CHAPITRE XVI. l65l. 3l
sident avait, contracté de nouveaux devoirs auxquels il était incapable de manquer. Un grand changement se remarquait d'ailleurs depuis quelque temps dans sa conduite ; il semblait qu'une lutte de dix années contre l'autorité royale avait lassé son courage ou excité ses scrupules. Indigné de l'alliance des princes avec les Espagnols , découragé de tant d'inutiles efforts en faveur des libertés publiques, Mathieu Mole ne s'attachait plus qu'à maintenir l'ordre dans Paris : décidé, s'il fallait choisir , à subir le joug de l'autorité royale plutôt que celui des factions.
* En arrivant à Fontainebleau, la Reine, avertie par des députés de Bourges que les habitans de cette ville n'attendaient que son approche pour se soumettre , réunit à la hâte quatre mille hommes d'infanterie et de cavalerie , commandés par le maréchal d'Estrées, et s'avança vers le Berry par Montargis et Gien. Partout sur le passage de Leurs Majestés les peuples firent éclater leur zèle pour la cause royale. Le prince de Conti et la duchesse de Longueville n'osèrent tenir dans
* 26 septembre.
Bourges * et se retirèrent à Montrond; ne sV croyant pas encore en sûreté , ils partirent bientôt après, avec la princesse de Condé , pour Bordeaux.
Pour reconnaître le zèle et la fidélité des habitans , le Roi autorisa la démolition de la citadelle, dite la Grosse-Tour de Bourges ' , et lui-même ôta de sa main la première pierre. La population se porta au travail avec tant d'ardeur qu'il ne resta bientôt plus vestige de ce monument de l'ancienne féodalité'. Les gentilshommes du parti des princesse jetèrent dans Montrond avec le marquis de Persan qui Pavait si vaillamment défendu Tannée précédente. Deux mille hommes, détachés de l'armée royale , formèrent le siège de cette forteresse sous la conduite du comte de Palluaii, et, après quinze jours employés à régler les affaires de la province, la cour se mit en route
' Elle avait été bâtie par Philippe-Auguste. Rien n'était plus odieux à la bourgeoisie qtie ces restes de la féodalité qui lui rappelaient son ancienne servitude, et qui journellement encore favorisaient les exactions et les désordres des grands seigneurs... . Reddila civibus libertate per eversum nid uni lyronnidis. Priolo.
* 8 octobre.