfaite aux parties extérieures de l'Estat , qu'il ait vn peu soin des parties nobles , et particulièrement du

cœur, celte incomparable ville de Paris, le nerf de la guerre , la gloire de la France , et le plus beau joyau de la couronne de nos Roys. »

Pièce D.

.... Vingt-sept articles furent arrêtés. — Page 187 du premier volume.

Délibérations arrestées en l'assemblée des Cours souueraines , tenues et commencées en la Chambre Sainct- Louys, le 3o Iuin i648. — Première séance.

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