‹ Histoire de la Fronde (volume 2)Chapitre 15 sur 149 · CHAPITRE XVI. — • l65l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — • l65l

fut arrêté que M. le Prince remercierait le duc d'Orléans de son officieuse intervention ; mais que, loin de suspendre les hostilités, il les continuerait avec plus d'activité. Dès le lendemain , chacun se rendant à son poste , la duchesse de Longueville et le prince de Conti partirent pour Bourges, la princesse deCondé s'enferma dans Montrond , et M. le Prince , suivi des ducs de Nemours et de La Rochefoucault , se mit en route pour Bordeaux, où il fut reçu aux grandes acclamations du peuple *.

Le mauvais génie du prince de Condé Pavait emporté : désormais il n'éprouvait plus ni hésitation ni scrupule , et se précipitait en désespéré dans l'abîme dont il avait longtemps mesuré la profondeur. On raconte qu'au dernier moment il dit à ceux de ses amis qui avaient exercé sur sa résolution la plus fatale influence : « Souvenez-vous bien que vous » l'avez voulu ; vous me forcez à prendre les » armes , vous les quitterez avant moi ! » M. le Prince connaissait ses amis mieux qu'ils ne se connaissaient eux-mêmes : tous devaient l'abandonner bientôt. Mais , préoccupés d'une

* 22 septembre.

autre crainte, le prince de Conti, la duchesse de Longueville , les ducs de Nemours , de La Rochefoucault , et le président Viole, signèrent alors un traité secret par lequel ils s'engageaient « à rester unis entre eux sans )) leur chef, ou même contre leur chef, si » celui-ci s'accommodait avec la cour. »

La Reine vit commencer avec joie des troubles qui la dispensaient de convoquer les états-généraux , et qui lui fournissaient un motif spécieux pour s'éloigner de Paris où ses démarches étaient toujours surveillées avec inquiétude par le peuple et le Parlement. Sous prétexte de rétablir Tordre dans les provinces , elle partit pour Fontainebleau d'où elle comptait se rendre en Berry ; laissant, en son absence, la conduite des affaires au duc d'Orléans, assisté du Coadjuteur et du président Mole.

L'année précédente , la coalition de ces deux hommes avait déconcerté les mesures de la cour, et fait triompher le parti des princes; mais rien de pareil n'était plus à redouter. Le Coadjuteur n'avait garde de mécontenter la Reine qui pouvait, encore révoquer sa nomination au cardinalat ; et, en acceptant la charge de garde-des-sceaux, le premier pre-

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