CHAPITRE XVI. l65l
sait témoigner la négligence de son cousin , M. le Prince partit enfin, et poursuivit rapidement sa route vers le Berry. Croissy, averti de sa méprise, le suivit en toute hâte , mais ne put l'atteindre qu'à Bourges où il lui exposa les conditions qu'avait obtenues M. le duc d'Orléans.
La Reine promettait « que les états-géné- » raux seraient incessamment assemblés dans » un lien voisin de la capitale , et qu'en at- » tendant M. le Prince ne serait point inquiété w dans celui de ses gouvernemens où il choi- » sirait sa retraite. La Reine offrait encore de » surseoir au licenciement des troupes des prin- » ces , et de leur accorder de bons quartiers » d'hiver dans les environs de Paris. Ces con- » ditions , ajoutait le duc d'Orléans , étaient » toutes à l'avantage du parti ; car les » états-généraux se déclareraient sans doute » contre le cardinal Mazarin pour la légitime » influence des princes du sang ; et si la Reine , » manquant à sa promesse , n'assemblait pas » les- états , et faisait revenir Mazarin , toute » la France indignée appellerait un libéra- » teur. »
Avant de donner une réponse décisive ,
M. le Prince voulut en conférer avec les chefs de son parti; il emmena donc Croissy à Montrond, où il se rendit après quelques heures passées à Bourges ; et là , en présence de la princesse de Condé, de la duchesse de Longueville , des ducs de Nemours , de La Rochefoucault et du président Viole, l'affaire fut librement débattue.
La duchesse de Longueville s'opposa vivement à tout délai. « Leur entreprise, disait- » elle , ne pouvait réussir que par la violence » de l'attaque ; si les chefs et les premiers in- » téressés laissaient paraître de l'hésitation , » les subalternes et les auxiliaires perdraient » toute confiance. Le roi d'Espagne n'en- » verrait pas les secours promis, dans la crainte » d'en avoir inutilement fait les frais ; les gen- » tilshommes de province , qui hasardaient » corps et biens, se rappelleraient que déjà » plusieurs fois ils avaient été abandonnés. » Enfin les officiers auxquels des sommes con- » sidérables avaient été confiées pour lever » des troupes , seraient charmés d'avoir un » prétexte pour garder les deniers et ne point » faire de soldats. »
Ces motifs ayant prévalu dans le conseil, il